Fatigué et probablement toujours rongé par la culpabilité, Geki fut le premier à disparaître dans les compartiments du fond de Harlow, à la recherche d'un endroit où dormir. Keyanna le suivit peu après, aussi silencieuse qu'à son habitude. Haris finit lui aussi par se retirer, prétextant que son corps avait besoin de repos après les blessures de Mytus.
Il ne resta bientôt plus dans la salle centrale que Meywine et Valia.
Voyager à bord d'un purrgil avait quelque chose d'étrangement ennuyeux. Il n'y avait ni commandes à surveiller, ni trajectoire à calculer. Harlow traversait l'hyperespace de lui-même, guidé par une intelligence et des instincts que même les Jedi ne comprenaient pas complètement.
Les deux femmes demeurèrent donc silencieuses, chacune perdue dans ses pensées.
Le regard vert de la Zeltronne observait les traînées lumineuses défiler derrière la verrière.
Elle hésita longtemps avant de finalement rompre le silence.
— Maître... vous avez parlé d'un traître sur Mytus !
Meywine ne répondit pas immédiatement.
Son regard resta fixé sur l'hyperespace. Elle semblait hésiter à poursuivre cette conversation. Ce qu'elle s'apprêtait à dire relevait manifestement d'informations qui n'étaient pas destinées à circuler parmi les Padawans.
Mais peut-être avait-elle elle-même besoin de mettre des mots sur ce qui s'était passé.
Elle finit par soupirer.
— Oui.
Elle croisa lentement les bras.
— L'attaque de Mytus n'aurait pas pu avoir lieu sans une complicité interne.
Valia se tourna vers elle.
Meywine poursuivit, d'une voix plus grave :
— Les boucliers de la prison ont été abaissés de l'intérieur. Au moment où ils sont tombés, les Enfants de Korriban ont immédiatement pénétré dans le complexe.
Elle marqua une pause.
— Et le plus inquiétant, c'est qu'ils savaient exactement où aller.
Valia fronça les sourcils.
— Ils avaient les plans de Mytus ?
— C'est ce que nous essayons de déterminer.
Meywine se leva lentement et s'approcha de la verrière.
— Ils ont traversé plusieurs secteurs sans se perdre. Ils ont évité certains postes de sécurité et sont apparus précisément là où nos défenses étaient les plus faibles.
Elle posa une main contre la paroi du vaisseau.
— Quelqu'un leur a ouvert la voie.
Valia resta silencieuse quelques secondes.
— Vous avez une idée de qui cela pourrait être ?
Meywine secoua lentement la tête.
— Pas encore.
Puis son regard se durcit.
— Mais je suis certaine d'une chose.
Valia attendit.
— Ce n'était pas une simple attaque.
Meywine se tourna vers elle.
— Mytus n'est que le début. Quelque chose de bien plus grand se trame.
Valia fronça les sourcils.
— Peut-être que ce n'était pas très sage de vous occuper personnellement de cette mission.
Elle hésita.
— Vous devriez être au Temple, au cas où quelque chose arriverait.
Un léger sourire apparut sur les lèvres de Meywine.
— Au contraire. Cette mission est parfaite.
Valia la regarda, intriguée.
— Si tout se passe bien, non seulement nous récupérons Zain...
Elle marqua une pause.
— Mais nous obtenons également de nouvelles sources d'information.
Un éclat malicieux traversa son regard.
Il fallut quelques secondes à Valia pour comprendre.
Puis ses yeux s'écarquillèrent.
— Vous ne cherchez pas seulement à sauver Zain.
Meywine ne répondit pas.
Valia poursuivit, comprenant peu à peu.
— Vous voulez capturer ses ravisseurs.
— Exactement.
Meywine s'appuya contre la cloison.
— C'est pour cela que je voulais venir seule. Si je parviens à les prendre vivants, je pourrai avoir une véritable conversation avec eux.
Elle esquissa un sourire.
— Pour savoir ce qu'ils savent...
— Et surtout, pour découvrir ce qu'ils préparent.
Valia acquiesça lentement.
— Mais votre père a anticipé votre plan.
— Oui.
Meywine soupira.
— Et même s'il ne l'avouera jamais, il est probablement encore plus furieux contre lui-même que contre les Enfants de Korriban.
Son expression s'assombrit.
— Après ce qui s'est passé sur Mytus, il veut lui aussi des réponses.
