Une autre version de l'histoire

Chapitre 6 : Limiter les dégâts

7472 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 01/02/2021 13:41

Limiter les dégâts


Marchant dans la boue qui collait à ses chaussures telle une sangsue, Zane avançait vite, en dépit de ce qu’il aurait d’abord cru. Être seul avait ses avantages, comme progresser beaucoup plus vite, surtout quand on connaissait mystérieusement bien le chemin. Il n’avait pas à répondre aux questions intriguées de ses équipiers. Car il se souvenait très bien de ce passage de sa vision : sa transformation en monstre assez… perturbante. Il ne s’en faisait pas pour le duel qu’il avait prévu de lancer à Ky, mais que Bruticon devienne couvert de cloques tel un adolescent faisant une poussée d’acné ne lui donnait pas vraiment envie de tenter l’expérience. Si cette métamorphose allait vraiment avoir lieu, peut-être était-ce encore une de ces fausses visions qu’il expérimentait depuis tout petit. Il n’en revenait toujours pas d’avoir réussi à en avoir qui ne finissait pas en queue-de-poisson pour lui ou son équipe. Jamais, avant aujourd’hui, ses visions ne s’étaient révélées exactes, alors pourquoi maintenant son pouvoir déciderait de lui venir en aide ? Sauf, s’il s’agissait d’une manipulation pour le pousser exactement là où l’on voulait qu’il soit.

À cette pensée, il frissonna de colère. Il commençait à en avoir marre, de cette impression d’être manipulé ! Pourtant, peu de temps auparavant, en trouvant le X-Reader de Lokar, il pensait vraiment être tel un élu, choisi par la destinée, et qu’il allait accomplir de grandes choses. Seul cela comptait, prouver qu’en dépit de tout ce qu’on avait pu lui dire enfant, il était puissant, capable de régner, de dominer. Qu’il était fort ! Et il le prouverait, il le désirait toujours aussi ardemment, et la première étape était d’être reconnu comme une vraie menace par le Redakaï, pas seulement comme un pauvre sous-fifre ayant pris la grosse tête. Euh, houlà, depuis quand il se souciait de tels détails ?

Au début, c’était bien plus simple dans sa tête : devenir maître du mal à la place de Lokar, être son digne successeur dans le style puissance et sournoiserie. Mais plus le jeune homme cherchait à accomplir son rêve, plus les difficultés et autres aspects techniques se présentaient à lui. Et s’il les balayait habituellement d’un revers de main, il n’y arrivait plus. Parce qu’il était un chef avec plus de responsabilités ? Peut-être, mais il ne voulait pas se perdre en cours de chemin, songea-t-il en repensant à la scène qui s’était déroulée, et qu’il n’arrivait pas à chasser totalement de son esprit.

Sur sa droite, le paysage changea du tout au tout. La végétation, déjà rachitique, en devenait inexistante, et les arbres semblaient flétris, comme privés de leur force vitale. Obliquant, le jeune homme s’engagea sur le chemin, grimpant une petite butte. Au sommet de celle-ci, il observa les alentours, s’appuyant sur un arbre pour reprendre son souffle. De là, il pouvait dominer un peu plus le marais, voir si les Stax s’approchaient de trop près. Et par chance, il était seul pour le moment. La source kaïru se trouvait en contrebas de la petite colline où il se trouvait, au centre d’une clairière crée par son pouvoir destructeur, comme entourée de sable et de terre poussiéreuse ; et même sans se rapprocher davantage, Zane pouvait sans problème sentir la puissance qu’elle dégageait. Et bien que se rappelant ce qui risquait d’être un moment désagréable, il avait hâte de pouvoir tout récolter, au nez et à la barbe de Ky, qui n’aurait d’autre choix que de le regarder faire !

En parlant du loup, sourit-il. Le chef des Stax venait d’apparaître un peu plus loin, puis disparut derrière les arbres, pour en ressortir à quelques mètres de la source. Seul. Ça allait être encore mieux que ce qu’il pensait. Se dissimulant un peu plus derrière l’arbre, il attendit patiemment que Ky soit juste à côté de la source. On pouvait lui reprocher beaucoup, mais pas de ne pas soigner ses entrées !

– On a eu de la chance de la trouver avant les E-Teens ! se réjouit le chef des Stax en contrebas, bien loin de se douter de ce que préparait l’adolescent.

Pointant son X-Reader sans même lever les yeux vers le lieu où se tenait Zane, il s’apprêta à récolter le kaïru. Maya et Boomer allaient être heureux de pouvoir quitter ce marais qui empestait, sans compter que la puissance de la source était trop forte pour la laisser entre de mauvaises mains !

– Alors ça c’est pas gentil, champion ! On ne partage plus avec ses amis ?

Zane ricana tandis que Ky se retournait vers lui. Vu sa tête, il ne s’attendait pas à être dérangé.

– Mes amis ne sont pas aussi corrompus et assoiffés de pouvoir que toi, Zane !

– Merci pour tous ces compliments, susurra l’intéressé, fort peu touché par les déclarations du brun, comme chaque fois. Mais il est temps pour moi de prendre ma revanche. Je te défie en duel kaïru !

– Duel kaïru accepté, fit Ky, d’un air suffisant que Zane se promit d’effacer.

