Une autre version de l'histoire

Chapitre 28 : Le poids d'un regard

13414 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 18/01/2021 20:43

Bonjour, ou bonsoir ! Je suis désolée pour le retard de ce chapitre (préparation de la rentrée scolaire, administration pas très rapide, etc), et j’espère qu’il vous plaira tout de même ! N’hésitez pas à me le dire dans les commentaires, si c’est le cas, ou si encore certains détails ne sont pas clairs. À bientôt !


Le poids d’un regard


– Te mener à nos cuves de kaïru ? répéta Zair, certaine d’avoir correctement entendu mais refusant d’y croire.

Laissant son long manteau voleter autour de sa silhouette tandis qu’elle se tournait gracieusement, un fin sourire faussement patient peint sur le visage, de ceux que l’on utilise pour expliquer à un gamin idiot une chose fort simple, Adriel plaqua une main sur sa hanche, s’approchant de la seule fille des Radikors. Cette dernière, toujours penchée sur Tekris difficilement conscient, se déplaça instinctivement, son corps pourtant deux fois plus petit que celui du colosse se plaçant néanmoins devant lui.

L’adolescente sentit Tekris s’agiter, cherchant à se relever afin de faire face à leur ennemie, émettre des protestations aussi vigoureuses qu’inutiles. Fermement, Zair lui intima silencieusement l’ordre de rester assis, guettant d’un œil méfiant les mouvements des créatures d’Adriel.

Cependant, les marionnettes, en dépit du danger qu’elles représentaient, restaient calmement à la place désignée auparavant par la brune, deux d’entre elles maintenant fermement Ekayon (qui, malgré ses surveillants imposés, n’en manquait pas moins de fouiller énergiquement la pièce du regard, en quête d’une échappatoire qui, évidemment, ne venait pas), tandis que leurs congénères se campaient fermement auprès des deux Radikors. Reflet de l’assurance ressentie par leur maîtresse, sans aucun doute.

Ne restait plus qu’à espérer que cet excès de confiance lui porterait préjudice tôt ou tard.

Suspendant sa marche, Adriel tendit la main devant elle, laissant apparaître au creux de sa paume de délicates volutes d’un gris par trop menaçant, à présent que Zair en connaissait les effets.

– Aurais-tu les oreilles ensablées, par hasard ? Peut-être ton camarade saura-t-il m’en dévoiler davantage ? Il a si bien appris sa première leçon, à ton avis, comment se passera la seconde ?

Impossible de feindre l’indifférence, ou prétendre préférer voir son coéquipier souffrir plutôt que de lui confier l’entièreté des cuves de kaïru, récoltées au fil des mois à la sueur de leurs fronts. En dévoilant ses dons un peu plus tôt en cédant à une impulsion, Tekris malmené par Adriel et ses créatures, Zair avait offert à sa rivale le pire des pouvoirs sur sa personne : désormais, la brune savait qu’il comptait bien plus pour elle que toutes les réserves de la formidable énergie de l’Univers.

Et bien évidemment, elle comptait bien pousser son avantage jusqu’à ses extrêmes limites. Ses yeux, brillant de la lueur malsaine de la convoitise, hurlaient à la face du monde qu’elle se montrerait prête à tout pour parvenir à ses fins et posséder la moindre parcelle de kaïru présente dans la forteresse. Quitte à raser cette région du globe terrestre si ses prisonniers osaient lui résister.

– Quelle formidable combattante tu fais, pour t’en prendre à un adolescent à terre, railla soudainement Ekayon, rompant la tension à couper au couteau s’étant installée. Et quelle preuve de force que d’aller voler le kaïru des autres ! À croire que tu n’es pas capables de récolter ta propre énergie.

Définitivement, songea Zair, incrédule, le solitaire possédait un instinct de survie en terrible berne.

Sa provocation eut exactement l’effet escompté. Délaissant momentanément sa proie actuelle, Adriel vrilla ses prunelles furieuses sur le jeune homme, un tic nerveux contractant puissamment sa mâchoire alors que son être tout entier hurlait au massacre de cet insupportable gêneur osant l’interrompre. Reflet de l’état d’esprit de leur maîtresse, ses marionnettes commencèrent à s’agiter, se rapprochant imperceptiblement des Radikors, tandis que les geôliers d’Ekayon raffermissaient leur prise.

De mémoire, c’était la première fois que Zair voyait la brune perdre aussi rapidement patience, cédant à l’énervement sous le coup d’une phrase bien placée. Une réaction habituellement imputée à Saïn, contraire de sa coéquipière, office de figure calme et imperturbable. Enfin, si elle se fiait aux dires de Zane, excepté quand quelqu’un s’en prenait à Teos. Elle ne comptait cependant pas tester par elle-même.

Le kaïru obscur avait-il donc une si grande importance aux yeux du bras droit de Teos ?!

Au moment même où Zair crut que cette dernière allait céder à ses soudaines pulsions de violence, les épaules de la Daminienne se relâchèrent imperceptiblement, son visage composant soigneusement les traits neutres, inexpressifs, que la Radikors lui connaissaient. Seule l’aura de convoitise trahissait ses véritables préoccupations, décidant que le solitaire ne valait sûrement pas la peine qu’elle perde son temps. Une diversion bienvenue du monastèrien, durant laquelle l’adolescente balaya à son tour les environs, priant pour qu’un miracle apparaisse soudain à ses yeux.

– Ma loyauté ne va qu’à deux personnes, et tu n’es ni l’une, ni l’autre, répliqua sèchement Adriel, son ton plus glacial encore que la steppe entourant l’extérieur de la forteresse. Et je te nie le droit de me juger.

Constatant que la brune se détournait du jeune homme, Zair, en désespoir de cause, rassembla les bribes de sa concentration, formant un appel mental qu’elle dirigea de toutes ses forces vers son demi-frère. Sans résultat, comme les six fois précédentes. Chaque fois, une sorte d’opacité mentale brouillait ses perceptions, rappelant la neige coupant court toutes les images sur les écrans de télévision.

Soit Zane ne pouvait pas prendre le temps de lui répondre, ou peinait à se concentrer de son côté suffisamment pour recevoir l’appel de l’adolescente (une option fort peu probable, de son avis ; Zane répondait habituellement presque sans y penser, tant les communications mentales se révélaient naturelles pour les deux jeunes gens). Soit, quelque chose d’extrêmement puissant enfermait le trio de prisonniers sous une sorte de dôme bloquant toute tentative de contacter quelqu’un venant de l’extérieur. Ni l’une ni l’autre de ces explications ne lui plaisaient, bien que Zair sentit qu’un détail lui échappait.

– Assez perdu de temps, siffla Adriel, la forçant à cesser sur-le-champ son petit manège. Tu as terminé de t’assurer du bon état de ton domestique ? Nous avons du kaïru à récupérer !

– Je te l’ai déjà dit, rétorqua l’intéressée, ce n’est pas un homme rattaché à mon service. Il est là parce qu’il l’a décidé, et surtout, il est absolument libre d’agir comme bon lui semble. Alors fiche-lui la paix !

– Comme c’est touchant, railla la brune. Pour un peu, j’en serais toute émue. (pensivement, la brune tourna entre ses doigts la bague qu’elle portait toujours à son majeur – du jäadi, Zair reconnaîtrait sa teinte sombre n’importe où) Oui, en souvenir de toi et de ta déchéance, peut-être garderais-je ce garçon auprès de moi ? Il est assez solide pour combattre dans les arènes après tout.

Le sang de la Radikors se figea dans ses veines. Le pire des sorts qu’elle imaginait pour Tekris, comme si Adriel était parvenue à lire dans ses pensées. Des arènes de combats, au sein desquelles seuls deux spectacles pouvaient avoir lieu : les affrontements à mort, bien souvent terriblement violents, et les accouplements forcés, chacun des lutteurs s’arc-boutant pour ne pas endosser le rôle du dominé.

– Tu n’as pas encore gagné, siffla Zair en se redressant, et je n’ai pas l’intention de succomber avant une poignée d’années, et encore. Sans parler de te botter le derrière jusqu’à ce que tu ne puisses plus t’asseoir.

Entraîné par son mouvement, Tekris s’appuya sur le bras de sa compagne, vacillant une fraction de seconde sur ses appuis avant de parvenir à se stabiliser. Inquiète de le voir déjà sur ses pieds malgré l’attaque psychique d’Adriel, Zair voulut le forcer à retourner s’étendre au sol. Se ravisa au dernier moment, quand elle aperçut la détermination étincelant derrière les verres opaques de ses lunettes. Il n’avait pas l’intention de rester allongé sans rien faire, à part attendre la prochaine souffrance, tandis que chacun autour de lui s’affairait autour de lui. Plongé en plein coeur des affaires personnelles de ses coéquipiers, sans même savoir pourquoi. Compte tenu de cela, Zair n’avait pas le droit de lui donner le moindre ordre.

– Dommage que tu ne saches pas manier tes paroles aussi bien que tes attaques kaïru, ricana Adriel, effleurant du bout des doigts son X-Reader. J’aurais espéré avoir affaire à une véritable combattante, et pas une stupide enfant ayant choisit son propre asservissement au lieu de tenter de s’élever.

Serrant les poings, sa main droite se crispant autour de celle de Tekris qu’elle n’avait pas une seule fois lâchée, l’adolescente lutta contre l’envie de lui faire ravaler ses paroles insultantes, tenant la part belle à l’angoisse menaçant à tout instant de la submerger, tant elle ne pouvait compter que sur elle-même pour se sortir de pareille situation. À moins que Zane ne revienne providentiellement, ce qui paraissait compromis.

