Les Héritiers du Jedi Gris (spin-off 1)

Chapitre 3 : Le tir parfait

Par AmiralVyze

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Acte 1 : Les Enfants de Naboo



CHAPITRE 3 : Le tir parfait

 

​Le soleil de Naboo inondait les jardins d’une lumière dorée, presque huileuse. Après la tempête intérieure de la veille, tout semblait… normal. Trop normal.

​Ryn et Syla couraient entre les arbres séculaires, leurs rires éclatant comme des bulles de cristal. Leur grand-mère les observait depuis un banc de pierre, un sourire serein aux lèvres, le visage baigné par la quiétude du domaine.

—  ​Doucement ! lança-t-elle d'une voix chantante. Vous allez finir dans l’eau si vous continuez à ce rythme !

​Mais les jumeaux n’écoutaient déjà plus. À cet instant, ils étaient invincibles. Ils étaient le vent, ils étaient l’herbe, ils étaient l’été. Rien ne semblait pouvoir briser cette harmonie.

​​À quelques pas de là, leur grand-père se tenait debout. Contrairement à sa femme, il ne souriait pas. Il observait avec cette attention silencieuse propre à ceux qui ont appris à lire les signes avant-coureurs d'un orage.

—  ​Venez ici, dit-il calmement.

​Les deux enfants s’arrêtèrent net, essoufflés, leurs joues rougies par l’effort et leurs yeux pétillants de vie. Il ramassa deux galets lisses au sol, puis désigna une vieille cible faite en bois millénaire de Kashyyyk, plantée à plusieurs mètres. Le bois était marqué par le temps, témoin de générations d’exercices, dont le jeune Vyze avant son départ pour le Temple.

—  ​On va voir ce que vous avez dans le ventre.

​Syla se redressa, l'instinct de compétition brillant dans son regard.

—  Moi d'abord !

​Elle prit le galet. Son visage changea instantanément : la petite fille disparut derrière un masque de concentration absolue. Elle tendit la main, ferma les yeux. La pierre trembla dans sa paume, s'éleva… mais de manière erratique. Hésitante. Dans un souffle d'effort, elle la projeta.

​Le galet partit trop vite, décrivit une courbe maladroite et s'écrasa lamentablement dans l'herbe, à un bon mètre de la cible. Syla ouvrit les yeux, les lèvres tremblantes de déception.

—  J’ai raté…

—  ​Ce n’est rien, murmura le grand-père. À toi, Ryn.

​Ryn s’avança. Même posture. Même sérieux. Mais le résultat fut identique : sa pierre dévia au dernier moment, comme si l'air lui-même refusait de lui obéir. Il fronça les sourcils, frustré.

—  Pourtant… je la sentais.

Le vieil homme ne répondit pas. Il les étudiait, cherchant la faille. C'est alors que Syla tourna la tête vers son frère. Un sourire en coin, un simple battement de cils.

—  ​On essaie ensemble ?

​Le grand-père hésita. La consigne de Vyze « ne plus méditer ensemble » résonnait dans son esprit. Mais la curiosité l'emporta sur la prudence.

—  D’accord. Faites.

​Ils prirent un galet et se placèrent épaule contre épaule. Ils ne se parlèrent pas. Ils n'échangèrent aucun signal audible. Mais soudain, l’atmosphère autour d’eux changea. L’air se densifia, comme avant un impact de foudre.

​Le galet s’éleva rapidement. Pas de tremblement. Pas d’hésitation. Il flottait captif d'une seule et même volonté. Le grand-père plissa les yeux, sentant un froid étrange lui parcourir le dos.

​Puis, le tir partit.

​Ce n'était pas un jet de pierre. C'était une décharge. Un mouvement sec, net, d'une synchronisation effrayante.

​CLAC.

​Le bruit fut celui d'un pétard. Le galet frappa le plein centre de la cible. Le bois de Kashyyyk, pourtant réputé indestructible, céda dans un craquement sinistre.

​Un trou net. Trop net. Comme si une lance thermique avait traversé la planche.

Le silence qui suivit fut plus lourd que l'impact. Syla et Ryn baissèrent les mains, le souffle court. Ils se regardèrent, une joie pure et innocente illuminant leurs visages.

—  Tu as vu ? s'exclama Syla. On l'a fait !

​Le grand-père, lui, ne bougeait plus. Son regard alternait entre le trou béant dans la cible et les mains frêles de ses petits-enfants.

​« Ce n’est pas normal », pensa-t-il. « À leur âge, on apprend à viser. On n'apprend pas à fusionner ».

​Séparés, ils étaient des enfants doués mais faillibles. Ensemble, ils ne se contentaient pas d'être "meilleurs". Ils devenaient une arme. Une machine de précision dépourvue d'erreur, et donc, dépourvue d'humanité.

​Derrière lui, sa femme s’était levée. Elle s'approcha, sa sérénité envolée.

—  Alors ? demanda-t-elle, la voix nouée.

​Il ne se retourna pas. Ses yeux restèrent fixés sur Ryn et Syla, qui s’étaient déjà remis à courir, insouciants du monstre qu’ils venaient de laisser entrevoir.

—  ​Vyze avait raison, lâcha-t-il enfin.

—  ​À propos de quoi ?

​Il marqua une pause, le visage soudain vieilli de dix ans.

—  Ce qui l’effraie, ce n’est pas ce qu’ils sont capables de casser.

​Il désigna le trou dans le bois.

—  C’est ce qu’ils cessent d’être dès qu’ils se touchent.

​Le vent passa, agitant les feuilles de Naboo. Mais pour la première fois, le jardin semblait avoir perdu de sa lumière. Dans l’ombre, la Force n’avait pas simplement murmuré. Elle avait frappé.


Le soir, Alyna observa la cible, ou du moins ce qu’il en restait, le père de Vyze arriva peu après.

—  Je voulais comprendre, commença-t-il. Comprendre ce qui inquiète mon fils.

—  Et je vois le résultat… C’est dangereux, s’ils continuent comme cela, ils vont attirer l’attention.

—  Je sais, nous nous occupons au mieux d’eux pendant vos absences, mais ces petits ont un pouvoir qui me dépasse.

Le père de Vyze repartit, emportant la cible pour que les enfants ne recommencent pas.




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