Se baissant pour faire le signe du défi, les deux combattants virent le ciel se parer une nouvelle fois de bleu, formant comme un puits au-dessus du lieu où ils se tenaient. Se redressant rapidement, Zane dégaina son X-Reader. S’il voulait avoir toutes les chances de son côté, il devait tout de suite passer aux choses sérieuses sans laisser à Ky le temps de réfléchir. Même s’il savait qu’il serait vainqueur.

– Bruticon !

Il poussa un cri autant d’habitude que de douleur en se transformant. Il repensa à la scène qui s’était déroulée le matin même, à ce qu’il avait fait à Zair, au moment exact où il se sentit disloqué, là où la douleur se fit la plus forte, imprimant la sensation avec violence dans son esprit, associant la brutalité dont il avait fait preuve à cette souffrance. S’il ne parvenait pas à se contrôler en douceur, il allait s’imposer de quoi ne plus jamais lever la main sur elle !

D’après ses prévisions, le début du combat aurait dû se dérouler ainsi : invoquant une « scie antimatière », Ky se serait fait emporter, l’attaque n’arrêtant pas son chemin à son abdomen.

– Scie antimatière !

Sauf que, faisant outrageusement fi de la conviction ayant prononcée ces paroles, rien n’apparut entre les énormes mains verdâtres de l’adolescent transformé en monstre.

Son adversaire restant muet de stupeur, Ky éclata d’un rire franc.

– Bah alors, on ne sait plus se battre, Zane ? Besoin d’un petit stage de remise à niveau ?

– Tu sais où tu peux te le carrer, ton stage ? rétorqua l’intéressé, autant inquiet que furieux. Marteau titane !

Voilà qui n’était absolument pas subtil, mais cette façon de procéder se révéla payante. Le champion kaïru n’eut que le temps de lever les yeux pour distinguer de quelle attaque il s’agissait. Heurté en plein ventre, ce dernier pensa avec ironie qu’heureusement, ce n’était qu’une attaque kaïru, car sinon, il n’y aurait plus de Ky du tout ! Étrangement, Zane le regrettait au contraire.

Le dos de Ky heurta durement les racines d’un arbre. Le souffle coupé, il entendit Maya crier son prénom. Encore tremblant sur ses bras, il avala goulûment de grandes gorgées d’air dès qu’il put respirer de nouveau, avant de sentir une ombre imposante assombrir sa vue. Moqueur, Zane s’était posé à quelques pas de lui.

– Ne me dis pas que tu en as déjà eu assez ? fit-il, ravi de voir son rival par terre.

– Ne rêve pas trop, rétorqua Ky qui n’avait pas l’intention de se faire battre aussi facilement.

Sortant à son tour son X-Reader de sa pochette, il invoqua son monstre favori.

– Metanoid ! (Il s’éleva pour prendre de la hauteur, afin d’avoir assez d’espace pour frapper fort sans abîmer la nature alentour, Maya n’aurait pas aimé le voir saccager quelconque plante verte, même pour un duel.) Frappe de titan !

Une attaque rouge, en force, pour mettre à terre son adversaire ? Zane se retint de pousser un ricanement justifié en entendant le nom prononcé. Oh le doux imbécile ! Il savait exactement quelle attaque utiliser pour contrer celle-ci.

– Épée de l’ombre, clama-t-il, savourant son effet.

Le vert traversa le rouge comme un couteau dans du beurre, puis heurta Ky de plein fouet, qui s’était imprudemment positionné juste derrière sa « frappe de titan ». Levant le bras pour se protéger le visage par réflexe, ce dernier ne put rien faire, entraîné de nouveau jusqu’au sol, jusqu’à se retrouver pour la deuxième fois dos-à-dos avec un arbre. Durement secoué, il se détransforma en gémissant, tentant encore de comprendre pourquoi il gisait ainsi sur le sol, sous les yeux effarés de Maya et Boomer, peinant à y croire.

Zane atterrit victorieusement au sol, un large sourire sur le visage. Après l’humiliation de son tout premier duel kaïru, celui-ci avait un délicieux goût de « reviens-y ». Il regrettait presque que le combat soit aussi court, même si cela ridiculisait copieusement Ky.

Mais maintenant, le plus dur restait à faire. Oubliant de lancer une réplique cinglante comme il en avait l’habitude, il jeta un regard sur la source de kaïru obscur. Elle était terrifiante, certes, mais aussi terriblement attirante. Il avait presque l’impression qu’elle l’appelait, le suppliant de se laisser succomber à la tentation d’y plonger. Mais penser à l’étrange transformation qui devait avoir lieu l’arrêtait un peu. Enfin, si cela impliquait de devenir encore plus puissant pour écraser les Stax…

Réprimant un frisson, il fit apparaître le X-Reader de Lokar, le pointant sur la source pour en récolter l’énergie. Sachant à peu près ce qui allait se passer, il se força à ne pas paniquer quand le kaïru obscur remonta le faisceau partant de son appareil, mais il eut tout de même un geste de recul en le voyant se jeter sur la main de Bruticon comme une sangsue. Ne bougeant pas mais regardant avec appréhension le kaïru, il le regarda modifier l’apparence de son monstre signature, couvrant son bras d’espèce de purulences rouges. L’énergie remonta ensuite à son épaule, puis sur son visage. À ce niveau, l’adolescent fut brutalement envahi par la puissance du kaïru. Il sentit tout son potentiel, sa force, et pendant quelques secondes, ce fut d’une intensité presque jouissive.

