Star Wars Knights of the Old Republic - Scènes isolées par

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Univers Parallèle / Science-fiction / Romance

2 A bord de l'Ebon Hawk

Catégorie: G , 5528 mots
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« Vous m’aviez manqué, Bastila. »  

 

 

L’Ebon Hawk était calme. L’équipage profitait de l’attente de l’autorisation d’atterrir à Atho pour dormir un peu. Selon les administrations, cela pouvait prendre quelques minutes, comme plusieurs jours. Manaan étant sous le contrôle politique Selkath, et n’étant qu’une alliée de la République, les visiteurs devaient se plier à leurs exigences. Une aubaine pour l’équipage de l’Ebon Hawk, qui revenait de péripéties exténuantes sur Tatooine. Jonas était le seul à ne pas trouver le sommeil. Il avait quitté les quartiers des hommes pour rejoindre la salle centrale du vaisseau, où tous les couloirs convergeaient. La pièce était éclairée seulement par les myriades de petites lumières qui indiquaient toute sorte de choses très différentes : cela allait du bon fonctionnement ou non de la machine à café, jusqu’à l’état de marche de certains boucliers essentiels à la survie du vaisseau lorsqu’il devait traverser des atmosphères plus ou moins secouantes. Jonas était assis sur l’une des banquettes, qui faisaient le tour de l’imposant communicateur central. Il se plaisait à se remémorer certaines scènes qu’il avait vécues avec son amie, comme s’il cherchait à vouloir revivre les sensations qu’il avait ressenties à ce moment-là. Et cela fonctionnait. Au fil de leur quête des cartes stellaires, Jonas n’a cessé de se sentir de plus en plus attiré par elle. Et Tatooine n’a pas aidé le jeune homme à enfouir ses sentiments. Il avait incroyablement apprécié être un élément essentiel dans la réconciliation de Bastila avec sa mère ; d’être celui envers qui elle se sentait à présent reconnaissante. Il ne cherchait pas sa gratitude pour flatter son ego. Mais il devinait là une possibilité d’être un intérêt autrement qu’académique pour elle. Il avait peut-être trouvé involontairement le moyen qu’elle le regarde sous un autre jour que celui de l’étudiant devant obligeance à son professeur. Elle avait jusque-là fixé des distances quasi inébranlables, et il en souffrait. Il n’avait bien sûr jamais exposé clairement les sentiments qu’il nourrissait à son égard. Mais ce serait mentir de prétendre que ce n’était pas, par moment, perceptible. Elle s’en doutait, c’était certain. Le lien ne jouait pas en la faveur du jeune homme, c’était évident. Mais penser que Bastila n’avait absolument rien remarqué, c’était également insulter son intelligence. Cette mission était un véritable supplice. Mais pour rien au monde Jonas ne souhaitait abandonner, et retourner à une vie plus simple. Il préférait rester près d’elle, même si cela signifiait qu’il allait endurer une souffrance dont il n’avait jusque-là jamais fait l’expérience.  

Une larme coula le long de la joue du Jedi, et finit sa course dans le verre d’eau qu’il tenait entre ses mains. Il ne l’avait pas vue venir. Il observa les minuscules ondes que l’impact de la larme avait entraînées sur la surface du liquide. Il resta ainsi quelques minutes. L’eau finit par retrouver sa consistance initiale. Mais Jonas ne la quitta pas des yeux. Il remua son verre, de façon à ce que le liquide semblât faire des tours, à l’intérieur de celui-ci.  

