Star wars épisode 11: L'équilibre dans la force
Sur le sol, le corps réduit à l'état de champ de bataille par les épreuves qu'il venait de traverser. Chaque muscle aurait dû hurler. Chaque respiration aurait dû lui déchirer la poitrine.
Pourtant...
À cet instant, il ne ressentait plus rien.
Ni la douleur.
Ni le sang qui coulait le long de son bras.
Ni l'air brûlant qui, quelques secondes plus tôt encore, lacérait ses poumons.
Il n'y avait plus que ses yeux.
L'un tourné vers elle.
L'autre vers lui.
La Grande Rey.
Non pas la vieille femme de cent quinze ans qui hantait ses rêves depuis son arrivée sur Mytus, mais l'incarnation même de sa légende. Jeune. Radieuse. Au sommet de sa beauté comme de sa puissance. Sa robe immaculée semblait capturer la lumière du monde, tandis qu'une sérénité presque irréelle émanait de chacun de ses gestes.
Face à elle se tenait Luke Skywalker.
Lui aussi dans la fleur de l'âge. Ce visage presque juvénile, si paisible qu'il en devenait trompeur, dissimulait une puissance devant laquelle Coleman venait de s'effondrer quelques instants plus tôt.
Ils étaient là.
Les deux plus grands Jedi que la galaxie eût jamais portés.
Celui qui avait sauvé l'Ancienne République.
Celle qui avait fondé le Nouvel Ordre.
Deux légendes qui se faisaient face,
comme si la Force elle-même retenait son souffle avant de rendre son jugement.
Luke fut le premier à rompre l'immobilité.
— Gardienne de Mortis... puisque tel est ton jugement, je m'y soumettrai.
Son regard glissa vers Coleman.
— Mais si cet homme venait à sombrer... si l'équilibre que tu crois voir en lui venait à se rompre... la Force qui m'a invoqué aujourd'hui me rappellera.
Il marqua une pause.
— Et cette fois... tu ne pourras pas t'interposer entre lui et moi.
Rey demeura immobile.
Puis un léger sourire éclaira son visage.
— C'est toujours un plaisir de vous revoir, maître.
Luke lui rendit son sourire.
Son corps commença à se dissoudre en une pluie de lumière.
— Que la Force soit avec toi... ma Padawan.
Les dernières particules lumineuses s'élevèrent vers le ciel de Mortis avant de disparaître.
Katarn demeura par terre. Son esprit refusait encore de revenir à la réalité. Il ne savait plus s'il rêvait, s'il était mort ou si Mortis lui avait simplement offert le plus étrange des purgatoires.
Puis il le sentit.
Quelque chose avait changé.
Jusque dans la pierre sous ses doigts.
L'air n'avait plus la même densité. La pression qui écrasait Mortis depuis son arrivée semblait s'être évaporée, comme si la planète venait enfin de relâcher un souffle retenu depuis des siècles. Le vent avait perdu sa morsure. Même la lumière paraissait différente, moins brûlante, presque accueillante.
Une main se présenta devant lui.
Il leva les yeux.
Rey.
Il hésita un instant avant de la saisir.
D'une simple traction, elle le remit debout avec une facilité déconcertante, comme si les blessures qui avaient réduit son corps en miettes n'avaient jamais existé.
Aucun mot ne fut échangé.
Ils se regardèrent.
Longtemps.
Trop longtemps.
Puis Coleman baissa finalement les yeux.
Il venait de réaliser qu'il fixait la plus grande Jedi que la galaxie eût jamais connue.
Une gêne presque enfantine le força à détourner le regard.
Rey, elle, continua de l'observer comme si elle cherchait quelque chose.
Puis ses traits s'adoucirent.
Une compréhension traversa son regard.
Un sourire discret apparut sur ses lèvres.
Elle leva doucement une main devant son visage.
La Force répondit avant même que son geste ne s'achève.
Une chaleur parcourut son corps.
Les plaies se refermèrent.
Le sang disparut.
Les muscles cessèrent de brûler.
La fatigue s'effondra comme un mur que l'on aurait retiré de ses épaules.