Seulement pour quelques secondes.Presque immédiatement, il sentit que quelque chose clochait.

À peine eut-il formulé sa pensée, que tout bascula.

Le kaïru obscur envahissant son torse, il eut l’impression que l’on versait du sel sur sa plaie, l’énergie noire continuant son chemin sur son monstre sans s’en soucier. Celle-ci s’engouffra dans cette faille ouverte, cherchant à pénétrer plus profondément encore, tentant de prendre le contrôle en se servant de cette brèche, tout en semblant murmurer des promesses de le rendre plus puissant s’il se laissait faire. Zane s’arc-bouta mentalement contre cette intrusion autant physique que psychique. D’accord, il avait senti que cette source détenait un potentiel fantastique, mais il se battait déjà depuis quelques jours pour garder le contrôle sur lui-même, alors ne pas résister pour ne plus pouvoir se dominer, aujourd’hui, ça lui semblait au-dessus de ses forces ! Mais alors, une chose encore plus étrange se passa.

Son propre kaïru intérieur, sentant sa résistance, entrant en contact avec le kaïru obscur, cet intrus plus ou moins désiré. Les deux semblèrent s’apprivoiser, puis se fondre, collaborer, au grand désespoir de Zane. Des flashs de sa chute des arbres apparurent sous ses paupières closes, comme si la stimulation de sa blessure en ravivait les souvenirs enfouis. Il avait oublié où il était, ce qu’il faisait, seules les images qui défilaient dans son esprit étaient claires. Il vit de nouveau la lumière aveuglante, en ayant cette fois la nette sensation de brûlure sur son œil, l’image qui s’y imprimait aperçue plus nettement sans toutefois être clairement distinguée encore. Il se vit tomber, basculer dans le vide, à la recherche d’un appui qui ne vint jamais. Serrant les dents, il maudit de toutes ses forces Teos, Lokar et les deux cinglées qui accompagnaient le noir, pour tous les ennuis qu’ils lui apportaient.

Et il atterrit sans douceur sur les fesses. Rouvrant les yeux sous la surprise, il balaya les alentours du regard. Il avait déboulé dans une grotte très spacieuse ; les murs étaient arrondis, faits de pierres irrégulières mais ayant étrangement une apparence lisse. De courtes stalactites tombaient du plafond, et le sol était jonché de stalagmites, de crevasses et de petits monticules pierreux, dont l’apparence n’engageait pas à y faire un somme sous peine de se retrouver le dos en compote. La seule source de lumière de l’endroit était un petit feu dressé dans l’une des rares zones à peu près plates, révélant les tons gris et marron de la pierre. Zane était un peu à l’écart de ce feu, ce qui était plutôt sage, car trois silhouettes se tenaient, droites, celle du milieu attendant bras croisés sur la poitrine, devant ce dernier. Zane retint un cri de stupeur.

Teos et ses sbires, ici ?

Un silence surpris régnait, et le chef de l’équipe semblait attendre une réponse. Soudain, un rire mauvais éclata, résonnant sur les parois pierreuses, Zane sursautant. Pourtant, les trois cinglés gardaient leurs bouche close ? Fronçant les sourcils, l’adolescent remarqua une anfractuosité dans la paroi, qu’il n’avait pas aperçue de prime abord, dans laquelle se tenait une silhouette de forte stature. Puis, une voix en sortit, si horrible que Zane en regrettait presque le rire qui avait précédé.

– Je comprends mieux maintenant.

– Peu importe, soupira Teos. Alors, qu’en pensez-vous ? Allez-vous faire ce que nous voulons ?

– Bien sûr. Comment pourrais-je refuser, alors que le Redakaï se retrouvera à genoux, sans pouvoir rien faire ? De votre côté, êtes-vous certains de pouvoir y arriver ?

– J’aime votre façon de tout sacrifier pour la vengeance, ricana Saïn, mais ne faites pas l’erreur de nous sous-estimer. C’est un grand honneur que nous vous faisons là.

– Laissez-nous faire ce que nous devons, et assurez nos arrières au cas où. C’est tout ce que nous vous demandons. Comme ça, quoi qu’il se passe, nous serons gagnants.

Un frisson désagréable remonta le long de l’échine de Zane. Qu’est-ce que c’était que cette histoire ? Et à qui parlaient les trois cinglés encore ? Certainement pas un marchand de fleurs. Se retournant afin de quitter les lieux, Teos laissa un sourire fleurir sur ses lèvres. Le sourire de quelqu’un qui se rend à une bataille qu’il sait gagnée d’avance. Et l’espace d’un instant, le E-Teens aurait pu jurer qu’il le fixait lui, à travers les piliers de pierre. Il remarqua que le regard du garçon n’exprimait aucune émotion à ce moment, lui faisant penser à un acteur dont le film aurait été mis sur « pause », sans qu’il ne sache d’où lui venait cette étrange comparaison. Puis, les contours du lieu se brouillèrent, pas assez rapidement pour l’empêcher de distinguer une silhouette capuchonnée se renfonçant dans les ombres de la grotte.

