Les Chroniques d'un Jedi - Tome 7 : Sous l’Empire
Chapitre 14 — Ce que l’on transmet
Naboo était immuable, les lacs reflétaient le ciel avec la même douceur qu’autrefois, comme si la galaxie n’avait jamais sombré. Les palais semblaient ignorer l’Empire. Les jardins continuaient de fleurir, indifférents aux ordres, aux décrets, aux morts.
Vyze s’y raccrochait… Il observait Ryn et Syla jouer près de l’eau.
La fillette riait, concentrée, tentant de faire léviter un galet au ras de la surface. À côté d’elle, son frère, plus réservé, préférait empiler des pierres avec une précision presque obsessionnelle.
— Tu forces trop, dit Vyze doucement.
Syla fronça les sourcils, ferma les yeux… puis la pierre retomba avec un ploc discret.
— Papa… pourquoi ça marche parfois… et parfois non ?
Vyze s’accroupit à leur hauteur.
— Parce que la Force n’est pas quelque chose qu’on attrape. C’est quelque chose qu’on écoute.
Ryn leva les yeux.
— Comme quand tu réfléchis très longtemps avant de parler ?
Vyze eut un léger sourire.
— Exactement comme ça.
Alyna les observait depuis la terrasse. Elle voyait ce que Vyze voyait aussi : La Force était là… Mais plus douce et moins envahissante.
Un choix qu’il avait inconsciemment espéré.
Peu après, une transmission arriva, le communicateur vibra : Un signal chiffré, un seul identifiant possible… Vador.
Vyze se leva, s’éloigna, laissant Alyna avec les enfants.
L’hologramme jaillit, immense, sombre, écrasant même en miniature.
— Amiral Polaekys, dit la voix métallique. Votre rapport a été examiné.
Un silence très lourd.
— L’Inquisiteur était… imprudent, poursuivit Vador. Toutefois, certains détails demeurent… flous.
Vyze ne répondit pas.
— Vous avez déjà montré, reprit Vador, Une tendance à… interpréter les ordres.
Un souffle mécanique.
— Dites-moi, Amiral… Quand vous trouvez un Jedi, que voyez-vous en premier ?
La question était un piège.
Vyze inspira lentement.
— Une menace potentielle pour la stabilité de l’Empire.
Un silence plus long encore.
— Bien, conclut Vador. Mais souvenez-vous : L’hésitation est une faiblesse… Et les faiblesses… attirent mon attention.
L’hologramme s’éteignit.
Vyze resta immobile.
Il sentait le poids du regard de Vador, même absent… Des soupçons lourds et dangereux.
Jaden l’attendait à l’ombre d’un arbre, bras croisés.
— Il t’a appelé, dit-il sans préambule.
Ce n’était pas une question.
Vyze hocha la tête.
— Il doute.
— De toi ?
— De ce que je suis devenu.
Jaden laissa échapper un rire sans joie.
— Il est un peu tard pour ça.
Un silence s’installa.
Puis Jaden parla, plus bas :
— L’Inquisiteur est mort…
— Et le Jedi aussi, officiellement.
Vyze ferma les yeux un instant.
— Jaden…
— Ne m’explique rien, coupa-t-il. Je sais.
Il fit un pas en avant.
— Mais dis-moi une chose, Vyze. Si un jour… Moi je deviens la preuve qu’ils veulent… Feras-tu la même chose ?
La question frappa plus fort que n’importe quelle accusation.
Vyze posa une main sur l’épaule de Jaden.
— Je ferai tout, dit-il gravement, Pour que ce jour n’arrive jamais.
Jaden soutint son regard.
Puis hocha lentement la tête.
— Alors continue à marcher sur cette ligne, Maître. Mais ne prétends jamais qu’elle n’existe pas.
Il se détourna.
Vyze regarda de nouveau vers ses enfants.
Le miroir était là.
Chaque choix qu’il faisait aujourd’hui
Dessinait le monde dans lequel ils grandiraient.
Et pour la première fois depuis longtemps,
Il comprit que la Force ne lui demandait pas de vaincre…
… mais de tenir.