Shameless: Beautiful Disaster

Chapitre 1 : Bienvenue dans le pire quartier de Chicago

Par arianator94110

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Musique conseillée :

Bad Reputation — Joan Jett (https://www.youtube.com/watch?v=nO6YL09T8Fw)


Certaines rencontres changent une vie.

D’autres commencent par une insulte, un meuble cassé et une menace d’appeler la police.

Dans le South Side, les deux possibilités sont généralement la même chose.

⸻

10 H 17 — SOUTH SIDE, CHICAGO

Le camion de déménagement venait de tomber en panne.

Naturellement.

Kaylin Park contempla le véhicule immobilisé au milieu de la rue, les mains sur les hanches, tandis que le conducteur tentait pour la troisième fois de redémarrer le moteur.

— Vous êtes sérieux, là ?

— Mademoiselle, je vous assure que ça ne m’arrive jamais !

Ara Haneul, assise sur une valise à roulettes, leva les yeux vers le ciel.

— Il vient de caler deux fois depuis qu’on est parties.

— Trois fois, corrigea Kaylin.

— Ah. Pardon. Trois fois. Ça change tout.

Kaylin lui lança un regard noir.

Ara lui adressa son plus beau sourire innocent.

Les deux jeunes femmes venaient de débarquer à Chicago. Elles avaient trouvé un appartement bon marché dans le South Side, ce qui aurait dû leur mettre la puce à l’oreille.

Le propriétaire leur avait promis un quartier calme, des voisins sympathiques et une plomberie fonctionnelle.

Avec le recul, Kaylin soupçonnait cet homme d’avoir menti sur absolument tout.

— Bon, déclara-t-elle en récupérant son sac. On va porter les cartons nous-mêmes.

Ara regarda les six cartons empilés à l’arrière du camion.

— Tous ?

— Non. Seulement ceux qui contiennent des explosifs.

— Très drôle.

— Merci.

Elles commencèrent à décharger.

Dix minutes plus tard, Kaylin reculait en portant un carton beaucoup trop lourd lorsqu’elle heurta quelque chose.

Ou plutôt quelqu’un.

Le carton lui échappa des mains.

Une collection de pièces métalliques, plusieurs outils et un objet ressemblant étrangement à un chargeur de téléphone volèrent sur le trottoir.

Un garçon blond, vêtu d’un tee-shirt sombre, baissa lentement les yeux vers le désastre à ses pieds.

Puis il releva la tête.

— T’as cinq secondes pour m’expliquer pourquoi tu viens de jeter mes affaires par terre.

Kaylin cligna des yeux.

— Bonjour à toi aussi.

— Quatre secondes.

— Tu comptes vraiment me menacer alors que tu as laissé tes affaires au milieu du passage ?

Le garçon ouvrit la bouche.

La referma.

Puis désigna les objets éparpillés.

— C’est mon matériel !

— Et moi, je suis censée lire dans tes pensées ?

— Tu pourrais commencer par regarder devant toi !

— Tu pourrais commencer par ranger ton bordel !

Un silence.

Ara, derrière eux, murmura :

— On est là depuis vingt minutes et elle a déjà trouvé un ennemi. Nouveau record personnel.

Le blond tourna la tête.

— Pardon ?

— Rien, répondit Ara avec un sourire.

Il reporta son attention sur Kaylin.

— Carl. Carl Gallagher.

— Félicitations.

— Et toi, t’es toujours aussi agréable ?

— Seulement avec les inconnus.

— Alors j’ai hâte de voir comment tu traites tes amis.

— Ils ont de la chance. Ils ne ressemblent pas à des types qui menacent les gens pour trois tournevis.

Carl la fixa.

Kaylin le fixa en retour.

Aucun des deux ne semblait disposé à céder.

— Carl ! cria une voix depuis la maison voisine. Pourquoi tu gueules encore ?

Un deuxième garçon apparut sur le perron.

Roux, plus grand, l’air fatigué de quelqu’un qui avait déjà vécu trois catastrophes avant le petit-déjeuner.

Il observa Carl, Kaylin, Ara et les outils répandus sur le trottoir.

— Je ne veux même pas savoir.

— Cette fille a détruit mon matériel !

— Il était par terre, protesta Kaylin.

— Parce que tu l’as fait tomber !

— Parce que TU l’as laissé traîner !

Le roux ferma les yeux.

— Super. Une nouvelle dispute. C’est exactement ce qui manquait à ma journée.

