Une autre version de l'histoire par

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Deviation / Aventure / Romance

3 Les ennuis commencent

Catégorie: G , 15438 mots
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Les ennuis commencent


Baillant à s’en décrocher la mâchoire, Saïn s’allongea plus confortablement sur les coussins multicolores qui jonchaient le sol de la grande pièce. Ne prenant pas garde, ses pieds déchaussés se retrouvèrent en contact avec le sol éternellement glacé – à première vue, il aurait pu s’agir de marbre, mais un deuxième regard plus avisé détrompait le visiteur –, faisant remonter un frisson le long de ses jambes, qu’elle ramena vivement contre son corps. Son visage ovale prenant une moue ennuyée, elle s’efforça de lisser du plat de la main ses vêtements afin de les défroisser un peu. Elle aurait beau être entré des dizaines de fois dans cette pièce, se retrouver dans l’antichambre aux murs recouverts de soie sombre du Seigneur Héritier impressionnait toujours la Daminienne qu’elle était. Même si l’agacement montant en elle en gâchait quelque peu l’effet. La patience et l’immobilité n’étaient pas ses plus grandes qualités.

Outre les tentures, des fenêtres gracieusement ajourées, les grilles de métal représentant des créatures fantastiques pour la plupart volantes, laissait passer la chaleur de l’après-midi. De multiples décorations vertes, argentées et grenat ornait le plafond dans un assemblage de figures géométriques complexes. Deux portes imposantes chantournées faites de métal sombre au motif aussi travaillé que ceux du plafond gardaient l’entrée de la pièce, tandis qu’une autre située sur le mur gauche, plus petite et d’un seul battant bien que de même forme, menait aux appartements proprement dits du Seigneur Héritier. Une table basse se tenait au centre exacte de la pièce, d’autres coussins disposés autour en guise de sièges, à l’exception d’un fauteuil drapé de taffetas blanc et pourpre tout au bout. L’odeur d’encens flottait dans la pièce, mais au lieu d’être douceâtre comme sur Terre, celle-ci était âcre, rappelant l’odeur de la poudre et de la fumée d’incendie. Cela ne paraissait pourtant pas déranger les deux adolescentes qui attendait depuis presque une heure à l’intérieur. Saïn la trouvait même très agréable à vrai dire.

Changeant pour la énième fois de place, en prenant garde cette fois à ne pas toucher le sol glacé, elle tripota machinalement l’ouverture de la pochette de son X-Reader. L’ayant obtenu à seulement onze ans alors que l’âge moyen était de quatorze, il faisait d’elle une Élitiste, un rang de soldat particulièrement élevé puisque capable de manipuler le kaïru de Thiers. Elle était très fière de posséder cet objet rectangulaire, qui lui permettait à la fois de lancer des attaques et de se transformer en monstre, faisant d’elle l’une des Daminienne les plus puissante de son peuple. Bien sûr, elle n’oubliait pas que jamais elle ne pourrait arriver au niveau du Seigneur Héritier – puisse sa vie être longue et constellée de victoire – capable de se moquer des distances, mais avec un peu d’entraînement, elle était certaine de finir par pouvoir dépasser Adriel. Le pouvoir et la puissance étaient les deux moteurs du Dôme, et à condition que les Trois Tabous – le Trône, le Pouvoir et la Mort – se trouvaient être respectés, tous les coups étaient permis pour s’élever le plus haut possible de sa condition. Sans se vanter, Saïn trouvait s’en être jusque là très bien sortie. Certes, sa famille était considérée comme parvenue, mais élevée par le Seigneur Régent en personne, qui aurait eu la stupidité de l’affirmer ouvertement ?

-On peut savoir ce qui t’amuses tellement ?

Agacée d’avoir été tirée de ses agréables pensées, Saïn foudroya sa comparse du regard. Rigide comme à son habitude, Adriel n’avait pas bougé d’un iota à partir du moment où elle s’était assise sur l’un des coussin entourant la table. Tandis que Saïn était incapable de rester dans la même position plus de quelques minutes, Adriel continuait de la fixer calmement, les lèvres pincées – un visage qu’elle n’avait guère quitté depuis que Saïn la connaissait, et cela faisait quand même neuf ans. Légèrement plus puissante qu’elle dans le kaïru selon les Recruteurs, Adriel n’était pas uniquement choyée parce qu’elle avait réussi à atteindre sa Compétence. Elle était également la promise du Seigneur Héritier, et se devait de faire ses preuves dans les Trois Tabous avant de voir sa candidature validée, et le Trône lui ouvrir les bras. Et malgré ses seize ans, Adriel n’avait plus qu’à se montrer digne de la Mort, son respect du Trône et son Pouvoir étant admis par tous.

Aussi, admettre avoir pensé être capable de dépasser la future Seigneurie Héritière pouvait se trouver dangereux…Hiérarchiquement, Adriel restait au-dessus de Saïn. Au moins pour le moment.

-Eh bien, Teos – puisse-t-il avoir une vie longue et constellée de pouvoir – nous a demandé de patienter quelques instants, et voilà bien une heure que nous attendons dans cette antichambre. Où est donc le phare que nous devons éteindre ?

-Tu n’as pas tort, approuva Adriel. Jamais un ordre de mission n’a pris tant de temps.

Saïn se retint de justesse de ricaner. La jeune femme s’arrangeait pour ne pas froisser sa compagne, mais ne se plaignait pas de l’attente. Rien d’autre que de la politesse en somme, idéale pour ne pas paraître insultante à l’une ou l’autre partie. Cette petite était faite pour le pouvoir, décidément…

Enfin, un grincement sourd leur indiqua que les lourdes portes venaient de s’ouvrir. Tournant la tête, les deux jeunes femmes observèrent Teos, Adriel toujours aussi droite, Saïn se résignant à se lever pour s’asseoir à son tour à la table. Puis Teos s’installa dans le fauteuil qui lui était réservé du geste fluide d’un habitué. Adriel fut la première à prendre la parole.

-La Terre donc, c’est cela ?

Teos hocha affirmativement la tête, jetant un regard sur une liasse de papier, tenue à la main depuis son entrée.

-Cette fois, notre mission sera peut-être plus exaltante que les autres. Tout d’abord, il ne s’agit pas de gamins à peine sortis de l’enfance. D’après notre informateur, notre cible se trouve au sein d’une organisation hiérarchisée manipulant le kaïru, appelée le Redakaï.

-Pourquoi, « Redakaï » ? C’est bizarre comme nom.

-Il s’agit du titre de l’élite de cette organisation. De ce que je sais, le Redakaï actuel est composé de sept hommes, mais ce ne sont pas les premiers Maîtres Redakaï – c’est le nom de leurs Recruteurs. Avant d’accéder à ce rang, ils sont appelé des combattants kaïru, l’équivalent de nos Élitistes, et encore avant cela des novices – nos Potentiels. C’est à partir de là que cela devient intéressant…En effet, à la base les futurs Redakaï étaient au nombre de huit. Seulement, l’un d’eux, du nom de Lokar, décida de se tourner vers le mal, et finit par être chassé du Redakaï. Néanmoins, dans sa fuite, il vola tout le kaïru de l’Univers.

-Mais c’est impossible, s’écria Saïn. Cet informateur est complètement stupide ou quoi ?

-Il croyait dur comme fer à ce qu’il racontait en tout cas, mais je te rejoins, c’est impensable. Bref, Lokar se servit de toute cette énergie pour semer la destruction, réduisant une planète à l’état de néant, ce que le Redakaï appelle le Grand Cataclysme. Un homme réussit cependant à prendre le contrôle du vaisseau contenant le kaïru, pour peu de temps car Lokar le retrouva. L’homme, nommé Connor, n’eut que le temps de diriger le vaisseau vers la Terre, où il s’écrasa, le kaïru se répandant aux quatre coins du globe avant de se loger dans diverses reliques.

-Pas très malin ton Lokar, tout le monde sait que le kaïru en tant que tel est instable, incapable de vivre plus de quelques heures.

Pour la première fois, Teos sembla hésiter, pianotant avec ses doigts sur l’accoudoir du fauteuil.

-Ce que je vais vous dire, vous devrez le garder pour vous. J’ai confiance en votre bonne foi, mais si jamais vous vous avisez de me trahir en allant tout répéter au premier venu…

Outrées, les deux adolescentes sursautèrent devant une telle insinuation. Plus rapide que Saïn, qui allait répondre vertement, Adriel demanda d’une voix calme, bien que glaciale :

-Avons-nous déjà répété quoi que ce soit, à qui que ce soit ?

-Non, bien évidemment, sourit Teos. Je disais donc que ce kaïru, au contraire, une fois logé dans une relique, peut survivre pendant des années (il leva une main pour empêcher Saïn de l’interrompre). Les Redakaï formèrent leurs combattants à le récolter au nom du bien, tandis que de son côté Lokar a formé ses E-Teens à le recueillir au nom du mal. Sauf que, il y a de cela peu de temps, ce Lokar est censé avoir périt durant l’explosion de son repaire.

Incapable de se retenir, Saïn éclata de rire.

-Voilà qui est fâcheux, et particulièrement idiot !

-Tu me pardonneras de ne pas partager ton hilarité, la tança Teos, mais je n’ai pas terminé.

-Ah bon, il y a autre chose ? Tu m’étonnes que tu y ait passé tant de temps aujourd’hui !

Teos la foudroya du regard, la réduisant au silence. Toute son attitude lui indiquait clairement que le jeune homme n’avait nullement envie de plaisanter. Au contraire, son visage était grave.

Le remarquant également, Adriel se rapprocha de lui, allant jusqu’à mettre une main sur son épaule.

-Que se passe-t-il, Teos ? Notre cible est un de ces maître Redakaï ?

Inspirant profondément, l’intéressé se redressa. Si Saïn ne le connaissait pas si bien, elle aurait pu croire son Seigneur Héritier – puisse sa vie être longue et constellée de victoire – mal à l’aise.

Cette constatation lui glaça les sangs, cependant, ce n’était rien à côté de ce qu’annonça Teos.

-Pire que cela, Adriel. Notre cible…c’est impensable, pourtant, a brisé un des Trois Tabous.


***


Sur Terre, les choses n’étaient pas très gaies pour les Radikors. Zane était rentré de la grotte-prison retenant jusqu’à récemment les parents des Imperiaz d’une telle humeur qu’il s’était enfermé dans sa chambre, ne décrochant pas un mot depuis qu’il avait averti l’équipe princière des conséquences du possible retour de Lokar. Il n’en ressortait que rarement, pour s’entraîner ou superviser l’arrangement de la forteresse, et était à chaque fois soigneusement évité le plus possible par Zair et Tekris, qui attendaient avec impatience une nouvelle relique kaïru détectée, pour que leur chef puisse passer ses nerfs et se détendre. Zair, qui discutait à voix basse avec Tekris, avait déclaré que s’il n’était pas content de la tournure des évènements, il n’avait qu’à pas délivrer aussi facilement les parents des Imperiaz, ce à quoi Tekris répondait en suggérant que c’était plutôt le fait que les Stax se soient échappés qui l’avait mit dans un tel état d’humeur.

