Le tombeau des Jedi
Le tombeau des Jedi
LE SABRE DU JEDI
Il était une fois dans une galaxie lointaine, très lointaine…
Rey est partie seule peu de temps après avoir vaincu l’Empereur Palpatine afin de trouver un artefact qui pourrait l’aider à ramener Ben Solo, qu’elle croit encore en vie. Deux Chevaliers de Ren sont sortis vivants de la bataille d’Exegol et sillonnent la galaxie. La Résistance tâche de savoir ce qu’ils cherchent pour en finir avec eux et le Premier Ordre.
Chapitre 1
Le vaisseau-prison se posa sur Tatooine. La planète désertique était peu habitée, mais elle pouvait se montrer dangereuse si l’on ne regardait pas dans son dos de temps en temps. Ap’lek et Kuruk descendirent et se dirigèrent avec nonchalance vers la colline où se trouvait l’objet qu’ils cherchaient.
Ils s’avancèrent dans un dédale de roches dont la hauteur les couvrait d’ombre et les protégeait de la chaleur brûlante des étoiles. Ils trouvèrent aisément le chemin qui menait à la hutte. Ils entendaient des bruits autour d’eux et savaient qu’une attaque était imminente. À deux, ils s’en sortiraient sans peine, mais si plus d’entre eux étaient ressortis vivants d’Exegol, ils auraient eu moins d’énergie à gaspiller.
Un homme du désert fit basculer une roche massive pour leur barrer la route avant de sauter au sol et les viser avec son blaster. Les Chevaliers ne firent même pas un pas en arrière. D’autres hommes se placèrent derrière pour empêcher tout repli. Les Chevaliers dégainèrent leur arme et firent un carnage en quelques secondes avant de reprendre leur route, la hache mandalorienne laissant des traces de sang sur leur passage.
Enfin, ils arrivèrent à destination. La hutte était sommaire, abandonnée et l’homme qui l’avait habitée était parti depuis longtemps. Les Chevaliers s’arrêtèrent. Ils sentaient que quelque chose se passait à l’intérieur. Il n’y avait aucune présence, mais la Force était en action. Kuruk fit un pas en avant lorsqu’un objet jaillit par l’une des ouvertures et leur passa devant avec rapidité. Ap’lek utilisa la Force pour le stopper, mais ne parvint qu’à le ralentir. Kuruk se joignit à lui, mais la Force leur résistait. Petit à petit, leur cible se fit plus floue. Elle commençait à disparaître pour rejoindre son prochain protecteur. Le précédent propriétaire n’était pas mort de manière conventionnelle et l’objet était resté sous sa défense. Mais la menace imminente des Chevaliers venait de le pousser à chercher un nouveau gardien.
Avant qu’ils n’aient pu faire quoique ce soit de plus, le sabre disparu totalement.
— Bon, tu sais quoi faire, fit Kamma. Dis-lui de signer.
— C’est plus facile à dire qu’à faire.
— C’est un simple d’esprit, ça va être facile, tu vas voir.
Le Toydarien et son esclave arrivèrent finalement à l’atelier de mécanique et s’arrêtèrent près de Gavlar.
— Je sais pourquoi tu es là, Kamma, c’est toujours non.
Kamma jeta un regard insistant à Kiera. La jeune femme soutint ce regard un instant, mais céda. Elle se concentra et laissa cette étrange énergie qui l’habitait s’étendre, utilisant sa main comme vecteur.
— Tu vas signer, dit-elle.
— Pardon ? De quoi est-ce que tu parles, esclave ? dit Gavlar avec condescendance.
— Vous acceptez l’offre, insista Kiera en se concentrant plus intensément.
— J’accepte l’offre, répéta Gavlar perturbé.
— Vous signez l’accord et oubliez mon intervention.
— Je… je signe l’accord.
Kamma sortit un papier de sa sacoche et le posa sur l’établi. Gavlar le signa sans résistance et les laissa là, comme s’il avait quelque chose d’autre à faire, un peu hagard.
— Maintenant, vous l’avez, dit Kiera en croisant les bras en signe de désaccord.
— Merci pour ton aide, sourit le Toydarien très satisfait. Va travailler avec Lami, maintenant.
Kiera secoua la tête et s’en alla rejoindre une autre esclave qui chargeait des pièces de vaisseaux dans des caisses qui seraient entreposées au garage.