Il descendit les marches et commença à ramasser les outils.

— Ian Gallagher, se présenta-t-il en tendant la main à Kaylin. Désolé pour mon frère. Il est né comme ça.

Kaylin observa la main tendue avant de la serrer brièvement.

— Kaylin Park. Et je commence sérieusement à me demander si tous les Gallagher sont aussi accueillants.

Ian haussa un sourcil.

— On se connaît depuis trente secondes et tu nous juges déjà ?

— Ton frère vient de me menacer pour trois tournevis. Tu veux que je me fasse une opinion sur quoi ? Votre sens de l’hospitalité ?

Ian retira sa main et désigna Carl.

— D’accord, pour lui, je ne peux pas vraiment te donner tort.

— Hé ! protesta Carl.

Kaylin eut un petit sourire satisfait.

Ian le remarqua.

— Ne souris pas trop vite. Tu n’as encore rencontré que Carl.

— C’est censé me rassurer ?

— Non. C’est censé te prévenir.

Le sourire de Kaylin disparut progressivement.

— Tu sais quoi ? Je pense qu’on va très bien s’entendre.

Ian croisa les bras.

— Vraiment ?

— Absolument pas.

— Parfait. On est deux.

Ils se regardèrent quelques secondes.

Pour une raison inexplicable, Ara sembla trouver cet échange particulièrement divertissant.

— Oh, ça va être magnifique.

Carl passa alternativement son regard de son frère à Kaylin.

— Attendez, vous vous disputez déjà ? C’est mon truc, ça !

— Trouve-toi une autre activité, Carl, répondit Ian.

— Et toi, trouve-toi une personnalité, répliqua Kaylin.

Carl éclata de rire.

Ian, lui, se contenta de lui lancer un regard agacé.

Première rencontre : catastrophique.

Premier échange : une dispute.

Première impression : ils auraient probablement préféré ne jamais se croiser.

Et pourtant, quelque part dans le chaos de cette rue, quelque chose venait de commencer.

Personne ne pouvait encore savoir quoi.

⸻

10 H 46 — DEVANT LA MAISON DES GALLAGHER

Après une négociation particulièrement tendue avec le chauffeur, les cartons finirent par rejoindre le trottoir.

Le camion repartit en toussotant.

Kaylin contempla leur nouvel immeuble.

Une fenêtre était fendue. La peinture s’écaillait. Quelqu’un avait abandonné un canapé éventré près des poubelles.

— Je vais tuer le propriétaire, annonça-t-elle.

— Après avoir récupéré notre caution, précisa Ara.

— Je vais le tuer APRÈS avoir récupéré notre caution.

Ian, qui avait entendu la conversation, s’approcha.

— Vous venez d’emménager ici ?

— Malheureusement, répondit Kaylin.

— Vous savez que le chauffage fonctionne une fois sur deux ?

Ara se retourna lentement.

— Pardon ?

— Et que le propriétaire a essayé de louer le même appartement à deux autres personnes la semaine dernière ?

Kaylin resta immobile.

Puis elle sortit son téléphone.

— Ara.

— Oui ?

— Appelle-moi le numéro du propriétaire.

— Pour lui parler ?

Kaylin lui adressa un sourire terrifiant.

— Bien sûr.

Carl, adossé à la clôture, observa la scène avec amusement.

— Elle me plaît bien, ta nouvelle voisine.

Ian tourna la tête vers lui.

— Tu viens de passer quinze minutes à l’insulter.

— Et alors ? J’ai le droit de changer d’avis.

— C’est inquiétant.

— Tais-toi, Ian.

Kaylin raccrocha après avoir laissé un message vocal au propriétaire. Un message suffisamment poli pour être légal, mais suffisamment menaçant pour lui faire regretter son existence.

Ara applaudit doucement.

— Magnifique. Une vraie diplomate.

— Merci.

— Tu crois qu’on devrait chercher un autre appartement ?

Kaylin regarda la façade décrépite, puis les deux frères qui se disputaient maintenant pour savoir qui avait perdu une clé à molette.

Elle soupira.

— On va déjà essayer de survivre à la première nuit.

Ian leva les yeux au ciel.

— Bonne chance. Ici, survivre à une journée, c’est déjà un exploit.

Kaylin se tourna vers lui.

— Tu pourrais essayer d’être encourageant, tu sais.

— Je viens de vous prévenir pour le chauffage et votre propriétaire. C’est déjà généreux.