Chaque souffle emplissait de nouveau ses poumons. Son cœur retrouvait une vigueur qu'il ne se souvenait même plus avoir connue.
Coleman contempla ses mains.
Il ne reconnaissait plus son propre corps.
Il avait l'impression de renaître.
Rey s'était déjà retournée.
— Nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir.
Elle reprit sa marche.
— Suis-moi.
L'ancien Jedi s'exécuta sans discuter.
Un million de questions se bousculaient dans son esprit.
— Tu as beaucoup de questions, à ce que je vois.
Rey ouvrait la marche à travers la forêt. Les arbres de Mortis ne semblaient plus aussi austères. Les feuillages oscillaient doucement sous une brise tiède, comme si la planète elle-même s'était apaisée.
Coleman accéléra le pas.
En vain.
Elle ne courait pas.
Elle marchait simplement.
Et pourtant, il peinait déjà à réduire la distance qui les séparait.
— Non... je ne suis ni un spectre, ni une invocation.
Katarn releva brusquement les yeux.
Elle venait de répondre à la question qu'il n'avait pas encore formulée.
— Je suis de chair et d'os. Exactement comme toi.
Il secoua lentement la tête.
— C'est impossible. Cela voudrait dire que votre corps a traversé plus de quatre cents ans... Regardez-vous... Vous êtes...
Les mots lui manquèrent.
Rey esquissa un sourire.
— Nous sommes sur Mortis.
Elle continua d'avancer.
— Ici, les limites n'existent que pour ceux qui ne savent pas écouter la Force.
Coleman força encore l'allure.
La frustration commençait à monter. Chaque fois qu'il croyait l'avoir presque rejointe, elle demeurait exactement à la même distance, sans jamais accélérer.
Comme si c'était l'espace lui-même qui refusait de les rapprocher.
— Vous avez dit à Skywalker... que c'était vous qui m'aviez amené ici.
Il reprit son souffle.
— Comment... et surtout... pourquoi ?
Rey demeura silencieuse quelques pas.
— Tu sais quand midi-chloriens sont exposés aux deux versants de la Force... aucune prison ne peut totalement les en couper.
Elle effleura l'écorce d'un arbre du bout des doigts.
— Pas même la sélomir de Mytus.
Elle tourna légèrement la tête vers lui.
— Ton corps a connu la lumière. Puis l'obscurité.
— Même privé de la Force, il en percevait encore des fragments... si faibles que tu les prenais pour des rêves.
Elle marqua une courte pause.
— Pourtant... c'est par ces fissures que je t'ai trouvé.
— Je t'ai conduit ici. Je t'ai montré le chemin, même si cela t'a pris beaucoup plus de temps que prévu.
Il y avait dans sa voix un léger reproche, presque affectueux.
Coleman haussa les épaules.
— Désolé de vous avoir fait attendre!mais ce n'est pas comme si j'étais coincé sur une île paradisiaque.
Son sens du sarcasme revenait peu à peu. C'était sans doute bon signe. Même si la frustration de ne toujours pas réussir à marcher à la hauteur de Rey ne faisait qu'augmenter.
Un léger sourire apparut sur les lèvres de la Gardienne.
— Tu sais... ce n'est pas la première fois que nous nous rencontrons.
Il lui fallut quelques secondes avant que le souvenir ne remonte à la surface.
Coruscant.
Cette voix.
Cette présence.
— Dans mon esprit... pendant la bataille de Coruscant... c'était vous qui m'avez sauvé.
— J'ai sauvé ma descendante, Meywine Brightstar.
Elle continua de marcher.
— Toi... c'était un bonus.
Coleman esquissa une grimace.
— Merci ! Je suppose...
Le silence retomba quelques instants.
Puis une question, vieille de plusieurs décennies, revint frapper son esprit. Une question qu'il s'était toujours promis de poser à Rey si, par un impossible miracle, il venait un jour à la rencontrer.
— Maintenant que j'y pense... pourquoi n'avez-vous jamais pris contact avec Meywine ? Pourtant, elle a tout essayé pour vous appeler à elle pendant des années.
Rey ne répondit pas immédiatement.
