La Trilogie de l'Expansion par

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Continuation / Aventure / Action

7 La Menace Spectrale

Catégorie: T , 26438 mots
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Une nouvelle journée commençait. Dame Liryl se promenait dans le parc de l'ambassade Mecetti, comme chaque matin. À deux pas d'elle se tenait l'imposante masse musculaire qui constituait Hassla Morgreed, le serviteur Barabel. Le visage de la jeune femme était épanoui, celui de son suivant, au contraire, était renfermé et bougon. Dame Liryl savait très bien que cette mauvaise humeur était davantage due à l'inquiétude qu'à tout sentiment de colère.

- Mon bon Hassla, je sens clairement que tu n'es pas dans un état positif.

- Vous avez raison, Maîtresse.

- Viens, asseyons-nous quelques minutes.

La frêle jeune femme s'assit sur un banc de marbre. La pierre trembla quand l'énorme non-Humain s'affaissa dessus. Il prit un air malheureux.

- Maîtresse, je ne comprends pas. Personne ne comprend. Et j'ai peur pour vous.

- Il n'y a aucune raison. Avec toi, je sais que je suis en sécurité où que j'aille.

- Mais vous êtes en train de vous mettre en plein dans une mélasse dont je risque d'avoir du mal à vous sortir !

Morgreed jeta un coup d'œil au loin. Il grimaça de contrariété quand il vit Don Nycator de Mecetti saluer avec de grands gestes une fine silhouette blonde qui quittait l'ambassade.

- Nous sommes tous d'accord sur le sujet, Maîtresse. Même si je n'ai rien à dire là-dessus, je n'en pense pas moins. Vous méritez beaucoup mieux que cette banane intergalactique. Et puis, qui sait ce qu'il prépare aux femelles qu'il convoite ?

La jeune femme eut un petit sourire bienveillant.

- Tu n'as pas à t'en faire, fidèle serviteur. Si tu peux garder ceci pour toi, je pense que Don Nycator de Mecetti n'est pas quelqu'un de si courageux que ça quand il se trouve face à une femme.

- Faut voir comment il s'envoie en l'air ses petites servantes !

- Mon bon Hassla, crois-tu que j'aie le caractère de l'une d'entre elles ?

Morgreed se sentit brutalement vraiment gêné, à un point qu'il n'aurait pu imaginer.

- Euh… oh ! Non ! Bien sûr que non !

- Allons, tu n'as peut-être pas encore eu l'occasion de t'en rendre compte, mais face à moi, il perd toute sa fierté virile, et je peux en faire ce que je veux.

- Ah… bon.

La jeune femme demanda alors :

- As-tu des projets, mon bon Hassla ?

- Des projets ?

- Bien sûr ! Peut-être que je n'aurai pas toujours besoin de toi tout le temps.

- Il est hors de question que je vous quitte si c'est pour vous laisser auprès des gardes de cette Maison !

- Ta sollicitude est très touchante, mais tu n'as pas à t'en faire. Et puis, peut-être que tu as bien d'autres choses à vivre ! Est-ce que ta vie doit se limiter à me suivre ?

- Vous m'avez sauvé la vie, la question ne se pose même pas ! Ou alors…

Le Barabel réalisa soudain quelque chose. Il se tourna alors vers la jeune femme, l'air de plus en plus épouvanté.

- Êtes-vous en train de me dire que vous comptez me congédier ?

- Pas maintenant, mon bon Hassla, j'ai encore besoin de toi. Mais les temps changeront un jour ou l'autre, et peut-être qu'il te faudra mener ta vie de ton côté.

- Ma vie est dédiée à la préservation de la vôtre.

- Tu n'as pas à t'en faire pour ça, mon ami. Même si j'avais pressenti le besoin de ce genre de dette, sois sûr que tu l'aurais payée depuis déjà bien longtemps. Précisément le jour où Niklas Veiler a menacé ma vie.

- Sale affaire, ouais. Je tiens vraiment à rester près de vous, au moins jusqu'à ce que la lumière soit faite sur toute cette histoire. En attendant, je précise que lorsque vous serez mariés, ça ne changera pas mon opinion sur Don Nycator de Mecetti. Qu'il vous manque de respect, et aussitôt il le regrettera. Qu'il tente quoi que ce soit contre vous, et je le descends.

La jeune femme fit une petite moue.

- J'aimerais que nous n'en arrivions pas là, mon bon Hassla.

Le Barabel ne répondit rien, mais son regard colérique ne quittait pas Don Nycator de Mecetti, qui se pavanait au milieu d'un petit groupe de jeunes femmes légèrement habillées.

La fontaine du parc de l'ambassade de Pelagia faisait un agréable bruissement en diffusant son eau claire. La chaleur n'était pas encore étouffante, et l'on ne ressentait pas encore les effets de la pollution de la ville. Près de la construction de marbre blanc, à l'abri des regards du bâtiment, hors des sentiers battus, deux petites silhouettes étaient couchées dans l'herbe. La respiration lente, les yeux fermés, deux adolescents, un Humain et une Drall, faisaient le vide dans leur esprit.

- C'est vraiment très agréable…

- N'est-ce pas ? Il n'y a que la lumière, rien que la lumière…

Plusieurs dizaines de minutes déjà s'étaient écoulées, et ni l'un ni l'autre n'avait eu conscience de ce fait.

Liam Kincaid se sentait bien. Ce n'était pas la première fois qu'il se livrait à ce genre d'exercice, mais alors que les séances précédentes n'avaient pas été très probantes, pour la première fois, il sentait que la méditation lui apportait quelque chose. Quelque chose d'indescriptible, quelque chose de chaud et d'agréable. Au début, il craignait d'avoir encore une interruption due à une vision désagréable, mais il n'y avait que la lumière, et cette douce sensation de flottement.

- Maintenant, revenons dans notre monde. La méditation est un bienfait, mais nous ne devrions pas prendre le risque de nous perdre en nous enfonçant trop loin au fond de nous-mêmes.

- D'accord.

Liam ouvrit les yeux, tourna la tête, et son regard croisa celui de Chi'ta Koskaya. La jeune fille lui sourit, et se releva.

- Tu as fait des progrès fantastiques, Liam.

- Tu crois ?

- Je sens bien que tu médites de plus en plus sereinement.

L'adolescent se posa sur un banc. La petite Drall s'assit à son côté.

- Comment peux-tu dire ça ?

- Tu as dû le remarquer, maintenant que nous travaillons ensemble depuis quelques mois. J'ai une particularité, je suis très empathique. Je ressens les émotions des autres de manière plus importante qu'une personne ordinaire. Et au fur et à mesure du temps que nous avons passé avec les autres, j'ai senti cette tristesse et cette rage en toi diminuer, les sombres pensées t'assaillent moins.

- Je crois avoir fait le deuil de mon maître, maintenant. Le voir au Tombeau du Veilleur m'a fait beaucoup de bien. Et puis, j'ai de bons amis… et toi.

- Oui, peut-être… je… c'est vrai, je le reconnais, avec toi, je me sens bien, aussi.

La jeune Drall regardait Liam dans les yeux, un peu troublée. Celui-ci murmura :

- Chi'ta… qu'est-ce qu'on va devenir ?

- Comment ça ?

- On ne va pas rester dans le système Procopia toute notre vie, toute cette histoire trouvera une conclusion… enfin, je suppose. Les Précurseurs finiront bien par se montrer vraiment, il y aura des batailles, et quand l'un des camps aura gagné, nous rentrerons sur Yavin IV, ou nous serons morts tous les deux.

- Oh, ne sois pas pessimiste, Liam, je t'en prie.

- Et donc… j'ai une petite appréhension. Ezra, Canderous, Morgreed… ils n'ont aucune raison de quitter le Secteur Tapani, alors que nous deux, une fois notre mission finie, nous retournerons au Praxeum, et nous serons envoyés ailleurs.

- C'est malheureux, mais c'est fort possible.

- Et… il y a aussi des chances pour… pour qu'on ne travaille plus ensemble.

Chi'ta prit son temps pour répondre.

