Nouvelles d'une galaxie lointaine, très lointaine
1 minute après la bataille de Yavin
Dark Vador avait enfin réussi à reprendre le contrôle de son chasseur TIE avancé, tandis que L’Étoile Noire venait d’exploser en un million de débris. Il l’avait pourtant bien dit : « Tout cet attirail technologique n’est rien en comparaison de la Force » et le pilote qui avait lancé la torpille à photons fatale dans la bouche d’évacuation de la station de combat, la possédait, Vador en était convaincu.
Il arriva en vue du Devastator, son destroyer stellaire personnel, qui avait répondu sans attendre à son appel de détresse. Heureusement, car le Sith n’était pas connu pour sa patience.
Il se posa dans le hangar et s’extirpa enfin du chasseur endommagé. Le commandant Montferrat l’attendait et inclina la tête respectueusement à son approche.
- Seigneur Vador, le Devastator est à vos ordres.
- Je veux que mon chasseur soit réparé au plus vite et que l’on me donne une transmission avec l’escadron Zeta dans ma chambre de méditation, Ordonna le seigneur noir en passant devant l’officier sans s’arrêter.
- Ce sera fait, Monseigneur.
Une fois dans sa chambre privée, Vador prit place dans le pod qui lui retira son casque et apporta tous les soins nécessaires à sa survie dans cette armure maudite.
C’est dans ces instants qu’il regrettait de ne plus être Anakin Skywalker et de n’être, à la place, rien d’autre qu’un reste d’homme mutilé, enfermé dans une armure pour le reste de sa « vie », avec une douleur physique et mentale permanente à endurer. Jamais plus, il ne reverrait la lumière du jour avec ses vrais yeux, jamais plus il ne goûterait aux pallies de son enfance que Jira lui donnait et dont il raffolait. Jamais plus, il ne reverrait l’amour de sa vie : Padmé.
Et tout ça à cause d’Obi-Wan.
Obi-Wan avait tué Anakin Skywalker. Il ne restait que Dark Vador.
Dark Vador avait tué Obi-Wan, mais il restait Dark Vador.
La souffrance serait éternelle.
Le casque noir vint se replacer sur son visage endolori. Il fit tourner son siège vers l’écran de la chambre de méditation qui s’alluma. Un stormtrooper y apparut.
- Seigneur Vador.
- Commandant Cody, lors de votre recherche des droïdes, sur Tatooine, avez-vous relevé quelque chose de significatif sur l’identité de l’individu qui a fui la planète avec Obi-Wan Kenobi à bord du Faucon Millenium ?
- Oui, Monseigneur. Après son départ de Mos Eisley, nous avons remonté sa piste et découvert qu’il était domicilié chez le couple ayant acheté les droïdes, Owen et Beru Lars.
Ces noms résonnèrent immédiatement dans l’esprit de Vador, comme l’écho d’un lointain passé.
Cody poursuivit.
- Nous avons ensuite interrogé les habitants alentour, ils nous ont confirmé l’identité du jeune homme. Il se nomme Luke Skywalker.
Vador ressentit un frisson comme il ne pensait jamais plus pouvoir en ressentir de son existence. Ainsi, Padmé avait réussi à mettre son enfant au monde avant de mourir.
Luke.
Il avait un fils.
Tout devint clair.
Le pilote qui avait détruit l’Étoile Noire à lui seul, celui chez qui, il avait senti la Force.
Le garçon qui avait crié « NON ! » à la mort d’Obi-Wan, à bord de la station.
Luke.
Il était là, sur Yavin IV, dans la base rebelle.
Il serait à lui. Et à lui seul.
- Seigneur Vador ? Demanda Cody, inquiet du silence prolongé qui avait suivi sa réponse.
Vador reprit conscience du présent.
- Merci, Commandant.
- Monseigneur, répondit Cody en inclinant la tête respectueusement, avant de disparaître de l’écran.
Dark Vador se rendit ensuite à la passerelle de commandement pour s’adresser au Commandant Montferrat :
- Mobilisez tous les destroyers stellaires présents dans le secteur. Nous mettons le cap sur Yavin IV !
- Seigneur Vador, répondit Montferrat, visiblement nerveux. L’Empereur vous ordonne de rentrer sur Coruscant immédiatement pour lui faire votre rapport.
- Il serait plus convenable d’annoncer à l’Empereur que les rebelles ont été exterminés plutôt de simplement lui rapporter la destruction de sa superarme et du million d’hommes à son bord, ne pensez-vous pas ?