Elle semblait écouter le bruissement des arbres autant que la question.
— Je la vois... chaque fois que j'observe la galaxie.
Sa voix se mêla au vent.
— Ce dont elle a besoin ne peut venir de moi ou de quiconque.
Elle tourna légèrement la tête.
— Elle doit apprendre à s'écouter elle-même, plutôt que d'écouter les autres.
Quelques feuilles se détachèrent des branches et vinrent tournoyer entre eux.
Katarn ne put qu'acquiescer en silence.
Il avait toujours eu ce sentiment avec Meywine. Derrière son assurance, derrière cette autorité naturelle qui semblait faire taire une salle entière, elle cherchait sans cesse le regard des autres. Leur approbation. Comme si elle craignait que sa propre certitude ne finisse par les écraser. Alors elle demandait des avis, multipliait les consultations, non parce qu'elle ignorait quoi faire, mais parce qu'elle redoutait d'avoir raison seule.
— C'est le fardeau des élus.
Rey n'avait même pas tourné la tête.
— La peur de décevoir... la peur de paraître différente... plus grande que les autres.
Sa voix se fit plus basse.
— D'être détestée pour quelque chose que l'on n'a jamais demandé... mais qui s'est imposé à nous.
Pendant un instant, Coleman crut percevoir une pointe de mélancolie traverser son visage. Comme si ces mots ne parlaient pas seulement de Meywine... mais aussi d'elle-même.
Puis la forêt s'interrompit.
Brutalement.
Les arbres s'écartèrent, laissant place à une vaste clairière baignée d'une lumière dorée.
Au centre reposait un vaisseau.
Une silhouette si familière qu'elle semblait appartenir davantage aux légendes qu'à la réalité.
Katarn s'immobilisa.
Impossible...
À ses pieds, un immense Wookiee inspectait la coque avec une attention presque affectueuse, comme s'il s'apprêtait à reprendre la route d'un instant à l'autre. Un peu plus loin, un droïde astromécano roulait nerveusement autour d'un droïde de protocole dont les gestes exagérés trahissaient une énième dispute.
Le premier émit une série de sifflements électroniques.
Le second leva les bras au ciel, outré.
Coleman resta bouche bée.
Il était là.
Devant lui.
Le Faucon Millenium.
Et autour de lui...
Son équipage de légende.
Chewbacca.
C-3PO.
R2-D2.
À la vue de Rey, ce ne fut ni le Wookiee, ni le petit droïde astromécano qui réagirent les premiers.
Ce fut le droïde de protocole.
Il s'avança d'un pas empressé, les bras déjà levés dans un geste dramatique.
— Maître Rey ! Je crois que cette fois-ci... nous l'avons définitivement perdu.
— Quoi donc, C-3PO ? demanda Rey, sans ralentir, comme si elle connaissait déjà la réponse.
— R2-D2 ! Ses circuits l'ont complètement abandonné. Il est persuadé qu'il est en train de repairer un autre vaisseau que le Faucon Millenium. Vous imaginez le drame ?
Le petit droïde protesta aussitôt dans une succession de sifflements indignés.
— Peut-être le mien ? intervint Coleman avec un sourire. D'ailleurs... c'est un honneur de vous rencontrer tous.
À peine avait-il terminé sa phrase que Chewbacca fondit sur lui à grandes enjambées.
Le Wookiee s'arrêta à moins d'un mètre de lui et poussa un long grognement, les bras croisés, sans quitter Rey des yeux.
Rey esquissa un sourire.
— Moi aussi... je l'imaginais plus distingué.
Coleman arqua un sourcil alors que Rey désigna tour à tour les occupants de la clairière.
— Coleman Katarn... voici Chewbacca, R2-D2... et C-3PO.
Puis elle tourna légèrement la tête vers le vieux cargo corellien.
— Et, bien sûr... le Faucon Millenium.
Coleman ne répondit pas.
Ses yeux étaient rivés sur le vaisseau.
La coque portait les cicatrices de centaines de batailles. La peinture était usée par le temps. Pourtant, malgré les décennies, malgré les siècles, il semblait attendre patiemment son prochain voyage, comme si Han Solo allait surgir d'un instant à l'autre pour prendre place derrière les commandes.
