Laure sait qu’elle a raison depuis le début. Ce lieu, ce décor, cette atmosphère… Tout est agencé et réfléchi de sorte à les épouvanter. Malheureusement, ces deux morts sont bien réelles. Même si le docteur n’a pas osé toucher les victimes, inutile de sentir ou non leurs pouls pour constater les décès.
Cette randonneuse… Quand elle est entrée dans la pièce, les yeux injectés de sang et la peau mouchetée d’irritations et de suppurations de cette fille avait tétanisé tout le monde. Même ce brave docteur n’a pas levé le petit doigt. Cette apparition horrifique était l’élément de trop, la goutte d’eau pour faire basculer les sept dans un effroi généralisé.
Avec des morceaux de chair coincés sous ses ongles, l’étrangère avait demandé où se trouvait la salle de bain. Laure le confesse, c’était plus pour ne plus voir cette fille que pour réellement l’aider qu’elle lui indiqua où trouver les commodités. Elle ne supportait plus cette vue sur cette lépreuse d’un autre temps.
Maintenant, Laure regrette ce dégoût qu’elle a éprouvé envers cette inconnue. Personne ne connaît le nom de cette pauvre fille et pourtant, son corps décharné repose éparpillé sous le même toit qu’eux. Si tout est prévu pour les horrifier, la façon dont cette campeuse est décédée est trop traumatisante. Laure n’est pas restée longtemps face à la vision sanglante, mais la scène était plus écœurante que terrifiante. Même en étant une professionnelle du maquillage, même en bénéficiant d’un coup de pouce discret et silencieux, cette fille ne peut pas jouer la comédie, elle est morte. Et si cette boucherie est réelle, la possibilité de mourir dans les mêmes conditions que cette fille est tout aussi réelle !
La peur de la contamination a développé un élan de soutien au sein du groupe. Ils se sont tous mis d’accord quant aux mesures d’hygiène à adopter. Pour la randonneuse, il a logiquement suffi de condamner la salle de bain. De toute façon, personne n’allait prendre de douche ici. Par chance, les toilettes sont séparées. Quand elle y pense, Laure n’a vu personne aller se soulager depuis qu’ils sont ici. Même elle, en ces quelques heures, elle n’a pas éprouvé de besoins naturels. C’est curieux. Peut-être l’appréhension de se rendre dans un lieu d’aisance inconnu.
Pour le deuxième corps, afin d’éviter à tous d’être confrontés au cadavre d’Hélèna gisant sur le sol, Tom a enroulé la défunte dans le tapis sur lequel elle se trouvait, en faisant scrupuleusement attention à ne pas la toucher directement, elle ou son sang. La brune a disparu de manière moins spectaculaire. Le choc de perdre une femme qu’ils considéraient comme une des leurs, ainsi que la rapidité de ce décès ne rendent pas cette mort moins horrible que celle de la campeuse.
Le médecin ne se veut pas rassurant. Il essaye de contenir ses inquiétudes, mais Laure sent que tout cela le préoccupe. Depuis la mort d’Hélèna, Tom dévisage Bruce et Franck. Sur ce point, elle partage les peurs du docteur ! Hélèna a été en contact physique avec la randonneuse, tout comme Bruce. Si ce n’est pas par échange viral, il est tout à fait possible que l’inconnue et Hélèna aient attrapé ce mal à l’extérieur. Si tel est le cas, alors toutes les personnes qui sont sorties sont condamnées. Même si les deux victimes ne se sont pas éteintes dans des circonstances identiques, la coïncidence est trop grande pour être minimisée. Elles ont forcément contracté la même fulgurante infection.
Laure craint pour sa propre vie. Elle s’est rapprochée physiquement d’Hélèna peu de temps avant sa chute. Elle l’a même touchée, même si elle s’est contentée de contact avec des zones vêtues. Laure pense avoir respecté une certaine distance de sécurité, du moins, elle l’espère. Mais ces raisonnements pragmatiques ne suffisent pas à la détendre.