- C'est une chose à laquelle j'ai pensé une fois ou deux, Liam. J'avoue que cette pensée m'attriste aussi, mais nous formons une bonne équipe, non ? Peut-être que le Conseil des Jedi en tiendra compte ?

- Je… enfin, tu… je l'espère.

- Restons optimistes, et tout ira bien. De toute façon, pour l'heure, nous n'en sommes pas encore là. Notre mission au secteur Tapani n'est pas terminée. Ce qui me préoccupe, c'est le mariage.

- Ouais, je sais. Je crois que le seul que ça n'ennuie pas, c'est Don Nycator de Mecetti. Mais d'autres choses m'inquiètent, en ce moment, et c'est pourquoi je voudrais qu'on retourne sur Yavin IV un jour ou deux.

- Ah oui ? Pourquoi ?

- Les recherches que nous avons dernièrement effectuées méritent qu'on aille faire notre rapport auprès du Conseil des Jedi, tu ne crois pas ? Le message de SE-2-4, les histoires de banque avec Niklas Veiler, et les Krakraï… sans parler de Canderous.

- Oui, tu as raison.

- Je vais aller contacter nos camarades, qu'on parte tous ensemble.

Liam s'éloigna, regagnant le bâtiment de l'ambassade. La petite Drall se rallongea dans l'herbe, et ferma les yeux. Elle laissa vagabonder son esprit au gré des limbes, quand elle entendit alors un bruit de pas sur le sentier gravillonné se rapprocher. En relevant les paupières, elle vit le Haut Seigneur Theus Paddox. Elle se releva et s'inclina avec respect.

- Je vous en prie, ne vous dérangez pas. Permettez que je m'installe sur ce banc ?

- Mais… vous êtes chez vous, Haut Seigneur. Pourquoi demander ?

- J'ai quand même le souci de respecter l'intimité des gens… en particulier quand ils ne sont pas directement mes sujets.

- Ah… de toute façon, j'allais partir.

Le jeune Haut Seigneur s'assit sur la pierre blanche.

- Mademoiselle Koskaya, pourrais-je vous demander quelque chose ?

- Je vous en prie, Haut Seigneur.

- Eh bien… par où commencer… en premier lieu, j'aimerais vous dire que c'est pour moi un très grand privilège d'avoir deux invités aussi prestigieux que vous et votre jeune ami.

- Votre Seigneurie est trop bonne…

- Et votre modestie est touchante, jeune fille. Les travaux de recherche que vous menez tous les deux entre deux missions ont grandement fait avancer les choses dans notre famille. Ainsi plusieurs Pelagia recensés sur divers mondes sous notre juridiction se sont découvert des talents insoupçonnés par rapport à la Force.

- Vous voulez dire qu'il y a des Jedi potentiels parmi les membres de votre famille ?

- C'est bien cela. Et c'est là où je voulais en venir. Une navette solidement escortée a sillonné les mondes Pelagia pour les rassembler. Elle est arrivée hier sur Procopia, et nous allons pouvoir tous les envoyer chez vos professeurs.

- Ah. Mais sont-ils volontaires, au moins ?

- J'ai pu parler avec eux à leur arrivée. Ils ont tous une certaine appréhension, mais je leur ai dit qu'ils étaient libres de choisir de rejoindre vos rangs ou pas. Tout ce que je leur ai prié de faire était d'au moins écouter ce que les Maîtres de l'Académie auront à leur proposer. J'espère ne pas avoir mal anticipé ?

- Non pas, Haut Seigneur, c'est bien la politique du Praxeum.

- Parfait. Pour plus de discrétion, les candidats vont se déplacer vers Yavin IV à bord d'un charter. Est-ce que vous pourriez les accompagner pour moi ? Bien entendu, vous serez tous en première classe tous frais payés, vous, votre ami Liam Kincaid, et d'autres personnes avec qui vous voudriez faire le voyage.

- Votre confiance est très flatteuse, Haut Seigneur. Cela se trouve très bien, nous pensions justement revenir vers Yavin IV.

- Eh bien c'est parfait ! Je vais m'occuper des questions administratives.

Le Haut Seigneur Paddox regarda alors aux alentours, et se pencha vers la jeune Drall.

- Auparavant, mademoiselle, est-ce que… pourrais-je vous poser une question que vous pourriez trouver… indiscrète ?

- Je tâcherai d'y répondre au mieux, Haut Seigneur.

- Mais ne vous sentez pas obligée, surtout.

Theus Paddox toussota et demanda :

- J'ai remarqué que vous deveniez de plus en plus proches, vous et le jeune Liam.

La jeune fille sentit le sang monter à ses pommettes.

- Je… je dois reconnaître qu'il y a bien quelque chose entre nous, Haut Seigneur. Je ne sais pas encore s'il s'agit d'une simple camaraderie entre condisciples de promotion, d'une chaste amitié, d'un lien seulement créé par la Force… ou bien encore d'autre chose de plus accentué.

- Vous le saurez en temps voulu, mon enfant, j'en suis certain, répondit Theus Paddox avec un sourire rassurant. Mais ma question est… que penseraient vos Maîtres de ce… genre de relation ?

- Je… j'avoue que je ne comprends pas très bien votre question, Haut Seigneur.

- J'ai entendu dire que les Jedi étaient tenus de respecter une sorte de serment de consécration qui interdirait toute relation sortant du cadre professionnel.

Une fois encore, Chi'ta eut un coup de chaud.

- Euh… c'est-à-dire que c'était le cas avant la Guerre Civile, il est vrai que la discipline était très stricte, afin que les Jedi ne se détournent pas de leur devoir. Mais vous le savez, les membres de l'Ordre ont été impitoyablement massacrés pendant des années, et le Maître Skywalker n'a ouvert le Praxeum qu'il y a seulement quatre ans. Les Maîtres Jedi ont longtemps réfléchi sur le Code Jedi, ainsi que les diverses petites subtilités passibles d'être modifiées. La société a évolué, il était logique qu'un code millénaire comme celui des Jedi connaisse aussi une évolution, et puisse s'adapter. D'aucuns pensent même que les choses auraient été différentes s'il y avait eu évolution du Code avant l'avènement de Palpatine, et de son âme damnée, le Seigneur Dark Vador.

- Oui, j'ai entendu parler de ce seigneur Vador, mais je n'ai pas eu l'occasion de le voir avant sa disparition. Et vous ?

- Oh non, Haut Seigneur, je suis trop jeune. Quand il a péri dans l'explosion de sa base sidérale, je n'étais qu'une toute petite fille, j'avais à peine quatre ans. Je me rappelle très bien des réjouissances qu'il y a eu ce jour-là, à travers la galaxie, mais je n'ai jamais eu l'occasion de voir ce seigneur à l'œuvre de son vivant, ni à l'holovision, ni en personne.

- C'est heureux, car je suppose que s'il vous était tombé dessus, vous n'auriez pas pu lui cacher votre nature bien longtemps !

- Je préfère ne pas y penser, Haut Seigneur. On ne peut changer l'histoire.

- Oui, je vous ai éloigné du sujet, je m'en excuse. Et donc ?

- Pour en revenir à votre question, pour autant que je sache, en tout cas, tant que ça ne perturbe pas leur jugement sur les situations qu'ils gèrent, il n'y a aucune loi, aucun règlement qui interdise explicitement deux élèves, ou deux Jedi, d'avoir une… relation… privilégiée.

Chi'ta avait eu un mal fou à prononcer cette dernière phrase. Paddox le sentait bien.

- Je vous remercie pour votre franchise, jeune fille. Je ne vous importunerai plus.

- Tout est une question d'évolution, Haut Seigneur. C'est comme la tenue vestimentaire. La bure de Jedi est un habit que tout le monde peut immédiatement identifier, et adopte donc une fonction hautement symbolique. Mais depuis la chute de Palpatine, c'est devenu quelque chose qu'on utilise généralement dans les grandes occasions, sans plus. Moi, par exemple, dans le Praxeum, puis durant les premières semaines passées ici, à Procopia, je ne la quittais jamais, mais j'ai préféré peu à peu m'adapter à mon temps et à mon espace. Maintenant, je ne la porte que lorsque je suis envoyée en mission officielle pour clairement représenter la parole de l'Ordre.

