Star wars épisode 11: L'équilibre dans la force

Chapitre 16 : Face aux elus

4700 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 10/06/2026 12:25

La silhouette se tenait immobile au pied de la statue, à peine visible dans la pénombre grandissante qui semblait couler des pierres antiques de Mortis comme une marée d'encre. Katarn la regardait, haletant, chaque muscle engourdi par une fatigue qui était devenue l'essence même de son être, chaque respiration une torture qui déchirait ses côtes et brûlait ses poumons. Il sentait son cœur battre avec une cadence folle et désordonnée dans sa poitrine, un tambour affolé qui martelait le simplel'insupportable fait d'être encore en vie. Chaque battement lui rappelait que survivre jusqu'ici avait exigé un tribut si lourd qu'il avait vidé son corps, son esprit, de la dernière étincelle d'énergie paisible.


L’homme fit un pas en avant, délicat et pourtant d'une lourdeur infinie. La capuche noire glissa le long de ses épaules avec un froissement de tissu, révélant enfin son visage. Katarn s’était préparé à cette éventualité, il avait ruminé cette possibilité dans les coins les plus sombres de son esprit, mais la réalité le frappa de plein fouet. Il s’attendait à le voir, certes, mais pas aussi jeune. Pas aussi pur, d'une clarté presque insultante. Ses cheveux blonds, d'un or pâle, étaient balayés en arrière, dégageant un front lisse et un regard d'une sérénité absolue. Ses yeux… ces yeux. D’un bleu si profond, si ancien, qu’ils semblaient être des portes ouvertes sur l'éternité, sonder les replis les plus intimes, les plus honteux, de son âme. Et puis il y avait cette présence, invisible mais écrasante, un champ de gravité psychique qui faisait vaciller l'air autour d'eux, courber la lumière. Une puissance contenue, disciplinée, si étouffante qu'elle semblait dicter les lois mêmes de la réalité. Chaque respiration que Katarn prenait lui apparaissait soudain comme un privilège fragile, accordé par la simple tolérance distante de cet être. Il n'avait pas ressenti cette impression d'écrasante infériorité depuis des années. Sa première rencontre avec Meywine, le jour où il avait découvert, avec une crainte mêlée de terreur, qu'il existait dans cette galaxie des êtres pas comme les autres. Des êtres bénis par la Force, façonnés par elle dans un but qui dépassait l'entendement. Des élus.


Et il comprit alors, avec la froide certitude d'une lame qui s'enfonce. L’espace entre eux n’était plus juste du vide, une distance mesurable. C’était un jugement silencieux, un abîme qui le mesurait et le trouvait terriblement, irrémédiablement irritants. La certitude qu’il faisait face à l’inéluctable se solidifia dans ses entrailles.


Luke Skywalker.


Le nom résonna dans son crâne, plus lourd que n'importe quel coup. La peur s’infiltra en lui, non pas comme une vague soudaine, mais comme une eau glaciale qui monte inexorablement. Froide, intime, profonde. Pas celle qui surgit brusquement et s’évapore dans la chaleur de l'action, mais celle qui s’accroche, s’insinue dans chaque os, dans chaque fibre musculaire, qui alourdit les membres déjà brisés par la fatigue et brûle la poitrine à chaque souffle arraché. Son corps n'était plus qu'un rappel cruel, une carte vivante de tout ce qu’il avait enduré, et son esprit n’était qu’un champ de ruines, hanté par les échos assourdissants des combats passés, par les paroles cryptiques de Yoda, par la honte tenace qu’il traînait comme une chaîne invisible, incrustée dans son âme.


Luke avança encore, lentement, avec une économie de mouvement qui était en soi une démonstration de maîtrise. Chaque déplacement semblait mesurer Katarn, peser le poids de sa fatigue, évaluer les restes de son courage. Puis sa voix surgit, douce, presque juvénile par son timbre, mais d'une autorité qui venait des âges.


