Les Chroniques d'un Jedi - Tome 6 : Ordre 66
Chapitre 3 — Les mots comme des armes
Le Sénat Galactique n’avait jamais été aussi plein.
Les gradins circulaires vibraient d’un murmure constant, mélange de langues, d’intérêts et de peurs à peine dissimulées. Les hologrammes bleutés des sénateurs flottaient à leurs emplacements, certains physiquement présents, d’autres projetés depuis des mondes trop instables pour se permettre un voyage.
Au centre, le pupitre du Chancelier Suprême Palpatine dominait l’assemblée.
Alyna Rhee se tenait droite, les mains jointes devant elle, le regard fixé vers le cœur de l’hémicycle. Elle connaissait cette sensation :
Celle d’être observée.
— Ordre, lança Palpatine d’une voix calme, presque bienveillante. Le Sénat va entendre la motion proposée par la sénatrice Mon Mothma.
Un léger silence suivit.
Mon Mothma s’avança, son hologramme d’une clarté impeccable.
— Citoyens de la République, dit-elle. Nous sommes en guerre. Cela ne fait plus aucun doute. Mais je vous demande ceci : à quel prix ?
Des murmures parcoururent les rangs.
— Les pouvoirs d’urgence accordés au Chancelier devaient être temporaires, poursuivit-elle. Or ils se prolongent, s’élargissent, la création d’armées, la centralisation du commandement, l’opacité croissante des décisions… tout cela menace l’équilibre même que nous prétendons défendre.
Alyna sentit son cœur se serrer. Chaque mot était juste. Chaque mot était dangereux.
— Sommes-nous en train de sauver la République… Ou de la transformer en quelque chose d’autre ?
Le silence qui suivit fut lourd.
Puis Palpatine sourit, un sourire lent, mesuré.
— Sénatrice Mon Mothma, répondit-il, Votre dévouement à la démocratie vous honore.
Il leva légèrement la main.
— Mais permettez-moi de rappeler une chose essentielle : La République ne fait pas face à un débat d’idées. Elle fait face à une menace existentielle.
Sa voix ne s’éleva pas. Elle s’adoucit.
— Chaque jour, des mondes brûlent. Chaque jour, des citoyens demandent protection. Et chaque jour, nous débattons.
Quelques sénateurs acquiescèrent.
— Je n’ai jamais cherché le pouvoir pour lui-même, poursuivit-il. Seulement les moyens nécessaires pour gagner cette guerre… Et vous rendre ce pouvoir intact, une fois la paix revenue.
Alyna sentit un frisson glacé. Les mots étaient parfaits, trop parfaits.
Palpatine tourna légèrement la tête.
— Sénatrice Rhee. Vous avez la parole.
Alyna inspira profondément.
— Chancelier, dit-elle avec calme, Personne ici ne nie la nécessité de défendre la République.
Elle marqua une pause.
— Mais l’Histoire nous enseigne que les libertés ne disparaissent pas sous les coups de l’ennemi… Elles disparaissent lorsque nous cessons de les protéger, même dans l’urgence.
Un silence tendu.
— Nous demandons des rapports clairs. Des limites définies. Et la certitude que cette guerre ne deviendra pas un prétexte à l’irréversible.
Palpatine la fixa, s’attardant un instant sur son ventre.
Dans ses yeux, Alyna crut percevoir quelque chose : Une évaluation, un calcul ou pire encore...
— Votre vigilance est précieuse, sénatrice, répondit-il enfin. Et je vous assure que je m’en souviendrai.
La séance fut levée peu après.
Dans un couloir aux parois d’onyx poli, Mon Mothma rejoignit Alyna.
— Vous avez été courageuse, dit-elle à voix basse. Mais prudente.
— J’essaie de l’être, répondit Alyna. Palpatine n’est pas… comme les autres.
Mon Mothma acquiesça.
— Non. Et c’est bien ce qui m’inquiète.
Alyna activa son communicateur en quittant le bâtiment.
Un message de Vyze l’attendait.
Elle hésita un instant, puis répondit.
— Le Sénat est au bord de quelque chose, dit-elle doucement. Je le sens.
De l’autre côté, la voix de Vyze était grave.
— Moi aussi.
Elle leva les yeux vers les tours de Coruscant, baignées de lumière artificielle.
La guerre faisait rage dans l’espace.
Mais ici…
Ici, les décisions allaient façonner l’avenir bien au-delà des champs de bataille.