— Attends. Il manque une cargaison qui arrivera plus tard. Il faut partir maintenant pour la réceptionner. Si tu acceptes d’aller la chercher au marché pour moi, je te libère de tes obligations pour la journée.
— D’accord, ça me va, répondit Kiera, contente de s’en aller loin du village.
Il fallait moins de deux heures pour rejoindre le marché de Dracar avec le vieux Vectron. Mais si elle « empruntait » le Speeder bike, elle mettrait deux fois moins de temps. Elle pourrait retrouver Ma Jab et aller voir maître Kali Min.
Kiera jeta un coup d’œil à droite et à gauche et se glissa dans le garage. Elle fit le tour pour s’assurer qu’il n’y avait personne et s’installa sur le speeder. Elle préférerait sortir vite, mais le bruit des propulseurs à plain régime attirerait l’attention. C’était encore la pause du midi et tout le personnel était à l’intérieur, lui laissant le champ libre.
Quand elle atteint la limite du village, la jeune femme poussa les moteurs à fond. Kiera adorait ce moment où elle avait l’impression qu’elle pouvait quitter cette vie et aller où bon lui semblait. Malheureusement, une voix intérieure lui rappelait toujours que ce n’était qu’une illusion.
Après une heure à survoler les dunes, elle atteint enfin Dracar. Le marché était immense, car il s’agissait d’un carrefour de transition de marchandises de la bordure extérieure. Kiera se gara près de la porte Sud et tâcha d’enlever un peu de poussière de ses vêtements.
— Salut, l’amie. C’est un beau 614 AvA que tu as là.
Kiera fut surprise, car elle n’avait pas vu l’homme tapi dans l’ombre. Il était très grand et mince avec de larges épaules. Sa peau était bleue au cou blanc, ses vêtements sombres avec un col remonté haut ouvrant sur un collier orné d’une dent et il portait une épée à la taille. Son visage était dissimulé sous un grand chapeau avec un bord replié.
— Puis-je savoir quel est ton nom ? demanda-t-il.
— Je n’y tiens pas, répondit la jeune femme intriguée et méfiante.
— Ravi de te rencontrer quand même. Tu pourrais tirer un bon prix de ce Speeder bike. Je pourrai me charger de la transaction… moyennant rémunération…
— Ce speeder est à mon maître, il n’est pas à vendre. Et vous n’avez pas l’air réglo.
— Ton maître, hein ? Tu es une esclave. Si tu crois que je vais t’arnaquer, c’est absolument faux. Certes, je suis effectivement un contrebandier, mais un contrebandier honnête ! Écoutes, si jamais tu as besoin, tu sais où me trouver.
Il la salua d’un signe de tête qui révéla un museau avancé mâchouillant un brin de paille et surmonté d’un cache-œil noir. Il abaissa son chapeau sur son regard et se retira dans l’ombre en souriant.
Kiera hésitait à laisser le véhicule tout seul, mais s’en fichait un peu qu’on le lui vole.
Le quartier dans lequel elle marchait était tranquille et vide à cette heure-là, car tout se passait au marché.
La jeune femme s’aventurait dans une rue plus large quand un objet tomba lourdement devant elle. La jeune femme fut surprise. Elle s’arrêta net et regarda par terre. Elle s’accroupit et ramassa le bout de métal cylindrique dont le reflet l’éblouit un instant. Elle regarda autour d’elle sans comprendre d’où il venait, il n’y avait personne. Kiera reconnut l’objet grâce à des dessins et des hologrammes achetés sur le marché. C’était un sabre de lumière.
Sa main tremblait à l’idée d’en tenir un. Le métal était froid et il pesait plus lourd qu’elle ne l’avait imaginé. La poignée était incroyablement travaillée. Kiera fixait le système d’allumage. Elle le déclencha.
Elle fit un pas en arrière surprise par la puissance de la lame et manqua de lâcher le sabre. Il était magnifique et surprenant. Pour elle, les sabres n’avaient que trois couleurs : bleu, vert ou rouge. La lame de celui-ci était blanche. Elle semblait instable. Elle n’arrêtait pas de grandir et diminuer sur une dizaine de centimètres comme si on ne l’avait pas bien réglée. Sa ligne était floue, comme mal définie. On aurait dit que le travail n’était pas complet. En revanche, elle ressentait sa puissance, la Force qui l’entourait. Elle avait l’impression d’entendre des murmures. Il lui semblait que le cristal kyber de ce sabre était mal contenu et extrêmement sensible, prêt à exploser.