Valia réfléchit un instant.
— Et nous risquons de vous gêner.
Meywine lui lança un regard.
— C'est possible.
— Si les ennemis comprennent que nous sommes venus pour les capturer, ils pourraient chercher à fuir.
— Exactement.
Meywine se redressa.
— Nous parlons de Seigneurs Sith extrêmement dangereux. Je devrai être pleinement concentrée pour avoir une chance de les vaincre.
Elle marqua une pause.
— Si une partie de mon attention doit être consacrée à protéger mon père, ou vous trois, cela pourrait suffire à faire échouer toute l'opération.
Valia baissa les yeux.
Elle comprenait maintenant.
Elle avait voulu aider.
Elle avait voulu retrouver Zain.
Mais en montant clandestinement à bord de Harlow, elle avait peut-être compromis une occasion unique pour le Nouvel Ordre.
Si Meywine parvenait à capturer l'un de ces Seigneurs Sith...
Ils pourraient enfin obtenir des réponses.
Une pointe de honte lui serra la poitrine. Elle avait foncé tête baissée.
Et pour la première fois depuis qu'elle était devenue Padawan...
Elle se demanda si son désir d'aider n'avait pas, au contraire, rendu les choses plus difficiles pour tout le monde.
— Allons, Valia... ne fais pas cette tête.
La voix de Meywine s'était adoucie.
La Grand Maître s'approcha de sa Padawan et posa doucement une main sur son épaule.
— C'est la volonté de la Force que vous soyez tous ici.
Valia releva les yeux vers elle.
— Cela signifie peut-être que vous avez tous un rôle à jouer dans ce qui va arriver. Aussi gênant que cela puisse être pour moi...
Un léger sourire apparut sur ses lèvres.
— Je dois l'accepter.
Touchée par les paroles de son maître, la Zeltronne sentit quelque chose changer en elle. La lumière de la sagesse de Meywine semblait repousser peu à peu l'obscurité qui avait envahi son esprit.
Elle inspira profondément.
— Maître... je ferai de mon mieux pour vous faciliter la tâche.
Elle redressa les épaules.
— Vous pouvez compter sur moi. Je garderai un œil sur Geki et Keyanna. Je ne les laisserai pas vous gêner. Promis.
Meywine esquissa un sourire.
— Je ne m'inquiète pas pour Geki.
Valia haussa légèrement les sourcils.
— Vraiment ?
— Sous ses airs maladroits, ce garçon a un talent assez particulier pour se sortir des situations impossibles.
Puis Meywine perdit peu à peu son expression amusée.
— En revanche...
Elle regarda vers le fond du vaisseau, là où Keyanna avait disparu quelques heures plus tôt.
— Keyanna ?
Meywine acquiesça.
— Oui. Elle risque d'être un problème.
Valia resta silencieuse.
— Je ne savais pas vraiment quoi faire d'elle, avoua Meywine. Alors je l'ai inscrite à l'Académie.
Elle soupira doucement.
— D'après les instructeurs, elle possède un talent exceptionnel pour le combat. Ses réflexes sont remarquables, un instinct tranchant.
Meywine marqua une pause.
— Mais plus elle développe ce talent, plus elle s'éloigne du chemin que j'aimerais lui voir suivre.
Valia fronça les sourcils.
— À cause de sa vengeance ?
— En partie.
Meywine regarda de nouveau l'hyperespace puis baissa légèrement la voix.
— Elle me rappelle Coleman.
Le nom fit immédiatement réagir Valia.
— Maître Katarn ?
Meywine acquiesça.
— Il lui a fallu énormément de temps pour apprendre à se maîtriser.
Un sourire mélancolique apparut sur son visage.
— Et même après tout ce temps, il n'y est pas réellement parvenu.
Valia resta silencieuse quelques secondes.
— Je comprends les sentiments de Keyanna, finit-elle par dire. En revanche... je n'ai pas connu maître Katarn suffisamment longtemps pour comprendre d'où venait sa colère.
Meywine baissa légèrement les yeux.
Un sourire triste se dessina sur son visage.
— Sa colère venait de son allégeance envers moi.
Valia fronça les sourcils.
— Son allégeance ?
— Il voulait être mon égal.
Meywine marqua une pause.
— Pas pour me surpasser. Pas pour prendre ma place.
Elle releva les yeux vers Valia.
— Pour se sentir digne de moi.
La Zeltronne resta attentive.