- Ce n'est pas ce que vous faites tous les jours ? « Représenter l'Ordre » ?

- Oh non, Haut Seigneur. Sur des mondes comme Gamorr ou Kal'Shebbol, ou même ici, j'aime autant faire preuve d'une certaine discrétion. Et puis, cela me permet d'entretenir ma propre féminité, ajouta-t-elle avec un petit sourire.

Ce disant, elle fit un petit tour sur elle-même, faisant jouer la cape courte achetée la veille qu'elle portait sur les épaules.

- Oui, les modes sur Procopia sont très pratiques, elles s'adaptent à tous, répliqua le Pelagia. Bon, je dois vous laisser, je vais faire préparer le vol, et vos billets.

Une fois dans sa chambre, l'adolescent jeta son imperméable rouge sur le dossier de la chaise du bureau de sa suite, et se jeta dans son lit.

Aaah ! Ca, c'est la meilleure des méditations.

Quelqu'un frappa à la porte.

- Entrez !

Le sergent Gill, responsable de la sécurité de l'ambassade Pelagia, entra. Liam se leva d'un bond.

- Euh… sergent ?

- Bonjour, petit Jedi.

- Que… je peux faire quelque chose pour vous ?

- Ouais, il y a une dame qui vous demande.

- Une… une dame ?

Aussitôt, Liam repensa à la dernière dame avec qui il avait fait connaissance, et sa gorge se crispa. Le souvenir de Brigta Hejaran était toujours brûlant.

- Vous en faites pas, j'ai procédé à une fouille, elle est clean. Votre amie Jedi l'attend déjà dans le petit salon.

- Je vous suis.

Un instant plus tard, Liam et Chi'ta virent entrer dans la pièce une jeune femme Humaine, avoisinant les vingt-cinq printemps. Ses cheveux blonds et courts étaient coiffés en brosse, et sa combinaison moulait à la perfection son corps ferme. Les deux adolescents reconnurent immédiatement Dame Damara Decrilla, la jeune chasseresse de la Maison Mecetti.

- Oh, c'est toi !

- Bonjour, Liam ! Bonjour, Chi'ta !

- Dame Decrilla, c'est un plaisir ! répondit la petite Drall avec sincérité.

Tous trois étaient installés dans une antichambre avec une porte-fenêtre donnant sur le parc. Une fois le sergent parti, Dame Decrilla chuchota :

- Nous ferions mieux de sortir, il y aura moins de micros.

- D'accord.

Une fois dehors, les trois jeunes gens s'assirent sur l'un des bancs.

- Alors, que pouvons-nous pour vous, ma Dame ?

- Je n'irai pas par quatre chemins : j'ai fait quelques découvertes sur une nouvelle stratégie de Don Nycator de Mecetti, et la seule autorité à laquelle je fasse confiance est celle du Conseil des Jedi. J'ai réussi à mettre la main sur quelques données que je pense intéressantes, et je voudrais les remettre à vos professeurs.

- Pourrions-nous voir ces données ?

- Je préfère vous les montrer en même temps qu'à vos maîtres, Mais ce que je peux vous dire, c'est que Don Nycator de Mecetti constitue une nouvelle garde spéciale.

- Ah ? Il ne se sent pas assez protégé comme ça ?

- Apparemment pas.

- Ca se trouve très bien, car figurez-vous que le Haut Seigneur Theus Paddox vient de me demander d'accompagner de nouvelles recrues potentielles au Praxeum. Nous serons à bord d'un charter. Vous n'aurez qu'à nous accompagner.

- En effet, ça tombe bien.

- J'y pense, Damara ! Don Nycator de Mecetti ne risque-t-il pas de te faire suivre ?

- T'en fais pas. Il m'a l'air déjà bien occupé avec ses « dossiers importants » qui l'occupent jusque dans la chambre à coucher. Et puis, je lui ai dit que je partais pour une partie de chasse, histoire qu'il ne se pose pas de questions.

- Eh bien tout semble s'enchaîner parfaitement ! constata joyeusement l'adolescent. Quand partons-nous ?

- Nous retrouverons les autres à l'astroport.

- Les autres ?

C'était l'heure du déjeuner. Dans la salle de gymnastique de l'ambassade, un grand Chiss soulevait des poids, lentement, sûrement. Non loin de lui, une jeune femme Humaine utilisait un appareil de musculation, en haletant régulièrement. Le docteur Ezra Lohrn tenait à entretenir son corps, pour le maintenir en bonne condition sur le terrain.

- Hé, Ezra ? demanda le Chiss.

L'Humaine cessa ses tractions, reprit son souffle et but quelques gorgées d'eau minérale.

- Ouais, Grennan ?

- Je me demande si je ne devrais pas m'entraîner au combat rapproché.

- Ah ?

- Avec un flingue, quelle que soit la cible et la distance, j'allume sans problème. Mais j'aimerais pouvoir me défendre, au cas où je risque de me faire bouffer la tronche par un cafard qui voudrait me serrer de trop près.

- T'es sûr ? Je te sens bien plus efficace à l'affût de ta proie, de loin. Je ne te vois pas latter au corps à corps.

- Et c'est justement pour ça que je serais plus efficace encore si je savais bien me défendre, Ezra.

- Ouais, c'est possible.

Un message audio résonna alors dans les haut-parleurs de l'ambassade.

- Le docteur Ezra Lohrn est demandée au bureau du Baron Turel. Docteur Lohrn, veuillez vous présenter devant le Baron Turel.

La jeune femme soupira, et quitta la salle de sport. Dix minutes plus tard, elle était devant le baron Turel, rafraîchie et changée.

- Bonjour à vous, monsieur le Baron.

- Bonjour, docteur. Je vous en prie, prenez place.

- Je vous prie de m'excuser si je vous ai fait attendre, mais j'ai dû me rendre plus présentable avant de venir.

- Pas de problème.

- Alors, que puis-je faire pour vous, monsieur le Baron ?

Le baron Turel de Calipsa était un Humain de taille moyenne. Grassouillet sans être vraiment obèse, l'uniforme noir qu'il portait le serrait un peu. Il avait le teint mate, des lèvres lippues et deux gros yeux ronds surmontés de sourcils relevés tels les plumes au-dessus des yeux d'un hibou. Il avait coiffé ses cheveux bruns ondulants avec la raie sur le milieu.

- Tout d'abord, docteur Lohrn, je voudrais vous féliciter. Vous avez mené de main de maître le contact établi entre les Calipsa et les Pelagia.

- Tout part d'un coup de chance, Baron. Si Grennan et moi-même n'avions pas retrouvé ces deux enfants Pelagia disparus, nous n'aurions pas eu l'occasion de… enfin, de permettre une reprise du dialogue.

- Certes, mais il n'empêche que c'était une fort heureuse initiative. Et pour ce qui est des Mecetti, à long terme, votre petite entrevue avec Don Nycator de Mecetti pourrait changer la donne, même si celui-ci a pour le moment d'autres priorités.

- Le mariage avec Dame Liryl…

- Oui, en effet. Mais ce n'est pas pour cela que je vous ai fait venir ici, très chère.

- Je vous écoute.

- Je viens de recevoir un message du Haut Seigneur Theus Paddox de Pelagia. Il m'a demandé de vous demander de bien vouloir vous rendre à l'ambassade Pelagia, en compagnie de votre garde du corps, maître Grennan.

- Ah ? A-t-il précisé pourquoi ?

- Pas exactement, mais il a parlé d'un voyage en la compagnie de vos deux amis Jedi. Comme je n'ai pas expressément besoin de vos talents pour le moment, mais qu'eux pourraient en avoir besoin, je vous prie d'accompagner ces jeunes gens.

- Très bien, Baron. Je représenterai au mieux les intérêts de la Maison Calipsa.

- J'en suis persuadé, très chère. Bon voyage !