La confusion règne. Si Laure essaye difficilement de garder son sang-froid, d’autres craquent ostensiblement. C’est le cas de Wendy qui est sortie sur le perron. Aux dernières nouvelles, elle vomit. L’influenceuse n’a rien voulu savoir d’un potentiel risque d’épidémie présente dehors. Madame devait sortir, alors elle est sortie. Johnny est en boule dans le coin du salon, Tom l’a rejoint. Laure sent que le docteur est sensible à la cause du garçon et ce n’est pas le seul. Si tout cela est déjà insoutenable pour les adultes, un jeune adolescent comme lui doit être plus que tourmenté. Bruce et Franck se disputent. Visiblement, ils ont eu la même réflexion que Laure et craignent d’être aussi touchés par la maladie qui vient d’exterminer les filles.
Sur ce point, Tom est formel, en tant que médecin, il affirme que les deux femmes ont succombé à une infection virale ou bactériologique.
La paranoïa de Franck et de Bruce est légitime. Ils tentent de se remémorer, étape par étape ce qu’ils ont fait dehors. Ils ressassent leurs interactions physiques avec les victimes. Franck aurait effleuré le sac à dos de l’inconnue et Bruce avait épaulé celle-ci lorsqu’ils l’ont ramenée à la maison. Bruce est particulièrement inquiet car Hélèna avait fait de même. Elle a eu la même proximité que lui avec cette femme et elle a subi une mort foudroyante !
Justement, Laure profite de cet argument pour détendre Bruce et Franck. Selon elle, s’ils étaient malades, ils en ressentiraient déjà les symptômes. Cette phrase a aussi vocation à l’auto-convaincre de son bon état de santé. Curieux, Tom a laissé Johnny pour rejoindre cette discussion. La réaction du médecin est pour le moins inattendue. Sur un ton très énervé, il demande à Laure comment elle peut affirmer cela avec une telle certitude. Laure décèle de la suspicion dans la voix de son partenaire de malheur. Tout en restant sereine, elle reprend son raisonnement initial. Ils se sont réveillés ici, dans une cabane où aucun d’entre eux n’était jamais venu, ils ne se connaissent pas les uns les autres, ils ont été habillés à l’identique et n’ont aucun effet personnel. Elle n’a pas d’explication rationnelle, mais son intuition lui murmure que tout est fait pour leur faire peur. L’ambiance de film d’épouvante est, bien évidemment, un argument allant dans ce sens. Elle en arrive à cette maladie expéditive. En moins de dix minutes, les deux femmes sont mortes sous leurs yeux impuissants. Les drames se sont produits il y a plus de trente minutes. Pour rester cohérent avec le contexte, si l’objectif est de les terroriser, c’est réussi. Le temps joue en leur faveur car si l’un d’entre eux avait été contaminé, il serait déjà mort également. Rien n’est fait pour les rassurer ici, alors pourquoi ce fléau se serait-il brusquement arrêté en si bon chemin ? Si ce n’est parce que personne d’autre n’est malade pour l’instant ?
Laure hésite à poursuivre son monologue. Elle sait que Tom ne va pas apprécier ce qu’elle va dire, mais peu importe. Elle ose donc ajouter que les symptômes et décès des deux femmes ressemblent grandement aux morts observées dans le film Cabin Fever. Elle précise que la décoration et le modèle du téléphone portable de la randonneuse abondent dans ce sens.
- Tu n’es jamais fatiguée toi ? s’exaspère Tom.
- Ecoute mon gars, répond Laure légèrement irritée, ce n’est pas moi le médecin ici. J’ignore totalement quel mal a pu frapper cette pauvre Hélèna et l’autre fille, mais je suis désolée d’insister sur le fait que leur infection s’apparente au virus dévoreur de chair du film ! Si tu as une explication plus scientifique à proposer, je pense pouvoir parler au nom de tous en disant que ton avis professionnel sur la question nous intéresse !