— Tu vas monter à bord, dit Rey.
Enfin, il détourna les yeux du Faucon.
— Tu vas prendre une douche.
Elle parlait avec le naturel de quelqu'un qui donnait une évidence.
— Dans la salle d'eau, tu trouveras des vêtements neufs.
Elle marqua une légère pause.
— Ensuite... tu dormiras.
Coleman voulut protester, mais Rey leva simplement un doigt.
— À ton réveil...
Son regard croisa le sien.
— Tu auras les réponses à toutes tes questions.
Comme un enfant obéissant à une mère qui paraissait pourtant plus jeune que lui, Coleman ne protesta pas.
À peine eut-il franchi la rampe du Faucon qu'une étrange sensation s'empara de lui.
Il connaissait cet endroit.
Non... il ne le connaissait pas.
Il s'en souvenait.
Ses rêves sur Mytus lui revinrent par vagues. Toutes ces nuits où il avait arpenté ces couloirs sans comprendre pourquoi. Chaque porte. Chaque embranchement. Chaque compartiment lui semblait familier, comme si sa mémoire avait vécu ici bien avant son corps.
Il trouva la salle d'eau sans la moindre hésitation.
Lorsque l'eau chaude coula sur sa peau, il ferma les yeux.
Depuis son arrivée sur Mortis, il n'avait connu que la poussière, le sang, la sueur et la douleur.
L'eau emporta tout.
La terre séchée.
Le sang coagulé.
Les dernières traces de son interminable voyage.
Il resta longtemps immobile, laissant la chaleur délier chacun de ses muscles.
Puis il attrapa un rasoir.
Sa barbe disparut peu à peu.
Ses cheveux tombèrent à leur tour.
Lorsqu'il releva les yeux vers le miroir, un visage qu'il croyait avoir perdu le regardait.
Le Coleman Katarn d'autrefois.
Celui qui portait encore les couleurs des Jedi.
Il quitta finalement la salle d'eau et découvrit les vêtements soigneusement déposés sur une couchette.
Une longue robe de Jedi vert jade.
Une paire de bottes noires.
Une ceinture conçue pour accueillir un sabre laser.
Il passa lentement les doigts sur le tissu.
Le temps l'avait épargné.
Pas la mode.
Cette tenue appartenait sans aucun doute à une époque révolue, plusieurs siècles avant la sienne. Pourtant, en l'enfilant, il eut l'impression qu'elle avait été confectionnée pour un guerrier.
Vint ensuite le sommeil.
Depuis l'arrivée de Rey, quelque chose avait changé. Le temps ne semblait plus se déchirer comme à son arrivée sur Mortis. Plus de tempêtes surgissant sans prévenir. Plus de soleil brûlant laissant place à une nuit glaciale en quelques instants. La planète respirait enfin avec une régularité presque apaisante.
Coleman s'allongea sur une couchette du Faucon.
Avec une seule certitude.
À son réveil, il aurait enfin les réponses qu'il était venu chercher.
Il lui fut impossible de dire s'il avait dormi quelques heures... ou plusieurs jours.
Lorsqu'il descendit la rampe du Faucon, la nuit recouvrait Mortis.
Non loin du vaisseau, un feu crépitait doucement.
Autour des flammes étaient réunis Rey, Chewbacca, C-3PO et R2-D2. Le Wookiee s'affairait autour d'un énorme gibier qu'il venait de faire rôtir.
Rey leva les yeux vers lui.
Sans un mot, elle lui tendit une assiette.
Coleman observa quelques secondes son contenu.
Il était incapable de reconnaître ce qu'il allait manger.
Mais sa faim était bien plus forte que sa curiosité.
En quelques minutes, l'assiette était vide.
Il la tendit timidement vers Chewbacca.
Le Wookiee poussa un grognement amusé avant de le resservir généreusement.
Cette fois, Coleman prit le temps de savourer.
Rey sourit.
— Allez... je te laisse poser les questions.
Elle esquissa un sourire plus franc.
— Je sais combien il est frustrant que j'y réponde avant même que tu les formules.
