— « Vous ? »
Le mot claqua dans l’esprit de Valia et de Geki alors qu'ils se tenaient à l'intérieur du vaisseau Purgil, comme une onde brutale.
Keyanna, le visage traversé par une rare surprise, fixait les deux padawans sans ciller.
Geki s’immobilisa derrière Valia et se pencha légèrement vers elle.
— , Deux fois dans la même journée, murmura-t-il, la Force essaie clairement de nous dire quelque chose.
La Zeltronne sentit la chaleur lui monter aux joues, sa peau rosée virant au rouge. Encore sous le choc, elle plissa les yeux.
— Qu’est-ce que tu fais ici ?
Un silence.
Le regard de Keyanna glissa de l’un à l’autre.
— « Vous. »
— « Pourquoi ? »
Toujours dans l'esprit des jeunes intrus.
Geki leva une main, apaisante, accompagnée d’un sourire nerveux.
— Mission, répondit-il sans grande conviction, on part en mission.
Il inclina légèrement la tête, évitant soigneusement son regard.
— Et toi ? demanda-t-il, espérant que cela marche comme diversion.
Un petit silence fut suivi par un :
— « Chez moi. »
Un bip doux résonna aussitôt dans le vaisseau.
Valia tourna la tête vers le plafond.
Une nouvelle série de bips suivit, plus longue, plus nuancée. La jeune padawan ferma brièvement les yeux, laissant les sons prendre sens.
Puis, à mi-voix :
— C’est elle qui t’a trouvé, ici.
Un bip plus grave confirma.
Valia releva les yeux vers Keyanna, troublée.
— Et tu viens le voir, depuis longtemps.
Un autre échange sonore, plus lent, chargé d’émotion.
Valia inspira doucement.
— Tu es restée, quand personne d’autre ne venait.
Sa voix se fit plus basse.
— Tu comprends sa solitude, comme toi, il a perdu sa famille. Il a perdu Maître Katarn.
Un léger frémissement parcourut Harlow, témoin encore du chagrin que l'ancien Jedi a laissé dans son cœur.
Geki, les yeux brillants, regardait tour à tour la scène, submergé.
— C’est, beaucoup trop triste, votre histoire,
Valia ne répondit pas, elle fixait Keyanna autrement, maintenant. Une pointe de jalousie s’insinua en elle, mélangée à de la honte.
Elle aurait dû être là, insister, ne pas abandonner.
Pendant qu’elle se noyait dans cette pensée, Keyanna l’observait.
Puis, Valia le sentit.
Une présence, comme une main qui glisse dans l’eau.
La jeune nomade entra dans son esprit, sans un réel effort.
Zain.
L’appel.
La décision.
La peur, contenue derrière la volonté.
Tout cela bascula dans l'esprit de la Zeltronne. Et, presque aussitôt, la présence se retira.
— « Solaris. »
— « Danger. »
— « Byss. »
Les mots éclatèrent dans leurs esprits avec plus de force cette fois.
Geki cligna des yeux, impressionné.
— Comment as-tu deviné ?
Valia resta immobile une seconde, encore troublée, cherchant ses mots.
— Elle, a lu en moi.
Sa propre voix lui parut étrange.
— Lu en toi ? répéta Geki, pas convaincu, mais Valia, le Grand Maître t’a appris à sceller tes pensées, je me souviens de cet entraînement, je n’arrive même pas à le finir. Comment une étudiante de l'académie peut faire ça ?
Un grondement léger parcourut Harlow.
Puis une série de bips, plus rythmée, presque fière suivirent.
Valia tourna la tête, attentive. Ses traits changèrent légèrement.
— C’est toi, souffla-t-elle, c’est toi qui l’as entraînée.
Un bip affirmatif.
— Ça explique ses progrès, en un an.
Elle jeta un regard à Keyanna.
— Les purgils sont extrêmement sensibles à la Force, tu lui as appris à lire en toi, à comprendre, à communiquer.
Elle marqua une pause.
— Même si ce n’est pas encore parfait.
Keyanna ne réagit pas, fixant ses deux camarades, elle n'avait que deux mots en tête, qu'elle martelait au reste de son audience limitée.
