Une autre version de l'histoire par

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Deviation / Aventure / Romance

1 Rêve ou...autre chose?

Catégorie: T , 8186 mots
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Rêve ou...autre chose ?


Zane exultait. Depuis qu’il avait retrouvé le X-reader de Lokar dans les ruines de la forteresse, il se sentait empli d’un nouveau pouvoir qui lui donnait l’impression de déplacer les montagnes. Non, se corrigea-t-il mentalement, il était capable de déplacer des montagnes au gré de son bon plaisir ! Alors écraser les Stax dans un défi kaïru, ce n’était qu’une formalité. Les pauvres, ricana-t-il en voyant Ky lui lancer une « explosion d’énergie plasma », visiblement fier d’avoir dissipé l’ « écran de fumée » de Zair. Mais pas pour longtemps. En effet, il ne lui fallut qu’un léger mouvement pour esquiver l’attaque, et il se délecta du visage d’incompréhension de son adversaire. Il se prenait toujours pour le meilleur, hein ? Il allait voir qu’il n’avait plus rien à voir avec le Zane d’avant. Aujourd’hui, l’adolescent, avec le pouvoir du X-reader de Lokar, était bien plus puissant qu’il ne l’avait jamais été, et quand il apprendrait cela, Baoddaï serait bien obligé de voir en face ce qu’il avait perdu !

-Tu n’est plus de taille contre moi, tes attaques ne sont pas assez puissantes, susurra Zane à l’attention de Ky.

Trop occupé à le dévisager- ou à essayer d’établir une autre stratégie peut-être, mais peu importait-, il n’aperçut que trop tard Tekris, qui le balaya d’un « coup de rocher ». Dommage qu’il n’ait pas réussi à s’occuper de Maya en même temps, la jeune femme s’était mise hors de portée d’un bon en arrière. Vraiment, des Stax, seule elle avait encore un peu de respect de la part de Zane. D’ailleurs, galvanisé par ce que venait de dire un des humains habitant dans les arbres (fallait-il être idiot…de toute façon, il n’avait pas écouté), elle invoqua son fouet de feu pour tenter de le faire descendre de son perchoir. Sans prévoir qu’un brusque coup de vent allait lui renvoyer son attaque…de plein fouet, sans mauvais jeu de mots. Quelle naïve, songea Zane en jetant un rapide coup d’œil au ciel, sublime tellement il était empli de kaïru étrangement obscur. Finalement, peut-être que les éléments eux-mêmes décidaient de se mettre à son service ! En voilà qui étaient intelligents !

La voix de Zair le tira de ses réflexions :

-Ha ha ha, bien visé Maya !

-Je pense que je vais pouvoir t’aider, renchérit Zane. Dégénération !

Voir le bois du plancher s’écarter dans un craquement lugubre fut un réel plaisir. Voir Ky manquer de peu de se faire ratatiner un peu moins. Mais qu’importait ! De toute manière il l’aurait, d’une manière ou d’une autre, et plus tôt que ce soi-disant champion kaïru croyait ! Il s’apprêta à lancer un autre attaque, quand la voix arrogante de ce dernier retentit. Et bien que le mauvais temps couvrait plus ou moins les sons, il l’entendit nettement faire preuve de son culot habituel :

- Alors Zane, je croyais que tu étais devenu aussi puissant que Lokar, c’est tout ce que tu sais faire ?

L’intéressé serra les dents. Pour qui se prenait-il exactement ? Il ferait mieux de supplier son pardon à genoux au lieu de le provoquer ! Mais il voulait voir son « nouveau pouvoir » ? Eh bien, il allait être servi, et il ferait en sorte qu’il ne se relève pas !

-Tu as raison, j’ai été trop gentil jusqu’ici. C’est le moment d’en finir avec vous une bonne fois pour toutes !

-Tu t’es toujours cru supérieur à nous, Zane, mais tu vas tomber de haut ! retentit une voix derrière lui.

Les trois Radikors, distraits par l’intervention de Ky, ne l’avait pas vu grimper sur une branche haute, juste au-dessus de Zane. Mais même aveuglé par son nouveau pouvoir, celui-ce n’était pas assez idiot pour ne pas se rendre compte que le vent venait de tourner contre lui. Et ses craintes se confirmèrent quelques secondes plus tard, avant que l’un des trois ne puissent esquisser un geste.

-Pointes de glace ! rugit l’unique fille des Stax, y mettant toute sa rage.

Zane n’eut que le temps de penser que ça risquait de faire mal avant de se prendre l’attaque de plein fouet. Et s’il avait cru que cela serait douloureux, ce fut bien en-dessous de ce qu’il avait imaginé. La lumière intense dégagée par l’attaque l’aveugla, puis une brutale sensation de brûlure envahit sa poitrine, lui coupant le souffle alors qu’un bruit de tonnerre retentissait. Tandis qu’il basculait en arrière, presque incapable de penser à autre chose qu’à la douleur qui lui déchirait le torse, il aperçut dans un brouillard, qui envahissait rapidement son champ de vision, l’unique fille de l’équipe des Stax, le visage figé dans une expression de surprise totale. Elle s’attendait à quoi ? A ce que je reste en place malgré tout ?

Le cri de Zair (il faillit le qualifier de désespéré, mais Zair n’était jamais désespérée) l’appelant suivi de celui de Tekris fut comme le signal de son inconscience.