Chewbacca poussa un long grognement d'approbation.
C-3PO leva aussitôt les mains.
— Vous voyez ! Je lui dis la même chose depuis des années.
Même R2-D2 émit une série de bips moqueurs.
Coleman laissa échapper un rire.
— Bon...
Il reposa son assiette.
— Vous m'avez dit que vous étiez de chair et d'os. Je vous ai vue manger... respirer... mais je ne comprends toujours pas comment c'est possible.
Rey ramassa une branche et la jeta dans le feu.
— Chewbacca est un Wookiee.
Elle regarda le géant poilu.
— Un très vieux Wookiee.
Un grognement faussement vexé lui répondit.
— Sa race peut vivre près de cinq siècles.
Elle reporta son attention sur Coleman.
— Quant à moi... je puise dans Mortis depuis des siècles. C'est ainsi que mon corps continue de vivre... et conserve cette apparence.
Katarn fronça les sourcils.
— Que voulez-vous dire par... puiser dans Mortis ?
Rey observa les flammes danser quelques instants.
— Tu l'as déjà ressenti.
Elle leva les yeux vers lui.
— Cette planète est différente de toutes les autres.
Elle n'abrite pas la Force.
Elle est la force .
Sa voix se mêlait au crépitement du feu.
— Mortis est née de la lumière.
Et de l'obscurité.
Les deux y existent dans leur forme la plus pure.
Ici... la Force atteint un niveau qu'aucun autre monde ne peut offrir.
Coleman demeurait silencieux.
Il comprenait les mots.
Pas encore leur portée.
Rey poursuivit.
— Elle est le cœur de l'équilibre.
Lorsque son équilibre vacille...
C'est toute la galaxie qui finit par vaciller avec elle.
Coleman releva brusquement la tête.
— C'est Mortis qui vous a appelée ?
Rey acquiesça lentement.
— Oui.
J'ai passé ma vie à essayer d'apporter l'équilibre à la galaxie.
Lorsque mon existence touchait à sa fin...
Mortis m'a appelée.
Elle baissa les yeux vers les flammes.
— Elle m'a demandé de poursuivre cette tâche.
Non plus parmi les vivants...
Mais entre les deux versants de la Force.
Le silence retomba.
Puis Coleman reprit.
— Pourtant... la galaxie a continué de sombrer. Le côté obscur n'a jamais cessé de gagner du terrain.
Un voile de fatigue passa fugitivement dans le regard de Rey.
— Même la Gardienne de Mortis a ses limites.
Sa voix était presque un murmure.
— J'ai retenu la balance aussi longtemps que j'ai pu.
Elle contempla le ciel noir au-dessus d'eux.
— Mais le temps fini toujours par réclamer son dû.
Elle sourit, sans sadness.
— Mes pouvoirs demeurent immenses... mais ils ne sont plus ceux d'autrefois.
Coleman garda le silence quelques instants. Les flammes se reflétaient dans ses yeux, mais son regard était ailleurs.
Puis il releva lentement la tête.
— Et que voulez-vous de moi ?
Sa voix s'était faite plus grave.
— Pourquoi m'avoir appelé ici ?
Il hésita une seconde.
— C'est peut-être la question la plus importante.
Rey contempla le feu avant de répondre.
— Posséder l'équilibre est le don le plus rare que la Force puisse offrir.
Ses doigts dessinèrent distraitement des cercles dans la poussière.
— Sais-tu que j'ai essayé de l'enseigner ?
Coleman releva les yeux.
— À mes disciples.
Un voile de regret traversa son visage.
— Aucun n'y est parvenu.
Le crépitement du bois sembla soudain plus fort.
— Pire encore...
Sa voix s'alourdit.
— Les deux côtés de la Force ont fini par écraser leur esprit. Leur conscience s'est brisée sous des volontés contradictoires.
Elle revoyait manifestement des souvenirs qu'elle aurait préféré oublier.
— Ils sont devenus des monstres.
Un long silence suivit.
— Alors j'ai interdit cet enseignement.
Elle releva lentement les yeux vers Coleman.
— J'en suis venue à croire que l'équilibre ne pouvait pas s'apprendre.