Enfin, il sentit le kaïru obscur cesser son invasion, et son esprit put revenir là où il était censé être une minute plus tôt. Zane esquissa un mouvement en ne sentant rien sous ses pieds, avant de se rendre compte que ses yeux, qui s’étaient refermés, voyaient le ciel grisâtre qui aurait dû se trouver au-dessus de sa tête. Le sol dur sous ses omoplates termina de lui confirmait ce qu’il craignait ; il était apparemment tombé sur le dos, l’adolescent préférant éviter le mot « évanoui ». Il s’appuya sur ses mains pour ne pas s’étaler lamentablement, se disant que cela lui rappelait terriblement quelque chose qu’il avait sur le bout de la pensée. Sa blessure l’élança douloureusement, crispant son visage. Zane se força à agir pas réflexe pour ne pas s’y attarder. La priorité était de se relever, c’était une règle de base pour rester fier, rester debout. Croisant les bras sur sa poitrine dans une tentative de paraître nonchalant, il fit un effort considérable pour lever une jambe et poser le pied sur le sol, reprenant son souffle, puis presque immédiatement il avança sa deuxième jambe, se levant d’une impulsion, serrant les dents quand de petits points noirs apparurent dans son champ de vision. Depuis quand était-il faible au point d’avoir la vue qui se troublait ? Ce n’était qu’un cauchemar, il allait se réveiller et se retrouver avec ses rêves de conquête et de gloire « simples », Lokar ne reviendrait jamais et il pourrait asservir l’Univers comme il le voulait.

– Wouah, ça, c’était intense, laissa-t-il échapper.

Balayant les alentours du regard, Zane croisa celui de Maya. Rempli d’une sourde angoisse, en dépit de son statut d’ennemi du monastère. Ah non, tout, mais ne pas paraître faible devant la gamine des Stax !

Se concentrant brièvement, il parvint à créer une illusion de lui dans son état normal, comme il l’avait fait des dizaines de fois enfant. De là où il venait, la moindre faiblesse était sujette aux pires moqueries et à la honte. Aussi avait-il dû développer suffisamment son énergie intérieure, afin de toujours paraître prêt à en découdre, et surtout prêt à gagner n’importe quel combat. Aux yeux des Stax, il était aussi frais qu’au début du combat, dissimulant sa faiblesse passagère. Ça ne durerait pas longtemps, mais suffirait, se dit-il, occultant volontairement le questionnement muet dans les pupilles de Maya, surprise de le voir aussi frais qu’un gardon alors qu’il venait à peine de se relever.

– Zane, est-ce que… est-ce que ça va ? osa demander Ky.

Entendre la voix du chef des Stax rendit toute sa fougue au E-Teens.

– Mais bien sûr, qu’est-ce que tu crois ? Je respire la santé et la bonne humeur ! siffla-t-il d’un ton acerbe, le foudroyant littéralement du regard.

Berné par l’illusion, Ky prit sa remarque au premier degré, l’observant sans rien dire tandis que Zane observait quels X-Drives il venait de récolter, s’éloignant de quelques pas. Mais Maya ne fut pas totalement dupe de l’illusion. Elle se doutait que ce qu’elle voyait ne reflétait pas réellement la vérité. Le chef des Radikors était un menteur et un dissimulateur hors pair, alors masquer son état physique ne devait pas être très dur pour lui. Cette idée l’agaça profondément ; détestant ne pas savoir quand on lui cachait quelque chose. La personne en question dusse-t-elle être le E-Teens le plus désagréable qu’elle connaisse.

Avançant de quelques pas, Zane leva les yeux vers elle d’un air méfiant (pourvu qu’il soit juste tombé et qu’il n’ait pas perdu connaissance, espéra le chef des Radikors) mais ne reculant pas d’une cacahuète (se contentant d’incliner l’écran de son X-Reader pour qu’elle ne puisse pas voir ses X-Drives), elle mit les poings sur les hanches, peu impressionnée :

– Si là tout de suite tu respires la bonne humeur, je n’aimerais pas savoir ce que c’est quand tu es fâché.

Baissant les yeux sur la jeune femme, Zane ne semblait pas savoir quoi faire entre l’envoyer balader vertement ou l’ignorer grossièrement. Histoire d’arranger les choses, la petite péronnelle lui bloquait le passage ; pour partir, il devait s’envoler, mais pour ça, il fallait qu’elle se pousse afin d’avoir un espace de débattement ! Il faillit la pousser sans ménagement, mais le souvenir de ce qui s’était passé à la forteresse l’arrêta net. Alors, comme à chaque fois qu’il ne savait pas quoi faire, il lança une réplique d’un ton le plus désagréable possible :

– Eh bien, continue sur cette voie, et tu verras bientôt la différence de manière significative.

– Je ne te conseille pas de lui faire le moindre mal, intervint Boomer, l’air menaçant.

– Maya, reviens avec nous, ajouta Ky en lui tendant la main.

– Et pourquoi ne viens-tu pas la chercher toi-même, monsieur l’ex-champion ? Il semblerait que tu aies beaucoup de mal à canaliser ton équipe.

– Ne te mêle pas de ça Zane, Ky sait très bien que je peux me débrouiller toute seule.

– Oui, et c’est pour ça que tu vas lui obéir bien gentiment, n’est-ce pas Maya ? susurra l’adolescent en reculant afin d’avoir l’espace nécessaire pour s’envoler. On se reverra bientôt Ky, à ton grand regret.


