Le prix de la vie par

0 point(s) avec 1 review(s) sur 0 chapitre(s), moyenne=0/10
Deviation / Aventure / Romance

5 Intermède : George

Catégorie: T , 3679 mots
0 commentaire(s)

Arrivé à l'âge de seize ans, George Samuel Kirk avais acquis quelques certitudes sur sa vie et l'univers. Premièrement, être le fils d'un héros était une chose largement surestimée, surtout quand on rajoutait les termes « orphelin de père » à l'équation. Deuxièmement, grandir comme orphelin de héros était pire quand votre mère décidait de fuir ses responsabilités et de s'envoler régulièrement à l'autre bout de la galaxie. Troisièmement, être élevé par un père adoptif certes assez affectueux, mais de plus en plus en colère contre sa femme, aurait été plus simple si George avait pu faire sa crise d'adolescence, crier contre sa mère et son beau-père, fuguer une fois ou deux puis discuter avec eux et se muer doucement en un jeune homme responsable.

Malheureusement, son petit frère Jim avait décidé unilatéralement de commencer sa crise de révolte contre toute autorité à l'âge de sept ans et ne s'était jamais arrêté depuis. Et c'était là la quatrième certitude de George : être le grand frère d'un petit génie qui ne savait pas quand se taire était la pire des multiples choses qu'il reprochait à sa vie.

Jim posait des questions gênantes depuis qu'il était en âge de parler. Pourquoi Maman n'était jamais là ? Pourquoi elle regardait parfois Sam mais jamais lui ? Pourquoi George se laissait appeler Sam par tout le monde alors qu'il n'aimait pas ça ? Et est-ce qu'il avait remarqué qu'il y avait de plus en plus de cadavres de bouteilles dans la poubelle après les départs de Winona ?

George était loin d'être un imbécile. Ses résultats scolaires étaient excellents, il était capable de raisonner remarquablement bien pour son âge depuis qu'il était enfant, mais rien ne l'avait préparé à la précocité de Jim. Un enfant de cet âge là n'aurait pas dû réaliser toutes les failles de leur parodie de famille. Leur mère l'appelait Sam parce qu'elle détestait tout ce qui lui rappelait leur père, la même raison qui la poussait à éviter tout contact avec Jim et qu'elle regardait rarement George dans les yeux. George haïssait ça et mentalement s'était mis à s'appeler George depuis qu'il avait dix ans. Jim le faisait aussi, principalement pour énerver leur mère. Pour George, le pire c'était d'entendre Jim dire « elle » ou « Winona », jamais « maman ». Inconsciemment, il se mit à faire pareil.

George avait treize ans quand Frank devint son beau-père. Il décida rapidement qu'il l'aimait bien. C'était facile de parler de Winona avec lui, d'imaginer de construire un futur tous ensemble. Elle allait rester sur Terre, enfin, et George pourrait la voir à nouveau comme sa mère. Elle l'écouta parler en souriant de Kate, sa petite amie, et de combien il adorait la biologie. Mais au bout de quelques semaines, elle annonça qu'elle partait en mission pour cinq ans et le futur merveilleux se désagrégea sous les yeux de George. La semaine suivante, Jim crashait la voiture de Frank dans un ravin en manquant de se tuer.

Selon George, Frank réagit avec un remarquable sang-froid. Il alla chercher Jim au poste de police, lui fit calmement la leçon devant les policiers. Quand ils arrivèrent à la maison, il déclara à Jim qu'il lui rembourserait cette voiture à raison de six heures de travaux dans la ferme et la maison par semaine jusqu'à sa majorité. George savait que ça ne rembourserait pas le prix que valait cette antiquité, un héritage familial que Frank prenait plaisir à garder en parfait état de marche. Il ne hurla pas une seule fois. Jim l'écouta en silence, une expression d'ennui peinte sur le visage et monta dans sa chambre en haussant les épaules.

Ce comportement glaça d'effroi George sans qu'il sache pourquoi. Il suivi son cadet jusqu'à sa chambre, l’empêchant au dernier moment de verrouiller la porte derrière lui. Jim s'allongea sur son lit, une vieille bande-dessinée en papier dans les mains, sans le regarder. George s'assit sur la chaise du bureau, essayant de comprendre comment Jim pouvait ainsi se comporter comme si rien ne le touchait.