— Coleman pensait que tant qu'il serait moins puissant que moi, il ne serait jamais assez bon pour moi.
Elle eut un léger soupir.
— Alors il s'est mis à chercher toujours plus de puissance.
— Il pensait que c'était ainsi qu'il pourrait me mériter.
Valia resta perplexe.
— Vous mériter ?
— C me C'était là son erreur.
Un silence.
— Il n'avait jamais eu besoin de me mériter.
La voix de Meywine s'était faite plus douce.
— Mais Coleman était incapable de le comprendre.
Valia baissa les yeux.
Elle commençait à saisir pourquoi Meywine avait comparé Keyanna à son ancien maître.
Dans les deux cas, la Force n'était peut-être pas le véritable problème.
C'était ce qu'ils cherchaient à prouver à travers elle.
— Vous pensez qu'il s'en est sorti ?
La question de Valia était hésitante, mais une pointe d'espoir brillait dans sa voix.
— Je veux dire... après l'attaque de Mytus.
— Oui. Je le sens à travers la Force, répondit sans détour le Grand Maître.
Un sourire soulagé apparut sur le visage de la Zeltronne.
— Il est loin... très loin d'ici.
Son expression se fit plus grave.
— Sa destinée demeure incertaine. Son avenir est brumeux. Je ne parviens pas à voir ce qui l'attend.
Elle marqua une pause.
— Mais pour l'instant...
Un léger sourire éclaira son visage.
— Il est vivant.
Valia laissa échapper un soupir de soulagement.
Cette simple certitude semblait suffire à apaiser quelque chose en elle.
— Merci, Maître.
Meywine lui adressa un regard bienveillant.
— Va te reposer.
Valia acquiesça.
Elle se leva et se dirigea vers les compartiments du fond.
— Bonne nuit, Maître.
— Bonne nuit, Valia.
La jeune Zeltronne disparut à son tour dans les entrailles de Harlow.
Meywine resta seule dans la salle centrale.
Elle observa quelques instants les vortex bleus défiler devant elle.
Coleman était vivant.
Mais quelque chose dans la Force lui disait que son destin avait changé.
Et qu'il se trouvait désormais sur un chemin qu'elle ne pouvait plus suivre.
Des heures — ou peut-être seulement quelques secondes — plus tard, Valia sentit une main secouer son épaule avec insistance.
Elle avait trouvé la chambre de Coleman Katarn dans le fond de Harlow et s'était installée dans un vieux lit couvert de poussière. Le simple fait de respirer lui irritait la gorge.
Pourtant, la fatigue avait fini par l'emporter.
Elle dormait profondément lorsqu'une silhouette aux cheveux roux complètement ébouriffés apparut devant elle.
Geki.
Pour une fois, ce n'était pas Valia qui devait le réveiller.
C'était lui qui jouait le rôle du réveil.
— Le Grand Maître nous demande, annonça-t-il.
Valia ouvrit difficilement les yeux.
— Depuis combien de temps je dors ?
— Aucune idée.
Geki réfléchit.
— Mais suffisamment longtemps pour que je commence à avoir faim.
Valia soupira et se leva.
Quelques minutes plus tard, ils rejoignirent la salle centrale.
Keyanna et Haris étaient déjà présents.
Cette fois, personne ne plaisantait.
L'atmosphère était grave.
Meywine se tenait devant la grande verrière. Les lumières de l'hyperespace défilaient derrière elle.
— Nous sortirons de l'hyperespace dans quelques minutes.
Elle se retourna.
— Il est temps que je vous briefe sur la mission.
Meywine se leva et commença à marcher lentement autour de son petit groupe.
— Byss n'est pas une planète comme les autres.
Elle désigna la verrière.
— Elle concentre une quantité exceptionnelle de Côté Obscur. Sa présence est si forte que nos propres instruments ont toujours eu du mal à en établir une cartographie fiable.
Elle marqua une pause.
— Pour cette raison, les Jedi n'ont jamais véritablement exploré la planète.
Valia fronça les sourcils.
— Dans son message, Zain parlait de faire émerger Dooku à nouveau dans son corps.
Elle réfléchit quelques secondes.
— La concentration de Côté Obscur doit servir à amplifier la présence de Dooku... comme ce qui s'est produit sur Coruscant.
Meywine acquiesça.
— C'est également ma théorie.
Son expression se durcit.