 

« Vas-tu finir par me dire ce qui te tracasse ? »  

 

Surpris, Jonas releva la tête brusquement en direction des mots qu’il venait d’entendre, en agitant sa main droite, qui avait reçu un peu de l’eau du verre qu’il remuait avant d’être soudainement sorti de ses pensées. Bastila se tenait à l’encadrure de porte de l’un des couloirs, à la droite du jeune homme. Elle l’observait d’un air qui trahissait chez elle une inquiétude sincère. Jonas la regarda, un peu déconfit. Il pensait qu’il devait avoir l’air pathétique. Mais ce n’est pas ce qui transparaissait chez Bastila. Dans l’attente d’une réponse de la part de Jonas, elle s’autorisa à entrer et à s’assoir à côté de lui. Jonas ne put s’empêcher d’examiner discrètement Bastila de haut en bas ; elle était vêtue d’un pantalon noir un peu lâche et léger, au-dessus duquel elle ne portait qu’un simple haut sans manche, près du corps, qui laissait entrevoir une musculature dessinée. Comme elle venait très probablement de se réveiller, ses cheveux bruns étaient totalement détachés. Jonas put s’apercevoir qu’ils atteignaient tout de même le bas des épaules.  

 

« Je vous ai réveillée ? Pardon, j’ai pourtant essayé d’être le plus discret possible. »  

« Ce n'était pas ma question. »  

« Je ne vois pas ce qui vous laisse penser que quelque chose me préoccupe. »  

Bastila leva un sourcil, en signe de désapprobation. Jonas avait bien compris que cela voulait dire : « je ne suis pas complètement stupide. » Il poussa un soupir de défaite. Puis poursuivit la discussion en ayant en tête l’idée de noyer le poisson, et en évitant de la regarder.  

« Ce n’est rien, Bastila. Je suis un peu fatigué. Cette mission est éprouvante. »  

Bastila prit une inspiration, déterminée à en découdre.  

« Bien. Je vois qu’il va falloir que je te tire les verts du nez. Aucun problème. Je suis prête. Et le contexte est parfait pour ça : tout le monde dort, on n’a rien de mieux à faire. »  

 

Jonas tourna finalement la tête vers elle, incrédule et pris au dépourvu. Elle avait décidé de ne pas lâcher la prise. Et, Jonas le savait, elle n’allait pas laisser tomber sans une réponse assez viable. Il lui restait alors deux solutions : trouver un bon mensonge, ou dire la vérité. Tiraillé entre ces deux possibilités, le Jedi se plongea dans un mutisme insupportable, et recommença à remuer son verre, qui n’avait plus tellement d’eau à l’intérieur. Bastila jeta quelques coups d’œil entre le verre d’eau et le visage de son ami. Voyant qu’il s’était perdu dans ces stéréotypies, elle s’avança doucement vers lui, et prit le verre de ses mains, pour le poser sur le sol, à côté d’elle.  

« Promis, si ça te fait plaisir, tu me parleras de ce verre d'eau longuement, dont l'histoire est à n'en pas douter très palpitante, mais seulement après que tu m’auras dit ce qui ne va pas. »  

Jonas sourit au trait d’humour. Il appréciait sa tentative de rendre l’atmosphère plus légère, malgré sa ferme volonté de comprendre ce qui se passe. Il remarqua au passage qu’elle ne s’était pas reculée après qu’elle avait confisqué le verre des mains de Jonas. Il la savait très proche de lui, à tel point qu’il pouvait sentir la chaleur qui émanait d’elle. Cela ne rendait pas la situation plus facile, même si elle semblait prendre une teinte plus agréable.  

 

« Je ne sais pas si je peux vous parler de ça, Bastila. Je vous le jure, j’en ai très envie, mais je ne crois pas que je le doive. »  

« Qu’est-ce que tu racontes ? Tu sais pourtant que je suis là pour ça. Je suis là pour t’aider, et tenter au mieux d’apporter des réponses aux questionnements qui peuvent te tracasser. »  

« Ce n’est pas tout à fait une réponse que j’attends. »  

« Je n’arrive pas à te suivre, Jonas. S’il te plait, dis-moi les choses clairement, une bonne fois pour toutes. Tu as peur de ce que je pourrais dire ? »  

« Oui, Bastila. Et d’autres choses. »  