L'astroport de Procopia était en pleine activité. Des vaisseaux de toutes formes et toutes tailles allaient et venaient des cieux à la terre, et réciproquement. Comme chaque jour aux heures de pointe, le grand hall d'embarquement était bruyant, animé d'une foule haute en couleurs. Un petit groupe, en particulier, se détachait de l'ensemble. Il y avait une dizaine de personnes, hommes et femmes Humains, toutes regroupées ensemble. Certaines étaient richement habillées, d'autres portaient de simples chausses de paysans grossièrement taillées. Les plus aisés regardaient l'astroport d'un air blasé, les plus modestes étaient émerveillés et intimidés à la fois. Trois autres individus étaient à la tête de ce groupe.

- Qui devons-nous attendre ? demanda Damara.

- Eh bien… lors des fiançailles de Don Nycator de Mecetti, nous avons fait connaissance avec une jeune Humaine, le docteur Ezra Lohrn de la Maison Calipsa, expliqua Chi'ta.

- Une Calipsa ? Vraiment ?

- Elle sera probablement accompagnée de son chaperon, ajouta Liam. Un chasseur de primes professionnel. Ca ne te pose pas de problème ?

- Non, les Calipsa et les Mecetti sont officiellement alliés, il n'y aura pas d'a priori négatif… enfin, j'espère.

Les dix Pelagia étaient de plus en plus anxieux. L'un des paysans tapota alors l'épaule de l'adolescent et lui demanda avec un fort accent rural :

- Hé, dites voir, petiot ?

- Oui, m'sieur ?

- Euh, j'avions entendu que lorsqu'on est un Jedi, y a l'égalité entre les riches et les pauvres ?

- C'est-à-dire que…

- Comprenions bien, petiot, je suis un peu inquiet parce que je sais pas trop comment j'vas faire mes récoltes pendant c'te formation ! Ma femme, elle dit qu'elle va acheter un droïd ou deux, on a les sous pour ça, mais quand j'voye ces citadins avec nous autres, je trouve ça point très rassurant ! J'vas être obligé de laisser tourner la ferme et de faire du léchage de bottes à ces friqués ? Vous en pensez quoi, hé ?

Liam hésita quelques instants avant de répondre :

- Bien entendu, vous ne serez pas obligé de quitter votre vie, si vous tenez vraiment à rester comme vous êtes. Mais si vous suivez la formation de Jedi, vous verrez que vous aurez autrement d'autres responsabilités bien plus importantes. Et quand nous devenons Jedi à part entière, nous sommes sur un pied d'égalité.

Cette dernière phrase n'échappa pas à l'un des autres aspirants, une femme sans doute de haute condition, qui se tourna à son tour vers l'adolescent.

- Vous voulez dire que je vais devoir faire un vœu de pauvreté ? Et d'abstinence ? Mais que vont devenir mes possessions ?

Devant l'air troublé de Liam, Chi'ta prit l'initiative de répondre :

- Vous avez l'air d'être quelqu'un d'important. Vous avez de la famille ?

- Oui, j'ai deux grands enfants, mais ça ne m'empêche pas de vouloir profiter encore un peu de la vie – mon mari a eu le bon goût d'avoir un petit accident il y a quinze ans en me laissant toute sa fortune.

- Vos enfants pourront sans doute gérer votre patrimoine. Les Jedi ne vivent pas dans le dénuement le plus total, non plus, mais quand ils ont terminé leur formation, ils sont au-dessus des questions matérielles. Ils peuvent se contenter des lieux les plus modestes, des mets les plus simples, des habits les plus humbles, et quelque soit ce qu'ils ont, ils s'en contentent aussi bien que s'ils étaient à l'enseigne d'un roi. Et pour ce qui est de l'abstinence, tant que vous ne vous vautrez pas dans la luxure, et que vos émotions n'obscurcissent pas votre raison, elle n'est pas nécessaire.

La grande femme parut rassurée. Discrètement, la petite Drall demanda à Liam :

- Le Haut Seigneur Paddox m'a posé les mêmes questions, tout à l'heure. Je sais que mes compatriotes sont assez détendus sur ce sujet, mais est-ce que tous les Humains sont obsédés à ce point-là par le sexe ?

- Tu ne sais pas à quel point ! répondit l'adolescent en éclatant de rire.

Complètement déstabilisée, la jeune fille vit alors s'approcher un visage familier.

- Oh ! Canderous !

- Salut, petite puce !

- Vous êtes aussi du voyage ? demanda-t-elle avec un grand sourire.

- En effet, Liam m'a prévenu.

- Mais… et Dankin ?

- Il est sur Togoria, il a des affaires de famille à régler, il nous rejoindra plus tard. Et ça me laisse l'occasion d'aller voir vos patrons. De petites études à mener.

- Alors, vous avez bien réfléchi ?

Le mercenaire se pencha, mettant son visage à la hauteur de celui de la Drall. Il lui dit avec un clin d'œil.

- On a tous nos petits secrets, mais celui-ci, j'aime autant qu'il ne fasse pas barrière entre nous. Et puis, c'est un secret aussi pour moi, je veux savoir ce que j'ai, et je veux que vous le sachiez tous les deux.

- Même si ça devait être une effroyable maladie ? demanda timidement Chi'ta.

- Mais je suis malade ! ricana Canderous. Pour faire ce métier, et fréquenter des gens comme tous ceux de ce système pourri, je suis même un grand malade ! Y a des jours où je me dis que je devrais me faire enfermer !

- Ne me tente pas ! railla ironiquement une voix claire.

Quand Canderous se retourna, il tomba sur Ezra Lohrn, accompagnée de Grennan.

- Oh-ho… les fous sont lâchés, alors ?

Ezra ouvrit alors de grands yeux quand son regard tomba sur la silhouette proche de la perfection de Dame Decrilla.

- Bonjour, mais qui êtes-vous donc ?

- Damara Decrilla de la Maison Mecetti.

- Mecetti ?

Ezra eut un petit froncement de sourcil à peine perceptible, avant de se présenter à son tour :

- Moi, c'est Ezra Lohrn de la Maison Calipsa, et lui, c'est Grennan.

Le Chiss fit un petit salut des deux doigts. Chi'ta regarda la pendule murale.

- Oh, il se fait tard, nous devrions y aller, maintenant !

Tout le monde était monté à bord du Soleil Double. Les dix membres de la Maison Pelagia étaient au bar, sous l'étroite surveillance de Grennan et Canderous. Pendant ce temps, les deux padawans, Ezra et Damara étaient confinés dans une cabine. La jeune doctoresse, rendue nerveuse par sa condition d'accompagnatrice d'une dizaine de cibles potentielles très chaudes, portait son gilet antiblast et son casque. Elle démarra de but en blanc :

- Alors, ma Dame, qui êtes-vous ?

- Je dépends de la Maison Mecetti, je ne suis pas votre ennemie, docteur.

- Bien sûr, mais si les Calipsa sont relativement amicaux envers les Mecetti, il n'en est pas de même pour Canderous qui bosse sous contrat avec les Cadriaan, ou les deux padawans qui sont affiliés aux Pelagia. Alors ?

- Avant, je travaillais effectivement à temps plein pour les Mecetti, en particulier pour Don Nycator, mais… disons que Liam, Chi'ta et moi avons fait plus ample connaissance dans la cellule du croiseur personnel du Seigneur Daymon Thorn.

- Oui, j'ai entendu parler de lui. Et donc ?

- Sans l'aide de Liam et Chi'ta, je serais peut-être morte à l'heure qu'il est. Ou pire encore, je serais la disciple de ce monstre.

- La disciple ? Vous voulez dire que vous… ?

- Oui, docteur Lohrn, confirma la petite Drall. Dame Decrilla ressent la résonance à la Force.

- Seulement, je préfère ne pas faire partie de l'Ordre Jedi, et mener ma vie comme je l'entends. Jusqu'au jour où j'ai été présentée au Conseil, je n'ai utilisé la Force que de manière inconsciente, pour mes parties de chasse, croyant que c'était l'instinct. Maintenant, je sais de quoi il s'agit, mais rien d'autre n'a changé.

- D'accord… et donc, quel rapport avec nous ?