— Qu'il ne pouvait naître que naturellement...
Un léger sourire éclaira son visage.
— Comme il était venu à moi.
Coleman demeura pensif.
— Mais...
Rey l'interrompit doucement.
— Toi, tu es différent.
Le regard qu'elle posa sur lui était d'une intensité presque dérangeante.
— Tu n'es pas un élu de l'équilibre.
— Tu n'étais pas destiné à l'atteindre.
Elle marqua une pause.
— Et pourtant...
— Tu y es entré.
Les mots résonnèrent longtemps autour du feu.
— Plusieurs fois.
— Certes, seulement quelques instants.
— Certes, sans le comprendre.
— Mais tu y es parvenu.
Rey laissa le silence mesurer le poids de cette révélation.
— Je t'ai observé pendant des années, Coleman.
— À chaque fois que tu croyais perdre le contrôle... tu ne sombrais pas totalement.
— À chaque fois que la lumière semblait te quitter... elle revenait d'elle-même.
Son sourire revint.
— Tu n'as jamais trouvé l'équilibre.
— C'est lui qui t'a toujours retrouvé.
Elle se leva lentement.
— Je crois que, sous ma tutelle...
Elle leva les yeux vers les étoiles.
— Tu pourrais enfin cesser d'y entrer par accident et apprendre à y demeurer.
Coleman resta pensif.
Le feu continuait de crépiter entre eux.
— Admettons.
Il croisa les bras.
— Admettons que vous ayez raison... que j'arrive un jour à maîtriser cet équilibre.
Il soutint le regard de Rey.
— Et après ?
Rey ne répondit pas immédiatement.
— Ne veux-tu pas protéger la galaxie ?
— Arrêter Darth Nihilus ?
Elle laissa les flammes danser quelques secondes.
— Le pouvoir de l'équilibre est le seul capable de le vaincre.
Ses yeux ne quittèrent pas ceux de Coleman.
— Tu l'as déjà vu à Coruscant.
Katarn sentit un frisson lui parcourir l'échine.
Cette sensation ce jour-là sur Coruscant quand il détruisit le masque de Nihilus.
Ce n'était donc pas un hasard.
— Alors...
Il se redressa légèrement.
— Vous êtes au courant de ce qui se passe dans la galaxie.
Rey acquiesça.
— Suffisamment.
Coleman serra la mâchoire.
— Dans ce cas... pourquoi ne pas être intervenue ?
Il baissa les yeux vers le feu.
— Pourquoi laisser autant de gens mourir ?
— Pourquoi attendre ?
Rey ne sembla pas offensée.
Comme si cette question lui avait déjà été posée des centaines de fois.
— Si tu souhaites me blâmer... fais-le.
Sa voix demeurait calme.
— Mais ne me prête pas une omniscience que je ne possède pas.
Elle leva les yeux vers le ciel de Mortis.
— Même la Gardienne ne voit pas tout.
Quelques instants passèrent.
Puis elle reprit.
— C'est justement pour cette raison que je t'ai fait venir.
Son regard retrouva celui de Coleman.
— Les actes de Nihilus ne menacent plus seulement la galaxie.
Le feu sembla perdre de son éclat.
— Le rituel de l'Ascension Sith...
Sa voix devint presque un murmure.
— Plus de deux cents Sith resuscités au même moment.
Elle marqua une pause.
— Une telle concentration du côté obscur n'avait jamais existé.
Le vent cessa de souffler.
— Ce jour-là...
— La trame même de la Force a été blessée.
Les flammes vacillèrent.
— Cette cicatrice s'étend encore.
— Et elle a fini par atteindre Mortis.
Le souffle de Coleman se coupa.
Il comprenait enfin pourquoi Luke avait été invoqué.
Pourquoi Rey l'avait appelé.
Pourquoi la planète elle-même semblait souffrir.
Rey acquiesça lentement.
— L'équilibre est en train de céder.
Son regard se perdit dans les flammes.
— C'est pour cela que Nihilus doit être arrêté...
Elle releva les yeux vers Coleman.
— Avant que cette blessure ne devienne impossible à refermer.