Dans un sens, Tekris n’avait pas tort : que les Stax soient libres de leurs mouvements alors qu’il les tenaient entre ses mains juste avant contribuait à la mauvaise humeur de Zane. Mais ce qui l’irritait plus encore, c’était évidemment le retour futur de Lokar. Il avait sagement fait le sous-fifre (sauf peut-être la fois où il avait trouvé le gant de Z…Lokar, là, il admettait que le tout lui avait un peu monté à la tête. Mais il maîtrisait à la perfection ce satané gant !) pendant des années car cela lui permettait de combattre les Stax, et de pouvoir patienter en attendant d’assouvir sa vengeance, attendant que le jour où il pourrait enfin avoir le premier rôle et être le chef, le dirigeant, celui qui est obéit et non pas celui qui obéit. Et alors qu’il avait enfin sa chance, que même le X-Reader de Lokar se déposait à ses pieds et qu’il acquérait un pouvoir sans limites, et surtout, après avoir goûté au règne, Lokar reviendrait, le renverrait d’où il venait, c’est-à-dire à une place de sous-fifre, et tout redeviendrait comme avant ? Après tout, en y réfléchissant, ce n’était pas si mauvais, les Radikors étant l’équipe favorite de Lokar…Non, il n’arrivait pas à s’y faire ! Cette idée lui laissait un goût amer dans la bouche, qui lui donnait envie de cracher. Il ne voulait pas subir à nouveau cela, et surtout, il refusait de connaître l’humiliation du bannissement ! Tout son corps se révoltait, ses poings se serraient, sa mâchoire se crispait, ses muscles se tendaient, et il en arrivait à trembler de rage. En particulier que Zair et Tekris l’abandonne devant Lokar le rendait furieux, et il en éprouvait encore bien du ressentiment. Mais Lokar était son maître, et qu’y pouvait-il ? Il allait lui reprendre son X-Reader, et lui ne pourrait rien y faire, à part tenter de le convaincre qu’il ne faisait rien de mal.

Se retournant sur son lit, il mit sa tête dans son oreiller, la colère montant violemment en lui. Même en ce moment, il voulait être le grand Zane, pas l’ombre de Lokar ! Son grandissime successeur, oui à la limite, mais pas être noyé dans les agissements de son ex-maître ! C’était en grande partie pour cela qu’il avait changé de plan à la dernière minute dans la grotte, pour se démarquer, mais avait-il eu raison ou non ? Il verrait selon ce qu’en penserait le Redakaï. Mais pourquoi Zair allait l’abandonner ?

Trois coups frappés à sa porte le firent relever la tête, avant que cette dernière, justement, ne dise :

-Zane ? Tu viens ? C’est l’heure de dîner.

-Dehors ! cria impulsivement l’adolescent. Je suis occupé, je mangerai quand je veux !

-Ca va, pas la peine de crier, c’était juste pour te prévenir ! Tu verras alors !

-C’est ce que je viens de dire !

La jeune femme n’ajouta rien, repartant en serrant les dents. Elle commençait à en avoir l’habitude, depuis presque une semaine elle obtenait la même réponse tous les soirs, mais celle-ci avait été plus violente que d’habitude. Une seconde, elle décida qu’elle allait arrêter de venir le prévenir le soir, y trouvant toutes les bonnes raisons possibles et imaginables- à commencer par le fait qu’elle n’était pas là pour se faire crier dessus-, avant de laisser tomber. Bien sûr qu’elle reviendrait le lendemain soir, comme tous les autres soirs, malgré l’humeur de Zane. Elle ne voulait pas le laisser seul ou à trop ruminer après tout, s’avoua-t-elle, mais lui semblait hermétique à tout en ce moment. Tekris lui-même disait qu’elle ferait mieux de le laisser tranquille quelques temps, mais elle n’y arrivait pas. Ou pas encore, songea-t-elle amèrement. Car au fond d’elle, elle commençait à se demander si c’était vraiment très sage de s’accrocher à l’adolescent si caractériel, comme elle le faisait du moins. Elle devrait peut-être plutôt le considérer seulement comme son chef d’équipe finalement…Cette idée lui faisait mal malgré elle, mais après tout, c’était peut-être le mieux pour tous les deux, Zane lui-même semblant avoir oublié depuis longtemps qu’un jour il en avait été autrement.

Lorsque Tekris, qui terminait de mettre la table, la vit franchir la porte avec un air aussi sombre que ses pensées, il ne demanda rien, se contentant d’enlever le troisième couvert. Il n’en avait rien dit à sa coéquipière, mais le matin, Tekris ne voyait jamais de vaisselle en plus de celle des deux combattants. Après tout, ça ne le regardait pas, mais il savait que Zair s’en inquiétait au fond. Il ne voulait pas s’en mêler, mais il avait assez laissé l’adolescente se charger de Zane, le colosse préférant l’éviter prudemment durant ses périodes de mauvaise humeur, l’admirant secrètement de n’avoir jamais cédé à ses colères. Ce soir, après le repas, décida-t-il, je ferais un plateau pour Zane et je le forcerait à l’avaler, enfin j’essaierai. Comme ça, Zair arrêtera peut-être de s’inquiéter.

Déposant le plat sur la table, il fit semblant d’allumer une télé imaginaire, avant de faire le commentateur d’un match de space-ball qui n’existait que dans son imagination. Après l’avoir d’abord regardé avec surprise et vérifié que Zane ne débarquait pas en criant qu’il voulait du calme, elle se prit au jeu, riant parfois des maladresses de son équipier qui inventait n’importe quoi, voir des règles, pourvu que son équipe favorite imaginaire gagne, quelle qu’elle soit.

-Ah bon, la balle qui rebondit hors du terrain, ça vaut deux points pour l’équipe ?

-Ouais, c’est une nouvelle règle qui est passé juste avant la rencontre. Beau match hein ?

-Pas mal en effet, lui sourit-elle.

La soirée se déroula calmement pour les deux combattants, qui ne virent pas l’ombre de leur chef. N’étant pas fatigués, ils décidèrent de sortir s’entraîner un peu, priant pour une relique. Ou quoi que ce soit pouvant distraire Zane de son humeur explosive.

Pendant qu’ils s’échangeaient des attaques plus ou moins amicales, Zair se plaignant régulièrement d’être obligée de s’entraîner contre lui, Zane, après avoir ruminé une bonne partie de la soirée, avait fini par sombrer dans un sommeil lourd et fatiguant. Suite à un rêve/cauchemar où il se voyait de retour à l’époque où il était élève de Baoddaï, s’enfonçant dans une marée noire sous les rires de Ky et le regard du maître kaïru qui clamait qu’il n’était pas assez puissant, il se retrouva sur une falaise, non loin du monastère. Assis sur une pierre, il regardait la mer, laissant Zair et Tekris chercher une relique, s’il comprenait bien. Après une remarque sous-entendant sa passivité de la part de Tekris, il utilisa l’attaque « rochers ravageurs », manquant de faire s’écrouler la falaise, ce que lui souligna Zair. Mais alors qu’il entamait un discours sur sa haine des peureux –ce qui était plus que vrai-, se tournant vers ses coéquipiers, un homme, un garçon de son âge à la peau aussi sombre que la mare de son rêve précédent, jaillit brusquement dans son dos, comme s’il avait surgi de l’océan pour monter en ligne droite, le balayant d’une griffe de l’ombre. Deux autres adolescentes sortirent d’une crevasse, envoyant ses deux coéquipiers au sol à l’aide de deux attaques dévastatrices dont il ne parvint pas à comprendre les noms. Il n’arriva pas plus à détailler les nouvelles arrivantes, son champ de vision obscurcit par le même garçon qui le toisa d’un air moqueur.

-Et tu te crois puissant ? Sauf que cette fois tu ne peux pas te cacher derrière ton équipe, ou prétendre à une feinte. Ce serait pousser un peu plus loin le stratagème, tu ne crois pas ?

Zane détesta immédiatement l’homme, et pas seulement parce qu’il venait de l’écraser – et de le tutoyer. Quelque chose en lui l’horripila. Son adversaire, profitant de sa position de faiblesse, invoqua une « collision démente », une attaque qui lui était totalement inconnue, pour le mettre hors d’état de combattre. Roulant sur le côté pour éviter le choc dévastateur, Zane s’aperçut que Zair et Tekris était emprisonnés dans ce qui semblait être des lianes de plasma, incapable de se défendre face aux deux filles, qui rassemblaient leur kaïru intérieur pour leur lancer une douloureuse salve d’énergie. Il le savait, il avait déjà vu ce genre d’attaque ! Zane leur envoya un mur de lame pour les forcer à reculer, mais ne fit pas assez attention à celui qui semblait être leur chef. Ce dernier le frappa en pleine poitrine, lui coupant le souffle sous la douleur de l’impact, le forçant à mettre un genou à terre. Il tenta de tenir sa position, mais l’une des filles, remise de l’attaque, lui envoya simplement une autre attaque dont il n’entendit pas le nom, le faisant basculer. Il savait que ce n’était qu’un rêve, mais il ressentait tout, les attaques kaïru, la douleur, la pierre sous son dos, comme s’il était en plein défi –s’il était possible d’en faire une comparaison. La vue brouillée, il entendit Tekris lui crier de bouger, Zair l’appelant. Incapable de faire le moindre mouvement, le seul fait de respirer étant déjà pénible, il grimaça quand un pied se posa sur son torse, le garçon lui faisant face ayant la main brillante d’une sombre aura bleutée.

-Mais qui es-tu ? parvint-il à souffler entre deux gémissements.

-Tu ne le sauras jamais, mais je suis déçu, je m’attendais à une vraie résistance.

Il est drôle lui ! Il nous a attaqué par surprise, c’est tout !

-Mais rassure-toi, ça ne va pas faire mal longtemps. Il nous faut juste un exemple pour que ton équipe ne fasse pas la maligne. Pas de bol, c’est toi le chef.

Un éclair pourpre zébra l’espace, et Zane eu l’impression qu’on lui déchirait les entrailles.

Poussant un hurlement à la fois de douleur et de rage, l’adolescent se réveilla en sursaut, heurtant quelque chose de son coude. Haletant, il posa les mains sur sa poitrine, sur son ventre, sa tête…

-Hé, calme-toi, c’est rien ! C’est juste un cauchemar ! s’empressa de dire Tekris, lui prenant les épaules pour le retenir. Un sacré cauchemar, mais juste un cauchemar !