— « Je viens. »
Valia secoua la tête immédiatement.
— Non.
Cette fois, c’était clair, net et précis.
Comprenant qu'ils étaient arrivés à un point de bascule, Geki intervint aussitôt, plus doux, cherchant à être conciliant.
— Attends.
Il s’approcha, se hissant légèrement pour être à sa hauteur, sans la dominer.
— Ce n’est pas contre toi, mais tu es encore à l’Académie.
Il hésita, cherchant ses mots.
— Et Byss, et bien tu n'es pas prête. Même nous, nous ne sommes pas prêts, pour dire la vérité.
Le regard de Keyanna glissa vers lui.
— « Je viens. »
Elle insista.
Un léger sourire passa sur les lèvres de Geki, mi-amusé, mi-dépassé.
Il pencha légèrement la tête vers Valia, murmurant :
— Valia, un petit coup de main, là, ?
Alors que Valia ouvrait la bouche pour tenter, elle aussi, de raisonner Keyanna, Harlow la coupa d'une longue série de bips graves.
Ils résonnèrent dans toute la cabine, sans la moindre hésitation.
Valia baissa aussitôt les yeux.
— Harlow, souffla-t-elle, c'est beaucoup trop dangereux pour elle.
Le purgil répondit par deux bips courts.
Puis plus rien.
Pas un mouvement.
Pas la moindre intention de céder.
Valia connaissait suffisamment Harlow pour comprendre. Lorsqu'il avait pris une décision, il était aussi obstiné qu'un rancor accroché à sa proie. Discuter ne servirait à rien.
Le message était limpide.
Keyanna reste à bord ou Harlow ne décollerait pas.
Elle échangea un regard avec Geki. Lui aussi avait compris.
Il poussa un long soupir de résignation.
— Je déteste quand un vaisseau gagne une dispute,
À cet instant, tous les trois se figèrent.
Quelque chose venait d'entrer dans les hangars.
Une présence immense.
Écrasante.
La Force semblait s'incliner sur son passage.
Valia sentit son souffle se bloquer.
— Le Grand Maître, murmura-t-elle.
Sans qu'un mot soit échangé, les trois padawans se précipitèrent vers l'arrière du purgil. Ils se glissèrent derrière une cloison de chargement, retenant jusqu'à leur respiration.
Quelques secondes plus tard, la rampe s'ouvrit dans un souffle hydraulique.
Des pas.
Calmes.
Mesurés.
Le Grand Maître pénétra dans Harlow comme si le vaisseau lui appartenait depuis toujours.
Sa simple présence emplissait l'habitacle.
Ce ne fut qu'après quelques instants que Valia perçut une seconde aura, plus faible, presque noyée dans celle de Meywine.
Haris Brightstar.
Le vieux Jedi suivait sa fille d'un pas plus lent. Les blessures de Mytus avaient laissé leur marque. Son visage semblait plus creusé qu'auparavant, ses traits tirés par la fatigue, mais son regard demeurait aussi déterminé qu'autrefois.
À peine la porte refermée derrière eux, Haris rompit le silence.
— Je t'accompagne. Et il est inutile d'essayer de me faire changer d'avis.
Meywine ne répondit pas.
Le vieux maître poursuivit, la voix plus ferme.
— Je ne laisserai pas ma fille s'aventurer seule sur Byss.
— Père, c'est ridicule. Tu as,
Meywine s'interrompit brusquement.
Son regard venait de balayer l'habitacle.
Valia sentit aussitôt son cœur manquer un battement.
Le Grand Maître tournait lentement sur elle-même, observant chaque recoin du purgil. Son expression demeurait calme, mais son instinct venait manifestement de s'éveiller.
Puis Valia perçut quelque chose. Une vague douce traversa Harlow.
Le purgil déployait la Force autour d'eux comme un immense voile, les enveloppant délicatement. Ce n'était pas une illusion, ni un camouflage visuel. C'était, une absence. Comme si leurs présences s'effaçaient dans la Force.
Valia échangea un regard inquiet avec Geki.