— Coleman Katarn … Je t'en prie. Il est temps pour toi de tout arrêter. Ce que tu es venu chercher ici, cette puissance que tu crois pouvoir dompter, tu sais au fond de toi que tu es trop instable pour l'acquérir. Pars. Pars tant que tu le peux encore. Tant que je t'y autorise.


Il y avait une forme de pitié dans ses paroles, une pitié qui était plus blessante que le mépris. Luke continua, son ton prenant une teinte faussement paternelle qui contrastait étrangement, presque sinistrement, avec son allure juvénile.


— Tu crois lutter pour la lumière… tu te persuades que chaque pas en apparence sombre n'est qu'un moyen vers une fin plus noble. Mais ton chemin, Coleman, il te pousse irrémédiablement vers l’obscurité. Tu as goûté à son pouvoir, tu as senti son venin couler dans tes veines. Un pouvoir qui finira par te consumer, par dévorer ce qu'il reste de ta lumière. Comme il a presque réussi à le faire l'année dernière, dans les décombres de l'Académie de Ossus. Tu as frôlé l'abîme, et tu crois pouvoir continuer à danser sur sa lèvre.


Katarn serra les poings si fort que ses ongles lui entamèrent la chair de ses paumes. Ses mâchoires tremblaient, non plus seulement de fatigue, mais d'une fureur sourde. La colère, mêlée à l’épuisement, bouillonnait à l’intérieur de lui, un volcan prêt à entrer en éruption.


— Encore cette rengaine… souffla-t-il, sa voix rauque, éraillée, crachant les mots au sol comme un défi. Une tentative désespérée de montrer, ne serait-ce qu'à lui-même, qu'il n'était pas impressionné, qu'il n'était pas intimidé par cet avatar de lumière se tenant avec une tranquillité insultante en face de lui.


- Apparemment, tout le monde semble avoir décidé pour moi. Comme si mon destin n’était pas le mien à forger, comme si je n'étais qu'un pion sur un échiquier dont vous connaîtriez les règles.


Luke ne bougea pas. Son regard bleu, impassible, semblait transpercer le Jedi, voir à travers ses bravades et ses faiblesses. Chaque respiration, chaque minuscule mouvement de Luke semblait parfaitement calculé, implacable dans son efficacité.


— Ce n’est pas une question de choix, répondit Skywalker, le fixant d'une froideur calme et absolue. Ce n'est pas une opinion, c’est la vérité. La noirceur en toi… elle ne disparaîtra jamais. Elle fait partie de ta texture, de ton histoire. Tu crois pouvoir la contrôler, mais chaque jour, elle éclipse un peu plus la lumière que tu portes. Elle ronge tes fondations.


Katarn sentit la rage éclater, enfin, libérée de ses chaînes. Brute, incontrôlable, une tempête primitive prête à l’engloutir, à consumer la raison qui lui restait.


— La vérité ? Lança-t-il, la voix devenant un rugissement. Vous… Yoda… Obi-Wan… Vous prétendez posséder la vérité ! Où était votre clairvoyance, votre sagesse infinie, quand l'Empire Sith a failli réduire la galaxie en cendres ? Vous donnez des leçons, vous jugez, mais vos échecs, résonnent encore dans le silence de l'espace !


Il se mit à tourner autour de son nouvel adversaire, comme un fauve blessé encerclant un chasseur impassible. Chaque mouvement lui coûtait une agonie, chaque muscle hurlait sa douleur. Et pourtant, il avança, défiant la présence écrasante devant lui, défiant le destin qu'on lui imposait.


— Désolé, "maître Skywalker", si je ne prends pas votre avis pour argent comptant. Si je refuse de m'incliner devant votre verdict. De toute façon, je suis venu écouter une seule voix ,et ce n'est pas la vôtre.


