Une autre version de l'histoire par

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Deviation / Aventure / Romance

5 Les manigances

Catégorie: G , 17447 mots
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Les manigances


L’index, posé sur sa bouche, tapotant régulièrement sa lèvre inférieure, Maya observait avec attention les étagères de la bibliothèque, ou plus précisément les titres des livres y étant alignés. En voyant un qui lui semblait intéressant, elle le saisit du geste d’une habituée, le faisant rejoindre les quatre autres déjà installés sur son bras gauche. Décidant qu’elle en avait assez pour le moment, elle repartit s’asseoir devant la petite table qui trônait au centre de la pièce, y déposant son fardeau. Plongeant la main dans sa poche, elle en sortit une feuille de papier soigneusement pliée. L’examinant avec attention, elle en révéla son contenu : une esquisse réalisée de la main de Ky, de l’étrange animal volant qu’il avait aperçut sur la falaise, et qu’Apecks continuait de prendre pour un dragon. Pourtant, bien qu’imprécis, le dessin ne ressemblait pas du tout à l’une de ces créatures de légende. Elle passa son doigt le long des contours de la créature, prenant garde à ne pas se couper avec le papier comme Djia la veille. La jeune apprentie n’avait pas fait attention en le prenant des mains de Ky durant le retour au monastère, et s’était entaillé le doigt avec la précipitation. En s’apercevant qu’elle saignait, elle s’était précipitée pour vérifier si tous ses vaccins étaient à jour, sous le regard blasé de Maître Baoddaï, qui savait qu’elle n’échapperait pas à la punition. Le chef des Stax avait d’ailleurs confié à ce dernier, pendant que Balistar tentait de contenir Djia, le récit de leur étrange mission sur la falaise, dans l’espoir qu’il parvienne à leur indiquer ce que cela pouvait bien être. Malheureusement, le maître kaïru n’avait pu que leur dire qu’il n’avait rencontré quoique ce fut y ressemblant, et ignorait ce que cela signifiait. Bien que cela lui rappelle une légende, avait-il laissé échapper.

-Et de quelle légende s’agit-il ? avait demandé Maya.

-Je n’en suis pas encore certain. Je devrais d’abord en parler avec le Redakaï, avant de commettre une erreur. Pour être tout à fait honnête, j’ai un peu de mal à y croire.

-Vous ne pouvez vraiment pas nous en dire plus ? Ça fait beaucoup de mystère, et nous avons besoin de réponses. L’origine de cet animal pourrait nous aider à comprendre d’où viennent les Hiverax !

-Je m’en doute Ky, mais je te le répète, il faut que je rencontre les autres grands maîtres, et le plus tôt sera le mieux, si vos hypothèses sur cette nouvelle équipe de E-Teens sont exactes. Quant à ce dessin, même si j’ai quelques idées sur sa provenance, je ne vois pas le rapport entre celui-ci et les Hiverax. Je vais vous demander de le laisser ici, dans la bibliothèque, afin que je puisse le consulter si besoin.

Suite à cela, Ky avait déposé son esquisse avec précaution sur une étagère, à l’abri des courants d’air. Repartant vaquer à leurs occupations, ils n’y avaient plus vraiment repensé, pris par les missions, les entraînements pour eux et parfois pour les Taïro, sans compter tous les à-côtés. Cependant, la mission effectué dans les marais en avait ravivé le souvenir à Maya. Intriguée autant par la créature fantastique que par l’étrange comportement de leurs ennemis en ce moment, elle avait décidé de chercher des réponses par elle-même. En même temps, elle commençait à en avoir l’habitude, et puisque maître Baoddaï avait encore choisi de faire des secrets, elle n’allait pas se gêner ! Au fond, elle savait bien qu’elle ne devrait peut-être pas être aussi revancharde- car de son point de vue, ça l’ était-, mais inconsciemment, elle n’avait toujours pas accepté que celui qu’elle considérait comme son grand-père lui ait caché la vérité sur ses origines durant tout ce temps, et surtout, elle était persuadée, qu’il continuait à garder pour lui certaines choses à son sujet. Maya l’aimait toujours réellement, et elle comprenait qu’il ait fait cela pour la protéger, mais elle était comme toute orpheline n’ayant pas connu ses parents : elle avait besoin de savoir d’où elle venait, et pourquoi sa famille l’avait abandonnée. Elle s’était débarrassée de l’emprise qu’avait eu Lokar sur elle pendant le tournoi, à force de convictions et parce qu’elle était et resterait une combattante du bien, mais les questions restaient toujours, voir étaient encore plus nombreuses dans son esprit, en dépit de ses tentative pour les en chasser.

Enfin, il ne servait à rien de ressasser le passé, supposait-elle, et elle était bien décidée à obtenir des réponses dans le présent. Et quoi de mieux que d’anciens livres et traités pour commencer ses recherches ? Après tout, cela lui faisait une bonne excuse pour passer du temps dans la bibliothèque qu’elle aimait tant, et ce depuis toute petite. Et le dessin de Ky restait dans la pièce, elle ne désobéissait pas à maître Baoddaï ; il n’avait pas précisé qu’il ne fallait pas le toucher après tout.

Son visage prenant un air concentré qu’elle arborait quand elle se lançait dans une lecture, elle saisit le premier livre de sa pile, un recueil sur les symboles kaïru. Les Hiverax étant une équipe de combattants kaïru, mieux valait commencer par ce qui était en rapport avec l’énergie mystique. Si elle faisait chou blanc, elle pourrait ensuite se tourner vers les livres parlant des autres planètes et de leurs symboles.

Tournant consciencieusement les pages dont elle apprécia le contact lisse, ses yeux parcoururent rapidement d’abord les diverses représentations figées sur le papier, n’y voyant pas ce qu’elle recherchait. Puis, petit à petit, elle trouva un sujet qui l’intéressa malgré tout, dont elle lut en diagonale le contenu. Sur la page d’après, il y en eut un autre, puis encore un autre juste après, si bien qu’elle se retrouva finalement à lire le livre dans sa quasi-totalité, complètement absorbée par les histoires et divers caractères s’étalant devant son regard avide. La fraîcheur matinale entrant dans la pièce aux fenêtres sans vitre céda peu à peu sa place à une douce chaleur presque estivale, sous les cris joyeux des Taïro, qui profitaient sûrement d’une pause dans leur entraînement pour aller se baigner un peu près de la cascade. Plusieurs heures passèrent, durant lesquelles l’unique fille des Stax réussit à lire la moitié des livres sélectionnés auparavant, sans pour autant trouver ce que pouvait bien signifier l’animal. Elle avait rapidement abandonné la piste des sigles kaïru traditionnels, ceux-ci étant plutôt constitués de lignes et de formes créant des caractères spéciaux, et non pas quelconque forme animale. Elle était ensuite passée aux blasons des divers peuples sous l’autorité du Redakaï, un peu partout dans l’Univers, mais bien qu’il y ait quelques monstres issus des folklores respectifs de chacun, rien ne ressemblait réellement à la créature. Elle en était à peu près aux trois-quarts d’un écrit sur les différentes régions étudiées par les membres du Conseil, quand ses paupières commencèrent à devenir lourdes, les lignes inscrites sur les pages froissées se floutant. Plissant les yeux pour continuer malgré tout sa lecture, elle dut se rendre à l’évidence quelques minutes plus tard, elle devait faire une pause. S’étirant en baillant, elle se frotta vigoureusement le visage, avant de reprendre le mystérieux papier et de le redéposer sur l’étagère, presque à l’identique de Ky. Elle rangea les livres déjà lus, puis prit ceux qui lui restait sous le bras, dans l’intention de reprendre ses recherches une fois suffisamment reposée.

En sortant de la bibliothèque, toujours plus sombre que l’extérieur, elle dut mettre sa main en visière pour se protéger du soleil. La pause des Taïro était terminée, et elle les apercevaient, à l’ombre du bonsaï géant qui ornait la cour du monastère, en train de méditer avec maître Baoddaï. Cet exercice, dans le domaine du kaïru comme dans les autres, permettait d’améliorer grandement la concentration, et par la suite la réactivité aux attaques ennemies. Enfin, ça, c’était en général ; Maya avait toujours été très sensible à ce genre de techniques, prenant dès qu’elle le pouvait quelques minutes pour se concentrer et se recentrer sur elle-même, et cela l’aidait beaucoup dans sa quête. Mais évidemment, il y avait des esprits réfractaires, et parmi ceux-là, son propre chef d’équipe. Si plus jeune, dans ses premières années d’entraînement, Ky avait plus ou moins consciencieusement suivi ces exercices de méditation et autres y ressemblant, poussé en grande partie par son père qui le recadrait soigneusement quand il les séchait trop, il ne les avait pas pleuré le moins du monde quand il avait pu les laisser tomber une fois qu’il ne fut plus un novices du kaïru. Au moins, songea-t-elle, perdue dans ses pensées en entrant dans le X-Scaper, il était présent à presque toutes les séances de méditation. De ce qu’elle se souvenait, d’autres n’avaient pas eu cette délicatesse. Et quand elle pensait d’autres, cela se rapportait le plus souvent à Zane, du temps où il était encore un élève du monastère. Les fois où le jeune E-Teens y avait participé se comptait su les doigts de la main, et ce en dépit des punitions de maître Baoddaï ou de ses tentatives de traîner celui qui était encore sous sa responsabilité à ses leçons. A chaque fois, le garçon se volatilisait comme par magie, même si maître Baoddaï le surveillait étroitement durant les heures précédant ledit moment, pour réapparaître comme une fleur juste après. Ç’avait été un mystère insondable pour Ky et le maître kaïru, seul Connor parvenant parfois, quand il rendait visite à son fils, à saisir le futur chef des Radikors par la peau du dos avant qu’il ne puisse s’enfuir. Maya s’était aussi longtemps demandé comment il réussissait ce tour de force, tout en le blâmant dès qu’ils se retrouvaient seuls tous les deux pour son inconstance (ce à quoi Zane répondait toujours, à quelques mots près : « Je ne suis pas inconstant, c’est le seul cours que je rate, et c’est à chaque fois le même. Et puis, je suis présent à tous les autres ! »). Seulement un jour, elle l’avait surpris après le repas, en train de repartir dans la forêt. Elle l’avait suivi, et l’avait vu effectuer des exercices qui n’étaient pas enseignés par maître Baoddaï. Sous ses yeux d’enfant, il était parvenu à changer l’apparence de toute une clairière en quelques secondes. Résistant à l’envie de courir prévenir son maître, poussée par la curiosité, Maya était sortie de sa cachette, le menaçant de tout dévoiler, et lui disant qu’en sachant ce que son élève fabriquait, maître Baoddaï allait lui faire nettoyer tout le monastère à la brosse à dents. Ne souhaitant absolument pas subir cette punition (récurer la cour à l’aide uniquement de la petite brosse lui suffisait amplement), et après avoir fait promettre à Maya sur l’honneur qu’elle ne dirait rien –ce à quoi elle avait répondu qu’elle verrait-, il lui avait avoué qu’il s’entraînait à créer des illusions, se vantant même d’être très doué, le meilleur même. A partir de là, faire le lien entre cet étrange pouvoir et ses disparitions subites n’avait pas été très difficile pour l’intelligente petite fille. Elle avait gardé le secret, et de temps en temps, les rares fois où elle n’était pas en train de réviser, Zane venait la chercher pour lui montrer les progrès qu’il faisait, sous le regard agacé de Ky, vexé que ses amis de l’époque lui cache quelque chose. Quand l’extraterrestre était de particulièrement bonne humeur, Maya parvenait même, avec sa douceur et sa patience habituelle, à lui faire rattraper les leçons de méditation et de concentration qu’il manquait. Quelle n’avait pas été la surprise de maître Baoddaï quand, un jour, ils les avaient aperçus dans la chambre de Maya, assis en tailleur et les yeux clos !