— Nous devons intervenir avant que le rituel ne soit accompli. Sinon...
Elle laissa volontairement sa phrase en suspens.
Valia comprit.
— Nous risquons de perdre Zain.
— À tout jamais, confirma Meywine.
Un silence pesant s'installa.
Haris prit alors la parole.
— Meywine, Byss est une planète aux mille pièges. L'explorer ne sera pas facile.
Il fixa sa fille.
— Surtout si tu comptes encore partir seule.
Un sourire discret apparut sur le visage de Meywine.
— C'est justement pour cela que j'ai prévu quelques précautions.
Elle désigna plusieurs caisses installées contre une cloison.
— J'ai apporté des sondes.
Geki s'approcha légèrement.
— Des sondes ?
— Elles seront capables de cartographier certaines zones que nous ne pourrons pas explorer directement.
Meywine reprit sa marche.
— Elles nous permettront également de détecter des édifices ou installations cachées.
Elle se tourna vers Geki et Keyanna.
— Pendant que j'explorerai les environs, vous déploierez les sondes.
Geki hocha lentement la tête.
— Et ensuite ?
— Vous surveillerez leurs transmissions.
Elle regarda les deux Padawans.
— Au moindre signal inhabituel, vous me prévenez.
Geki avala difficilement sa salive.
— Donc... on reste près du vaisseau ?
— Exactement.
Il sembla légèrement soulagé.
— Très bien.
Meywine se tourna ensuite vers Haris et Valia.
— Papa, Valia, vous viendrez avec moi.
Haris redressa légèrement les épaules.
— Enfin une mission où je suis autorisé à sortir du vaisseau.
Meywine lui lança un regard amusé.
— Ne t'emballe pas.
Elle reprit aussitôt son sérieux.
— Votre rôle sera de sécuriser Zain lorsque nous l'aurons retrouvé.
Valia acquiesça.
— Pendant que vous vous occuperez des Sith.
— Exactement.
Haris sembla cette fois réellement soulagé.
Il allait enfin pouvoir être utile.
Valia ressentit la même satisfaction.
Après tout ce qu'elle avait fait pour venir jusqu'ici, elle voulait prouver qu'elle pouvait aider son maître plutôt que lui compliquer la tâche.
Mais tous les regards n'exprimaient pas le même sentiment.
Keyanna demeurait immobile.
Son visage avait légèrement rougi.
Ses poings étaient serrés.
Elle n'avait pas besoin de parler.
Sa frustration était parfaitement visible.
Meywine la regarda quelques secondes.
— Quelque chose ne va pas, Keyanna ?
La jeune Nomade soutint son regard.
— Je viens avec vous.
La réponse dans les esprits des passagers de Harlow...
Geki ferma les yeux.
— Oh non...
Valia lui donna discrètement un coup de coude.
Meywine, elle, ne bougea pas.
Elle connaissait déjà cette discussion.
Et quelque chose lui disait qu'elle serait beaucoup plus difficile à mener que prévu.
« Tu n’es pas prête », rétorqua Meywine sans même bouger les lèvres.
« Les Enfants de Korriban sont mon combat », continua Keyanna.
« Pas aujourd’hui. Bientôt, peut-être. Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui, notre priorité est de sauver Zain. »
Keyanna savait que la discussion était perdue d’avance. Elle serra les mâchoires avant de se détourner et s’avança vers les caisses contenant les sondes. Elle en frappa violemment une du pied.
Geki la regarda, puis regarda Meywine.
— Je crois qu'elle est vexée.
Haris lui lança un regard.
— Tu crois ?
Keyanna lui adressa un regard noir.
— Quoi ?
— Rien, répondit Geki en levant aussitôt les mains. Je surveille juste les sondes.
Un grondement profond parcourut soudain Harlow.
La créature sortit de l'hyperespace.
À travers les ouvertures qui leur servaient de fenêtres, une immense planète apparut devant eux.
Byss.
Son atmosphère était d'un vert maladif, visqueux. D'épais nuages semblaient ramper autour du globe comme une brume vivante. Même à cette distance, quelque chose dans la Force semblait émaner de la planète.
Valia sentit son estomac se nouer.
Elle porta instinctivement une main à sa poitrine.
— Vous le sentez ?
Haris ne répondit pas tout de suite.
Son regard resta fixé sur Byss.
— Oui.
Meywine, elle, ne quittait pas la planète des yeux.