Malgré son obstination à faire face, à tenir debout, Katarn n'était pas dupe. Il voyait l'écart abyssal. Face à Luke Skywalker, sa fatigue et l'immense puissance tranquille de cet homme le ramenaient à la condition d'un enfant impuissant, essayant d'arrêter une marée avec ses mains nues. Tout était perdu d’avance, le résultat de cette confrontation était écrit dans les étoiles, et pourtant… pourtant il avait fait tellement de chemin, sacrifié tant de choses, traversé tant d'épreuves. Il se devait de continuer, d'aller au bout de cette quête, même si cela signifiait affronter Luke Skywalker en duel, même si cela signifiait sa perte.


Luke recula d’un pas, imperceptible, mais son regard resta rivé sur Katarn, ne le quittant pas d'une semelle. Sa voix, calme et posée, coupa le silence, tranchante et définitive.

—Si tu crois, ne serait-ce qu'un instant, pouvoir me vaincre dans l'état où tu es, tu te trompes. Ce combat… tu ne le gagneras pas. C'est une certitude.


Katarn leva les yeux vers lui, haletant, les doigts crispés sur la garde familière de son sabre laser. Ses muscles protestaient, ses pensées vacillaient, embrumées par la douleur et l'épuisement, mais il trouva encore, au fond de son être, la force d'un sourire torve, un rictus de défi.

—Peut-être pas… peut-être que je vais m'écrouler dans la seconde qui vient. Mais ça ,ça ne m’empêchera pas d’essayer.


Le vrombissement caractéristique du sabre vert de Katarn déchira l'espace, un son à la fois familier et étrangement désespéré. Une lumière vive et crue inonda la place, projetant sur les pierres antiques les ombres déformées et vacillantes d’un guerrier épuisé, d'un homme au bout du rouleau. Luke, lui, ne bougea toujours pas. Il attendait, comme une montagne attend l'assaut de la tempête.


Katarn chargea. Ce ne fut pas une attaque disciplinée de Jedi, mais l'assaut sauvage, désespéré, d'un homme qui n'a plus rien à perdre. Les coups pleuvaient, rapides, nerveux, désordonnés, manquant de précision, mus uniquement par la fureur et le désespoir. À chaque frappe sauvage, Luke se contentait d’un pas de côté d'une élégance exaspérante, d’un pivot souple qui semblait défier les lois de la physique, d’un blocage à une main qui dissipait l'énergie du coup avec une facilité déconcertante. Il ne frappait pas en retour : il esquivait, il laissait Katarn se ridiculiser, s’épuiser dans le vide, dépenser ses dernières forces contre un fantôme.


— Arrête, Coleman Katarn, cela ne sert à rien, supplia Skywalker, et il y avait une lassitude réelle dans sa voix, comme s'il avait déjà vécu cette scène trop de fois.


Le souffle court, la poitrine en feu, Katarn sentit ses forces le quitter, l'abandonner comme des traîtres. Ses genoux ployèrent, sa vision se troubla, brouillée par la sueur et les larmes de frustration. La fatigue lui tombait dessus comme une chape de plomb, irrésistible. Le sabre vert s’éteignit dans un grésillement bref, honteux, laissant retomber une pénombre silencieuse et accusatrice.


Et soudain, dans le chaos de son esprit, au milieu des débris de sa volonté, une voix se fit entendre. Calme. Claire. Distincte, comme si quelqu'un se tenait à ses côtés et chuchotait à son oreille.

Ne renie pas ta colère… Ne la crains pas. Laisse-la te réveiller, te redonner la vie, mais pas te gouverner. Laisse-la t’accompagner, pas te consumer. Elle fait partie de toi, comme la lumière.


Une chaleur nouvelle, différente, monta dans son corps. Ce n'était pas la fureur brute et aveugle, non c'était quelque chose de plus précis, de plus tranchant, de plus personnel. Sa colère, canalisée, devint un fil conducteur, une force qu’il apprivoisait au lieu de la fuir, qu'il acceptait au lieu de la refouler. Il rouvrit les yeux. Le monde était plus net.


Le sabre s’alluma de nouveau, et cette fois, sa lame verte sembla plus éclatante, plus vivante, vibrante d'une énergie renouvelée. Katarn se remit debout, plus lent, plus mesuré, mais ancré, les pieds solidement plantés dans le sol de Mortis.