µµµ


Atterrissant sans douceur dans la neige près de l’ancien repaire de Lokar, Zane s’appuya sur une paroi glacée pour s’empêcher de tomber le nez dans la poudreuse. Luttant pour garder les yeux ouverts, il pensa presque avec désespoir à la discussion qu’il avait promis de tenir avec Zair et Tekris. Il ne se sentait pas du tout en état. Sa tête pulsait affreusement alors qu’il n’avait pas poussé sur son énergie, Ky ayant été vaincu en deux attaques, et il avait l’impression d’avoir les jambes en coton. Sans compter que le tissu de son vêtement collant à sa poitrine ne lui disait rien de bon. Maudit kaïru !

Je n’aurais jamais dû céder, j’aurais dû lutter encore plus !

Pourtant, le tout formait un étrange mélange : il se sentait momentanément affaibli, mais il avait également l’impression qu’il serait presque invincible une fois remis. Ou bien délirait-il peut-être… il était déboussolé. Ça et cette excursion dans la grotte… il n’arrivait pas à s’expliquer tout ce qui lui arrivait. Il sentait quelque chose s’agiter en lui, mais différemment de d’habitude. En temps normal, quand « ça » se sentait assailli, « ça » réagissait avec brutalité, cherchant à le submerger, à prendre le contrôle. Mais cette fois, le kaïru obscur et « ça » semblait former une étrange synergie. Comme s’ils étaient en pleine phase de transition, avant de… De quoi d’ailleurs ? Sous la torture, Zane n’aurait su le dire. Mais ce qui l’inquiétait le plus, c’était de ne pas avoir réussi à invoquer une attaque kaïru, qu’il maîtrisait pourtant à la perfection.

Les choses changeaient, mais le chef des Radikors ne parvenait pas à comprendre vers où son équipe et lui se dirigeaient.

Remontant les marches quatre à quatre, il pénétra le plus silencieusement possible dans la forteresse, écoutant où pouvaient bien se trouver ses équipiers. Il fut soulagé de les entendre aux prises avec les Imperiaz, qui venaient visiblement d’apprendre qu’on les avait envoyés exprès loin des Stax.

– Une équipe telle que les Imperiaz mérite d’affronter les Stax en personne, pas d’être reléguée au rang de toutou, criait Diara à tue-tête, furieuse.

– Oh, ça, ça se discute, soupira Zair. Tu auras beau meugler, Diara, la décision vient de Zane, et on ne discute pas ses choix, est-ce bien clair ? À moins que tu ne veuilles que je te débouche les oreilles ?

Cela lui laissait un peu de répit. Zane n’écouta pas la suite, repartant dans sa chambre, dont il oublia de bloquer de nouveau l’entrée à l’aide de la chaise. Il jeta sa cape sur la table, puis retira son sweat avec empressement. Allant dans sa salle de bain, il se plaça devant un miroir récupéré quelques jours plus tôt, laissant échapper un soupir de soulagement en ne voyant pas de sang maculer ses vêtements. Le bandage, constata-t-il, avait été suffisamment maintenu pour protéger efficacement sa blessure. Seul un léger tiraillement l’incommodait. Mais il sentit l’inquiétude monter en remarquant le reflet rouge dans ses pupilles ébènes. Cependant, s’il était intérieurement agité, son esprit restait à peu près clair, et la nuance était dérangeante. Fixant le plafond, il tenta de se concentrer sur son kaïru intérieur pour l’apaiser, afin qu’il puisse retrouver suffisamment de stabilité d’esprit pour garder « ça » tranquille, puisqu’il ne pouvait pas le faire disparaître.

Il n’eut pas le loisir de s’y étendre. De petits coups frappés à sa porte résonnèrent, suivis de l’entrée de Zair dans sa chambre. La fixant au travers du miroir, l’adolescent lui demanda silencieusement ce qu’elle voulait :

– Il me semblait bien t’avoir entendu rentrer, et vu que tu n’es pas intervenu pour remettre les Imperiaz à leur place, je me demandais si ça allait. Je crois que j’ai ma réponse.

La gorge sèche, Zane avala sa salive avant de lui dire :

– Laisse-moi tranquille, j’arrive dans quelques minutes pour parler. De toutes façons Tekris doit t’attendre à côté.

L’ignorant, elle posa sa main sur son front d’abord. Zane ferma les yeux ; ce contact l’avait toujours apaisé, la main fraîche de l’adolescente semblait calmer à coup sûr les idées ou les autres choses qui tourbillonnant follement sous son crâne en permanence. Comme si le froid engourdissait ses pensées parasites, leur intimant de le laisser tranquille aussi longtemps que cela durait. Il suivit ensuite le chemin de la main de son équipière sur sa tempe, puis sur son torse. Enfin, la fraîcheur se retira, et il ouvrit de nouveau les yeux.

– Qu’est-ce que tu as fait ? Tu ne t’es pas retrouvé dans un tel état d’agitation intérieure depuis bien longtemps, murmura Zair, peinant à détourner le regard de ses pupilles. Et même ainsi, tu ne devrais pas être aussi, comment dire…

– Moi-même ? C’est compliqué, et long à expliquer. Seulement il y a pire : je n’ai pas réussi à utiliser une simple scie antimatière, durant mon combat contre Ky. Je l’ai défié en duel kaïru, précisa-t-il devant l’air interrogateur de Zair.