Tom fronce les sourcils. Laure comprend bien que cet homme de sciences n’a pas d’explication à leur proposer. La vérité, c’est que Tom ne comprend rien de plus qu’eux à cette situation, mais qu’il refuse de prendre le risque de créer un mouvement de panique. Laure respecte ce choix, mais elle ne peut pas se résigner à attendre sans rien faire ! Elle ne peut pas non plus réellement passer à l’action. Elle aimerait agir, oui, mais comment ? Alors, elle use de ses deux uniques armes possibles : sa logique et sa capacité réflexive. Tant pis si cela déplaît.
Tom finit par adoucir son expression faciale. S’inclinerait-il face à l’argumentaire de Laure ? En tout cas, c’est avec compassion qu’il interroge Franck et Bruce. Comment se sentent-ils ? Eprouvent-ils des nausées, démangeaisons ou tout autres maux ?
Les deux hommes respirent aisément, n’ont pas d’urticaire et ne souffrent pas de douleurs quelconques. Le docteur regarde Laure avant de donner son avis médical. Il admet qu’elle peut avoir raison sur son hypothèse quant à la rapidité de la maladie et de sa contagion. Tom ignore comment la randonneuse est tombée malade, mais il est certain qu’Hélèna a attrapé le mal lors de son escapade en extérieur, que cela soit auprès de l’inconnue ou non. Etant donné la soudaineté du décès de la vendeuse, il est plus que probable qu’aucun autre individu présent dans ce chalet ne soit infecté, sinon, en effet, ils en auraient déjà constaté des signes infectieux.
Dans un souffle de panique, Franck se tourne vers Wendy. L’influenceuse ne vomit plus, mais cela pourrait être un signe de contamination ! Le docteur avoue y avoir pensé, mais il évoque également la possibilité de l’état de choc suite à la vision d’horreur que la jeune femme a eu en entrant dans la salle de bain. Quoi qu’il en soit, Wendy est à l’écart, de sa place, elle n’est pas dangereuse pour le reste du groupe. Il dit être vigilant et se veut plutôt optimiste. La blonde n’a fait que vomir. Elle ne saigne pas, ne se gratte pas et tient encore debout.
Laure est soulagée que Tom se range de son côté. Elle n’aime pas le conflit. Aujourd’hui n’aurait pas été le jour idéal pour commencer à entrer dans une bataille idéologique avec un homme qu’elle vient de rencontrer. Elle décèle une lueur de sympathie dans les yeux de Tom. Ils sont dans la même galère, ils doivent s’entraider.
Mais un détail continue d’obséder la trentenaire. Dans ses souvenirs du film d’Eli Roth, si la maladie est violente, la contamination n’est pas aussi véloce. Pourquoi cela irait-il si vite ici ? Cela aurait-il son importance ? Les personnes qui les ont amenés là savaient-elles pour la maladie ? Ou pire, ces mystérieux hôtes sont-ils à l’origine de cette infection ? Si oui, sont-ils des scientifiques contraints par le temps ? Laure préfère garder pour elle ces interrogations-ci, inutile d’affoler tout le monde. Si une de ces idées s’avère juste, alors que cela soit dehors ou dans ce chalet, ils ne sont en sécurité nulle part.
La projectionniste voit Tom la regarder avec insistance, il a certainement compris qu’elle continuait de réfléchir. Elle promet au médecin de ne pas s’adonner à d’autres sorties qu’il jugerait irrationnelles. Il semble satisfait et amusé et part retrouver Johnny.
C’est alors que Bruce, sur une intonation naïve et tremblante que Laure ne lui connaissait pas encore, s’interroge à voix haute. Il se demande si tous ne seraient pas les cobayes d’une sorte d’expérience psychologique. Selon lui, ces uniformes blancs évoquent les souris de laboratoire.
Laure observe les réactions de ses camarades après cette réflexion. Son regard s’appesantit davantage sur Tom. Le docteur reste sans voix face à la question du bellâtre. Il est à court d’arguments logiques pour parer une telle proposition. Il préfère se taire plutôt que d’aggraver la situation.