***

Ce fut d’abord le retour de Lokar qu’il vit, comme dans un mauvais film. Furieux de son comportement, son défunt (même si ce mot sonna faux) maître le condamnait au bannissement, sourd à ses cris. Et puis, qui étaient ces trois types identiques ? Et pourquoi venait-il de voir juste avant Zair refuser de venir l’aider ? Elle se devait de le servir, lui qui détenait la toute-puissance ! Puis il vit un tournoi, lui s’agenouiller devant Lokar, et celui-ci le balayer comme une mouche d’un revers de main, lui laissant un goût amer dans la bouche de défaite, puis revenir à son état de servitude.

Ensuite des dizaines de flash se succédèrent, un paysage de neige, un poulpe géant, une défaite, un face-à-face kaïru avec Mookee (devait-il rire ou se fâcher ??), une défaite suite à un piège cyclonique (quoique il avait déclamé un cauchemar vampirique, ça ne pouvait pas être considéré comme une véritable défaite !), un combat à trois contre Ekayon, une défaite, un défi près d’une roue de charrette, face à ce dernier accompagné des Stax, une défaite, un autre tournoi, une défaite ! Une colère violente l’envahit ; il refusait de voir plus loin !

Comme une réponse ironique, l’étrange film revint en arrière, et il se vit étendu sur le sol, après l’attaque de Maya, promettre que ce n’était que le commencement (minute ! Il ne se souvenait absolument pas de ça !). Puis un duel kaïru avec Ky, une victoire (enfin ! Il ne pouvait vraiment compter que sur lui, voilà qui le rassurait !), suivi d’une transformation, eh bien, surprenante (qui lui arracha des frissons d’horreur, mais il ne l’aurait jamais admis, après tout, passé ce…petit moment, il avait l’air ravi, ça ne devait pas être si terrible…mais était-ce lui ou il avait l’air presque...fou ?), son équipe en train de se battre contre les Stax avec de nouveaux monstres, et perdre quand Boomer invoqua un Froztok mutation ( ???) qui l’envoya promener (il ne fallait pas que ça devienne une habitude quand même !), Zair et Tekris stoppant le combat (mais qu’est-ce qui leur prenait ? Ils devraient plutôt en profiter pour leur faire mordre la poussière !).

Et surtout…devant ses yeux ébahis, il vit trois mômes tenter de s’opposer à eux, qu’ils retrouvèrent sur une falaise, le monastère visible au loin, une défaite. Mais, au moment du coup final, un carrefour mental s’imposa comme image. Sur la falaise, un bon moment avant l’arrivée des Stax et des trois nabots, il se vit, avec ses deux E-Teens, face à trois adolescents qu’il n’avait jamais vu. Et les choses ne se terminaient pas bien pour eux, loin de là…

Il n’eut pas le temps de s’appesantir sur le sujet, les images défilèrent de nouveau, comme lorsqu’il passait en revue ses X-drives en cherchant celui qu’il allait choisir pour attaquer, avant de s’estomper brutalement. Alors que les alentours plongeaient dans le noir, Zane distingua une forme dans le lointain qui lui sembla vaguement familière, une capuche sur la tête, lui tournant le dos.


***

Il rouvrit péniblement les yeux avant de les refermer immédiatement par réflexe, groggy. Allons bon, qu’est-ce qui se passait encore ? Et pourquoi ne sentait-il pas l’odeur des arbres mouillés après la pluie ? Et puis, ce n’était pas un tapis d’herbe qu’il sentait sur ses bras, ses gants entourant toujours ses mains d’une gaine protectrice. Plutôt un drap, en y réfléchissant. Là, il commençait à ne plus comprendre.

Faisant de nouveau l’effort de soulever ses paupières en fronçant les sourcils, il fit face à un plafond strié et irrégulier, les quelques fuites visiblement rebouchées à la hâte. Les murs, également témoins de l’explosion qui avait eu lieu quelques jours auparavant, finirent de lui apprendre où il se trouvait, notant vaguement « remettre la forteresse en état » dans sa liste mentale de choses à faire. Tournant la tête sur le côté, il vit qu’il était couché sur un lit peu confortable recouvert d’un drap ocre. Une couverture avait été déposée, s’arrêtant au niveau de ses hanches, expliquant le froid qu’il sentait mordre sa peau, lui qui avait toujours été sensible aux basses températures. Une cheminée improvisée diffusait une petite chaleur du fond de la pièce. Malgré le froid, l’adolescent sentit de la sueur perler à son front. Comme quoi, je vais arrêter de dire que les cheminées ne chauffent rien.

Apercevant une carafe d’eau posée sur le sol près de lui avec un verre, il tenta de se redresser. Aussitôt, une pointe de douleur perça sa poitrine. Mettant la main sur la zone douloureuse, Zane, allant de surprise en surprise, sentit les passages réguliers d’une bande soigneusement disposée. Baissant les yeux, il vit que le haut de son torse, sur toute la longueur du sternum, était recouvert.

-Zair ! Tekris ! hurla l’adolescent, furieux que quelque chose lui échappe, alors que sa mémoire restait désespérément incapable de lui fournir la moindre explication.

Son premier appel restant sans réponse, il recommença, d’une voix plus énervée encore.

Cette fois, ses deux coéquipiers, installés quelques pièces plus loin, s’entre-regardèrent, vaguement inquiets du ton employé par leur chef.

-Effectivement Zair, tu avais raison, il est réveillé…

-Et visiblement en bien meilleure forme, soupira la E-Teens.

-Ma patience a des limites ! cria de nouveau Zane de l’autre côté du couloir.

-On ferait mieux d’y aller, ou il va nous le faire payer, déclara Zair en se relevant de sa position en tailleur. Après tout, il faut bien s’assurer de son état.

-Tu parie combien qu’il ne va même pas nous remercier de l’avoir correctement installé ?