- Après notre évasion du Gantelet, j'ai tout de même eu conscience que j'avais une dette envers mes sauveurs. Je sais également qu'il y a une très lourde menace qui plane au-dessus de nous tous.

- C'est-à-dire ?

- Je suis au courant pour DarkStryder, Grennan. J'ai vu une créature de la Faille, en compagnie de nos amis communs.

- D'accord. Et donc ?

- Je me suis engagée auprès du Conseil des Jedi pour être leurs yeux et leurs oreilles dans l'ambassade Mecetti. Et je vous accompagne pour faire mon rapport auprès du Conseil des Jedi. Nous lirons le rapport ensemble devant eux.

Ezra se leva, et proposa :

- Et si nous allions rejoindre les autres ? Ils ne doivent pas être trop rassurés, eux non plus.

- Bonne idée, cela nous donnera l'occasion de parler un peu.

- Je t'accompagne, Damara, dit Liam.

Les deux jeunes Humains quittèrent la cabine, mais la doctoresse retint Chi'ta.

- Est-ce qu'elle est fiable ?

- Le Conseil des Jedi n'a senti aucune malignité dans ses propos, et moi non plus. Quant à Liam, je pense que son jugement reste impartial, bien que cette Humaine soit très attractive selon vos critères.

- Je confirme, j'en ferais bien mon quatre heures ! répondit avec malignité l'Humaine, qui sourit davantage en voyant la jeune Drall s'étouffer de gêne.

Celle-ci resta clouée sur place alors que la jeune femme se rendait au bar. Une fois seule, elle murmura :

- Décidément, vous les Humains, vous ne pensez vraiment qu'à ça…

Enfin, ils étaient arrivés sur Yavin IV. L'astroport grouillait de vie, comme toute la zone commerciale et touristique bâtie autour. Le docteur Lohrn parut surprise.

- C'est ça, votre temple Jedi ? Un grand magasin ?

- Vous vous méprenez, docteur Lohrn, rit doucement Chi'ta. Ici, n'importe qui peut venir pour faire des affaires, ou visiter la planète. Mais nous avons un réseau de navettes privées, seulement accessibles aux membres de l'Ordre, qui conduisent les passagers jusqu'aux quartiers de l'Ordre. Le temple est situé à environ une heure et demie de vol en vitesse de croisière.

- Assez loin, donc. Et on n'aurait pas pu directement s'y poser ?

- Non, Grennan, répondit Liam. Seuls les vaisseaux privés directement mandés par l'Académie ont les codes d'accès et les autorisations.

Les quinze passagers prirent donc la navette de transit, et le soleil se couchait lorsque l'Académie Jedi fut en vue. Quand le petit appareil se posa, et que la rampe de débarquement s'abaissa dans un petit sifflement, les deux Calipsa furent les premiers à descendre. C'était la première fois que Grennan et Ezra voyaient les anciens bâtiments Massassi restaurés et réaménagés.

- Très impressionnant, constata la doctoresse.

Grennan ne disait rien, mais contemplait avec admiration les Jedi qui s'entraînaient au maniement du sabre-laser, dans l'une des cours. Damara restait près des deux padawans, toujours un peu intimidée par la magnificence des lieux et la puissance de l'énergie de la Force qui en émanait. Quant aux dix invités Pelagia, ils étaient tous émerveillés comme des enfants devant un château de conte de fées. Toute la dizaine, ainsi qu'Ezra et Grennan, furent encore plus époustouflés quand ils virent que les quatre membres du Conseil des Jedi étaient en train de les attendre dans le hall d'honneur. Luke Skywalker les accueillit à bras ouverts.

- Soyez les bienvenus au Praxeum de Yavin IV, chers amis. Je vais vous faire visiter les lieux, puis le Maître Mara Jade ici présent vous expliquera comment notre Académie fonctionne, ainsi que les différentes formations. Ensuite de quoi vous partagerez notre dîner et ferez ainsi connaissance avec les padawans. Ceux qui choisiront de rester se verront attribuer une cellule, et pourront commencer leur formation dès la semaine prochaine.

Très intimidés, les dix Pelagia suivirent docilement le Maître, lui-même accompagné de Jessa Halbret et Mara Jade. Seul Kyle Katarn resta, alors que Corran Horn entrait dans le hall pour rejoindre le petit groupe.

- Bonjour, mes jeunes padawans.

- Bonjour, Maître Horn. Damara, Ezra, Grennan, je vous présente mon professeur, Maître Corran Horn.

Les intéressés saluèrent Horn.

- Si vous voulez bien nous suivre, nous allons passer dans un endroit plus intime.

Quelques instants plus tard, ils étaient dans un petit bureau. Katarn les invita à s'asseoir autour d'une table basse.

- Bien, c'est toujours un plaisir de vous revoir, d'autant plus que vous m'avez toujours l'air à peu près en bonne santé pour le moment.

- Je suis convaincue que Liam est maintenant beaucoup plus sûr de lui en concentration, Maître Katarn.

- Chi'ta, combien de fois il faudra vous le dire ? C'est « Kyle », et rien d'autre !

- Je regrette, Maître Katarn, mais je ne pourrai m'y faire.

- Ah, elle vous fait le coup, aussi ? s'étonna Ezra, amusée. Moi, c'est « docteur Lohrn »…

Katarn réfléchit un court instant.

- Alors, je suppose que si mademoiselle Decrilla est avec vous, c'est qu'elle a à nous parler, n'est-ce pas ?

- Tout à fait, monsieur. Maintenant, je peux dire ce que j'ai à dire.

La jeune Mecetti se tourna vers les deux padawans, puis le mercenaire, et s'attarda sur le docteur Lohrn de la Maison Calipsa et son comparse chasseur de primes.

- Comprenez bien que je n'ai rien de personnel contre vous, mais en la présence d'inconnus d'une Maison autre que la mienne, dans une ambassade autre que la mienne, et enfin dans un charter qui n'est pas directement affilié aux Mecetti, je préfère rester prudente, d'autant plus que je ne me sens même pas en sécurité dans l'administration de ma Maison.

- Je vous en prie, je ferais pareil, répondit Ezra.

Avec un petit sourire malicieux, Damara posa sa botte sur la petite table basse, ouvrit la fermeture éclair et la retira. Sa combinaison lui descendait jusqu'à la cheville, mais juste au-dessus de la petite bosse, il y avait un relief carré pas plus grand qu'une boîte d'allumettes. La jeune femme dégrafa alors l'ouverture de cette poche cousue à l'intérieur de la jambe, et en sortit une petite cartouche de données.

- Voilà, j'ai trouvé ces infos. Croyez bien que j'ai dû ruser pour les obtenir !

Katarn saisit la cartouche, se dirigea vers le bureau et la glissa dans le lecteur. Immédiatement, sur le grand écran mural, toute une série de schémas compliqués apparut. Le mercenaire plissa les yeux en distinguant un pectoral, des jambières…

- Hé, ce sont les plans d'une armure !

- Ca m'en a tout l'air, Canderous, confirma Katarn. Damara ?

La jeune femme s'étira, et confirma :

- Il semblerait que ce cher Don Nycator de Mecetti ne se contente plus de la garde régulière de la Maison. À l'approche de son mariage, il a décidé de constituer une nouvelle Garde personnelle. Comme vous pouvez le constater, ces armures sont conçues dans des matériaux légers et solides.

- Elles ont été dessinées selon un style assez outrancier, observa Ezra.

- Tout à fait, docteur Lohrn. Don Nycator a fait appel au meilleur styliste de Procopia, ainsi qu'à un des armuriers les plus doués.

Les pectoraux étaient gravés de multiples ciselures qui représentaient des motifs compliqués figurant des constellations. Les casques eux-mêmes étaient en forme de soleil, de lune, de comète ou d'étoile. De lourdes étoffes reliaient les différentes pièces d'armure entre elles.

- Étranges motifs, murmura Chi'ta.

- Je suppose que c'est ce qui donne à cette Garde le nom de « Garde Astrale ».

- Pas mal du tout, commenta Liam. Et qui c'est qui va porter ça ?