Il attaqua encore, et cette fois, la sauvagerie avait cédé la place à une intention. Ses gestes étaient plus précis, ses mouvements plus fluides, moins saccadés. Il ne frappait plus dans le vide comme un forcené, il avait repris un semblant de concentration, de contrôle. Ce changement, subtil mais réel, obligea Luke à parer chaque coup avec un peu plus d'attention, à ajuster sa défense. Katarn était encore infiniment loin de mettre Skywalker en difficulté, mais son regard avait changé : la panique avait disparu, remplacée par une observation froide, un jugement qui jaugait plus prudemment, qui cherchait une faille, une ouverture.


Puis, d’un geste rapide et d'une élégance mortelle, Luke décida de briser ce rythme naissant. Il alluma son propre sabre, la lame vert émeraude fendit l’air avec un sifflement et frappa trois fois — un, deux, trois impacts nets, précis, sur les défenses hâtives de Katarn. Des coups d'une maîtrise si parfaite, d’une autorité si absolue qu'ils semblaient inévitables. C'était la différence entre un talent prometteur et une maîtrise achevée, entre un fleuve et un océan.


L'ancien chevalier se retrouva projeté à genoux, son sabre échappant de ses doigts engourdis pour tomber à ses côtés avec un bruit mat. Sa respiration était rauque, douloureuse, un râle qui disait la défaite. Il était défait, humilié, réduit à l'état de padawan novice devant la sereine supériorité de son maître.


Luke s’approcha, son ombre s'étirant pour couvrir le sol, engloutissant Katarn dans son obscurité.

—Tu vois ? dit-il d’une voix plus douce, presque triste. Tu continues à te mentir à toi-même. Tu te penses capable de le contrôler, tu crois avoir trouvé un équilibre, mais au premier défi, tu tombes dans son piège. Jusqu'à quand penses-tu pouvoir jouer avec ce feu?


Katarn, les yeux mi-clos, la tête basse, sentit pourtant cette énergie nouvelle, cette colère domptée, brûler encore en lui, faible mais persistante. Il refusait d'abandonner, non par bravade, mais parce que pour la première fois depuis si longtemps, cette sensation d'équilibre, de coexistence des deux côtés en lui, ne tenait pas sur un fil tendu. Elle commençait à s'enraciner, à prendre dans la paume de son esprit.


La voix revint, plus claire cette fois, plus proche, glissant entre les battements affolés de son cœur, plus douce que n'importe quel souvenir.

— Lumière et obscurité, Jedi et Sith. Tu peux choisir de dépasser ces dualités, Coleman. Tu peux choisir d'être la balance entre les deux, le point de convergence.


Katarn demeura figé, son sabre vibrant faiblement, appelant sa main. Cette voix... elle avait les mêmes intonations, la même musicalité que celle de Meywine, cette inflexion unique, cette douceur ferme et inébranlable. C'était une résonance qui fit trembler quelque chose de profond, d'essentiel, en lui, un corde qui n'avait pas été touchée depuis des décennies.


Son esprit s'éveilla, non pas dans la douleur, mais dans une clarté soudaine. La fatigue, la confusion… tout semblait s’effacer, se dissoudre sous la chaleur apaisante et puissante de ces paroles. Il en était sûr, désormais : cette voix, d'où qu'elle vienne, était en train de l'aider, de le guider pour focaliser sa colère, pour la transformer. De volcanique et destructrice, elle devenait un feu de camp stable qui le réchauffait, le gardait en vie, et commençait même à restaurer ses forces, à panser ses blessures.


— Qui es-tu ? murmura-t-il, la gorge serrée par une émotion qu'il ne pouvait nommer.


Il sentit ses muscles se détendr. La Force circula à nouveau en lui, comme une rivière large et puissante dont il apprenait à suivre le courant.