« J’adorerais pouvoir deviner, mais je ne vois pas. Je ne ressens pas d’obscurité en toi, je n’ai pas l’impression que tu puisses sombrer. Pourtant, je n’ai pas besoin de la Force pour voir que tu ne vas pas bien. Parle-moi. »  

« Ça n’a rien à voir avec le côté obscur. J’agis tant que possible pour le bien commun, vous n’avez pas à vous en faire pour ça. C’est tout autre chose. »  

 

Jonas prit quelques longues secondes de pause. Bastila l’observait patiemment. Manifestement, c’était très difficile à dire ; autant ne pas le braquer trop vite. Avec hésitation, il reprit :  

 

« Voilà. Je crois que j’éprouve des sentiments pour quelqu’un, et j’ai du mal à vivre avec ça. »  

Bastila resta silencieuse, et continua à fixer le visage de Jonas. Elle fronça les sourcils, ce qui avait tendance à inquiéter le jeune Jedi.  

« Je vois, reprit-elle. Je ne peux pas te soutenir dans tout ça, tu t’en doutes. Tu sais ce que j’en pense. Néanmoins, je peux prendre du recul et comprendre que ça puisse être difficile pour toi ; après tout, tu as reçu un entrainement minimaliste, et on ne peut pas effacer toute une vie de principes et préférences aussi facilement. Ce ne serait peut-être pas souhaitable, d'ailleurs. Pas dans ton cas. Certainement trop radical. Mais je ne peux pas non plus t’encourager à poursuivre quoique ce soit de sentimental avec qui que ce soit. Et je ne peux pas te l’interdire non plus. C’est à toi de savoir comment tu souhaites gérer tout ça. Tu connais mon point de vue, celui de l’Ordre. Mais tu es libre. Si tu décides d’entamer une histoire avec la personne pour qui tu as ces sentiments, tu es libre de le faire ; à condition que cette personne le veuille bien, cela va sans dire. Je ne cautionne pas du tout mais je n’ai pas le droit de t’en empêcher, je n'ai pas le droit de m'octroyer ce pouvoir sur toi. »  

« Ne vous en faites pas, Bastila. Il n'y a rien à "entamer". Vous l’avez dit vous-même, il faut que cette personne partage mon envie. Ce n’est pas le cas, et ça ne le sera jamais. » Bastila perçut la tristesse qui s'évadait des mots de son ami. 

« Je suis désolée de l’apprendre, Jonas. Je ne cherche pas à savoir de qui il s’agit, mais ma logique me fait me dire que ce doit forcément être quelqu’un de l’équipage. Auquel cas, tu es donc amené à côtoyer cette personne tous les jours. Est-ce que tu penses que tu peux supporter ça ? »  

« Je n’ai vraiment le choix à vrai dire. »  

« Il s’agit donc bien de quelqu’un de cet équipage. »  

« Je pensais que vous ne vouliez pas chercher à savoir qui était cette personne. »  

« Tu as raison, excuse-moi. Je m’arrête là, je te laisse tranquille. Pense à ce que je t’ai dit. » Bastila se releva, et se dirigea vers le couloir qui menait aux quartiers des femmes. Avant de s’y engouffrer, elle se tourna une dernière fois vers Jonas, un sourire facétieux aux lèvres. « Et si tu veux éviter cette personne, n’hésite pas à m’accompagner dans mes longues heures de méditation. »  

 

Jonas lui sourit en retour, mais avec une certaine crispation. Bastila savait qu’il avait en horreur ces interminables sessions de méditation. Et puis, comme solution miraculeuse pour éviter la personne concernée, on a fait mieux. Il la vit doucement reprendre le chemin vers les dortoirs. Il devait absolument faire quelque chose avant qu’elle ne puisse rejoindre les quartiers. Il en avait trop dit, c'était trop lourd. Il savait qu’il ne pouvait pas tenir encore longtemps à la côtoyer comme cela, sans jamais lui dire. Son cerveau bouillait, tout s’entrechoquait là-haut, et Bastila allait bientôt disparaître dans la pénombre du couloir. Il fallait l’arrêter. Vite. Jonas se leva si brusquement et maladroitement qu’il finit de renverser le peu d’eau qu’il restait dans le verre que Bastila avait posé sur le sol. Vite. C'était le moment ou jamais. Il n'aurait peut-être plus jamais le courage de se lancer. Il fallait dire quelque chose, au moins pour qu'elle arrête sa marche.  

