Les Héritiers du Jedi Gris (spin-off 1)
Acte 1 : Les Enfants de Naboo
CHAPITRE 9 : Les Medjaÿ
Le crépuscule étirait ses longs doigts d'ombre sur les jardins de Naboo, transformant les herbes hautes en silhouettes mouvantes. La lumière déclinait, et avec elle, la certitude que le domaine était un sanctuaire inviolable.
Ryn, désormais âgé de onze ans, fut le premier à se figer. Ce n'était pas une présence nette, pas un bruit de pas sur le gravier. C'était une modification de la pression atmosphérique, comme si l'air lui-même était devenu plus dense, plus... occupé.
Syla leva les yeux, ses sens en alerte, calés sur ceux de son frère.
— Tu le sens ? murmura-t-elle.
Ryn acquiesça. Quelque chose, ou plusieurs choses, les observait. Pas avec la malveillance froide de l'Empire, mais avec une attention de prédateur domestiqué.
À l'intérieur de la villa, l'atmosphère s'était alourdie. Leur grand-mère, d'ordinaire si sereine, restait pétrifiée près d'une arcade de pierre. Ses yeux balayaient frénétiquement les recoins sombres de la pièce, là où les ombres semblaient bouger contre le grain du mur.
— Ils sont là… souffla-t-elle, sa voix trahissant une terreur ancienne. Ils sont partout.
Le grand-père entra dans la pièce. Son pas était lourd, son visage de marbre. Il ne semblait pas surpris, seulement lassé par une vérité qu'il avait longtemps tenté d'ignorer.
— Reste calme, il n’y a aucune raison d’avoir peur.
— Tu ne les vois pas ? s'emporta-t-elle en le saisissant par la manche.
Il marqua un temps, son regard se fixant sur une zone d'ombre apparemment vide dans le coin de la bibliothèque.
— Si, je les vois. Mais ils ne sont pas là pour nous.
Plus tard, sur la terrasse qui surplombait le lac, le grand-père se tint seul face à l'obscurité grandissante. Le vent soufflait, chargé de l'humidité du soir, mais il y avait un sillage de calme surnaturel juste devant lui.
— Montrez-vous, ordonna-t-il.
Le silence lui répondit d'abord. Puis, comme si la nuit elle-même se décollait de la réalité, des formes se dessinèrent. Elles n'apparurent pas ; elles devinrent simplement visibles.
Six silhouettes. Dispersées. Implacables.
Le grand-père serra les mâchoires.
— Vyze ne m’avait pas dit que vous seriez prêts si tôt.
— Nous ne le sommes pas, répondit une voix.
C'était une voix sans âge, calme et profonde comme un puits. C'était celle de l'éclaireur, ou peut-être du colosse, déformée par le vent.
— Alors pourquoi êtes-vous ici ?
Un silence passa, durant lequel le grand-père sentit six regards peser sur lui.
— Parce « qu’eux » le deviennent.
— Ce sont des enfants ! s'insurgea le vieil homme.
— Non, répliqua la voix avec une certitude glaciale. Plus maintenant. Leurs étincelles commencent à projeter des ombres trop longues.
Le grand-père fit un pas en avant, la main crispée sur la balustrade.
— Vyze vous a demandé de protéger. Pas de rôder autour d'eux comme des charognards.
Un mouvement fluide, presque invisible, agita l'ombre.
— Nous ne chassons pas. Nous veillons. Et s’il le faut… nous agirons.
À quelques mètres de là, dissimulés derrière les larges feuilles d'un buisson de fleurs-de-lune, Ryn et Syla observaient la scène, le cœur battant. L'excitation l'emportait sur la peur.
— Tu les vois ? souffla Syla.
— À peine… comme des taches de pétrole dans le noir, répondit Ryn.
Un sourire complice passa entre eux. Un défi muet.
— On les suit ?
— Évidemment.
Ils se glissèrent hors de leur cachette, tentant d'utiliser les techniques de dissimulation que leur père leur avait apprises séparément. Mais à chaque fois qu'ils croyaient approcher d'une silhouette, celle-ci semblait s'évaporer pour réapparaître plus loin, ou pire, juste derrière eux.
— Ils trichent, grogna Ryn en se retournant brusquement.
Syla allait répondre quand une voix tomba juste devant eux, immobile :
— Ça suffit.
Ils se figèrent. Une silhouette se tenait là. Elle n'était pas "arrivée", elle était juste présente, bloquant le chemin avec la solidité d'un mur de duracier.
— Vous êtes qui ? demanda Syla, sa curiosité dépassant sa prudence.
Le silence dura plusieurs secondes avant que l'ombre ne réponde :
— Nous n'avons pas de noms.
Ryn fronça les sourcils.
— Tout le monde a un nom. Même les droïdes.
— Pas nous. Votre père nous l'a interdit.
— Pourquoi ?
L'ombre pencha légèrement la tête, un geste presque humain dans cette absence de forme.
— Parce que les noms sont des ancres. Ils attirent l'attention. Et ce qui nous cherche… ne doit jamais nous trouver.
Syla croisa les bras, peu impressionnée par le mystère.
— Vous êtes bizarres.
Un léger tressaillement agita la cape de l'inconnu. Ce n'était pas un rire, mais cela y ressemblait.
— Nous sommes ce que nous devons être pour que vous restiez ce que vous êtes.
Ryn fit un pas courageux vers l'ombre.
— Et vous êtes quoi, au juste ? Des Jedi ?
Le mot sembla faire vibrer l'air de mépris.
— Non. Nous sommes des ombres. Nous veillons. Nous protégeons. Et nous disparaissons.
L'ombre commença à s'estomper, se fondant dans le gris du crépuscule.
— Votre père nous appelle les Medjaÿ. Souvenez-vous en… et oubliez-nous.
En un battement de cil, la place était vide. Ryn regarda autour de lui, cherchant une trace, un souffle.
— T'as vu ça ?
Syla hocha lentement la tête, pensive.
— Oui.
Au loin, sur la terrasse, le grand-père les regardait. Il savait que ce n'était pas une simple rencontre. C'était le début d'une nouvelle ère. La Force venait de siffler la fin de l'innocence.