- Oui, Seigneur Vador, répondit Montferrat avant de partir vers l’officier chargé des communications.
Vador alla se placer devant la baie vitrée, contemplant l’espace, ses pensées entièrement tournées vers son unique réel objectif : Retrouver Luke.
Une flotte de quatre destroyers stellaires entra dans le système Yavin.
C’était évidemment bien moins que ce que Vador espérait, mais c’était ce qu’il avait pu obtenir de mieux en si peu de temps.
- Ralentissez l’allure, ordonna Montferrat à ses hommes. Nous entrons dans le champ de débris de l’Étoile Noire.
Les croiseurs alignés franchirent la zone dans un silence de mort. A Bord du Devastator, l’équipage entier était horrifié devant ce spectacle funeste.
Les débris, de différentes tailles, venaient rebondir contre les boucliers.
- Commandant ! Intervint un officier derrière son écran. Objet important en approche à 2.7.1 !
Montferrat regarda par la baie vitrée et vit s’approcher au loin un immense débris circulaire. Ce qu’il restait de la lentille de focalisation du superlaser. L’œil mortel de la structure.
- Manœuvre d’évitement ! Ordonna le commandant.
Le Devastator s’éleva suffisamment et juste à temps pour éviter la parabole qui lui fonçait droit dessus. Montferrat se laissa enfin respirer. Vador, lui, fixait un point brillant au loin : Yavin IV.
En s’approchant de la planète, les impériaux constatèrent que les rebelles n’avaient pas perdu de temps : Leurs vaisseaux s’échappaient dans toutes les directions. Ils étaient en train d’abandonner leur base en urgence.
- Dispersez la flotte, ordonna Dark Vador à Montferrat. Je veux un destroyer de chaque côté de cette planète. Faites feu sur tout qui tentera de s’échapper. J’emmène un escadron avec moi à la surface.
Les croiseurs prirent chacun une direction différente, tout en tirant sur les transports rebelles qui passaient en hyperespace les uns après les autres. Les turbolaser s’agitaient dans tous les sens, faisant exploser des vaisseaux, en endommageant d’autres gravement. Des X-wings surgirent bientôt en défense. Les destroyers larguèrent leurs escadrons de chasseurs TIE pour les intercepter.
Au milieu du chaos de la bataille improvisée, Dark Vador descendait à vive allure vers la base rebelle, appuyé par quatre chasseurs TIE et trois bombardiers.
Une fois dans l’atmosphère, son radar le mena vers les grands temples Massassi d’où s’agitaient une multitude de vaisseaux et individus. Il se plongea dans la Force pour trouver Luke, en vain. Le garçon était déjà parti, loin, hors de sa portée. Cela le rendit furieux.
- Feu à volonté ! Ordonna t-il. Ne les laissez pas s’échapper. Bombardez la base. Tuez-les tous !
- Bien compris !
Chasseurs et bombardiers firent pleuvoir un déluge meurtrier sur les rebelles qui courraient vers les véhicules pour fuir. Les bombes firent exploser les chasseurs postés au sol, ainsi que différentes parties du temple qui s’écroulèrent sur des soldats terrorisés. Quand plus rien ne bougea, Vador se posa devant la grande entrée menant au hangar des rebelles, désormais complètement vide.
Il alluma son sabre laser et entra, seul. Il se fraya un chemin jusqu’au sommet du temple, traquant le moindre mouvement à travers la Force pour abattre, de sa lame, les quelques rebelles restants qui semblaient encore défendre quelque chose, ou quelqu’un.
Quand il pénétra dans la salle des opérations, il ne vit qu’un vieil homme accoudé à une carte circulaire de la planète qui indiquait les positions des vaisseaux en fuite et ceux de l’Empire.
Le dernier point lumineux représentant un transport rebelle venait de s’éteindre.
La mission du Général Jan Dodonna était achevée. Il avait guidé les siens à travers l’espace de Yavin IV pour éviter, autant que possible, le feu des destroyers stellaires et leur garantir la fuite en hyperespace, sains et saufs.
Aussi soulagé qu’épuisé, il ferma les yeux et remercia la Force.
Ce n’est qu’alors qu’il distingua la singulière respiration mécanique de la myriade de bruits électroniques de la salle. Il rouvrit les yeux et releva la tête.
Telle la mort venue pour le faucher, Dark Vador se tenait à l’entrée de la pièce.
Dodonna sut que son heure était venue, et il n’avait aucun regret.
L’Alliance avait survécu et triompherait de l’Empire, c’était une certitude.