Katarn ouvrit les yeux, et le monde lui parut différent. Devant lui, le calme imperturbable de Luke s’était effacé, remplacé par une inquiétude vive, aiguë, qu’il ne prenait même pas la peine de dissimuler. Son visage s’était durci, ses traits juvéniles tendus par une résolution glaciale, comme s'il venait de percevoir un danger bien plus grand que le Jedi épuisé à ses pieds. Le silence qui s'ensuivit ne dura qu’un battement de cœur, lourd de sens. Puis Luke bondit.


Son sabre vert trancha l’air avec une précision chirurgicale, une intention de mettre fin aux choses immédiatement. La lame illumina le sol d’un éclat pur et impitoyable. Katarn para, à la dernière seconde, instinct pur – le choc des lames résonna dans toute la plaine, un éclat métallique qui projeta autour d’eux des gerbes d'étincelles et de lumière vacillante. Les deux lames se croisèrent, sifflantes, traçant dans le ciel un cercle de lumière mouvante, un mandala de combat mortel.


Katarn recula de plusieurs pas , ses muscles vibrant sous l’effort titanesque de simplement résister. Luke avançait, méthodique, implacable, chaque coup porté avec un poids et une précision croissants. Leurs sabres s’entrechoquèrent encore et encore – et soudain, celui de Katarn frémit, comme perturbé par une interférence. Des éclairs bleutés parcoururent la lame verte, la rendant instable, presque vivante, douloureuse. Puis, une lumière dorée, chaude et organique, se mit à serpenter le long du plasma, ondulant, dansant, comme si une énergie nouvelle, ancienne et sauvage, cherchait à envelopper, à fusionner avec la lame laser.


Sous ce spectacle inquiétant, Luke accéléra son assaut, son calme se fissurant. Cela se sentait, se voyait dans la rapidité nouvelle de ses mouvements : il voulait maintenant en découdre. Ses attaques se firent plus violentes, plus coupantes . Il frappait comme un homme pressé, comme un homme qui a peur, comme s’il craignait ce qui était en train d'advenir, comme s’il voulait mettre fin à ce combat avant qu’il ne bascule dans un territoire inconnu et dangereux. Katarn parait, esquivait, trébuchait parfois sous la force des impacts – et chaque fois que leurs lames se rencontraient, la sienne éclatait d’un flash doré de plus en plus intense, un grondement sourd parcourant le sol sous leurs pieds, comme si la planète elle-même gémissait.


Leurs silhouettes se confondaient à présent dans une danse frénétique de lumière et d'éclat. Luke dominait toujours le rythme, mais il était guidé par une impatiente frustrante . Katarn, lui, sentait quelque chose s’éveiller au plus profond de son être – l'équilibre. Pour la première fois, il pouvait le sentir dans sa lame. Ce 'était pas un état volatile, précaire, comme lors de ses anciennes tentatives. Cette fois ci c'était un courant , qui pulsait dans ses veines au même tempo que la vibration dorée de sa lame.


Le sabre de Luke jaillit une nouvelle fois, traçant un arc parfait et mortel vers son torse. Katarn para, pivota sur lui-même avec une agilité qu'il se croyait avoir perdue, et sentit une vigueur nouvelle lui revenir. Et avec elle, l'ombre de son ancien plaisir du combat, cette ivresse dangereuse qu'il tirait de la confrontation. La meilleure défense est l'attaque, il avait toujours vécu pour cette devise et voulut dorénavant l'appliquer, même face à l'incarnation la plus dangereuse qu'il eût affrontée depuis qu'il avait mis un pied sur Mortis.


Mais cette seconde d'excitation, ce retour de son orgueil, lui coûta cher. Trop occupé à jouir de ce regain retrouvé, il oublia que Skywalker n'était pas juste un épéiste hors du commun, mais aussi l'un des manipulateurs de la Force les plus puissants à avoir jamais existé. C'est ainsi qu'il sentit, non pas un coup, mais une pression immense, absolue, s'abattre sur ses épaules. Le poids d'une étoile, d'une gravité insoutenable, le clouant au sol, écrasant sa volonté avec la même facilité qu'un pied écrase un insecte. Il voulut affronter la force par la force, en concentrant son propre champ de force dans un effort surhumain. Même s'il parvint, dans un gémissement de muscles et d'os, à se redresser légèrement, à chaque fois qu'il pensait avoir trouvé une faille, Luke, d'un simple effort lui envoyait une nouvelle décharge de puissance pure, le clouant de nouveau au sol comme un fétu de paille sous un rouleau compresseur cosmique.