Harlow les cachait.
Mais face à un être comme Meywine, ce subterfuge ne pouvait être parfait.
Le Grand Maître plissa imperceptiblement les yeux.
Elle ne les voyait pas.
Elle sentait seulement, que quelque chose n'était pas à sa place.
— Que se passe-t-il ? demande Haris en remarquant son hésitation.
Meywine continua d'observer la cabine quelques secondes.
— Je ne sais pas,
Elle posa une main contre une cloison.
— Harlow est nerveux.
Un silence.
Puis un léger sourire éclaira son visage.
— Non, pas nerveux.
Le purgil répondit aussitôt par une longue série de bips enthousiastes.
Valia en comprit immédiatement le sens.
Il exprimait sa joie de reprendre du service.
Le sourire de Meywine s'élargit.
— Merci, mon vieil ami.
Sa voix s'était faite plus douce.
— Tu es le seul capable de m'emmener jusqu'à Byss sans être repéré.
Elle caressa tendrement la paroi de bois.
— Tu es véritablement unique, Harlow.
Sous la cloison où ils étaient dissimulés, Valia relâcha lentement son souffle.
Geki essuya discrètement la sueur qui perlait sur son front.
Même Keyanna semblait retenir sa respiration.
Tous espéraient que le voile du purgil tiendrait, jusqu'à Byss.
Le silence revenu, Valia tendit l'oreille.
Meywine reprit, retrouvant son ton autoritaire.
— J'ai dit au Conseil que j'irais seule.
Elle se tourna vers son père.
— Dans ton état, tu risques surtout de me ralentir.
Haris redressa les épaules malgré la fatigue visible sur son visage.
— Ne sous-estime pas ton père.
Un mince sourire apparut sur les lèvres de Meywine.
— Ne sous-estime pas ton Grand Maître.
Le vieux Jedi secoua la tête, amusé malgré lui.
— Si tu t'inquiètes pour le traître, c'est inutile. Il a accompli sa mission en abaissant les boucliers de Mytus. À l'heure qu'il est, il est certainement déjà loin.
Il soupira.
— Il nous faudra encore plusieurs jours avant d'identifier tous les gardes disparus pendant l'attaque.
Son regard croisa celui de sa fille.
— Je préfère être utile, et venir avec toi.
Derrière leur cachette, Valia sentit un frisson lui parcourir l'échine.
Un traître.
Les Enfants de Korriban avaient réussi à infiltrer Mytus.
L'idée seule lui glaça le sang.
Si un espion avait pu se cacher au cœur même du bastion des Brightstar, alors aucun sanctuaire n'était réellement sûr.
Un long silence suivit.
Enfin, Meywine céda.
— Très bien.
Sa voix ne souffrait aucune discussion.
— Tu viens.
Haris esquissa un sourire victorieux.
Mais Meywine leva aussitôt un doigt.
— À une condition.
Son regard devint d'une dureté presque glaciale.
— Pendant que je chercherai Zain, tu resteras à bord de Harlow pour protéger le vaisseau.
Elle marqua une pause.
— C'est un ordre.
Haris la regarda quelques secondes.
Puis un sourire malicieux étira les commissures de ses lèvres.
— Nous verrons.
Sous la cloison, Valia aperçut Geki lever discrètement les yeux au ciel.
Même blessé,
Haris Brightstar restait Haris Brightstar.
Dans leur cachette, les trois padawans sentirent Harlow vibrer.
Les moteurs montèrent brutalement en puissance.
Puis le purgil quitta le hangar dans une accélération fulgurante.
Tous trois furent projetés les uns contre les autres avant de retrouver tant bien que mal leur équilibre. Serrés dans cet espace exigu, le voyage promettait d'être long, et particulièrement inconfortable.
Plusieurs heures passèrent, Valia jeta un regard à Geki. Impossible de lui adresser le moindre mot. À la moindre voix, Meywine les entendrait. Et Geki ne maîtrisait pas encore la télépathie.
Il ne lui restait qu'une seule interlocutrice.
Elle ferma les yeux.
La Force s'écoula lentement en elle.
Elle chercha la présence de Keyanna.