« Garde-le en sécurité et ne le montre à personne, fit une voix. »
Kiera se retourna vivement, sabre en avant, mais ne vit personne. Elle regarda encore autour d’elle, puis décida de ne pas rester plus longtemps seule dans cette rue.
Bien sûr qu’elle allait le garder. Bien sûr qu’elle ne le montrerait à personne.
Avant d’aller au marché, elle se rendit au quartier ouest pour trouver Ma Jab. Il était dehors à laver le linge. À sept ans, il devait déjà faire beaucoup pour la famille à qui il appartenait.
— Kiera ! s’écria-t-il.
— Salut petit, ça va ?
— Est-ce qu’on recommence avec les pierres ? demanda-t-il curieux.
— Tu sais les lever plus haut que toi et faire un triple salto arrière ?
— Non.
— Alors, on continue.
Kiera prit la place de l’enfant et reprit son travail pendant qu’il rassemblait des cailloux dans la cour. Le garçon s’assit à son tour et entreprit de se concentrer. Les pierres s’élevèrent de quelques centimètres au bout d’une minute, mais rien de plus. Il fallait de l’entraînement.
Il s’écoula une heure avant que Kiera, l’esprit occupé par le sabre, ne se décide à aller voir Kali Min qui habitait quelques rues plus loin. Elle s’avança jusqu’aux murs ouest de la ville où elle parvint à une petite maison aux grandes ouvertures.
— Maître Kali ? C’est Kiera, s’annonça-t-elle avant d’entrer librement.
— Kiera, ça me fait plaisir de te voir. Assieds-toi, je t’en prie.
La maison était entièrement blanche et ne comportait aucune porte. Les murs étaient lisses et peu décorés, mais les couleurs des meubles étaient vibrantes, chatoyantes et donnaient de la vie à l’ensemble.
La jeune femme prit place à la table qui se trouvait au centre de la pièce. Son maître revint avec deux tasses et s’assit à son tour.
— Tu es passée voir Ma Jab, je suppose. Comment progresse-t-il ?
— Lentement, mais sûrement. J’ai peur de ne pas être aussi bonne enseignante que vous, maître.
— Tout d’abord, je ne suis pas maître. Ensuite, enseigner avec si peu de connaissances demande du courage.
— On s’entraide comme on peut, je suppose. J’ai une question personnelle à vous poser… Quel est votre plus grand regret, maître ? De n’avoir pas pu être un Jedi ?
— Étonnement, mon plus grand regret est plus futile que cela… Je regrette de n’avoir jamais pu fabriquer mon propre sabre de lumière, répondit-elle en souriant. Nous étions trop jeunes. Nous n’avons manipulé que des sabres d’entraînement.
Kiera pensa au sabre qu’elle portait. Elle ne pouvait pas lui dire.
— Un jour, je fabriquerai le mien et je reviendrai vous le présenter pour que vous en teniez enfin un vrai, entre vos mains.
— Ne tarde pas trop, car je suis une vieille dame maintenant.
— Vous m’avez appris à me battre et à comprendre la Force, il faut bien que je vous remercie.
— J’ai peur de ne pas t’avoir enseigné grand-chose, Kiera. Je ne suis pas un Jedi. Je ne maîtrise pas la Force, ni le sabre, car je n’ai fini la formation d’aucuns. Il te manque tellement à apprendre. Si j’avais pu aller plus loin, j’aurais peut-être pu faire mieux dans ces guerres.
— Saviez-vous, quand tout a commencé, que l’un des vôtres était responsable ?
— Nous connaissions Anakin de nom, car il était exceptionnellement âgé pour rejoindre l’Ordre et, bien sûr, c’était un Jedi incroyable. Mais nous ignorions tout de la situation. Et si tu ne m’avais pas confié ce que ton grand-père vous a expliqué dans son journal, j’aurais continué à blâmer, sans pitié, Darth Vador pour ses crimes. Cependant, je ne peux pas lui pardonner le massacre des autres apprentis...
Les deux amies discutèrent encore un peu avant que Kiera prenne enfin la route du marché.
La jeune femme n’arrêtait pas de penser au sabre. Cette sensation qu’elle devait le cacher, le protéger, ne la quittait pas. Pas plus que le souvenir de la voix qui avait parlé lorsqu’elle avait trouvé le sabre. Elle aurait dû demander à son maître si on pouvait utiliser la Force pour communiquer, ou répondre. Ce sabre soulevait beaucoup de questions.