Il se redressa et fixa Vador dans ses orbites noirs et vides de toute humanité. Ce fut la dernière chose qu’il vit, avant que le seigneur noir ne lève le bras vers lui, qu’il ne sente, brusquement, sa gorge se compresser et la vie quitter son corps.
Dark Vador resta un instant dans la salle, au milieu des bips incessants des autres machines, dont il avait, désormais, plus en commun qu’avec n’importe qui dans la galaxie.
Il regardait la dépouille du vieil homme qui lui rappelait celle d’Obi-Wan.
Dark Vador avait tué Jan Dodonna, mais il restait Dark Vador.
La souffrance serait éternelle.
Sa respiration artificielle s’accéléra. Il libéra alors toute sa colère et sa souffrance dans un hurlement et une onde de Force dévastatrice qui détruisit tous les appareils présents.
Genou à terre, son système respiratoire retrouva lentement un rythme normal. Il se releva lentement, se tourna vers la sortie et quitta la salle en ruines pour redevenir Dark Vador.
La navette Lambda traversait la cité-monde de Coruscant, au cœur de la nuit.
Arrivée à sa destination, ses ailes se replièrent. Elle se posa et déploya sa rampe.
Dark Vador en descendit et contempla l’immense bâtiment qui se dressait devant lui : Le Palais Impérial, construit sur les fondations de ce qui était, autrefois, le temple Jedi, dont ils ne subsistait désormais que les cinq hautes tours.
il traversa la vaste allée, bordée de statues à l’effigie de son maître, jusqu’à atteindre l’entrée du palais, étroitement surveillée par les gardes rouges d’élite de Palpatine qui le laissèrent passer sans un mot.
L’intérieur avait été totalement expurgé de toute symbolique Jedi. Ce n’était plus que de vastes salles vides parées d’une multitude de drapeaux aux couleurs de l’Empire. Vador les traversa d’un pas rapide pour se diriger vers le turbolift qui l’amènerait au sommet de la tour centrale.
Lorsque les portes s’ouvrirent, il entendit la voix de son maître résonner dans l’entièreté de l’immense salle qui abritait, autrefois, les textes les plus sacrés des Jedi. Qu’étaient-ils devenus ? Avaient-ils été détruits par l’Empereur ou emportés ailleurs par les Jedi en fuite ? Nul ne le savait.
Quoi qu’il en fut, c’était désormais la salle du trône impérial. Paradoxalement sobre au possible, elle ne comportait qu’un large escalier menant au trône qui dominait, à dix mètres de hauteur.
Palpatine y était assis, un garde rouge de chaque côté. Il discutait avec son Grand Vizir, Mas Amedda. Lorsqu’il vit son apprenti approcher, il s’arrêta de parler et attendit, les mains posées sur les accoudoirs de son trône.
Dark Vador monta les marches et posa un genou au sol, en baissant la tête, pour saluer son maître à qui il devait la vie.
Pourtant, il ne se sentait pas à sa place. Il avait rejoint le Côté Obscur pour acquérir le pouvoir de sauver Padmé. Il ne l’avait jamais obtenu et elle était morte, par sa faute, par son choix. Et il ne pouvait pas revenir en arrière. Mais il demeurait l’Élu de la Force, il savait qu’il avait encore en lui le pouvoir de renverser l’Empereur, en temps voulu, pour prendre sa place. Mais il n’y arriverait pas seul dans son état actuel. Il aurait besoin de son fils.
- Seigneur Vador, dit la voix ténébreuse de son maître. Êtes-vous rentré sans heurts de Yavin ?
- Oui, mon maître.
Palpatine se leva.
- Vraiment ?
Il s’avança vers son apprenti.
- Le Sith sait que la peur mène à la colère, que la colère mène à la haine et la haine, à la puissance. Mais vous, mon ami, vous êtes laissé envahir par le chagrin. Vous allez devoir tout recommencer… Avec la peur !
Il leva ses mains et déchaîna ses foudres contre Vador qui fut totalement pris par surprise.
L’énergie libérée était si intense qu’elle jaillit hors de la flèche du palais et pouvait être vue de tous, dehors.
Dans un mouvement aussi difficile que désespéré, Vador activa son sabre laser pour parer les attaques du maître Sith qui ricana.
- Très bien, Seigneur Vador… Vous ne vous êtes pas égaré au point d’oublier de vous défendre.
- Pourquoi… M’attaquez-vous… Maître ?
Palpatine prit un air furieux et intensifia la puissance de ses éclairs de Force.
