Les Chroniques d'un Jedi - Tome 9 : L’ombre d’une étoile
Chapitre 7 — Les lignes visibles
Le bureau de Vyze, sous la passerelle du Delphinus, était plongé dans une lumière tamisée.
Les vastes baies donnaient sur Naboo, paisible, presque indifférente à ce qui venait de se jouer en orbite.
Alyna était debout, les bras croisés.
— Tu as pris un risque inutile, dit Vyze sans détour.
Sa voix était calme, mais tendue.
— Je suis sénatrice, répondit-elle. Mon travail consiste à poser des questions que l’Empire préférerait voir disparaître. Je me suis simplement dit : Pense comme Vyze.
Vyze secoua la tête.
— Et c’est tout ce que cela t’a inspiré ?
Il marqua une pause en sentant la déception d’Alyna, qui pensait vraiment avoir fait ce qu’il fallait, puis il reprit :
— Mais pas comme ça, surtout pas maintenant. Tu savais que Thrawn finirait par relier les points.
— Et toi, tu savais que rester immobile revenait à perdre, répliqua-t-elle.
Un silence.
Puis Vyze soupira.
— Ce n’est pas la recherche qui me dérange. C’est d’avoir laissé une trace.
Alyna baissa légèrement le regard.
— Je ne pensais pas qu’ils iraient jusque-là.
— Thrawn ne va jamais jusque-là, répondit Vyze. Il s’arrête toujours juste avant.
La porte coulissa silencieusement.
Le chef des Medjaÿ entra, la tête légèrement inclinée.
— L’erreur est mienne, dit-il sans détour. J’aurais dû anticiper les dispositifs de surveillance passifs.
Vyze se tourna vers lui.
— Vous avez été filmé.
— Oui.
— Et vous saviez que cela arriverait un jour, reprit Vyze.
Le Medjaÿ hocha la tête.
— Toute ombre finit par croiser une lumière. La nôtre était simplement trop proche.
Vyze resta silencieux un instant.
Puis :
— Vous avez sauvé des vies. Vous avez tenu vos hommes hors des radars pendant des années. Cette erreur… devait arriver.
Le Medjaÿ releva les yeux, surpris.
— Vous me pardonnez ?
— Non, répondit Vyze. Je l’accepte.
Il se tourna vers Alyna.
— À partir de maintenant, le jeu change. Nous ne pouvons plus être invisibles.
— Alors nous devrons être crédibles, dit-elle.
Un signal sonore interrompit la conversation.
— Communication entrante, annonça l’ordinateur de bord. Origine : Chimaera.
Vyze inspira lentement.
— Laissez-moi.
Alyna et le Medjaÿ sortirent.
L’hologramme s’activa.
Thrawn apparut, droit, impassible, les mains croisées derrière le dos.
— Amiral Polaekys, dit-il. J’espère ne pas vous déranger.
— Toujours un plaisir, répondit Vyze. À quoi dois-je cet honneur ?
Thrawn inclina légèrement la tête.
— À une planète qui aurait dû tomber sous administration impériale… Et qui, curieusement, ne l’a pas fait.
— J’ai jugé que ce n’était pas nécessaire, je réfléchis à une solution durable pour éliminer les Amidaliens.
— J’en suis certain.
Un silence lourd.
— Vous savez, reprit Thrawn, je n’ai jamais pensé que vous étiez un traître.
Vyze haussa légèrement un sourcil.
— Voilà qui me rassure.
— Non, continua Thrawn. Je pense que vous êtes quelque chose de plus dangereux.
Il laissa planer la phrase.
— Vous êtes convaincu que vous pouvez jouer sur deux tableaux… Sans jamais en perdre un.
Vyze soutint son regard.
— Et vous, Amiral, êtes convaincu que toute structure finit par révéler ses failles.
— Exactement.
Thrawn esquissa un sourire presque imperceptible.
— Je voulais simplement vous prévenir. Les Amidaliens étaient un faux prétexte, ils ne m’intéressent pas. La prochaine fois, ce ne sera pas Naboo. Ce sera vous ! Cependant, une question demeure, prévoyez-vous vos actes longtemps à l’avance ou improvisez-vous au fur et à mesure ?
— C’est ce qui fait mon charme, répondit Vyze d’un air enjoué, laissant la question en suspens
L’hologramme s’éteignit.
Vyze resta seul dans le bureau.
Il posa une main contre la baie vitrée.
— Le temps des ombres est terminé, murmura-t-il.
Et pour la première fois depuis longtemps, la Force lui répondit…
Non pas par une vision, mais par un avertissement.