Pour la première fois depuis leur départ, son visage perdit toute trace de légèreté.
— C'est pire que ce que je pensais.
Keyanna s'approcha lentement des fenêtres.
La colère qui brûlait encore en elle quelques secondes auparavant semblait avoir disparu.
Elle aussi le sentait.
Quelque chose les observait.
Ou peut-être quelque chose les attendait.
Harlow poussa un long grognement.
— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Geki.
Valia ferma les yeux.
La Force était devenue étrangement silencieuse.
Puis une sensation glaciale traversa son esprit.
Elle rouvrit brusquement les yeux.
— Grand Maître.
La Jedi se tourna vers elle.
— Quoi ?
Valia fixa Byss.
— J'ai un mauvais pressentiment.
Quelques instants plus tard, Harlow pénétra dans l’atmosphère de la planète.
À peine eurent-ils franchi les épais nuages verts que toutes les alarmes du purrgil se déclenchèrent simultanément.
Harlow poussa un cri assourdissant.
Son corps fut violemment secoué.
Les passagers furent projetés dans tous les sens. Geki perdit immédiatement l’équilibre et s’apprêtait à s’écraser contre une paroi lorsque Meywine tendit brusquement les mains.
La Force se déploya autour d’eux.
Un champ gravitationnel invisible les plaqua tous au sol, les maintenant debout malgré les secousses.
— On dirait que la planète veut nous expulser, commenta Haris en s’agrippant malgré tout à une structure de Harlow.
Meywine observa les nuages qui défilaient autour d’eux.
— Oui. Elle sent ma présence.
Elle marqua une pause.
— Une fois à terre, je vais devoir être vigilante pour ne pas me faire griller.
Un nouveau choc secoua Harlow.
Keyanna dut s'accrocher à une caisse pour ne pas tomber.
Haris reprit, plus sérieusement :
— Avec toute cette concentration du Côté Obscur, les Sith auront un avantage certain.
Meywine esquissa un léger sourire.
— C’est lorsqu’ils pensent avoir l’avantage qu’ils baissent le plus leur garde.
Haris hocha lentement la tête.
— Espérons que tu aies raison.
Harlow poussa un nouveau grognement avant de redresser difficilement son immense corps.
À travers les fenêtres, le paysage de Byss se rapprochait rapidement.
Des montagnes noires surgirent à travers les nuages. Une plaine sombre s’étendait à perte de vue, recouverte d’une végétation déjà mourante.
Harlow tenta de stabiliser son vol.
Il piqua brusquement vers le sol.
— Harlow ! cria Valia.
Le purrgil redressa son corps au dernier moment et heurta violemment le sol avant de glisser sur plusieurs dizaines de mètres.
Puis il s'immobilisa.
Un silence pesant retomba dans son corps.
Geki releva lentement la tête.
— Tout le monde va bien ?
Personne ne répondit.
— Je prends ça pour un oui.
Meywine se redressa alors que Harlow ouvrit sa trappe pour les laisser sortir.
Meywine posa la première un pied au sol.
À cet instant, elle sentit quelque chose dans la Force.
Quelque chose de froid.
De profond.
— Pas de temps à perdre.
Meywine se tourna vers Geki et Keyanna.
— Déchargez les sondes et lancez-les. Toutes.
Ils s’exécutèrent sans discuter.
Pendant ce temps, Meywine ferma les yeux et se concentra un instant.
Ce fut difficile.
Faire appel à la Force ici revenait à plonger les mains dans une eau contaminée. À chaque tentative, sa présence se mêlait au Côté Obscur qui imprégnait la planète.
Ses sens commençaient déjà à être brouillés.
Cela faisait longtemps qu’elle ne s’était pas retrouvée dans un territoire aussi hostile.
Elle rouvrit les yeux.
Derrière elle, Geki et Keyanna avaient commencé à décharger les caisses.
Ils les ouvrirent rapidement.
Une nuée de petits robots apparut aussitôt. Chacun était équipé d’un minuscule voyant rouge qui clignotait régulièrement.
Les sondes s’élevèrent dans les airs et se dispersèrent dans toutes les directions.
Certaines partirent vers les montagnes.
D’autres survolèrent les plaines et les vallées.
D’autres encore disparurent dans les épais nuages verdâtres qui enveloppaient l’horizon.
Mais à peine eurent-elles commencé leur exploration que Byss sembla réagir.