La jeune nomade sentit aussitôt son appel. Sans un mot, elle renforça à son tour sa connexion. Les deux consciences se rejoignirent, jusqu'à former un pont silencieux entre elles.
— « Ceci n'est pas ta bataille, Keyanna. Tu ne devrais pas être ici. »
Le regard gris de la nomade resta fixé droit devant elle.
— « Je sais ce qui s'est passé ce jour-là, sur Coruscant. »
Une brève pause.
— « Zain Solaris a pris ma place. »
Valia sentit une emotion ancienne remonter à travers ce lien.
De la culpabilité.
— « Le code des Nomades exige que je paie cette dette. »
Valia secoua doucement la tête.
— « Non, »
Elle plongea plus profondément dans ce qu'elle ressentait chez Keyanna.
Une douleur immense.
Et, sous cette douleur,
Une colère brûlante.
— « Ce n'est pas cela que je perçois en toi. »
Les yeux de Keyanna se levèrent vers les siens.
— « Tu cherches la vengeance. »
Le lien mental se troubla légèrement.
— « Tu veux retrouver les Enfants de Korriban, et tuer chacun de ceux que tu rencontreras. »
Le silence dura plusieurs secondes.
Puis Keyanna répondit, sans détour.
— « Oui. »
Le mot résonna avec une froide sincérité.
— « Ils ont détruit mon peuple. »
Une image traversa fugitivement leur lien.
Des flammes.
Du sang.
Le visage de sa jeune sœur.
— « Ils ont transformé ma sœur en meurtrière. »
Sa présence mentale se durcit.
— « Ce n'est que justice. »
Valia sentit son cœur se serrer.
— « Non. »
Sa pensée demeura calme.
— « La justice protège. La vengeance punit. Ce ne sont pas les mêmes chemins. »
Elle inspira lentement.
— « Un Jedi se bat pour empêcher d'autres innocents de souffrir, pas pour nourrir sa propre colère. »
Les yeux de Keyanna ne quittèrent pas les siens.
— « Tu te trompes sur moi. »
Cette fois, une pointe d'amertume traversa leur lien.
— « Je ne suis pas une Jedi. »
— « Même si j'ai accepté de vous rejoindre, ce n'est que pour perfectionner mes talents. Et faire payer à ces assassins ce qu'ils ont fait »
Elle marqua une pause.
— « Je suis une Nomade. »
Encore une.
— « Et je le resterai. »
Valia réfléchit quelques instants avant de répondre.
— « Je ne connais pas vraiment ton peuple, mais le Grand Maître m'a raconté que les Nomades pieux de la Force étaient profondément pacifistes. Ils refusaient même d'utiliser la Force pour combattre. »
Elle la regarda avec douceur.
— « Crois-tu vraiment qu'ils approuveraient ce que tu veux devenir ? »
Cette fois, le silence fut plus long.
Bien plus long.
Lorsqu'enfin Keyanna répondit, la douleur était si profonde que Valia la ressentit comme si elle était la sienne.
— « Ils ne sont plus là. »
Une pause.
— « Ils m'ont laissée toute seule. »
Sa pensée vacilla.
— « Ils n'ont plus le droit de décider pour moi. »
À travers leur lien, Valia comprit alors que ce n'était pas la colère qui consumait le plus Keyanna.
C'était la solitude,
Et cette blessure-là était bien plus difficile à guérir que la haine.
Valia laissa le silence retomar.
Elle ne voulait pas brusquer Keyanna.
Si elle continuait à lui parler, peut-être finir-elle par ébranler ses certitudes. Pas aujourd'hui, mais un jour.
Le voyage se poursuivit.
Les heures s'étirèrent.
À l'avant, Meywine et Haris échangeaient parfois quelques mots, mais leurs voix n'arrivaient plus jusqu'à eux. Seul le ronronnement profond des moteurs de Harlow emplissait désormais l'habitacle.
Puis quelque chose attira l'attention de Valia.
Geki.
Depuis plusieurs minutes, le jeune padawan n'arrêtait pas de remuer.
Il changeait discrètement de position.