- Regarde, Liam !

Un autre fichier montra quelques portraits de non-Humains étranges, et dans une certaine mesure, plutôt inquiétants. Ils semblaient avoir évolué à partir d'une forme de vie de l'ordre des équidés. Des têtes de cheval sur des corps humanoïdes… et chacun d'entre eux regardait l'objectif qui les avait photographiés avec une insistance malsaine.

- Qui sont ces êtres ? demanda Grennan, plutôt impressionné.

- Ce sont des Nazzars, maître Grennan, répondit Chi'ta. Ce n'est guère étonnant que vous ne les connaissiez pas, car ils quittent très rarement le système Nazzri, où se trouve leur monde. Ils sont connus pour leur loyauté et leur dévouement qui tourne très rapidement au fanatisme. Un ami, un employeur, un supérieur hiérarchique, toute personne qu'ils reconnaissent comme faisant partie d'un même groupe bénéficie de toute leur fidélité. Une fidélité sans faille. Quand un Nazzar prête serment, rien ne peut le rompre, à part peut-être un horrible crime, une trahison ou quelque chose d'extrêmement grave, dans tous les cas.

- Vingt sur vingt, padawan Koskaya, approuva Horn. Effectivement, les Nazzars font partie des êtres les plus fiables. Les plus acharnés considèrent toute tentative de débauche ou de corruption comme une insulte mortelle.

- Donc, si Don Nycator de Mecetti décide de constituer sa nouvelle garde avec ces non-Humains, il peut être assuré de leur pleine loyauté, récapitula Ezra.

- Et de leur redoutable efficacité, car c'est ce qu'ils sont. Des guerriers forts et endurants, ajouta Katarn. Avec ces armures et ces lances de cérémonie, ils me paraissent faire une bonne garde personnelle.

Plus tard, dans la journée, Skywalker, Mara Jade et Jessa Halbret avaient lu à leur tour les documents, et convoqué de nouveau leurs agents spéciaux.

- Vous avez fait un excellent travail, mademoiselle Decrilla, commença Skywalker. N'oubliez pas que si vous décidez de nous rejoindre un jour, vous avez toutes les qualités pour faire une Jedi Sentinelle digne de ce nom. Nous allons réfléchir à tout ça, et voir ce que nous allons vous faire faire. Nous nous retrouverons au dîner.

- Une dernière chose, Maître, s'il vous plaît ? demanda la jeune Calipsa.

- Oui, docteur Lohrn ?

- Canderous m'a dit qu'un de mes confrères, le docteur Akanseh, avait compilé des informations sur les Kathols avant de se faire abattre.

Skywalker regarda Canderous, qui acquiesça d'un petit signe de tête.

- Vous voulez une copie de ces infos ? Cela peut se faire, mais il ne faudra les donner à personne d'autre que les gens qui sont dans cette pièce.

- Cela va de soi, Maître. J'ai personnellement eu affaire à un « Krakraï », j'aimerais autant pouvoir me défendre efficacement contre eux.

- Je vous remettrai un disque de données après le repas, répondit Jessa Halbret.

Dans les couloirs du temple Massassi, les six compères se détendirent un peu. Liam demanda :

- Bon, et maintenant, qu'est-ce qu'on fait ?

- Pour ma part, je suis d'avis d'enlever Don Nycator, répondit Ezra.

Grennan ouvrit de grands yeux.

- Rien que ça ! Et pourquoi donc ?

- Les enfants, vous vous souvenez du message que SE-2-4, le droïd de Vaskel Savill, a enregistré ?

- Ouais, et alors ?

- Don Nycator parlait avec quelqu'un qui avait l'air d'en savoir beaucoup sur les Kathols et DarkStryder. Une grosse voix… peut-être celle de Daymon Thorn ?

- Oui, peut-être, et peut-être pas. Peut-être qu'il s'agit encore de quelqu'un d'autre. Quoi qu'il en soit, cela me paraît être une idée plutôt risquée, avec la préparation de son mariage, Don Nycator doit être plus protégé que jamais.

- Tu as peut-être raison, se résigna la jeune femme. Mais faudrait au moins faire quelque chose, je sais pas, moi. Est-ce que Dame Liryl ne pourrait pas… manipuler Don Nycator, histoire qu'il ne fasse pas trop de bêtises ?

- C'est pour ça qu'elle a accepté sa demande, docteur Lohrn, répondit Chi'ta avec fermeté.

La doctoresse eut un petit sursaut devant la réaction de Chi'ta, mais ne répondit rien. Elle se tourna vers Damara.

- Excusez-moi, Dame Decrilla…

- Vous pouvez m'appeler Damara, les amis de Liam et Chi'ta sont mes amis.

- Nous sommes d'accord. Est-ce que tu pourrais me donner une fréquence de communicateur où nous pourrions te joindre ?

Les coordonnées s'échangèrent, puis ils se séparèrent pour se reposer chacun de leur côté en attendant le repas.

J'ai beau être traitée comme une Grande Duchesse chez les Pelagia, je ne me sentirai jamais aussi bien qu'ici, songea Chi'ta, allongée sur son matelas. Le silence de sa cellule, loin d'être une menace pesante, était au contraire un signe d'intimité et de sécurité. Elle repassa dans sa tête tout ce qu'elle avait pu voir et entendre depuis six mois, jour où son maître Corran Horn l'avait envoyée à Procopia. Elle en avait vu, des choses, et comprit qu'elle avait déjà vécu de nombreuses expériences auxquelles la plupart des gens plus âgés qu'elle n'avaient pas été confrontés. Des images circulaient sous ses paupières closes. De merveilleux paysages comme les Jardins d'Alaphoe, des endroits sinistres, voire effrayants, comme la base impériale de Kal'Shebbol. Des joies, des peines lui revinrent. Sa plus grande peur lui apparut sous les traits terrifiants de Daymon Thorn, mais très vite, un autre visage dissipa l'impression étouffante, et ce visage était celui de la Dame de Sérénité. Elle pensa alors à…

- Chi'ta ? Tu es là ? demanda la voix de Liam Kincaid à travers la porte.

L'adolescent frappa quelques coups. La jeune fille sortit complètement de sa torpeur.

- Oui, Liam ?

- Je peux entrer ?

- Une petite seconde…

Chi'ta se releva, passa son gilet, et ouvrit la porte. Liam brandissait un petit carré de carton avec un petit air triomphal.

- Tiens, je t'ai apporté ton courrier !

- Oh, merci, comme c'est gentil !

- Ca vient de Drall.

La jeune fille saisit prestement l'enveloppe.

- Entre, je t'en prie.

Liam franchit le seuil. La petite Drall se rassit sur le lit, et ouvrit la lettre sans plus attendre.

- Mes parents se refusent à m'envoyer autre chose que des courriers sur papier, et libellés à l'Académie, plutôt que de les adresser directement à l'ambassade Pelagia. Maman n'a pas confiance ! Oh !

- Mauvaise nouvelle ?

- Au contraire ! Mon cousin Shakya vient d'obtenir son certificat d'entrée en études supérieures de sciences écologiques !

- C'est super ! Quelle fac ?

- Une de celles d'Ithor, ce sont les meilleures. Je vais lui envoyer un mot avant de repartir. Tu sais, Shakya est un peu comme un grand frère, j'avais envie qu'il réussisse.

- Tu n'as pas de frère ?

Chi'ta marqua une petite pause avant de répondre :

- Non, je suis fille unique. C'est assez rare.

- Ah oui ?

- Chez les Dralls, la plupart des familles sont relativement nombreuses, nous avons des enfants par portées.

- « Portées » ? répéta Liam sans comprendre.

- Oui, les femelles ont facilement trois à quatre petits à la fois, et certaines familles comptent deux, voire même trois portées, mais ce n'est pas systématique. Cela dit, mes parents ne voulaient pas avoir trop d'enfants, ils préféraient concentrer toute leur attention sur un ou deux. Et depuis que nous savons que je suis sensible à la Force, ma mère crie à qui veut l'entendre que je vaux deux portées à moi toute seule ! rit-elle.