S’il avait su que son chef d’équipe hurlerait à la mort alors qu’il le secouait pour essayer de le réveiller, il aurait tout de suite poussé le plateau. L’assiette qu’il avait préparé gisait sur le sol, avec le pain, le verre d’eau brisé et les couverts, heurté pendant le réveil brutal. Le voyant reprendre son souffle, il lâcha son chef d’équipe et commença à ramasser les restes du repas. Pourvu que Zane ne lui en veuille pas de l’avoir surpris en plein mauvais rêve et ne le lui refasse payer par la suite…

-Bon dieu, tu sais que tu m’as flanqué une de ces frousses !?

-Tu sais très bien que je déteste que l’on invoque dieu en ma présence, grogna l’intéressé pour se donner un semblant de contenance, pendant qu’il reprenait un rythme cardiaque normal.

-Ca va, c’est juste une expression.

Des bruits de pas précipités se firent entendre dans le couloir, avant que la porte ne s’ouvre brusquement, montrant une Zair alertée par le cri qui venait de retentir, alors qu’elle s’endormait :

-Qu’est-ce qui se passe ? On est attaqué ?

-C’est rien, j’ai fait un mauvais rêve, et au même moment Tekris me secouait pour…pour quoi d’ailleurs ? J’aimerais savoir quelle raison t’as poussée à venir dans ma chambre.

-Oh, euh, je voulais juste t’apporter un plateau en fait, au cas où tu oublierais de manger.

Le vert poussa un soupir agacé avant de regarder Zair d’un air soupçonneux. S’en apercevant, la E-Teens le fixa interloquée une seconde avant de comprendre le fond de sa pensée.

-Attends, c’est pas moi qui l’ai envoyé ! Il a décidé ça tout seul.

Son attention détournée par un bip régulier, Zane se leva pour sortir son X-Reader de son étui. Un point sur l’écran clignotait, indiquant la détection d’une nouvelle relique. Il faillit se dire que ce n’était pas trop tôt, quand il vit où l’énergie kaïru était localisée. Un frisson remonta le long de son échine. A quelques pas du monastère, enfin, façon de parler. A tous les coups, sur une falaise. Valait-il mieux rester là et prétendre à une erreur de son X-Reader ? Comme victime d’une crampe, il se raidit sous la pensée.

Depuis quand était-il un lâche ? Laisser la relique aux Stax et rester la queue entre les pattes ? Hors de question ! Cette fois-ci, il ne se laisserait pas surprendre, et avec l’X-Reader de Lokar, il était en mesure de les vaincre. Sans compter qu’il s’agissait peut-être d’un simple cauchemar. Il n’avait plus eu de visions depuis des années, et celles-ci étaient toujours fausses, quelle que soit la façon dont il les avait. De toute façon, Zair venait de sortir son propre appareil en le voyant fixer le sien sans rien dire, coupant court à quelconque idée de mensonge. De plus, elle paraissait bien décidée à y aller. Mieux valait garder une façade d’impatience pour que son trouble ne soit pas visible. Il inspira un grand coup, mettant sa cape qui était posée sur la chaise ainsi que sa sacoche, avant de déclamer :

-Allons-y, une relique kaïru nous attends !


***

Cela faisait déjà plus d’une heure que les Radikors suivaient le chemin qui bordait les montagnes adjacentes au monastère, se guidant à l’aide de leurs appareils, bien qu’ils se trouvaient trop proches pour que le signal soit très précis. Mais après tout, ils commençaient à avoir l’habitude, en cinq ans de quête kaïru. Et si la relique se trouvait sur leur chemin, ils seraient obligés de la voir, le terrain sur lequel ils avançaient était découvert sur plusieurs kilomètres devant eux. Zane connaissait déjà un peu les lieux, les ayant déjà visité auparavant, lorsqu’il séchait les cours de méditation pour explorer les environs, ce que Baoddaï n’avait jamais vraiment apprécié. En réfléchissant sur le trajet pour venir sur la montagne, il avait à peu près reconnu les lieux de son « cauchemar » : une falaise à quelques kilomètres du monastère –qu’il était déjà possible d’apercevoir en plissant un peu les yeux-, où les novices allaient parfois s’entraîner pour leurs premières missions de simulation en terrain réel. Depuis l’arrivée de son équipe, il allait toujours dans la même direction. Droit vers la falaise. Droit vers les ennuis, il le sentait bien…

Avançant un peu plus vite jusqu’à se trouver à sa hauteur, Tekris l’apostropha, X-Reader en main :

-Dis Zane, depuis le début tu vas droit devant, mais la relique est peut-être de l’autre côté de la montagne. Après tout, ça correspond aussi aux mesures que nous avons.

-Non, j’ai l’intuition que la relique est là-bas, mentit à moitié l’adolescent en désignant la côte.

-Tu es certain ? grimaça le colosse, s’arrêtant pour fixer son appareil d’un air dubitatif.

Derrière eux, Zair fronça les sourcils. Rejoignant Tekris, elle lui mit la main sur l’épaule –ce simple geste lui rappelant désagréablement qu’elle était petite- en lui murmurant de l’attendre là, puis se dirigea en trottinant vers Zane, qui avait continué son chemin sans plus se préoccuper d’eux. Il préférait trouver rapidement la relique et récolter son kaïru, comme ça, ils pourraient peut-être éviter la confrontation, ou sinon ils seraient « rechargés » avec l’énergie récoltée.

-Hum, Zane ? l’interpella Zair à voix basse. Je sais que tu n’aime pas en parler, mais…rassure-moi, si tu es si sûr de l’emplacement de la relique, ce n’est pas parce que tu l’as « vu » ? (Devant le silence de son vis-à-vis, elle continua) Tu sais que tes visions ne sont pas fiables, au contraire.

S’arrêtant en grognant de frustration, l’adolescent se retourna et répondit :

-Tu crois que je ne le sais pas ? Je m’étais vu devenir un combattant du bien quand je me suis engagé avec Baoddaï, et j’ai vu la défaite des Stax le matin où Lokar nous a envoyé dans les marais et que nous avons trouvé le gant de…Lokar ! Alors merci, mais je suis parfaitement au courant ! Je t’ai vu…

Il s’interrompit, comprenant qu’il en avait trop dit devant l’air surpris de Zair. Il secoua la main :

-Laisse tomber, juste…pour une fois, fais-moi confiance.

La jeune femme voulu protester, mais Tekris toussota légèrement pour attirer leur attention :

-Désolé de vous interrompre, mais j’entends des voix juste derrière nous.

Zane sentit l’air de ses poumons sortir d’un seul coup. Pas déjà, ils devaient accéder à la falaise avant de les rencontrer ! A moins que sa vision ne soit effectivement fausse…

Mais en tendant l’oreille, il n’entendit pas les mêmes voix que celles de sa vision, puis de son cauchemar, ce qui lui arracha un soupir mental de soulagement. D’ailleurs, il ne les connaissaient pas non plus. A les entendre, les voix étaient fluettes, ça ne devait pas être des combattants très âgés. Un sourire se formant sur son visage, il se dit que là, ils allaient pouvoir s’amuser un peu...

-Tu veux dire qu’ils nous indiquent en gros où se trouve la relique, mais c’est à nous de chercher ensuite ? Ca aurait été bien de le savoir avant de commencer notre première quête, fit remarquer ironiquement une voix masculine qui n’avait pas encore mué.

-Continuez à marcher. Nous finirons bien par la trouver.

-Tout ce que vous allez trouver, ce sont de gros ennuis, rétorqua Zane, qui avait fait volte-face avec ses équipiers pour se retrouver face aux nouveaux venus.

-Les Radikors !

Il ne s’était pas trompé. Ces gamins ne devaient pas être plus âgés que Zair et Tekris quand ils avaient débuté leur quête du kaïru, et n’avaient pas l’air très sûrs d’eux. Mais sa presque bonne humeur se dissipa u n peu quand il s’aperçut qu’il connaissait ces gamins. Enfin, plus ou moins…

Encore cette satanée chute des arbres, et ces rêves bizarres qui ont suivis, hein ? Tout revient à ça en ce moment.

Malgré tout, Zane commença à se demander s’il allait avoir droit à un vrai défi. Avec la prudence qui s’apparentait à de la lâcheté de Baoddaï, ce dernier n’aurait pas envoyé n’importe qui en mission, mais là...Ces gamins étaient tout sauf impressionnants. A moins qu’il ne s’agisse pas des élèves du maître… Au moins, ils les connaissaient, ce qui était plutôt gratifiant. Le Redakaï les prenaient au sérieux !

-Les Radiquoi ? C’est qui ça ?

Quoique…

-Apecks, ce sont des E-Teens, on en parle dans le manuel ! Mais je parie que tu n’en a pas lu une seule page, pas vrai ? le corrigea son copain, qui ressemblait fortement à un premier de la classe.

Zair faillit éclater de rire. Elle avait vraiment entendu ce qu’elle croyait ? Elle jeta un rapide regard aux garçons de son équipe avant de se reconcentrer sur les nouveaux arrivants :

-Le manuel ? dit-elle en détachant les syllabes. Vous êtes débutants ou quoi ?

Visiblement vexée du ton prit par la E-Teens, la seule fille de la nouvelle équipe crut bon de répliquer.

-En tout cas, nous savons exactement qui vous êtes, et vous ne nous faites pas peur. Alors soyez malins, partez d’ici pendant qu’il en est encore temps !

Ayant refermé son visage le temps d’écouter la petite fille, Zane eut un sourire en coin qui ne présageait rien de bon pour ses adversaires. C’était exactement ce qu’il lui fallait pour se détendre : remettre à sa place ces petits nouveaux arrogants, surtout qu’il parvenait à se transformer en Bruticon sans douleur depuis quelques jours. Oh, ce serait court, mais très amusant, il le sentait !

-Des novices du kaïru, tout plein d’idéaux et de naïveté. Vous allez voir ce qui arrive à des demi-portions dans votre genre, qui veulent jouer les petits durs ! Défi kaïru !

Si ses camarades eurent la bonne idée d’hésiter et de se consulter du regard, la fille n’eut pas cette intelligence. S’inclinant pour faire le signe du défi, sûrement pressée de prouver sa valeur, elle dit :

-Défi accepté !

Aussitôt, le ciel se para de nuages bleu clair tandis qu’un vent brutal se leva, ébouriffant les cheveux des novices qui parurent encore plus fragiles. Pour un peu, Zane aurait pu s’en attendrir, tiens. Ha ha ha, bien sûr que non, surtout avec son humeur actuelle ! Il se contenta de les trouver pathétiques.