Croisait les jambes.
Les décroisait.
Se mordait la lèvre.
Il lui lançait des regards insistants que Valia peinait à comprendre.
Jusqu'à ce qu'il lève lentement une main.
Deux doigts pointés vers lui.
Puis vers, son bassin.
Valia écarquilla légèrement les yeux.
Oh,
Elle venait de comprendre.
Geki était en état d'urgence.
Le pauvre affichait une expression de détresse absolue. Son visage se crispait à chaque seconde qui passait. Ses cheveux roux semblaient presque hérissés de stress, tandis que le bout de son nez prenait une inquiétante teinte écarlate.
Il lui adressa un regard suppliant.
Un regard qui disait très clairement :
Je préfère affronter le Grand Maître que mourir de honte devant vous deux,
Valia posa doucement une main sur son épaule, espérant l'apaiser.
Mauvaise idée.
Geki se raidit aussitôt.
Ses yeux s'agrandirent encore davantage.
Il secoua frénétiquement la tête.
Surtout pas de pression.
Valia retira sa main aussitôt, retenant un soupir.
Même Keyanna tourna lentement la tête vers lui.
Elle l'observa quelques secondes.
Puis son regard glissa vers Valia, interrogateur.
Valia sentit ses joues s'empourprer.
Elle n'avait absolument aucune envie d'expliquer la situation.
Geki, lui, ferma les yeux avec une expression tragique.
Il semblait mener le plus grand combat de toute sa jeune existence.
Et, au vu de son visage, il était en train de le perdre.
Valia commença discrètement à inspirer profondément, puis à expirer lentement.
Elle répéta le mouvement plusieurs fois, espérant que Geki comprendrait.
Le jeune padawan la fixa une seconde avant de l'imiter aussitôt.
Inspirer.
Expirer.
Inspirer.
Expirer.
Mais rien n'y faisait.
Son visage était devenu d'un rouge inquiétant. Ses jambes tremblaient légèrement et il se balançait d'avant en arrière avec l'énergie du désespoir.
Keyanna les observait sans comprendre.
Son regard passa de l'un à l'autre.
Puis elle comprit.
Un lien télépathique s'établit aussitôt.
— « Pathétique. »
Le mot tomba comme un couperet.
Valia lança à la jeune nomade un regard outré.
Ce n'était pas le moment.
À ce rythme, Geki allait réellement finir par se faire dessus.
Puis, soudain, la voix de Haris résonna depuis l'avant du vaisseau.
— Dis-moi, les toilettes de Harlow sont bien au fond ?
Le cœur de Valia s'arrêta.
À côté d'elle, Geki ouvrit de grands yeux.
Puis la voix de Meywine retentit, Microsoft-calme, parfaitement calme.
— Oui.
Un silence.
Puis, avec un naturel déconcertant :
— Geki, si tu le fais sur toi, c'est toi qui nettoieras.
Le temps sembla s'arrêter.
Les trois clandestins se figèrent comme des statues.
Geki devint livide.
Valia sentit tout son sang quitter son visage.
Même Keyanna resta immobile, incapable de comprendre comment ils avaient pu être découverts.
La voix de Meywine reprit, amusée cette fois.
— Harlow a fait un excellent travail.
Elle marqua une pause.
— J'aurais probablement été incapable de vous repérer,
Un très léger sourire perça dans sa voix.
— , si vous n'aviez pas décidé de dscuter.
Elle laissa échapper un petit souffle amusé.
— Votre lien mental, Valia, Keyanna,
— On le percevait à des années-lumière.
Valia ferma les yeux.
Évidemment,
Son échange dans la Force, face à une Jedi comme Meywine, c'était presque comme crier.
Résignée, elle sortit lentement de sa cachette.
Geki la suivit, la tête basse, les jambes toujours serrées.
Keyanna apparut à son tour, parfaitement impassible.
Meywine les observait, les bras croisés.
Son regard passa de l'un à l'autre.
Puis un sourire, presque maternel, étira ses lèvres.
Avant même que Valia puisse ouvrir la bouche, elle leva une main.
— Ne t'inquiète pas.