Zair ne répondit pas, ouvrant la porte plus ou bien moins remise dans ses gonds. Pour se retrouver face à un Zane qui s’était redressé, le dos appuyé au mur, bras croisés, visiblement impatient d’entendre leurs explications. Et son visage fermé n’augurait rien de bon.

-Ehh salut Zane, bah dis donc t’as l’air bien remis, tenta Tekris.

-Remis de quoi ? siffla l’autre, se retenant d’aboyer. J’aimerais bien savoir ce qui s’est passé après ma chute, et pourquoi je me retrouve allongé dans ce lit- si tant est qu’on peut appeler ça un lit.

Zair et Tekris s’échangèrent un regard entendu, prouvant qu’ils avaient déjà pensé à ce moment.

-L’attaque de Maya t’as atteinte plus durement que prévue, et les branches de ces arbres géants ne t’ont pas arrangé. En fait, tu as perdu connaissance pendant deux jours entiers.

Zane écarquilla les yeux, peinant à assimiler ce que venait de lui dévoiler Zair. Scrutant attentivement les visages des deux autres adolescents dans l’espoir vain d’une mauvaise plaisanterie, il ne les vit pas ciller une seule seconde, attendant sa réaction calmement. Trop, au goût de Zane.

-Pourquoi ai-je la désagréable impression que vous ne me dites pas tout ?

-Comment veux-tu qu’on le sache ? Peut-être que tu t’attendais à une autre réponse ?

Zane serra les dents. Il connaissait suffisamment Zair pour comprendre qu’il y avait un sous-entendu, en dépit de son air que quiconque d’autre aurait qualifié de sincère. Avait-il parlé pendant son sommeil ? Il frissonna. Et s’il avait laissé échapper une de ces stupidités entraperçue ?

-Alors pourquoi j’ai cette sensation de brûlure ?

-Eh bien…Maya a utilisé les pointes de glace. Le froid a du te brûler, comme tu y es sensible.

-Mm. Je suppose que c’est plausible. Est-ce que j’ai dit quelque chose avant de me réveiller ?

-En comptant les menaces à l’encontre des Stax ?

-Ne te moques pas de moi, Zair, tu sais pertinemment que je ne le tolérerais pas !

-Heu, mais non, c’était juste pour ne pas dire de bêtises ! Pas que je sache. Et toi Tekris (ce dernier sembla regretter que sa présence soit remarquée), tu as entendu un truc quand tu le veillais ?

-Non, ça serait plutôt l’inverse.

Zane fronça les sourcils. Le colosse avait répondu précipitamment, comme pour être rapidement oublié. Jamais, malgré ses quelques crises autoritaires, Zane ne l’avait vu agir ainsi. Pourtant, il avait l’habitude d’obéir au doigt et à l’œil. Remarque, en sa qualité de nouveau Lokar, ce n’était pas plus mal que ses E-Teens exécutent ses ordres sans sourciller.

Sauf si ledit Lokar est toujours vivant, attendant tapi dans l’ombre, susurra désagréablement une voix dans sa tête. Baissant la tête pour réfléchir, il fit un geste pour congédier les deux autres, se rappelant le début de son étrange rêve. Lokar en pleine forme, plus que mécontent de son attitude, au point de le bannir sans la moindre hésitation. Et alors, il ne pouvait pas arrêter son œuvre, perturbé par un choc sur la tête ! Et avec l’X-Reader de Lokar, il pouvait parfaitement pallier aux éventuelles difficultés !

Alors pourquoi cette sensation de malaise qui ne cessait de persister ? Une seconde durant, ses certitudes vacillèrent à la perspective que Lokar soit encore en vie. Que ferait-il si ce dernier lui réclamait son bien ? Aurait-il le cran de le défier alors qu’il lui revenait de droit ? Tout comme lui, frissonna l’adolescent. Après tout, n’était-il pas son maître, et lui le servant ? En tout cas, c’était ainsi qu’il voyait les choses. Mais qu’est-ce qu’il racontait ?! Il n’était plus le sous-fifre de personne désormais, c’était lui qui donnait les ordres, le maître, celui à qui l’on obéissait ! Sa puissance égalait celle de Lokar, alors il n’y avait aucune raison de s’inquiéter !

D’ailleurs, avec ses nouvelles charges, Zane risquait de ne pas pouvoir assurer toutes les missions, et la dernière lui prouvait qu’envoyer Zair et Tekris n’était pas une solution idéale. Se rallongeant sur le dos en grognant de la piqûre désagréable de sa poitrine, mains croisées derrière la nuque, il réfléchit à une solution à cet embêtant problème. Il ne pouvait faire toutes les basses besognes après tout. Un sourire mauvais étira ses lèvres. Mais après tout, il avait une idée de qui pourrait se salir les mains à sa place. De son souvenir, la dernière fois qu’il les avait croisés, les Imperiaz ne semblaient pas crouler sous le travail. Et avec la disparition de Lokar, ils devaient sûrement faire plus de grasses matinées que de défis kaïru, vu leur fainéantise. Un peu d’exercice et de servitude ne leur ferait sûrement pas de mal. Mais même si lui savait qu’il était le nouveau maître, ces trois-là risquaient de ne pas le comprendre tout de suite. Il allait devoir être persuasif pour que ces crétins saisissent l’étendue de son pouvoir.

Une vague idée de ressemblance lui glaça le sang, qu’il écarta précipitamment de son esprit. Il se releva brutalement, repoussant avec rage la couverture, avant de se lever. De nouveau l’impression de brûlure lui traversa la poitrine, mais cette fois il l’ignora, marchant vers la porte en titubant, à cause du sol qui vacillait suite à sa levée trop brutale. Occuper ses pensées avant de sombrer dans de dangereuses comparaisons était sa seule préoccupation sur le moment. Ouvrant la porte avec des mains légèrement tremblantes, il s’avança de quelques pas dans le couloir. Les voix de ses coéquipiers lui parvinrent à travers une porte entrouverte. Apparemment, personne ne l’avait entendu sortir.