Soupirant, l’adolescente chassa rapidement ces pensées en ouvrant la porte du vaisseau, montant de manière mécanique les marches menant à l’intérieur de l’appareil. Parfois, elle hésitait à révéler les talents de Zane pour les illusions à ses amis, mais le E-Teens n’avait jamais utilisé cette capacité contre eux, et visiblement Lokar n’était pas au courant non plus, sinon il aurait cherché à l’exploiter depuis bien longtemps. Le passé était le passé, et pour rester en accord avec elle-même, Maya avait décidé que tant qu’il en était ainsi, elle garderait le silence, se contentant d’observer de loin. Dans les marais, en voyant Zane aussi frais et dispo après la…métamorphose de Bruticon par le kaïru obscur, elle n’y avait pas cru une seconde. Pas après le cri de douleur qui avait franchi la barrière de ses lèvres, et qui avait même surpris Boomer. Zane n’était pas du genre à montrer qu’il avait mal, alors l’entendre sans qu’il ne s’en rende vraiment compte avait surpris, et inquiété la jeune femme. Elle n’y pouvait rien, dès que qu’un être humain ou un animal souffrait, elle ne pouvait s’empêcher de vouloir l’aider. Cela faisait partie d’elle, c’était dans son caractère.

La silhouette fine de son chef d’équipe lui fit revenir les pieds sur terre. Debout devant l’adolescente, un sourire désabusé sur les livres, il poussa un long soupir en levant les yeux au ciel.

-Encore perdue dans tes livres Maya ? Comme c’est étonnant ! A quoi pensais-tu ?

Maya se mordit la lèvre inférieure. Parler de Zane devant Ky si l’on n’était pas maître Baoddaï (qui lui-même semblait évoquer son ex-élève le moins possible, ayant d’autres sujets à traiter) et en-dehors des missions était tabou. Les rares fois où Maya avait évoqué un vieux souvenir quelconque, soit Ky trouvait un prétexte pour quitter la pièce, soit il finissait invariablement par ressasser : « Le passé est le passé, il vaut mieux ne plus y penser ». Pour Boomer, ça ne posait aucun problème, ne l’ayant connu que comme ennemi, et Ky lui-même semblait avoir tiré un trait définitif sur cette partie de leur vie, ne l’ayant évoqué que suite à son premier duel kaïru. Si, passé la surprise du moment où il s’était retrouvé face-à-face en temps qu’ennemis, le chef des Stax s’était très vite adapté à cette situation, pour Maya, se retrouver ainsi face à leur ancien ami avait été plus compliqué. Les notions d’honneur et de loyauté avaient toujours été chères à son cœur, et elle l’avait vécu comme une trahison personnelle. Par chance, se dit-elle, elle avait rapidement repris le dessus, et les choses étaient claires dans son esprit désormais : elle était une combattante du bien, Zane du mal, point final.

Devant son manque de réponse immédiate, Boomer, qu’elle n’avait pas remarqué en entrant, leva les yeux de son écran de jeu pour se mêler à la conversation :

-Bah, à tous les coups elle a passé sa matinée à potasser son histoire du kaïru !

Parvenant à dérober les livres que Maya transportait, sous les protestations de celle-ci, Ky lu les titres rapidement, empêchant sa coéquipière de les récupérer en se hissant sur la pointe des pieds.

-Gagné Boomer ! Regarde-moi ça : « Traité des symboles des peuples maîtrisant le kaïru », « Principaux évènements de l’histoire du kaïru » et pour finir, « Créatures des peuples kaïru » !

-Tu sais qu’à force de passer tout ton temps libre dans les livres, tu vas finir toute parcheminée ?

-Ça suffit les garçons ! (Parvenant à récupérer les ouvrages, elle les plaqua précieusement contre sa poitrine) Vous ne dites que des bêtises ! Rien n’est plus précieux que le savoir !

-Ca va, ne te fâche pas, temporisa Boomer. Tiens, pour nous faire pardonner, on va t’emmener faire un petit tour à bord du X-Scaper ! De toute façon, je devais le faire voler un peu afin de vérifier les derniers ajustements faits par Mookee. Qu’en pense-tu ?

-Eh bien, réfléchit Maya encore hésitante, je suppose qu’après toute une matinée passée à faire des recherches, ça ne me feras pas de mal de sortir un peu…

-Super ! Alors en avant les amis, attachez vos ceintures pour le décollage !

-Tiens, d’ailleurs, j’ai eu une super idée de jeu, fit Ky tandis que Boomer manœuvrait le vaisseau. Je te dis une relique qu’on a trouvé, et toi tu dois me dire de quel pays elle vient. C’est pas génial ?

-Oui, ça a l’air pas mal. Mais attention, j’ai une bien meilleure mémoire que toi !

-Ah ah, c’est ce qu’on verra ! Bon, je commence…Un sabre hyper lourd ?


***


Debout devant une des fenêtres fraîchement réparée, Zane scrutait le petit point du ciel qu’étaient les Imperiaz qui s’éloignaient rapidement de la forteresse. Les Radikors avaient reçu l’équipe princière dans une salle un peu à l’écart de leurs « quartiers », Zair s’opposant farouchement à l’idée qu’ils sachent exactement où étaient leurs chambres à coucher. Celle-ci était sobrement meublée : une large table de bois d’ébène que Tekris avait polie puis vernie trônait au centre de la pièce d’une trentaine de mètres carrés (moins selon Tekris, plus d’après Zair. Quant à Zane, il s’en fichait comme du bonsaï de Maya). Six chaises en bois massif récupérées près des appartements de Lokar, avaient été disposées trois de chaque côté de celle-ci. Un planisphère répertoriant les reliques détectées avait été accroché derrière celles face à la porte (ces chaises étant occupées par les Radikors) avec juste à côté la liste des principales reliques gagnées et perdues. Ainsi, d’un coup d’œil, Zane pouvait juger de la progression des Stax depuis son ascension. Deux fenêtres sur le mur de droite étaient les seules ouvertures laissant passer la lumière presque crépusculaire du début d’après-midi. C’était pour le moment le seul meublement de la pièce, mais Zane prévoyait de se construire un trône ou quelque chose comme ça, histoire que Diara comprenne bien à qui elle avait affaire et qu’elle arrête de pavoiser inutilement !

Fidèles à ce qui avait été décidé quelques jours auparavant, les trois adolescents avaient laissé la relique aux Imperiaz, déléguant la recherche de kaïru pour le moment. Après tout, se forçait à se dire Zane, qui sentait son X-Reader le démanger, ce n’était pas plus mal, cela permettait aux nouveaux habitants de la forteresse de continuer à la remettre en état. La reconstruction avançait plutôt bien, si on prenait en compte qu’ils n’étaient que trois à faire les travaux de bourri ; les chambres avaient été presque entièrement remises en état, bien que manquant cruellement de mobilier, et Zair et Tekris, qui au départ dormaient ensemble, avaient pu récupérer des chambres individuelles. Une salle destinée à recevoir les Imperiaz, plus à l’est, avait été aménagée, et en observant quelques jours un chantier d’une grande ville américaine, près de Central Park, Zane avait repéré suffisamment les lieux pour pouvoir « emprunter » du verre et quelques outils afin de réparer les fenêtres endommagées. Pour le moment, les entraînements se faisaient encore à l’extérieur, le temps de refaire les fondations les plus branlantes et d’être certain que le sous-sol ne risquait pas de s’effondrer dès la première attaque lancée. Les Radikors prévoyaient de refaire un tour dans leur planque en Islande afin de récupérer leur matériel de sécurité, ce serait toujours mieux que rien si des intrus venaient fourrer leur nez dans les environs. Mais pour le moment, entre la forteresse et leurs blessures à soigner, ils n’en avait pas eu le temps, au grand agacement de Zane. Ce dernier n’allait pas se mentir, à la base, il n’avait guère eu l’envie de s’égratigner les mains plus que ça pour la reconstruction de son repaire. Après tout, c’était lui qui était aux commandes, il n’avait pas à faire les basses besognes. Ses coéquipiers étaient là pour ça, et peut-être que les Imperiaz pourraient s’occuper de menues tâches, comme déblayer les sous-sols. Mais, plus ou moins consciemment, il se disait que de cette façon, il pourrait occuper ses pensées, et celles-ci le laisseraient tranquille, sans compter que cela aidait Tekris à passer l’éponge sur son petit « pétage de plomb » (le colosse ayant visiblement du mal à lui faire confiance désormais, et Zane n’était pas idiot, si son équipier continuait à le scruter lui au lieu de se concentrer ailleurs, ce serait handicapant pour les défis, bien que Tekris ne discutait pour le moment jamais ses ordres). En travaillant comme un forcené la journée, le jeune homme finissait souvent sa journée par une bonne douche, avant de s’écrouler sans prendre la peine de manger le plus souvent. A eux trois, et en dépit de leurs douleurs respectives, ils parvenaient à s’en sortir mine de rien, et cela enchantait l’adolescent. L’extérieur était peut-être encore à refaire dans sa quasi-totalité (à commencer par déblayer sérieusement le tout), mais dans les pièces refaites, à part l’isolation qui était encore mauvaise, c’était plus qu’acceptable !

Un autre avantage à ce qu’ils restent quelques temps à la forteresse était qu’ils pouvaient s’entraîner à maîtriser leurs nouveaux monstres de l’ombre. Zair était devenue folle de Crapler, devenant bien peu raisonnable quand il s’agissait de faire attention avec son monstre. Zane et Zair récupéraient à une vitesse surprenante, la jeune femme étonnant Tekris quand elle évitait son « super cataclysme » d’un bond agile, comme si elle n’avait jamais été blessée. De son côté, il s’attachait également à Maneclor : massif, capable de se prendre beaucoup de coups sans sourciller, ce monstre avait toutes les qualités requises pour lui plaire, et il avait plus que hâte de l’essayer contre les Stax, son omoplate guérissant beaucoup plus vite depuis l’intervention de sa coéquipière. Le kaïru sombre lui allait comme un gant. Pour Zane, au contraire de ce qu’avait d’abord pensé les deux autres, qui le mettait sur le fait de n’avoir pas pu l’utiliser immédiatement, le contact entre lui et son monstre était un peu plus difficile. Certes, Bruteron était d’une puissance enivrante, mais le souvenir du kaïru forçant le passage à travers lui –bien qu’il ne parvienne pas à réellement expliquer cette sensation- restait vivace. La douleur n’était heureusement pas revenue, mais il restait toujours la méfiance qui l’empêchait de trop pousser les capacités de son monstre. Seulement il refusait d’abandonner quelque chose qui pouvait le rendre plus puissant et l’aider à conquérir le monde et à vaincre les Stax, surtout si Ky pouvait mordre la poussière ! Car derrière la souffrance, il avait senti un pouvoir d’une intensité qui aurait bien pu lui faire tourner la tête. C’était à la fois exaltant, et terriblement inquiétant, comme s’il dansait en riant sur un fil tendu au-dessus du vide, et que ce fil, c’était Bruteron. Petit à petit, il se nourrissait de cette appréhension, se gorgeant de cette angoisse qui tendait chacun de ses muscles quand il se transformait, à l’affût d’une nouvelle tentative de contrôle du kaïru obscur. Ou peut-être l’attendait-il presque, il ne savait plus vraiment parfois. Cette étrange opposition l’encourageait à continuer de s’entraîner pour maîtriser Bruteron, lui permettant de l’apprivoiser au fil des jours, bien que ce soit plus long que pour ses coéquipiers. Et paradoxalement, cette attirance malsaine semblait l’aider à se sentir plus à l’aise avec le kaïru obscur, les attaques qu’il avait déjà récolté et qu’il adorait renforçant cette connivence qui se formait peu à peu. C’était comme un jeu particulier, du moins Zane le ressentait ainsi, cette nouvelle sorte de kaïru le titillant tandis qu’il se méfiait presque exclusivement pour le plaisir de résister, une addiction dont il ignorait si elle finirait par être dangereuse. Il se sentait vivant dans son opposition à cette si sublime énergie. Et sûrement se serait-il totalement abandonné à elle et ses promesses de victoire et de gloire, s’il n’y avait pas eu sa blessure à la poitrine, et surtout, ses visions où il se voyait déchu par son ancien maître. D’ailleurs, ne s’était-il pas dit en son for intérieur qu’il allait partir du principe que Lokar était toujours en vie ?

