Les Chroniques d'un Jedi - Tome 7 : Sous l’Empire

Chapitre 1 : Ce que l’Empire ne voit pas

1485 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 04/09/2026 18:49

Chapitre 1 — Ce que l’Empire ne voit pas


Le silence dans ses quartiers privés était plus lourd que celui de l'espace. Sur le lit, l’uniforme était étalé, d'un blanc impeccable, rigide, impersonnel. Les insignes d'Amiral brillaient sous la lumière froide des plafonniers, comme les yeux d’un prédateur en attente.

Vyze défit lentement son uniforme de la République, celui qu’il avait porté durant toute la guerre. Il était élimé par endroits, tachée par la poussière de mille mondes. C’était plus qu’un vêtement, c’était son identité, le symbole d’une ère où il servait la liberté. Il le plia avec une lenteur rituelle et la déposa au fond d’un coffre métallique.

En refermant le couvercle, il eut l’impression de sceller un tombeau.


Puis, il enfila l'uniforme impérial.

Le tissu était rêche, la coupe stricte. Il ajusta la vareuse, sentant le col haut lui enserrer la gorge. Il fixa les cylindres de code dans leurs poches pectorales, puis boutonna les poignets. Chaque mouvement semblait enchaîner une partie de son âme.

Il s'approcha enfin du miroir.

L'homme qui lui faisait face n'était plus Vyze, l’ancien maître de Jaden, le survivant de l’Ordre 66. C'était un officier de la machine de guerre de Palpatine.

Le contraste était violent : ses traits, encore marqués par la fatigue des derniers combats, semblaient durcis par la sévérité de la coupe impériale.


Il posa ses mains sur le rebord du lavabo et baissa la tête.

— Est-ce ainsi que l'on sauve une galaxie ? En devenant l'un de ses geôliers ?

Il chercha la Force, ce courant familier qui l'habitait depuis toujours. Elle était là, mais elle semblait trouble, comme s'il la regardait à travers un verre fumé. Le côté obscur, porté par l'avènement de l'Empire, pressait contre les parois du Delphinus.

Vyze se redressa et soutint son propre regard dans la glace.

— Tu ne seras pas leur Amiral, murmura-t-il pour lui-même, sa voix résonnant étrangement dans la pièce vide. Tu seras leur ombre.


Il ramassa sa casquette d'officier sur la table et la posa sur sa tête, l'ajustant avec une précision militaire. À cet instant, le Jedi disparut totalement. Il n'était plus qu'un rouage de l'Empire, un mensonge parfait habillé de blanc.

Il se détourna du miroir sans un regard de plus. En sortant de sa cabine, le claquement de ses bottes sur le métal du couloir n'était plus celui d'un protecteur, mais celui d'un conquérant.

La comédie la plus dangereuse de sa vie venait de commencer.


Quelques jours plus tard, le Delphinus glissait dans l’hyperespace, immense et silencieux, comme une bête ancienne ayant appris à se faire oublier.

Dans les coursives profondes, loin du pont et des écrans tactiques, une lumière douce baignait les quartiers privés de l’Amiral.

Vyze était assis, immobile, un nourrisson contre chaque bras, ils dormaient.


L’un respirait calmement, la main refermée sur un pan de sa tunique grise, c’était un garçon qu’ils avaient nommé : Ryn.

L’autre remuait parfois, fronçait les sourcils, comme si la Force lui murmurait déjà des rêves qu’elle ne comprenait pas encore, elle s’appelait Syla.

— Ils te ressemblent quand tu médites, murmura Alyna.

Elle se tenait près de lui, appuyée contre la cloison, fatiguée mais souriante. Les mois avaient laissé des traces : pas de faiblesse, seulement une nouvelle gravité, une présence plus ancrée.

— J’espère qu’ils ne me ressembleront pas trop, répondit Vyze à voix basse. La galaxie n’a pas besoin d’un autre moi.

Il baissa les yeux vers les jumeaux.


La Force était là… mais différente. Diffuse.

Comme une eau calme plutôt qu’un torrent.

— Elle les touche à peine, dit-il. Comme si… elle leur laissait le choix. Mais je ressens comme un équilibre quand ils sont proches l’un de l’autre.

Alyna posa une main sur son épaule.

— Peut-être qu’elle a appris, elle aussi.

Un silence confortable s’installa, seulement troublé par le ronronnement lointain du vaisseau.

— Jaden est passé tout à l’heure, reprit-elle. Kara n’a pas voulu le laisser venir seul. Elle est… nerveuse.

Vyze esquissa un sourire.

— Je le serais aussi à sa place.

Jaden et Kara, mariés depuis quelques mois à peine et déjà, une nouvelle vie en chemin.