Se rappelant l’impression de mensonge sur sa chute des arbres, il s’approcha silencieusement, la peau de sa poitrine le tiraillant désagréablement. Dos à la porte, il écouta la conversation :

-Au moins, tu n’as plus de raison de t’inquiéter. Il s’est très bien remis, et son caractère ne s’est pas amélioré, au contraire ! J’ai bien cru qu’il allait nous envoyer promener à coup d’attaque kaïru !

Zane ne put pas en entendre plus. Son humeur, déjà pas au beau fixe, s’assombrit considérablement. Comment résister à l’envie de faire une entrée théâtrale, et surtout de remettre ce petit malin à sa place, à faire le brave derrière son dos. N’avait-il pas compris sa toute-puissance ?

-Mon caractère va très bien, merci. Et s’il était aussi mauvais que tu le sous-entend, tu serais déjà sur le sol, à te demander ce qui peut bien t’être arrivé, Tekris.

Au moins eut-il le plaisir de voir l’autre adolescent sursauter et se retourner d’un air confus, incapable de déterminer ce qu’il devait dire. Heureusement pour lui, Zair intervint :

-Oui, c’est ce que l’on voit. Tu arrives à te lever sans problèmes ?

-Pour qui me prends-tu exactement ? Évidemment que je suis capable de mettre un pied devant l’autre sans tomber ! A quoi est-ce que vous vous attendiez ? Une attaque kaïru ne peut pas me faire disparaître aussi facilement, aussi puissante soit-elle ! A moins d’être spéciale…

Faisant mine de ne pas comprendre ses insinuations, Zair haussa les épaules, s’excusant vaguement. Vexé qu’elle le croit aussi faible, Zane décida de tourner les talons après un regard menaçant envers ses vis-à-vis, ne relevant pas les frasques de Tekris. Mieux valait laisser faire les menaces non-dites. Et vu sa tête, il risquait de ne pas laisser pendre sa langue dans son dos avant un moment.

Alors qu’il s’apprêtait à passer le pas de la porte, Zane entendit la voix de Tekris :

-Mais tu es certain que tu vas bien ?

-Parfaitement, marmonna l’interrogé d’un ton bas et lourd.

Ne pas éliminer tout de suite son coéquipier, il en avait encore besoin. Mais il avait intérêt à ne pas le pousser trop fort, au risque de se prendre les orties.

Après quelques minutes de marche, Zane parvint à se repérer suffisamment pour savoir qu’il se trouvait dans l’aile est, presque à l’opposé des appartements de Lokar. S’il ne se trompait pas, l’explosion avait du se produire au niveau de sa réserve de kaïru. Parfois, lorsque Lokar le croyait occupé à déposer le fruit de ses efforts, Zane avait entraperçu ce qui avait l’air d’être une alcôve très bien dissimulée. Que Lokar soit paranoïaque au point de dormir près de la fantastique énergie ne l’avait pas surpris outre mesure, mais il s’était fait la réflexion que ça n’était sûrement pas là qu’étaient entreposés ses biens les plus précieux. L’adolescent frissonna quand le nom de Lokar retentit dans sa tête. Il ne croyait pas à sa soi-disant survie -qui aurait bien pu survivre suite à pareil incident ?-, mais son rêve (hors de question de le voir autrement) ne quittait pas ses pensées, en dépit de ses tentatives.

Après tout, je suppose que transvaser quelques-uns de mes X-drives dans mon ancien X-Reader ne peut pas faire de mal. Et puis, je le prendrais aussi en mission…au cas où.

Mais où l’avait-il mit au fait ? Bref. Suite à cela, il s’était demandé si cette alcôve faisait office de chambre, ou s’il y avait une autre pièce de repos pour le maître du mal. La plupart des rencontres entre celui-ci et ses E-Teens étant le plus souvent faites dans l’obscurité, le découvrir sans se faire remarquer de Lokar n’avait pas été chose facile. Mais il ne fallait jamais douter de son entêtement. A force de prétextes et d’excursions, voir de missions de surveillance, il avait fini par découvrir que Lokar possédait également un chambre à coucher où il entreposait les objets importants peu volumineux et n’étant pas d’une importance absolue, ainsi qu’une pièce plus grande où ses biens les plus précieux étaient entreposés. Sûrement là que les expériences sur le kaïru avaient eu lieu, mais cela restait une supposition. En somme, la clé de la prison des parents des Imperiaz devait se trouver dans la première. Le problème était que ladite chambre n’était pas loin non plus de la réserve de kaïru. Et les chances que ce qu’il cherchait soit enseveli, voir détruit, n’étaient pas négligeables. Mais on ne pouvait pas savoir avant d’avoir essayé, n’est-ce pas ?

Profitant d’une ouverture dans la paroi métallique, Zane sauta pour se retrouver à l’extérieur. Mieux valait emprunter le couloir utilisé par les E-Teens pour entrer et sortir de la forteresse, comme ça il se retrouverait au plus près de l’ex-réserve. A sa connaissance, c’était le plus court chemin, et il pourrait toujours bifurquer vers une voie plus directe si besoin. Il avança sur la glace, se frottant vigoureusement les bras. Il avait pensé à prendre son X-Reader, mais dans sa précipitation, son T-shirt était resté à l’intérieur. Mais hors de question de rebrousser chemin, il avait autre chose à faire. Retrouvant le passage secret de Lokar, il s’y engouffra d’un pas rapide, promenant son regard sur les murs lézardés. Attentif pour ne pas se retrouver pris au piège du labyrinthe de Lokar (une fois, n’ayant pas averti son maître de sa venue, il avait perdu plusieurs heures à tourner en rond sans pouvoir trouver le bon chemin), il se dit que les fondations de la forteresse tenaient encore très bien. Une autre bonne raison de s’y installer. Le destin lui souriait désormais en ce moment !