Je parie qu’ils vont avoir des monstres de débutant, comme Scharachnoz ou Scorpirion.

-Scharachnoz ! cria la rousse.

Une aura verte l’entoura immédiatement, indiquant qu’elle se transformait tout de suite.

-Scorpirion !

-Circuit ! la suivirent ses deux équipiers.

Zane ricana d’avance. Il savait exactement ce qui se passait quand on invoquait un monstre et que l’on se transformait pour la première fois, ce qui devait être le cas pour ces trois-là, vu leur hâte maladroite.

Et évidemment, perturbés par la morphologie si particulière des monstres kaïru, l’étrange équipe débutante eut déjà beaucoup de mal à tenir sur ses jambes, se rattrapant au dernier moment pour se remettre droits et ne pas perdre plus la face. Il était temps de leur montrer comment se transformaient de vrais combattants.

-Bruticon !

-Silverbaxx !

-Cyonis !

Les trois Radikors se transformèrent également avec une aisance que seules des années d’entraînement au kaïru pouvaient permettre, cette fois bien campés sur leurs jambes monstrueuses.

-On va te montrer de quoi nous sommes capables, Zane ! Détonation supersonique !

Très mauvais choix quand on commence le kaïru, petite.

Emportée par son attaque, Djia fut projetée en arrière et fit plusieurs roulades sur le sol, son attaque se perdant sur la falaise bien au-dessus des Radikors. Sonnée, elle resta quelques secondes au sol, gémissant.

-La moindre des choses, quand on connaît le nom de l’adversaire, c’est de se présenter, petite. Vous êtes tellement pathétiques que je n’arrive même pas à me mettre en colère. Mais vous méritez quand même une bonne leçon. Faisceau d’antimatière !

Visant la montagne, il y perça un trou, qui provoqua l’effondrement d’une partie de la paroi, révélant une grotte. C’était bien pratique de déjà connaître les lieux, vraiment !

-J’espère que vous n’êtes pas des gamins qui ont peur du noir ! Scie antimatière !

Paniqués par l’arrivée de son attaque droit sur eux, les gamins ne réfléchirent pas une seconde et se précipitèrent vers cet « abri ». Zane en profita, avec une dernière scie, pour faire s’écrouler d’autres rochers et bloquer l’entrée, les empêchant de ressortir. Comme ça, ils allaient se calmer un peu et apprendre à respecter leurs ennemis, ces pauvres gamins ! Et il avait été plutôt gentil avec eux !

Ricanant allègrement, le chef des Radikors se détransforma, ravi de sa plaisanterie. Comme ça, les Stax seraient occupés à les chercher et les laisseraient tranquille un bon moment ! Après tout, se rappela-t-il sombrement, cessant de rire, ils allaient avoir besoin de toute leur énergie.

Mieux valait ne pas tarder s’il voulait éviter les trois cinglés. S’envolant, il se dirigea droit vers la falaise, suivit de ses acolytes, toujours aussi surpris qu’il sache exactement où aller pour la relique.


***


Marchant rapidement, ou plutôt Zair et Tekris étant entraînés par le pas pressé de leur chef, ils débouchèrent sur une falaise à-pic, bordée à ses pieds d’une plage de sable fin. Quelques arbres tordus poussaient ça et là, empêchant une embuscade par les bois, mais le sol irrégulier formait plusieurs crevasses parfaites pour se dissimuler si on savait bien se cacher. Quelques fissures zébraient également le sol, et celui-ci était majoritairement recouvert d’une fine couche d’herbe. Enfin, deux ou trois gros rochers gisaient, formant parfois comme de petits murets naturels.

Zane savait que la première fois, enfin dans ses…visions, bien qu’il ait du mal à y penser comme tel, il s’était assis sur celui au bout de la falaise, perdant du temps à ne rien faire au lieu de chercher la relique. Il n’avait pas vu où était celle-ci, mais il ne comptait pas refaire la même erreur. Il en profita pour examiner les recoins rocheux où quelqu’un aurait pu se cacher, et bien qu’il ne vit rien, il n’en fut pas plus rassuré. Allant jusqu’au bord, il regarda l’océan comme un ennemi doué de volonté propre. Posant les poings sur les hanches, il se demanda ce qu’il pouvait bien faire pour corriger l’histoire, alors qu’il ne voyait pas comment l’autre diable allait pouvoir surgir de l’eau pour venir faire son numéro. Il venait peut-être de la plage en contrebas ?

Ou il n’est pas encore arrivé et nous avons réussi à le prendre de vitesse, lui et les deux autres !

Zair s’approcha à son tour du bord par un autre côté. Vérifiant le pied de la falaise, elle s’en retourna vers son centre, les bras écartés en signe d’impuissance et d’incompréhension :

-On a fouillé toute la falaise, mais il n’y a aucune trace du kaïru !

Grognant de frustration, Zane s’assit sans douceur sur le rocher près de lui, la tête entre les mains.

-Et un peu d’aide serait la bienvenue, fit remarquer Tekris, ne le voyant plus beaucoup chercher depuis quelques minutes.

Zane sursauta, relevant la tête pour regarder Tekris, le cœur battant soudainement plus vite.

-Qu’est-ce que tu as dit ?

-J’ai dit qu’un peu d’aide pour fouiller la falaise nous aiderait beaucoup plus !

S’attendant à devoir se justifier auprès de son chef, Tekris croisa les bras, prêt à dire ce qu’il pensait. Aussi fut-il surpris quand l’adolescent se leva précipitamment de son rocher, fixant l’océan comme s’il s’attendait à ce qu’il se mette à parler et lui lancer un défi kaïru.

-Qu’est-ce qui te prends ? demanda Zair. Tu attends le Kraken ou quoi ?

-C’est peut-être pire que le Kraken, murmura Zane. (Puis, prenant une grande inspiration) Faites attention, je crois que nous allons être attaqués très prochainement. Méfiez-vous de cette crevasse !

-Quoi ? Mais attaqué par qui, les Stax ?

-Absolument pas, rétorqua une voix venue de derrière les Radikors. Griffe de l’ombre !

Zair s’était toujours dit que lorsque l’on voyait la mort de près, les choses devaient se passer au ralenti. Eh bien, devant la vitesse foudroyante de l’attaque, elle comprit qu’elle avait tort ! Prenant une impulsion, elle sauta en l’air, la griffe rasant de près sa botte. Zane parvint également à l’éviter, sachant déjà dans quelle direction aller pour l’éviter, se réceptionnant sur les bras puis sur ses pieds. Mais Tekris, moins rapide que ses deux coéquipiers et mal placé, se la prit presque dans le dos. Il roula au sol, grimaçant de douleur. Pour s’être pris l’attaque en rêve, Zane savait qu’il ne pourrait pas se relever immédiatement, alors il lança une « dégénération » vers la crevasse, au moment où les deux femmes sortaient de leur cachettes. L’évitant souplement, elles furent tout de même repoussées par un « mur de lame », Zair couvrant les arrières de son chef. Se consultant rapidement du regard, les deux combattants usèrent de leur rapidité pour venir aux côtés de Tekris, que Zair releva tandis que Zane se tenait prêt à répliquer.

Leurs attaquants se réunirent également, un sourire moqueur aux lèvres. Cette fois, ils purent les détailler, les trois adolescents leur faisant face. Il y avait bien évidemment le garçon à la peau noir, qui était visiblement le chef, comme Zane s’en était déjà douté dans son rêve. Ses cheveux longs étaient noués en queue-de-cheval retombant sur son épaule gauche. Ses yeux, entourés de rouge, étaient d’un gris presque translucide, tout comme ses cheveux, faisant un contraste déroutant avec sa peau d’un noir profond. Il portait une tunique descendant à mi-cuisse à manches courtes rouge carmin recouverte d’une veste sans manches bleue, un pantalon simili-jean bleu foncé légèrement plus clair que la veste, déchiré à quelques endroits et de solides bottes de marche de la couleur de sa tunique dans le style militaire. Enfin, il avait une pochette grise sur le côté gauche et des brassards de force sur lesquels avaient été gravés des créatures géantes inconnues des terriens. Il avait la musculature de quelqu’un entraîné au combat, et l’arrogance typique de ceux qui sont les plus forts et qui le savent très bien, voir qui en profite allègrement. Il était accompagné de deux filles, qui devaient avoir la quinzaine environ.

La première avait une peau humaine quoique grisâtre, donnant une impression de poussière. Grande, plus que Zane mais moins que Tekris, ses cheveux étaient verts, lourds et épais, noués en une queue de cheval haute, et une résille recouvrait le haut de son crâne. Ses traits étaient acérés, comme coupés à la serpe, ses yeux noir-bleutés étaient petits et n’exprimaient que de la haine, ou faisaient penser à une serrure fermées à triple tour, cadenassée et piégée. Son nez était aquilin et ses lèvres très fines, de la même couleur que sa peau. Elle était vêtue de mitaines vert sombre ouverte sur le dos de la main, d’un bandeau rouge carmin sur la poitrine serré par des bordures noires, un pantalon large du même vert que ses cheveux rentré dans des bottines en cuir marron un peu usées, avec d’épaisses semelles. Enfin, une sacoche sur le côté de sa hanche faisait penser à celles contenant un X-Reader, et elle arborait avec fierté une écharpe soigneusement enroulée autour de son cou pour qu’elle ne soit pas handicapante.

La seconde, plus petite (elle devait faire un ou deux centimètres de moins que Zane), avait une peau marron très foncée, comme tannée ou brûlée par le soleil, piquetée de scarifications sur les bras, en partie dissimulées par un manchon bleu qui partait du milieu de son avant-bras jusqu’au milieu de son biceps. Ses cheveux étaient noirs, très fins, noués en tresse, et arrivaient au milieu de son dos. Ses yeux étaient vairons, violet pour le gauche et vert pour le droit, ses traits plus grossiers sans être désagréables, les lèvres épaisses et le menton volontaire tatoué d’un triangle vert foncé. Elle avait un corset cache-cœur pourpre à manches courtes maintenu par une ceinture dorée, gravée de la même créature fantastique que les brassards de l’homme, un pantalon coupe droite violet d’inspiration asiatique s’arrêtant au milieu du tibia et des cothurnes noires. Elle aussi avait un X-Reader, celui-ci dans une petite bourse qu’elle gardait dans le dos et prenait avec une aisance naturelle.

-Très bien, siffla Zane, maintenant que vous avez fait les malins, vous pourriez vous présenter ?

-Et pourquoi pas vous d’abord ? rétorqua le garçon ironiquement, souriant comme d’une blague.

-Vous plaisantez ? marmonna Zair. Vous nous attaquez en nous tendant une embuscade bien préparée, et vous voulez nous faire croire que vous ne savez pas qui nous sommes ? Est-ce qu’on a l’air si crédules?