Ainsi étaient les pensées du chef des Radikor en fixant désormais le paysage glacé, les Imperiaz ayant disparus depuis longtemps du ciel couvert ; et de toute façon il ne pensait plus à l’équipe d’E-Teens depuis un moment déjà. Entièrement absorbé, il sursauta en entendant la voix de Tekris résonner dans la pièce, Zair étant repartie dans sa chambre depuis plusieurs minutes sans qu’il ne s’en aperçoive:

-Le ciel est chargé ce matin. A tous les coups on va avoir droit à une tempête de neige.

-Mhm, c’est probable, acquiesça son interlocuteur en jetant un œil aux nuages filandreux qui envahissaient le périmètre. Pourquoi, ça t’inquiète ? On a connu pire.

-Peut-être, rétorqua Tekris, mais ce n’est pas une raison pour ne pas se méfier.

-Ce n’est pas ce que j’ai dit, reprit Zane après une petite seconde, surpris par le ressentiment dans la voix de son coéquipier. De toute façon, nous sommes à l’abri ici. Où est Zair ?

-Partie se reposer. Vaudrait mieux la laisser tranquille.

-Bien sûr, marmonna l’autre en étouffant un bâillement ; puis il comprit ce que voulait dire Tekris au début. Je viens de saisir…tu voulais dire qu’on ne pourra pas travailler à l’extérieur de la forteresse, c’est ça, vu qu’il risque d’y avoir une tempête ?

-C’est ça, confirma l’adolescent en examinant nonchalamment ses X-Drives. Remarque, ça ne va pas te faire de mal, en ce moment, tu aides pas mal dans les travaux.

-Tu ne vas pas t’en plaindre j’espère ? Habituellement, Zair me fait comprendre l’inverse.

-Si je peux parler franchement, je dirais que tu en fais rarement autant.

-J’ai besoin d’un repaire potable, c’est tout, et j’ai pitié de vous et vos bras cassés.

-Vraiment ?

-Vraiment ! Tu insinue quelque chose ? siffla Zane, passablement irrité par les répliques de l’autre.

-Tu sais, c’est pas en cherchant à fuir les problèmes que ça va les résoudre.

-Oh, tu as décidé de prendre psychologie en deuxième année ? Tu m’offre une première séance gratuite ? Monsieur est trop bon ! Ecoute-moi bien, une bonne fois pour toutes : je fais ce que je veux, comme je veux, et si me vient l’envie de te prendre comme punching-ball, j’ai la légitimité de le faire, tout comme Lokar avant moi. Et que je n’ai pas à le répéter, c’est clair ?

Tekris ouvrit la bouche, à deux doigts de lui rétorquer une réplique bien cinglante, avant de la refermer, haussant les épaules. Il n’était pas stupide à ce point, il avait très bien compris le manège de l’adolescent. Mais ne jamais contrarier Zane était un principe que les Radikors avaient toujours appliqué, Zair compris, et si la jeune femme elle-même le suivait, Tekris ne pouvait pas faire le malin sous le seul prétexte de sa méfiance. Se disputer pour un sujet aussi dérisoire en répondant quelque chose d’acerbe lui paraissait futile, et depuis le temps, il était habitué aux mouvements d’humeurs de son chef. Après tout, qu’est-ce qui lui avait pris de vouloir faire entendre raison à l’adolescent, alors qu’il avait la grosse tête depuis sa trouvaille de l’X-Reader de Lokar ? C’était stupide, en y repensant. Aussi se contenta-t-il d’hausser les épaules en se reconcentrant sur ses attaques, répondant, plutôt que de rentrer dans la provocation de Zane, comme s’il n’avait rien entendu :

-Je vais aller me rafraîchir, déplacer les rochers ce matin m’a trempé. J’ai vraiment besoin d’une bonne douche, et rencontrer les Imperiaz est toujours épuisant !

-Ta vie privée ne m’intéresse nullement, tu pourrais jouer du ukulélé à poil dans la neige que ça ne me ferait pas plus d’effet. Il faudrait que l’on nous prenne au sérieux, que le Redakaï saisisse que nous ne sommes pas des gosses faisant leur crise d’adolescence. Cela veut dire récolter beaucoup d’énergie kaïru, et pour cela il faut être plus fort encore. Mhm, je vais retourner m’entraîner un peu. Que l’on ne me dérange pas, j’ai à faire, marmonna Zane, déjà plus dans ses pensées qu’autre chose.

S’apprêtant à tourner les talons, il se ravisa au dernier moment. Fronçant les sourcils, il plissa les yeux, se demandant s’il n’avait pas rêvé. Il lui avait semblé apercevoir quelque chose dans le ciel, un petit point presque à l’endroit même où avaient disparus les Imperiaz. Il attendit quelques secondes, se demandant si l’équipe princière revenait déjà –ce qu’il n’espérait pas,car ce ne serait pas bon signe, vu le temps que prenait habituellement une mission. Sans compter qu’il ne supporterait pas une seconde fois dans la journée la voix stridente de Diara. Déjà, il avait du s’énerver quelque peu pour que la princesse cesse de discuter ses ordres. C’était très agaçant, mais pas suffisamment pour qu’il regrette son choix de libérer les parents des Imperiaz : Koz, tellement surpris qu’il ait tenu parole, avait à son égard une diligence surprenante, cherchant à ne pas lui donner de motifs de mécontentement qui pourraient le faire changer d’avis. De son côté, Teeny ne savait pas dans quel catégorie le classer, mais bien qu’elle n’ait absolument pas confiance en lui, elle préférait suivre la même logique que son frère, ne faisant pas d’histoire –et puis, sa colère de ce matin l’avait refroidie en même temps que son insupportable sœur, mais dans une autre mesure.

-Tekris, tu as vu ce…

Il se stoppa, se rendant compte que son coéquipier n’était déjà plus là. Il souffla d’agacement, quelque peu vexé de ne pas s’en être aperçu avant de parler tout seul. Grommelant intérieurement, il se remit à scruter rapidement le ciel. Après quelques minutes supplémentaires sans rien voir, l’adolescent laissa tomber, ne parvenant pas à savoir s’il avait rêvé. Haussant les épaules, un tic qu’il avait à chaque fois qu’il ne comprenait pas ou qu’il s’agaçait, il sortit cette fois pour de bon de la pièce, attrapant au passage son X-Reader, laissé dans son « espace kaïru » comme il aimait l’appeler.

En refermant le cercle qu’il avait tracé, il sentit un point entre ses épaules le démanger, comme s’il était observé. Pris d’un mauvais pressentiment, il tourna la tête vers la porte, sourcils froncés. Il n’eut que le temps de voir une masse noire s’abattre sur lui à une vitesse vertigineuse. Se jetant en arrière par réflexe, il ressentit une douleur fulgurante sur le flanc, évitant de peu que sa tête se fasse toucher à la place, qui le fit trébucher, tombant brutalement sur le dos. Serrant les dents, il laissa échapper un « Bordel de… », cherchant d’où provenait l’attaque. Il ne put apercevoir son agresseur : un morceau de tissu lui fut appuyé, ou plutôt écrasé sur le visage, l’empêchant de respirer par la bouche. Se débattant pour échapper à l’emprise de son assaillant, l’adolescent ne parvint qu’à empoigner le vide, comme si l’air lui-même l’entourait sans lui laisser de chance de se défendre. Le cœur de Zane battit plus vite quand une odeur âcre parvint à ses narines. Du poison ? De quoi m’endormir ? Ne souhaitant pas connaître la réponse, il se débattit de plus belle. Mais à chaque fois qu’il tentait de saisir les mains qui le tenaient, un brassement d’air se déplaçant était la seule réaction obtenue. Incapable de se libérer, la poigne le maintenant étant bien trop ferme, il ne put que sentir, impuissant, son corps s’affaiblir peu à peu, le faisant plonger dans les ténèbres.


***


Passant sa main sur le miroir de la salle de bain, embué après sa douche brûlante, Tekris observa une seconde son reflet. Comme d’habitude, son regard se reporta rapidement sur les deux anneaux suspendus autour de son cou, le faisant retourner à de sombres pensées. Soupirant de dépit, il se détourna, s’essuyant rapidement pour enfiler un pantalon. Les missions commençaient à sérieusement lui manquer, et même s’il ne l’avait pas dit aux autres, il ne faisait absolument pas confiance aux Imperiaz pour récolter de l’énergie kaïru. Il serait plus étonné s’ils revenaient victorieux que l’inverse, et ça allait encore mettre Zane de mauvaise humeur. Bien sûr, ça ne sera pas l’équipe princière qui devra le supporter toute la soirée, le temps qu’il se calme ! Et si jamais l’adolescent décidait de s’en prendre à ses coéquipiers, ils ne pourraient pas l’arrêter, pas avec l’X-Reader de Lokar. Et Tekris ne doutait pas qu’il le ferait ; après tout, il venait bien, quelques minutes plus tôt, de le menacer de le prendre comme défouloir s’il en avait envie. Pour lui, les Imperiaz prenaient leur rôle un peu trop à la légère, un peu par-dessus la jambe, surtout Diara. Heureusement que Zane l’avait remise à sa place un peu plus tôt, où elle aurait bien pu finir par prétendre qu’elle était trop fatiguée pour combattre et chercher des reliques ! Sur ce point, le colosse était bien content de ne pas être le chef des E-Teens –tout comme les Imperiaz devaient être contents que ce ne soit pas Zair, sinon cela ferait longtemps que Diara et toute la clique se serait retrouvées enfermées dans le donjon de Lokar, comme elle l’avait suggéré à plusieurs reprises déjà-, c’était bien trop insupportable à ses yeux ! Lui n’avait pas un caractère de leader, contrairement à Zane, il était bien plus un suiveur qu’autre chose, bien qu’il ne savait pas trop quoi penser de la tournure des évènements. Il le savait et ne s’en offusquait pas, il avait bien réussi à trouver sa place au sein des Radikor, et il n’avait pas l’ambition d’en avoir une autre. Au fond, mieux valait pour lui, car un quidam plein de rêve de conquête et de gloire n’aurait pas fait long feu avec Zane et Zair. Peut-être aurait-il (ou elle) mystérieusement disparu dans une allée sombre tiens…En tout cas, ça aurait mal fini. Les trois Radikors s’accommodaient très bien entre eux en temps normal, et le mieux est l’ennemi du bien, se répétait Tekris, même s’il savait que beaucoup le prenait pour le toutou de son équipe. Par chance, depuis qu’il avait mis K.O Koz, qui avait eu le malheur de lui demander où était passé sa laisse, les autres E-Teens le laissait tranquille. Zane voulait conquérir le monde et asservir l’Univers ? Tekris ne voyait pas d’inconvénient à cela, il n’aimait pas particulièrement les humains. Et puis c’était aussi le rôle que Lokar voulait tenir, il ne l’avait pas caché après tout. La seule chose qui le surprenait, c’était que l’ex-maître du mal ne se soit pas rendu compte que Zane détestait être son sous-fifre et recevoir des ordres. Dans la bouche de l’adolescent, le mot maître sonnait plus comme une flatterie obséquieuse que comme une marque de respect, quand ce n’était pas seulement une habitude. Il ne fallait pas se faire d’illusion, Lokar parvenait à contenir le jeune homme grâce à deux raisons : ses froids désirs de vengeance contre le monastère, et la crainte que Lokar inspirait parfois. Sinon, Zane suivait juste son ancien maître pour devenir plus fort dans l’art du kaïru, et pour prendre sa place par la suite afin d’assouvir sa vengeance sur le monastère. Le prouvait la vitesse à laquelle le nouveau chef des E-Teens oblitérait Lokar et ce qu’il avait fait. D’ici à ce qu’il dise que Lokar, c’est de l’histoire ancienne, et qu’il faut désormais le voir lui seul, il n’y avait qu’un pas, Tekris en aurait parié le dessert qu’il n’avait jamais.