 

« Je n’ai vraiment aucune envie de méditer avec vous… enfin… je… ».  

 

Bastila se retourna vers lui, elle semblait perplexe, et peut-être un peu blessée. « Bon sang, pensa Jonas. Je n’aurais pas plus être plus indélicat… ». Bastila fit quelques pas vers la salle qu’elle venait de quitter, et s’appuya à nouveau contre l’encadrement de porte, le regard posé sur le jeune homme.  

 

« Je plaisantais, Jonas, à propos de ça. Enfin, à moitié. Tu n’as pas à te sentir forcé. Mais, d’après ce que je viens d’entendre, je ne peux pas m’empêcher de penser que ma présence rend la chose encore plus insupportable. Tu as un problème avec moi, Jonas ? » Demanda-t-elle très sincèrement.  

« Non ! Oh non, Bastila ! » Tenta de répondre Jonas avec une inhabituelle urgence dans la voix et les gestes. Il s’avança en direction d’elle, toujours avec maladresse. Arrivé à deux pas de la jeune femme, il reprit sa catastrophique argumentation.  

« Je vous demande pardon, je… Je suis extrêmement maladroit. Ce n’est pas ce que ça voulait dire, je vous le jure. Je voulais seulement ajouter quelque chose avant que vous partiez. Quelque chose qui n’est pas facile à dire, et… je ne sais pas, quand je me suis décidé à parler, cette phrase est sortie bêtement. Tout est très embrouillé là-haut. Ne tenez pas rigueur de ce que j’ai dit. Cela n’a rien à voir avec vous. Enfin. Si. Mais pas comme vous le pensez. »  

« Est-ce que tu pourrais être un peu moins clair, s’il te plait ? Je ne sais pas comment gérer un tel déferlement de détails et de précision dans tes explications », ironisa-t-elle avec une petite pointe d’impatience.  

« Si je ne veux pas croiser la personne pour qui je nourris des sentiments profonds, je vais éviter de passer des heures à méditer avec elle ! » Finit-il par avouer avec une agressivité qui semblait être la suite logique de la pression installée par Bastila, puis ajouta plus calmement, « c’est ça que j’ai voulu dire, mais je n’ai pas su le faire. Maintenant, je pense que c’est un peu plus clair. »  

 

Jonas regardait le sol. Il se sentait honteux. Il regrettait d’avoir parlé. Plus rien ne pouvait être comme avant ce moment, désormais. Au fond de lui, il devait nourrir l’espoir qu’elle se jetterait dans ses bras. Bien sûr que cela ne pouvait pas arriver. Elle l'avait dit elle-même un peu plus tôt. Elle ne cautionnait pas. Et il se sentait à présent bête, seul, vide. Si seulement il pouvait aller se cacher, ne plus jamais la croiser, faire en sorte que cette mission prenne fin, là, dans la seconde, qu’il puisse s’en aller loin d’elle et de la honte qu’il éprouvait. Et en même temps, l’idée de ne plus jamais la voir lui tordait le cœur et l’estomac. Quelle torture d’avoir croisé la route de cette femme !  

Et ce silence qui semblait interminable. Allait-elle parler ? Allait-elle le sortir de ce raz de marée émotionnel, qu’il ne savait plus comment gérer ? « Allez Bastila, pensa-t-il, dites quelque chose, moi, je n’y arrive plus. » Mais elle ne dit rien. Elle se tenait toujours pourtant bien devant lui. Il leva les yeux aussi vite que possible avant de fixer à nouveau le sol, pour s’en assurer. Sous l’émotion envahissante, il aurait très bien pu ne pas remarquer qu’elle était partie. Mais elle était bien là, muette. La situation devenait absolument insupportable. Jonas prit alors la décision de quitter la pièce et de rejoindre les quartiers des hommes. Peut-être qu’avec quelques heures de sommeil, cet événement s’effacerait, et tout redeviendrait comme avant. Jonas tourna alors le dos à la jeune femme, et commença à entamer le chemin vers les dortoirs des hommes, mais fut aussitôt rattrapé par Bastila, qui le retint par l’avant-bras.  