Il retira sa pensée quand, au détour d’un chemin, il se retrouva nez à nez avec un tas de gravats qui bloquaient le passage. Et il n’y avait visiblement pas de solutions pour le contourner. Prenant son X-Rider, Zane passa en revue ses attaques. Il lui restait facilement une bonne moitié du chemin à parcourir, alors une attaque rouge risquait de créer plus de dégâts que de solutions. Et le chemin ponctué encore de nombreux tournants l’empêchait de se faire un passage en ligne droite. Il stoppa devant l’attaque « dague en plume ». Cela lui donnait une autre idée…

Rebroussant chemin, il ressortit rapidement du passage obstrué, essuyant la sueur qui perlait à ses tempes. Reprenant son souffle à l’extérieur, il fixa la masse sinistre de la forteresse, repérant l’endroit approximatif de la chambre de Lokar. Établissant un semblant de plan mental, il souffla un grand coup avant d’empoigner la glace à deux mains, commençant son ascension. Pour pouvoir mettre son plan à exécution, il devait se rapprocher un peu plus de son objectif. Bien sûr, il aurait pu aller un peu plus loin pour avoir moins à escalader, mais il risquait de se faire voir par Zair ou Tekris ; or, il avait assez supporté leur écœurante et ridicule inquiétude ! Il allait faire cette pseudo-mission seul –après tout, c’était lui le chef désormais !- et faire taire une bonne fois pour toute leurs questions sur sa santé ! Il allait très bien, et ils allaient vite s’en rendre compte !

Quoique, songea-t-il après quelques minutes, peut-être était-il légèrement fatigué. Il n’avait commencé son ascension que depuis peu, mais déjà sa poitrine le tiraillait désagréablement, et ses muscles, pourtant habitués à être sollicités, devenaient douloureux. Absolument rien d’insurmontable ! Il était bien trop puissant pour s’arrêter à de si petits détails, s’admonesta-t-il en se hissant sur une plateforme de glace en grimaçant. Il n’avait strictement pas mal ! Si seulement les deux idiots qui lui servait de E-Teens ne l’avaient pas énervé, il n’aurait pas eu à s’embêter de la sorte ! Vraiment, il n’était pas aidé ! Mais patience, dès qu’ils se rendront compte de ce qu’il accomplissait seul, nul doute qu’ils arrêteraient de parler dans son dos et de le traiter comme ils le faisait. Car s’il pouvait grimper une montagne à mains nues et par un froid de canard, alors que c’était sa faiblesse, il pouvait très bien leur lancer une attaque destructrice par un accès de mauvaise humeur. Ils craindraient ses colères plus encore, et feront tout pour ne pas le contrarier, y compris obéir à ses désiratas. La peur seule était le seul moyen fiable d’assurer son empire, et il y arriverait !

Bon sang Maya, quelle attaque m’as-tu donc lancé ?

Arrivant à une hauteur qu’il jugea satisfaisante, Zane cala son pied dans une anfractuosité afin de dégager sa main. Sortant son X-Reader, il invoqua les dagues en plume pour se créer un escalier à même la tour, jusqu’à la chambre. Posant prudemment le pied sans lâcher tout de suite la glace pour vérifier que cela supportait son poids, il posa le premier pied, puis l’autre, le cœur tambourinant douloureusement. La hauteur était plus importante que ce qu’il croyait…pour la première fois depuis le début de son ascension, il regretta de ne pas avoir confié cette mission à ses larbins. S’il avait été moins remonté contre eux, il l’aurait sûrement fait d’ailleurs. Mais à présent qu’il se tenait dans un équilibre précaire sur une attaque ne durant qu’un temps limité, il était hors de question de faire marche arrière, quelques soit les difficultés. Il avait sa fierté tout de même !

Avançant aussi vite que possible, les mains crispées sur la paroi de glace pour se tenir, il parvint finalement à l’emplacement qu’il souhaitait. S’il avait bonne mémoire, la chambre en question n’était pas attenante à l’extérieur, plutôt située vers le milieu de la tour. Le verre de la fenêtre devant lui ayant été explosé, l’adolescent n’eut qu’à chasser avec ses mains gantés les morceaux affleurant pour pouvoir entrer. A peu de choses près, car presque au moment où il passait son pied dans l’encadrement, sa précédente attaque expira, manquant de le faire glisser et tomber dans le vide. Sautant prestement par la fenêtre, il jeta par réflexe un regard derrière lui avant de détailler les lieux. Il se trouvait au plus proche du lieu de l’explosion, excepté les parties détruites : les gravats jonchaient le sol, des pans entiers du plafond s’étaient écroulés, entraînant dans leur chute les étages supérieurs, faisant que la plus grande partie de la pièce était presque impraticable. Cependant, la partie face à la fenêtre avait été raisonnablement conservée grâce aux poutres porteuses qui avaient empêché la forteresse de sombrer. Elles avaient néanmoins plié sous le poids de leur charge, et bien que Zane n’était pas un expert dans le bâtiment, il se douta qu’il faudrait les remplacer par la suite. Mais l’agencement particulier de la sinistre tour faisait que les parties externes situées à l’est tenaient grâce aux fondations, celles-ci ayant été épargnées. Seul le haut avait vraiment été détruit, permettant le maintien du reste. En somme, même si les poutres cédaient, il y aurait toujours une partie de la forteresse debout –même si une moitié de celle-ci faisait toujours moins impressionnant que le reste.

