Acte 2 : Les Ailes de l’Alliance
CHAPITRE 7 : Le regard du Jedi
Le Delphinus dérivait dans un calme inhabituel. Depuis l’affrontement contre Vador et la sortie de Vyze de la cuve de bacta, l'atmosphère à bord avait changé. La tension constante, cette pression électrique qui émanait de l'Amiral, s'était muée en une retenue silencieuse. La tempête s'était retirée, laissant place à une mer d'huile, mais personne ne s'y trompait : le monstre dormait juste sous la surface.
Ryn, désormais âgé de vingt-deux ans, observait son père depuis la passerelle. Il y avait moins de peur, mais plus de distance. Syla, elle, évitait encore le regard de Vyze. Ce qu’ils avaient ressenti sur Kessel, cette facilité glaciale du côté obscur, les hantait encore.
C'est alors qu'une navette T-4a de classe Lambda, sans escorte et aux transpondeurs neutres, demanda l'appontage.
La rampe s'abaissa dans le hangar principal. Pas de pas lourds, pas de respiration mécanique. Simplement un homme vêtu de noir, avançant avec une assurance tranquille.
Luke Skywalker.
Ryn et Syla se figèrent. Ils s'étaient habitués à la Force comme à une arme, un outil de survie ou une ombre dévorante. Mais la présence de cet homme était... différente. Claire. Stable. Comme un point fixe dans un univers en mouvement.
Luke s'arrêta. Il ne regarda pas les gardes, ni les systèmes de défense. Ses yeux bleus, empreints d'une sagesse précoce et d'une tristesse contenue, se posèrent directement sur les jumeaux.
— Ryn. Syla, dit-il simplement.
Sa voix n'était pas un ordre, mais un constat. Les jumeaux échangèrent un regard troublé.
— Vous nous connaissez ? demanda Syla, sa main frôlant instinctivement la garde de son sabre.
— On m’a parlé de vous, répondit Luke avec un léger sourire, jetant un bref regard vers Vyze qui se tenait en retrait, immobile. Mais vous sentir est très différent de ce que l'on m'a décrit.
Luke s'approcha. Il n'y avait aucune intrusion dans son geste, mais Ryn sentit que l'inconnu lisait en eux comme dans un livre ouvert.
— Vous êtes liés, reprit Luke.
— On le sait, trancha Ryn en croisant les bras. On est nés comme ça.
Luke inclina la tête, son expression devenant plus sérieuse.
— Non. Ce que vous vivez n'est pas seulement un lien. C'est une tension.
Le mot résonna dans l'esprit de Syla. Elle sentit son cœur se serrer.
— Expliquez-vous, demanda-t-elle.
— Quand vous êtes séparés, vous cherchez la stabilité. Vous êtes complets, mais vous vous sentez incomplets. Mais quand vous êtes ensemble...
Luke marqua une pause, observant la vibration de la Force entre eux.
— Vous êtes entiers. Mais vous devenez instables. La puissance que vous générez est trop vaste pour deux consciences qui ont peur de se perdre l'une dans l'autre.
Ryn détourna le regard, le souvenir des mines de Kessel remontant à la surface. Les corps. Le silence après le massacre.
— On a failli... commença-t-il, sans pouvoir finir.
— Je sais, murmura Luke. Je l'ai senti. Même à travers la galaxie et le temps. Ce que vous avez libéré là-bas n'était pas de la simple colère. C'était de la complaisance. C'était... facile.
Syla acquiesça, le visage pâle.
— C'était trop facile.
— C'est là que réside votre véritable danger, expliqua Luke sans jugement. Votre lien multiplie votre force, mais il divise votre discernement. Ce qui m'inquiète, ce n'est pas votre puissance. C'est ce qui se passe quand vous avez peur. Car à cet instant, vous ne cherchez plus à vous protéger... vous cherchez à effacer ce qui vous fait peur.
Un silence dense s'installa. Pour la première fois de leur vie, Ryn et Syla ne se sentaient pas observés comme des armes par l'Empire, ni comme des héritiers par leur père. Ils étaient une anomalie. Une question que même l'Ordre Jedi n'avait jamais vraiment eu à traiter.
— Est-ce qu'on est condamnés ? demanda Syla à voix basse.
Luke secoua doucement la tête.
— Personne n'est condamné tant qu'il choisit de ne pas l'être. Mais personne ne pourra choisir pour vous. Pas même votre père.
Il posa un dernier regard sur eux, un regard mêlé d'espoir et d'inquiétude, avant de se détourner pour rejoindre Vyze. Les jumeaux restèrent seuls dans le hangar. Ils sentaient leur lien vibrer, présent, indéniable. Mais pour la première fois, cette vibration leur semblait être un avertissement.
Ils n'étaient plus des enfants. Ils étaient au bord d'un précipice, et Luke Skywalker venait de leur montrer la profondeur du gouffre.