Qu’ils soient présents pour une pseudo raison scientifique ou pour une quelconque farce filmée, il est indubitable que tout cela est allé trop loin. Les personnes qui les ont choisis et conduits ici ne leur veulent pas du bien. D’ailleurs, Laure est certaine qu’ils n’ont pas été élus par hasard… Leurs profils variés peuvent étayer la thèse scientifique, avec une recherche de réduction d’éventuelles variables indésirables. Dans ce cas, ont-ils été attrapés au hasard d’une rue, ou leurs enlèvements étaient-ils prémédités ? Si oui, pourquoi eux précisément ?
Au final, personne ne répond à l’interrogation de Bruce. Pourtant, Laure avait pensé à cette possibilité également, tout comme elle est certaine d’avoir déjà entendu cette suggestion plus tôt. C’est un peu le problème dans ce groupe hétérogène et sans affinités, ils ne s’écoutent pas ou ne sont pas suffisamment attentifs les uns envers les autres. Il faut que cela change ! Leur union est nécessaire pour parvenir à percer le mystère de leur présence ici. Ce n’est qu’ensemble qu’ils pourront envisager une fuite. Pour agir à l’unisson, encore faut-il se témoigner de l’intérêt et prendre en considération chaque remarque.
De toute évidence, Johnny est trop faible et abattu pour proposer quoi que ce soit. Wendy est toujours sur le perron. La porte d’entrée est ouverte, tous peuvent voir l’influenceuse en train de contempler le lac. Elle ne vomit plus, cette manifestation était définitivement due au traumatisme, non pas à un virus. Bruce et Franck commencent à être rassurés quant à leur état, mais ils sont encore bien trop égocentrés pour s’avérer réellement utiles au groupe.
Toutefois, Franck surprend Laure par une question tout à fait légitime et pratico-pratique : « que faire maintenant ? ».
Ils sont six, coincés dans une maison avec deux cadavres. Tout porte à croire que l’origine des décès est la même pour ces deux femmes. Il paraît évident qu’il faut éviter de les approcher. Ils ignorent où elles ont contracté cette maladie, ce qui limite les actions possibles et accentue les psychoses. Même avec un raisonnement s’appuyant sur les faits, il est difficile de prendre une décision. Attendre les secours ? Et s’ils ne venaient jamais ? Sortir de la maison et rejoindre la route ? Au moins ici, ils sont à l’abri sous un toit. Sans compter que dehors, ils sont perdus et pas assez équipés pour une excursion dont la durée est indéterminable. Sans oublier le spectre d’une contamination possible au contact de l’air. Mais dans le chalet, ils respirent un oxygène vicié où résident deux mortes, l’air pourrait finir par se vicier.
Laure commence à oublier cette hypothèse de transmission virale aérienne. Wendy se trouve sur le seuil depuis plusieurs longues minutes et elle semble aller de mieux en mieux. Si un virus volatil extérieur pouvait les attaquer, ils seraient déjà tous morts, étant donné que la porte d’entrée est ouverte et que la pièce est aérée.
D’ailleurs cette maison, Laure ne l’a peut-être pas assez étudiée. En scrutant plus attentivement chaque recoin, des indices pourraient se révéler utiles.
Dès son réveil dans ce chalet, Laure a immédiatement pensé à un film d’horreur. Il faut dire qu’elle maîtrise le sujet. Chaque année, le public se déplace dans son modeste cinéma pour les soirées spéciales Halloween. Elle y propose des marathons de longs-métrages allant du simple thriller au film gore. Habituée à ce genre artistique, elle sait que, souvent, la solution réside dans les détails. Des indices sont disséminés à l’écran, parfois invisibles aux yeux des personnages mais évidents pour les spectateurs perspicaces. Ce sont des indications qui peuvent dès le début de l’histoire, en révéler son issue. Un objet, une phrase, une musique, une absence, une attitude, un personnage, une interaction, rien n’est à négliger.