Le purgil répondit par quelques bips satisfaits.
Meywine soupira avec une exagération théâtrale.
— Tu as très clairement expliqué tes conditions pour accepter de poursuivre cette mission. Je vais les laisser venir eux aussi avec moi.
Elle leva les yeux au plafond.
— Triste jour pour mon autorité,
Son sourire s'élargit.
— Il semblerait qu'un Grand Maître Jedi puisse être tenu en échec, par un purgil particulièrement têtu,
se moqua Haris.
Geki, qui se tenait toujours devant eux, les mains désespérément serrées entre les jambes, n'entendait déjà plus la conversation.
Meywine croisa son regard, puis lui indiqua l'arrière du vaisseau d'un simple signe de tête.
— Vas-y.
Le padawan n'attendit pas qu'on le lui répète.
— Merci !
Il détala à toute vitesse vers le fond de la cabine, disparaissant derrière une cloison.
Quelques secondes plus tard, un profond soupir de soulagement résonna dans tout Harlow.
Même les moteurs du purgil semblaient couvrir difficilement le bruit.
Haris leva les yeux au ciel.
Meywine, elle, se pinça discrètement l'arête du nez.
Valia sentit ses joues s'empourprer de honte.
À côté d'elle, Keyanna pencha légèrement la tête, manifestement intriguée par tout ce remue-ménage.
Un instant plus tard, Geki reparut.
Son visage, quelques secondes auparavant crispé par l'urgence, affichait désormais une sérénité presque insolente.
Il s'étira avec satisfaction.
— Ah, je revis.
Puis son regard croisa celui de Meywine.
Puis celui d'Haris.
Puis celui de Valia.
Le sourire disparut.
Toute la situation lui revint d'un seul coup.
Son visage se décomposa.
— , Ah.
Sans prononcer un mot de plus, il rejoignit docilement Valia et Keyanna, prenant place à leurs côtés comme si cela pouvait le rendre invisible.
Les mains croisées dans le dos, les yeux obstinément rivés sur le plancher, il attendit en silence, le jugement du Grand Maître.
Meywine croisa lentement les bras.
Son regard passa successivement sur chacun d'eux.
— Je suppose que vous avez fait preuve d'une certaine, ingéniosité pour espionner la réunion du Conseil sans que je m'en aperçoive.
Elle marqua une pause.
— Mais de là à monter clandestinement dans mon vaisseau pour me suivre jusqu'à Byss,
Elle secoua lentement la tête.
— Je constate que je n'ai pas été assez stricte avec vous.
Valia fit aussitôt un pas en avant.
— Maître,
Elle inspira profondément.
— Ne blâmez pas Geki. C'est moi qui ai insisté. C'est ma décision.
Elle désigna ensuite discrètement Keyanna.
— Quant à elle, elle était déjà à bord lorsque nous sommes arrivés.
Meywine ne répondit pas.
À côté d'elle, Haris esquissa un sourire.
— Peut-être devrions-nous plutôt nous réjouir de leur esprit d'initiative.
Le Grand Maître tourna lentement la tête vers son père.
— Ah oui ?
Son ton était devenu dangereusement calme.
— Tu aurais apprécié que tes propres padawans fassent la même chose ?
Le sourire de Haris s'effaça légèrement.
Il baissa un instant les yeux avant de laisser échapper un rire amer.
— Tu as vu ce que sont devenus mes padawans,
Sa voix s'était faite plus grave.
— À choisir, je serais presque prêt à échanger les miens contre ceux-là.
Un bref silence suivit.
Même Meywine sembla touchée par la remarque.
Geki, lui, sentit qu'il était temps d'intervenir.
Il leva timidement une main.
— Maître,
Il afficha son sourire le plus rassurant.
— Franchement, on ne vous gênera pas.
Il lança un regard vers Valia, cherchant son approbation.
— On trouvera juste Zain, et puis on repartira.
Il hésita une seconde.
— En fait, je pense même qu'on va vous faciliter la mission.
Le silence qui suivit fut, accablant.
Meywine leva lentement un sourcil.
— Ah bon ?