— Vous savez... quelle est la véritable identité de Nihilus ?
Rey ne répondit pas tout de suite.
Ses yeux restèrent perdus dans les flammes, comme si elles lui rappelaient un souvenir qu'elle aurait préféré oublier.
— Je sais qu'il fut ton ami.
Elle releva lentement les yeux vers Coleman.
— Ton frère.
Le mot resta suspendu entre eux.
— Mais tu es un homme de devoir, Coleman Katarn. Lui a choisi son chemin.
Elle marqua une courte pause.
— À toi, désormais, de choisir le tien.
Coleman baissa un instant le regard vers les braises.
— Et Meywine...
Il releva les yeux.
— N'est-ce pas sa destinée d'être l'Élue de la Lumière ? D'anéantir le côté obscur ?
Le sourire de Rey fut presque imperceptible.
— Ce que je te demande n'est pas de vaincre le côté obscur.
Sa voix se perdit un instant dans le vent.
— Je te demande d'apporter l'équilibre.
Elle observa le feu mourir lentement sous une bourrasque.
— En temps voulu... tu comprendras ce que cela signifie.
Ses yeux croisèrent ceux de Coleman.
Puis quelque chose changea.
D'abord si légèrement que Coleman crut l'avoir imaginé.
Les traits de Rey semblèrent s'alourdir.
La peau de son visage perdit un peu de son éclat.
Quelques rides apparurent au coin de ses yeux.
Comme si les siècles qu'elle refusait jusque-là de montrer réclamaient soudain leur dû.
Au même instant, le ciel de Mortis s'assombrit.
D'immenses nuages noirs dévorèrent les étoiles les unes après les autres.
Le vent se leva.
Les flammes du foyer vacillèrent.
Chewbacca poussa un grondement inquiet.
Rey tourna la tête vers lui.
— Chewbacca a raison.
Sa voix paraissait plus fatiguée qu'un instant auparavant.
— Il est temps de rentrer.
Elle se leva lentement.
Le simple fait de se mettre debout semblait désormais lui demander un effort.
— Maître... vous êtes fatiguée, observa doucement C-3PO.
Rey esquissa un faible sourire.
— Oui...
Elle contempla un instant les nuages qui recouvraient Mortis.
— Je crois que je vais aller me reposer.
À chacun de ses pas, son visage paraissait un peu plus marqué, comme si la planète cessait, peu à peu, de lui prêter sa jeunesse.
Le Faucon Millenium avala bientôt Rey, Chewbacca, R2-D2 et C-3PO derrière sa rampe.
Coleman, lui, demeura dehors.
Immobile.
Les yeux levés vers ce ciel devenu presque entièrement noir.
Quelque chose approchait.
Il ne savait pas encore quoi.
Mais Mortis, elle, semblait déjà le savoir.
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De l'autre côté de la galaxie, assis sur son trône de pierre noire, Darth Nihilus demeurait immobile.
Autour de lui, la vaste salle du Spectre Noir baignait dans une pénombre traversée de lueurs rougeâtres. Pourtant, son esprit était loin de ce vaisseau.
Il revivait encore cet instant.
Le regard de Zain.
Puis cette seconde où tout avait basculé.
Alors... vous êtes lui. Pas Nihilus... vous êtes Sedu.
Sa main se crispa sur l'accoudoir de son trône.
Il s'était laissé surprendre.
Depuis des décennies, il manipulait les esprits sans jamais laisser la moindre trace de celui qu'il avait été. Et il avait suffi d'un adolescent pour relier les fragments qu'il avait lui-même semés.
Une erreur.
Une erreur qu'il ne se pardonnait pas.
Le silence retomba.
Puis une autre pensée s'imposa à lui.
Pourquoi...
Pourquoi Dooku lui montrait-il sa vie de Jedi ?
S'il avait voulu briser Zain, il lui aurait montré les massacres... les trahisons... les crimes commis lorsqu'ils partageaient le même corps.
Au lieu de cela...
Il lui montrait un homme.
Un Jedi.
Sedu se leva lentement.
Ses pas résonnèrent dans l'immense salle vide.