 

« Hé, attends ! Ne te sauve pas comme ça. »  

Jonas était surpris du ton employé par la Jedi. Il s’attendait à ce qu’elle le fustige, qu’elle use de sa voix la plus stricte et intimidante, comme elle a toujours su faire quand la situation le nécessitait. Mais elle semblait au contraire tenter de faire preuve de compassion. Le jeune homme se retourna vers elle, prêt à écouter la suite. Bastila relâcha le bras de son compagnon et prit la parole :  

« En voilà une nouvelle pas simple », dit-elle mal à l’aise avant de poursuivre. « J’aimerais d’abord te remercier de ta franchise. Je pense que tu as eu raison de tout me dire ; je ne vois pas comment tu aurais pu continuer ainsi. Maintenant, nous pouvons mettre en place des stratégies pour que ce soit plus facile pour nous deux.  

« Mettre en place des stratégies ? On se croirait en séminaire d'entreprise. »  

Bastila leva les yeux au ciel d'un air exaspéré. « Ecoute, tu as eu du mal à dire les choses, accepte que je puisse moi aussi éprouver des difficultés à m’exprimer sur un sujet comme celui-là. »  

« Oui. Pardon. Vous avez raison. »  

« Depuis quand as-tu réalisé que… enfin, tout ça ? »  

« A vrai dire, je crois que ça fait plus longtemps que je ne l’imaginais. Je pense que j’ai commencé à éprouver des sentiments pour vous quand nous étions sur Dantooine. Mais je n’en avais pas encore conscience. Je vous demande pardon, Bastila. »  

« Pourquoi me demander pardon ? » Demanda-t-elle sans vraiment attendre de réponse, certainement pour appuyer le fait qu’il n'y pouvait rien. « Tu n’as pas choisi tout ça, n’est-ce pas ? Et notre lien a forcément une incidence dans ce chamboulement émotionnel. »  

« Le lien... » Jonas prit une pause pour réfléchir à ce que Bastila venait de dire.  

 

Elle invoquait le prétexte du lien. Mais ce lien fonctionnait dans les deux sens. Et cette compréhension dont elle faisait preuve. Cette facilité avec laquelle Bastila semblait accuser le coup était très curieuse. Sans remettre en question la capacité qu’elle avait de faire preuve de bienveillance et de compassion, elle était habituellement plus encline à se montrer impitoyable quand elle estimait que les choses ne fonctionnaient pas comme elles le devraient. Mais là, elle était incroyablement calme. Pire, elle trouvait des excuses à Jonas. Ce n’était pas normal. Pourquoi agissait-elle ainsi ? Si ce n’est pour se dédouaner elle aussi de quelque chose qu’elle n’assumait pas. Le lien fonctionnait dans les deux sens. Dans les deux sens.  

Bastila semblait de plus en plus mal à l’aise, comme si elle avait compris ce qui se tramait dans l’esprit de son ami. Et si, après tout, elle aussi éprouvait des sentiments pour lui ?  

 

« Vous aussi alors ? » Demanda Jonas, les yeux débordant d’un espoir presque douloureux.  

« Moi quoi ? » Dit-elle, visiblement très embarrassée et prise dans son propre piège.  

« C’est réciproque. Vous aussi, vous… C’est réciproque. » Répéta-t-il en posant doucement la main, sans vraiment s'en apercevoir, sur l'avant-bras de la Jedi. 

« Arrête, s’il te plait. » Répondit-elle en reculant furtivement d'un pas pour briser le contact physique fraîchement établi par Jonas. 