Une fois passé l’amas de pierre et de bois, en évitant les endroits où le plafond s’était effondré, Zane vit, entre deux interstices, que le chemin paraissait encore praticable, en dépit de l’état des pièces avoisinantes. Après avoir vérifié que lancer des grenades visqueuses allait faire plus de mal que de bien, l’adolescent entreprit de passer au travers du méli-mélo, un peu de plâtre lui tombant sur les cheveux quand il effleura de trop près une partie de mur soutenant la pièce supérieure. Accélérant malgré lui le mouvement quand il pensa que si le tout décidait de s’effondrer alors qu’il était encore en-dessous, il y aurait du pâté d’alien en entrée ce soir, il se morigéna, se convainquant que le tout était parfaitement stable, se forçant à ralentir.

Débouchant dans le couloir, il se frotta les cheveux, avant de s’appuyer au mur et se laisser glisser au sol. Sollicitée lors des quelques fois où il avait du se tordre un peu pour passer, sa blessure le lançait affreusement, au point que le soulèvement de sa poitrine le faisait grimacer. Encore une fois, il se demanda pourquoi une pointe de glace lui faisait cet effet. Glissant son regard sur le blanc du bandage, il ne résista à l’envie de le soulever qu’en entendant la voix de Zair à l’extérieur :

-Zane, bon sang, mais où est-tu passé ! Reviens !

-Fais pas l’idiot, renchérit Tekris, montre-toi !

L’intéressé marmonna. Décidément, il ne pouvait pas être tranquille quand il le voulait. De plus en plus agacé, en plus de ses douleurs, il se releva prestement, bien décidé à revenir avec la fameuse clé uniquement. S’engouffrant dans le tournant, il entendit les voix de ses coéquipiers s’affaiblir, pour finalement n’être plus que de vagues sons presque inaudibles.

Plus il avançait, plus il remarquait que seule la partie à sa gauche avait vraiment été détruite. Celle à droite, hormis quelques fissures et lézardes, tenait plutôt bien en place. Levant les yeux, il remarqua qu’au lieu de simples poutres en bois ou pierre, les murs et les moulures du plafond étaient faits en roche extraterrestre, que Zane savait être réputée pour sa résistance. Alors qu’il se trouvait proche de la chambre de Lokar, il ne croyait pas à la coïncidence. Il sut qu’il avait raison lorsque, devant la porte menant à son objectif, il l’ouvrit pour découvrir une pièce certes en désordre à cause du souffle de l’explosion, mais épargné par le plus destructeur.

Si Lokar avait survécu, nul doute qu’il se serait réfugié ici le temps de reprendre des forces…

Il s’admonesta une gifle mentale. Lokar ne pouvait pas être vivant, c’était impossible ! Sinon, il se serait de toutes façons déjà montré, vu comme il ne pouvait s’empêcher de surveiller les faits et gestes de ses E-Teens. N’allant pas plus loin dans ses réflexions sur le sujet, il commença à chercher où l’ex-Maître du mal avait caché ses babioles. Grâce à un tour de son invention, il savait que c’était dans un coffre que Lokar cachait celles-ci. Restait juste à savoir où était celui-ci exactement.

Zane se plaça au centre de la pièce et ferma les yeux, joignant ses mains comme pour un défi. Il se concentra sur les résidus d’énergie kaïru tout autour de lui, faisant le vide en lui. Lokar devait forcément avoir protégé son coffre à l’aide de son kaïru intérieur ; en se concentrant suffisamment, le nouveau chef des E-Teens devrait finir par le ressentir. Au bout de quelques minutes de calme absolu, il sentit comme une légère pulsation, toute proche de lui. Elle sembla le caresser, l’effleurer, comme pour le jauger. Souriant légèrement, Zane se laissa faire. Comme rien d’autre ne se passa, il tenta de la localiser plus précisément, l’invitant à se montrer au grand jour. Il parvenait à sentir les traces de kaïru utilisé par Lokar, alors il se concentra plus précisément dessus. Mais malgré ses efforts, la fameuse boîte refusait de se dévoiler, et s’il ouvrait les yeux, il risquait de se déconcentrer et de perdre la pulsation. Il ne pouvait pas prendre ce risque, utiliser cette technique qui requérait de la patience et beaucoup de calme n’était pas dans sa zone de confort. S’il avait pu réfléchir dessus, il se serait demandé comment lui, étant donné que c’était Maya qui la lui avait apprise lorsqu’elle était sous l’emprise de l’ « ombre de Lokar », y avait pensé comme si c’était naturel. En temps normal, jamais il n’aurait perdu autant de temps, c’était plus quelque chose pour Zair.

Il tenta alors une autre approche : inspirant profondément, il visualisa une brume bleutée de kaïru apparaître, puis celle-ci se replier sur elle-même jusqu’à former un petit vortex, duquel s’échappait une petite boîte. Ne sachant que de loin l’apparence du coffre de Lokar, il se focalisa sur son désir d’obtenir la clé qu’il recherchait, pour laquelle il s’était donné du mal. Par tous les moyens !