La buée s’étant de nouveau accumulée sur les vitres, il saisit un chiffon cette fois, se rappelant de justesse la scène qu’avait fait Zane le mois dernier à propos des traces de doigts sur les vitres. Qui aurait cru qu’en plus de son mauvais caractère l’adolescent était terriblement maniaque ?

Son geste s’arrêta lorsque ses yeux croisèrent, alors que la pièce était censée être vide, derrière lui, une forme humaine immatérielle, flottant dans la vapeur emplissant l’espace, telle de la fumée grisâtre. La lourdeur de l’humidité s’accentua, et Tekris écarquilla les yeux. Sa main se tendit vers son X-Reader, mais une volute noire entoura son bras, et une force surhumaine le réduit au silence.


***


Les yeux clos, bras croisés derrière la tête, Zair profitait paresseusement de la chaleur de sa chambre tandis que le vent sifflait rageusement à l’extérieur. Elle avait passée son casque mp3 sur ses oreilles -enfin, celui qui avait été « oublié » dans un parc en Amérique-, écoutant en boucle « Saturday Satan ».

Et si Tekris avait parlé ?

Cela n’expliquerait rien. Sauf que Zane serait autrement agressif.

Et si j’avais fait une énorme erreur ?

L’adolescente secoua brutalement la tête pour en chasser cette idée.

Et Zane alors ? Il se comporte tellement étrangement en ce moment ?

Ca, ni elle ni Tekris ne parvenaient à le comprendre. Un coup il se montrait proprement insupportable, et l’instant d’après, il pouvait se montrer presque…raisonnable. Au point d’entrevoir l’enfant qu’elle avait connu autrefois. Autant avec ses bons côtés, qu’avec ses souffrances. Pourquoi le passé venait-il chambouler leurs vies maintenant ? Ne pouvaient-ils avoir la paix pour une fois ?! Tant avait déjà changé depuis cette maudite mission dans cette forêt ; comment appréhender l’avenir avec sérénité ?

Je suis certaine que c’est de ma faute…

Elle était inutilement tendue depuis quelques jours, mais aujourd’hui, son inquiétude prenait des proportions qu’elle aurait jugées ridicules dans d’autres circonstances. Elle s’attendait à tout, y compris voir surgir une poupée démoniaque réclamant son âme des toilettes. Et oui, en plus de vouer une haine sans borne aux courgettes et au rose bonbon, elle avait la chair de poule rien qu’en voyant une poupée faite d’une autre matière que le plastique. Aussi, agacée de ruminer sans cesse et de se relever tout autant pour regarder autour d’elle, s’était-elle dit qu’un peu de musique lui changerait sûrement les idées.

Et cela marcha plutôt bien, puisque après seulement quelques minutes d’écoute, engourdie par la température descendante et l’inactivité, elle se mit à somnoler, laissant dériver ses pensées sur des sujets tous plus loufoques les uns des autres, comme à chaque fois qu’elle se trouvait prête à se laisser glisser dans le sommeil. Il était rare que la jeune femme se sente fatiguée à cette heure-ci, mais sa réflexion sombra en même temps que son corps.

Dès que ses yeux se rouvrirent à l’intérieur de son rêve, elle sut que ce n’était pas normal. Elle était bien trop réveillée et consciente pour qu’il ne s’agisse que d’un songe. Bougeant ses doigts pour voir s’ils étaient gourds, elle vit également que son X-Reader manquait à l’appel. Tout était sombre autour de l’E-Teens, et chaque pas qu’elle faisait lui donnait l’impression de rester à la même place, sans pouvoir avancer. En se concentrant sur son environnement, elle s’aperçut que ce qu’elle avait prit pour de l’obscurité était en réalité une brume d’une densité étouffante, compacte, ne laissant pas passer la lumière. Elle bougeait à chacun de ses mouvements avec de très légères volutes en forme de filaments. Elle sentit un déplacement d’air derrière elle, qui se rapprochait. Se retournant, elle décocha un coup de poing précis là où devait logiquement se trouver quelqu’un, pour ne frapper que le vide. Les sens aux aguets, elle resta immobile quelques secondes dans un silence de plomb. Celui-ci commençait à lui peser, comme le calme avant la tempête qui s’annonçait désagréable, elle en était certaine. Maîtrisant sa voix pour ne rien laisser paraître du stress qui montait peu à peu en elle, elle lança à la brume :

-Je sais que vous êtes là, alors montrez-vous, je suis prête à me battre !

Le cauchemar s’accentua lorsque les nuages devant elle s’écartèrent comme une haie d’honneur sinistre, pour laisser passer Adriel, qui se planta devant elle. Zair détesta le petit air qu’affichait l’autre adolescente. Un air de terrain conquis, quoi qu’il se passe, et ça ne lui disait rien qui vaille. Automatiquement l’E-Teens releva le menton, regardant l’autre de haut-ce qui était un exploit quand on faisait facilement une tête de moins que la personne en face de soi. Ladite personne qui releva un sourcil, peut-être un peu décontenancée de voir l’absence de peur chez l’autre adolescente.

-Je ne suis pas venue pour me battre contre toi, dit-elle, comme si elle avait répété cette scène.

-Tiens donc. Alors quoi, aurais-tu peur de me faire face pour te cacher ainsi (Zair désigna de la main l’étrange environnement fumigène) ? Tu n’es décidément pas très douée pour la discrétion.

-Et toi, tu as l’instinct de survie en berne. Je venais juste te faire une proposition honnête…

-Ah oui ? Tu peux te la garder, reprendre tes accessoires de film raté et me laisser terminer ma sieste, l’interrompit Zair en tournant les talons, bien décidée à trouver la sortie de ce lieu.

-Vraiment ? Je pourrais, mais dans ce cas, les conséquences pour ton équipe serait désastreuses(Zair continua à l’ignorer). En particulier pour Zane d’ailleurs, ajouta nonchalamment Adriel.

La réflexion fit mouche. Involontairement, l’E-Teens se crispa, suspendant son pas. Que voulait-elle dire par là ? Impossible de faire celle qui s’en moquait après sa réaction, aussi se retourna-t-elle.

-Serait-ce des menaces ? Fais bien attention à ce que tu vas dire.

-Peut-être, à moins que ce ne soit un avertissement désintéressé de ma part. C’est donc vrai que le sort de ton chef d’équipe t’importe beaucoup. Je me demande bien pourquoi, que je sache, il n’a pas l’air de se faire énormément de soucis pour toi. Ce serait même plutôt l’inverse.

-Tais-toi, tu ne sais rien de lui ou de moi !

-J’en sais suffisamment pour savoir qu’à part lui, rien d’autre n’a d’importance, pas même sa famille.

Zair se raidit, stupéfaite. Alors comme ça, cette saleté était au courant pour Zane et elle ? Mais comment cela pouvait être possible ? Trop choquée, elle ne put rien répondre, les mots restant bloqués au fond de sa gorge, Adriel en profitant pour en rajouter une couche.

-Franchement, j’ai de la compassion pour toi, bien que je ne puisse te comprendre. Tu as des capacités, un bon potentiel, tu es rapide et une bonne combattante, et tu perds ton temps entre un maître tyrannique pour lequel tu oublies qui tu es censée être, un coéquipier qui ne sais que s’écraser devant les autres et un chef d’équipe qui ne songe qu’au pouvoir qui finira par le dévorer. Il ne sera jamais satisfait, si encore il parvient à ses fins. Au fond, il n’a jamais rien vraiment gagné : son premier duel kaïru, les tournois…tiens, au fait, que je sache, tu voulais participer au tout premier. Mais s’est-il soucié de toi ? Absolument pas, seul comptaient ses propres désirs, pour perdre au final. Maintenant, dis-moi, ou plutôt, trouves-moi une bonne raison pour continuer à rester à ta place comme il le souhaite, pour ne jamais évoluer et n’être que son sous-fifre ? Pourquoi continuer à le suivre ? Il sera consumé par ses désirs impossible à réaliser, et finira par rejeter la faute sur les autres, donc sur toi.

-Non, c’est faux ! Et comment…comment peux-tu savoir tant de choses ? C’est impossible…tu essaies de m’embrouiller ! Qui es-tu donc, toi et les cinglés qui t’accompagnent ?! Cria l’adolescente, peinant à former une pensée cohérente.

Zane l’avait pourtant déjà mise en garde contre sa difficulté à réagir quand elle se trouvait prise par surprise. Elle respira profondément, tentant de calmer les battements affolés de son coeur.

-Tu veux te voiler la face encore une fois, comme tu l’as fait tant de fois, mais tu sais que je dis vrai. Oseras-tu dire que tu n’as ressenti aucune inquiétude quand Zane a trouvé l’X-Reader de Lokar ? Qui est-il pour continuer à se monter la tête comme il le fait, à vouloir décrocher la lune ?

Adriel laissa sa phrase en suspens, pour en accentuer l’effet. Zair ne savait plus quoi penser. Il serait si facile d’y croire… elle savait que toutes ces paroles devaient avoir un but précis, comme par exemple la rallier au camp ennemi, mais certaines d’entre elles avaient l’air si vraies, et étaient prononcées d’une telle manière, comme si elles sortaient réellement du cœur. Il était tentant de se laisser convaincre, de demander à changer de direction, de se laisser emporter par ce flot à la fois douloureux et doucereux. Et après tout, tout était vrai. Zane avait tendance à se monter si facilement la tête, comme lorsqu’il avait trouvé le gant de Lokar ; dès lors, plus rien d’autre ne comptait, et personne ne devait se mettre en travers de son chemin sous peine de violentes représailles. Et si ce qu’elle avait fait dans la forêt avait empiré son état mental ? Dans tous les films visionnés avec Tekris, cela avait toujours de terribles effets, même s’ils ne se voyaient pas tout de suite. D’un autre côté, pas plus tard que quelques jours auparavant, il avait accepté de baisser sa garde, allant jusqu’à lui demander pardon. Ce qu’il ne faisait jamais. Ils communiquaient même de nouveau à deux ; c’en était revenu si naturellement, ça ne pouvait pas être un mensonge, une vile manipulation visant à la garder bien sage ! Elle le connaissait, jamais, enfin… Elle ferma les yeux rapidement, pour s’empêcher de se prendre la tête dans ses mains et ainsi avouer son trouble.

-Je veux juste te montrer la vérité, reprit Adriel pour l’empêcher de trop réfléchir et de rassembler ses pensées. Je ne vais pas te dire de nous rejoindre, mais je t’enjoins à ne pas te trouver entre nous et tes coéquipiers. Tu as encore une chance de changer d’idée et de vivre une vie digne de toi.

Zair tiqua. Ne pas se trouver entre eux et ses coéquipiers, venait de dire Adriel. Comme si quelque chose se préparait, ou menaçait en tout cas. Brusquement, elle se rappela l’impression qu’elle avait eu quand l’oratrice était apparue. Que quoi qu’il se passe, la victoire était sienne. Et puis, tout apparut clairement à la jeune femme: cette petite peste cherchait à gagner du temps en la faisant douter, ou sinon voulait la tenir à l’écart de quelque manière que ce soit, voir même semer le discorde chez les Radikors. Et dire qu’elle avait failli se remettre en cause et douter plus encore de Zane !

Elle hésitait toujours sur la véracité des paroles de sa vis-à-vis, mais l’important était de rester unis face à la menace. Le reste, elle y réfléchirait après.

-Diviser pour mieux régner, n’est-ce pas, le bon vieux dicton, siffla l’E-Teens.