-Bien, bien. Vous n’êtes pas si idiots. Il est toujours appréciable que les victimes connaissent le nom de leurs bourreaux. Mon nom est Teos, la vipère à ma gauche c’est Saïn, et la beauté brune, c’est Adriel. Vous voyez, nous sommes coopératifs !

-Ah oui ? Eh bien dans ce cas, on va faire ça dans les règles, siffla Zane. Défi kaïru !

Tekris murmura « Il est cinglé » en se relevant péniblement, secouant la tête. Mais des Radikors, ce fut le seul à regretter ce choix : Zane était bien décidé à gagner du temps par tous les moyens, en espérant qu’ils aient une bonne étoile. Quant à Zair, l’embuscade et l’ironie de Teos l’avait mise sur les nerfs, et elle comptait bien le leur faire payer. Faisant le signe du défi, elle fixa d’un air mauvais ses adversaires, qui gardaient leur air condescendant, à l’exception d’Adriel –qui n’était pas si jolie d’après elle. Concentrée, elle gardait les yeux rivés sur eux. Se détournant, la E-Teens vérifia l’état de Tekris ; il semblait avoir du mal à se servir de son épaule gauche, la griffe l’ayant atteint à l’omoplate, mais à part le fait qu’il n’était pas enchanté de se battre, il allait bien.

Toisant les trois combattants, Teos soupira, comme s’il s’adressait à quelqu’un ne comprenant rien à ce qu’on venait de lui expliquer dix fois de suite. Puis, ne cherchant pas même à nier, il fit un signe à la dénommée Saïn. Comme un signal, ses lèvres se retroussèrent pour former un sourire hideux.

-Tu veux faire le malin ? Défi accepté !

-Mais cette fois, ricana Teos, tu ne pourras pas te cacher derrière ton équipe !

-Et toi, rétorqua Zane, tu seras obligé de m’affronter face-à-face, sans « te cacher derrière » une embuscade ! Je suis curieux de voir comment tu t’en sortiras…

Teos serra les dents, visiblement prêt à tout pour lui faire ravaler son sourire railleur.

-Bruticon ! invoqua Zane, le premier à dégainer son X-Reader.

-Cyonis ! le suivit Zair, criant plus de rage qu’autre chose.

-Silverbaxx ! termina Tekris pour les Radikors, ignorant l’élancement de son dos.

Retombant sur le sol, les Radikors se mirent en position d’attaque. Sourcils froncés, Zane murmura :

-Regardez bien quels monstres ils ont, et essayons d’aviser en fonction de ça !

-Sérieux ? C’est toi qui dis ça ? ironisa Tekris.

Face à eux, les trois combattants échangèrent un regard entendu, puis sortirent ensemble leurs X-Readers. Juste avant d’invoquer leurs monstres, Teos murmura, trop bas pour être entendu d’autres :

-Rappelez-vous, nous ne devons pas nous montrer aux Stax, Taïro ou je ne sais qui d’autre.

-Compris, alors on fait ça rapidement et on leur fait regretter d’avoir résisté !

-Grendel ! commença Teos, impatient de débuter la bataille.

-Lionere ! souffla Adriel, adorant sentir la puissance de son monstre.

-Slab ! ajouta Saïn de sa voix rêche.

Tandis que les trois nouveaux venus terminaient d’appeler leurs monstres signature, Tekris ne manqua pas le regard inquiet que s’échangèrent Zair et Zane. Bon, message reçu, le fait que ces trois adolescents aient de tels monstres n’étaient sûrement pas bon signe pour eux. Fronçant les sourcils, il n’eut cependant pas le temps d’approfondir la question.

Souriant devant l’incrédulité des E-Teens, Teos comprit que pour une raison ou une autre, au moins d’eux d’entre eux devaient connaître l’existence de leurs monstres. C’était une des preuves qu’il attendait, afin d’être certain de ne pas se tromper de cibles. A dire vrai, ce petit changement dans son plan ne le dérangeait pas plus que ça ; il avait secrètement espéré pouvoir évaluer lui-même ses futures victimes…

-Il est temps de commencer le combat, n’est-ce pas ? Vortex du gardien !

Comme l’indiquait le nom de l’attaque, un vortex s’ouvrit au-dessus des Radikors, les attirant inexorablement vers lui, aspirant les pierres, la poussière, tout ce qui n’était pas fixé au sol au passage.

-Allons-nous-en d’ici, ça nous empêchera de nous faire happer, cria Zair en courant loin du piège.

-Oh non, vous allez rester ici, s’exclama Saïn. Liens de plasma !

Des sortes de chaînes, de couleur rouge-jaune, jaillirent de terre, se précipitant pour s’enrouler autour des trois E-Teens. Mais Zair fut plus rapide, lançant son attaque verte fétiche.

-Choc briseur ! fit-elle, visant la base des lianes avant que celles-ci ne puissent les atteindre.

Venant s’écraser sur le mur de faux verre, elles se brisèrent, disparaissant avant d’atteindre le sol, permettant à Zane et Tekris de s’écarter. Saïn siffla de rage, Teos cessant son attaque maintenant que les Radikors étaient hors de portée…et que Tekris venait d’utiliser une « onde de choc » dans le but de le mettre à terre. Mais, ne laissant pas aux Radikors le temps de s’organiser, Adriel sauta en l’air pour se retrouver devant Zair. La E-Teens esquissa le geste de fuir, mais fut trop lente :

-Frappe psychique !

-Zair ! Put seulement s’écrier Zane, aux prises avec Teos.

L’attaque la heurta de plein fouet, lui arrachant un cri de surprise, qui se transforma en cri de douleur quand elle atterrit sans douceur sur le ventre, cognant un rocher irrégulier. Le souffle coupé, elle lutta pour rester consciente, n’apercevant Adriel s’avançant vers elle qu’à travers une nuée de points noirs.

La voyant ainsi en difficulté, le sang de Tekris ne fit qu’un tour. Laissant momentanément Zane, il courut vers elle, les mains brillantes de sa future attaque.

-Alors ça, tu vas le payer ! cria-t-il à Adriel. Pinces dévastatrices !

Ne se retournant que trop tard, la brune se fit projeter contre la paroi rocheuse, avant de glisser au sol. Allant aussi vite que possible près de sa coéquipière, Tekris l’aida à se relever.

-Est-ce que ça va ?

-Eh bah bizarrement non, marmonna Zair. Mais merci pour le coup de main.

-En parlant de ça, les interrompit Zane, quelqu’un pourrait m’aider ?

Esquivant de justesse un faisceau non identifié –qu’il n’eut pas le temps d’identifier pour être plus précis-, il se rappela que les filles de l’autre équipe n’avait guère aimé ses lames dans sa vision. Invoquant un « mur de lames », il le projeta vers Saïn. Mais alors qu’il allait atteindre son but, Teos apparut tout à coup, prenant sa coéquipière dans ses bras, pour réapparaître un peu plus loin, indemne. Zane en trembla de rage ; c’était la deuxième fois qu’il lui faisait le coup dans ce défi ! Déjà, un peu plus tôt, un mince brouillard avait entouré le garçon en un clin d’œil, lui permettant d’éviter une « fureur Radikors », avant qu’il ne se retrouve à plusieurs pas de là.

-Tu refuse de combattre à la loyale ? siffla le chef des Radikors – le fait de ne pas être non plus un adepte du respect stricto santos des règles n’empêchait pas ce genre de réflexion après tout. Mais tes tours de passe-passe ne tiendront pas longtemps face à mes rochers ravageurs !

Jaillissant du sol, les colonnes de cailloux s’abattirent sur Teos et Saïn. Aussitôt, la falaise se mit à trembler, déséquilibrant les Radikors, tandis que les autres combattants écartèrent juste un peu plus les pieds pour rester en place. Une nouvelle fissure s’étala sur le sol, et une colonne d’eau remplie de kaïru s’éleva, avant de retomber lourdement dans la crevasse. Les Radikors, surpris, n’eurent pas l’occasion de s’y attarder. Une fois la secousse passée, Teos éclata de rire, toujours indemne :

-Ha ha ha ! Il y avait pourtant déjà bien assez de graviers sur cette falaise, tu ne trouves pas ?

-Si tu pouvais éviter de faire s’écrouler la falaise, ça serait tout aussi bien ! lui cria Zair.

-Ca va, tu ne vas pas faire ta peureuse, un peu de courage, protesta Zane.

-Oh oh, murmura Tekris, voyant Adriel se remettre sur pieds à son tour. Il est temps de monter le niveau. Silverbaxx !

Se transformant, il retombe lourdement sur le sol, celui-ci tremblant de nouveau. Au moins, dans cette position quadrupède, il sentait un peu moins son omoplate atteinte. Et puis il n’avait jamais été très rapide après tout. Ne perdant pas de temps, il envoya un « tremblement de terre » sur la pierre derrière Adriel, en faisant tomber de gros rochers. Celle-ci , devinant son intention en suivant du regard la direction de son attaque, se contenta de sourire en relevant le nez, moqueuse:

-Ce n’est pas ça qui va m’atteindre. Téléportation astrale !

Une fois hors de portée de l’attaque, elle se releva prestement, dégainant son X-Reader :

-Tu veux faire monter le niveau du jeu, Tekris ? Très bien ! Lionere ! (Puis, tendant ses mains griffues, elle invoqua une attaque inconnue des deux Radikors:) Déluge de foudre !

Des éclairs jaillirent du ciel, venant frapper les alentours de manière circulaire, les enfermant comme dans une cage immatérielle. Ils se rapprochaient dangereusement, les forçant à reculer l’un vers l’autre aveuglés par la lumière. Son monstre étant beaucoup moins sensible aux lumières éclatantes, Zair tenta de se transformer. Mais alors qu’elle invoquait son monstre, une douleur tirailla ses os.

Se retenant à Tekris pour ne pas tomber par terre, elle serra les dents. A tous les coups, elle devait avoir une ou deux côtes cassées. Se tenant la taille d’une main, elle se contenta finalement d’une « étreinte mortelle » maladroite, forçant l’assaillante à reculer. Qu’est-ce que c’était que ce cirque ? Un défi kaïru, s’il provoquait toujours un quota minimum de bleus, ne devait pas être aussi brutal. Ce n’était pas un combat, mais un assaut !

La protégeant de la masse de son monstre, Tekris se prit l’attaque d’Adriel sur le côté, lâchant un grognement bestial. L’adolescente serra les poings de frustration : jamais elle ne s’était senti si inutile dans un défi kaïru. La fumée se dissipant, luttant pour ne pas se détransformer et s’accrocher pour ne pas laisser tomber, le colosse entendit un juron bien senti, avant de voir Zane, projeté par une attaque de Teos, atterrir près d’eux sur le dos.