Par le Dôme, ce qu’elle regrettait de lui avoir intimé de continuer sa mission de son côté, au lieu d’accepter qu’il revienne leur prêter main-forte ! À cause de son stupide orgueil qu’elle lui reprochait si souvent, Tekris se trouvait sérieusement amoché, les feuillets de Lokar en possession de sa pire ennemie, et bientôt leur kaïru appartiendrait à cette même insupportable brune et ses marionnettes !

– Te voilà bien silencieuse, reprit Adriel, coupant court ses réflexions. Suffisait-il de quelques remarques blessantes pour annihiler ta fougue ? Me voilà déçue. Nous avons une petite conversation en cours, au cas où tu l’aurais oublié. Concernant le kaïru.

– Ce n’est pas seulement une conversation, mais bien plus, rétorqua Zair, acide.

Sentant la tension crispant le corps de sa compagne, Tekris pressa sa main, tentant de transmettre par ce simple geste toute la confiance et la force résidant en lui. Juste avant de la laisser retomber, permettant à l’adolescente de continuer sa progression vers Adriel. S’assurant auparavant que le colosse tenait bien sur ses pieds, quêter son soutien moral.

Elle pouvait bien s’accorder ce moment peu discret ; même Ekayon, si elle se fiait à la compassion teintant ses traits, comprenait la profondeur des sentiments que les deux Radikors éprouvaient l’un envers l’autre. Sans, réalisa-t-elle, se les avoir dit une seule fois. Uniquement à cause de sa peur de s’attacher et d’attacher quelqu’un à sa personne, persuadée de ne pouvoir lui apporter que des ennuis et des peines inutiles. Une crainte des plus ridicules au vu de la situation présente. Le colosse, définitivement, se trouvait trop impliqué dans ses histoires personnelles pour ne pas en subir les conséquences, alors même qu’il ne connaissait rien du kaïru de Thiers quelques semaines auparavant.

Ne lui restait plus que des centaines d’heures gâchées, et tant de temps perdu.

Si jamais ils parvenaient à s’en sortir, se jura-t-elle, en plus de répondre aussi honnêtement que possible à ses questions (et peu importait que Zane désapprouve sa promesse), elle lui avouerait ses sentiments. Quitte à prendre le risque qu’il la repousse, une fois sa véritable nature dévoilée…

– Tu me surprends. Pour une fois, je suis d’accord, approuva la brune. Et bientôt, nous réglerons tout cela. Si profondément, qu’il ne te restera pas même assez de forces pour te rappeler qui tu es vraiment. Mais pour l’instant, tu vas commencer par me conduire aux cuves de kaïru. C’est la dernière fois que je me répète. Ensuite, tu me diras tout ce que tu sais sur moi, mon équipe, notre kaïru et nos activités. Ensuite, je me chargerais de notre invité surprise (d’un mouvement discret de la nuque, la brune désigna Ekayon, si immobile que n’importe qui d’autre aurait pu le penser résigné à son sort), qui me révélera la raison de sa présence ici, et ses rapports avec vous. Pourquoi il n’est jamais loin quand vous vous trouvez dans les…

– Laisse tomber, l’interrompit Zair, plaquant les mains sur les hanches, plus hautaine qu’elle ne l’avait jamais été. Pas la peine de t’époumoner, je ne peux absolument rien te dire.

Intrigués, les garçons la dévisagèrent, comme si elle venait subitement de devenir complètement folle. Le pire étant qu’au fond, ils n’avaient peut-être pas tout à fait tort, songea-t-elle. Pourtant, aucun autre choix ne se présentait ; laisser Adriel obtenir l’objet de ses désirs était tout bonnement impossible, et la brune n’accepterait certainement pas de repartir les poches pleines, sans éliminer tous les gêneurs une fois toutes les informations désirées obtenues. Certes, Zane maniait mieux encore la provocation que sa jeune sœur, mais Zair ne se débrouillait pas trop mal non plus.

Si seulement, durant ces quelques minutes glanées, l’irascible extraterrestre pouvait regagner la forteresse, sans, de préférence, finir entre les mains des marionnettes montant la garde, tout n’était pas perdu.

Un bien maigre espoir, mais aucun autre ne daignait remplir son stock. Elle se contenterait de celui-là.

Un mouvement sur sa droite attira son attention, alors qu’Adriel éclatait d’un rire sardonique.

– Rassure-toi, tu te sous-estimes grandement ! Je suis certaine qu’au bout de quelques heures, tu me supplieras de me laisser t’écouter ! ricana celle-ci, son hilarité ne se communiquant pas à ses iris.

Profitant de ce que l’attention de sa geôlière se trouvait ailleurs, ses marionnettes attendant les ordres de leur maîtresse pour exécuter des ordres plus complexes que la simple confrontation offensive, Ekayon testait la résistance de ses entraves, aussi doucement que possible pour ne pas alerter les pantins le maintenant. Tentant de glisser ses poignets hors des liens, le solitaire retint de justesse un soupir agacé alors qu’ils résistaient opiniâtrement. Appuyé fermement contre le mur le plus proche, ses jambes ne portant toujours pas son poids, Tekris ne semblait pas avoir remarqué le manège de leur allié momentané, tourné vers la haute silhouette d’Adriel. Mais derrière les verres opaques de ses lunettes, qui disait que le solide adolescent ne tournait pas ses pupilles vers ce dernier, mimant l’ignorance la plus totale ?

Détachant, ni trop rapidement ni trop lentement, son regard du solitaire, Zair continua de le promener sur son bureau dépouillé, s’arrêtant un instant sur son bibliobus, comme si elle cherchait grossièrement une aide providentielle dans sa chambre, sans résultat. Il ne manquerait plus qu’Adriel repère le manège du solitaire, à cause d’une erreur de débutante de sa part !

Heureusement, la brune ne remarqua rien, ou sinon décida de ne pas en faire grand-cas. Illustrant ses propos, elle renforça la brume entourant son poignet, laissant son pouvoir descendre en cascade vaporeuse sur le sol, encore trop peu compact pour faire davantage qu’un ourlet immatériel, remontant sur quelques centimètres en se tordant affreusement.

Instinctivement, Zair recula, incapable de détacher son regard de cette chose issue directement du kaïru intérieur de la brune, si pure de beauté, et pourtant capable de dévorer les âmes sans aucune pitié.

Une pensée traversa fugitivement son esprit. Si Tekris, lors de son infestation par la brume d’Adriel, était resté plus longtemps sous son contrôle au lieu de finir assommé par Zane, serait-il devenu l’une des marionnettes, dépourvues de libre arbitre autant que de visage, entourant le trio prisonnier ?

Refusant de réfléchir plus longtemps au sujet, elle détourna ses pensées, s’exhortant au calme.

Combien de temps durait donc l’attaque des « liens de plasma » ?! D’après ce que l’adolescente avait pu constater, davantage que les attaques kaïru classiques, ou obscures. Depuis la capture du trio, la brune n’avait de nouveau utilisé son X-Drives qu’une seule fois, alors que Zair fouillait exagérément lentement dans ses affaires à la recherche des documents de Lokar. En se fiant à ces réactions, Adriel pouvait donc maintenir son attaque durant une bonne demi-heure, plus si elle préférait remplacer ses « liens de plasma » avant leur supposée disparition.

Un excellent score, que Zair admirerait si cela ne faisait pas de son équipe le dindon de la farce.

Si elle parvenait à distraire suffisamment longtemps le bras droit de Teos pour que le solitaire parvienne à se libérer, l’effet de surprise aurait une chance d’empêcher Adriel, persuadée déjà de sa victoire totale, de réagir avant de leur permettre de fuir. Si Ekayon, n’ayant pas encore excessivement dépensé son énergie, parvenait à récupérer son X-Reader, entre les mains d’une marionnettes montant la garde dans le couloir.

– Désolée, j’ai du mal à me souvenir des choses quand je suis atterrée, et ton pathétisme me sidère. Alors, cesse d’exiger notre kaïru obscur, parce que tu n’es certainement pas à la hauteur de son pouvoir !

Adriel blêmit, ses poings se contractant de rage alors que ses traits restèrent mus par une indifférence feinte.

Enfonçant le clou, Zair lui offrit un sourire provoquant, modifiant imperceptiblement ses appuis. Juste au cas où elle devrait se mettre en garde rapidement, ou éviter une Adriel subitement décidée à la dépecer.

– Il te consumerait avant même que tu n’aies eu le temps de t’apercevoir de ton erreur, ajouta-t-elle. Remarque, tu commençais plutôt bien en faisant de nous tes prisonniers, avec tes menaces et tes marionnettes prêtes à se charger de tout le sale boulot à ta place. Mais t’emparer le kaïru obscur, là, tu perds toute crédibilité. Contente-toi de nous tuer. Enfin, si tu en es capable.

Rarement, songea l’adolescente, avait-elle commis acte plus fou. Adriel était sûrement largement assez énervée pour lui faire regretter jusqu’au jour de sa naissance, provoquer plus encore son ire équivalait à un suicide programmé. Qu’importait, quitte à perdre la face, autant choisir sa façon de mourir.

Toutefois, Adriel se montra remarquablement douée pour maîtriser ses émotions primaires. Les assauts verbaux de Zair ne suffirent pas à lui faire perdre tous ses moyens, seul le pli contracté de sa mâchoire informant les autres combattants du véritable état d’esprit de la brune. Aucune faille ne s’ouvrit en elle, aucune fissure dans laquelle Zair pourrait s’engouffrer afin de frapper encore et encore, comme Zane savait si bien s’y prendre dès qu’il sentait son adversaire flancher. Un instant, la jeune Radikors craignit qu’Adriel ne décide de se venger de ses paroles offensantes en s’en prenant à Tekris, brutalement, violemment.