Un sourire discret finit par apparaître sur ses lèvres.
— Je comprends...
Dooku ne cherchait pas à torturer le garçon.
Il voulait qu'il comprenne.
Comprendre qu'avant Darth Tyranus... il y avait eu le Maître Jedi Dooku.
Quel fourbe...
Même mort, Dooku continuait de manipuler son monde.
Il connaissait mieux que quiconque la plus grande faiblesse des Jedi.
La compassion.
Peut-être... que se faire démasquer n'était finalement pas la catastrophe qu'il avait imaginée.
Si Zain Solaris ne voyait plus seulement le Seigneur Noir, mais aussi Sedu...
Alors il écouterait avant de condamner.
Le grondement des lourdes portes interrompit sa réflexion.
Dix silhouettes pénétrèrent dans la salle, suivies de Zethus qui tentait tant bien que mal de les rattraper, essoufflé par sa course.
Les Dix.
Les Seigneurs Sith que même l'Histoire avait refusé d'oublier.
Ils s'alignèrent face au trône.
Non comme des serviteurs.
Mais comme des égaux venus réclamer des réponses.
Darth Desolous fut le premier à s'avancer.
— Mytus est tombée depuis plusieurs jours.
Sa voix grave résonna sous la voûte.
— Nous avons accompli la mission que tu nous avais confiée.
Darth Phobos croisa les bras.
— Les Jedi pansent encore leurs blessures.
Un sourire cruel étira ses lèvres.
— C'est le moment d'en finir.
Kherus prit la parole à son tour.
— Nous possédons enfin l'avantage.
Son regard ne quittait pas Nihilus.
— Chaque heure que nous leur accordons leur permet de se préparer.
Il marqua une pause.
— Alors... pourquoi attendre ?
Le Seigneur Noir les observa un à un.
Comme s'il avait anticipé cette question depuis longtemps.
— N'avez-vous donc rien appris de votre première vie ?
Sa voix claqua comme une lame.
Un silence pesant s'abattit sur la salle.
Phobos arqua un sourcil.
— Explique-toi.
Nihilus se leva.
Lentement.
Son regard parcourut chacun des Dix.
— Vous voulez vous précipiter.
Il descendit une marche de son trône.
— Utiliser notre plus grand atout...
Il marqua une pause.
— Et après ?
Personne ne répondit.
— Les Jedi renaîtront.
Sa voix devint plus grave.
— Ils renaissent toujours.
Il fit encore un pas.
— Vous voyez une guerre.
— Moi... je vois un cycle.
Ses yeux parcoururent les Dix.
— Ma guerre n'a pas pour but de le prolonger.
Le silence semblait retenir son souffle.
— Elle a pour but de l'arrêter.
Même Desolous demeura muet.
Nihilus poursuivit.
— Lorsque mon œuvre sera achevée...
— Vous aurez vos royaumes.
— Vos provinces.
— Vos empires.
Il leva lentement une main.
— Et, pour la première fois, vous régnerez sans craindre le retour des Jedi.
Ses mots résonnèrent longtemps.
Puis son regard se durcit.
— Il ne vous reste qu'un choix.
Il contempla l'hyperespace qui défilait derrière les immenses verrières.
— Répéter les erreurs de votre première existence...
Il tourna lentement la tête vers eux.
— Ou me faire confiance.
Un nouveau silence s'installa.
— Si vous choisissez de rester à bord de mon vaisseau...
Sa voix se fit glaciale.
— Je n'accepterai plus la moindre interruption.
Il les fixa un à un.
— Je vous ai rendu ce que la mort vous avait pris.
Une seconde passa.
— N'oubliez jamais...
— Que je peux tout aussi facilement vous le reprendre.
Pour la première fois depuis leur résurrection...
Aucun des Dix ne trouva quoi répondre.
Ils étaient venus réclamer une bataille.
Ils découvraient qu'ils participaient à quelque chose de bien plus vaste.
Et tandis qu'ils quittaient lentement la salle du trône, un doute s'insinua dans leurs esprits.
Servaient-ils un futur Grand Empereur Sith...
Ou un homme décidé à réécrire le destin même de la galaxie ?