« Tu aurais pu mourir, finit-il par dire, la voix tremblante de peur et de rage contenue.

-Et après ?, fut la seule réponse de Jim qui tourna la page qu'il lisait, ou faisait semblant de lire.

-Et tu imagines ce que ça nous aurait fait ? À Frank, Wino.. maman et moi ?

Cette fois, Jim leva les yeux de sa lecture.

-Frank s'occupe de nous parce qu'il espère qu'elle finira par revenir vers nous et donc dans son pieu. Elle serait soulagée de ne plus avoir à faire semblant de m'apprécier. Et ta vie serait bien plus simple sans moi. Tu penses que je ne suis qu'un fardeau. »

C'était tellement proche de ce que pensais parfois George que celui-ci vit rouge. Sans avoir le temps de réfléchir à ce qu'il faisait, son poing heurta violemment la joue de Jim. Une minute s'écoula durant laquelle les deux frères se fixèrent du regard, aussi abasourdis l'un que l'autre, attendant un geste, un mot d'amour et de pardon. Rien ne vint, et George sortit de la chambre, abattu. Il avait le sentiment d'un échec terrible. Même s'il trouvait parfois Jim une présence pesante, il l'aimait beaucoup, c'était son frère, son ami, son complice. Mais un poing levé sans réfléchir avait brisé toute la confiance et l'intimité qu'il y avait entre eux.

Il recommencèrent à se parler au bout d'une semaine, mais jamais aussi facilement qu'avant. George ne se confia pas à son frère quand il rompit avec Kate, ni quand il perdit sa virginité sur le siège arrière de la voiture de Frank avec Sofia. Ils ne montèrent plus regarder les étoiles la nuit, ne s'aidèrent plus à réviser leurs leçons. George ne savait plus quoi dire pour réparer son erreur. Il ne frappa plus jamais Jim.

-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.

 

Six mois après ces incidents, Frank frappa Jim à son tour. George n'en fut pas témoin, mais il comprit rien qu'à l'hématome sur l'épaule de son frère. À sa grande honte, il ne dit rien. Frank et Jim non plus. Tous les soirs, George continua à s'asseoir quelques minutes avec Frank sur le porche pour discuter. Ils parlaient de l'école, de la ferme, du temps, de n'importe quoi sauf de Jim qui se claquemurait dans sa chambre dès la fin du repas avant de s'échapper par la gouttière pour traîner Dieu seul savait où. Surtout, ils parlaient de Winona. Elle leur manquait à tous les deux et ils priaient constamment pour que rien ne lui arrive dans l'espace et qu'elle ferait enfin son deuil. George arrivait petit à petit à un âge où on a plus besoin d'une mère, mais où cela ne signifie pas pour autant qu'on ne désire pas l'avoir à ses côtés.

« Qu'est ce que tu veux faire de ta vie Sam ?, lui demanda un jour Frank alors qu'ils regardaient la pluie s'abattre devant la maison.

-Sais pas, répondit George, comme tout gamin de quinze ans découvrant que le jour où il devrait choisir un futur approchait de plus en plus vite. J'aime bien la bio. J'adore ça, mais... Est-ce que je veux en faire ma vie ?

-Quand j'étais jeune, mon père voulait que je fasse des études. Il me disait que fermier était un métier dur, épuisant et peu rentable. J'ai fais comme il voulait et j'ai commencé à faire des études de loi. J'ai échoué et j'ai tenté la socio. J'ai raté mon semestre et je me suis retrouvé avec une année perdue. Je suis rentré pour l'été et mon père avait l'air déçu. Moi je ne l'était pas mais cet argent foutu en l'air par mon père pour mon futur, ça ça me foutait les boules. Alors je lui ai dit que pendant les vacances j'allais l'aider.

Il se tut un long moment.

-Et ?