Elle ne doutait pas que l’idée finisse par traverser ses pensées, tôt ou tard. À elle de la garder concentrée pile là où elle le souhaiter. Le regret de mêler le colosse, encore, à ses histoires personnelles, manqua vaciller son esprit. Cependant, elle ne tarda pas à se reprendre, se composant une attitude condescendante, horripilante.

– Si de pauvres créatures telles que vous arrivent sans mal à maîtriser cette formidable énergie, je ne doute pas une seconde d’en avoir également les capacités. Tes minables tentatives de me provoquer sont vouées à l’échec. Il n’est pas dans mes intentions de t’affronter. Tu es bien trop faible pour que j’y trouve un intérêt.

Un long filet de sueur glacée coula le long de l’échine de Zair. Bien sûr que sa manœuvre se trouvait percée à jour, seul un idiot fini n’aurait guère compris étant donné la finesse éléphantesque dont elle usait. Et Adriel était certes beaucoup de choses, mais certainement pas stupide. Zair ne comptait pas se cacher, mais trouver le point où, en appuyant, la brune ne pourrait résister au désir de lui en coller une.

Soupirant ostensiblement (et qu’Adriel le prenne comme elle voulait !), l’adolescente songea qu’il lui faudrait demander quelques leçons à son chef d’équipe, si elle survivait assez longtemps. Et dire qu’auparavant, elle boudait fermement la déstabilisation mentale, pensant que rien ne valait le combat pur !

– T’affronter, toi ?! s’exclama-t-elle, d’un étonnement feint. Plutôt me battre contre tes créatures, elles, au moins en valent la peine ! Non, continue à jouer la méchante, je t’en prie.

Le masque d’indifférence froide de la brune glissa soudainement, et Zair sut immédiatement qu’elle venait de toucher la sensibilité de sa rivale. Évidemment, autant elle se trouvait fière de manipuler à sa guise les âmes qu’elle dérobait sans une once de compassion, autant Adriel les méprisaient souverainement. Comprendre que la Radikors la rabaissait à leur niveau enrageait la jeune femme. Peut-être autant que si Teos se trouvait la cible atteinte d’attaques répétées, sûrement. Une comparaison qu’il faudrait tenter, tiens.

Ses réflexions furent brutalement interrompues. Dans un grognement étouffé, Adriel tira son X-Reader.

– Frappe psychique ! clama-t-elle, et si sa voix tremblait, son ton ne s’éleva pas.

Comment pouvait-il en être autrement, alors qu’elle était persuadée de remporter la partie ?

Dans le même mouvement, Zair poussa Tekris dans le sens opposé aux marionnettes d’Adriel, certaine que le peu de menace qu’il représenterait n’affolerait guère cette dernière, puis bondit sur le côté. Amortissant sa chute en une roulade, elle replia sa jambe tandis qu’elle achevait de se redresser, glissant les mains dans les doublures de ses bottes, en dégainant ses poignards, qu’elle brandit devant elle, perpendiculaires à son corps.

Et que le Code kaïru, interdisant l’utilisation des armes, aille se faire mettre là où elle le pensait !

Peu surprise, au final, du réflexe de sa rivale, Adriel haussa simplement un sourcil.

– Oh, pitié, tu crois vraiment réussir à me battre avec deux couteaux de cuisine ? Ton énergie n’est même pas suffisante pour lance une seule attaque, et si d’aventure ton kaïru intérieur n’était pas complètement épuisé, que comptes-tu faire exactement ? À part condamner tes amis une fois pour toutes ?

Adriel parlait d’or, Zair le savait. Privée de son X-Reader, il ne lui aurait été, de toute façon, guère utile. Cependant, elle se trompait également. La Compétence de Zair faisait partie d’elle, nul besoin d’appareil pour l’utiliser ; seulement les conséquences se révéleraient plus ou moins graves en fonction de sa force physique, car elle dépendait immédiatement de son énergie intérieure, qui influait sur son corps. L’adolescente conservait juste assez de force pour employer une ou deux offensives de Thiers, en puisant directement dans la Source. Un procédé qui la révulsait, mais qu’avait-elle à perdre ?! Zane et elle étaient désormais découverts, leur repaire mis à jour. Que leur restait-il, à part se battre pour ce qu’ils possédaient encore ?

– Et c’est toi qui nous reprochait de beaucoup parler ? railla-t-elle, goguenarde.

De là où elle se trouvait, Zair distingua Tekris, s’aidant d’une commode pour se remettre debout. Comprenant d’un regard dans quelle nouvelle galère son amie venait de s’embarquer, l’adolescent arbora une expression proprement morte d’angoisse. Négligeant son état déplorable, il plia les genoux, sur le point de se joindre à la partie, ignorant grossièrement les avertissements muets du solitaire…

D’un geste impérieux, Zair lui fit signe de rester à sa place, luttant contre ses sentiments lui hurlant de passer dans le temps, embarquer l’homme de ses pensées sous le bras, et les envoyer tous les deux à l’abri. Se rappela douloureusement ne plus avoir suffisamment de force pour mettre son projet à exécution.

Ouvrant la bouche pour protester, le colosse se ravisa, baissant la tête avec fureur, poings crispés au point que ses ongles rentrèrent dans la chair calleuse de ses paumes. Comprit, sans l’accepter, que ce n’était pas le moment, obéissant à sa coéquipière. D’abord intriguée par la soudaine déconcentration de Zair, Adriel en devina sur-le-champ la raison, posant ses iris étincelants sur Tekris.

– Ne vient pas me dire après ça qu’il n’est pas ton domestique ! railla la brune.

Ne prêtant aucune attention au combattant solitaire, se débattant toujours contre ses liens.

Optant pour une économie relative de son kaïru, Adriel s’élança vers son adversaire.

Très vite, Zair se retrouva débordée, usant de ses armes davantage pour dévier les coups, qu’en porter. Aucun doute, Adriel, en plus d’être une combattante particulièrement douée, se montrait rompue au corps-à-corps. La Radikors se connaissait plutôt douée à cet exercice également, là où Zane dévoilait ses talents dans l’art du kaïru ; sûrement cela l’empêcha de finir face contre terre dans les dix premières secondes. Néanmoins, abattue par la fatigue de sa dépense d’énergie précédente, les bleus et les coups récoltés pendant l’affrontement dans la glace tirant sur son corps malmené, et ses pensées manquant chaque fois de dériver vers Tekris, Zair voyait ses mouvements bien plus lents qu’ils ne l’étaient en temps normal, lourds là où elle mobilisait toute son adresse, Adriel profitant de ses avantages pour la repousser, toujours plus loin, avec toujours plus de force. Par chance, Zair, malgré tout, harcelait sa rivale, frappant avec l’énergie de celle n’ayant plus rien à craindre, l’empêchant de recourir à sa brume en ne lui laissant aucune ouverture. Cela faisait bien des années qu’elle n’avait eu à recourir autant à l’art martial se dissimulant derrière la pratique du kaïru, alors qu’Adriel ne passait sa vie qu’à cela. L’attaquer physiquement était peut-être l’erreur qui la conduirait à sa perte, réalisa-t-elle, furieuse de ne pas être à la hauteur.

Manquant commettre l’erreur de baisser sa garde, la Radikors se retrouva acculée contre le mur, feinta vers le ventre, visa le poignet. D’un geste souple, Adriel esquiva, tendant sa paume devant elle. Sans que Zair ne puisse réagir, un filament de brume en jaillit, agrippant son poignet dans un claquement sec. Le contact du pouvoir de la brune, si glacial qu’il lui en brûla la peau, faillit lui arracher un cri d’angoisse. Refusant de lui offrir ce plaisir, Zair serra les dents, luttant contre la sensation de tourments exsudant du kaïru de Thiers. Pas la sienne, ni même celle d’Adriel. Et pourtant, la douleur était si grande, si intense, que le souffle lui manqua, une fraction de seconde, tant il paraissait ancré à la brume. Sans que sa vis-à-vis ne s’en soucie.

Voyant enfin une possibilité de porter un coup, elle tira sèchement Adriel vers elle, tournant son poignard dans sa main, lame vers le bas, plongeant l’éclat luisant de l’acier vers le bras de sa rivale. Cette dernière, renonçant à son empoignade, se dégagea promptement, ne récoltant qu’une estafilade sur le bras là où Zair aurait bien voulu lui sectionner les tendons. Rassembla sa brume autour d’elle, si promptement que la Radikors manqua ne pas deviner sa prochaine offensive. Adriel effectua un large mouvement, parallèle au sol, du bras, son pouvoir suivant la trajectoire qu’elle lui imposait. Zair se baissa, laissant la gerbe effleurer le sommet de son crâne, se ramassa, sautant sur le côté avant que les retombées vaporeuses ne l’enferment dans un rêve duquel elle ne pourrait s’échapper, comme Adriel en possédait la fâcheuse manie.

Enfin, elle voulait bien admettre que la brune détenait une endurance hors du commun, mais aucune trace de fatigue ne venait tirailler les formes parfaitement équilibrées du visage de la brune. Comme si dépenser autant d’énergie kaïru, à la fois intérieure et extérieur, n’avait aucune incidence, aucune répercussion sur son corps. En supposant que sa Compétence lui offre une résistance accrue, Adriel devrait au minimum commencer à s’épuiser, étant donné qu’elle ne cessait de lancer des assauts depuis son arrivée à la forteresse. Évitant de peu une « explosion de photons », manière d’illustrer fort brutalement ses déductions, Zair s’efforça de détailler l’adolescente lui faisant face, cherchant désespérément un détail, une particularité lui permettant de comprendre comment la couper de la source l’alimentant en permanence. Car, enfin, elle ne pouvait pas combattre éternellement ! Même ceux capables d’user une grande quantité de la Source gardaient leurs limites ! Il faudrait au minimum une demi-douzaine de combattants pour parvenir à ce résultat !