Seulement, même en redoublant d’attention, rien ne semble pouvoir les aider dans ce salon. Pourtant, Laure ne saurait expliquer pourquoi, mais elle a le pressentiment d’avoir déjà été confrontée à des éléments explicatifs, sans les avoir compris réellement… Peut-être confond-elle ses désirs avec la réalité.
Pour revenir à l’idée formulée par Bruce, l’hypothèse d’une expérience psychologique n’est pas sans fondements. Il a raison, ces uniformes blancs vont dans ce sens. Quelle que soit la raison de leur présence ici, ces tenues ont leur importance.
Que cela soit pour une expérience ou pour une autre raison, cela ne servirait à rien de se donner autant de mal à les mettre en scène si ce n’était pas pour les observer ou les filmer. Sachant maintenant ce qu’elle cherche, Laure scrute de nouveau la pièce. Elle espère tomber sur une caméra, des micros ou des vitres sans tain.
Wendy est de retour dans le chalet. Son teint blafard maladif a laissé place à son teint fantomatique naturel. L’influenceuse observe les déambulations de Laure. Celle-ci sent les yeux interloqués de sa camarade se poser sur elle. Laure comprend aisément la confusion, elle est à quatre pattes par terre et étudie le derrière du canapé, une position peu conventionnelle.
La blonde demande à Laure ce qui lui prend. Elle lui explique alors son raisonnement et la très forte probabilité pour qu’ils soient observés en ce moment-même ! La vedette sourit, il est vrai qu’elle avait émis elle-même cette idée plus haut. Elle est ravie que sa proposition soit enfin prise en considération ! Alors, elle se met à aider Laure dans ses recherches.
C’est amusant, lorsque Laure avait ouvert les yeux, le visage fermé de Wendy fut sa première vision. Cette nana excessive qui tournait en boucle sur sa petite personne avait profondément énervé la trentenaire. Wendy est le genre de fille que Laure ne fréquenterait pas, pourtant, elles sont ici ensemble et un semblant de camaraderie commence à naître entre les deux femmes.
N’ayant toujours pas de symptômes, Bruce et Franck ont définitivement cessé leur querelle stérile. Ils ont entendu la discussion des filles. Ayant envie de passer à l’action, ils se mettent, eux aussi, à fouiller les lieux.
Johnny est toujours recroquevillé dans son coin, la tête enfouie dans ses genoux. Tom tente d’apaiser le jeune homme mais celui-ci ne lui répond pas. Johnny sanglote et tremble au rythme de spasmes nerveux. D’après ce qu’il a dit plus haut, Tom est père de famille, le petit Johnny doit lui faire penser à ses propres enfants. Même si le docteur reste au chevet de l’adolescent, Laure le voit être attentif aux fouilles de la maison. Tom ne les aide pas, mais il semble approuver cette initiative.
Se sentant en confiance et comprenant qu’un climat de solidarité s’installe lentement, Laure avoue que les différents âges de chacun la questionnent. Johnny n’a que 12 ans, Franck tout juste 18, Wendy doit avoir une vingtaine d’années, Bruce (tout comme Hélèna) a une quarantaine d’années et, sans vouloir vexer Tom, elle lui assigne une bonne cinquantaine de bougies. Quant à elle, elle déclare avoir 33 ans. Autrement dit, l’âge n’a pas été un critère de sélection pour les déplacer jusqu’ici. Cet argument est réfuté par Bruce, il estime que le panel est varié. Laure botte en touche, Bruce et Hélèna avaient à peu près le même âge, Wendy et Franck sont proches également. Non, pour elle, cet élément est un argument en faveur d’un choix éclairé quant à leur personne. Ils sont ici parce qu’ils sont eux, pas pour représenter diverses tranches de la population.