– Tu t’es retrouvé incapable d’utiliser des attaques ? demanda sa vis-à-vis, incrédule.

– Non, toutes celles provenant du X-Reader de Lokar ont fonctionné. Mais je n’ai pas pu toutes les vérifier, cela va de soi.

– Alors, attends avant de t’affoler. Teste-les, puis nous aviserons ensuite en fonction des résultats. Il s’agit peut-être d’une erreur de manipulation ?

Zane prit, pour une fois, le temps de réfléchir à ce qu’elle venait de dire. Qui sait, si elle avait raison ? Les évènements de ces derniers jours avaient pu le troubler suffisamment pour perturber son kaïru intérieur. Car c’était grâce à cela que les combattants parvenaient à utiliser les X-Drives : certes, ces derniers étaient récoltés grâce aux reliques et au kaïru qu’elles contenaient. Mais sans énergie, ils devenaient de simples cartes au design travaillé. Quand une personne avait le potentiel de devenir un ou une combattante, les X-Drives lui permettait de canaliser une fraction de sa force intérieure au sein des représentation d’attaques, donnant vie à ces dernières. Sans kaïru intérieur, pas d’attaques. Ainsi, une altération psychique de son kaïru intérieur pouvait parfaitement avoir provoqué ce cafouillage. En tout cas, Zane souhaitait tellement y croire…

Je suis désolé.

Zair sursauta, surprise d’entendre tout à coup la voix mentale de son frère. Elle sourit malgré elle.

Enfants, comme ils avaient rarement le droit de se parler, ils développèrent rapidement cette méthode de communication pour pouvoir rester en contact, au point que ça leur était devenu plus naturel que l’usage de la parole. Au point de, en se concentrant, pouvoir ouvrir leurs esprits respectifs l’un à l’autre. Ainsi, ils étaient en permanence ensemble, même séparés d’une ou plusieurs planètes. Mais ils avaient dû arrêter et fermer hermétiquement leurs esprits l’un à l’autre afin de ne pas se faire repérer, suite à leur arrivée sur Terre. Si Zane, excepté quelques moments particuliers, avait toujours gardé une zone hors d’accès, Zair s’était habituée à être plus ou moins deux dans sa tête, et se retrouver seule tout à coup avait été brutal pour la petite fille qu’elle était. Ils n’avaient pas su quoi faire pour conserver le lien qui les unissait, et s’étaient peu à peu éloignés. Puis ils avaient rencontrés Tekris, et, voyant Zane ravi d’être chef et de commander le garçon, déjà bien costaud et plus grand que lui d’une bonne tête, elle s’était dit qu’en calquant son comportement sur celui du colosse, elle pourrait à la fois se rapprocher de lui et tenter de l’apaiser. Mais Zane n’était pas quelqu’un de serein, au contraire, torturé par son passé, et cela s’était significativement aggravé depuis son renvoi du monastère. Zair savait ce que l’enseignement de Baoddaï avait représenté pour l’adolescent, mais elle savait aussi qu’il n’aurait que difficilement pu rester en tant qu’élève de celui-ci avec son caractère, qui plus est que le chef du Redakaï ne savait pas quel passé se cachait derrière le garçon à la peau verte habitué à devoir tricher. Elle l’avait pourtant laissé faire, se contentant de lui dire qu’elle ne croyait pas à sa réussite plutôt que de l’encourager, avant de se mettre insidieusement à son service, en quelque sorte, sans pour autant oublier son propre caractère, prête à remettre son autorité en doute si cela lui procurait des avantages.

Et si je te dis qu’il faudra un peu plus que cela ?

Zane lui fit une petite moue, la prévenant implicitement de ne pas pousser pépé dans les hortensias.

Haussant les épaules, elle tenta un fin sourire à son attention. Il n’y répondit pas, mais se retourna directement face à elle, preuve qu’il l’avait apprécié, se laissant glisser au sol.

Je te promets de ne plus recommencer?

C’est déjà mieux. Vu que j’ai moi aussi quelques choses à regretter, disons que nous sommes quittes pour cette fois.

Zane hocha affirmativement la tête. Il n’était pas doué avec les mots, et pire encore pour s’excuser, vu qu’il n’en ressentait que très rarement à la fois l’envie et le besoin. Néanmoins, il se sentait plus calme à présent. Il conservait encore un léger mal de tête, mais ses agitations, si elles n’avaient pas disparues, semblaient s’être atténuées. Il se sentait simplement dans le même état qu’après une grosse mission. Même ses pupilles ne conservaient plus qu’un léger reflet rougeâtre, constata Zair avec soulagement.

– Tâchons de repartir du bon pied maintenant, conclut-elle.

– Comme tu dis. Tekris va encore trouver ça un peu trop facile je te parie.

– Ne nie pas qu’au fond, ça l’est. Mais, du moins personnellement, je veux croire en nous, à notre capacité à aller au-delà de nos querelles, quelles qu’elles soient.

– J’aimerais avoir encore un peu de ton optimisme, soupira Zane, s’apprêtant à se relever.

– Qu’est-ce que tu fais ?

– Je vais annoncer à notre cher coéquipier que ça va mieux entre nous… non ?

– Si si, s’empressa de répondre Zair en voyant sa moue soudainement méfiante, mais c’est moi qui vais lui parler. Toi, repose-toi, car les reliques n’attendront sûrement pas et tu dois être en état de te battre.

