Shameless: Beautiful Disaster
Chapitre 2 : Mauvais voisins, pires premières impressions
2184 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 09/10/2026 19:13
Musique conseillée : I Hate Everything About You — Three Days Grace
(https://www.youtube.com/watch?v=d8ekz_CSBVg)
Il existe deux sortes de personnes dans ce monde.
Celles qui vous donnent une bonne première impression.
Et celles qui vous donnent envie de déménager avant même d’avoir déballé vos cartons.
Kaylin Park venait de rencontrer la deuxième catégorie.
11 H 23 — APPARTEMENT DE KAYLIN ET ARA
— Je refuse.
Kaylin se tenait au milieu du salon, les bras croisés, devant un radiateur qui semblait avoir été fabriqué avant l’invention de l’électricité.
Ara, accroupie près d’une prise, essayait de brancher une lampe.
— Tu refuses quoi, exactement ?
— De vivre ici.
— Tu l’as déjà dit.
— Et je le répéterai jusqu’à ce que ce taudis présente des excuses.
Ara se releva.
— Kaylin, on n’a pas vraiment le choix. On a payé la caution, le premier mois et les frais du déménagement.
— Je sais.
— Il nous reste à peine assez pour faire les courses.
— Je sais.
— Et on ne connaît personne à Chicago.
Kaylin la regarda.
— Merci. Ton discours est vraiment réconfortant.
Ara sourit.
— Je suis là pour ça.
Un bruit sourd retentit dans le mur.
Les deux jeunes femmes se figèrent.
Un deuxième bruit suivit.
Puis un troisième.
— C’était quoi ? demanda Ara.
Kaylin fixa le radiateur.
— Si ce truc vient de prendre vie, je quitte le pays.
Un nouveau claquement résonna.
Puis une voix étouffée s’éleva de l’autre côté du mur.
— CARL ! JE T’AVAIS DIT DE NE PAS TOUCHER À ÇA !
Kaylin ferma lentement les yeux.
— Non.
Ara se mordit la lèvre.
— Je crois que ce sont nos voisins.
— Non.
— Plus précisément, je crois que ce sont les Gallagher.
— ARA.
— Quoi ? Je ne suis pas responsable de l’architecture !
Kaylin attrapa son téléphone.
Elle allait appeler le propriétaire.
Elle allait exiger une explication.
Elle allait—
Le radiateur émit un sifflement strident.
Un filet d’eau jaillit d’un raccord.
Les deux jeunes femmes reculèrent simultanément.
— OH MON DIEU ! cria Ara.
— COUPE L’EAU !
— OÙ EST LE ROBINET ?
— COMMENT TU VEUX QUE JE LE SACHE ? JE VIENS D’ARRIVER !
L’eau commença à se répandre sur le sol.
Kaylin se précipita dans la cuisine tandis qu’Ara essayait vainement de contenir la fuite avec une serviette.
Deux minutes plus tard, Kaylin sortit de l’appartement, trempée jusqu’aux manches, les cheveux en bataille et une expression meurtrière sur le visage.
Elle se dirigea droit vers la maison voisine.
Cette fois, elle allait parler aux Gallagher.
Et quelqu’un allait l’entendre.
11 H 29 — MAISON DES GALLAGHER
Kaylin frappa si fort à la porte que celle-ci s’ouvrit presque immédiatement.
Ian apparut sur le seuil.
Il tenait une clé à molette.
Évidemment.
— Quoi encore ?
Kaylin le fixa, incrédule.
— Pardon ?
— Je demande ce qui se passe.
— Votre famille vient-elle de déclarer la guerre à la plomberie de mon appartement ?
Ian baissa les yeux vers ses vêtements trempés.
Puis releva la tête.
— Qu’est-ce que tu racontes ?
— L’EAU COULE DE MES MURS !
À l’intérieur, Carl passa la tête par l’encadrement de la cuisine.
— Oh, c’est elle.
Kaylin pointa immédiatement un doigt dans sa direction.
— TOI, NE DIS RIEN.
Carl leva les mains.
— D’accord, maman.
— Je vais te—
— Kaylin, intervint Ian.
Elle se retourna vers lui.
— Quoi ?
— Respire.
— Ne me dis pas de respirer !
— Alors arrête de hurler.
— ARRÊTE DE ME DONNER DES ORDRES !
Ian la dévisagea quelques secondes.
— Tu sais quoi ? Je comprends pourquoi le propriétaire vous a loué cet appartement.
Kaylin se figea.
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
— Que personne d’autre n’aurait accepté de vivre avec toi.
Le silence tomba.
Même Carl cessa de sourire.
Kaylin sentit la colère lui monter aux joues.
— Tu ne me connais pas.
Ian sembla comprendre qu’il avait dépassé une limite, mais son orgueil l’empêcha de revenir immédiatement sur ses paroles.
— Alors arrête de débarquer ici en accusant tout le monde.
— Je ne serais pas venue si ton frère et toi aviez appris à laisser les choses tranquilles !
