Acte 1 : Les Enfants de Naboo
CHAPITRE 2 : L’épreuve du lien
Le vent de Naboo glissait avec une douceur trompeuse entre les colonnes de pierre claire, soulevant à peine les étoffes posées sur les épaules des enfants.
Ryn et Syla, six ans à peine, se tenaient assis face à Vyze. Leurs dos étaient droits, leurs yeux clos, leurs respirations si parfaitement calées l’une sur l’autre qu’elles ne semblaient former qu’un seul souffle. Ils étaient trop silencieux pour leur âge. C’était le silence des survivants, pas celui des innocents.
Vyze les observait. Il ne bougeait pas, mais son esprit, lui, était à l'œuvre. Dans la Force, il exerçait une pression constante, pas une attaque, mais un poids. Une épreuve destinée à tester la structure de leur esprit, à les forcer à s'ouvrir, à se connecter pour ne pas plier.
« Ils doivent être prêts », pensait-il. L’ombre de Palpatine s'étendait sur la galaxie, invisible pour le reste du monde, mais brûlante pour lui.
Vyze inspira lentement, puis accentua la pression.
La Force réagit. D’abord, ce fut un frisson, un simple déplacement d’air. Puis, sans prévenir, ce fut un choc.
Vyze se figea. Le monde autour de lui se déchira. Naboo disparut, remplacée par un maelström de fragments brisés.
Il entendit des cris, des milliers de voix s'éteignant d'un coup. Il vit des éclairs noirs et verts lacérer l'obscurité. Une présence immense, froide et goudronneuse, s’abattit sur lui comme une montagne. C'était la chute. Une lumière qui éclate en mille morceaux. L'impression terrifiante d'être aspiré dans un vide sans fond où même la Force semblait se consumer.
Et au centre de ce chaos... eux.
Mais ce n'étaient plus ses enfants. C'était une entité unique, une force brute qui ne connaissait ni limite ni morale. Quelque chose de... trop.
Vyze se recula violemment, rompant le lien de force. Ses mains tremblaient.
L’air revint brusquement dans ses poumons, comme si la réalité reprenait sa place avec effort. Ryn et Syla ouvrirent les yeux au même instant. Ils ne semblaient pas blessés, juste interdits, leurs visages encore empreints d'une sérénité que Vyze venait de perdre.
Vyze était livide. Il les regarda longuement, cherchant dans leurs regards d'enfants une trace de la tempête qu'il venait de percevoir.
— À partir d’aujourd’hui… commença-t-il, sa voix basse trahissant une fatigue soudaine.
Il marqua une pause, pesant chaque mot comme on forge une lame.
— Vous ne méditerez plus ensemble.
Les enfants échangèrent un regard rapide. La confusion se lisait sur leurs traits.
— Pourquoi ? demanda Syla, la voix cristalline mais ferme.
Vyze hésita. Comment expliquer à des enfants que leur union pouvait devenir un brasier capable de dévorer la galaxie ?
— Parce que vous devez apprendre à vous tenir seuls, répondit-il. C’est dans l’individualité que l’on trouve sa propre vérité.
Ce n’était pas un mensonge, mais ce n’était qu’une fraction de la vérité. Ryn fronça les sourcils, sa petite main se serrant par réflexe sur sa tunique.
— Mais c’est plus facile à deux. On est plus forts.
Vyze se releva lentement, dominant leurs petites silhouettes. Le souvenir de la vision brûlait encore derrière ses paupières. Ce n'était pas leur puissance individuelle qui l'effrayait. C'était ce lien... instable, sauvage, indomptable.
— Justement, trancha-t-il plus froidement.
Il se tourna vers l'horizon, là où le soleil de Naboo commençait à descendre.
— Et autre chose. Écoutez-moi bien. Je ne vous formerai pas comme des Jedi.
Le mot resta suspendu dans l'air, lourd de sens. Ryn et Syla connaissaient ce nom, celui des héros disparus dont leur père parlait parfois avec une amertume mal dissimulée.
— Pourquoi ? demanda Ryn.
— Parce que les Jedi croyaient comprendre la Force, répondit Vyze sans se retourner. Ils croyaient qu'ils pouvaient la dompter avec des codes et des règles. Ils pensaient que la lumière était une fin en soi.
Il marqua un silence, laissant le vent emporter ses paroles.
— Ils avaient tort. Et leur certitude les a conduits à leur perte. Je ne vous apprendrai pas à être des saints, ni des démons. Je vous apprendrai à être ce que vous êtes : un équilibre.
Le vent reprit sa course entre les pierres. Derrière Vyze, la Force vibrait encore de l'écho de sa vision. Une trace indélébile.
Il se tourna une dernière fois vers eux, son regard redevenant celui d'un père, bien qu'un père hanté.
— Reposez-vous. Nous reprendrons demain. Mais cette fois... chacun de votre côté.
Ryn et Syla acquiescèrent. Ils ne comprenaient pas encore l'ampleur de ce qui venait d'être décidé. Mais dans le silence qui suivit, pour la première fois de leur courte vie, une distance s'était glissée entre eux.
Plus tard, Alyna alla trouver Vyze près du lac.
— Tu as été loin avec eux.
— Je sais, je devais savoir…
— Ne recommence plus, il y a d’autres moyens pour les protéger des Sith.
— Je cherche encore ce moyen.
Alyna ne répondit rien, ils restèrent là à contempler le calme du lac.