Sentant la pulsation gagner considérablement de la force et de la puissance, il rouvrit les yeux, une main en visière pour se protéger de la lumière qui venait d’apparaître, avant d’ éclater d’un rire largement auto satisfait. Devant lui, flottant en l’air à hauteur de son ventre, trônait le coffre de Lokar. Avide de son contenu, il le saisit à pleine main, l’intensité de la lumière décroissant rapidement. Il ne prêta guère attention aux dorures et aux frises finement travaillées, ne regardant qu’avec une légère curiosité un L stylisé gravé sur le couvercle – probablement le signe de Lokar. Soulevant le couvercle de l’objet, de la dimension d’un tiroir de table de chevet, son sourire s’agrandit en voyant la clé, en cristal vert clair, brillant légèrement sous l’éclat d’un faible rai de lumière, comme un présent pour lui, le nouveau maître.

Ne t’en fais pas ma grande, nous allons faire de grandes choses ensemble, tu verras…

Il ricana intérieurement en passant la clé autour de son cou, ignorant la petite douleur lorsqu’elle vint taper contre sa poitrine. Il avait la clé de l’obéissance des Imperiaz, et un nouveau moyen de gagner encore plus de puissance, de kaïru, et d’asseoir son autorité. Dire qu’il n’aimait pas la blondinette qui faisait office de chef de cette équipe était un euphémisme, avec sa manie de l’appeler « face de lézard » ! En réalité, ça ne l’atteignait pas plus que cela, mais pour le principe.

Zane, tout à son exaltation, fit le geste de jeter le coffre sur le sol, se ravisant au dernier moment. Après tout, il y avait peut-être quelque chose d’intéressant, surtout si Lokar était vivant. Il refusait toujours d’y croire, mais malgré lui cette idée ne le quittait pas. Quelques papiers, une paire de gants un peu trop grands pour lui, une statuette faisant la moitié de sa main représentant un dragon enroulé autour d’une épée, quelques pièces de diverses planètes, deux livres sur le kaïru, et enfin un rouleau de parchemin. Décidant d’explorer le tout en détail plus tard, il referma la boîte. Il allait la stocker bien précieusement, résistant à sa première idée qui lui disait que c’était surtout un tas de bazar.

Comme ça , il aurait toujours de quoi négocier si besoin.


***


Débouchant de nouveau à l’air extérieur, Zane vit que le temps s’était bien gâté depuis la dernière fois. Il vérifia si Zair ou Tekris était dans les parages, continuant à le chercher. Ne voyant personne, il repassa de l’autre côté de l’encadrement de la fenêtre, avant de se stopper. Relancer la même attaque grâce à laquelle il était entré était risqué ; son angle de tir n’était pas le même, le vent se levait, et la descente promettait d’être délicate. Où très amusante, son humeur étant bien meilleure.

Repérant l’endroit qui lui semblait le plus stable et le plus adéquat, il invoqua un « rayon cryogénisant » pour se créer une rampe de glace à quelques pas de là, s’appliquant à la faire la plus droite possible. Une fois celle-ci à sa convenance, il utilisa un « coup de fouet à énergie », qu’il enroula autour d’un pic dépassant, se propulsant ensuite jusqu’à la rampe qu’il venait de créer. Atterrissant à une dizaine de centimètres du bord, il inclina son corps pour se rétablir, surfant jusqu’à se retrouver sur la glace du sol. Emporté par son élan, il mit encore quelques mètres avant de s’arrêter totalement, s’aidant en freinant de la main. Se relevant, il se fit la remarque que ses gants étaient complètement trempés à force de toucher la neige et la glace environnante.

-Ah ah ah ! Et encore une manœuvre sublime du grand Zane ! cria-t-il à l’immensité blanche.

Mais presque aussitôt son exclamation lancée, il se sentit brusquement envahi par une vague de fatigue, la clé autour de son cou semblant peser des tonnes sur son sternum, qui le lançait définitivement beaucoup trop pour une simple attaque kaïru. Il se sentait comme s’il avait fait un usage intensif de ses attaques, or, il avait dormi deux jours entiers, et n’avait utilisé que deux ou trois X-Drives, et même pas des attaques en force.

Entendant des pas précipités dans la neige derrière lui, il se redressa instantanément, se reconstituant un visage neutre, quoique légèrement supérieur.

-Mes braves E-Teens, vous arrivez à point nommé !

-Zane, mais où étais-tu passé ? Ca fait plus d’une heure qu’on te cherche, et avec le temps qui se gâte, ça aurait été problématique pour te retrouver, s’exclama Tekris en se positionnant à ses côtés, suivi de Zair qui se rapprocha pour le soutenir en cas de besoin.

Mais Zane ne le vit pas, tout à sa gloire. Ne voyant pas que ses deux coéquipiers observaient avec inquiétude ses traits tirés, il pensa qu’ils fixaient déjà la clé autour de son cou, le coffre ayant mystérieusement disparu. Ôtant la clé d’un geste théâtral, il la présenta aux yeux des deux autres, qui la remarquait enfin. Faisant fi du froid, il annonça :

-Ceci est une nouvelle marque de notre toute-puissance !

-D’accord, l’interrompit Zair, mais qu’est-ce que c’est ?

-La clé de la prison des parents des Imperiaz. En l’apprenant, ils seront bien obligés de se mettre à mon service, et nous aurons plus de kaïru encore !

-Ca alors ! Et tu es allé la récupérer seul ? demanda Tekris, impressionné.

Zane acquiesça, ravi de voir l’admiration qu’il voulait sur le visage de ses vis-à-vis. Au moins avait-il raison : les deux autres étaient surpris, au fil de son récit, de tout ce qu’il avait fait pendant qu’ils le cherchait en vain, alors qu’ils s’attendaient à le voir encore convalescent quelques temps. Mais bien que Tekris écoutait attentivement, Zair croisa les bras avec une petite moue, voyant que Zane, au fur et à mesure de sa tirade, ne parvenait plus à maintenir son masque d’impassibilité. Il gardait naturellement une attitude dominante, mais elle le connaissait bien, savait déceler les petits tremblements presque imperceptibles traduisant son épuisement. Elle sentait également qu’il avait utilisé son kaïru intérieur récemment, n’améliorant pas son état. Seulement, il semblait tellement absorbé par son « exploit » qu’il ne s’en rendait même pas compte. Obsédé par son histoire, le meilleur moyen de le faire rentrer au plus vite sous sa couette était de lui donner ce qu’il voulait, à savoir, si elle ne se trompait pas, de l’admiration et de la reconnaissance.