Un vent brutal se leva.
Il balaya la colline en soulevant des nuages de poussière et de sable. Les robes des Jedi claquèrent violemment contre leurs jambes.
Puis un grondement sourd retentit dans le ciel.
Un éclair déchira les nuages.
Puis un second.
Le tonnerre gronda comme un rugissement venu des profondeurs de la planète.
Keyanna leva les yeux.
— Elle n’aime vraiment pas qu’on fouille chez elle, nota Haris.
Meywine observa les sondes disparaître une à une dans la tempête.
— Cette planète ne nous fera aucun cadeau.
Elle fixa les nuages.
Son regard se durcit.
— Ça tombe bien, moi non plus.
Geki sortit une console de surveillance et l’alluma. L’écran s’anima aussitôt, affichant les différents signaux des sondes qui avaient commencé à cartographier la planète.
Meywine jeta un coup d’œil aux données.
— Bon. Comme prévu, toi et Keyanna, vous restez ici pour sécuriser Harlow. Geki, utilise ton communicateur au cas où les sondes vous enverraient un visuel.
Puis elle se tourna ensuite vers Haris et Valia.
— Papa, Valia, allons commencer notre chemin.
Valia regarda autour d’elle.
— Par où commencer, Maître ?
Meywine observa l’horizon avant de pointer du doigt une zone sombre, quelques centaines de mètres plus loin.
— Pourquoi pas là-bas ?
Au loin se dessinait ce qui semblait être l’entrée d’un immense marécage. Une brume verdâtre rampait entre les arbres tordus et les rochers noirs.
Haris suivit son regard.
Il soupira.
— Moi qui avais justement ramené mes bottes favorites...
Meywine lui adressa un sourire.
— Je t’en offrirai de nouvelles.
— C’est gentil.
— Si tu survis.
Haris regarda à nouveau le marécage.
— Voilà qui est déjà moins gentil.
Valia esquissa un sourire malgré elle.
Puis elle suivit les deux Brightstar.
Derrière eux, Geki et Keyanna restèrent près de Harlow, déjà concentrés sur la console et les signaux des sondes.
Valia jeta un dernier regard vers eux avant de s’éloigner.
Dans ses entrailles, la peur grandissait, alimentée par la présence obscure qui imprégnait Byss.
Mais derrière cette peur brillait une petite lueur d’espoir.
Peut-être qu’au bout de ce marécage, au cœur de cette planète hostile, ils retrouveraient enfin Zain.
Cette version est plus intéressante parce que Sedu ne cherche plus simplement à convaincre Zain : il lui propose un marché intellectuel. Cela correspond très bien au côté historien/chercheur de Zain et donne une raison crédible pour laquelle il pourrait continuer à écouter Sedu malgré sa méfiance.
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Dans les marécages de Byss.
Zain en avait assez de voir sa tête devenir le terrain de jeu des Seigneurs Sith.
Il essayait de se concentrer sur la Force, sur ses propres souvenirs, sur tout ce qui lui appartenait encore, afin de ne plus avoir à subir ceux de Dooku.
Mais plus il tentait de repousser les images, plus elles revenaient.
Alors qu’il continuait d’avancer sans même savoir où il allait, il comprit vite qu’il avait échoué lorsque Darth Nihilus — ou plutôt Sedu — se matérialisa devant lui dans son esprit.
Il était là, debout au milieu des plantes trempées, parfaitement immobile, comme s’il avait toujours fait partie du paysage.
Zain ne s’arrêta pas.
— Tu peux me parler. Les deux autres n’entendront rien. Je suis dans ton esprit, dit Sedu en esquissant un léger sourire.
Zain jeta un regard à Darth Qamra et Darth Ranok.
Ils continuaient leur marche sans se retourner.
— Je ne veux rien vous dire.
Sedu haussa légèrement les sourcils.
— Vraiment ?
Zain le fixa.
— Vous ne me faites plus peur maintenant que je sais qui vous êtes.
Le sourire de Sedu disparut.
— Et que crois-tu savoir de moi ?
— Vous étiez l’ami de maître Katarn et du Grand Maître.
Zain marqua une pause.
— Vous les avez trahis pour le Côté Obscur.
Sedu resta silencieux quelques secondes.
Puis il soupira.
— Je n’ai jamais trahi ceux que j’aime.
— Comment décrivez-vous ce que vous faites ? rétorqua le jeune Solaris.
