Immersion

Chapitre 16 : Epilogue

Par lemoutondemars

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Laure voit son psychologue toutes les semaines depuis l’enlèvement. Le traumatisme est trop fort, elle ne s’en remettra sans doute jamais.

Quand les secours sont venus, alertés par les fumées, ils ont tous été envoyés à l’hôpital pour un contrôle complet. Son état ne lui permettait pas de recevoir des visites. Elle n’a pas pu revoir ses camarades. D’après les soignants, ses quatre amis seraient partis en deux jours, alors qu’elle a été contrainte de rester dix jours supplémentaires. Ses analyses sanguines avaient révélé la présence de puissantes neurotoxines hallucinogènes. Les médecins avaient préféré la garder en observation, afin d’être certains que les effets des drogues se soient totalement dissipés. Apparemment, l’inconnu qui les avait aidés à sortir de l’entrepôt avait eu besoin d’une chirurgie plastique et aurait été transporté vers une autre ville, elle n’a pas eu d’autres nouvelles à propos de cet homme.

Quand elle est rentrée chez elle, Laure a développé ce que son généraliste a qualifié de « troubles paranoïaques causés par un choc post-traumatique ». Tous les jours, elle doit prendre des cachets pour calmer ses angoisses et l’aider à s’endormir. Malgré cette précaution, toutes les nuits, elle cauchemarde, revivant inlassablement les scènes auxquelles elle a été confrontée dans la réalité virtuelle.

Selon les enquêteurs, Bruce, Wendy, Franck, Tom, Hélèna et elle ont été enlevés par un malade qui leur a fait subir une expérience scientifico-psychologique contre leur gré. En clair, Laure a très bien compris que la police n’en savait pas plus qu’eux. Tous ont été interrogés, et cela plusieurs fois. Les inspecteurs les ont même suspectés d’avoir inventé toute cette histoire dans le but de tuer les deux personnes dont les corps ont été retrouvés calcinés dans l’entrepôt. Fort heureusement, la justice a innocenté complètement Laure et ses camarades.

Pour ce qui est du ravisseur, ce John, aucune trace de lui. L’homme s’est volatilisé. Pourtant, Tom était parvenu à retrouver une ancienne adresse postale et un nom de famille, mais le suspect reste introuvable. Son profil n’a certainement pas retenu l’attention des services de police.

Une fois l’enquête terminée, sans se concerter, Laure et les quatre autres ont convenu de ne plus se parler. Rester en contact leur évoquait de trop mauvais souvenirs. Chacun a donc retrouvé sa petite vie. Laure se demande régulièrement si ses amis ont réussi à mieux surmonter qu’elle ce traumatisme. Dans son téléphone, elle possède le numéro de chacun mais n’ose pas les contacter. De toute évidence, ils ont la même réaction qu’elle.

Sur les réseaux, Laure peut voir les actualités de Wendy. Cette dernière a repris son activité d’influenceuse. L’histoire de son enlèvement et les horreurs qu’elle a subies ont passionné ses followers. Laure appréhende que cela intéresse un producteur quelconque qui pourrait avoir l’envie d’adapter cela en roman ou pire, en film… Si cela venait à sortir au cinéma, elle se sentirait obligée de regarder et même, de diffuser ce long-métrage. Elle serait trop curieuse de voir comment un réalisateur expliquerait tout ce qu’elle ignore.

En attendant, dans son cinéma de la Belle Étoile, Laure continue ses rétrospectives horrifiques. En ce moment-même, pour cet Halloween sur le thème de la lycanthropie, elle diffuse Le Loup-garou de Londres de John Landis[1]. Comme à son habitude, Laure reste à côté de son vidéoprojecteur pendant les films. Lors des soirées évènements comme celle-ci, elle ne regarde pas les projections, qu’elle connaît souvent par cœur.

Assommée par ses barbituriques, elle se permet une sieste. Dans son cinéma, elle se sent à l’abri, rien ne peut l’atteindre dans sa cabine fermée de l’intérieur. Mais à la seizième minute de film, un coup de fusil retentit. Laure tressaille et se réveille en sursaut ! Elle regarde tout autour d’elle. Elle se lève, observe la salle de cinéma par sa lucarne. Dans un halo lumineux, elle voit apparaître le visage du petit Johnny en gros plan sur la toile. Peu à peu, le visage de ce dernier évolue, grandit, mûrit… Dans ce vieillissement accéléré, elle reconnaît le visage de l’homme qui l’agressa dans son cinéma quelques années auparavant. Puis avec effroi, elle découvre le visage balafré de l’homme rencontré dans le hangar. La miraculeuse ultime victime… Elle le reconnaît ! C’est lui ! Elle se revoit dans une pièce étrange avec cet homme au-dessus d’elle !

Là, sur la toile, tout en fixant Laure d’un air diabolique, le bourreau rit aux éclats, satisfait de sa réussite.


[1] Landis, J. (1981). Le Loup-garou de Londres [Film]. PolyGram Pictures, Lycanthrope Films LIMITED, American Werewolf Inc., Guber-Peters Company.




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