« C’est réciproque. Bastila, dites-le-moi. » Insista le jeune homme avec une détresse déchirante. 

« Tu as besoin de te reposer, Jonas. Tu t’inventes des histoires. La soirée a été éprouvante pour toi. » Elle s'avança à nouveau, et prit la main de son compagnon entre les siennes, puis ajouta avec une pointe de chaleur dans sa voix : « Allez. On va oublier ce qu’il s’est passé, d’accord ? Je ne veux pas que tu te fasses plus de mal. Va dormir un peu, on se revoit dans quelques heures. D'accord ? »  

Jonas fixait toujours la jeune femme dans les yeux, incrédule, mais également blessé par la tentative de Bastila d'enterrer le problème. « Vous n’avez pas le droit de faire ça. Ce n’est pas juste. »  

« Je t’en supplie, Jonas. »  

« Vous m’avez presque obligé à vous parler, alors que je ne le souhaitais pas. J'en ai peut-être trop dit, mais c'est vous qui avez initié tout ça », ajouta-t-il la larme à l’œil. « J’ai le droit moi aussi de vous demander d’en faire de même. Vous ne pouvez pas vous défiler comme ça, en me laissant seul dans cette détresse. C’est cruel, Bastila. »  

 

Bastila resta muette quelques instants. Il avait raison. Ce qu’elle faisait n’était pas moral. Elle le réalisa. Elle était coincée. Ou elle avouait, ou elle assumait de laisser tout le poids des sentiments uniquement sur les épaules de son compagnon. Elle ne pouvait pas faire ça.  

 

« Très bien, reprit-elle d'un calme défait. Très bien. » Avant de poursuivre, elle quitta l’encadrure de la porte, et alla s’assoir à nouveau sur la banquette où tous les deux avaient commencé à échanger. Jonas la suivait du regard ; il ne put retenir la peine qu’il ressentait en la voyant si désemparée. Il en venait à regretter de l’avoir contrainte à parler, alors qu'elle semblait prête à mettre ce qu'elle venait d'entendre de côté, et poursuivre la mission comme s'il ne s'était rien passé. Quelques minutes plus tôt, il rêvait d'une telle situation. Pourquoi avoir poussé encore un peu plus le bouchon ? Il essuya les quelques larmes qui coulaient le long de ses joues, et rejoignit Bastila. Il ne lui laissa pas le temps de reprendre :  

« Ne dites rien, Bastila. Je suis désolé. Cette discussion a complètement dégénéré. Vous n’avez pas à me dire quoique ce soit. Vous avez raison, on va essayer de laisser tout ça de côté et nous consacrer à ce qui est important : les cartes stellaires. Je vous promets de ne pas laisser mes sentiments interférer dans… »  

« J’éprouve aussi des sentiments pour toi », coupa Bastila, qui s’était résolue à parler et qui n’allait pas laisser Jonas lui couper l’herbe sous le pied. « Voilà. C’est dit. »  

« C’est dit » répéta-t-il mécaniquement, pris au dépourvu.  

 

Une étrange sensation semblait envahir les deux Jedi. Une sorte d’insatisfaction. Jonas était heureux de savoir que les sentiments qu’il avait pour elle étaient réciproques. Mais ce n’était pas aussi jouissif qu’il l’imaginait. Il était totalement obsédé par cette femme, c’était une évidence. Et leurs aveux n’avaient pas amoindri ce qu’il éprouvait pour elle, au contraire. Mais il réalisa qu'il aurait voulu que cela se passe autrement, pas sous cette pression mutuelle. ll aurait aimé que les choses se fassent avec une légèreté naturelle. Et maintenant qu’il savait, il voulait plus. C’était tellement idiot. Deux personnes irrémédiablement attirées l’une par l’autre, qui s’étaient dit les choses, mais qui ne pouvaient rien tenter.  

Insatisfaction et frustration. C’était cela, cette atmosphère inconfortable.  