-Et j'ai découvert qu'il avait raison. C'était fatiguant, j'ai chopé des coup de soleil, je me suis froissé un muscle mais... Là j’étais à ma place. J'ai découvert que j’étais doué pour la compta, qu'avec un peu d'exercice je me fatiguait moins vite, et que j’étais très fier de chaque sous gagné en cultivant nos hectares de champ de maïs. C'est ingrat, épuisant, peut être pas stimulant intellectuellement. Mais c'est là où je suis doué et ça me rend fier. Tout ça pour te dire, essaye et tu verras. C'est acceptable de se planter, pas de ne pas se relever.

-Il y a cette université qui me tente, en Floride. Mais c'est dans trois ans et je veux être sûr...

-Et un stage ? Ça n'existe pas des stages te permettant de toucher un peu à ce que tu aimes ? »

Cela donna à réfléchir à George. Quelque jours après il montra à Frank un appel à candidats entre quatorze et dix-huit ans pour un mois de stage dans une station de botanique et de zoologie hors planète. Frank acquiesça, Winona donna son accord lors d'une de leurs rares conversations et Jim lui accorda un sourire de fierté quand il fut prit.

La bulle de bonheur dans l'estomac de George explosa quelques heures après avoir atterri, quand il réalisa qu'il avait laissé Frank et Jim seuls l'un avec l'autre pour un mois. Il s'efforça de ne pas y penser, de se convaincre que rien de trop grave ne pouvait arriver mais il savait qu'il se mentait à lui-même. Jim et Frank se méprisaient mutuellement et George avait toujours fait guise d'écran entre eux deux. Pour oublier, il se plongea avec délice dans les expériences et les cours que le stage proposait. Quand il rentra enfin, ravi, rasséréné sur son avenir, Jim n'était même pas là pour l’accueillir. Il n'était pas là le lendemain matin non plus, ni le lendemain soir. Frank mit deux jours à tenter de tirer les vers du nez à Frank.

« Si ce petit con repointe son nez ici à la fin de l'univers, ce sera toujours trop tôt », fut la seule réponse qu'il obtenu.

Jim revint au bout d'une semaine avec un œil au beurre noir qui commençait à peine à dégonfler, une légère claudication et son t-shirt déchiré. Son frère eut beau essayer de lui parler, il refusa de répondre à la moindre question. Mais de ce jour-là, il n'adressa plus jamais la parole à Frank. À ce moment là, George avait seize ans, était la seule personne raisonnable de leur improbable famille depuis dix ou douze et en avait plus qu'assez.

Il abandonna.

Il abandonna, et le regretta toute sa vie. Mais il avait seize ans, une petite amie qu'il aimait vraiment très fort, avec qui il voulait que ça dure et des résultats scolaires à maintenir au meilleur niveau pour intégrer le cursus qu'il voulait. Il n'avait plus l'énergie de tenter pour la millième fois de faire revenir sa mère, pour convaincre Jim de donner sa chance à un système éducatif qui ne savait pas quoi faire de son génie, de sa notoriété, de son énergie et de son malaise, pour parler avec Frank plutôt que de le laisser boire seul sur son porche.

Quelques mois plus tard, le lendemain de ses treize ans, Jim failli perdre un œil en se battant avec un camarade de classe. Les raisons et le déclencheur de la bagarre restèrent inconnu. George décida qu'il ne pouvait plus rien faire pour aider Jim depuis des années, monta dans sa chambre sans essayer de le réprimander et appela leur mère.

Le visage de la femme qui apparut sur l'écran en face de lui semblait de plus en plus étranger chaque fois qu'il le voyait. Ce n'était pas qu'il n'éprouvait plus d'amour pour elle, mais il était étouffé par la peine et le regret.

« Sam !, s'exclama-t-elle avec un mélange visible de surprise et de plaisir. Que se passe-t-il ?

-Pardon maman, je te dérange ?

-Pas du tout, répondit-elle avec le sourire affectueux mais presque invisible qu'elle décernait toujours à son aîné. Je finissais un rapport, rien d'urgent.

George ne lui posa pas de questions sur sa vie là haut, si loin d'eux. Cette vie à part que menait Winona, il ne voulait pas la connaître. Trop de rancunes le submergeaient rien qu'à y penser.

-C'est Jim, annonça-t-il. Il devient... Je ne sais plus quoi faire.

