Chapitre 10 — Le poids de la liberté
L’alarme tactique résonna doucement sur la passerelle du Delphinus.
— Sortie d’hyperespace dans dix secondes, annonça l’officier de navigation.
Devant la baie vitrée, une planète aux teintes ocre et bleutées se dévoila lentement. Autour d’elle, un réseau de stations orbitales, de plateformes minières… et trois destroyers impériaux en formation défensive.
— Monde industriel de niveau moyen, commenta Jaden. Garnison impériale renforcée depuis six mois.
Vyze se tenait droit, les mains croisées dans le dos.
— L’Empire ne renforce jamais sans raison, dit-il calmement. Ici, ils exploitent plus que des ressources. Ils exploitent la peur.
Il se tourna vers l’équipage.
— Objectif : neutraliser la flotte orbitale. Pas de bombardement de surface. Les civils passent en premier.
Un silence respectueux suivit.
Puis :
— Transmettez aux escadrons. Formation Delta. Le Delphinus en pointe, mais retenez le canon kyber.
Jaden le regarda.
— Tu es sûr ?
Vyze hocha la tête.
— Une arme qui écrase tout n’est pas une victoire. C’est un aveu d’échec.
Les chasseurs impériaux furent les premiers à attaquer.
Une nuée de TIE surgit des hangars des destroyers, noire et hurlante. En réponse, les escadrons rebelles X-Wing jaillirent du Delphinus comme une volée d’étoiles.
— Escadrons menés par…
— Par mes enfants, compléta Vyze.
Il inspira profondément.
— Qu’ils se rappellent : protéger, pas briller.
Sur les écrans tactiques, les jeunes pilotes manœuvraient avec précision. Pas d’imprudence. Pas d’héroïsme inutile. Une efficacité froide, presque trop mature pour leur âge.
— Ils ont appris, murmura Jaden.
— Oui, répondit Vyze. Et j’espère qu’ils n’auront jamais à apprendre davantage.
Un destroyer tenta de se repositionner pour tirer sur la planète.
— Boucliers de surface en surcharge, annonça un technicien. Ils vont frapper les villes minières.
Vyze ferma les yeux un bref instant.
Il sentit la colère. La tentation. La solution simple.
Il les laissa passer.
— Batteries lourdes, feu concentré sur ses générateurs, ordonna-t-il. Pas le cœur du vaisseau.
Le Delphinus pivota lentement, majestueux, presque solennel.
Ses canons principaux tirèrent.
Le destroyer impérial perdit son énergie, dériva, impuissant.
— Cibles neutralisées, confirma Jaden. Les deux autres battent en retraite.
Vyze resta silencieux.
— Tu aurais pu en finir, dit Jaden doucement.
— Oui. Mais aujourd’hui, ils se souviendront qu’on peut leur résister… et survivre.
Au sol, les transmissions affluaient.
— Ici cellule locale, la garnison se replie ! Les centres de détention sont ouverts ! On voit vos symboles dans le ciel… ils fuient !
Vyze sentit la Force vibrer différemment comme une respiration collective.
— Medjaÿ déployés ?
— En place, répondit le chef du groupe. Les prisonniers politiques sont en sécurité.
Vyze s’appuya légèrement contre le siège de commandement.
La fatigue était là. Mais elle n’était plus amère.
Après la bataille, la planète tournait lentement sous leurs yeux, libérée pour l’instant.
— Victoire confirmée, annonça Jaden. Les civils prennent le contrôle des installations.
Vyze hocha la tête.
— Alors nous partons. Avant qu’ils n’envoient pire.
Il regarda une dernière fois la planète.
— Chaque monde libéré est une promesse, dit-il. Mais aussi une cible.
Jaden le fixa.
— Tu sais qu’ils finiront par venir pour toi.
— Oui.
Vyze esquissa un sourire fatigué.
— Et cette fois…je serai prêt à les accueillir.
Le Delphinus s’éloigna, glissant vers l’hyperespace, laissant derrière lui un monde libre… et une galaxie de plus en plus consciente qu’un seuil avait été franchi.