Ce n’était pas une question, et Adriel sut qu’elle venait de perdre toute l’attention de l’adolescente en voyant son visage se fermer brutalement. Aussi ne chercha-t-elle pas à nier farouchement. Elle avait déjà fait plus que le nécessaire, et elle ne doutait pas que ses paroles auraient un effet…à long terme. Et que cela pourrait remettre en cause certaines choses chez les Radikors, voir même avoir des effets désastreux sur leur cohésion, déjà chancelante. Elle croisa les bras, prenant un air innocent.

-Tu essaies de te persuader car tu n’acceptes pas la vérité, mais tu sais que j’ai raison.

-Que veux-tu exactement ? Qu’est-ce que tes équipiers préparent ? Réponds ! Pourquoi nous avoir attaqué sur la falaise ?

-Je te l’ai dit, je veux t’ouvrir les yeux. Le reste ne te concerne pas.

Zair serra les poings. De toute évidence, Adriel n’allait pas sortir de son petit discours bien rôdé, si elle ne décidait pas de le reprendre au moment où Zair s’y attendrait le moins.

-Ramène-moi immédiatement là où je suis, ou sinon, je peux te jurer que te le regretteras.

-Que d’efforts pour me cacher ta localisation, alors que nous vous avons déjà trouvés, ricana Adriel.

-Quoi ? Sale petite vipère !

-Merci. Et toi, tu vas rester bien sagement ici. Ca ne devrait pas t’être difficile si tu imagine que c’est Zane qui te l’as demandé, n’est-ce pas ? Sauf si je suis parvenue à te convaincre…

-Ca, jamais. (Zair jeta un rapide coup d’œil autour d’elle. De la brume, et encore de la brume, sans aucune porte de sortie. Regardant de nouveau Adriel, elle regarda plus attentivement ses traits, cherchant une faille). Je crois que tu te surestimes quelque peu, Adriel. Personne ne peut me retenir très longtemps contre mon gré (elle remarqua son front plissé sous l’effort, et la façon dont ses mains agrippaient ses bras croisés. Transporter quelqu’un dans ses rêves, en plus de soi-même, était une technique compliquée, qui demandait probablement beaucoup de concentration. Peut-être que si l’adolescente parvenait à déstabiliser Adriel, elle pourrait revenir dans sa chambre à la forteresse). Et puis, tu sais quoi ? Adriel, à la base, c’est un prénom de garçon, alors permets-moi de te dire que t’en prends pour ton grade. Et au fait, Teos a tort, t’es même pas belle !

Sur cette petite remarque mesquine (qui, Zair ne l’aurait jamais avoué, lui fit un bien fou), Adriel ne s’attendant pas à ce genre d’attaque verbale, l’E-Teens se déplaça à une vitesse fulgurante. Adriel n’eut que le temps d’esquisser un mouvement vers l’arrière. Le plat de la main frappant son adversaire à la tempe, Zair visualisa son corps bien à l’abri dans son lit –enfin elle l’espérait- à la forteresse, concentrant tout ce qu’elle pouvait de son kaïru intérieur pour réussir à se réveiller. Le sol se déroba soudainement sous ses pieds, et alors qu’elle tombait dans le néant, elle sentit quelque chose- sans aucun doute une attaque kaïru de la part d’Adriel- lui frôler les flancs. Puis, elle se sentit totalement englobée dans une opaque obscurité, chutant sans fin…

…enfin, elle en eut l’impression, mais l’adolescente rouvrit brusquement les yeux, se redressant dans son lit. Son baladeur crachait toujours sa musique en boucle, clamant « Satan is my name » d’une voix grandiloquente, et malgré son cœur battant la chamade, Zair se dit qu’elle n’appréciait pas vraiment l’ironie. D’un mouvement sec, elle coupa la musique, reprenant un semblant de calme. Quel cauchemar…non, pas un cauchemar, se corrigea-t-elle. Mais alors quoi, une discussion ? Tu parles, à la limite un procès ! Et puis, de quel droit s’introduisait-elle dans ses rêves, l’espèce de vipère ? Si ce n’était pas elle qui avait provoqué sa somnolence après tout ! Ce n’était pas dans les habitudes de Zair de s’endormir brutalement de la sorte, et apprendre qu’Adriel était aussi derrière ça ne l’étonnerait pas outre mesure. En voilà une qui allait le regretter si jamais elle recroisait son chemin (ce dont Zair ne doutait absolument pas) ; elle allait en faire des tapas à donner aux requins !

Mais malgré sa colère – justifiée-, Zair ne pouvait pas s’empêcher de ressentir une sourde angoisse. Adriel savait tout sur leur carrière dans le kaïru. Elle savait ce qu’elle-même pensait de Zane. Elle savait que Zane et elle partageait le même sang –elle ne parvenait plus à employer le mot véritable. Que savait-elle d’autre encore ? Comment pouvait-elle être au courant de tant de choses ? Savait-elle exactement ce qu’ils étaient ? Un frisson d’angoisse remonta le long de sa colonne. Et pire encore, elle avait laissé entendre que quelque chose se tramait contre eux , quelque chose d’important. Et ça, ça ne lui disait rien qui vaille. Cette pensée ramena Zair à ses priorités : prévenir les garçons avant que ce quelque chose ne vienne les faucher.

D’ailleurs, ils étaient pour une fois bien silencieux, et cela l’interpella. Ses coéquipiers qui ne braillaient pas à tout bout de champ ? C’était comme si Lokar se retenait de tancer Zane quand il n’arrivait pas à un exercice immédiatement.

Sa main se portant instinctivement à son X-Reader, un mouvement sur sa gauche, en direction de la porte de sa chambre, attira son intention. Sa tête se tourna lentement vers ce qu’elle avait capté du coin de l’œil, et lorsqu’elle le vit, son sang se glaça dans ses veines.

Une brume, semblable à celle l’entourant dans son cauchemar, se faufilait sans bruit sous la porte de sa chambre, comme si elle glissait simplement sur les pierres du sol, les effleurant à peine. L’espace entre celui-ci et la porte n’était que de la largeur d’un doigt, mais la brume ne s’encombrait visiblement pas de ces formalités. Paralysée par la stupeur, l’adolescente la vit se rassembler rapidement, jusqu’à créer une sorte de forme humanoïde ; mais il était impossible de fixer son regard sur telle ou telle partie du « corps », car celui-ci restait en perpétuel mouvement, formant tout à coup un bras brumeux, puis juste après un torse difforme, et bien d’autres choses que Zair se refusa d’identifier. Une vraie vision d’horreur dont elle se serait bien passé.

Elle retrouva rapidement ses réflexes de combattante kaïru, se relevant pour se mettre en position de défense. Elle ignorait peut-être comment combattre de la brume, ni même si c’était possible, mais elle n’allait pas se priver d’essayer ! Sortant son X-Reader de sa pochette, elle invoqua une « attaque cyclonique » qu’elle matérialisa au centre de la pièce dans un vacarme rivalisant avec la tempête à l’extérieur, aspirant dans un étrange chuintement l’envahissante brume - si avec ça les garçons n’accouraient pas, c’était qu’ils avaient vraiment des ennuis ! Cela sembla marcher quelques secondes, le temps que Zair s’élance vers la porte pour combattre dans un espace moins réduit. Si elle restait ici, pouvant à peine lancer une petite attaque sans détruire un mur, elle ne se donnait pas beaucoup de chance de victoire. Puis, l’attaque se distordit violemment, enflant en passant par plusieurs nuances de rouge puis de gris, avant de littéralement imploser tel un ballon de baudruche trop gonflé. Zair se protégea le visage en levant ses bras devant elle. C’était bien la première fois qu’elle voyait un truc pareil !

Libérée, la brume déploya ses bras vaporeux au travers de toute la pièce, l’emplissant entièrement, l’air devenant lourd au point que respirer devenait difficile. Donnant un coup de pied rageur dans la porte qui s’ouvrit sous le choc, Zair sortit en trombe – plus rapidement encore que la fois où Koz lui avait demandé de sortir avec lui, et il fallait le faire. A peine avait-elle franchit le seuil qu’une poigne, forte et glacée, lui saisit sans ménagement le cou, la plaquant à terre.

Serrant les dents quand elle sentit une douleur remonter le long de son dos, l’adolescente lutta pour rester consciente malgré tout, se concentrant sur la sensation de son X-Reader dans sa main crispée. Elle commença à tousser lorsque la brume, sortant de sa chambre, emplit peu à peu l’espace autour d’elle. Changeant de tactique, elle invoqua de ses mains encore libres une « révolte fantôme » qui l’entoura, empêchant la brume, tout aussi immatérielle que l’attaque, de garder son emprise sur l’adolescente. Se relevant, celle-ci enchaîna avec un « tremblement de terre » qui repoussa l’agresseur avec l’onde de choc. Se tenant à distance, Zair aurait pu parier l’entendre siffler de colère, puis elle se recroquevilla avant de passer en trombe près d’elle pour repartir de l’autre côté du couloir.

Se retournant pour ne pas se retrouver dos à la brume, Zair ne put retenir une exclamation surprise.

-Tekris ?

Relevant la tête, l’adolescent ne sembla pas vraiment la voir, comme s’il regardait au travers d’elle. Même si Zair devait bien avouer qu’elle était soulagé de le voir aller bien, un mauvais pressentiment l’empêcha de venir jusqu’à lui. Peut-être était-ce du au fait qu’il restait étrangement silencieux, et ne semblait pas se préoccuper plus que cela de la situation, comme absent.

-Tekris, reprit l’adolescente en tentant de faire mine de rien, tu as vu ça, ce truc bizarre ?

-Oui, j’ai vu, répondit tranquillement l’intéressé.

Cependant, l’adolescent ne semblait pas surpris, ni même inquiet de savoir qu’une brume psychopathe plus ou moins humanoïde se baladait dans les couloirs en cherchant à les éliminer un par un. Il souriait simplement, son regard se fixant lentement sur sa coéquipière, comme si cela lui demandait un effort particulier. Zair fronça les sourcils, se retenant de lui demander pourquoi il n’était pas ne serait-ce qu’un peu inquiet. Surtout, elle se demanda s’il l’avait vu se faire attaquer quelques minutes plus tôt. Puis elle se morigéna intérieurement : bien sûr que non, elle l’aurait vu sinon. Enfin, elle espérait.

-Nous sommes bien tous les trois au total dans cette forteresse ? demanda Tekris en commençant à se rapprocher doucement d’elle, sans se presser, comme s’il était en balade.

-Ah moins que les Imperiaz ne soient rentrés, c’est bien ça, confirma Zair. Je suis d’accord, un peu de renfort n’aurait pas fait de mal, quand bien même doit-il avoir des anglaises blondes. Trois, ce n’est peut-être pas assez pour assurer notre protection face à cette…chose. Elle est capable d’épaissir l’air au point de le rendre irrespirable, pire que la fumée d’un incendie, soupira-t-elle amèrement en se souvenant de la manière dont la brume avait failli la neutraliser.

Tekris hocha la tête, semblant réfléchir profondément à sa réponse. Zair, à l’affût d’un nouvel assaut de l’étrange créature, n’y fit pas très attention. Mais elle n’était pas tranquille avec son coéquipier, son instinct lui intimant l’ordre de se tenir prête à toute éventualité. Faisant mine de ranger son X-Reader, elle vit le sourire satisfait de l’autre, sa main droite se refermant jusqu’à ne former qu’un poing, puis se rouvrir, avant de recommencer son manège, comme un tic. Un tic qu’elle n’avait jamais vu chez Tekris, mais qu’elle connaissait pour avoir vu Zane le faire plusieurs fois lorsqu’il se retenait de frapper quelqu’un, ou qu’il était sur le point de piquer une colère mémorable. Et cela renforça sa méfiance. Elle se retourna, se forçant à rester calme. Faire la naïve, se dit-elle en se grattant le bras.

-Effectivement, ce n’est pas assez pour vous protéger, en particulier si vous êtes divisés.