Jonas tourna la tête vers Bastila. Elle était courbée, presque recroquevillée sur elle-même, le coude sur son genou, le poing posé contre ses lèvres. Il pensait que, cachée derrière son poing, elle se mordillait les joues intérieures, une façon de tenter de gérer ses angoisses. Il voulait la réconforter, mais toute tentative de contact physique serait très légitimement mal interprétée. Mais il en avait tellement envie. Une force le poussait à aller toujours un peu plus loin. Il voulait la prendre dans ses bras, se noyer dans sa chevelure, poser ses lèvres sur sa peau fraîche.  

Après tout, il avait déjà tout fichu en l'air. Que risquait-il de plus ?  

 

« J’ai terriblement envie de vous serrer contre moi », finit-il par admettre haut et fort, mais sans la regarder.  

 

La jeune femme se redressa, et fit face à Jonas. Il fixa timidement son regard au sien ; il avait peur de la réaction qu’elle allait avoir. Mais il ne s’attendait pas à voir dans les yeux de Bastila ce qu’il perçut : comme une envie de céder, de voir si c’était si bien que cela de se sentir aimée.  

Jonas profita de cette incertitude pour se tourner plus franchement vers elle, pour faciliter, sait-on jamais, un éventuel contact. Il avait les yeux plongés dans les siens, sans retenue ; il n’aurait jamais cru que cela pût arriver un jour. Bastila, inconsciemment, se tourna un peu plus vers lui. Jonas décida alors qu’il allait se charger de passer les étapes en premier. Il posa la main sur celle de la jeune femme, avec toute la douceur dont il pouvait faire preuve. Il prenait son temps ; il ne voulait pas que Bastila se sente prise au piège. Si elle voulait qu’il cesse, il lui laisserait tout le temps pour qu’elle le fasse. Mais elle ne fit rien de cela. Elle soutenait le regard de Jonas mais sa respiration semblait s’emballer, sa mâchoire inférieure semblait trembler ; elle était pétrifiée de peur. Jonas, à contre cœur, retira doucement sa main, car il pensait que Bastila n’était pas en mesure de faire cesser quoique ce soit. Mais, lorsque qu’il effleura une dernière fois la peau de la jeune femme, il sentit une pression contre ses doigts. C’était Bastila, qui, à son tour avait posé sa main sur celle du Jedi. Il leva les yeux vers elle, et le doute qui transparaissait chez elle avait laissé place à une sorte de détermination. Il comprenait qu’il fallait qu’il se lance maintenant, avant que tout ne s’effondre à nouveau. Sans crier gare, il posa son autre main sur la joue de Bastila, et plongea ses lèvres dans les siennes.  

Bastila, bien que tendue à l'amorce de ce baiser, semblait accueillir le geste et y répondait avec timidité et retenue. Après tout, elle n'avait fait l’expérience de la séduction et de tout ce qu'elle pouvait impliquer comme codes sociaux. Jonas ne lui en tint pas rigueur. Il n’allait de toute manière pas jouer la carte de l’exigence ; jamais il n’aurait pensé aller jusque-là avec elle. Et ce baiser était pour lui un merveilleux moment. Pour une fois durant cette soirée, il ne ressentait pas le besoin d’aller encore plus loin. Le moment était trop précieux. Il s’agissait à présent de profiter de chaque seconde de cet échange, avant que Bastila ne retrouve ses esprits et le vilipende, comme il s’y attendait.  