-Joli vol plané, siffla Adriel, une main sur la hanche, l’autre levant le pouce pour son chef.

Se mettant dos à dos, autant pour se soutenir que pour bien montrer qu’ils n’abandonnaient pas, les Radikors n’en menaient cependant pas bien large.

-Je suppose que vous avez une bonne raison pour m’avoir laissé me débrouiller seul ?

-Essayer de rester en un seule morceau, marmonna Zair.

-Si tu as un plan, au lieu de maugréer, je suis preneur, car là, je sèche, renchérit Tekris.

Zane observa les trois adolescents qui venaient vers eux sans se presser. S’il ne les avait pas vu se battre devant lui, il aurait pu croire qu’ils sortaient d’une petite balade. Par contre, Zair et Tekris avaient épuisés une bonne partie de leur énergie, et Tekris ne restait transformé que grâce à un fort effort de volonté. La peau de son bras en contact avec celle de Silverbaxx, il sentait la signature kaïru du monstre vaciller sans arrêt. Et Zair n’était guère mieux, à se tenir les côtes, et pas à cause d’une bonne blague. Il se retint de peu de lui demander si ça allait, n’ayant pas envie d’entendre une de ses réponses ironiques. Parcourant ensuite rapidement la falaise à la recherche d’une idée de génie, son regard s’arrêta sur la fissure que ses rochers ravageurs avaient crées. Le plus enquiquinant et le plus en forme était Teos, celle, au contraire, qui portait quelques traces d’attaques était Adriel. Saïn semblait intouchable, mais il était certain que sans son chef pour lui sauver les fesses, elle pouvait être atteinte. Ne restait plus qu’à faire très attention…Il se tourna vers ses équipiers, un mince sourire sur les lèvres.

-Je vais en mettre une hors d’état de nuire, puis j’attirerais Teos sur moi, et vous vous chargerez de celle qui reste. Est-ce que c’est bien compris ?

-Non, c’est de la folie, tu n’y arriveras jamais !

-Tu veux parier ? Épée de l’ombre !

Faisait d’abord mine de viser Adriel, il attendit que Teos disparaisse pour l’emmener plus loin. Puis, changeant de cible, il projeta son arme avec toute la force qui lui restait. Le regard encore tourné vers son chef, Saïn fut propulsée, autant par l’attaque en elle-même qu’en plus par l’onde de choc qui suivit, hors de la falaise, tombant droit vers l’océan.

Suivant des yeux la chute de leur coéquipière, aucun des deux, de Teos ou d’Adriel ne s’attendait à un tel retournement de situation. Tout comme le premier ne vit pas immédiatement la « dégénération » qui fonçait vers lui. Invoquant de nouveau un vortex du gardien pour absorber l’attaque, il recula cependant de plusieurs pas, emporté par la force du choc.

-C’est maintenant ou jamais, déclara Zair. Écran de fumée !

Plongés dans l’épaisse fumée de l’attaque, Teos et Adriel ne virent pas les Radikors se séparer pour mettre le plan de Zane à exécution. Au dernier moment, Tekris attrapa ce dernier par les bras.

-Je viens d’avoir une idée. Si tu peux, mets ce cinglé devant la fissure d’où s’échappe le geyser.

-Tu fais bien de préciser « si je peux ». Pourquoi ?

-J’ai encore la force de lancer une dernière attaque, et je veux que ce soit la bonne !

-Attaque ou pas, vous vous rendez bien compte que c’est notre dernière chance ? Notre kaïru est presque totalement épuisé, et se faire battre à côté d’une relique pareille, c’est rageant !

Hochant la tête pour approuver la seule fille de l’équipe, les garçons se séparèrent, au moment où un fouet kaïru dissipait la fumée. En position de combat, le trio mortel se retrouva face…au sol rocheux.

-Ils ont pris la fuite ? fit Teos, surpris. Je dois avouer que je ne m’y attendais pas !

-Je ne crois pas. Regarde le ciel, le contra Adriel :le défi est encore en cours.

-Ils se cachent juste alors. Pathétique ! Va chercher Saïn, cette farce n’a que trop durée !

Mais je t’en prie, va récupérer ta copine, comme ça je m’occuperais de ton chef.

Alors qu’Adriel se dirigeait vers la falaise, Zane surgit des fourrés, se plantant entre elle et Teos.

-Désolé, mais je crois que c’est nous qui allons finir ce défi !

-Quelle présomption. Tu as vu l’état de ton équipe ? Sauf si tu veux nous affronter tous les deux seul, mais de ce que nous avons cru voir tout à l’heure que ce n’est guère probant.

-Je ne suis pas encore suicidaire. Zair, Tekris !

A ce signal, les deux combattants se placèrent des deux côtés d’Adriel, l’empêchant de fuir et de rejoindre son chef. Les fixant l’un après l’autre, elle haussa les épaules et se tourna vers Teos :

-Je finis rapidement ces deux-là, et je viens t’aider à écraser l’autre.

-Si j’ai besoin d’aide ! fanfaronna son chef, les poings sur les hanches.

-Bientôt, siffla Zane, tu n’auras plus besoin de rien. Bruticon !

Soulagé de pouvoir se transformer sans trop de douleur, Zane se permit un cri guerrier pour impressionner son adversaire. Mais ou celui-ci avait été élevé au milieu des hurlements, ou il en fallait beaucoup pour l’inquiéter. Agacé malgré lui, Zane ne perdit pas de temps, n’en ayant plus :

-Fureur Radikors !

Sautant pour esquiver l’attaque, Teos atterrit gracieusement sur le sol, qui trembla sous l’impact de la fureur. Luttant pour rester en place, Zane commença à préparer sa prochaine attaque quand son adversaire, lui-même peu dérangé par les secousses, émis de nouveau ce ricanement que Zane trouvait tellement désagréable quand ce n’était pas lui qui en était à l’origine.

-Puisque tu veux en découdre…Grendel !

Retombant lourdement sur le sol, l’onde de choc amplifia encore le tremblement amorcé par la précédente attaque de Zane, déclenchant l’hilarité de Teos quand il le vit peiner à rester stable.

-Fais attention, être transformé n’empêche pas la terre de trembler. Tout comme ça n’empêche pas les blessures de se réveiller. Ta poitrine est-elle encore douloureuse ? Attaque supersonique !

Sous le choc que Teos soit au courant de sa faiblesse, Zane ne parvint pas à éviter l’attaque, qui frappa en plein dans sa brûlure. Manquant de peu de se détransformer sous le choc, il tomba à genoux, se forçant à garder la tête droite. Mais que pouvait-il bien faire ? Ce type semblait tout savoir de lui !

-C’est bien, j’aime l’expression de ton visage. Ce moment où on se rend compte que l’on est faible, incapable de gagner, là où le désespoir remplace la rage de vaincre.

-Si je m’étais déjà laissé envahir par le désespoir, je ne serais sûrement pas là aujourd’hui !

-C’est ça, essaie de te convaincre que tu as une chance, rit Teos. Mais rassure-toi, ça ne va pas faire mal longtemps. Il nous faut juste un exemple pour que ton équipe ne fasse pas la maligne…

-Pas de bol, c’est moi le chef ? susurra Zane.

Cette fois, ce fut Teos qui le fixa, surpris. Profitant de son questionnement, Zane détendit brusquement ses jambes, heurtant le ventre du monstre du noir. Ce dernier se dégagea rapidement, pour voir le poing de Bruticon s’abattre sur son visage. L’opposant sentit toute la colère concentrée dans cette attaque physique, la colère qu’une de ses faiblesse ait été percée à jour, et il sut qu’il avait visé juste, qu’il avait trouvé une faille exploitable. Ce Radikors ne supportait pas l’idée de perdre. Sa réaction face à la seule pensée du désespoir était tout aussi intéressante. Et Teos en était sûr, ce devait être autant une force que sa plus grande faiblesse. Car une fois installé, il est dur de résister au désespoir, aussi fort soit-on, mais le repousser à tout prix est bien souvent loin d’être suffisant.

Enchaînant en décochant un violent coup de pied dans le tibia, Zane ne sentait plus sa douleur. La pique de son adversaire avait réveillé sa combativité, il allait le vaincre ! Mais, il ne se le serait jamais avoué, il continuait à frapper, et à frapper aussi fort, car il avait peur. Une seconde, il avait été à deux doigts de laisser tomber le combat, d’abandonner, lui ! Il n’était pas un lâche, ne le serait jamais, il refusait de l’être. Il était fort, puissant, capable d’écraser ses ennemis ! Saisissant Grendel par le cou, il le souleva de plusieurs centimètres, à la limite de se laisser déborder par la violence qui sommeillait en lui, qu’il s’efforçait d’étouffer depuis des années. Il ne voulait tellement pas lui ressembler, seulement en cet instant, la colère était si forte, bouillonnante…Et il entendait cette petite voix, qui lui susurrait à l’oreille des promesses de puissance, lui jurait de l’aider à réduire en bouillie ce Teos… Mais ce crétin, s’il l’avait regardé avec surprise quand il l’avait saisi au col, ne faisait plus que sourire. Et ce sourire le ramena au présent. Rester aussi près d’un adversaire dans un combat kaïru, surtout qu’il ne savait pas réellement de quoi il était capable, c’en était suicidaire.

La suite le lui prouva.

-Collision démente, fit simplement Teos, tout sourire.

Le choc qui s’ensuivit fit lâcher prise à Zane. S’il avait eu le choix, peut-être aurait-il préféré se prendre un camion de plein fouet…Son corps heurtant sans douceur la roche, il remarqua à peine avoir repris forme humaine, luttant pour rester conscient, sa poitrine pulsant douloureusement. Comme une désagréable impression de déjà-vu, Teos entra dans son champ de vision, l’obscurcissant jusqu’à ce qu’il ne distingue presque que l’adolescent à la peau charbonnée, et il nota vaguement que lui aussi s’était détransformé. Mais probablement pas d’épuisement… Son cœur battit plus fort encore quand il distingua, l’espace d’une seconde, un éclat métallique provenant d’un objet que Teos venait de tirer de sa botte, un sourire mauvais sur le visage.

C’est à ce moment que Zane, voguant entre horreur et incompréhension, commença à comprendre ce que cherchait réellement à faire ces trois hurluberlus. A saisir ce que signifiait l’exemple tant recherché par ce Teos. Il ne s’agissait pas seulement de le faire souffrir, mais bien pire encore ! Pourquoi ne nimbait-il pas sa main de l’aura du kaïru, comme dans sa vision ?

Une pensée dériva à la frontière de sa conscience, tandis qu’il essayait désespérément de trouver un échappatoire.

Si tu peux, mets ce cinglé devant la fissure d’où sort le geyser !