— Un sacrifice.
La réponse, étonnamment simple, déstabilisa Zain, qui rétorqua en colère :
— Vous êtes comme Dooku. Bercés dans l’illusion que vous êtes le martyr d'une cause plus noble que tout le monde.
— Dooku était le produit des Jedi de son temps. Moi, je suis le produit des miens.
— Le Nouvel Ordre n’a rien à voir avec l’ancien, reprit Zain.
— Il est pire.
Zain fronça les sourcils.
— Pire ?
— Le Nouvel Ordre vit avec la phobie de disparaître comme l’ancien. Tout est régi autour de sa survie. De son maintien.
Sedu marqua une pause.
— Les Jedi de notre temps sont dirigés par la peur. Une peur qui les pousse à justifier l’injustifiable. Comme tuer un être innocent.
Zain serra les mâchoires.
— Et combien d’innocents avez-vous tués, vous ? Les Nomades étaient innocents, eux.
Le regard de Sedu se voila d'une lueur de tristesse qui le consuma.
— Quand j’aurai terminé mon œuvre, les Nomades seront les premiers à me féliciter.
Zain secoua la tête.
— Vous êtes complètement fou.
— Peut-être.
Sedu observa un instant le marécage autour d’eux, quand Zain, frustré, hurla :
— Pourquoi voulez-vous que je comprenne Dooku ? Pour que j’aie de la sympathie pour lui ? Pour faciliter son retour en moi ?
Sedu eut un léger sourire.
— Non. Ça ne marche pas comme ça.
— Alors qu’est-ce que vous voulez ?
— Disons que je suis curieux de continuer ton entraînement de Padawan chercheur.
Zain fronça les sourcils.
— Mon entraînement ?
— Tu es historien, n’est-ce pas ?
— Oui.
— Alors il est temps pour toi de comprendre la plus grande vérité historique de notre galaxie.
Zain le fixa.
Malgré lui, sa curiosité prit le dessus.
— Laquelle ?
Sedu s’approcha lentement.
— Qu’il n’y a jamais eu de passé, de présent ou de futur. Seulement un éternel recommencement.
Le visage de Zain se crispa.
— Les mêmes causes engendrant les mêmes conséquences.
Sedu leva légèrement la main.
— Une roue qui ne fait que tourner...
Son regard devint sombre.
— ...et nous broyer tous sur son passage.
— Vous êtes fou ! lança Zain en secouant la tête, cherchant à le chasser.
Sedu sourit.
— Peut-être. Ou peut-être pas.
Il s’approcha encore.
— Mais comme toi, j’ai survécu à l’Ascension des Sith.
Zain se figea.
— Et pas de n’importe quels Sith.
La voix de Sedu se fit plus grave.
— Les plus forts et les plus dangereux que cette galaxie ait jamais connus.
Il observa attentivement Zain.
— J’ai accès à des connaissances que même les Solaris n’ont jamais possédées.
Cette fois, Zain ne trouva rien à répondre.
Sedu reprit :
— Alors faisons un marché.
— Quel marché ?
— Si tu arrives à survivre à Dooku...
Il sourit.
— Je partagerai ces connaissances avec toi.
Zain le fixa longuement.
Mais avant qu’il ne puisse répondre, Sedu commença à disparaître.
Son corps se dissipa progressivement dans l’air, comme un fantôme retournant dans les profondeurs de l’esprit de Zain.
— Attendez...
Mais Sedu avait déjà disparu.
Aussi fantomatiquement qu’il était apparu.
Zain resta immobile quelques secondes.
Il ne savait toujours pas quoi penser de cet homme.
Sedu était un meurtrier.
Un Sith.
Le chef des Enfants de Korriban.
Et pourtant...
Le chercheur en lui ne pouvait nier ce qu’il venait d’entendre.
Des connaissances sur l’histoire de la galaxie que même les Solaris ne possédaient pas.
Il baissa les yeux vers ses chaînes.
Puis reprit sa marche.
Pour la première fois depuis qu’il avait été capturé, Zain se demanda si survivre à cette mission ne pouvait pas lui apporter autre chose qu’une simple victoire. Il était clair que Sedu avait de l'intérêt pour lui et s'il jouait bien ses cartes, il pourrait découvrir ses plans et rentrer chez lui non pas en otage rescapé, mais comme un Jedi triomphant, comme il avait toujours rêvé de l'être.