L'Origine de la Force Grise (Préquelle)
Chapitre 2 — L’ombre sous Theed
Le palais de Theed n’était pas seulement ce que ses visiteurs voyaient.
Au-dessus, il y avait les salles de réception baignées de lumière, les couloirs de marbre blanc, les balcons ouvrant sur les jardins suspendus. Les lieux du pouvoir élégant, où les décisions se prenaient avec du thé et des sourires.
En dessous, il existait autre chose.
Des fondations anciennes, bien plus anciennes que la dynastie royale actuelle. Des galeries creusées dans la roche avant même que Theed ne porte ce nom. Certaines servaient d’archives, d’autres de caves scellées. Quelques-unes n’apparaissaient sur aucun plan.
C’est là que Sheev Palpatine descendit cette nuit-là.
Aucun garde ne l’accompagnait. Aucun protocole. Il quitta les appartements sénatoriaux par une porte de service, traversa un corridor désert, puis actionna un mécanisme dissimulé derrière une tapisserie murale. Une dalle glissa en silence.
L’air qui monta des profondeurs était froid et sec, chargé de poussière.
Il descendit seul.
La salle souterraine n’avait rien d’un sanctuaire. Pas de statues, pas d’ornements. Seulement une vaste pièce circulaire taillée dans la pierre brute, où d’anciens symboles étaient gravés à même le sol. Certains étaient si usés qu’ils semblaient plus anciens que la République elle-même.
Au centre l’attendait Dark Plagueis.
Le Muun restait immobile, drapé dans une cape sombre qui absorbait presque la lumière des torches. Son visage allongé semblait sculpté dans l’ombre. Ses yeux pâles ne quittaient pas les cercles gravés sous leurs pieds.
— Tout est prêt, dit-il sans saluer.
Palpatine inclina légèrement la tête.
— Le palais dort.
Plagueis posa ses longues mains sur les symboles au sol.
— Alors nous allons écouter ce qui dort sous lui.
Il ferma les yeux.
La salle sembla se contracter autour d’eux.
La température chuta brutalement. Les flammes vacillèrent sans vent. Quelque chose de dense envahit l’air, invisible mais oppressant, comme une pression sur la poitrine.
Palpatine sentit immédiatement le courant.
La Force vivante.
Pas comme les enseignements théoriques des Jedi qu’il avait étudiés en secret. Pas comme les méditations disciplinées que Plagueis lui imposait. C’était brut. Palpitant. Une marée sous la peau du monde.
Plagueis parla, la voix presque murmurée.
— Ne contrôle pas. Écoute. Puis pousse.
Ils plongèrent ensemble.
Le rituel n’était pas destiné à créer. Ni à détruire.
Seulement à sonder les limites. Tester jusqu’où la volonté pouvait courber le vivant. Infléchir les courants, sentir comment la Force répondait à l’intention, où elle résistait, où elle cédait.
Le cercle de pierre vibra.
Des fissures fines apparurent sur certaines dalles. Une lumière pâle, presque organique, s’insinua dans les gravures anciennes.
Au-dessus, dans les niveaux administratifs du palais, rien ne trahissait ce qui se produisait sous les fondations.
La vie suivait son cours.
Liora Polaekys traversait l’aile est avec une pile de dossiers contre elle. Le nouveau sénateur avait demandé les derniers accords commerciaux de Vidar Kim avant l’aube. Teren était retenu dans les archives, et elle avait proposé de les apporter elle-même.
Le raccourci par la galerie sud n’était pas autorisé au personnel secondaire.
Mais la moitié du personnel ignorait encore quelles portes étaient désormais interdites.
Liora suivit le corridor silencieux, légèrement essoufflée. Sa grossesse rendait chaque escalier plus pénible. Le passage était plus sombre ici, les lampes plus espacées, la pierre plus ancienne.
À mi-chemin, elle ralentit.
Quelque chose changea.
Pas un bruit.
Plutôt l’absence de bruit.
Le palais entier semblait retenir son souffle.
Sous ses doigts, les dossiers tremblèrent légèrement. Ou peut-être était-ce sa main.
Puis l’enfant bougea.
D’un coup.
Pas comme les autres fois. Pas un mouvement doux. Une secousse violente, si soudaine qu’elle s’arrêta contre le mur.
Sa respiration se coupa.
Au même instant, sous ses pieds, dans la salle souterraine, le rituel atteignit son sommet.
Plagueis ouvrit brutalement les yeux.
Quelque chose avait changé.
Le flux qu’ils manipulaient depuis plusieurs minutes s’était infléchi. Une partie du courant s’était détournée, aspirée latéralement hors du cercle.
Impossible.
Palpatine recula d’un demi-pas.
— Vous l’avez senti.
Ce n’était pas une question.
Plagueis leva une main pour imposer le silence.
Il sondait.
Cherchait.
Le courant s’était divisé comme une rivière qu’on détourne sans toucher ses rives. Une impulsion minuscule, étrangère, venait de capter une fraction du flux vivant.
Pas un être conscient.
Pas un utilisateur.
Autre chose.
Quelque chose d’inachevé.
Au-dessus, Liora ferma les yeux.
Une chaleur fulgurante traversa son ventre, comme si quelque chose s’était allumé à l’intérieur d’elle.
Puis tout cessa.
Le silence revint.
Les lampes reprirent leur scintillement habituel. Les sons lointains du palais reparurent : pas dans les escaliers, portes qui s’ouvrent, voix étouffées.
Elle resta immobile quelques secondes, la main crispée sur le mur de pierre.
Le bébé ne bougeait plus.
Mais elle le sentait. Plus clairement que jamais. Présent. Comme s’il l’observait de l’intérieur.
Sous le palais, Plagueis étendit sa conscience aussi loin qu’il le pouvait.
Rien.
La perturbation s’était dissipée.
Évaporée comme un reflet sur l’eau.
Son regard pâle se fixa sur la pierre noire du sol.
Il ne parlait plus.
Palpatine attendit.
Enfin, Plagueis murmura :
— Il y avait quelque chose.
— Quoi ?
Le Muun secoua lentement la tête.
— Pas quoi. Où.
Il ferma de nouveau les yeux, mais le courant était déjà revenu à son état normal.
Le fil était rompu.
Au-dessus, Liora reprit sa marche.
Elle ne parla à personne de ce qui venait de se passer.
Elle remit les dossiers au bureau du sénateur, salua, rentra au domaine avant minuit.
Quand Teren la rejoignit dans leur chambre, elle était déjà couchée, tournée vers la fenêtre ouverte sur les jardins.
— Tout va bien ? demanda-t-il.
Elle hésita.
Puis répondit ce qu’elle croyait encore :
— Oui.
Mais au fond d’elle, elle savait que quelque chose avait changé.
Et dans les profondeurs de Theed, Dark Plagueis resta longtemps seul dans la salle de pierre, immobile au centre des cercles anciens.
Pour la première fois depuis des années, la Force lui avait répondu autrement que prévu.
Et cela ne lui plaisait pas.