- Ne jouez pas avec moi, Seigneur Vador ! Dîtes-lui, Grand Vizir !
Mas Amedda s’avança vers Vador qui se tordait de douleur.
- Vous êtes l’unique survivant de la plus grande catastrophe de l’Histoire de l’Empire ! Une catastrophe, en partie causée par votre idée de poser un traceur sur le Faucon Millenium et de le laisser s’échapper avec les plans de l’Étoile Noire !
Les éclairs de Force lacéraient le casque de Vador, le faisant atrocement gémir. Mas Amedda poursuivit :
- Vous avez ensuite été convoqué pour faire votre rapport, à votre Empereur. Au lieu de cela, vous êtes parti mener votre propre mission, mobilisant des destroyers postés à des emplacements stratégiques, sans aucune autorisation !
Ses forces l’avaient complètement abandonné. Il ne tiendrait plus longtemps.
- Vous avez attaqué la base rebelle de Yavin IV et tué tout le monde sur place, sans faire un seul prisonnier à interroger, pas même le Général Dodonna qui aurait pu nous donner des informations capitales !
La respiration de Vador était devenue complètement défaillante, ses systèmes vitaux commençaient à lâcher.
- C’est au, mieux, un échec. Au pire, une trahison !
Les éclairs disparurent brusquement. Palpatine baissa ses mains. Vador était à genoux, fumant de partout.
- Et que faisons-nous des traîtres, Mas Amedda ?
- Nous les tuons, Monseigneur.
Palpatine eut un rictus.
- Gardes ! Appela le Grand Vizir.
Les deux gardes rouges pointèrent leurs piques de Force vers Vador et s’élancèrent. Vador parvint in-extremis à trouver assez de force en lui pour esquiver le coup du premier qui atteignit, néanmoins le haut de son épaule gauche, le faisant gémir, un peu plus, de douleur. Il se retrouva face au second garde et leva son sabre laser pour le frapper, mais ce dernier lui échappa subitement de la main pour aller se loger dans celle, tendue, de l’Empereur.
- Non, dit simplement Palpatine. Poursuivez.
Les gardes rouges profitèrent de cette diversion pour attaquer simultanément Vador qui s’effondra au sol, perclus de douleur, sous le regard curieux de l’Empereur. Dépassé et au bord de la fin, l’apprenti comprit alors la leçon de son maître. Peur. Colère. Haine. Puissance. La douleur n’était pas son ennemie, mais son alliée. Il ne fallait pas la subir, mais l’accepter. Ainsi, il serait invincible.
Il empoigna l’un des deux piques de Force et l’abattit sur le crâne du premier garde qui fut projeté contre le sol par l’onde de choc. Le second eut à peine le temps de réagir qu’il fut projeté à son tour d’un coup au niveau du torse.
- NON !
Vador se tourna et vit Mas Amedda brandir un blaster sur lui. Il sentit la puissance du Côté Obscur affluer en lui. Il était le Côté Obscur.
Il leva un bras en serrant le poing, Mas Amedda fut soulevé du sol et se mit à suffoquer, portant ses mains à sa gorge. Palpatine jubilait.
- Bien ! Bien !!
Il baissa finalement le bras, laissant le Grand Vizir s’effondrer au sol, presque inconscient.
- Une fois de plus, j’ai transformé votre faiblesse en une puissance inimaginable.
Dark Vador ploya le genou, difficilement, et baissa la tête.
- Oui, maître.
- Oubliez la faiblesse. Oubliez tout… Sauf votre Empereur. A présent, retournez à bord de votre vaisseau de commandement et attendez mes ordres, conclut Palpatine, avant de se tourner pour revenir sur son trône.
L’apprenti se releva, encore plus difficilement, et descendit lentement les marches vers le turbolift.
Quand les portes se refermèrent et que l’engin amorça sa descente, Vador ne pensa qu’une chose.
Il savait que, dès que l’Empereur apprendrait l’existence de Luke, il le voudrait comme apprenti. Pour en faire quelqu’un de bien plus puissant et fiable que Vador, qui avait encore prouvé, aujourd’hui, ses limites physiques et mentales, malgré sa victoire.
Palpatine ne pourrait pas former Luke sans éliminer Vador et Vador ne pourrait pas former Luke sans éliminer Palpatine. Un maître, un apprenti. Telle était la règle immuable des Sith.
Si Vador voulait triompher de son maître, il allait devoir mettre la main sur son fils le premier.
Il avait gagné la bataille de la salle du trône, mais la guerre pour Luke Skywalker ne faisait que commencer.