— Ah, pardon. Merci infiniment pour cette démonstration exceptionnelle de gentillesse.

— De rien. Je fais des efforts.

— Ça doit être épuisant.

— Tu n’imagines même pas.

Carl observa leur échange avec un sourire de plus en plus large.

— Vous êtes sûrs que vous ne vous connaissez pas déjà ?

— NON ! répondirent-ils simultanément.

Cette fois, même Ian sembla réaliser à quel point leur synchronisation était absurde.

Il détourna le regard en secouant la tête.

Kaylin fit exactement la même chose.

Ara se mordit les lèvres pour ne pas rire.

La journée allait être longue.

Très longue.

À cet instant, une fenêtre s’ouvrit à l’étage de la maison voisine.

— QUI A MIS UN CANAPÉ DEVANT MES POUBELLES ?! hurla une voix féminine.

Les quatre jeunes gens levèrent simultanément la tête.

Carl désigna Ian.

Ian désigna Carl.

Ara désigna le chauffeur du camion, pourtant parti depuis dix minutes.

Kaylin, elle, récupéra son dernier carton.

— Je retire ce que j’ai dit.

Ian haussa un sourcil.

— À propos de quoi ?

Elle regarda la rue, les maisons, les habitants qui semblaient se disputer par habitude et Carl, qui lui adressait désormais un sourire provocateur.

Puis elle posa les yeux sur Ian.

— Je ne vais pas survivre ici si les gens sont tous aussi insupportables que vous deux.

Ian esquissa un sourire ironique.

— Et pourtant, tu viens à peine d’arriver.

— Crois-moi, je le regrette déjà.

— Le sentiment est probablement réciproque.

Kaylin lui adressa un sourire parfaitement faux.

— Ravie de l’apprendre, Gallagher.

— Tout le plaisir est pour moi, Park.

Elle tourna les talons.

Ian la regarda s’éloigner, puis reporta son attention sur son frère.

— Quoi ? demanda Carl.

— Rien.

— Tu souris.

— Je ne souris pas.

— Si, tu souris.

Ian retrouva immédiatement son expression habituelle.

— Va te faire voir.

Carl éclata de rire.

De l’autre côté du trottoir, Ara rejoignit Kaylin.

— Alors ?

— Alors quoi ?

— Ton avis sur les voisins.

Kaylin observa brièvement Ian, qui aidait Carl à récupérer ses derniers outils.

— Le blond est insupportable.

— Carl ?

— Oui.

— Et Ian ?

Kaylin réfléchit une seconde.

— Lui aussi.

Ara hocha lentement la tête.

— Intéressant.

— Quoi, intéressant ?

— Rien du tout.

— Ara.

— Quoi ?

— Je te connais.

— Et moi, je te connais suffisamment pour savoir que tu vas détester ce quartier pendant au moins trois semaines.

Kaylin soupira.

— Je vais mourir ici.

Ara passa un bras autour de ses épaules.

— Probablement. Mais au moins, tu ne mourras pas d’ennui.

Kaylin regarda une dernière fois la maison des Gallagher.

Elle ne connaissait encore rien de cette famille.

Elle ne savait pas que Carl finirait par occuper une place importante dans sa vie.

Elle ignorait qu’Ian Gallagher, ce garçon roux qu’elle venait de décider de détester, deviendrait un jour l’une des personnes les plus importantes de son existence.

Encore moins qu’un jour, peut-être, elle porterait son nom.

Qu’ils construiraient ensemble quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes.

Une maison. Une famille. Une vie.

Mais tout cela appartenait à un avenir tellement lointain qu’il aurait été ridicule de l’imaginer.

Pour l’instant, Ian Gallagher n’était qu’un inconnu arrogant.

Et Kaylin Park n’était qu’une nouvelle voisine beaucoup trop susceptible.

Leur histoire ne commençait pas par de l’amour.

Elle commençait par une incompatibilité presque impressionnante.

Et, dans le South Side, c’était peut-être la meilleure façon de commencer.

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FIN DU CHAPITRE 1

Quatre inconnus.

Deux frères qui n’avaient rien demandé.

Deux jeunes femmes qui auraient peut-être dû lire les avis sur leur futur appartement.

Un quartier où le calme était une légende urbaine.

Et deux personnes qui venaient de se rencontrer, convaincues qu’elles ne pourraient jamais se supporter.

Elles avaient tort.

Mais elles ne le savaient pas encore.

La suite ? Personne n’est prêt.






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