Le visage de Winona se referma à toute vitesse tandis qu'il lui expliquait la situation. Son fils ne lui demanda pas de venir, il savait que cela ne ferait qu'empirer les choses. Toutefois, en silence il la supplia de proposer quelque chose, n'importe quoi qui le déchargerait du poids de la culpabilité de ne plus savoir quoi faire lui-même. Pendant de longues minutes, Winona ne dit rien, une expression songeuse sur le visage. Quand elle reprit la parole, ce fut pour poser une question incongrue.

-Ton stage de l'été dernier, tu l'as aimé ?

George sentait monter en lui une envie pressante de gifler cette femme qu'il aimait mais qu'il n'arrivait ni à comprendre, ni à aider. Comment pouvait-elle se montrer si peu concernée pour son – pour ses – fils ? Elle ne lui avait jamais posé la moindre question sur son stage ou sur ses projets d'avenirs.

-Oui, répondit-il en grinçant des dents. C'était passionnant.

-Frank m'as dit que ça t'avait fait du bien de t'éloigner, que tu étais plus sûr de toi et plus posé maintenant. Peut-être qu'il faut cela à Jim. »

Une fois remit de l'étonnement de voir que finalement, Winona s'intéressait un peu plus à lui qu'il ne le pensait, George réfléchit à la proposition de sa mère. Elle lui plaisait, c'était certain. Jim ne savait pas quoi faire de son génie précoce. Le confronter à autre chose que le système scolaire classique dans lequel George, lui s'épanouissait à merveille... Oui, ils tenaient là une solution au moins temporaire.

Franck fut consulté, bien sûr, et montra lui aussi un enthousiasme certain. Son soulagement était grand à l'idée d'être débarrassé de Jim pour quelques mois. Mais ce n'était pas un mauvais homme et il consacra autant de temps que George a chercher ce qui pourrait le plus convenir à Jim. Il contacta personnellement plusieurs personnes pour obtenir des renseignements supplémentaires. Quand enfin les deux époux et George se furent mis d'accord, le projet fut proposé à Jim deux jours avant les grandes vacances.

« C'est une super opportunité, expliqua George à son frère renfrogné devant cette idée. C'est une structure spécialisée dans l'encadrement des jeunes surdoués. Pas de cours, du moins au sens scolaire du terme, exercice, vie en plein air,... Tu feras partie d'un petit groupe d'adolescents encadré par des spécialistes en éducation, en sciences dures et humaines. Il y a quelques uns des plus grands esprits de la Fédération là-bas, qui participent à la création de cette nouvelle colonie. Par exemple, Hoshi Sato, tu en as entendu parler ?

Jim roula des yeux d'un air exaspéré.

-Évidemment. Spécialiste des langues, développeur de la technologie de traduction actuelle, officier de Starfleet à la retraite... Une personne fascinante. La moitié des linguistes de la galaxie tueraient pour une entrevue avec elle mais elle a cessé tout contact avec le milieu scientifique et la Starfleet en prenant sa retraite. Un appât parfait pour se débarrasser de moi hein ? Envoyons ce petit surdoué de Jim gagatiser devant les grands cerveaux de l'univers !

Il ne dit pas un mot de plus, mais son intérêt était évident. D'une main indolente, il attrapa la documentation assemblée par George et Frank. Pour la première fois depuis très, très longtemps, George vit son petit frère accorder véritablement toute son attention à autre chose qu'à attiser la colère de sa famille contre lui. Pour un peu, il en aurait dansé de joie.

Après une minute penché sur les documents qu'on lui avait présenté, Jim redressa la tête.

-C'est d'accord. Je pars quand ?

-Après demain à midi de l'astroport de San Francisco, répondit Frank. Sam t'accompagnera. »

Le soulagement à l'idée d'être débarrassé de son beau-fils était lisible en lettres de feu sur son visage. George craignait qu'il en soit de même sur le sien. La grimace ironique qu'afficha Jim en les saluant avant de remonter dans sa chambre le lui confirma.

Le pire, c'est qu'il n'arrivait même plus à avoir honte de ne pas avoir envie d'aider son frère.

-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.