Jouant le tout pour le tout, la seule fille des Radikors attendit qu’Adriel soit occupée à la bombarder de nouveau, se laissant un minium exposée. Se séparant de l’une de ses armes, Zair visa le sternum. Un lancer parfait, effectuant une courbe gracieusement létale vers sa cible. Qui aurait pu parfaitement mettre fin à un duel épuisant et inégal en un coup porté.

Adriel n’esquissa pas le moindre geste pour se mettre hors de la trajectoire. Fermant à demi les paupières, la brune inspira profondément, ramenant les bras le long de son corps. L’air s’épaissit considérablement au sein de la chambre, devenant presque irrespirable. Ekayon, étroitement surveillé par les marionnettes d’Adriel leva le nez vers les deux adolescentes, la stupeur figeant ses traits en un masque d’incompréhension.

Dans un sens, Zair aurait tout autant adoré partager son ignorance.

Son poignard traversa le corps de la brune, désormais devenu aussi intangible que la brume qu’elle maîtrisait, allant se ficher dans l’un des montants de la porte coulissante. Une fraction de seconde encore, Adriel resta telle qu’en elle-même, une femme hautaine et dangereuse, quoique ses vêtements virèrent promptement au grisâtre zébré par instant d’un éclat à la couleur indescriptible. Un sourire mauvais s’étala sur ses lèvres, affreusement moqueur. Juste avant qu’elle ne disparaisse, engloutie dans un tourbillon évanescent se répandant tout autour de la Radikors, tornade plongeant vers le sol tandis qu’elle possédait lentement, mais sans pouvoir être stoppée, l’espace environnant. Immédiatement, les cris imperceptibles, la sensation de distorsion et d’épuisement l’accompagna, provoquant un puissant vertige chez l’adolescente, alors que l’adrénaline restait seule encore assez forte pour la porter et maintenir ses muscles en place.

Zair vit Tekris se retourner brusquement, portant une main à son front comme pour s’assurer de sa bonne santé mentale. Le souvenir de sa possession restait encore vif chez le colosse, et rien ne pouvait plus l’inquiéter que de voir Adriel prendre sa forme de brume juste sous son nez. Son regard se verrouilla dans celui de sa coéquipière, prise au centre de cet amalgame mi-naturel, mi-artificiel. De nouveau, elle refusa qu’il vienne à elle, certaine que la brune, désormais brume, n’attendait que cette occasion pour lui rendre la monnaie de sa pièce. L’impuissance se disputa à la protestation sur le visage du colosse, cette fois à deux doigts de passer outre son ordre muet. Détournant la tête, il quêta, à la grande surprise de Zair, un soutien muet auprès du solitaire. Opinant du chef avec compassion, Ekayon approuva son inquiétude, sûrement plus lucide que les deux Radikors sur les sentiments liant leurs cœurs, songea ironiquement Zair. Pour autant, quoi que Tekris ait pu voir dans les prunelles marrons du jeune homme, il renonça finalement à intervenir, reportant sa rage d’impuissance sur la marionnette venue se poster auprès de lui, lui coupant toute retraite potentielle en dépit de l’inattention de sa maîtresse.

Reculant doucement, évitant soigneusement de rentrer en contact avec la brume l’encerclant gagnant peu à peu du terrain, l’adolescente resserra sa prise sur son poignard, s’efforçant de maîtriser les tambourinements assourdissants de son organe vital contre ses tempes. Déglutissant difficilement, elle jeta un rapide regard en direction d’Ekayon, vérifiant sa progression avec ses liens. De ce qu’elle distinguait, ses poignets restaient entravés, à son grand dam. Néanmoins, à force d’efforts, le solitaire amenait lentement (trop, à son goût) du jeu entre les liens de plasma, lorgnant quand personne ne se souciait de lui la marionnette détenant son X-Reader. L’attaque d’Adriel, après tant de temps passé à la distraire, commençait enfin à céder, comprit Zair, mordant l’intérieur de sa joue pour retenir son sourire. Tout comme les geôliers d’Ekayon, laissés à l’abandon par leurs maîtresses, se relâchaient progressivement, leur vigilance moins efficace à présent que la brune déployait toute son énergie dans une autre tâche. Encore quelques instants à tenir seulement debout, et le solitaire pourrait peut-être…

Zair fronça les sourcils, l’étrangeté de ce détail la frappant. Les marionnettes, soudainement moins efficaces car délaissées par leur maîtresse ? Zane leur avait pourtant assuré qu’en Islande, au sein des souterrains censément secrets de leur équipe, les créatures plus vraiment humaines s’étaient empressées de les attaquer violemment, en dépit de l’absence totale d’Adriel. S’agissait-il d’une question de concentration, alors ?

Se mouvant tranquillement, les courbes fantasmagoriques du voile grisâtre l’entourant touchaient à présent la pointe de ses bottes. Aucune issue ne lui apparaissait, un brusque engourdissement englobant ses muscles dans un cocon impensable, la jeune femme luttant pour garder le contrôle de sa conscience, bien qu’elle ignorât ce que cela pouvait bien réellement signifier. Les gémissements inconnus s’immiscèrent plus profondément encore dans ses pensées, si proches désormais qu’ils lui paraissaient murmurer à son oreille, les corps qu’elle imaginait décharnés se pressant les uns contre les autres en quête d’un peu d’attention. De la même manière, réalisa-t-elle, qu’Adriel l’avait entraînée dans son rêve de brume, la première fois que la forteresse s’était trouvée attaquée par la brune. Elle tentait de l’endormir, autant métaphoriquement, que physiquement. Par les Six, quelle énergie pouvait-elle bien manier, pour détenir encore assez de pouvoir, et forcer un être réfractaire à plonger dans ses fabrications oniriques ?

Les iris vert pâle s’écarquillèrent, alors qu’une toute autre réalité s’imposait à son esprit.

Ce n’était pas les capacités d’Adriel qui lui conféraient une si grande endurance. Ou du moins, pas directement. Repoussant l’assoupissement, elle marcha sur sa droite, tentant d’éviter la brume remontant déjà le long de ses mollets. Délaissant de se tourner vers Tekris, incertaine de pouvoir assumer l’inquiétude qu’elle lirait sur ses traits (dont elle serait responsable… ), elle observa les marionnettes, leurs dos voûté, leurs postures presque amorphes, à peine conscientes du solitaire qui, glissant les liens de plasma le long de ses poignets, se trouvait à peu de choses de se libérer.

Soudain, elle comprit. La brune se servait de son contrôle total de ses marionnettes, pour puiser dans l’énergie même de ses créatures, alimentant ses pouvoirs sans ressentir de fatigue. Ce qui signifiait, réalisa-t-elle, que la plupart de ces malheureux entièrement soumis à la volonté de la brune possédaient soit l’étincelle du kaïru, soient étaient des combattants en devenir.

La nausée s’ajouta à l’horreur de cette révélation. Pourtant, venant d’une Daminienne, cela n’aurait pas du tant la choquer ! Dans cet assujettissement pire encore qu’elle ne l’imaginait, survenait un seul point possiblement à leur avantage : si l’adolescente ne se trompait guère, la Compétence d’Adriel se trouvait à l’origine d’un tel phénomène, et finirait par atteindre ses limites une fois ses marionnettes utiles vidées de leurs forces profondes. Et de là, le retour de manivelle laisserait sans aucun doute la brune dépourvue de la moindre défense, l’énergie dépensée sans compter la rattrapant sans pitié aucune.

L’adolescente scruta attentivement la masse informe, concentrée exclusivement dans l’espace restreint autour d’elle, les volutes devenues étrangement lourds tournoyant vivement à mesure qu’elle les brassait de son pas méfiant. Pour le moment, repérer l’endroit où se cachait cette dernière était sa priorité. Cela faisait bien trop longtemps qu’elle ne subissait plus d’offensives. Adriel ne pouvait que préparer quelque chose.

Un imperceptible remous modifia l’atmosphère, juste derrière elle, la rendant plus compacte, plus « réelle ». Pivotant brusquement, Zair fouetta l’air de son poignard, là où elle estimait se trouver le flanc de la brune. L’acier ne fouetta que le vide. Laissant, durant sa rotation, le flanc de sa propriétaire exposé.

Ce fut exactement ici qu’Adriel, dans une gerbe tourbillonnante, frappa, son corps parfaitement habituel n’était une légère fluctuation. À l’exception de sa main, deux fois plus allongée qu’à l’accoutumée, munie de griffes aussi grandes que l’avant-bras de la Radikors. Le sang jaillit, un dépôt grisâtre se déposant sur les quatre longues traces de coups diagonales apposées dans sa chair.

Quelque part dans la pièce, l’adolescente entendit Tekris crier d’une angoisse si pure, qu’elle en aurait presque eu de la peine pour lui. Si la personne qu’il implorait ainsi n’avait pas été elle-même, bien sûr.

Sa gorge se nouant, de colère d’être ainsi prise au piège, comme une débutante, et de peur de voir cette blessure se transformer en un portail laissant libre champ à la brune pour la transformer en une de ses marionnettes, Zair dut mobiliser toute sa volonté pour ne pas s’écrouler sur-le-champ. Sa main libre se porta à son flanc, l’autre fusant vers le visage de l’insupportable combattante. En vain. Le membre démesuré d’Adriel intercepta son geste, tordant sans vergogne son poignet jusqu’à ce qu’elle lâche sa dernière arme.