La peau de la jeune femme était fraîche, mais ses lèvres avaient gardé une chaleur rassurante, que Jonas prenait plaisir à ressentir contre ses propres lèvres. La main qu’il avait laissée sur la joue de Bastila quitta son emplacement et finit sa course sur l’arrière du crâne de la Jedi, emmitouflée dans sa chevelure. Jonas mit toute son énergie à se montrer doux et tendre, une façon de montrer toute la sincérité de l’affection qu’il avait pour elle, et pour lui faire comprendre qu’il ne serait jamais celui qui lui ferait intentionnellement souffrir. Cette attitude semblait avoir un certain succès auprès de Bastila, dont la tension initiale disparaissait petit à petit ; elle aussi, très clairement, profitait du moment, et commença même à se montrer plus disposée à répondre et à donner un peu plus de sa personne dans ce baiser. La main qu’elle avait laissée sur celle de son compagnon n’avait pas bougé, mais elle la serra avec une intensité nouvelle. Son autre main, Bastila la conduisit vers le bras de Jonas, dont les doigts s’étaient réfugiés dans les cheveux de la jeune femme, et la posa juste au-dessus du coude. Le baiser prit alors une tournure différente, car il était à ce moment réellement partagé. Bastila s’investissait au moins autant que Jonas, et l’expression émotionnelle entre les deux était quasi explosive. Le cœur de Jonas battait la chamade. Et cette douleur agréable au thorax qu’il ressentait régulièrement au contact de la Jedi était à son plus haut niveau d’intensité. C’était un moment d’extasie totale, pour l’un comme pour l’autre. Ils ne voulaient plus se séparer, car ils savaient que tout allait se terminer là pour eux. Ils poursuivirent leur échange encore de longues minutes, avec la même douceur ; plus n’était pas nécessaire.  

Mais le son retentissant du communicateur mit fin à ce baiser. Bastila et Jonas se séparèrent, tous deux pris d’un réflexe de peur par l’intrusion bien malvenue de la machine dans leur moment si particulier. Bastila se leva très vite pour mettre fin aux bips assourdissants, craignant qu’ils aient pu réveiller les autres. Jonas ne bougea pas de sa place. Il regardait Bastila s’affairer près du communicateur. Celle-ci, une fois les signaux sonores éteints, prit quelques secondes au-dessus de la machine, certainement pour lire le message qui venait d’être envoyé au vaisseau. Puis elle se retourna, s’appuya sur le communicateur, les bras croisés, elle fixait Jonas.  

 

« On nous annonce que nous pourrons atterrir dans environ deux heures. » Dit-elle avec fébrilité, visiblement embarrassée par ce qu’il venait de se passer entre eux.  

« Très bien. » Lui répondit Jonas, d’une voix monotone ; il semblait déçu de la tournure que venaient de prendre les choses les concernant, bien qu’il sût que cela ne pouvait pas trouver une autre issue que celle-ci.  

Bastila le regarda encore un court moment, le regard inquiet et un peu coupable. Puis elle tourna la tête vers le couloir qui rejoignait les quartiers des femmes. Jonas se leva, ce qui attira à nouveau l’attention de Bastila vers lui. Il se dirigeait vers elle. 

« Bien. » Reprit-elle aussitôt, inquiète de voir ce que Jonas pouvait éventuellement essayer d’entreprendre, « nous devrions alors profiter du temps restant pour nous reposer. » Sur ces quelques mots, Bastila quitta son emplacement et prit une ultime fois la direction des dortoirs. Pendant sa marche, elle frôla involontairement Jonas qui se trouvait à ce moment tout près d’elle ; tout en poursuivant sa route, elle lança un très expéditif « on se voit plus tard ». Puis, une fois bien engagée dans le couloir, elle se retourna une dernière fois et ajouta avec fermeté : « nous sommes d’accord que ce qui vient de se passer ne se reproduira plus jamais ». Sur cette toute dernière phrase, Bastila quitta définitivement la pièce et regagna les quartiers des femmes, pour s’y reposer.  

Jonas avait le regard fixé vers le fameux couloir. Des larmes coulèrent le long de ses joues. Il passa quelques minutes, debout, près du communicateur où Bastila se tenait, à regarder le couloir qu’elle venait d’emprunter. Enfin, il revint à lui-même, et essuya son visage des larmes qui s’étaient frayées un chemin jusqu’au menton. Avant de regagner à son tour les dortoirs, il prit une profonde inspiration, désespéré. 


« Je sais, Bastila. » 


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