– Mhm, approuva l’adolescent. Mais on va la jouer prudente : jusqu’à ce que vous soyez guéris, nous allons plutôt envoyer les Imperiaz en mission à notre place, et je me chargerai des reliques isolées.

– Mais comment vas-tu faire pour savoir sur quelle relique iront les Stax ?

– Ça, marmonna Zane en observant avec une obstination admirable le carrelage des murs, je m’en charge. Ah, et au fait, arrange-toi pour te remettre le plus vite possible. Il faut se tenir prêts à toute éventualité.

– Ne t’en fais pas pour ça, sourit la jeune femme ; elle savait qu’il s’agissait de sa manière de sous-entendre qu’elle devait également se reposer. Sinon, Tekris me forcera à aller dormir !

Mais juste avant qu’elle ne passe le seuil, Zair se retourna, prenant son courage à deux mains :

– Zane, tu sais, je pense qu’on s’est beaucoup éloignés tous les deux ces dernières années.

– Est-ce que tu veux bien en discuter plus tard s’il-te-plaît ?

– Oui, évidemment, soupira l’adolescente en levant les yeux au ciel.

Elle sortit à regrets de la pièce. Buté comme l’était Zane, il ne dirait rien de plus.


µµµ


Ne voyant Tekris nulle part dans la cuisine, Zair sortit à l’extérieur de la forteresse, ignorant le froid qui mordit instantanément sa peau. À vrai dire, elle n’y avait jamais été sensible. Les Imperiaz avaient disparu depuis longtemps de l’horizon ; le plus jeune des Radikors avait fini par trouver un moyen de les renvoyer d’où ils venaient, et tant mieux ! La prochaine fois, ce sera Zane qui s’occupera de l’horripilante princesse et de son équipe ! Bon, il fallait être juste, depuis que le garçon à la peau verte avait libéré leurs parents, au moins Koz et Teeny semblaient les tenir en meilleure estime- pour ce que ça lui faisait personnellement… – et ne rechignaient pas à venir dès qu’ils étaient appelés. Et comme Tekris, devant l’absence de Zane, avait décidé de leur laisser les trois monstres de l’ombre que les Imperiaz avaient récupérés le matin, ces deux-là ne cherchaient pas à se venger des Radikors ou à les renverser, Zair en était sûre. Le véritable problème, c’était franchement Diara ! Quoiqu’il se passe, elle était toujours en train de se plaindre, et c’était la seule qui n’acceptait pas la situation vis-à-vis de l’équipe régnante. À tous les coups, comme elle était encore étiquetée « sous-fifre », ça ne lui plaisait pas. Il n’y avait qu’à espérer que son frère et sa sœur la tiennent. Vu l’humeur générale de Zane en ce moment, il ne laisserait pas passer quelconque insubordination. Quoique, s’il fallait remettre le trio princier à sa place, Zair ne serait pas contre un peu d’exercice de remise en forme…

Apercevant enfin son acolyte assis en tailleur sur une pierre, contemplant d’un œil pensif les étendues désertiques s’étendant à perte de vue, elle se dirigea vers lui silencieusement, comme à son habitude. Lui ne la vit pas tout de suite, au point qu’elle put s’approcher suffisamment pour voir qu’il tenait une petite chaînette dans sa main. Il tournait entre ses doigts ce qui ressemblait à des anneaux. Faisant mine de rien, Zair sifflota innocemment pour signaler sa présence. Le sursaut que fit Tekris en se retournant, lui permit d’entrapercevoir rapidement qu’il y avait quelque chose d’inscrit à l’intérieur de l’une d’entre elle. Remettant précipitamment l’ensemble dans sa poche, l’adolescent bredouilla, pris au dépourvu :

– Euh, tu n’es pas avec Zane ? Puisque tu as refusé que je t’accompagne.

– Je te l’ai dit, cette fois, nous devions parler de choses personnelles. Mais tu t’en doutes, puisque tu nous a observés à travers la fenêtre de sa chambre, n’est-ce pas ?

– Moi ? Mais pas du tout, je…

– N’essaie pas de jouer les innocents, je t’ai vu.

– Ah bon ? fit l’adolescent, tout piteux. D’accord, j’avoue. Mais je n’avais pas confiance, admets que c’était justifié.

– C’est gentil de ta part je suppose. Nous avons revu l’incident de ce matin, et c’est réglé. Il n’y a plus à s’en faire, ça ne se reproduiras pas.

– Tu en es vraiment sûre ? Parce que j’ai plutôt l’impression que tu lui pardonnes facilement.

– Tu peux me reprocher beaucoup, mais pas ça. Fais-moi juste confiance, d’accord ?

Marmonnant trop bas pour qu’elle comprenne, Tekris mit les mains dans ses poches, visiblement contrarié. Mais si Zair lui disait que ça allait, il ne pouvait pas faire grand-chose d’autre…

– Dis-moi, qu’est-ce que tu avais dans la main tout à l’heure ?