— Oui,
Geki perdit déjà un peu de son assurance.
— Enfin, peut-être,
Le Grand Maître soupira.
— Vous ne me gênerez effectivement pas.
L'espace d'un instant, Geki retrouva espoir.
Puis Meywine acheva sa phrase.
— Puisque vous resterez dans Harlow.
Le sourire de Geki disparut aussitôt.
Haris toussota discrètement.
— Hum, ma fille,
Meywine tourna les yeux vers lui.
— Oui ?
— Je crois que nous avons déjà dépassé ce stade.
Il désigna les trois padawans du menton.
— Si tu les laisses seuls ici, ils finiront par n'en faire qu'à leur tête.
Valia baissa les yeux.
Impossible de le contredire.
Puis elle répondit avec un calme déconcertant :
— Ils ne seront pas seuls, ils resteront avec toi.
Haris cligna des yeux.
— Avec, moi ?
Le vieux Jedi esquissa un sourire presque innocent.
— Il y a juste un petit problème,
Meywine soupira déjà.
— Lequel ?
Haris haussa les épaules.
— Moi aussi, j'avais l'intention de n'en faire qu'à ma tête.
Geki ne put s'empêcher de murmurer à Valia :
— Je l'adore, le vieux Brightstar.
Valia lui donna discrètement un coup de coude, tandis que Meywine fermait les yeux avec cette expression que seuls les parents ou les Grands Maîtres arborent lorsqu'ils se demandent sincèrement où ils ont échoué.
*****************************
De l'autre côté de la galaxie, Zain avançait toujours, les poignets entravés par ses chaînes, escorté par Darth Qamra et Darth Ranok.
Il avait encore du mal à réaliser.
Sedu, l'ami de Katarn, était en réalité le véritable chef des Enfants de Korriban.
Cette révélation refusait de trouver sa place dans son esprit.
Pourtant, il ne pouvait plus la nier.
La question qui se posait était de savoir comment cet homme possédait un pouvoir qui dépassait tout ce que Zain avait connu jusqu'à présent.
Une puissance si dense qu'elle semblait déformer la Force elle-même.
Jamais il n'avait ressenti une telle présence obscure.
Même en avançant désormais dans les marécages de Byss, cette sensation ne le quittait pas.
Le brouillard s'accrochait aux racines noueuses des arbres morts. Une eau noire stagnait de chaque côté du sentier, à peine troublée par quelques remous invisibles.
Chaque bruissement lui glaçait le sang.
Chaque murmure porté par le vent semblait prononcer son nom.
Il avait l'impression que la planète entière l'observait.
Comme si Byss était vivante.
Comme si quelque chose, tapi dans ses profondeurs, attendait son arrivée depuis toujours.
Zain baissa instinctivement les yeux.
Puis il sentit autre chose.
Une présence.
Cette fois, elle ne venait pas des marécages.
Elle venait de lui.
Quelque chose remuait au plus profond de son être.
Une force familière,
Silencieuse,
Enfouie,
Qui cherchait lentement à remonter à la surface.
Zain serra les poings malgré ses chaînes.
Il ne savait pas ce que c'était.
Mais une chose était certaine.
Byss était en train de l'éveiller.
Quand, soudain,
Le marécage disparut.
Les chaînes,
Byss,
Tout s'effaça.
Zain se retrouva de nouveau à Coruscant.
Une immense bibliothèque s'étendait devant lui. D'interminables étagères de bois sombre montaient jusqu'au plafond, chargées d'ouvrages anciens et d'holocrons. La lumière, chaude et paisible, contrastait brutalement avec l'obscurité de Byss.
Au milieu des rayonnages se tenaient deux Jedi.
Le premier, Zain le reconnut immédiatement.
Le comte Dooku.
Mais il paraissait plus âgé que dans la vision précédente. Ses cheveux avaient blanchi davantage et les années avaient durci les traits de son visage.
Face à lui se trouvait un autre Jedi.
Grand,les cheveux longs, déjà grisonnants, attachés dans son dos.
À peine Zain posa les yeux sur lui qu'il comprit.
Qui-Gon Jinn.
