Chapitre 2 - Ce que la Force ne dit pas
Vyze aimait les hauteurs.
Lorsqu’il en avait l’autorisation, ou lorsqu’il la prenait, il montait sur l’une des terrasses les plus reculées du Temple Jedi. De là, Coruscant semblait presque paisible. Les couloirs aériens dessinaient des lignes de lumière régulières, et les niveaux inférieurs de la planète se perdaient dans une brume permanente.
Il s’assit au bord, les jambes dans le vide.
Il se demandait souvent ce que la Force attendait de lui.
Les maîtres parlaient d’équilibre, de détachement, de service. Des mots lourds, vastes, parfois trop grands pour un enfant de dix ans. Vyze, lui, ressentait surtout une urgence diffuse. Comme si quelque chose approchait, lentement mais inexorablement, et qu’il était le seul à l’entendre.
Il ne rêvait pas de devenir un grand maître Jedi.
Il ne rêvait pas de batailles ni de gloire.
Il rêvait de comprendre.
— Tu sais que si tu tombes, ils vont encore dire que c’est de ma faute.
Vyze sursauta à peine.
— Tu dis ça à chaque fois, répondit-il sans se retourner.
— Et à chaque fois, tu es encore en vie, conclut Jaden avec fierté.
Le plus jeune s’installa à côté de lui, beaucoup trop près du bord selon les règlements du Temple. Ses jambes ne pendaient pas encore dans le vide, il était trop petit, mais il faisait semblant.
— Qu’est-ce que tu regardes ? Demanda-t-il.
— L’avenir, répondit Vyze.
Jaden plissa les yeux.
— Il est moche ?
— Je ne sais pas encore.
— Tant mieux. S’il était joli, tu serais encore plus inquiet.
Vyze esquissa un sourire malgré lui.
Ils restèrent un moment silencieux, observant la ville.
— Tu penses à quoi, vraiment ? Demanda Jaden, plus doucement.
Vyze hésita.
— J’ai l’impression… de ne pas être à ma place.
— Tu es au Temple Jedi, fit remarquer Jaden. C’est un peu le principe.
— Pas ici, corrigea Vyze.
Jaden le regarda, sérieux pour une fois.
— Tu crois que tu devrais être où, alors ?
Vyze réfléchit.
— Là où ça commence.
— Où quoi commence ?
— Je ne sais pas. Mais je le sentirai.
Jaden hocha lentement la tête, comme si cela suffisait.
— Quand tu feras une bêtise énorme, prévins-il, fais-le moi savoir à l’avance.
— Pourquoi ?
— Pour que je puisse dire que je t’avais prévenu.
Vyze rit doucement.
— Tu n’as jamais peur ? Demanda-t-il après un instant.
Jaden haussa les épaules.
— Si.
— Et alors ?
— Alors je reste avec toi. Comme ça, on a peur à deux. C’est plus juste.
Le soleil monta lentement au-dessus des tours de Coruscant. Les premières cloches du Temple appelèrent les padawans.
Vyze se leva.
— On va être en retard.
— Encore.
— Tu crois qu’ils vont nous punir ?
— Probablement, répondit Jaden. Mais au moins, ce sera ensemble.
Ils s’éloignèrent en courant, leurs rires se perdant dans les couloirs immaculés du Temple.
Sans le savoir, ils venaient de sceller un pacte plus fort que n’importe quel enseignement Jedi.