Wendy en profite pour redire qu’elle est ici car elle est célèbre. Laure ne rebondit pas sur ce soutien, elle n’adhère pas du tout au fait que l’influenceuse soit la victime au cœur de toute cette manigance. Certes, cette fille est connue. Mais si elle est la plus importante aux yeux des organisateurs de cette mauvaise blague, pourquoi ne pas l’avoir enlevée simplement elle ? Cela ne tient pas debout. Laure est désolée pour l’ego de Wendy, mais elle en est sûre : cette starlette n’est pas au centre des désirs machiavéliques des bourreaux qui les maintiennent captifs. En effet, même s’ils ne sont pas séquestrés dans ces murs, l’absence de communication possible, d’informations quant au lieu et de véhicules disponibles s’apparentent à des conditions d’enfermement.
Soudain, une détonation retentit ! Laure et ses compagnons se redressent et se dévisagent. La panique les envahit. Le son s’apparentait à un coup de fusil, ou plus fort, comme un feu d’artifice.
Johnny se met à hurler et place ses mains sur ses oreilles, tout en effectuant des mouvements de balancier. Tom continue vainement de parler avec tendresse au garçon, mais il ne l’entend pas.
C’était trop bref, impossible de savoir d’où provenait ce claquement dans l’air. Cette incertitude n’empêche pas Bruce d’ordonner à tous de sortir de la maison. Laure est d’accord, ils ne peuvent pas faire comme si de rien n’était, mais de là à sortir ? Cette détonation pouvait venir de dehors, pourquoi y seraient-ils plus en sécurité ?
Apparemment, Laure n’est pas la seule à hésiter face à cette injonction : Johnny refuse de bouger. Mais contre toute attente, Tom le saisit et le porte jusqu’à l’extérieur, ils sont les premiers dehors. Laure ne comprend pas la réaction du médecin. Il pourrait mettre en danger le gamin !
Bruce fait de grands mouvements de bras pour inciter Franck, Wendy et Laure à faire de même. Franck et Wendy capitulent. Laure finit par sortir également, sous la pression de la majorité et devant l’aplomb de Bruce, mais elle est terrifiée et n’aurait jamais pris la décision de sortir d’elle-même !
Une fois tous dehors, tout est calme. Pas de bruit, pas de présence, pas de vent. Laure a une curieuse impression, la vie semble s’être arrêtée. Le monde est sur pause. Tout cela n’a aucun sens… Tom doit être dans le même état qu’elle. Pour la première fois, Laure lit une réelle panique sur le visage du médecin. Voilà pourquoi il est sorti, il a cédé à une pulsion de terreur. Le docteur craque face à l’absurdité de tout cela et crie en interrogeant le ciel pour implorer que tout s’arrête. Toujours en tenant fermement Johnny dans ses bras, il injurie les monstres qui les ont amenés ici, proférant qu’il faut être ignoblement dérangé pour faire subir cela à un enfant !
C’est alors que la luminosité change, tout devient excessivement éclairé, comme si un spot était dirigé sur eux. Wendy aussi explose et se met à genoux pour supplier un éventuel observateur.
La lumière est de plus en plus forte, Laure ne voit plus rien. L’éclairage finit par l’aveugler totalement.
Dans ce chaos, Laure est tétanisée. Elle entend encore les jérémiades de Wendy et les sanglots pétrifiés de Johnny. Elle tend les bras dans l’espoir de toucher ses compagnons, mais elle n’arrive pas à les trouver.
Puis Laure se sent bizarre, des picotements parcourent son corps. Elle panique, elle est infectée ! Peut-être que la lumière n’existe pas et que cela provient d’une altération de ses sens avec le virus ! Elle aussi va mourir dans d’atroces souffrances et aussi brutalement qu’Hélèna ! Et s’ils étaient tous malades depuis le début ? Et si cet isolement n’était qu’une mise en quarantaine ? Et si Hélèna était morte plus tôt juste parce qu’elle était moins résistante ?
Laure a l’impression que le sol se dérobe sous ses pieds, dans un ultime cri, elle se laisse tomber.