Zair faillit répondre, quand son regard dévia vers celui de Tekris. Durant une fraction de seconde, elle vit nettement deux cercles rouges se refléter dans les lunettes que le colosse ne quittait jamais. Deux fines lignes rouges cerclant ses pupilles, indiquant que l’adolescent était à peu de choses de perdre le contrôle ; ou deux cercles pleins montrant qu’il lui avait échappé. Elle secoua la tête. Non, se corrigea-t-elle, on aurait plutôt dit deux cercles brillant par intermittence sous le verre, le transperçant comme des lames de rasoir incandescentes. Impossible ! Sauf si ce n’était pas réellement Tekris.

Une affreuse idée lui traversa l’esprit, qui lui glaça les veines.

-Où est Zane ? demanda farouchement l’adolescente, reculant instinctivement.

-Justement, il n’est pas très doué pour gérer son équipe, fit Tekris en secouant la tête d’un air faussement désolé, continuant à sourire d’un air presque juvénile.

Comme un gosse sur le point de casser son jouet sur un coup de tête, ou un prédateur venant vers sa proie.

Une petite alarme s’alluma dans sa tête, avec un seul mot d’ordre : fuir au plus vite et au plus loin. Pour la première fois depuis longtemps, elle se mit à craindre pour la vie de Zane qui ne réapparaissait toujours pas, et pour le sort que lui réservait à elle celui qui avait pris l’apparence de Tekris. Lorsque celui-ci cessa de sourire pour se diriger directement vers elle, elle tressaillit. D’un geste souple, elle se baissa puis esquiva l’autre adolescent, se félicitant intérieurement de ne pas être plus grosse que ça. Mais cela ne suffit pas, et Tekris tendit simplement sa jambe en arrière pour lui faire un peu honorable croche-pied. Zair tomba à terre sans pouvoir empêcher une exclamation surprise. Sans lui laisser le temps de se relever, l’autre envoya donna un coup de pied dans son X-Reader, lâché pendant la chute, l’envoyant à l’autre bout de couloir. Puis, utilisant la masse du corps qu’il possédait, il se jeta de nouveau sur l’adolescente à terre. Enfin, il tenta, car elle l’évita d’une roulade, et se remit immédiatement debout, furieuse de s’être faite avoir à cause d’une technique puérile de gosse de cinq ans. Nullement découragé, l’autre leva les mains dans un geste qui, dans d’autre circonstances, aurait été pris pour une tentative d’apaisement.

-Allons, soit intelligente et ne tente pas de résister. Tu es seule, et tu n’as plus d’arme. Tu ne crois tout de même pas pouvoir me vaincre avec la seule force brute.

Sur cette réflexion, Tekris éclata d’un rire tout à fait sincère. Zair avait donc au moins un avantage : non seulement ce pseudo Tekris la sous-estimait, mais en plus il n’avait pas eu accès au souvenir du véritable. Peut-être que cela pourrait l’aider à sortir de ce traquenard. Elle prit un air indifférent, croisant les bras derrière le dos, sous un œil méfiant qui ne perdait pas une miette de ses gestes.

-Très bien, mais je peux poser une question ? Comment avez-vous fait pour entrer ici, et nous trouver.

Si elle parvenait à saisir ne serait-ce que l’un des couteaux qu’elle dissimulait dans les doublures de ses bottes, elle pourrait toujours le lancer sur l’individu en face d’elle, et à partir de là, elle courrait aussi vite que possible pour tenter de retrouver Zane. Tekris n’avait jamais réussi à la battre à la course, c’était sa meilleure chance de s’en sortir. Elle préférait éviter l’affrontement physique, car elle savait parfaitement qu’elle ne pourrait pas blesser gravement son coéquipier, elle n’en aurait pas la force. Malgré l’image sous ses yeux, Tekris restait pour elle une présence forte et rassurante. Zane lui avait souvent dit que ses scrupules finiraient par lui porter préjudice, et elle allait finir par le croire.

-Les travaux sont loin d’être finis à la forteresse, c’est un peu comme rentrer dans un moulin.

Décidément, Zair ne se moquerait plus de la paranoïa de Zane et de son obsession des intrusions !

-Ne vous en faites pas, nous arrangerons rapidement ça, une fois que nous vous aurons écrabouillé.

-Oui, vous avez encore une chance de vous en sortir vivants, si vous coopérez bien sûr.

Donc, Zane était encore vivant, sinon l’autre ne se serait pas gêné pour clamer l’inverse. Elle s’adossa au mur, le pouce de sa main droite dans sa poche. Puis jouant la nonchalance, elle remonta sa jambe, pied contre la pierre. D’un mouvement rapide, elle pouvait saisir la lame, puis la lancer sur l’autre. Il ne fallait pas se louper, sinon elle savait qu’il n’y aurait pas de deuxième chance. Mais ne surtout pas tenter quoi que ce soit immédiatement, c’était trop prévisible.

-C’est Teos qui vous envoie ? Il aurait des sbires d’un niveau un peu plus élevé, il faut croire.

-C’est un peu plus complexe que cela. Nous sommes bien plus développés que vous trois de toute façon.

-Beaucoup plus lâches surtout, pour venir nous attaquer dans le dos. Votre puissance serait-elle en réalité bien plus faible que vous ne tentiez de me le faire croire ? Auriez-vous peur de vous battre en véritable face à face ? C’est à se demander. Incapable de me battre sans prendre possession de mon coéquipier !

Le visage de l’interpellé se crispa brutalement, et Zair se rendit compte que le visage de Tekris pouvait être très dur s’il forçait un peu. Elle allait devoir être rapide, et surtout précise, si elle voulait avoir une chance de s’en sortir. Car celui en face d’elle, quel qu’il soit, n’allait pas lui pardonner le nouvel affront qu’elle venait de lui faire. Elle faisait tout pour garder un visage impassible, voir même un peu narquois (tentant d’imiter Zane lorsqu’il dit aux Stax qu’il est « désolé » d’avoir frappé un peu trop fort), mais cela devenait difficile sous le regard de braises vives qui s’était allumé derrière les verres de Tekris. Malgré elle, elle avait bien du mal à en détacher son propre regard, qui revenait régulièrement dessus. Le rouge sanglant d’une folie qui ressort, une puissance mortelle pour tous ceux qui se trouvent à proximité. Un frisson glacé remonta le long de son échine.

-On verra ce que tu penseras de notre puissance lorsque tu me supplieras de t’achever.

La voix, devenue rauque, la ramena au présent suffisamment pour voir la masse du colosse obscurcir sa vision. Elle réagit au quart de tour, plongea la main dans la doublure de sa botte et lui lança la petite lame, d’une dizaine de centimètres, qu’elle en retira. L’acier alla se ficher dans l’épaule du garçon, lui arrachant une petite exclamation surprise, mais ça, Zair ne le vit pas. Elle avait déjà plongé sur le côté, poussant pour faire un roulé-boulé qui la propulsa plusieurs mètres derrière l’autre. Elle se remit rapidement debout et, récupérant au passage son X-Reader qu’elle remit dans sa pochette, elle s’élança dans les couloirs sombre, se préparant à piquer un sprint de la dernière chance. Si Zane était vivant, il y avait de bonnes chances pour qu’il soit toujours dans le « salon », là où Zair avait laissé les garçons quelques temps plus tôt (bon sang ce que risquer sa vie donnait l’impression que les choses banales datait de bien plus longtemps qu’en réalité). Peut-être même était-il en état de se battre, et à deux, ils auraient bien plus de chances de s’en sortir, que elle seule face à une armoire à glace qu’elle ne voulait pas blesser. Foutu reste de scrupule ! Elle se concentrait sur cette idée, tentant de se convaincre qu’elle était bonne, pour ne pas commencer à échafauder divers scénarios catastrophe.

Mais elle n’en eut pas le temps. Au bout de quelques dizaines de mètres seulement, une poigne d’acier lui saisit brutalement le bras et lui fit faire violemment volte-face. La douleur lui fit serrer les dents, cependant elle refusa de le montrer à l’autre. Par réflexe, elle cria :

-Zane !

-Il ne viendra pas, personne ne viendras t’aider, siffla celui qui possédait Tekris d’un air dangereusement satisfait. Tu es toute seule, et tu ferais bien de te tenir tranquille.

Comment avait-il fait pour la rattraper si vite, alors qu’il n’avait jamais été plus rapide qu’elle ? Sans compter qu’il ne semblait pas faire grand cas du poignard toujours fiché dans son épaule. Peu importait, elle n’avait pas l’intention de laisser tomber, aussi fort l’adversaire paraissait-il. Elle ne reculait jamais devant la difficulté, et sa pugnacité l’avait déjà sauvée plus d’une fois.

D’un geste souple, elle saisit le col de Tekris, se plaça dos à lui, se servant de son propre poids pour le faire passer par-dessus elle. Tekris heurta sans douceur le sol, mais cela ne lui fit pas plus d’effet que pour le poignard. Se relevant presque immédiatement, il esquiva le coup de pied destiné à son tibia. Tirant d’un mouvement sec sur le bras qu’il n’avait pas lâché, il plaqua l’adolescente au mur, plaçant son avant-bras sur sa gorge. Un rapide coup d’œil, et il vit qu’elle avait de nouveau saisit une lame, sortit d’il ne savait où. Sa pression sur la trachée se fit plus forte, son regard rougeoyant contenant un avertissement explicite. Les dents serrées, furieuse d’être à la merci de son propre coéquipier, Zair n’eut d’autre choix que de desserrer les doigts, laissant tomber la petite lame dans un bruit sourd.

-Qui ? siffla l’autre d’une voix acerbe.

-Heu… quoi ?

-Ne fait pas ta maligne, tu le regretterais. Lequel de vous trois a osé briser le Tabou ? Celui-là sera interrogé en conséquence !

Le Tabou ? Pitié, non !

Ce qui n’était encore qu’une supposition il y a quelques minutes, venait de se concrétiser de la plus terrible des manières.De plus, Zair n’avait pas besoin du ton furieux et plein de sous-entendus pour deviner qu’il n’accepterait pas de réponse négative. Peu à peu, sans qu’elle puisse l’empêcher, la peur remplaça la colère d’avoir du se rendre. Un cauchemar, ce n’était qu’un affreux cauchemar. Elle fermerait les yeux, et se réveillerait au son de la voix de Zane lançant ses imprécations habituelles envers les Stax. Et dire qu’elle trouvait ça ridicule quand les autres avaient ce genre de réaction. Ce n’était peut-être pas si risible en fin de compte.

Évidemment, le rajout de pression sur sa gorge ne laissait aucun doute. Elle pouvait désormais à peine respirer, et l’autre en face ne semblait pas satisfait de son silence, ni particulièrement patient.

-Je n’en ai aucune idée, parvint-elle à articuler. Peux plus…respirer… (« Tekris » recula légèrement le bras, lui permettant de reprendre sa respiration. Zair toussota, puis repris, le voyant toujours dans l’attente). C’est déjà un hasard que je connaisse l’existence des Tabous. Je n’en sais pas plus !

L’autre la jaugea du regard, cherchant la moindre trace de tromperie. Zair se rendit compte de n’avoir jamais autant joué avec sa vie sur un mensonge gros comme une maison. Le Dôme faisait partie des choses de sa vie qu’elle voulait à tout prix oublier, et après sa destruction, elle l’avait enfoui dans sa mémoire, peu désireuse d’en savoir plus à ce sujet. Elle ne comprenait même pas ce qu’elle avait fait ! C’était une pulsion, une révolte interne, totalement instinctive!

Ses yeux...mi-clos...figés...vides !

-Qui êtes-vous, souffla-t-elle. C’est Teos qui vous envoie ?

Visiblement, la question ne plut pas, pas davantage qu’il semblait croire à son ignorance. Ses yeux vert feuillage en rencontrèrent d’autres, rouge sang, emplis de haine brûlante et d’égocentrisme (bien pire que Zane, et ça, ça ne lui dit rien qui vaille), qui la transpercèrent comme s’ils lisaient directement au plus profond de son esprit. Les traits des lèvres s’étirèrent, pour laisser se former une bouche affreuse, plus noire encore que le trou le plus profond de Guantanamo, et elle vit une brume grisâtre se refléter à l’intérieur de la gorge. Une voix ressemblant à un sifflement éraillé et n’ayant plus aucun rapport avec celle de Tekris en sortit, tandis que la jeune femme était plaquée plus fortement au mur.