Luke avança rapidement, le sabre toujours dressé devant lui, une sentinelle implacable. Sa voix, retrouvant sa mesure, annonça son jugement, un verdict sans appel.


— Tu as du potentiel, Coleman Katarn. Je dois l'admettre. Ton endurance, ta volonté, sont remarquables. Mais tu es trop volatile, trop imprévisible. Tu es un vaisseau sans commande dans une ceinture d'astéroïde.Tu es un pari, Coleman, un pari qui, malheureusement, a bien plus le potentiel d'être perdant que gagnant. Un bien trop gros risque, un danger qui pourrait amener des siècles de destruction et de souffrance dans la galaxie. Je ne peux pas prendre ce risque.


Il leva son épée, la pointe dirigée vers le cœur de Katarn, prêt à en découdre une fois pour toutes, à trancher. Mais soudain, alors que la lame allait s'abattre, il s’immobilisa, figé dans son mouvement. Un frisson étrange, une vibration nouvelle, totalement étrangère à leur duel, parcourut l’air, une dissonance dans la partition de la Force qui fit vaciller sa concentration de maître.


Katarn, écrasé au sol, sentit lui aussi quelque chose. Une présence. Derrière lui. Elle n'était pas arrivée, Une force massive familière dans sa densité et pourtant radicalement inconnue. Son corps, encore écrasé par la puissance de Luke, refusa de se tourner, mais ses sens, aiguisés par l'éveil récent, captèrent tout.


Luke fronça légèrement les sourcils, une ombre d’inquiétude passant dans ses yeux bleus. Mais presque aussitôt, il abaissa ses épaules dans un soupir presque imperceptible et son visage retrouva ce masque de calme et de sérénité qui avait glacé Katarn.


Il relâcha son emprise, laissant Coleman affalé au sol, haletant, chaque muscle, chaque nerf brûlant du feu de l'effort et de la pression. Quelques secondes de répit volées, et pourtant, Katarn sentit son cœur battre avec une intensité nouvelle, un tambour qui annonçait un changement d'ère.


— Tu es sûre ? Questionna Luke,. Un petit sourire , joua sur ses lèvres. Ce n’est pas sage. Si les deux côtés de la Force se sont mêlés, ce n'est peut-être pas le bon.


— Au contraire, répondit la voix féminine, la même qui avait parlé à Katarn, maintenant audible à l'oreille , douce et pourtant porteuse d'une autorité qui rivalisait avec celle de Luke. Si les deux côtés se sont senti obligés d'envoyer leurs plus grands champions pour l'arrêter, c’est bien lui. Seul lui peut véritablement exister entre les deux, appartenir aux deux sans être possédé par aucun. C’est pour cette raison même que je l’ai fait venir ici.


Katarn se redressa lentement, avec une douleur qui était maintenant familière et tourna la tête, forçant son corps à obéir. Elle était là. Ce n'était pas la vision d'une vieille femme comme dans ses rêves récurrents, mais l’incarnation même des légendes qu'il avait lues, des histoires qu'on chuchotait. La grande Rey, debout, rayonnante dans sa robe immaculée aux reliefs d’or qui capturaient la faible lumière de Mortis.La fondatrice du Nouvel Ordre Jedi . L'élue de la lumière qui, disait-on, avait elle-même atteint l'équilibre dans la Force. Elle semblait avoir surgi d’un de ces holocrones d'entraînement ntimidants qu’il avait tant visionné dans les sous terrain des Brightstar, toute la grandeur et la lumière de la galaxie condensées en une seule présence vivante, respirante.