— Mon frère n’a rien à voir avec ton appartement !
— ALORS POURQUOI J’ENTENDS VOTRE FAMILLE DÉTRUIRE DES CHOSES À TRAVERS MES MURS ?
Derrière Ian, Carl se tourna lentement vers la cuisine.
— Techniquement, c’est moi qui ai touché au tuyau.
Ian ferma les yeux.
— Carl.
— Quoi ? Tu voulais qu’elle continue à croire que c’était moi qui avais tout fait exploser ?
— TU AS TOUCHÉ À QUOI ? demanda Kaylin.
Carl désigna vaguement l’intérieur de la maison.
— Une canalisation.
— POURQUOI ?
— Je voulais réparer une fuite.
Kaylin resta silencieuse.
Puis elle regarda Ian.
Ian regarda Carl.
Carl haussa les épaules.
— Quoi ? J’essayais d’aider.
— Tu as provoqué une fuite dans une maison pour réparer une fuite ? demanda Ian.
— Quand tu le dis comme ça, ça paraît stupide.
— PARCE QUE C’EST STUPIDE !
Kaylin leva les mains au ciel.
— Je vis dans un dessin animé.
11 H 37 — UNE ALLIANCE FORCÉE
Ian finit par attraper sa veste.
— Montre-moi le problème.
Kaylin cligna des yeux.
— Quoi ?
— Ton appartement. La fuite. Montre-moi.
— Pourquoi ?
— Parce que je connais un peu la plomberie et que, si l’eau continue de couler, elle va probablement atteindre le plafond de l’appartement du dessous.
Kaylin hésita.
— Tu sais vraiment réparer ça ?
— Non. Je propose simplement de venir admirer le désastre.
Elle lui lança un regard noir.
— Tu es toujours aussi désagréable ?
— Seulement avec les inconnus.
Kaylin ouvrit la bouche.
La referma.
Carl éclata de rire derrière eux.
— OH ! IL TE L’A RESSORTI !
Ian lui adressa un doigt d’honneur sans même se retourner.
Kaylin aurait voulu refuser son aide.
Vraiment.
Mais l’eau continuait à se répandre sur son parquet.
— Très bien, lâcha-t-elle. Mais si tu casses quelque chose, je te facture les réparations.
— Bien sûr.
— Je suis sérieuse.
— Moi aussi.
— Et ne touche à rien sans me prévenir.
Ian la regarda.
— Tu veux que je répare une fuite en te demandant la permission à chaque fois que je prends un tournevis ?
— Maintenant que tu le dis, oui.
Il inspira profondément.
— Seigneur, donne-moi la patience.
— Il semblerait qu’il ait oublié de t’en donner à la naissance.
Ara apparut dans l’encadrement de la porte de l’appartement, une serpillière à la main.
Elle aperçut Ian.
Puis Kaylin.
Puis Ian de nouveau.
Son sourire s’élargit.
— Oh.
Kaylin la pointa du doigt.
— Pas un mot.
— Je n’ai rien dit.
— Ton visage parle.
— Mon visage est innocent.
— Ton visage mérite une amende.
Ian détourna la tête pour dissimuler un sourire.
Kaylin le remarqua.
— Tu ris ?
— Non.
— Si.
— Tu veux que je répare cette fuite ou tu préfères continuer à m’interroger ?
— Répare.
— Avec plaisir, Votre Majesté.
— Je te déteste.
— Le sentiment est réciproque.
Ara observa les deux jeunes gens s’agenouiller près du radiateur.
Elle échangea un regard amusé avec Carl, qui venait de les rejoindre.
— Tu crois qu’ils vont finir par s’entendre ?
Carl contempla son frère, puis Kaylin.
— Ian ? Avec elle ?
Il secoua la tête.
— Jamais de la vie.
Ara sourit.
— C’est généralement ce qu’on dit avant que les choses deviennent intéressantes.
12 H 04 — LE PREMIER COMPROMIS
La fuite était réparée.
Enfin, presque.
Ian avait réussi à resserrer le raccord et à couper l’arrivée d’eau du radiateur. Il avait également découvert que le propriétaire avait installé du matériel bon marché, probablement sans faire vérifier l’installation.
Kaylin, assise sur le bord de la baignoire, le regardait travailler.
— Tu fais ça souvent ?
Ian leva les yeux.
— Quoi ?
— Réparer des trucs chez les gens.
— Chez moi, surtout.
— Pourquoi ?
Il haussa les épaules.
— Parce que si je ne le fais pas, personne ne le fera.
La réponse était simple.
Presque sèche.
Pourtant, quelque chose dans sa manière de parler fit taire Kaylin pendant quelques secondes.
Elle ne connaissait rien de lui. Elle ignorait ce qui se passait réellement dans cette maison, ce qu’il avait dû apprendre à faire ou pourquoi il semblait constamment sur la défensive.
Jusqu’ici, elle avait surtout vu un garçon sarcastique qui jugeait les gens trop rapidement.