-C’est toi, n’est-ce pas ? Réponds si tu veux vivre !

Paralysée par l’horreur et la peur qu’elle avait jusque là réussi à maîtriser avec brio, Zair oublia toute dignité devant ces horribles sonorités, et hurla de toute la force de ses poumons.

-Zane !


***

Les gens autour de lui n’esquissait aucun mouvement, peut-être parce que leur cerveau était aussi présent que leurs visages inexistants, songea Zane. Il marchait dans une tempête faisant rage autour de lui, la poudreuse collant désagréablement à ses chaussures. Jetant un regard aux alentours, il se rendit compte que ce n’était pas seulement à ses chaussures que la neige collait : il rampait sur le sol glacé le plus silencieusement possible. Comme s’il espionnait quelqu’un…un coup d’œil devant lui l’avertit qu’il se trouvait au bord d’une falaise enneigée. Des murmures en contrebas lui parvinrent, mais encore trop loin pour qu’il puisse clairement les attendre. N’accordant qu’une très rapide attention au paysage – tout ce qui avait de la neige se ressemblait pour lui-, il se pencha un peu plus, ayant aperçu des silhouettes sur un autre plateau neigeux quelques mètres plus bas. Les flocons emportés par le vent l’empêchèrent tout d’abord d’en distinguer plus, mais, plissant les yeux en trépignant sur place –la patience n’avait jamais été son fort-, il parvint à apercevoir trois formes, trop petites pour être adultes, sûrement des adolescents. Il manqua de tomber de son promontoire quand, lorsque les tourbillons glacés changèrent de direction, il reconnut les traits de Teos, Adriel et Saïn. Cette dernière paraissait en pleine concentration, et Zane pouvait sentir son kaïru intérieur émaner d’elle. Un kaïru intérieur qu’il n’avait pas senti depuis des années, contre-nature. Regardant cette fois Adriel, il la vit désigner quelque chose plus bas encore d’une moue contrariée. Teos fit un geste rassurant, avant de se tourner vers Saïn, mais Zane n’entendait rien d’autre que les rugissements furieux du vent. De plus en plus nerveux d’être au milieu de gens sans visage, il se concentra sur ce qui dérangeait tant Adriel. Une autre silhouette solitaire avançait vaillamment, luttant pour continuer son chemin, X-Reader à la main. Zane le reconnut sur-le-champ : Ekayon, l’élève de maître Atock, et sûrement l’un des combattant kaïru qui l’horripilait le plus avec Ky. Allons bon, qu’est-ce qu’il fiche là ? Non, son mépris vis-à-vis d’Ekayon ne venait pas du fait qu’il avait déjà vaincu les trois Radikors à lui seul, absolument pas ! Mais sa présence l’intriguait vraiment, tout comme celle des trois psychopathes.

Teos hocha la tête, un sourire mauvais sur les lèvres, et lança un ordre bref vers Saïn. Aussitôt, celle-ci fit le geste de lancer quelque chose, et une énorme plaque de neige céda sous l’équipe. Elle dévala à toute vitesse la pente vers Ekayon, et celui-ci, pourtant averti par le bruit produit, n’eut pas le temps de fuir. Zane le vit faire demi-tour en courant, poursuivi par la masse blanche, puis un grondement englouti le combattant solitaire, le faisant disparaître sous des tonnes de neige sans aucune chance de s’en sortir, sous les ricanements de Teos et de sa troupe. L’E-teens sentit son sang se glacer dans ses veines, et cela n’avait rien à voir avec la température ambiante. Il avait déjà assisté à des meurtres de sang froid, mais le fait de connaître personnellement la victime lui faisait un étrange effet qu’il détesta. Sans compter que Saïn avait lâché la plaque neigeuse comme si elle commandait un café, avec un naturel inquiétant. Et sans véritable émotion. Au moins, s’il en doutait, Zane était fixé : ces trois-là n’hésiteraient pas à les éliminer si lui ou ses deux autres coéquipiers les dérangeait.

Le froid sembla devenir plus intense encore. N’ayant nullement l’air surpris, Teos se retourna lentement. Le regardant droit dans les yeux. Narquois, l’autre lui fit signe de se retourner.

Une main brûlante, étrange contraste avec le climat environnant, lui empoigna le col. Détournant la tête, craignant ce qu’il allait voir, Zane se retrouva face à un visage parfaitement lisse. Sans yeux, ni nez. Seulement une bouche d’où s’échappait une brume grisâtre qui bientôt l’enveloppa, menaçant de l’étouffer. La créature le souleva du sol, au-dessus du vide, et l’adolescent comprit immédiatement ce qu’il allait faire. La chute ne serait pas mortelle, mais sûrement douloureuse pendant quelques précieuses secondes qui le laisserait complètement à la merci de Teos. Qui ne laissera pas passer sa chance de pouvoir le neutraliser pour de bon. L’homme le lâcha, et il chuta dans le vide.

Tout s’effaça autour de lui, et un appel retentit dans son évanouissement.

-Zane !


***


-Zane !

Le cri le fit émerger de son sommeil comateux. Il ne parvint pas immédiatement à savoir s’il était encore dans son rêve ou revenu dans la réalité. Son esprit encore embrumé ne lui avait pas permis de savoir de qui provenait l’appel, mais Zane était incapable de l’ignorer, son instinct lui disait que c’était important. Faisant un effort considérable, il réussit à rouvrir les yeux, luttant pour ne pas reperdre connaissance. Puis tout lui revint en mémoire : le point noir dans le ciel, son agression, et le morceau de tissu plaqué contre son visage. De la drogue, mais rien de mortel donc, sinon il n’aurait pas une conscience aussi aiguë du sol glacé qui lui écrasait le nez. Ses sens étaient redevenus clairs bien qu’il soit comateux. Il entendait des bruits de bagarre quelques couloirs plus loin qui cessèrent rapidement (et ce n’était pas un combat amical, sinon le vainqueur aurait lancé une petite pique au perdant).Il y avait un danger dans sa forteresse, et il devait l’éradiquer! Il entendait tout, mais ne pouvait même pas bouger le petit doigt, le nez sur le sol de pierre du salon. Du sang avait coulé de sa blessure à la tempe lorsqu’il avait heurté le sol, mais il n’avait pas mal, tout comme il ne sentait qu’une très légère douleur sur le flanc, équivalant à celle lorsque Tekris le claquait un peu trop fort. Cependant, c’était comme si son cerveau ne distribuait pas ses ordres à son corps, le laissant incapable de bouger le moindre muscle. Ressentir une telle faiblesse était presque douloureux, et affreusement rageant, surtout lorsque l’on ressentait un tel sentiment d’urgence-et que l’envie de botter les fesses de l’intrus était si forte.

Un deuxième cri retentit presque en bruit de fond, bien plus affolé que le premier.

-Zane !

Zane cligna des yeux, ne sachant pas tout de suite s’il rêvait encore ou si c’était la réalité. Zair ? C’était sa Zair qui ne craignait pas sa colère pour se faire bien voir de Lokar, quitte à le contredire ? Une montée de fureur l’envahit. Personne ne touchait à sa Zair excepté lui les jours de mauvaise humeur ! Il devait se relever, faire payer cet affront au malotru qui avait osé s’aventurer sur son territoire pour y semer la pagaille, lui faire comprendre que désormais, c’était lui le chef des lieux, et qu’il faisait mauvais de le défier. Empêcher Zair de passer un sale quart d’heure. Sous cette pensée, il trouva la force d’amener ses mains jusqu’à ses épaules, y prenant ensuite appui pour se relever sur les genoux. Rien que ce simple geste le laissa essoufflé, mais il ne s’arrêta pas. Car il craignait, sinon, de ne pas avoir la force de continuer et de rester au sol. Attrapant le rebord de la table, il parvint enfin à se relever en titubant, ses jambes tremblant désagréablement. Faisant quelques pas, il se jeta plutôt qu’il ne s’assit sur la chaise la plus proche. Qu’il détestait sa brutale faiblesse qui le rendait incapable de seulement marcher correctement ! Ses jambes le portait à peine, et s’il entendait parfaitement clair, sa vision avait la fâcheuse tendance à devenir régulièrement floue. Ses bras, par contre, retrouvaient plus rapidement qu’il ne l’aurait cru sa force, mais l’effort qu’il venait de fournir pour se relever les laissaient douloureusement tendus, comme s’il s’était fait une contracture. Sa tête ne lui tournait pas, mais son cou était lui aussi contracté, le gênant pour tourner la tête et finissant par être douloureux. Il voulut serrer les poings, et ne réussit qu’à les crisper davantage. Jamais il ne pourrait arriver à temps si un danger mortel menaçait Zair dans son état, s’il parvenait encore à la rejoindre. S’il n’est pas déjà trop tard. Non, il n’y croyait pas une seconde, l’appel ne datait pas de si longtemps, un point c’était tout. Et qu’aucune autre hypothèse sordide ne lui vienne à l’esprit. Mais où se trouvait Zair exactement d’abord ? Un soupir de frustration franchit la barrière de ses lèvres. Sur ce coup-là, il ne pouvait compter que sur Tekris pour rejoindre sa coéquipière avant que quelque chose de grave n’arrive.

Mais il n’allait pas se priver de s’inviter à la fête.

Repoussant la tempête de colère qui tournoyait sous son crâne, il se força à faire un semblant de vide. Récemment, Zair et lui s’étaient en partie ouvert leurs esprits, afin de pouvoir communiquer mentalement sans être dérangés. Avec un peu de chance, il arriverait peut-être à retrouver sa trace et à la remonter, afin de créer un portail pour le mener près d’elle. Il fallait juste qu’il parvienne à se concentrer, et que Zair n’ait pas verrouillé totalement son esprit. Enfant, cet exercice ne lui aurait pas posé de véritables difficultés, tant ils étaient à l’époque liés, mais cela faisait des années que leurs esprits s’étaient fermés l’un à l’autre, effaçant au passage toute trace pouvant les relier et permettre de les tracer. Car si Zane et Zair pouvait se retrouver facilement où qu’ils soit, connaissant leur trace énergétique par cœur, d’autres personnes puissantes et mal intentionnées en était potentiellement capable également. Une précaution qui lui avait été au fond très douloureuse, renforçant le sentiment de solitude qu’il ressentait depuis l’enfance, mais comme toute chose qui lui faisait mal, il l’avait enfouie au plus profond de lui et recouverte d’une gangue d’indifférence, refoulant avec violence tout souvenir qui pourrait y mener d’une manière ou d’une autre. Et voilà qu’il allait volontairement réveiller une partie de ce qu’il avait si soigneusement enterré, tout en espérant ne pas l’avoir enfoui trop profondément !

Lorsqu’il obtint un semblant de concentration, il se focalisa sur l’énergie si reconnaissable que dégageait Zair, la cherchant dans la forteresse. Heureusement pour lui, l’habitude lui revint rapidement, et bientôt il put se projeter virtuellement vers Zair. Il faillit tenter d’entrer en contact avec elle, mais quelque chose l’arrêta. Il y avait une autre personne avec elle, il pouvait le sentir aussi nettement que le froid qui commençait à mordre son corps inactif. Il fronça les sourcils. L’énergie que dégageait l’inconnu le dérangeait ; c’était comme si la personne en question était artificielle-il ne pouvait pas l’exprimer autrement-, à la fois présente et distante, mais plus prenante que de la mélasse. Et terriblement maléfique. Même face à Lokar, il n’avait jamais ressenti quelque chose d’approchant. En même temps, je n’ai pas vraiment fait attention. Se forçant à se détacher de cette présence qui semblait tenter de l’aspirer, il se verrouilla sur Zair. Levant une main devant soi, les yeux toujours clos, il traça de nouveau un cercle dans l’air. Suivant son mouvement, un portail à l’intérieur doré rougeoyant se matérialisa, s’adaptant automatiquement à la taille de son invocateur. Relevant les paupières, Zane eut un instant d’hésitation. Il était en train de mettre en l’air une demi-douzaine d’années de précaution en un instant, tout ça pour aller plus vite. Exactement le type d’instant dont il ne cessait de rabâcher à Zair qu’il fallait se méfier. Ne valait-il pas mieux cesser et refermer le portail avant qu’il ne l’ouvre à destination, prouvant ainsi qu’il s’agissait d’un geste réfléchi ? Tekris n’allait-il pas aider Zair, rendant son geste inutile ? Cela vaut-il la peine de risquer bien plus gros ?