C’était le moment de dire : maintenant, ou jamais !

-J’admets que ce n’est pas vraiment dans le code kaïru, mais ça va me faire un bien fou !

Réunissant ses forces pour rouler sur le côté avant le coup fatal, il profita de son impulsion pour se remettre debout, faisant fit du vertige qui l’assaillit. Ôtant sa cape de ses épaules, il la jeta sur le visage de Teos, l’aveuglant momentanément. Priant pour ne pas s’étaler lamentablement, il le saisit par la veste, avant de le pousser aussi fort qu’il le put en direction de la faille. Ne s’attendant pas à une attaque frontale, Teos poussa un cri de surprise, atterrissant à quelques mètres devant la fissure.

-Tekris, maintenant ! cria Zane, en souhaitant de tout cœur que son équipier sache ce qu’il faisait.


***


Face à Zair et Tekris, Adriel ne semblait guère inquiétée, les regardant moqueusement :

-Soyez intelligents, laissez-moi passer si vous ne voulez pas vous faire ridiculiser. Que voulez-vous faire dans votre état ? Me lancer l’attaque suprême des bras…

-Attaque cyclonique ! cria Zair sans lui laisser le temps de finir sa phrase.

Emportée par l’attaque rouge, Adriel prouvait que malgré tout, le combat l’avait affaiblie. Voyant Teos se faire propulser par un Zane à deux doigts de s’écrouler, Tekris cria pour couvrir le bruit de la tornade :

-Essaie de maintenir ton attaque pour l’envoyer près du démon !

Fronçant les sourcils, luttant à l’envie de la balancer tout court, Zair obéit, la projetant un peu plus loin, le sol tremblant de nouveau, comme pour protester. Puis, à court d’énergie, elle se laissa tomber au sol, fermant les yeux pour prévenir le mal de crâne qui l’avertissait qu’elle avait plus que puisé dans ses réserves. Jamais une mission ne m’aura autant poussé à bout, songea-t-elle, les côtes douloureuses.

-Tekris , maintenant ! entendit l’intéressé. Ou ce sera « plus jamais » !

Teos, surpris par la force que gardait l’adolescent et bien qu’ayant heurté durement le sol, se relevait, exsudant la colère. Priant comme il pouvait, Tekris rassembla son énergie et lança des « pinces dévastatrices », usant de ses dernières réserves de kaïru, avant de se détransformer. Les voyant passer au-dessus d’eux, Teos ricana, son équipière cherchant visiblement à comprendre l’intérêt de la manœuvre.

-Franchement, tu ne sais plus viser. C’est raté.

-Je ne rate jamais ma cible ! rétorqua Tekris.

Rebondissant sur la montagne (Zane, qui n’avait pas fait attention, se jetant à terre pour ne pas se faire happer), les pinces se redirigèrent à toute vitesse sur les deux combattants, au moment où Saïn était enfin parvenue à remonter sur la falaise. Les renversant, ils tombèrent dans le geyser, qui, secoué, jaillit, les emportant pour leur faire heurter la pierre.


***


Les Stax, ayant délogé les Taïro, qui s’étaient engagés dans cette mission sans autorisation, de leur prison presque naturelle, virent le ciel se transformer, se couvrant de nuages lançant des éclairs. Poussant un cri admiratif, Balistar demanda :

-Dites, c’est pas le signe qu’un défi kaïru a lieu ?

-Si Balistar, confirma Ky. Et sans nous.

-Mais qui peut bien lancer un défi ? Les Imperiaz ont bien rejoint Zane, non ?

-Peut-être que ce sont les triplés de la dernière fois qui se battent contre les Radikors ? Dans ce cas, ils ne travaillent pas pour Zane ? Au moins, on sait où se trouve la relique, conclut Maya.

-Oui, et on ne va pas laisser les E-Teens nous la prendre ! Venez !

Suivant Ky, sans vraiment comprendre la situation, les combattants du bien coururent le plus vite qu’ils purent, les Taïro ayant hâte de voir leur idole Boomer se battre, tout en évitant de se faire remarquer pour ne pas se faire renvoyer au monastère. Mais en dépit de leur vitesse, rejoindre la falaise, tout en évitant les pièges naturelles des montagnes leur prit plus d’une dizaine de minutes. Apecks, qui scrutait toujours le ciel, tira la veste de Maya :

-Ca dure toujours aussi longtemps les défis kaïru d’habitude ?

-Non, justement. Celui-ci est particulièrement long à mon goût. Wow !

Une secousse violente ébranla la roche, remuant sans ménagement les combattants, obligés de s’arrêter le temps de retrouver leur équilibre. C’était déjà la deuxième ou troisième fois que le phénomène se produisait, et au vu de l’explosion que Maya avait entendu juste avant, la cause n’était certainement pas naturelle. Une fois le sol revenu à la normale, Boomer remarqua :

-Il va falloir faire très attention en se battant, ou la falaise va finir par s’effondrer, et nous avec !

-On a pas le temps Boomer ! Vite !


***


-Vous ne manquez pas de toupet, mais vous m’avez oublié, et vous allez le regretter ! rugit Saïn.

Attends ! l’interrompit brutalement mentalement la voix de Teos. Regarde à ta gauche.

Obéissant à son chef, Saïn vit l’équipe des Stax, accompagnée d’une autre plus jeune, probablement les Taïro dont il lui avait parlé, se diriger rapidement vers la falaise. Elle serra les dents, contrariée.

Ils ne doivent pas nous voir. Nous n’avons pas eu assez de temps, mais ça ne les sauveras pas éternellement. Nous les anéantirons une autre fois. Ils ne nous échapperont pas de toute façon.

Mais on ne va pas les laisser filer comme ça !

Nous ne pouvons pas nous permettre de les mêler à nos querelles, intervint Adriel. Leurs blessures mettront un moment à guérir, nous les attaquerons avant qu’ils ne puissent se rétablir.

Ne répondant pas, Saïn se contenta d’hocher à contrecœur la tête.

-Vous avez réussi à vous en sortir cette fois, mais bientôt, nous reviendrons. Et vous vivrez votre pire cauchemar !

-Et au fait, écoutez-moi ou non, mais il est dans votre intérêt de ne pas parler de nous. Vraiment. Mais si vous voulez vous y essayez, je vous en prie, seulement j’insiste, c’est une très mauvaise idée, ajouta Adriel sans satisfaction excessive.

Sous les yeux médusés des Radikors en pleine confusion, Adriel porta ses mains à sa bouche, laissant échapper un long sifflement aigu. Un battement sonore retentit dans l’air, puis le ciel s’obscurcit. Si un aigle avait pu avoir la taille d’un tigre et se balader dans la peau écailleuse d’un lézard, ou si un lézard justement avait six pattes et des ailes, la créature aurait très bien pu être un spécimen terrien un peu bizarre. Mais là…Quand le monstre fantastique se tourna pour fixer de son unique œil les trois combattants, Tekris ne put s’empêcher de frémir sous son regard brillant de férocité et de haine. Aucun animal qu’il avait pu connaître dans sa vie n’arborait une tête pareille, disproportionnée par rapport au corps. Et bien sûr, une gueule énorme, rectangulaire et allongée, aux canines dépassant de la gencive pour se croiser sur les côtés de sa tête. Une seconde, la créature sembla vouloir pousser un cri – que Tekris devina aussi hideux que le reste –, mais sur un geste affectueux d’Adriel, il se contenta de refermer en claquant sa mâchoire, d’un bruit rappelant celui des os brisés. S’allongeant sur le sol, il attendit patiemment ses cavaliers du jour. Puis, détendant ses six pattes écailleuses, le monstre battit puissamment des ailes, montant dans le ciel qui recouvrait son aspect normal.

S’envolant, l’étrange équipe plantant là les Radikors, disparaissant rapidement à l’horizon.

Tekris se tourna vers ses coéquipiers, dans l’intention de leur demander s’ils avaient déjà vu un truc pareil. Mais en voyant l’air sombre, absorbés dans des pensées connus d’eux seuls, le colosse opta plutôt pour un raclement de gorge prudent. Sursautant au son incongru, Zane se tourna vers la source kaïru en se relevant, l’ayant presque oubliée. Apercevant les Stax s’avancer à grands pas vers eux, il sortit son X-Reader, allant tant bien que mal jusqu’au geyser. Mais sans se presser son plus, hors de question de rater la tête des Stax. Il pointa l’objet sur la source pour en récolter l’énergie à la barbe et au nez de ses adversaires habituels. Juste à temps.

Les Stax, débouchant enfin sur la falaise qui ressemblait à un champ de bataille, observèrent les traces du combat, sourcils froncés. Au moins, ils savaient d’où venaient tous ces tremblements !

-C’est le problème avec Zane, il faut toujours qu’il laisse des cratères fumants derrière lui, soupira Ky.

-La source kaïru ! cria Apecks, tout excité et fort peu intéressé par les Radikors. On l’ a trouvé !

Zane écarquilla les yeux, retenant péniblement l’envie furieuse d’éclater de rire. C’est que toute cette histoire tirait quelques peu sur ses nerfs mine de rien !

-Ces gamins sont avec vous ? C’est vous leurs professeurs ?

-Les pauvres, rit Zair à la place de son chef d’équipe, jetant un regard entendu à Tekris. Je comprends mieux pourquoi ils étaient aussi pitoyables tout à l’heure. Pas étonnant avec des profs aussi faibles !

Ignorant ces remarques acerbes, les Stax s’avancèrent jusqu’à la fissure contenant la source kaïru, écartant les Taïro au passage.

-Reculez, on s’en occupe. Défi kaïru !

-Pourquoi faire ? Nous avons déjà gagné la relique, déclara pompeusement Zane, se délectant de la déconfiture de ses adversaires. Je l’ai trouvée dans les règles (un toussotement derrière lui le rappela à l’ordre), bon, on l’a trouvée et remportée. Elle est à nous.

-Quoi ? T’en as du culot ! répondit la rousse, sans voir que Balistar lui faisait signe.

-Je vais détester cette expression, marmonna Tekris.

-Ce n’est pas du culot, c’est le paragraphe treize du chapitre trois du code kaïru. Vérifie si tu veux. « Un combattant seul, ou une équipe de combattant kaïru, ayant trouvé une source kaïru, et étant sur le point de la récolter, ne peut être dépossédé de ce droit. De même, une relique gagnée à l’issu d’un défi kaïru appartient à l’équipe victorieuse, et ce même si une autre équipe intervient après le défi. » Que je saches, cette règle fut édictée afin d’empêcher d’éventuels débordements de Lokar.

-Parce que tu te souviens du code ? Tu me surprends, Zane, fit Ky.

-Oui, on me le dit souvent, répondit l’E-Teens, récoltant le kaïru sans lui laisser le temps d’ajouter quelque chose.