- Tiens, regarde ! Les miens sont partis skier sur Hoth !

L'adolescent montra à la petite Drall une carte postale représentant deux Humains en combinaison sur une colline blanche de neige.

- C'est tes parents ?

- Oui. Mon paternel me dit que ça fait à ma mère deux fois plus d'effet que la cure de désintox.

- Ils ont l'air heureux.

- Ca faisait longtemps que je ne les avais pas vus aussi cool. Je vais faire comme toi, avant qu'on retourne sur Procopia, je vais transmettre le salut à Eldon Hejaran.

Un gargouillement sonore retentit dans la pièce. Devant l'expression ahurie de Chi'ta, Liam éclata de rire.

- Oui, moi aussi, je crois qu'il est temps d'aller au réfectoire !

Pendant ce temps, Canderous était venu trouver les quatre membres du Conseil, une fois que ceux-ci avaient donné congé aux apprentis potentiels et s'étaient rassemblés dans l'un des bureaux de la direction.

- Voilà. Je suis venu à vous, sur conseil de vos deux petits élèves. J'aimerais tirer quelque chose au clair.

- Nous vous écoutons, maître Tal.

- Apparemment, il y a un truc qui cloche chez moi. Je ne sais pas quoi exactement, mais pour faire simple, j'ai l'impression – enfin, vos padawans ont l'impression que je suis insensible à la Force.

- Oui, vous voulez dire que vous n'êtes pas réceptif… comme à peu près quatre-vingt dix-neuf virgule neuf mille neuf cent quatre vingt dix-neuf pour cent des êtres vivants dans cet univers, reprit Katarn. Il n'y a aucune honte à avoir.

- Non, grand chef, je me suis mal exprimé. Disons plutôt que je suis carrément imperméable à la Force. J'ai résisté à des chocs psychiques du genre module DarkStryder ou pouvoir de Jedi noir. Et apparemment, ça rend les gens mal à l'aise. Y a donc un truc pas clair chez moi.

- Vous croyez ? demanda Jessa Halbret. On va vérifier ça.

Mara Jade farfouilla alors dans une petite commode, et en sortit un curieux appareil. C'était un petit ordinateur avec deux longues tiges reliées par des câbles. Chaque tige était surmontée d'un petit cristal.

- Cet appareil était autrefois utilisé par les inquisiteurs de l'Empire afin de repérer les personnes sensibles à la Force pour les asservir ou les éliminer. Aujourd'hui, nous lui avons trouvé un meilleur usage : nous repérons les Jedi potentiels s'il y a un doute, cela permet de confirmer s'ils ont la résonance ou pas.

- Ce n'est pas toujours nécessaire, précisa Jessa Halbret. Dans le cas de Damara Decrilla, c'était assez clair. Mais pour vous, nous allons procéder à ce test.

Mara Jade se rapprocha du mercenaire, et brandit les deux baguettes. Elle balaya l'air de haut en bas à ras de Canderous, puis regarda le petit écran. Ce qu'elle vit la surprit.

- Regardez, Canderous.

- Quoi ?

Canderous vit sa propre image sur l'écran. C'était sa silhouette semi-transparente, mais elle était constellée de taches noires cerclées d'étincelles dorées.

- C'est quoi, ce truc ?

- Quand l'image du sujet apparaît, il y a plusieurs cas de figure. Lorsqu'il n'y a aucune nuance de couleur, la personne n'a aucun lien avec la Force. Dans le cas contraire, deux situations se présentent : soit la personne est davantage tournée vers la lumière, et l'on voit autour de la silhouette un halo bleuté, soit la personne est corrompue par le Côté Obscur, ce qui ajoute des stries rougeoyantes sur l'aura.

- D'accord… Et donc, ces taches, ça signifie quoi ?

- Je n'avais jamais vu ça auparavant, on dirait des interférences.

- Ca veut dire quoi, ça ?

Luke Skywalker prit quelques secondes avant de répondre :

- La Force circule à travers tout ce qui est vivant, toutes les énergies naturelles, et aussi tous les objets inanimés. C’est cette puissance qui maintient l’univers à peu près stable. Vous me suivez ?

- Jusqu’ici, même si c’est du baratin mystique pour moi. Et donc ?

- Certains individus, très rares, perçoivent bien mieux cette énergie. Ce sont ces personnes qui sont capables de canaliser l’énergie de la Force et de l’utiliser à leur guise.

- Ouais, comme vous, quoi.

- Exactement. Or, il semblerait que ce soit encore différent, pour vous.

- Dans quel sens ? Je n’y suis pas sensible, c’est ça ?

- Pour vous, cela va encore plus loin. La Force ne peut circuler en vous. Vous l’absorbez. Comme un isolant sur un circuit électrique.

- C’est pour ça que je résiste aux pouvoirs psychiques ?

- Très probablement.

- Alors, d’après vous, je suis quoi ?

Les quatre personnes se regardèrent, puis Luke Skywalker se leva.

- C'est très responsable de votre part d'être venu à nous. J'aimerais cependant que vous sachiez que vous ne nous apprenez rien.

- Nous avons senti ce quelque chose dès la première fois que nous vous avons vu, ajouta Halbret. Nous avons fait les tests pour pouvoir vous présenter la chose le plus objectivement possible.

Canderous hésita. Devait-il ressentir de la colère, de l'indifférence ? Pour le moment, il sentait de l'étonnement.

- Mais… vous étiez au courant ? Et vous ne m'avez rien dit ? Mais pourquoi ? Hé, dites, j'aime pas tellement qu'on me cache des choses qui me concernent ! En plus, je ne suis pas un de vos élèves à qui vous pouvez mentir ! Je suis un mercenaire, et je suis la règle du respect mutuel entre moi et l'employeur. Je bosse pour vous, j'ai droit à votre respect, comme vous avez le mien !

- Du calme, Canderous, du calme ! répondit Kyle. J'ai été mercenaire, moi-même, et je peux comprendre ce que vous ressentez.

Canderous respira un bon coup, et reprit son sang-froid. Mara Jade en profita pour prendre la parole :

- Comprenez bien, Canderous. Nous avons senti ce prob… enfin, cette particularité chez vous, mais nous avons jugé qu'il était mieux pour vous de ne pas vous compliquer la vie avec ça. La première fois que nous vous avons vu, vous n'étiez pas disposé à recevoir cette information, car votre méfiance à notre égard était palpable. Honnêtement, vous nous auriez cru, si on vous avait dit d'entrée que vous étiez particulier ?

- À mon avis, je vous aurais envoyé promener. Je me serais dit un truc du genre « ces Jedi veulent me rabaisser ». Et si vous m'aviez retenu de force ?

- Nous ne l'aurions jamais fait, ce ne sont pas nos méthodes. Mais, pour votre bien et celui de votre groupe, nous avons alors préféré nous taire. Il fallait que vous preniez l'initiative de nous voir, après avoir découvert par vous-même votre secret.

- Et donc, je suis quoi ? Un clone ? Un presqu'Humain inconnu ?

- Génétiquement, il apparaît que vous présentez des similitudes avec les enregistrements ADN de certains individus fichés dans les plus anciennes archives de la République. Et selon ces fiches, vous… enfin, vos ancêtres, et vous par extension…

- Abrégez, Skywalker.

- Vous êtes vraisemblablement un Mandalorien.

Canderous Tal resta bouche bée quelques instants, puis il éclata de rire.

- Moi ? Un vrai Mandalorien ? Ha ! La bonne blague ! Le petit avait raison ! Voilà qui explique pas mal de choses !

- Vous savez ce que c'est qu'un Mandalorien ?

- Je ne suis pas un demeuré, Halbret. Tout le monde sait que les Mandaloriens étaient de redoutables combattants qui en ont fait baver aux Jedi ! Eh bien vous voulez que je vous dise ? Non seulement ça ne m'étonne pas, mais ça me plaît !