— Il fait semblant d’être serein, ajouta Alyna. Mais je le connais. Il a peur.

— Il fera un bon père, dit Vyze sans hésiter. Meilleur que je ne pense être.

Alyna le regarda, sérieuse.

— Tu doutes trop. Même maintenant.

Vyze leva les yeux vers la paroi transparente qui donnait sur le vide étoilé.

— L’Empire est partout, Alyna. Dans les lois. Dans les flottes. Dans les silences. Je suis amiral impérial… et père de deux enfants.

Il marqua une pause.

— Comment changer les choses sans tout brûler ? Comment affaiblir une machine qui se nourrit de la peur… sans devenir ce qu’elle attend de moi ?

Alyna s’approcha, posa doucement sa main sur l’un des bébés.

— Tu n’as jamais combattu frontalement ce qui te faisait peur. Tu observes. Tu attends et tu frappes là où personne ne regarde.

Un souffle passa entre eux.

— Le Delphinus est une arme, continua-t-elle. Mais aussi une ombre. L’Empire voit sa puissance… pas ce que tu caches derrière.

Vyze serra légèrement les poings.

— Des routes que je détourne. Des flottes que je ralentis. Des mondes que je laisse respirer un peu plus longtemps.

Il baissa la tête.

— Ce n’est pas assez !

— Pas encore, corrigea Alyna.

Elle se pencha et déposa un baiser sur le front de l’un des jumeaux.

— Mais c’est ainsi que commencent les révolutions qui survivent. Pas avec des cris. Avec des promesses qu’on protège en silence.

Vyze ferma les yeux un instant.

Dans la Force, quelque chose frémissait.

Lointain. Fragile. Mais vivant.

— Alors je ferai ce que j’ai toujours fait, murmura-t-il. Je verrai venir l’avenir… Et je choisirai ce qu’il ne doit pas devenir.

— Kaelen m’a dit que tu as signé son ordre de transfert sur Corellia, il t’a dit pour son mariage ?

— Oui, finalement, c’est lui qui s’en sortira mieux que moi…

Alyna ne répondit rien, elle sourit simplement.

Le Delphinus poursuivait sa route, indifférent aux doutes de son maître.

Mais dans ses entrailles, deux nouvelles vies dormaient.


Puis une alarme discrète retentit sur son terminal.

Transmission holographique entrante, non identifiée.

Il activa la communication.

Une silhouette bleutée apparut : Cornes. Regard brûlant. Dark Maul.

Vyze ne sembla pas surpris.

— Je me demandais quand tu referais surface.

Maul observa la pièce.

Son regard s’arrêta immédiatement sur les berceaux.

Il resta silencieux plusieurs secondes.

Puis un sourire froid apparut.

— Les voilà.

Vyze fit un pas pour s’interposer entre l’hologramme et ses enfants. Ses sourcils se froncèrent.

— Qui ?

Maul pencha la tête.

— Les deux flammes.

Un silence tomba dans la pièce.

Vyze comprit.

Sa main se posa instinctivement sur un berceau.

— Comment sais-tu cela ?

Maul répondit simplement :

— Je les sens.

Il fixa les enfants avec une intensité étrange.

— Ta présence n'est plus seule, Vyze. Je sens une résonance... un écho que je n'ai jamais perçu auparavant. Ils vibrent ensemble.

Un silence pesant s'installa. Vyze comprit alors que la rencontre sur la plateforme, des années plus tôt, n'était pas qu'un duel : c'était un présage.

— Comment peux-tu savoir ?

— Je les sens, répondit Maul d’une voix qui n’était plus qu’un murmure rauque. Ils ne sont pas deux individus séparés dans la Force, ils sont un équilibre. Une symétrie que l’Ombre cherchera à briser ou à s’approprier. Si l’Empereur les découvre…

Le silence se fit lourd.

Vyze répondit d’une voix glaciale :

— Il ne les découvrira pas.

Maul eut un léger rire.

— Personne ne cache quoi que ce soit éternellement dans la Force.

Il marqua une pause.

— Protège-les, Vyze.

Cette phrase surprit presque Vyze.

— Ce conseil venant de toi ?

— Ce n’est pas un conseil.

Le regard de Maul devint sombre.

— C’est une prédiction.

Puis l’hologramme se troubla.

Avant de disparaître, Maul ajouta :

— Car si quelqu’un d’autre les trouve…

La transmission se coupa.

Le silence revint.

Vyze resta immobile.

Puis il regarda ses enfants.

Ils dormaient toujours paisiblement.

Mais dans la Force… leur présence était déjà impossible à ignorer.

Et l’Empire, sans le savoir, venait peut-être d’embarquer avec sa plus grande menace.


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