Zair se décrispa en voyant l’énergie monter dans le ciel, prenant quelques secondes pour enlever prudemment les épingles de son chignon qui ne servaient présentement plus à grand-chose.

-Ouf, soupira-t-elle à l’attention de Tekris. J’ai vraiment cru qu’ils allaient nous le lancer ce défi, et je ne m’y sentais pas prête !

Regardant enfin les Radikors, Maya, ignorant Boomer qui tentait de protester, remarqua leur état d’épuisement. Les vêtements débraillés, ressemblant à des combattants venant de livrer une bataille particulièrement ardue, ils semblaient également mal en point. Ayant réussi à s’asseoir sur un rocher à l’aide de Zair, Tekris se tenait voûté, appuyé sur le coude, grimaçant quand sa coéquipière, qui s’appuyait sur son autre épaule sans y faire attention, serrait la main. Elle, justement, se tenait les côtes, restant cependant droite, toisant les Stax et leurs novices du regard. Zane lui-même avait un filet de sang qui lui coulait sur la tempe, et la jeune combattante du bien était prête à parier que sous sa cape abîmée tenue à la main, sa blessure ne devait pas lui faire du bien.

-Mais qu’est-ce qui vous est arrivé. Ce n’est pas un défi kaïru qui vous a fait ça ?!

-Ca ne vous regarde pas, grogna Zane, remettant aussi naturellement que possible son X-Reader dans sa sacoche.

-Si, car nous sommes des combattants au même titre que vous, rétorqua Ky. C’est une nouvelle équipe, n’est-ce pas ? Qui semble invincible quoi que l’on fasse ? Nous l’avons déjà rencontrée.

-Alors vous n’avez pas à m’ennuyer, siffla Zane, échangeant cependant un regard interloqué avec ses acolytes, qui n’y comprenait pas plus que lui. Vous êtes prêts à repartir ?

-Vous n’allez quand même pas voler dans cet état ?! fit Boomer, souriant en les imaginant s’écraser au sol après quelques pirouettes ridicules.

-On va s’gêner ! A moins que tu ne veuilles jouer à la nounou ?

-Ce n’est pas une question de vouloir ou pas, c’est juste imprudent de repartir comme ça. Se prendre pour le nouveau Lokar ne rend pas invincible, au contraire.

Ignorant grossièrement Maya, Zane rajusta le reste de sa cape sur son épaule, se redressant pour garder la face devant ses pires ennemis. Mais la jeune Stax n’avait pas dit son dernier mot. S’avançant à grandes enjambées jusqu’à l’adolescent, elle se planta devant lui, l’empêchant de passer. Zair et Tekris, tout à coup beaucoup plus curieux, relevèrent la tête, attendant la suite sans en perdre une miette.

-Pousse-toi de mon chemin, Maya.

-Hors de question. Il ne s’agit pas seulement de votre sécurité, mais de celle des combattants toute entière ! Vous devez nous dire ce que vous savez de cette équipe de triplés !

Quelque peu vexé par ce qu’elle sous-entendait, Zane se pencha vers son oreille. A ce geste, Ky et Boomer se mirent en position d’attaque, prêt à intervenir au moindre geste suspect.

-Oh, tu t’inquiète pour moi ? Comme c’est touchant, sweetheart. Mais tes cerbères n’ont pas l’air d’apprécier ta sollicitude à mon égard…

Sa remarque eut l’effet escompté. Se reculant vivement, Maya mit la main sur sa joue, de peur qu’une rougeur malvenue y prenne place. Pour qui se prenait-il exactement ? Personne ne la traitait comme ça sans son accord. Furieuse, elle le toisa, s’écartant du chemin. Tiens, elle allait le balancer sur MeToo, ça allait lui faire tout drôle !

-Je me fiche totalement de ce qui peux t’arriver ! C’était uniquement par acquis de conscience ! Et tu peux cesser tes insinuations sur mes amis, nous ne sommes que cela, des amis !

-Pas la peine de te justifier, c’était juste une remarque comme ça. Mais si tu réagis de la sorte, c’est peut-être qu’il y a finalement un, comment disent les humains ? Fond de vérité.

-Je ne me justifie pas !

-Hey, fiche lui la paix, t’as compris ? intervint Boomer.

-Je t’avais bien dit que tes cerbères n’appréciaient pas, ricana Zane.

Se retenant de bailler et de grimacer, il alla rejoindre Zair et Tekris en parvenant presque à dissimuler sa souffrance physique. Après un rapide examen visuel, ils se postèrent de part et d’autre de lui pour le soutenir, Zane les maintenant lui-même de son côté, adoptant l'attitude de trois ados allant boire un verre bras dessus-bras dessous. Puis ils décollèrent, pressés de pouvoir rentrer à la maison et de pouvoir bander leurs blessures. Heureusement, le kaïru récolté avait restauré une partie de leur énergie, ils devraient atteindre la forteresse sans encombres.

Les regardant s’éloigner, Maya ne détacha son regard qu’en entendant Ky prendre la parole :

-Eh bien, ces Hiverax sont plus dangereux que je ne le pensais.

-C’est certain. Vous avez vu comment ils ont arrangé les Radikors ?

-Mais en attendant, ils ont récupéré la relique sans que vous n’essayez de les en empêcher !

-Djia, le code kaïru est clair, la relique était à eux.

-Mais ce n’est pas juste !

-Tout dépend du point de vue, osa Balistar.

-Au moins aurait-ils pu nous expliquer ce qu’il s’est passé, murmura Maya, empêchant Djia de répliquer.

-Vu que Zane se prend pour le nouveau Lokar, se prendre une volée de pois verts lui remettra peut-être les idées en place ! déclara Boomer, pragmatique. Oh, allez, je plaisante, fais pas cette tête ! Je suis sûr que ce n’était que les effets secondaires d’une attaque kaïru. Rappelle-toi la « terre obscure » d’Hexus.

-Oui, finit par approuver Maya, toujours peu convaincue. Vous devez avoir raison. Seulement, nous nous sommes trompés, les Hiverax ne travaillent pas pour Zane.

-Hé, attendez ! intervint Apecks. Il y a quelque chose sur cette montagne !

Ky suivit du regard la direction indiquée par le jeune apprenti. Une seconde, il crut distinguer une silhouette, qui disparut si vite qu’il se demanda avoir rêvé. Une main en visière, le champion kaïru observa les environs. Peine perdue, l’apparition avait disparue. Mais alors qu’il s’apprêtait à laisser tomber, il distingua une forme à l’horizon. Plissant un peu plus les yeux, il donna un coup de coude dans les côtes de Boomer, occupé à se faire chouchouter par les Taïro.

-Aïeuh, non mais ça va pas la tête ? Tu sais que ça fait mal ?

- Regarde, au lieu de râler !

-Quoi donc ? Il fait beau, et alors ?

-J’ai cru voir quelque chose…Un monstre kaïru peut-être, mais très grand.Et avec des ailes il me semble, mais je n’en suis pas sûr, il a disparu presque aussitôt.

-Woah, fit Apecks, émerveillé. T’as vu un dragon !

-Mais non, idiot, tança Djia, ça n’existe pas les dragons ! Par contre, les insolations…

-Je n’ai pas halluciné Djia, si c’est ce que tu veux dire. J’ai bien vu une créature volante dans le ciel, tout comme Apecks a vu quelque chose dans les montagnes.

-Très bien, si tu en es si sûr, nous te croyons, lui assura Maya, un regard en coin avertissant la rouquine de ne pas en rajouter. Peux-tu la décrire plus précisément ?

-Malheureusement non, elle était trop loin. Tout comme je n’ai pas bien vu la silhouette dont parlait Apecks.

-Et ce n’est pas tout, je le crains, murmura Maya, la main posée au sol. Je ressens l’utilisation de kaïru, mais quelque chose ne va pas. Ce n’est pas comme le kaïru obscur, là, j’ai l’impression de ressentir une énergie complètement différente.

-Alors, comment peux-tu affirmer que c’est du kaïru ?

-Je ne sais pas, Balistar. Mais je le sens, c’est tout. Enfin…c’est dur à expliquer.

-Peut-être que ça vient du maître des Hiverax ? tenta Boomer. Je ne pense pas que ça corresponde aux Radikors.

-Je ne sais pas. Nous ne les connaissons pas suffisamment pour en être certains. Mieux en parler directement à maître Baoddaï, il saura peut-être ce qu’il en est.


***

Bien loin de là, dans la Cordillère des Andes, l’immense créature transportant Teos, Saïn et Adriel se posa dans un bruit sourd. Mettant pied à terre, Adriel s’autorisa une petite séance de grattage entre les oreilles avec l’animal, qui remua son corps comme s’il s’ébrouait. Posant sa tête sur les genoux de la jeune femme, il ne bougea plus, laissant échapper un bruit de gorge profond satisfait.

-Hein que c’est un beau arsank mon Evdam, hein qu’il est choux, s’extasia la brune.

Prête à philosopher sur la supériorité de son animal, elle ne se contint que parce que Teos, peu préoccupé des états d’âme de leur transport aérien, prit la parole.

-Bon, mieux vaut revoir notre tactique. Si nous continuons à les attendre à chaque relique kaïru détecté, nous risquons de nous faire surprendre à chaque fois par une autre équipe. Et nous n’avons pas le temps de la jouer « au petit bonheur la chance ».

-N’empêche, ce serait plus rapide si nous n’étions pas obligés de rester discrets. Une bonne flambée de feu grégeois, et hop, menace éliminée ! plaida Saïn.

-Le quoi ?! Pourrais-tu de temps en temps parler de manière compréhensible ?

-Tu sais pertinemment que nous ne pouvons attirer l’attention, intervient Teos avant que les deux adolescentes ne se disputent une énième fois. Tous les membres ayant appartenu au Sang, autres que ma lignée, sont censés avoir disparus, faisant officiellement de nous les seuls possesseurs d’une Compétence. Sauf, bien sûr, les fidèles ayant soutenu mon père dans son accession au trône. Si tu rajoutes encore une fois « de fer », Saïn, je t’écorche vive.

Tout sourire, l’intéressée écarta les mains en signe de reddition. Elle le savait parfaitement capable de mettre sa menace à exécution, et comptait conserver sa peau sur ses muscles aussi longtemps qu possible.

-D’accord, tout ça je le sais, j’ai même fait serment sur les Trois Tabous de garder cette fâcheuse situation secrète. N’empêche, ils ont réussi à s’en tirer.

-Guère pour très longtemps, ma chère. Grâce à notre informateur, nous ne mettrons pas plus de quelques jours avant de trouver le lieu où ils se terrent. Et à partir de là, je sais ce que nous allons faire.


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