Il ressentait ce que Dooku ressentait.
Une profonde affection.
Une fierté sincère,
presque celle d'un père regardant son fils.
Dooku referma doucement le livre qu'il tenait entre les mains.
— Le Conseil t'a proposé un siège, et pourtant tu l'as refusé.
Il observa quelques instants son ancien padawan.
— Pourquoi, Qui-Gon ? Ta sagesse leur serait précieuse.
Qui-Gon esquissa un léger sourire.
— Je ne sens pas que ma place soit au Conseil.
Il leva doucement les yeux, comme s'il contemplait quelque chose d'invisible.
— Je sens que la Force a d'autres desseins pour moi, Maître.
Puis son sourire s'élargit.
— Et puis, vous non plus, vous n'avez jamais siégé au Conseil.
Dooku laissa échapper un léger rire.
— Moi,
Il haussa les épaules.
— Ce n'est pas que je l'ai refusé.
Son regard se perdit un instant entre les étagères.
— On ne me l'a simplement jamais proposé.
Un sourire amusé apparut au coin de ses lèvres.
— J'ai sans doute des opinions, un peu trop tranchées pour eux.
Qui-Gon ne put retenir un rire.
— Je crois bien avoir hérité de cette qualité.
Le Jedi posa une main sur l'épaule de Dooku,
un geste plein d'affection qui surprit Zain.
— Nous sommes les serviteurs de la Force.
Sa voix retrouva son sérieux.
— Je ne pourrais pas la servir en restant assis sur un fauteuil à débattre toute la journée.
Dooku acquiesça.
— C'est aussi ce que je ressens.
Le sourire de Dooku s'effaça peu à peu.
Il fixa son ancien élève avec gravité.
— Alors fais attention.
Un silence.
— Je sais que tu n'aimes pas que je te le répète,
Il soupira doucement.
— Mais même au sein de notre Ordre, la politique existe.
Son regard se fit plus sombre.
— Certains interpréteront ton refus comme une remise en cause de leur autorité.
Qui-Gon resta silencieux quelques instants.
Puis il répondit avec son calme habituel :
— Si servir la Force est perçu comme un acte de défiance, alors c'est que notre Ordre s'est déjà éloigné de ce qu'il devrait être.
Dooku ne répondit pas. Au fond de lui, Zain sentit naître une inquiétude.
Une inquiétude qui lui était étrangement familière.
Elle ressemblait à celle qui l'habitait chaque fois que Valia s'aventurait, avec son enthousiasme presque naïf, hors des sentiers tracés par l'Ordre Jedi, laissant derrière elle la prudence et la logique au nom de ce que lui soufflait son cœur.
Cette peur de la voir commettre une erreur.
De la voir souffrir.
Ou pire, d'être trahie par les autres, elle qui voyait le meilleur dans chacun.
Il comprit alors que lui et Dooku n'étaient pas si différents. Qu'il avait lui aussi une ancre.
Quelqu'un qu'il aimait profondément.
Quelqu'un dont il se sentait responsable.
Ce Qui-Gon, celui qui l'appelait maître, sûrement son ancien padawan, n'était pas seulement un élève mais un fils qu'il n'avait jamais eu.
La vision se vissura.
Les immenses rayonnages de la bibliothèque s'effondrèrent dans l'obscurité.
Le froid de Byss revint aussitôt lui mordre la peau.
Le cliquetis de ses chaînes reprit.
— Avance.
La voix sèche de Darth Ranok le ramena à la réalité.
Darth Qamra lui donna une brusque impulsion dans le dos.
— Plus vite.
Zain reprit sa marche à travers les marécages.
Pourtant,
Cette sensation ne l'avait pas quitté.
Elle était toujours là,
dissimulée quelque part entre les arbres morts.
Une présence,
silencieuse,
patiente.
Elle les suivait.
Il ne savait toujours pas s'il s'agissait de Darth Sedu, ou de Darth Nihilus.
Peut-être aucun des deux.
Peut-être les deux à la fois.
Mais une chose était certaine.
À chaque pas qu'il faisait dans les marécages de Byss,
cette ombre se rapprochait.