Il secoua la tête ; de tout manière, il était sûrement déjà trop tard. Avisant un marteau laissé sur la table, il s’en saisit, luttant pour que ses doigts acceptent de se resserrer autour de l’objet. Cela pouvait toujours servir, mieux valait être prudent tant qu’il ne savait pas qui se trouvait avec Zair. Heureusement, ses muscles s’étaient un peu décontractés ; il allait pouvoir agir finalement !

Lâchant le rebord de la table, il s’engagea dans le portail, s’y jetant plus qu’y marchant, son corps étant encore loin de lui répondre correctement.

***

-Lâche-moi, créature de malheur !

-Eh bien, voilà que tu perds déjà toute dignité, ricana « Tekris ».

-Désolée, les crétins finis, ça m’a toujours fait cet effet !

« Tekris » n’apprécia apparemment la réflexion, puisqu’il la jeta à terre, une main plaquée sur la nuque. Zair maudit sa manie de provoquer sans cesse ses adversaires : elle avait beau se trouver dans une situation désespérée, elle ne pouvait pas s’empêcher d’être impertinente quel que soit la personne en face de soi. Face à Lokar, cela lui avait valu plusieurs fois de mauvaises surprises, mais ce n’était pas ça qui l’avait empêchée de continuer. Elle n’y pouvait rien, c’était plus fort qu’elle !

Mais pour une fois, alors que la poigne de fer la faisait grimacer de douleur, menaçant de lui broyer les cervicales, elle se serait bien abstenue de son caractère habituel. Surtout que l’autre était persuadé que l’adolescente détenait les réponses qu’il voulait. Il la releva sans douceur, la mettant de nouveau dos contre le mur. Zair ne pouvait pas détacher son regard de la bouche affreusement tordue qui laissait entrevoir la brume au fond de la gorge. Entre ça et les yeux rougeoyants, elle sentait qu’elle aurait mieux fait de ne pas prendre de déjeuner. A moins que ça ne soit la fâcheuse manie qu’avait l’autre garçon de la saisir à le gorge, songea-t-elle ironiquement.

Malgré elle, elle laissa échapper un rire nerveux à cette pensée, étranglé par la poigne de l’adolescent.

-Tu trouve ça drôle ? Je te conseille de te concentrer un peu plus, si tu ne veux pas subir le même sort que tes camarades. (Devant l’air surpris de Zair, il sourit). Ah, te voilà plus à l’écoute !

Semblant seulement se rendre compte que s’il continuait de serrer la gorge de sa victime il risquait de ne jamais obtenir ses réponses, il la lâcha, la laissant glisser jusqu’au sol en se massant la trachée.

-Qu’est-ce que...que leur as-tu fait ?! siffla l’adolescente d’une voix affreusement éraillée.

-Concernant ton coéquipier, je crois que tu n’as pas besoin d’un dessin, fit « Tekris » en s’auto-désignant, ravi de sa mine déconfite. Quant à ton très cher chef d’équipe, à l’heure qu’il est, il doit gésir sur le sol, sentant la mort approcher peu à peu sans pouvoir bouger le petit doigt.

Sur cette déclaration, le colosse éclata de rire, ne remarquant pas l’air plus surpris qu’horrifié de la jeune fille. Ce n’est qu’en baissant de nouveau les yeux sur elle qu’il s’aperçut qu’il n’y avait aucune trace de peur sur son visage. Pire encore, le regardant de nouveau, elle demanda moqueusement :

-Heu...vous en êtes absolument certain ?

-Que veux-tu dire ?

-Je me disais, reprit Zair en ignorant sa question, puisque vous possédez le corps de Tekris, vous n’êtes pas réellement lui. Alors, si vous vous prenez un bon coup sur le crâne, c’est vous ou lui qui souffre ?

-Des menaces ? Tu cherche à gagner du temps, mais ça ne te servira à rien !

BANG !

Dans un bruit sourd, le corps de Tekris s’effondra sur le sol, l’adolescente s’éloignant d’une roulade pour ne pas se retrouver coincée sous sa masse, comment dire, conséquente.

-La preuve que si, rétorqua-t-elle dédaigneusement, se relevant pour se retrouver face à Zane.

-Après, ne vient pas t’étonner si je me demande si tu m’es d’une quelconque utilité, marmonna le chef des Radikors d’une voix que Zair trouva étrangement pâteuse.

Puis, les jambes de l’adolescent cédèrent soudainement sous lui. Zair n’eut que le temps d’enjamber le corps inanimé de son coéquipier pour le soutenir, l’empêchant de retomber au sol. Passant un bras autour de son cou, elle l’amena cahin-cahan jusqu’au mur pour qu’il puisse s’y adosser.

-Est-ce que ça va ?

-Ca va, j’ai juste été drogué, mais ça revient petit à petit. Peux-tu…

D’un regard, il lui désigna sa main, douloureusement crispée autour de la poignée du marteau ayant servi à assommer Tekris. Le lâchant, elle défit péniblement les doigts de l’adolescent, rattrapant l’arme une fois qu’ils furent suffisamment détendus pour la laisser glisser. Au moins Zane disait vrai, son corps, qui s’était exagérément contracté sous l’effort se dénouait rapidement, mais il le laissait incapable de tenir sur ses jambes, qui tremblaient tantôt sous l’effort, tantôt à cause de la pression quand Zane tentait de se relever. Mais pourquoi l’autre avait décrit l’adolescent mourant alors ?

Un soulagement sans nom s’empara de la jeune fille. A tous les coups il avait sous-estimé Zane !

-Oh bon sang,souffla-t-elle, tu es là, bien là…Lorsque j’ai vu les yeux de Tekris, j’ai cru que… enfin, que tu lui avait fait...Et comment es-tu venu jusque là ? C’est bien un genre de portail que j’ai vu apparaître et dont tu es sorti ? Depuis quand tu peux faire des trucs pareils ?

-Ecoute-moi bien Zair, tu n’as rien vu, d’accord ? Enfin, rien qui ne sorte de l’ordinaire, c’est bien compris ? De toute façon, ça ne se reproduira pas. Et qu’est-ce que tu veux dire sur les yeux ?

-J’y crois pas, siffla Zair. Même lorsque tu viens de me sauver probablement la vie, tu arrive à être insupportable. C’est un don naturel ou tu t’entraîne ?

-Pardon ? Je t’ai donné un ordre, et tu dois y obéir sans discuter !

-Mais bien sûr, monsieur le nouveau Lokar. Dois-je considérer le fait que Tekris semble être possédé par un esprit cinglé et meurtrier comme quelque chose sortant de l’ordinaire, ou faut-il l’ignorer également ? Ah, et la prochaine fois, si tu ne veux pas être vu, ne te plante pas sous mon nez, en général c’est mieux. Sacré nom de nom, te rends-tu seulement compte de ce que tu dis ?!

-Bien sûr que je me rends compte, pour qui me prends-tu ?

-Alors tu sais très bien que ce sont des stupidités.

-Je ne te permets pas de...Très bien, ça ne sert à rien de t’en dire plus parce que ça fait partie des choses que nous ne pouvons pas reproduire ! Tu tiens tant que ça à mourir ?

-Enfin Zane, si c’est aussi dangereux pour nous, il est déjà trop tard ! Au contraire, ça pourrait nous sauver la vie, comme tu viens de le faire à l’instant.

-Momentanément, car en contrepartie ça va nous rameuter tout un tas d’ennuis encore moins…

-Ouvre les yeux, si ça se trouve, c’est déjà le cas avec Teos et sa clique.

-Rien ne le prouve formellement, tout ce que nous avons, ce sont des suppositions, alors jusqu’à preuve du contraire, on fait comme nous avons toujours fait. Je ne te laisserais pas tout gâcher et nous faire repérer uniquement parce que tu fais une crise d’autorité, ou de panique, je ne sais pas encore !

-Tu peux parler de crise d’autorité ! De toute façon je n’ai jamais compté pour toi ! Tu te caches derrière une menace latente juste pour ne pas avoir à me supporter à longueur de journée, avoue ! Au fond, tu te fiche bien qu’il m’arrive quelque chose, tu as peur que je fasse une bêtise qui mettrais ta précieuse petite vie en danger, tellement tu es persuadé d’être l’élu de je ne sais quoi !

Zane écarquilla les yeux, oscillant entre la stupeur et l’envie de lui distribuer une paire de baffe pour lui remettre les idées en place. Il venait juste d’empêcher le pseudo Tekris de lui faire du mal, et c’était comme ça qu’elle le remerciait ? Et puis, elle ne s’était jamais plainte jusque là de leur façon de vivre, alors qu’est-ce qui lui prenait de tout à coup se rebiffer de la sorte ? A tous les coups, elle profitait de sa faiblesse passagère pour tenter de prendre l’ascendant sur lui, pour prendre sa place peut-être après tout ! Non, il devait bien s’avouer que ce n’était pas le genre de Zair de vouloir diriger. Elle était bien plus de ceux qui tirent les ficelles dans l’ombre en laissant les autres se prendre les coups pour pouvoir agir tranquillement. Alors pourquoi s’énervait-elle ? Il n’avait rien dit de particulier, enfin rien qui sortait de l’ordinaire ; il lui parlait, à elle et Tekris, comme ça depuis le début, et aucun ne s’était jamais plaint. Non, ce devait être autre chose, mais quoi ? Comme si c’était le moment…

Se massant les tempes, l’adolescent se retint de soupirer. Visiblement, le si efficace « c’est moi qui commande » en temps normal ne marchait pas aujourd’hui. Mieux valait calmer le jeu puis remettre les pendules à l’heure une fois la situation stabilisée. Tiens donc, c’était bien lui qui avait pensé ça ?

-Écoute, ce n’est pas le moment de se chamailler, nous devons d’abord sécuriser la forteresse et nous charger de Tekris avant que…

Zane ne finit pas sa phrase. Son regard, qui avait dévié jusqu’au corps évanoui, vit avec agacement une épaisse brume, pareille à celle qui avait attaqué Zair, s’échapper à une vitesse entre la paresse et la nonchalance de la masse inanimée que formait Tekris-ce qui vexa Zane sans qu’il ne sache pourquoi. La brume se rassembla rapidement, reprenant une consistance solide sans que les deux adolescents ne parvienne à déterminer ce qu’elle représentait.

-Je ne peux pas courir, murmura Zane dans un souffle.

-C’est pas vrai...Est-ce que tu peux refaire le coup de ton arrivée ?

-Impossible, je ne me sens pas assez fort pour ça. C’est déjà un miracle que j’ai pu le faire une fois.

Zair se gratta nerveusement l’intérieur du coude. Si sa tête de mule de chef admettait à demi-mots qu’il avait pensé à réutiliser son stratagème en dépit de ce qu’il venait de dire, c’était que lui aussi jugeait la situation préoccupante. La voix de son vis-à-vis manqua de la faire sursauter.

-Il va falloir que tu t’enfuis, pendant ce temps, j’essaierai de retenir ce truc.

Son ordre n’admettait à la base pas de discussions. C’est pourquoi il fut surpris d’entendre :

-Non. J’ai assez fui comme ça. Prépare-toi, je vais sortir du temps.

Avant que Zane ne puisse protester, l’environnement se distordit, et les deux E-Teens disparurent.



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