Chapitre 9 — Retrouver l’équilibre
La salle d’entraînement du Delphinus était baignée d’une lumière douce, artificielle mais constante. Les parois portaient encore les marques anciennes de coups de sabre, cicatrices d’années de guerre et d’entraînements répétés.
Vyze inspira profondément.
Son corps répondait à nouveau.
Pas comme avant. Mais suffisamment.
— Tu es sûr ? Demanda Jaden, sabre éteint à la main. Les médecins ont été clairs.
Vyze esquissa un léger sourire.
— Ils disent toujours ça. Ils voulaient remplacer mon cœur par une machine… J’ai refusé, je ne suis pas un droïde ! Et pourtant, je suis encore là pour les contredire.
Il activa son sabre. La lame noire jaillit dans un bourdonnement familier. Stable. Pure. Aucune vibration parasite.
Jaden activa le sien à son tour.
— Lentement, prévint-il. Ce n’est pas un duel. C’est une remise en route.
Vyze acquiesça.
Les premiers mouvements furent pas lents.
Ils commencèrent par des formes simples.
Pas d’acrobaties. Pas de Force poussée à l’extrême.
Seulement les gestes appris au Temple.
Attaque. Parade. Rotation du poignet.
Ancrage des pieds.
Au premier échange, Vyze sentit la limite.
Un léger retard. Une tension résiduelle dans l’épaule.
Une brûlure fantôme là où la lame de Vador l’avait traversé.
Il s’arrêta net.
— Trop vite, constata Jaden.
— Je sais.
Vyze ferma les yeux un instant.
Il se rappela Yoda. Pas ses paroles. Sa posture. La patience incarnée. Ils reprirent.
Cette fois, Vyze ne chercha pas à gagner. Il chercha à être juste.
Les sabres se croisèrent dans un rythme lent, presque méditatif. Aucun des deux ne parlait. Ils n’en avaient pas besoin.
Jaden observait chaque mouvement.
— Tu compenses moins, remarqua-t-il. Avant… tu forçais.
— Avant, répondit Vyze sans rompre la cadence, je croyais que la Force devait être arrachée.
Il para une attaque haute, riposta d’un mouvement simple.
— Et maintenant ?
Vyze recula d’un pas, sabre levé mais immobile.
— Maintenant, je sais qu’elle peut aussi être… laissée tranquille.
Jaden hocha la tête.
Ils reprirent.
Soudain, Jaden accéléra.
Pas brutalement. Juste assez pour tester.
Vyze sentit l’ancien réflexe revenir.
L’envie de pousser. De dominer. Il la repoussa. Il respira. Il para.
Un coup glissa trop près. La lame effleura son avant-bras. Une douleur vive, réelle, bienvenue.
— Touché ! Dit Jaden en désactivant son sabre.
Vyze abaissa le sien.
— Bien, répondit-il. J’avais besoin de sentir ça.
— La douleur ?
— La limite.
Ils restèrent immobiles un instant.
— Tu aurais pu utiliser autre chose, dit Jaden prudemment. Tu sais de quoi je parle.
Vyze leva les yeux vers lui.
— Oui et c’est justement pour ça que je ne l’ai pas fait.
— Pourquoi ne pas avoir demandé aux Medjaÿ de nous aider ?
— Car Vador ne doit jamais les découvrir !
Un silence.
Puis Jaden sourit.
— Alors… tu es prêt.
— Pas encore, corrigea Vyze. Mais je suis sur le bon chemin.
La fin de l’entraînement était arrivé.
Ils désactivèrent leurs sabres.
Le silence retomba dans la salle… Mais quelque chose, en Jaden, ne se calma pas : Une tension, un écho trop récent.
Un souvenir de ce jour, encore frais dans sa mémoire, face à Dark Vador : le moment où Vyze avait accepté de sombrer… et peut-être de disparaître.
Jaden rouvrit les yeux.
— Continue, dit-il.
Vyze fronça légèrement les sourcils.
— Jaden…
— Continue !
Cette fois, ce n’était pas une demande : C’était une nécessité !
Vyze comprit, sans un mot, il ralluma ses sabres. Les deux lames noires jaillirent, il les unit en un double sabre parfaitement stable… Puis… le désactiva et le lança doucement.
L’arme tourna lentement dans l’air… et tomba au sol entre eux.
Jaden attaqua, pas comme un élève, ni comme un frère, mais comme quelqu’un qui refusait de revivre une perte.
Les coups furent rapides. Précis. Chargés.
Mais Vyze ne bougea presque pas, la Force dévia la première frappe, puis la seconde, puis toutes les autres.
Sans violence, sans domination, seulement dans un calme absolu.
— Tu as eu peur, dit Vyze doucement.
Un coup. Dévié.
— Ce jour-là.
Un autre. Arrêté net, à quelques centimètres.
— Tu as cru que je t’abandonnais.
Jaden frappa plus fort.
— Tu étais prêt à mourir !
Sa voix se brisa.
— Tu m’avais déjà laissé seul !
Le silence pesa.
La lame s’immobilisât.
Vyze fit un pas en avant sans Force et sans défense.
— Regarde-moi, Jaden.
Jaden hésita, sa respiration tremblait… La colère… se fissura.
Une douleur sourde traversa soudain la poitrine de Vyze : Brève mais profonde.
La cicatrice laissée par la lame n’était pas totalement refermée.
Il n’en montra rien mais Jaden sentit cette douleur, frôla son cœur d’une compassion muette.
— Tu… ça va ? Murmura-t-il, même si le sabre restait levé.
Vyze hocha la tête, un léger sourire.
— Je paie le prix de mes choix, Jaden. Toujours.
— Même maintenant… ?
— Même maintenant, répondit Vyze calmement… Jaden, tu es comme mon frère, je ne t’abandonnerais jamais.
La Force se calma autour d’eux, doucement… Naturellement.
Jaden abaissa lentement le sabre, la bascule vers le côté obscur s’était arrêtée.
Leur regard se croisa, et dans ce silence partagé, chacun comprit : le lien qu’ils avaient bâti portait le poids de la douleur et de la responsabilité : Il ne combattait pas Vyze, il refusait simplement de le perdre.
Et dans cette compréhension, Jaden sentit plus clairement que jamais que Vyze n’avait jamais été seul… et que jamais, lui non plus, il ne le serait.
Vyze posa une main sur son épaule.
— Et tu ne seras jamais seul.
Un instant de silence. Puis, enfin, la paix revint dans son cœur.
Vyze s’appuya un instant contre le mur, essoufflé mais debout.
— Merci mon frère, dit-il simplement.
— Toujours, mon frère, répondit Jaden.
Vyze regarda Jaden longuement.
— Viens, ajouta-t-il. J’ai besoin de revoir la passerelle. De sentir le vaisseau.
Ils quittèrent la salle côte à côte.
Dans le reflet poli des parois, Vyze aperçut son image.
Les cicatrices étaient là.
Le poids aussi.
Mais pour la première fois depuis longtemps… il se sentait entier.