Chapitre 7 — Ce que l’Ordre n’a pas su voir
Un mois plus tard, le vieux chasseur Jedi Actis Eta-2 de Vyze se posa dans un bruit étouffé, aussitôt avalé par les brumes.
Pour Vyze, Dagobah était un lieu qui ressentait.
L’humidité collait à la peau, les racines serpentaient comme des souvenirs oubliés, et chaque pas semblait peser plus lourd qu’il ne le devrait.
Il éteignit son appareil, avança à pied, laissant le droïde astro-mécano R8-D6 avec ses bips inquiets.
La Force vibrait ici sans direction, sans volonté imposée.
— En retard tu es, murmura une voix familière.
Vyze s’arrêta net.
— Maître Yoda !
Le petit Jedi se tenait sur une racine noueuse, appuyé sur son bâton, immobile comme s’il avait toujours été là.
— Longtemps attendu, je t’ai.
Vyze s’agenouilla instinctivement.
— Je n’ai plus ce droit.
Yoda le regarda longuement.
— Droits… titres…L’Ordre aimait ces mots… Trop.
Un instant de silence.
— Pourquoi avoir hésité à entendre mon appel ? Demanda Yoda.
Vyze inspira profondément.
— Parce que l’Empire me serre. Parce que je mens chaque jour et parce que je crains de devenir ce que je combats.
Yoda hocha lentement la tête.
— La peur, la colère, l’attachement… Connus te sont. Mais les fuir, tu ne cherches pas.
— J’essaie de tenir l’équilibre, répondit Vyze. Pour Ryn, Syla et Alyna et pour ceux que je protège sans qu’ils le sachent.
Yoda s’approcha.
— Un vrai Jedi, tu es toujours.
Vyze releva la tête, surpris.
— L’Ordre m’a exclu.
— L’Ordre s’est trompé, dit Yoda sans détour.
Le mot résonna plus fort que n’importe quelle accusation.
— Trop attaché aux règles, étions-nous. À la peur de perdre le contrôle.
Il observa Vyze avec une attention presque douloureuse.
— Toi, voir l’avenir tu pouvais et au lieu de t’écouter, nous t’avons brisé.
Vyze baissa les yeux.
— J’ai frôlé le côté obscur… J’y ai goûté.
— Oui, répondit Yoda. Et revenu tu es, l’amour pour ta famille t’as empêché de sombrer complètement… Là où d’autres ont échoués…
Il tapa doucement le sol de son bâton.
— Beaucoup y sont restés.
Un long silence suivit, seulement troublé par le clapotis lointain de l’eau.
— Regret j’ai, Vyze, dit Yoda enfin. Regret de t’avoir laissé partir seul… Car meilleur Jedi tu es devenu… Que certains jadis.
Les mots frappèrent Vyze encore plus violemment que précédemment.
— Alors pourquoi suis-je encore perdu ? Murmura-t-il.
Yoda esquissa un sourire triste.
— Parce que Jedi parfait n’existe pas et parce que le chemin que tu marches… Aucun conseil ne peut te le tracer.
Il se tourna vers la brume.
— Mais une chose je te dirai.
Vyze se redressa.
— Quand l’Empire te demandera de choisir… Ne choisis pas entre la lumière et l’ombre.
Il planta son regard dans le sien.
— Choisis entre la peur… Et l’amour.
La Force vibra doucement autour d’eux.
— Et mes enfants ? Demanda Vyze.
— Leur chemin, le leur sera. Moins chargés par la Force, dis-tu ? Mais ensemble, un équilibre ils trouvent. Alors libres de l’ambition des Sith, ils seront.
— Et pour Jaden ?
— Jaden ? Un grand Jedi, il est déjà, toi, à la croisée des chemins tu es encore.
Yoda ferma les yeux.
— Partir tu dois. Observé tu es déjà.
Vyze se leva, profondément ému.
— Merci, Maître.
Yoda hocha la tête.
— Merci à toi, Jedi. Va sur Tatooine, un vieil ami tu y trouveras…
Vyze s’éloigna dans la brume et derrière lui, Dagobah referma son silence comme si rien ne s’y était jamais dit.
Le sable remplaça la boue, la chaleur succéda à l’humidité.
Vyze marcha longtemps avant de sentir une présence familière… Une silhouette sortit de l’ombre d’une roche.
— Maître Obi-Wan…
L’homme leva légèrement la main.
— Appelle-moi Ben.
Son regard glissa sur l’uniforme de Vyze.
— Je vois que tu es toujours en vie… Et que tu es devenu leur amiral.
Vyze resta silencieux un long moment.
— Maître Yoda m’a dit que j’étais toujours un Jedi… Mais moi, je ne sais pas ce que je suis en train de devenir.
Obi-Wan l’observa longuement, comme un homme qui reconnaît une chute… qu’il a lui-même vécu autrement.
— Je sais… Il m’a dit que tu viendrais.
Vyze releva la tête.
— Tu es encore… bien entouré, repris Obi-Wan. Ta famille et Jaden… C’est ce qui te retient.
Vyze baissa les yeux.
— J’ai peur d’échouer… Je joue un double jeu mortel… Pour moi… Et encore pire… Pour eux.
Obi-Wan resta silencieux un temps.
— Tu t’es mis dans un sacré pétrin, reprit-il avec une légère ironie. Mais je crois que tu auras un rôle à jouer avant la fin.
— Lequel ?
— Mon ami, ce sera à toi de le découvrir… Le seul conseil que je peux te donner, c’est le même que Yoda : Fait confiance à la Force, elle t’a choisie, ton cristal aussi… Oublies tes plans et ton désir de tout vouloir contrôler…
Vyze acquiesça puis :
— Ben, sais-tu ce qui est arrivé à…
Il ne termina pas sa phrase, mais le nom était là…
— Vador l’a tué…
Le silence qui est suivit devint très lourd.
— Merci Ben, que la force soit avec toi.
— Que la Force soit avec toi, Vyze.
Vyze commençait à repartir.
— Vyze, un instant, il y a quelque chose que je peux te dire : Tu ne suis plus vraiment les enseignements de l’Ordre… Et tu n’as pas sombré non plus… Tu marche sur une ligne entre les deux. Certains appelleraient cela un Jedi gris.
Vyze resta silencieux.
— Les mots n’ont pas d’importance, repris Obi-Wan, ce qui compte c’est ce que tu fais de cet équilibre, car marcher entre l’ombre et la lumière, ce n’est pas les contrôler. C’est accepter que l’une des deux cherchera toujours à te faire chuter.
— Alors je suis déjà condamné…
— Non mon ami, tu es condamné à choisir… A chaque moment de ta vie. Médite là-dessus Vyze… Et transmet mes amitiés à Jaden et Alyna.