Chapitre 2 — Les cendres d’une planète
Là où Alderaan avait existé… Il n’y avait plus rien.
Le Delphinus glissait lentement aux confins du champ de débris, à une distance calculée avec une précision extrême. Trop près, l’Empire le verrait mais trop loin, la Force deviendrait muette.
Par les hublots, l’espace était saturé de fragments : roches vitrifiées, éclats de villes, vestiges silencieux d’une planète qui avait chanté autrefois.
Personne ne parlait sur la passerelle.
Même les moteurs semblaient tourner au ralenti, comme si le vaisseau lui-même refusait de troubler ce cimetière stellaire.
— Des milliards de vies… murmura Jaden.
Vyze ne répondit pas.
Il était debout, immobile, les mains jointes derrière le dos, le regard perdu dans le vide. Mais ses sens étaient ailleurs. Bien plus loin.
La Force ici était brisée. Déchirée. Comme une toile arrachée violemment.
Et pourtant…
— Il est passé par ici, dit Vyze d’une voix basse.
Jaden releva la tête.
— Vador ?
Vyze acquiesça.
— Sa présence est partout. Pas comme une trace… Comme une cicatrice.
Il ferma les yeux.
La colère de Vador avait imprégné les débris, s’était mêlée à la peur, à la mort, au désespoir. C’était écrasant. Même pour lui.
— Il est venu après, continua Vyze. Pour s’assurer que tout était… terminé.
Un silence pesant s’installa.
Puis Jaden pointa lentement vers l’avant.
— Là !
Au-delà des ruines, partiellement dissimulée par l’ombre d’une lune brisée, une silhouette impossible se détachait.
Une sphère, parfaite, inhumaine : L’Étoile de la Mort.
Même à cette distance, elle écrasait l’espace autour d’elle. Une présence artificielle, hostile à la Force elle-même.
— Voilà donc le cœur du cauchemar, souffla Jaden.
Vyze sentit un frisson parcourir son échine.
— Non, répondit-il. Le cœur… c’est celui qui l’utilise.
Il détourna le regard de la station. Regarder trop longtemps cette chose était une erreur. Comme fixer un abîme qui finirait par répondre.
— Le Delphinus reste ici, ordonna-t-il calmement. Silence total. Aucun scan actif.
— Reçu, répondit Jaden.
Il se tourna vers les ruines.
— C’est ici que tout converge.
Alors que Vyze plongeait plus profondément dans la Force, quelque chose se produisit.
Brusquement. Une déchirure. Pas violente, ni douloureuse.
Un effondrement silencieux… suivi d’une vague douce, presque chaleureuse.
Vyze chancela.
— Vyze ! Lança Jaden en se précipitant vers lui.
Mais Vyze leva une main pour l’arrêter.
Ses yeux étaient grands ouverts.
— Quelqu’un… vient de partir.
La Force vibrait encore de cette absence nouvelle, fraîche, immense.
Puis… une voix.
Lointaine. Calme. Profondément familière.
— Vyze…
Il inspira brutalement.
— Obi-Wan… murmura-t-il.
Jaden resta figé.
— Tu… tu l’as senti aussi ?
— Oui.
La présence était différente de celles qu’il avait déjà ressenties. Pas une mort violente. Pas une extinction.
Une transition.
— Il a rejoint la Force, dit Vyze avec une certitude mêlée de tristesse. Et il a choisi ce moment pour nous le faire savoir.
Un silence respectueux s’installa sur la passerelle.
— Alors… c’est commencé, dit Jaden. Vraiment.
Vyze rouvrit les yeux et fixa de nouveau l’Étoile de la Mort, lointaine, menaçante.
— Oui, répondit-il. Obi-Wan a fait son choix.
Il serra lentement le poing.
— Et Leia… est désormais au centre de tout cela.
Il se redressa, sa voix retrouvant une froide détermination.
— Tracez tous les mouvements impériaux depuis ce secteur. Vador est ici pour une raison. Et cette raison… nous mènera à elle.
Dans le silence des ruines d’Alderaan, deux destins venaient de se croiser sans se voir.
L’un venait de s’éteindre.
L’autre s’approchait.
Et la Force, elle, retenait son souffle.