Elle se demanda brièvement si elle n’était pas en train de faire exactement la même chose.
Puis Ian se redressa et lui tendit un chiffon.
— Tiens.
Kaylin le prit.
— Merci.
Il hocha la tête.
Un silence s’installa.
Pour une fois, aucun des deux ne trouva immédiatement quelque chose de désagréable à dire.
Ce qui, compte tenu des circonstances, constituait presque un événement historique.
— Bon, finit par déclarer Kaylin, je suppose que je te dois des excuses.
Ian haussa un sourcil.
— Tu supposes ?
Elle lui lança le chiffon au visage.
— Ne gâche pas tout.
Il l’attrapa en riant.
— D’accord. J’accepte.
— Je n’ai pas fini.
— Évidemment.
Kaylin croisa les bras.
— Je suis désolée de t’avoir accusé de tout alors que tu essayais de m’aider.
Ian acquiesça.
— Et je suis désolé de t’avoir dit que personne ne voudrait vivre avec toi.
Elle le regarda, surprise.
— Tu t’en souviens ?
— J’ai une bonne mémoire.
— Ça doit être pratique pour te souvenir de toutes les personnes que tu as vexées.
— Je tiens un registre.
Kaylin laissa échapper un rire malgré elle.
Ian sourit.
Ce n’était pas grand-chose.
Ce n’était pas une réconciliation spectaculaire.
Ils n’étaient pas amis.
Ils ne se faisaient pas confiance.
Et ils étaient encore parfaitement capables de s’énerver mutuellement en moins de trente secondes.
Mais, pour la première fois depuis leur rencontre, ils venaient de reconnaître leurs torts sans chercher à avoir le dernier mot.
C’était un début.
Un tout petit début.
12 H 18 — DEVANT L’IMMEUBLE
Lorsque Ian et Kaylin ressortirent, Carl et Ara étaient assis sur les marches, en train de partager un paquet de chips.
— Alors ? demanda Carl. Vous avez survécu ?
— De justesse, répondit Ian.
Kaylin récupéra une chips dans le paquet.
— Ton frère est un danger public.
— Je sais.
— Je suis juste là, protesta Carl.
— On sait, répondirent Ian et Kaylin en même temps.
Ils s’immobilisèrent.
Carl les regarda.
Ara aussi.
Puis les deux éclatèrent de rire.
Kaylin leva les yeux au ciel.
Ian se frotta le visage.
— Je vais déménager.
— Fais la queue, répondit Kaylin.
Ara se leva et récupéra la serpillière.
— Bon, puisque vous avez miraculeusement réussi à ne pas vous entretuer, je propose qu’on commande quelque chose à manger.
Carl se redressa immédiatement.
— Je suis pour.
Ian soupira.
— Vous ne pouvez pas rester cinq minutes sans parler de nourriture ?
— Non, répondit Carl.
— Absolument pas, ajouta Ara.
Kaylin observa le groupe.
Puis, à sa propre surprise, elle se mit à sourire.
Le quartier était bruyant.
L’appartement était presque inhabitable.
Le propriétaire était probablement un escroc.
Et Ian Gallagher restait un garçon terriblement agaçant.
Mais au moins, elle avait rencontré quelqu’un qui avait pris le temps de réparer le problème au lieu de simplement lui dire de se débrouiller.
Elle n’était pas prête à l’admettre à voix haute.
Pas encore.
Ian, de son côté, se surprit à trouver la présence de Kaylin légèrement moins insupportable qu’une heure auparavant.
Légèrement.
Il ne fallait pas exagérer.
— Ne t’habitue pas à mon aide, Park, lança-t-il en remontant les marches.
Kaylin sourit.
— Ne t’inquiète pas, Gallagher. Je compte éviter de te demander quoi que ce soit à l’avenir.
— Parfait.
— Magnifique.
— Super.
— Génial.
Carl les observa entrer dans la maison en continuant à se chamailler.
Puis il se tourna vers Ara.
— Je retire ce que j’ai dit.
— À propos de quoi ?
— Ils vont finir par s’entendre.
Ara sourit mystérieusement.
— Peut-être.
Elle regarda les deux silhouettes disparaître derrière la porte.
— Ou peut-être qu’ils vont devenir le plus gros problème l’un de l’autre.
Carl réfléchit.
Puis hocha la tête.
— Ouais. Ça ressemble davantage à ma famille.
FIN DU CHAPITRE 2
Ils ne s’aimaient toujours pas.
Ils n’étaient pas amis.
Ils ne se connaissaient presque pas.
Mais Ian Gallagher avait réparé la fuite de Kaylin Park.
Et Kaylin Park lui avait présenté des excuses.
Dans une autre famille, cela n’aurait probablement rien signifié.
Chez les Gallagher, c’était presque un miracle.
La prochaine étape ? Apprendre à se supporter plus de dix minutes sans se disputer.
Autant dire que l’avenir s’annonçait compliqué.