Se raidissant, Tekris se maudit intérieurement. Comme elle n’avait pas posé immédiatement la question, il s’était bêtement dit qu’elle n’avait peut-être rien vu. Mais évidemment, c’était mal connaître la jeune E-Teens et sa curiosité/vue exceptionnelle (il hésitait encore). Résigné, il sortit de sa poche sa fameuse chaînette, qu’il serra fortement dans son poing, avant d’ouvrir sa main pour la lui montrer. Se penchant, pleine de curiosité, Zair observa minutieusement les anneaux. Elle vit plus précisément l’inscription gravée à l’intérieur, dans une langue qu’elle ne comprenait pas, à son grand agacement.

– Ce sont les alliances de mes parents. Enfin, celle de ma mère, et celle que mon père lui a redonnée quand il est parti. Maman les gardait toujours autour du cou, enfin, jusqu’à ce qu’elle me les donne.

– L’anneau gravé était celui de ta mère (Tekris acquiesça, brusquement mélancolique) ? Elle avait vraiment de tous petits doigts ! Même moi, je pourrais porter sa bague.

– Oui, c’est vrai. Mais ses mains étaient les plus douces de toutes.

– Et qu’est-ce qui est écrit à l’intérieur ? Pas un truc du genre « amour éternel », j’espère ? Parce que sinon, je crains que ça n’ait pas vraiment marché.

– En gros, ça veut dire qu’elle aimait mon géniteur à la folie. Sur ma planète, les mariés doivent eux-mêmes inscrire le même mot à l’intérieur de leurs alliances pour avoir une union durable. Et comme tu peux le voir, seule maman a respecté la tradition.

– En gros, et sauf ton respect, ta mère s’est faite avoir… ou je n’ai pas compris.

– On peut le résumer comme ça, soupira Tekris, constatant une nouvelle fois son absence de tact.

– Et pourquoi tu les gardes ? En souvenir ou pour les donner à ta chérie future ?

– Un peu des deux, avoua le colosse en la regardant d’un air qu’elle ne parvint pas à déchiffrer. Je me disais que je conjurerais le sort en gravant de mes mains l’anneau de mon père.

– Tiens tiens, tu es un grand romantique en fait !

– Peut-être. Mais plus ça va, moins j’y crois. L’amour, soit ça ne vient pas, soit il est inaccessible.

– Rah, ne dis pas ça, on dirait Zane ! Même discours. Vous verrez quand ça vous tombera dessus.

– Tu dis ça pour me faire enrager ?! s’exclama Tekris, médusé.

– Absolument pas, j’ai exactement les mêmes idées. J’ajouterais que les sentiments sont la plus cruelle des tendres tortures, confirma Zane, qui venait de déboucher sur la plateforme.

Serrant les pans de sa cape autour de son corps encore fatigué, il vint se poster à côté de ses deux acolytes, regardant Zair d’un air désapprobateur.

– Je ne t’avais pas dit d’aller te remettre ?

– Et toi donc,tu ne peux pas te tenir tranquille quelques minutes ? Je devais d’abord prévenir Tekris que tout va bien. Tu nous espionnais ?

– Pour une fois, non, contesta l’adolescent, sincère. Je n’arrivais pas à me reposer. J’ai oublié de vous montrer quelque chose en fait.

Sortant son X-Reader, lové contre sa main gantée, il l’alluma, leurs trois visages penchés au-dessus.

– Maintenant que tu m’as aidé à retrouver un semblant de calme, je me suis dit que je ne laisserais pas les Stax nous vaincre une fois de plus. J’ai récolté de nouveaux monstres dans les marais ce matin. Je vous présente Bruteron, Crapler et Maneclor.

– Génial ! s’extasia Zair, en arrêt devant le monstre que Zane lui avait attribué.

– Trop cool ! renchérit Tekris en voyant l’aspect sadique de Maneclor. Mais, je vais peut-être dire une bêtise, seulement tu n’utilises plus le X-Reader de Lokar pour te battre ? C’est le tien là, non ?

– Tu as raison, mais je vais plutôt prendre les deux en mission.

Si je parviens à utiliser mes attaques…, ajouta-t-il pour lui-même.

– J’utiliserai majoritairement celui de Lokar, mais j’aurais le mien à proximité, au cas où. En parlant de mission, continua-t-il d’un ton plus grave, je voulais vous dire, si un jour je me fais expulser d’un défi kaïru de quelque manière que ce soit, continuez coûte que coûte le combat ! Le kaïru en jeu est le plus important. Je me débrouillerai.

– Euh, désolée de te poser la question, mais pourquoi ça ?

– Juste au cas où, je viens de te le dire. Contentez-vous de le faire si ça arrive.

– D’accord, pas la peine de t’énerver, fit Zair d’un ton apaisant.

Elle s’étira avant de sauter lestement au sol, dans l’intention d’aller prendre un repos qu’elle considérait comme bien mérité, sous les regards perplexes des garçons, surpris de la voir traverser la plateforme sans se soucier de rien.

Une fois la porte de sa chambre fermée, elle enleva rapidement ses chaussures pour s’allonger prudemment sur le lit, se rendant ironiquement compte que le meuble n’était pas idéal pour des côtes en mauvais état. Se détendant lentement, allongée sous la couette, elle se sentit progressivement dériver dans un sommeil réparateur, dénué de rêves.


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Bonjour, ou bonsoir !


J’espère que ce chapitre vous aura plu, ou du moins aura donné envie de connaître la suite ! Encore une fois, un grand merci à BakApple qui prend le temps de corriger cette histoire au fur et à mesure !


Sur ce, bonne journée, ou soirée !



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