Foudroyant sa rivale d’un regard lui promettant mille tourments si elle s’en sortait, Zair visa le genou, son pied fusant. Avant d’avoir pu effectuer la moitié de son mouvement, Adriel renforça encore la prise sur son poignet, les griffes colossales saisissant son avant-bras, propageant les hurlements muets à peine perceptibles dans un souffle d’immondices, la chair de poule courant le long de l’échine de l’adolescente.

– Collision démente, susurra Adriel, plaquant sa paume contre le torse de son adversaire.

Étrangement, Zair sut immédiatement ce qui allait suivre. Plus violente qu’un uppercut s’enfonçant dans sa poitrine, l’attaque rouge, frappée à bout portant, la souffla comme une flamme de bougie que l’on presse entre ses doigts mouillés. Son dos ne se trouvant qu’à quelques centimètres du mur de pierre de la forteresse, aucun vol plané ne vint disperser en partie l’onde de choc dans les airs, lui laissant une chance de retomber sur ses pieds, bondir, reprendre le combat. Il n’y eut que le murmure d’Adriel, la sensation que son corps se trouvait broyé par la poigne impitoyable d’un géant issu des contes racontés aux enfants. Puis le heurt de sa mince silhouette contre la roche tout juste reconstruite, l’impression de sentir ses os craquer un à un, la douleur glissant sous sa peau, sous les barrières de son esprit avec une telle violence, que l’espace d’un instant elle en oublia tout. Pourquoi se trouvait-elle épinglée contre le mur, au fait ? Ce qu’elle faisait un instant auparavant, l’offensive d’Adriel, la raison de sa brève rébellion, tout disparut dans un unique éclat de souffrance, complètement sonnée. Ses poumons oublièrent même comment ils devaient s’y prendre pour respirer, la laissant étouffer péniblement.

Dans un gémissement sourd, Zair glissa au sol, fermant les paupières, adossée contre les restes des plaques de fer peintes en violet, qu’elle avait mis près d’une semaine avant de terminer tant les travaux manuels l’horripilaient. Dans un reste d’orgueil, elle tenta de s’appuyer contre les parois du trou béant qu’avait créé son corps s’écrasant douloureusement. Sa main glissa sur une traînée sanglante, suivant le parcours qui fut le sien avant de s’affaler, réduite pour de bon à l’impuissance. Et Zane qui ne revenait pas, murmura sa conscience terriblement embrumée, comme une litanie flottant à la lisière de son esprit.

Remarquant son manège, Adriel haussa un sourcil, souriante. Ravie qu’elle était de sa traîtrise, l’enfoirée !

– Charmante opiniâtreté, commenta-t-elle, s’agenouillant devant sa victime à peine capable de garder les yeux ouverts. Certes inutile, mais néanmoins charmante. En dépit de ta pitoyable prestation, j’ai grandement apprécié te combattre. Les victoires trop faciles m’insupportent, mais une leçon est souvent nécessaire.

De la sueur perlait sur le front de l’adolescente, collant ses mèches désordonnées à son front et à ses tempes, renforçant davantage l’impression de beauté sauvage s’échappant de sa démarche souple. Sa respiration heurtée frappa son visage, forçant une petite grimace d’agacement sur les traits de la Radikors. Quelques secondes avant, ce signe que la brune commençait enfin à ressentir la fatigue de ses dépenses d’énergie incessantes l’aurait galvanisé, voir lui redonnerait un coup de fouet assez puissant pour lui permettre de prendre l’avantage, juste un peu. Afin de lutter pour gagner encore un peu de temps.

L’amertume de cette constatation, une poignée d’instants trop tard, lui aurait bien donné envie de pleurer de rage, si elle ne tenait pas tant à conserver un minimum de dignité dans la défaite.

Elle tenta de bouger, vérifier si au moins Ekayon était parvenu à se défaire de ses liens. La douleur qui déchira son flanc la dissuada de continuer sur cette voie. Laissant ballotter sa nuque, elle observa un instant l’auréole sur son sweat, imbibée d’un liquide humide, désagréable. Quelques points de sutures, songea-t-elle distraitement, et rien n’y paraîtra plus. En attendant, la sensation était répugnante.

– Ceci réglé, nous pouvons reprendre notre discussion. Puisque ta maîtresse ne peut plus désobéir sciemment, c’est donc toi qui va me conduire à vos cuves de kaïru. Visiblement, tu es parfaitement en état de marcher ! Déclara Adriel, abandonnant sa victime sans un regard pour se tourner vers Tekris.

– Je t’ai déjà dit que je ne suis pas l’esclave de Zair, marmonna le colosse, la bouche encore un peu pâteuse bien que la colère l’empêcha de mimer quelconque autre effet. Est-ce que ça va ? Tu vas t’en sortir, pas vrai ?

Zair mit un instant avant de saisir que l’adolescent s’adressait à elle, peinant à organiser correctement ses pensées. Elle voulut lui adresser un vague signe, pour lui faire comprendre qu’elle s’en sortirait, ne parvenant qu’à bouger la main d’une manière aussi incompréhensible pour lui que pour elle.

Retrouvant enfin l’usage correct de ses poumons, l’adolescente toussa vigoureusement, rassemblant assez d’énergie pour mettre la main devant sa bouche. Bêtement soulagée de n’apercevoir aucune trace de sang sur sa peau. Juste une blessure superficielle. Peut-être profonde, mais n’atteignant guère plus que ses chairs.

Rassemblant ses forces péniblement, Zair réussit à esquisser un sourire qui se voulait rassurant, allant jusqu’à tourner la tête vers son coéquipier. Toussotant une dernière fois afin d’éclaircir sa voix, elle déclara :

– Ne t’inquiètes pas pour moi, tout baigne. Ça ne se voit pas ?

– Pas vraiment. Disons que tu as plutôt la tronche d’une déterrée. Vivante, mais pas très fraîche.

– Tu sais parler aux filles, rit-elle, son éclat s’achevant dans une quinte de toux malvenue.

Mordillant sa lèvre inférieure, le colosse hésita à s’approcher, immédiatement dissuadé par les marionnettes d’Adriel. Et par leur maîtresse en question, s’avançant, menaçante, ses mains se plaçant pour une seconde « leçon » si jamais Tekris l’outrageait encore une fois.

Ce fut ce moment que choisit Ekayon.

D’une dernière poussée franche, le solitaire libéra ses mains, se libérant de la poigne affaiblie de ses geôliers d’une torsion risquée du buste. Se plaquant son corps contre le sol, il prit appui contre le rebord du fauteuil de cuir marron, aussi hideux que confortable, se propulsant dans le couloir adjacent après avoir frôlé l’un des battants de la porte. Debout avant la fin de sa glissade, il se baissa pour éviter le poing de la femme maigrichonne l’interceptant, se déplaça souplement sur sa gauche. Tendant la main, ses doigts se refermèrent autour de la pochette de son X-Reader, pendant à la ceinture en tissu fin aux couleurs passées, heurtant de son épaule le dos de la marionnettes.

– Typhon ! invoqua-t-il avec force.

La tempête balaya les autres gardiens dans le tunnel, lui libérant l’espace pour retourner, feignant un saut en hauteur qui se termina à mi-chemin en roulade agile, dans la pièce quittée juste avant.

Dire que Zair était surprise relevait du doux euphémisme. À présent que le monastèrien détenait sa porte de secours, presque rien ne l’empêchant plus de prendre la poudre d’escampette, personne ne l’obligeait à revenir prêter main-forte à ses ennemis, momentanément alliés. Seule une cascade de coups et une incertitude totale quant à l’issue de son attaque l’attendait.

Et pourtant, contre toute logique, et différemment de ce qu’imaginaient les deux Radikors, cet incompréhensible solitaire prenait tous les risques pour… pour quoi au juste ? Les libérer ? Les aider ? Au fond, pourquoi s’embêterait-il tant, alors qu’il lui suffisait de rejoindre le Redakaï et d’expliquer la situation ?

Jouant son va-tout, Ekayon enchaîna avec une « rafale de l’oubli », l’une de ses plus puissantes attaques. Et l’une des plus gourmandes. Hélas, avant que l’attaque ne puisse atteindre sa cible, Adriel se changea de nouveau en brume, se déplaçant à une vitesse fulgurante.

Reprenant consistance à l’écart, sa riposte ne se fit pas attendre.

– Déluge de foudre ! déclara-t-elle, seul un vague agacement témoignant de son ressenti.

Pris au centre du déferlement, le solitaire ne dut son salut qu’à une célérité acquise au fil des années d’entraînement, lui évitant le plus gros de l’offensive. Sans lui permettre de s’en sortir indemne pour autant.

Un éclair frappa le sol juste devant lui, lui faisant perdre l’équilibre, puis un deuxième, le contraignait à suivre une trajectoire spécifiquement prévue par la brune.

Délaissant sa Compétence, Adriel se coula souplement vers le solitaire. Frappa du plat de la main sur son poignet, soupira de n’avoir pas pu atteindre celui détenant son X-Reader. Elle enchaîna en lui fichant son talon dans l’estomac, avant de sauter, son genou frappant son plexus solaire alors qu’elle le suivait dans sa chute.

Grognant de douleur, Ekayon tenta de se relever, ignorant son souffle coupé et son bras douloureux. Le poids d’Adriel, tranquillement installé sur sa poitrine, l’en empêcha.

