Chapitre 2 — À l’écart du tumulte
Ils s’étaient éloignés des allées les plus fréquentées.
Ici, le bruit du Sénat n’était plus qu’un murmure lointain, étouffé par le clapotis régulier de l’eau et le souffle discret des aérations suspendues.
Alyna s’était appuyée contre la balustrade, observant les niveaux inférieurs de Coruscant comme on observe une mer agitée.
— La République parle beaucoup ces temps-ci, dit-elle. Mais elle écoute de moins en moins.
Vyze resta silencieux un instant.
— Les périodes d’incertitude rendent les voix plus dures, répondit-il. Et les décisions plus rapides que sages.
Elle tourna légèrement la tête vers lui.
— Le blocus commercial, la motion de censure… Tout le monde prétend vouloir éviter une crise, mais en vérité chacun s’y prépare en secret.
Vyze sentit une tension familière.
— Certains pensent que se préparer à la guerre est la meilleure façon de préserver la paix.
Alyna esquissa un sourire sans joie.
— Et vous ?
— Je pense que c’est souvent le début de la guerre.
Elle le regarda longuement, comme si elle cherchait une dissonance… et n’en trouvait aucune.
— Vous êtes différent de l’image que le Sénat se fait des Jedi, dit-elle. Moins… certain.
Vyze marqua une pause, puis posa la question qui lui brûlait les lèvres depuis le bassin.
— Qui était votre ami ?
— Kaelen Vance. Un noble de Corellia. Mon futur fiancé... Ma famille souhaite que nos clans se rapprochent.
Vyze accusa le coup sans sourciller, mais son regard se troubla un instant.
— Ah… Je comprends mieux le trouble que je ressens en vous.
Un silence s’installa, lourd de tout ce qu’ils ne pouvaient pas dire. Alyna soupira, le regard perdu dans les lumières de la cité-planète.
— La certitude et le devoir sont un luxe, reprit Vyze. Ils coûtent souvent trop cher.
Le silence s’installa de nouveau, un silence plus confortable.
Alyna reprit :
— Ici, tout va trop vite ! Chaque mot est pesé, calculé, enregistré… On oublie parfois pourquoi on est venu siéger… Je crois que je vais finir par craquer…
Vyze hésita.
Puis, presque malgré lui :
— J’ai un endroit où le temps ralentit.
Elle fronça légèrement les sourcils.
— Un monastère Jedi ?
— Non.
Il la regarda enfin directement.
— Chez mes parents, comme une maison secondaire, loin du Sénat, loin des débats incessants.
Elle le fixa, surprise.
— Et vous invitez souvent des sénatrices à venir s’y réfugier ?
Un coin de sourire gêné et surpris passa sur le visage de Vyze, qui ne sût trouver ses mots.
— Heu… Non… En réalité… Hormis Jaden, je n’invite jamais personne.
Alyna observa le bassin, où Kaelen continuait de corriger un texte, puis tourna son regard vers Vyze.
— Où se trouve cet endroit ?
— Sur Naboo.
Le nom flotta un instant entre eux.
— Une planète qui a trop vite appris ce que coûte l’indifférence, ajouta-t-il. Là-bas, on peut encore entendre ses propres pensées.
Alyna inspira profondément.
— Vous savez que ce genre d’invitation pourrait être… mal interprété ?
— Je le sais.
— Et vous la formulez quand même ?
Vyze inclina légèrement la tête.
— Parce que je pense que vous en avez besoin. Et… parce que j’aimerais entendre ce que vous diriez quand personne ne vous attend au tournant…
Elle resta silencieuse.
Puis, doucement :
— Je vais y réfléchir.
— C’est tout ce que je demande.
Au loin, une cloche annonça la reprise d’une session.
Alyna se redressa.
— Maître Vyze… Vous êtes un homme dangereux !
Il esquissa un sourire presque imperceptible.
— On me l’a déjà dit !
Ils se séparèrent sans promesse formelle.
Mais tous deux savaient qu’un pas venait d’être franchi.
Pas dans la Force.
Pas dans la politique.
Dans quelque chose de plus fragile.