Cependant, elle ne put s’empêcher de reconnaître que ce n’était pas si mal, de ce qu’elle entendait. Si seulement la situation ne lui rappelait pas tant le moment où Zane avait trouvé le gant de Lokar, elle arriverait sûrement à montrer plus d’enthousiasme. Et puis :

-Les Imperiaz ne sont pas vraiment une équipe très puissante. Est-ce qu’on a vraiment besoin d’eux ?

S’interrompant pour se retourner vers elle, Zane répondit en baillant :

-Nous ne pourrons pas toujours assurer toutes les missions avec nos nouvelles responsabilités, sans compter la restauration de la forteresse (Zair et Tekris s’échangèrent un regard : ils n’étaient pas au courant de ça). Avoir deux équipes permettra, si plusieurs reliques sont détectées en même temps, de gagner encore plus de kaïru pour devenir plus puissant ! Et puis, avoir des gens à son service est plus que gratifiant : les Stax verront que nous ne plaisantons pas, et Baoddaï nous prendra bien plus au sérieux ! Je prends la tête de tous les E-Teens, moi !

-Tant que tu ne nous ramène pas les Battacor…

-Je ne suis pas désespéré à ce point !

-Après tout, tu n’as pas tort. Ca pourra nous être utile ! Maintenant, dépêchons de rentrer, le temps se gâte, et il va falloir être en pleine forme pour exécuter ton plan.

-Au fait, renchérit Tekris, tu sais où est la prison de Lokar ?

-Bien sûr que oui ! Le plus long sera d’attendre que les Imperiaz,eux, retrouvent leurs parents.

-Oui, c’est vrai, approuva Zair en poussant les deux garçons vers la forteresse sans qu’ils ne s’en rendent compte. Décidément, tu n’as pas chômé en ton absence !

-Être le nouveau chef demande de donner de sa personne, rétorqua pompeusement Zane en étouffant de nouveau un bâillement. Et puis, vous voyez que je vais bien comme ça !

-Effectivement, confirma Tekris en soulevant la couverture pour qu’il se couche.

Depuis quand étaient-ils de retour dans sa simili-chambre ? Zane ne s’était rendu compte de rien. Mais ce n’était pas plus mal, il se sentait vraiment épuisé. Finalement, le lit n’était pas si inconfortable, les autres n’avaient pas trop mal travaillé. Sans compter qu’il avait mérité un peu de repos après toute cette histoire.

Se tournant dos à la porte, la tête calée dans le creux de son coude, il entendit vaguement la voix de Zair dire qu’elle changerait son pansement plus tard, puis sombra dans un sommeil lourd sur une dernière pensée, presque obsédante.

Pourvu que je ne fasse pas d’autres rêves bizarres !


***

-Par pitié, je vous en supplie, ne nous tuez pas ! Je vous promet que nous ne chercherons pas à vous faire obstacle !

-Je sais, répondit simplement l’adolescent avant de trancher la gorge de la jeune femme, qu’il maintenait par les cheveux, d’un geste expert.

Son corps recroquevillé par la peur s’écroula dans un bruit mat, une tache de sang sombre s’élargissant rapidement sous elle, souillant la moquette bon marché recouvrant le sol. L’adolescent soupira d’agacement, les oreilles harassées par les cris aigus d’un enfant terrifié dans la pièce d’à côté. Un « bouh ! » suivit d’un éclat de rire retentit, suivit du bruit d’une détonation un peu trop puissante pour être celle d’un simple coup de feu. Soupirant de nouveau, mais de soulagement cette fois face au calme retrouvé, l’adolescent enjamba le corps de la femme finissant de se vider de son sang, prenant bien garde à ne pas salir son pantalon. Son père venait juste de le lui offrir, ç’aurait été bien bête !

Poussant la porte d’un coup de pied, il leva les yeux au ciel en voyant sa coéquipière s’amuser à fouiller l’armoire de ses victimes, en quête d’une frusque intéressante.

-Non mais regarde-moi ça, aucun vêtement neuf dans toute la baraque ! Comment je vais faire moi, l’une des gamines a roussi ma veste !

-Nous nous occuperons de tes soucis vestimentaires plus tard. Pour le moment, il faut retourner voir mon père, et lui annoncer que les Phosyas ne représenteront plus jamais une menace.

-Tu l’as dit, ricana la jeune femme en observant avec satisfaction un petit cadavre, méconnaissable tant il avait brûlé. A moins que tu ne crois aux esprits vengeurs bien sûr, aucun ne devrait chercher à s’emparer du trône de fer !

-Le quoi ?

-Bah rien, une référence terrienne.

-Au lieu de dire des bêtises, va chercher Adriel, nous…

L’adolescent se tut, portant la main à sa tempe. Se retournant, surprise par son silence, sa comparse laissa ses lèvres s’étirer en un sourire avide.

-Papa appelle ses chiens de chasse ? demanda-t-elle avidement.

L’autre hocha la tête, fermant les yeux comme s’il était en pleine conversation mentale. Enfin, il les rouvrit, presque aussi ravi que sa partenaire.

-Changement de programme. Nous allons sur Terre : un phare s’est allumé dans la nuit.


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