– Déjà ? s’étonna-t-elle faussement, se redressant pour mettre un pied sur son sternum. Tu m’avais habitué à mieux. Plus de résistance de ta part, par exemple. À croire qu’une fois vos précieux X-Readers envolés, vous ne…

Un hurlement guttural, bien trop rauque pour appartenir à un être humain, la coupa, poussant les quatre combattants à redresser la tête, Ekayon autant que possible dans sa position. Un cri que la brune connaissait que trop bien, son visage auparavant marqué par la satisfaction s’effondrant en un masque d’inquiétude sincère. Confiant le solitaire à la garde d’une de ses marionnettes, elle abandonna sa proie, courant vers la fenêtre la plus proche d’une démarche saccadée, ouvrit promptement le battant.

Juste à temps pour voir son arsank battre désespérément de ses ailes démesurées, rétablissant un semblant d’équilibre bien précaire alors que le sol se rapprochait à une vitesse vertigineuse de son corps puissant, la pointe d’une lance écarlate dépassant de l’articulation reliant son aile à son épaule.

– Evdam ! s’exclama à son tour Adriel, se penchant dangereusement par-dessus la balustrade, suivant anxieusement la chute de son animal adoré vers la glace.

La vision de la créature volante, réduite à l’impuissance au point de ne pouvoir que lutter contre son membre devenue inutile, transpercé par une lance surgie de nulle part stupéfia les Radikors, figeant leurs corps sur place. Frissonnant, Zair fixa avec appréhension le couloir menant à sa chambre, l’anxiété l’envahissant à mesure qu’elle réunissait ses forces pour se redresser – quitte à finir battue à cause d’une erreur de débutante, au moins ses jambes pouvaient-elles cesser de vaciller aussi pathétiquement.

Faisant fi de sa propre faiblesse momentanée, Tekris se précipita vers elle, avalant les mètres les séparant encore en une fraction de seconde. Usant de mille précautions, le colosse glissa son large bras autour du buste de sa coéquipière, prenant sa main dans la sienne tandis qu’il l’attirait dans une étreinte douce, mais ferme. Prenant garde à ne pas appuyer sur sa blessure, il jeta un regard intrigué en direction de la fenêtre, Zair posant la tête sur son épaule, savourant la sensation de protection que dégageait l’adolescent, même dans pareil moment. En fermant un instant les yeux, elle pourrait imaginer se trouver ailleurs, loin de toute cette agitation, uniquement préoccupée par la chaleur de sa paume enserrant la sienne. Elle n’adhérait certes pas au romantisme, soupirant d’exaspération chaque fois qu’une midinette se précipitait dans les bras de son dulciné, néanmoins un peu de repos ne ferait, au final, aucun mal à leur duo, quitte à envoyer Zane ailleurs…

Mais déjà Adriel reportait son attention sur eux, traits tordus en une expression de fureur, les pupilles humides d’une rage que son masque habituel, disparut de ses priorités, ne dissimulait plus. Sa longue chevelure accompagna le mouvement de sa nuque, fouettant l’air comme la queue d’un chat enragé.

– Lequel d’entre vous ? siffla-t-elle, luttant pour ne pas élever la voix (mais bientôt abandonna-t-elle toute retenue, hurlant alors que ses mains reprenaient une teinte grisâtre) Répondez-moi, maintenant ! Lequel d’entre vous est à l’origine d’une telle cruauté ?! Qui a osé s’en prendre à mon Evdam !?

– Franchement, tu crois que nous avons assez d’énergie pour nous en prendre à ton animal ? soupira lourdement Ekayon, son ton ennuyé contrastant avec l’incrédulité teintant ses traits.

En un battement de cil, Adriel se retrouva près du combattant monastèrien, personne n’ayant pu la suivre visuellement. Si Zair ne connaissait pas autant la jeune femme, sûrement aurait-elle cru que la brune se trouvait désormais dotée du pouvoir de la téléportation. Sa propre marionnette esquissant un bref mouvement de recul en dépit de son absence de libre-arbitre, elle toisa le solitaire étendu à ses pieds, refusant de détourner les yeux bien que cela lui fasse tordre affreusement le cou pour parvenir à regarder la brune.

– C’est toi, n’est-ce pas ?! Comment as-tu pu t’en prendre à une créature si douce, si affectueuse ?!

– Marrant, ricana pour lui-même le combattant solitaire, je pense la même chose de Zane, pourtant je n’ai aucun mal à lui balancer mes attaques kaïru à la figure !

– Zane, doux et affectueux ? s’exclamèrent à l’unisson Zair et Tekris.

Définitivement, les chocs reçus par le monastèrien se révélaient bien plus grave qu’ils ne l’imaginaient !

– Absolument, un véritable exemple de tendresse et d’amabilité incarnée. Je vous jure, parfois, ça fait peur.

– Hum, pour être franc, c’est plutôt toi qui m’inquiètes, avoua Tekris, sceptique quant à sa santé mentale.

Poussant un hurlement de rage, furieuse d’entendre son précieux arsank ainsi relégué en arrière-plan, Adriel frappa du poing l’épaisse vitre, témoin de la déchéance brutale de son animal.

– Vous trouvez ça amusant, n’est-ce pas ? Vous avez bien envie de rigoler ? Je vais vous jeter par la fenêtre, vous verrez bien si l’envie de rire restera après une chute de quelques centaines de mètres !

– Houlà, merci de ta proposition, mais je préférerais éviter, ça doit faire sacrément mal, déclara Ekayon le plus sérieusement du monde. Tu ne trouves pas, Zair ? Niveau choc, tu me parais être une véritable experte !

– Heu, eh bien, je suppose, oui, balbutia l’intéressée, ne sachant plus s’il jouait la comédie, ou s’il s’agissait de son état naturel – c’était à se demander pourquoi Zane ne n’avait pas encore écorché vif.

Le résultat de sa collision prématurée avec le mur de sa chambre, il n’y avait que cette explication…

Une soudaine explosion résonna dans le couloir adjacent, à quelques mètres seulement du petit groupe. Les parois de la forteresse tremblèrent brièvement, une forte odeur de chair brûlée flottant dans l’air vicié des combats et de la brume d’Adriel. Déséquilibrée, Zair tendit la main derrière elle, rencontra le bois miraculeusement intacte de son bureau, s’appuya sur son plan de travail. Tekris continuait à la maintenir par la taille, suivant machinalement son geste, sans que l’adolescente ne sache plus qui soutenait qui.

Pivotant sur ses appuis, Adriel se tourna face à la porte, seul moyen d’entrer dans la chambre à coucher, sa main luisant d’une aura d’un gris malsain en prévision d’une future offensive.

L’une des marionnettes de la brune, censée monter la garde légèrement en amont de la pièce qui, décidément, commençait à devenir bien trop petite, se précipita vers les battants coulissants, maintenus ouverts sur l’ordre de sa maîtresse. Ou plutôt, vola vers eux à une vitesse bien trop véloce pour être honnête, traversa la pièce sous le regard intrigué d’Adriel, la frôla de quelques centimètres, avant de heurter de plein fouet la créature maintenant auparavant fermement Ekayon au sol. De manière un chouïa trop précise, jugea Zair, suivant avec étonnement le roulé-boulé que firent les marionnettes, terminant leur course en s’encastrant dans l’un des montants de son lit. Échangeant un regard avec Tekris, elle lut dans les traits figés de son visage la même incompréhension qu’elle ressentait. Resserrant sa prise sur la main du colosse, dans l’appréhension de voir surgir un nouvel ennemi dont ils n’avaient nul besoin, la tension habitant le moindre de ses muscles reflua légèrement, quand il lui répondit silencieusement par une pression égale.

– Rappelle-moi, Ekayon, tu parlais de douceur et d’affection ? susurra une voix, rauque, reconnaissable entre mille.

Une voix qui manqua monter les larmes aux yeux de Zair, persuadée de ne plus l’entendre.

Le solitaire, qui s’était réfugié hors de portée de son ancien geôlier dès que son inutilité fut évidente, prit le temps d’éclater de rire entre deux esquives pour échapper aux autres marionnettes bien décidées à le ramener dans leurs filets. S’il fut aussi surpris, ou soulagé, que les deux Radikors, il n’en montra rien à l’exception d’un mince sourire fatigué, et ses mots ne tremblèrent pas quand il répondit à son tour.

– Tu oublies l’amabilité foudroyante. Et la tendresse. C’était un peu brutal. Efficace, mais brutal.

Se tenant dans l’encadrement de la porte, une marionnette en guise de trophée de guerre traînée derrière lui par le col, Zane dédia à sa Némésis un sourire carnassier, presque mauvais. À travers la poussière soulevée par son entrée fracassante, deux yeux rougeâtres, l’écarlate réfracté par les particules dansant autour de sa cape ondulant doucement, se braquèrent sur Adriel. Aucune colère de la trouver ici ne se refléta dans les orbes de son regard, ni énervement de trouver sa forteresse ravagée par les échanges d’attaques kaïru.

Seulement le désir ardent de la bataille brûlait, consumant le chef des Radikors.


µµµ


– Bonjour, Adriel, ricana Zane, balançant nonchalamment la créature, oubliant instantanément son existence.

Sans que ses lèvres ne bougent, ni n’invoquent la moindre attaque kaïru, deux javelots, bien moins stylisés que la lance ayant transpercé Evdam, apparurent entre ses mains gantées, composés de la nitescence caractéristique de la formidable énergie ondoyant doucement au gré des courants invisibles propre au kaïru. À l’exception du rouge, agressif, remplaçant le bleu pâle doux, de l’énergie classique, ou le violet sombre, menaçant, de la création de Lokar tant convoitée par Adriel. Une teinte inconnue des Redakaï, du moins à la connaissance de Zair. Furtivement, elle observa Ekayon. Sa morgue habituelle se trouvait remplacée par une stupéfaction sincère, passant alternativement des armes, impensables de par sa connaissance théorique du kaïru, à l’écarlate soulignant encore les traits déjà durs du chef des Radikors.