San Francisco était bondée,bruyante et bouillante. Ni Jim, ni George n'y avaient jamais mis les pieds et se sentaient terriblement provinciaux au milieu de la foule bariolée. L'agitation semblait pire encore dans l'astroport, où humains et aliens marchaient à toute vitesse vers leur destination, sans prendre garde à leurs voisins. Même les quelques Vulcains qui circulaient dans la foule marchaient rapidement, sans rien de leur lente dignité actuelle.

Jim et George se réfugièrent dans un recoin de l'immense hall d'acceuil. Assis l'un à côté de l'autre sur un banc, ils regardaient en silence la foule passer. Ils allaient se quitter pour deux mois, mais ils n'avaient rien à se dire. Cela faisait des mois, peut être des années qu'ils n'avaient plus rien en commun, à part le sang et le même poids à porter.

« Ça va te plaire, finit par dire George en voyant que le moment de la séparation approchait à grands pas. Les deux mois vont passer comme une flèche, tu verras.

Jim poussa un soupir d’agacement comme seuls les adolescents semblaient capable d'en pousser.

-J'ai treize ans. Je n'ai pas besoin de me faire rassurer comme un gosse George. Huit semaine c'est vite passé et bientôt vous subirez à nouveau ma présence. C'est toi et Frank qui me faites partir, tu ne vas pas te mettre à regretter non ? Tu as droit à huit semaine à être un fils unique heureux à la campagne, à voir ta petite amie, tes copains, alors me dis pas que tout d'un coup tu réalises à quel point c'est merveilleux d'être mon grand frère.

Comme toujours, Jim tapait là où il était sûr de faire mal ou de vexer. George serra les dents et refusa de répondre. Il ne voulait pas que son dernier moment avec son frère soit une dispute.

Un premier appel à l'embarquement résonna dans le hall et Jim se leva, effectuant une parodie de salut militaire à son frère.

-Cadet Kirk paré au départ, monsieur ! On évite les larmes et on passe directement à la poignée de main ? Les crises de larme c'est pas mon truc.

George repoussa brutalement la main tendue.

-Bon sang Jim, tu ne pourrais pas de temps en temps prendre les choses au sérieux ?

-Tu veux dire comme un adulte ?, répondit sardoniquement Jim. J'en suis pas encore un et même si je l'étais... Depuis quand Frank et Winona se conduisent en adultes eux ? Je tiens de ma mère, pas de mon père, l'irresponsabilité est inscrite dans mes gènes.

-Jim...

-Tu te débarrasse de moi. Ne fais pas semblant de le regretter, ne fais pas semblant de te soucier de moi, je ne suis qu'une nuisance pour toi. Alors pas de faux-semblants, on se dit au revoir, et tu retrouvera le fils prodigue dans le même état où tu l'as laissé dans deux mois. »

Sans tenter le moindre geste d'affection, Jim se détourna et, les épaules hautes, la démarche assurée, se dirigea vers les sas d'embarquement. En le regardant partir, George soupira. La véracité des paroles de Jim l'avait sévèrement touché. Tout ce qu'il espérait désormais, c'est que son frère lui reviendrait changé, mûrit, moins empli de rancœurs. Alors, peut-être, pourraient-ils redevenir des frères.

Hélas, le garçon qui descendrait de la navette ramenant sur Terre les survivants des massacres de Tarsus IV serait tout sauf ce qu'espérait George en cette radieuse journée d'été. Il était parti l'air conquérant et décidé, il reviendrait maigre, abattu, et chargé d'une agressivité renouvelée envers sa famille et le monde.

Tarsus devait le sauver, elle le ravagea. Et George ne pourrait que se le reprocher jusqu'au dernier jour de sa vie. Jamais il ne pourrait se pardonner de ne pas avoir été capable de corriger son désir mesquin d'être débarrassé de la responsabilité de faire de Jim un adulte pendant deux mois, deux jours, deux minutes seulement. Lui, Frank et Winona avaient éloigné Jim et aucun d'eux ne put le ramener du gouffre où ils l'avaient laissé tombé, par négligence, par lassitude.

Cela, ce serait la famille que se construirait Jim des années plus tard qui le ferait.

0 commentaire(s)

Laisser un commentaire ?