Katarn sentit l’air changer autour de lui, la texture même de la réalité se modifier. Tout ce qu’il avait cru comprendre de la Force, tous les dogmes, toutes les certitudes, tout ce qu’il avait cru savoir sur lui-même, sur son chemin, vacillait, se brisait et se recomposer dans une forme nouvelle, inconcevable, sous le regard de ces deux archétypes, de ces deux pôles de la destinée galactique. L'équilibre n'était pas un mythe. Il se tenait devant lui, et il était en train de naître en lui.


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Dans le silence de la salle de méditation. La brume de la vision ondulait comme une mer de ténèbres devant lui. Sedu flottait dans l’ombre, invisible, observant Zain. Le jeune garçon était immobile, perdu dans le souvenir ancien de Dooku. Chaque battement de son cœur résonnait faiblement dans le vide que Nihilus habitait.


Il vit la peur, la confusion, mais surtout la tristesse. Intéressant.L'ouverture qu'il attendait.

Alors que le rêve touchait à sa fin Nihilus décida de se montrer, trônant sur siège au centre , comme une insulte au conseil Jedi. Lorsqu’il apparut, Zain recula imperceptiblement, mais son regard ne trahit pas sa crainte, seulement la surprise.


> — Es-tu derrière… tout cela ? demanda-t-il, sa voix tendue.


Nihilus inclina légèrement la tête. La lumière semblait se plier autour de lui, et pourtant il restait un spectre sombre et froid.


— Non, répondit-il d’une voix basse et sifflante. Ce n’est pas moi qui te montre la vie de ton Dokuu. Je te l'ai dis avant sur Byss là où reigne le côté obscur, le fragment de Dokuu qui vit en toi est amplifié et entre en résonance avec ton esprit.


Zain sembla confu dépasser par les mécanismes de possessions.

— Mais je suis plutôt intrigué… murmura Sedu. Je pensais qu'il te torturait avec les visions de ce qu'il avait accompli l'année passée dans ton corps. Mais là il te montre sa vie de Jedi. Je me demande pourquoi? Tu as une explication.


Zain fronce les sourcils, confus.


> — Je… je ne sais pas. Je ne comprends pas pourquoi il me montre tout cela.

Nihilus étira sa main, invisible, comme pour effleurer l’esprit de Zain, non pour l’attaquer, mais pour sonder ses pensées.


— Tu vois… commença-t-il lentement. Je pense que Dooku a pitié de toi. Je suppose que tu crois que les Jedi viendront te sauver. Après tout tu as réussi à leurs envoyer un message, même si c'est inutile. Il veut te monter qu'ancien ou nouveau ils sont tous les même


Zain serra les poings, la méfiance mêlée à la détermination :


> — J’ai foi dans le Nouvel Ordre, dans le grand maître et dans mes amis. Ils viendront. Ils me sauveront.


Sedu laissa échapper un souffle bas, un rire presque imperceptible.


— Naïf… tu es naïf de penser que le Nouvel Ordre serait différent de l’ancien. Moi aussi, je les cru, jusqu'à ce que j'apprenne le contraire de la plus dur des manières. Quelque soit l'époque, le Conseil priorisera toujours ses intérêts, même au détriment de la vie. Même celle d’un enfant innocent.


Zain recula, surpris.


> — Quelle enfant… ? murmura-t-il.

Sedu étonnait vu dans le yeux marrons du jeune garçon la lumière s'allumait.


le Mirialan. Hurla Zain.… celui que j'ai vu dans l’esprit de Darth Kachina… celui dont maître Katarn nous a parlé.


— Alors, vous êtes lui, pas Nihilius, vous êtes Sedu. Cria t'il les yeux écarquillés de surprise par sa propre conclusion.


Sedu ouvrit les yeux dans sa chambre de méditation, le souffle court, le visage rouge de colère. La connexion était rompue. Elle avait perdu le fil, et avec lui, le contrôle de ce qu’elle observait.


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