Mieux vaudrait s’assurer qu’il ne parle pas de ce qu’il voyait… et de ce qu’il allait probablement découvrir. Zair ne permettrait jamais que le Conseil mette le nez dans les affaires de son équipe ; s’il découvrait les véritables capacités de Zane, il déciderait forcément de mettre son frère hors d’état de nuire. Code d’Honneur ou non. Ou d’essayer à toute force de le contrôler, une possibilité plus dramatique encore.

D’un geste souple, effectué presque sans y penser, Zane lança ses javelots. Certaine d’être la cible de cette offensive bien plus physique, Adriel fléchit les genoux, s’apprêtant à esquiver un jet aussi grossier.

Les armes la dépassèrent une nouvelle fois. Frappant dans le dos, sur le flanc, en travers du genou les marionnettes entourant Zair et Tekris, leur maîtresse n’ayant donné aucun ordre contraire. Trois lancers, trois réussites. La seule fille des Radikors ne doutait pas que Zane ne manquerait jamais ses victimes ; si besoin était, en pleine trajectoire, il dévierait le tracé de quelques centimètres, frappant à coup sûr.

Après tout, il s’agissait de son kaïru intérieur. Le jeune homme pouvait le manipuler à sa guise. Perdant, lentement son libre arbitre, grisé par une puissance que seul une autre part de sa personnalité, plus sombre encore, pouvait maîtriser pleinement, et de manière illimitée. Un marché cruel : se contenter d’une fraction de sa puissance et lutter pour conserver le contrôle de soi. Ou s’abandonner aux forces le tourmentant, et détenir ainsi un pouvoir dont personne, pas même Zair, ne connaissait les limites, mais en devenant tôt ou tard le pion d’une autre force dont elle ne connaissait que le nom donné par Zane. Ça.

Jusqu’ici, les horreurs perpétrées par sa brutalité chaque fois que son esprit cédait aux injonctions de cette présence honnies s’étaient révélées assez choquantes, ou bridant suffisamment l’irascible extraterrestre d’une manière ou d’une autre, pour le pousser à combattre les murmures interdits grattant, dès que la moindre faiblesse mentale le prenait, contre les parois de son crâne, quémandant l’accès au monde extérieur par le biais de promesses. La puissance contre le libre-arbitre.

Bien moins affectée par les blessures de ses joujoux que celles endurées par son arsank, Adriel retrouva la froideur seyant tant à son image, n’accordant qu’une attention distraite aux corps se débattant encore contre les pointes de kaïru les clouant au sol. Dans quelques instants, l’énergie disparaîtrait ; mais ce n’était pas pour autant certains que la moitié d’entre elles ne se relèvent, handicapées par leurs plaies béantes.

– Toi, souffla la brune, ne pouvant masquer l’espace d’une fraction de seconde sa surprise de le trouver ici, le pointant d’un doigt accusateur. Teos et Saïn étaient censés t’empêcher de nuire, une bonne fois pour toutes.

– Oui, ils m’en ont touché deux mots, répondit l’irascible extraterrestre, époussetant négligemment son épaule, abandonnant rapidement en remarquant que l’ensemble de ses vêtements se trouvait dans la nécessité de recevoir un sacré coup de nettoyage. Ils ne sont pas très doués, pour des assassins.

Soudainement pensif, il inclina la tête sur le côté, ses pupilles, seules à avoir conservé leur couleur ébène, tournant sensiblement vers sa gauche. Comme s’il écoutait les élucubrations de quelqu’un, réalisa Zair, la joie de le découvrir arrivé sur les lieux du combat se muant peu à peu en une inquiétude sourde.

Comme si quelqu’un se tenait juste derrière son épaule.

Oh, Zane, mais qu’est-ce que tu as fait ?! murmura intérieurement Zair, ne pouvant se détacher de l’éclat sanglant de son regard. Ramenant, avec lui, tant de souvenirs douloureux, de souffrances enfouies mais néanmoins pesantes de présence. Qu’elle aurait aimé ne jamais se remémorer.

Pouvant désormais librement accéder aux deux Radikors, Ekayon trottina vers eux, scrutant tout aussi attentivement le face-à-face entre le chef de l’équipe, et le bras droit de Teos. Vérifiant brièvement visuellement la blessure de Zair, il ramassa l’un des poignards de l’adolescente gisant toujours au sol, récupéra un morceau de tissu quelconque que personne, trop secoués par les multiples retournements de situation, ne parvint de toute façon à identifier. Découpant un carré dont la droiture laissait franchement à désirer, le solitaire le plia plusieurs fois, l’appliquant ensuite contre son flanc blessé, ayant la bonne grâce de n’émettre aucun commentaire sur le bras de Tekris, toujours passé autour de sa taille.

– J’ai du rater une étape, mais Zane est capable de générer des armes, en plus de boucliers ? chuchota-t-il, craignant de troubler excessivement ce moment de flottement, irréel. Je croyais que c’était impossible.

– Parce que Zane peut créer des boucliers ? s’étonna Tekris, sans pour autant le regarder.

Zair leva les yeux au ciel, tentant de foudroyer le solitaire du regard sans parvenir à davantage qu’un regard ennuyé. Au moins, le bougre eut le bon sens de paraître gêné, murmurant un « oups ? » qui, exceptionnellement, ne paraissait pas moqueur. Apaisante, elle posa la main sur le sternum de Tekris.

– C’est une histoire un peu compliquée, lui expliqua-t-elle doucement. Mais son kaïru intérieur peut produire cela, oui. Autant pour l’un, que pour l’autre. Même si cela ne doit pas sortir des murs de la forteresse, ajouta-t-elle spécifiquement à l’attention du solitaire.

– Autant pour le Code d’Honneur, plaisanta celui-ci, levant les bras devant lui en signe de compréhension.

Tekris hocha la tête, sans poser davantage de questions. Si Zair le remercia intérieurement de cette attention, elle ne doutait pas qu’il userait allègrement de sa promesse de tout lui expliquer pour comprendre un peu mieux une situation qui lui échappait complètement. Pour le moment, l’adolescente se contenta de déposer son front contre son épaule, suivant, elle aussi, le mouvement des garçons pour se concentrer sur son frère.

Cessant lentement de sourire, Zane se détourna de la présence invisible, se redressant de toute sa hauteur pour toiser Adriel. Sentant que le vent venait de tourner, et pas forcément à son avantage, cette dernière se campait devant lui, légèrement tournée de côté, jambes fléchies sans être en garde, mais prêtes à réagir au quart de tour si jamais une telle éventualité se présentait. Pourtant, elle ne paraissait pas particulièrement inquiète, la rage brûlant clairement au fond de ses entrailles l’empêchant d’éprouver autre chose qu’une puissante haine envers l’adolescent lui faisant face. Femme sûre de ses capacités, elle ne manquait pas les multiples accrocs parsemant les vêtements, l’évidence d’un combat mené et remporté de peu, la raideur inhabituelle des muscles du garçon. Elle se méfiait, par principe, par instinct, mais sans réelle conviction.

Ce fut sûrement cette prudence naturelle qui lui permit de réagir à temps.

Sans aucune autre forme d’avertissement, Zane frappa de la paume le parquet uniforme, une crevasse de plusieurs mètres de profondeur se creusant sous son impulsion. Droit vers la brune.

– Désolée pour ta chambre, commenta platement Ekayon envers Zair.

– Et après, les garçons vont s’étonner que je leur interdise de rentrer, soupira-t-elle.

Rapide, Adriel sauta en l’air en une pirouette parfaitement maîtrisée, effleura le à peine le sol avant de bondir de nouveau, de sa main jaillissant une « explosion de photons dévastatrice ».

Se relevant, Zane joignit un instant les mains, les écartant tout aussi promptement, un bouclier rougeoyant contrant l’offensive, la laissant s’écraser sur sa surface en une gerbe d’étincelles aveuglantes. Une protection que le solitaire connaissait déjà, conclut Zair en le voyant hocher sentencieusement la tête.

Une « collision démente » s’écrasa à son tour sur sa paroi, tentant une diversion tandis que la brume maudite se faufilait derrière le chef des Radikors. Brusquement, Adriel disparut, sa Compétence se distordant, s’élargissant monstrueusement, des formes absolument ignobles de déformation apparaissant et disparaissant si rapidement que Zair se demanda si elle ne les avait pas rêvées. Avant qu’elle n’ait pu se poser la question, au lieu d’un amas informe inqualifiable se tenait une créature fantasmagorique de volutes et de , le gris de ses yeux occulté par la masse quadrupède gigantesque auquel il appartenait, recouvert d’une cuirasse composée de larges plaques mouvantes. Dans un hurlement bestial, la chose chargea à l’assaut de Zane, visant son dos laissé à découvert dans un assaut physique. Peut-être l’adolescent aurait prit trop de temps pour réagir, mettant définitivement fin aux espoirs des Radikors de bouter hors de la forteresse la détestable brune. Longtemps, Zair se posera la question, sans trouver de réponse satisfaisante.

Abandonnant son rôle de simple spectateur, poussé par un regain de bons sentiments ou par un réel désir d’aider, Ekayon dégaina son X-Reader, toute trace de plaisanterie ou de sarcasmes l’ayant déserté.

– Énergie déferlante ! invoqua-t-il, des éclairs d’un bleu coruscant fusant de ses poignes.

L’attaque atteignit la créature créée par Adriel, la déséquilibrant brièvement, à peine le temps d’une expiration. Avant de reprendre sa course sans plus se soucier de l’impromptu gêneur.

Ce fut suffisant pour Zane. D’une torsion du buste, il déplaça son bouclier du côté opposé. Le choc de la brume désormais matérielle secoua la roche, une pluie de gravats tombant dans la pièce déjà ravagée, poussant les adolescents à se protéger de leurs bras. Mais si la protection en fut ébranlée également, une faille apparaissant sur son flanc droit, seul ce signe indiqua un quelconque résultat.

– J’ai déjà eu l’occasion de tester l’efficacité de ses boucliers, souffla Ekayon, une étrange inquiétude prenant place dans sa voix alors qu’il détaillait visuellement Zane. Mais le résultat est impressionnant.

– Il se sert de sa peur et de ses angoisses pour s’en faire une cuirasse, répondit Zair d’un ton las, attristé, sans qu’elle ne sache de qui elle parlait exactement, et de sa rage, de sa colère pour attaquer.

Éclatant d’un rire dément, Zane fit disparaître brusquement son bouclier, surprenant son adversaire. Sans un regard en arrière, son poignet effectua un bref mouvement circulaire, une lance prenant place dans sa paume, pointe tendue en diagonale vers le haut. La marionnette d’Adriel qui tentait de le prendre à revers s’empala du bas-ventre aux premières vertèbres, dans un craquement sinistre. L’écarlate de son regard se changea en haine pure, une frappe de kaïru ressemblant étrangement à une « dégénération » repoussant la brume sur plusieurs mètres, laissant une traînée d’ébène derrière elle.

Abandonnant la lance, le chef des Radikors la changea en une sorte de longue chaîne, l’un de ses bords aussi tranchant que la lame la plus aiguisée, se tournant face aux autres marionnettes d’Adriel menant une offensive de front, sûrement sur ordre de leur maîtresse. D’un geste théâtral du bras, une demi-douzaine d’illusions de lui-même apparurent, sans que quiconque n’eut pu dire laquelle était le vrai, perturbant les créatures de la brune, se précipitant sur la première arrivant à leur portée.

À ce moment-là, Zair dut se forcer à continuer de regarder. Ce n’était pas à un affrontement que se livrait son frère, perturbé au point de ne plus être vraiment lui-même. Il s’agissait d’une exécution pure et simple, d’un véritable massacre dont il se gorgeait, un large sourire, mauvais et crispé, au visage.

Brutalement coupée de plusieurs de ses réservoirs vivants d’énergie, Adriel s’effondra, incapable de maintenir plus longtemps sa forme de brume. De justesse, elle parvint à se rattraper au rebord de la fenêtre explosée durant une attaque perdue, évitant aux morceaux les plus gros de se ficher dans sa chair.

Haletant, le plaisir de la violence frissonnant le long de ses membres, Zane se retourna lentement vers elle. L’espace d’une fraction de seconde, l’écarlate perdit de son éclat, retrouvant presque l’ébène originel. Dans un sifflement rageur, le jeune homme se secoua vigoureusement la tête, entièrement absorbée par la brune.

– Très bien, maintenant, tu vas gentiment te rendre, ricana-t-il. Et me dire tout ce que tu sais sur les plans de Teos, ceux de l’homme que vous servez, tout ! Et ce que j’oublierai également !

– Va te faire voir, rétorqua Adriel, sa superbe à peine entachée par sa chevelure en désordre et le tremblement de ses jambes. Jamais je ne trahirais les miens, et je préfère encore périr que de te parler davantage.

– Vraiment ? Eh bien, puisque tu es si pressé de crever, je vais me faire un plaisir de t’exaucer, gronda Zane, s’avançant d’un pas vers elle.

– Non.

Tout le monde se retourna vers le solitaire. Ignorant les regards interrogateurs de Zair et Tekris, il laissa au colosse le soin de comprimer la plaie de sa compagne, franchissant, empressé, la distance le séparant du chef des Radikors. Visiblement fasciné par l’écarlate de son regard un instant auparavant, le massacre impitoyable auquel il venait de se livrer changeait radicalement sa vision des choses. Aucune peur ne se lisait dans sa posture. Même quand, furieux de se voir ainsi interrompre, Zane retroussa les lèvres sur ses canines, la sauvagerie de ses actes se reflétant dans les orbes autrefois onyx, ne voyant que l’homme.

Voyant là sa seule chance de s’en tirer, Adriel empoigna le rebord de la fenêtre, étonnamment rapide en dépit de sa fatigue. L’enjambant, elle sauta dans le vide alors que les habitants de la forteresse remarquaient seulement sa manœuvre. Pourtant, Zair ne douta pas un seul instant que cela ne signerait nullement la fin de la brune. S’enfuyant, réalisait-elle avec dépit, en emportant le double des documents de Lokar.

Grognant de colère, Zane bondit, une lame grossière sans poignée apparaissant dans sa main.

La poigne ferme d’Ekayon enserra son avant-bras, le tirant sans douceur en arrière. Profitant de l’incrédulité passagère du chef des Radikors, le solitaire, prudent et à raison, plaqua les bras de sa prise contre son corps, collant son dos contre son propre ventre, le maintenant avec toutes les forces lui restant.

– C’est fini, déclara-t-il doucement. La forteresse est libérée, Adriel ne pourra pas revenir à la charge avant un moment, et elle a perdu plusieurs de ses créatures. Le temps du combat est terminé.

Zane écarquilla les yeux, se tortillant furieusement pour se libérer.

Tekris commença à s’écarter de sa coéquipière. Si son chef d’équipe n’était visiblement pas dans son état normal, il ne pouvait pas non plus le laisser se faire maîtriser par un monastèrien, alors qu’ils ignoraient les véritables intentions du solitaire.

Raffermissant la pression de sa main sur sa poitrine, Zair lui intima silencieusement de ne rien tenter. Pas maintenant. Dans son état, Zane pouvait parfaitement, ne supportant guère la frustration, répliquer violemment contre les personnes à sa portée. Amies ou ennemies.

– Je ne la laisserais pas partie en vie ! hurla le chef des Radikors, tentant de manier sa lame.

– Et pourtant si, rétorqua fermement le solitaire, grimaçant sous l’effort. Tu ne peux pas tuer toutes les personnes qui entrent dans la forteresse !

– Et pourtant je devrais, comme ça personne ne viendrait plus interférer avec mes plans ! vociféra l’adolescent. Cette femme ne mérite que la mort, et la souffrance ! Elle paiera. Elle doit mourir !

– Pourquoi ? Parce que tu l’as décidé ? Non, Zane, ça ne se passe pas comme ça.

– Je te tuerais aussi, si tu m’en empêches !

– Et tu laissera tes coéquipiers, blessés, se vider de leur sang pendant que tu t’acharneras sur un désir inutile !

Zane se figea, clignant frénétiquement des paupières. Son dilemme intérieur, violent, crispa ses membres, se refléta sur son visage. Profitant de cette ouverture inattendue, Zair se décala légèrement, emmenant Tekris en le tenant vers la main. De manière à se trouver dans le champ de vision de son frère.

Le regard de ce dernier se posa sur le tissu ensanglanté qu’elle tenait encore à la main, reflet de l’auréole tachant ses vêtements. Il déglutit péniblement, gémit en portant ses poings à son front, le solitaire le laissant cette fois libre de ses mouvements.

Avec une infinie douceur, Ekayon glissa sa main sur celle de l’extraterrestre, le forçant à écarter ses doigts de la lame qu’ils maintenaient. Avant qu’il n’ait achevé son geste, l’arme s’envola comme par enchantement.

Zane ferma les paupières, mâchoires serrées à s’en faire mal, luttant contre son désir brûlant de continuer à se battre. Éliminer ses ennemis, les réduire en miettes, tant de choses. Zair le savait pour l’avoir entendu dire toutes ces choses, alors que seul l’écarlate dominait dans son regard.

Elle se mordit la lèvre inférieure, furieuse contre elle-même, contre sa faiblesse. Si seulement elle n’était pas aussi faible, aussi épuisée, elle aurait pu tenter de l’aider, utiliser le lien mental qu’ils reconstruisaient lentement pour lui transmettre sa propre stabilité, son calme intérieur. Au lieu de rester bras ballants, à observer son frère lutter contre ses démons intérieurs, aidé par un humain, un simple humain ignorant, chuchoter des paroles inaudibles pour les deux Radikors.

Affectueusement, Tekris pressa sa paume. Sans comprendre de quoi il s’agissait, le colosse devinait que cela obligeait à laisser les questions de côté, se concentrant exclusivement pour soutenir sa compagne.

Comment pouvait-il se montrer si prévenant, alors que des millions d’incompréhensions devaient tarauder son esprit ?!

Enfin, Zane inspira profondément, son souffle tremblant alors qu’il s’appuyait plus que nécessaire sur le solitaire. Lentement, il finit par le repousser, passant une main gauche dans sa chevelure.

Rouvrant ses paupières, Zair constata avec soulagement que l’écarlate avait considérablement reflué, ne laissant qu’un fin anneau cerclant l’onyx des pupilles de son frère. Un long moment, personne ne parla, n’osant bouger par la crainte stupide de précipiter une autre catastrophe.

Finalement, Ekayon brisa le silence, déclarant d’un ton faussement enjoué :

– Sans vouloir paraître pessimiste, je crois bien que Zair va devoir se trouver une autre chambre.

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