- Il s'agit d'une défense naturelle passive, comme votre système immunitaire, continua Jessa Halbret. Cependant, faites bien attention, cela ne fait pas de vous quelqu'un de complètement imperméable à la Force : autant vous résistez mieux aux pouvoirs d'influence comme les Toydariens ou les Hutts, et vos intentions sont bien plus difficiles à percevoir, autant les forces plus physiques telles que les éclairs ou les blessures par Force ou par objets interposés auront le même effet sur vous que sur tout individu.

- D'accord, je ferai gaffe.

Mara Jade toussota et prit son temps pour choisir au mieux les mots qu'elle prononça :

- Pour le bien-être de nos élèves, cependant, avec toute la politesse dont nous pouvons faire preuve à votre égard…

- Vous fatiguez pas, va. Les deux gosses ont eu le cran de me le dire : apparemment, ce « trou » dans la Force peut effrayer les gonzes non avertis. Je me tiendrai à l'écart de votre école.

- Au moins, ne restez pas trop près de nos élèves, cela pourrait les perturber inconsciemment, et la plupart ne sont pas préparés à ça, et pourraient mal réagir.

- De toute façon, j'ai pas que ça à faire de rester là. Demain, on met les bouts et on retourne sur Procopia.

- C'est un plaisir de voir que vous le preniez aussi bien, Maître Tal, approuva Skywalker. Mais je vous en prie, soyez notre invité pour le dîner.

- Avec le plus grand plaisir, grand chef.

Le réfectoire était particulièrement animé, ce soir-là. Les deux petits padawans avaient quitté leurs amis adultes, et s'étaient mêlés aux autres élèves de leur âge. Comme à leur dernier passage, ils constituaient le centre d'attraction pour la soirée. Puisqu'elle était entourée de gens heureux, Chi'ta était radieuse. Les dix nouveaux arrivés avaient été accueillis comme de vieux amis revenus après un long voyage. Les barrières sociales étaient en train de se dissiper, au grand soulagement de Liam. Celui-ci ne s'était jamais senti autant à l'aise, entouré seulement par des gens qui lui voulaient du bien. Il ne se privait pas de complimenter l'un ou l'autre de ses camarades padawans sur leurs progrès en matière de connaissance et d'assurance. Plusieurs lui répondirent que le souvenir du Liam choqué par la disparition de son mentor avait complètement disparu. L'un des plus jeunes élèves, un petit garçon à peine âgé d'une demi-douzaine d'années prénommé Dinn, pleurait de joie en confiant à Liam qu'il avait enfin retrouvé l'aîné qu'il admirait tant.

De l'autre côté de la table, Ezra faisait plus ample connaissance avec Damara. Celle-ci était un peu intimidée, loin des deux padawans qui étaient les deux personnes à qui elle faisait pleinement confiance, mais l'attitude rassurante de la jeune doctoresse la persuada de se détendre. Ezra lui avoua bien vite ses préférences, sa franchise plut à la chasseresse Mecetti, enchantée de s'être fait une nouvelle amie. En bout de table, un peu à l'écart, il y avait Canderous et Grennan, qui discutaient de leurs meilleures chasses à l'homme. Les padawans évitaient soigneusement de les regarder, et ça ne les dérangeait pas.

Lorsque Canderous ouvrit les yeux, il se sentit tout de suite de fort méchante humeur. Il ne savait pas du tout pourquoi. Le dîner de la veille s'était très bien passé, la nourriture simple et saine avait bien circulé dans son organisme, il n'y avait eu aucun incident pendant la nuit, et pourtant... Quand il sortit de sa cellule pour se retrouver dehors, il remarqua que le temps était assez menaçant. D'épais nuages planaient au-dessus de Yavin IV. Il resta à contempler les cieux quelques secondes, quand un curieux concert de sifflements artificiels derrière lui attira son attention. Une voix haut perchée, un peu éraillée, appela :

- Maître Tal ? S'il vous plaît ?

- Quoi ?

Canderous se retourna et se trouva devant deux droïds. L'un était un petit modèle astromécano de série R2, l'autre un droïd de protocole doré dont il ne connaissait que vaguement le nom, qu'il se rappelait avoir déjà croisé avec Dankin. D'un ton plus menaçant qu'il ne pensait, il demanda :

- Qu'est-ce que tu veux, fer-blanc ?

- Euh… pour commencer, je tiens à vous informer que je ne suis pas en fer-blanc, mais constitué dans un alliage de matières solides et légères à la fois, ce qui…

- Je n'aime les droïds qu'en pièces détachées par mes bons soins, alors accouche avant que je n'éprouve la solidité de ta carcasse !

Le droïd en forme de tonneau argenté émit encore une série de trilles et de cliquetis. Le mercenaire sentait la panique monter chez l'autre.

- Oui, je sais, R2, mais ce monsieur n'a pas l'air de plaisanter.

- Bon, j'ai pas toute la journée, moi !

- Je suis chargé de vous demander de bien vouloir vous rendre à l'infirmerie. Vous êtes attendu.

- Hein ?

Le visage anguleux du mercenaire se crevassa d'inquiétude. Il planta là les deux robots, changea d'itinéraire en accélérant le pas jusqu'à la petite pièce réaménagée avec des outillages modernes. Le droïd médical de l'académie était près d'une des couchettes, en train de travailler sur son bloc de données. Le docteur Ezra Lohrn s'affairait de l'autre côté de la couchette. Immédiatement, la figure du guerrier s'effondra quand il vit qui était sous les draps.

- Ben qu'est-ce qui t'arrive, petite puce ?!

Chi'ta, dont seule la tête émergeait des couvertures, ouvrit péniblement les yeux, regarda Canderous, et eut un petit sourire crispé.

- Oh… bonjour, articula-t-elle d'une toute petite voix.

- Ezra, qu'est-ce qui s'est passé ?

- Ce n'est pas très grave, Canderous, en fait c'est très courant.

- Explication : la patiente, mademoiselle Chi'ta Koskaya, a été violemment frappée dans la nuit d'une crise aiguë d'appendicite. Cette inflammation a dû être immédiatement traitée, ce qui a nécessité une opération rapide, menée brillamment par le docteur Lohrn à qui j'ai prêté assistance, expliqua le droïd médical.

- Comment ça, « opération » ? Ezra, tu l'as passée sur le billard ?

- Ben oui ! T'aurais voulu que je fasse comment ?

- Je ne sais pas, moi ! Avec une cuve bacta !

- Précision : le bacta est efficace contre les blessures cutanées, mais ne peut pas grand-chose contre ce genre de dommages, expliqua le droïd médical. Vous pouvez cependant être rassuré. Le docteur Lohrn a mené l'opération d'une main de maître, et mademoiselle Koskaya n'aura pas à souffrir de séquelles. Grâce à l'application d'un patch au bacta sur la zone épidermique incisée, il ne restera même pas une cicatrice, et aucune différence ne sera décelable à l'œil nu une fois que la fourrure aura repoussé. La patiente doit cependant rester au repos complet pendant quelques jours.

- Et avec la Force, t'avais pas moyen d'éviter ça ? Ou de guérir plus vite, comme t'as fait l'autre fois avec Morgreed ?

- Hélas… Canderous… la Force… ne peut pas toujours tout arranger, répondit la petite Drall, toujours avec un sourire navré. Parfois… la nature suit simplement… son cours, et même la Force… ne peut détourner son chemin.

- De mon côté, je suis tenue de prescrire un arrêt-maladie après une telle opération, Jedi ou non. C'est la loi. Et puis, il ne faut pas oublier que notre copine n'est pas un énorme Barabel musclé qui croque trois soldats de choc de l'Empire au petit déjeuner. Les Dralls ont une constitution fragile, et se remettent plus difficilement de ce genre d'opération. Et pour ce qui est de la Force, je n'y connais pas grand-chose, mais je présume que guérir quelqu'un d'autre est différent de se guérir, soi.

- Le handicap… n'est pas… le même, précisa péniblement Chi'ta.

- Un de tes profs ne pourrait pas faire quelque chose, non ?

- Je dois… m'habituer à ne pas compter tout le temps… sur la Force. Mes jours… ne sont pas en danger. Et les médicaments… suffisent à atténuer la… douleur.

Pétri d'une compassion qui ne lui était pas coutumière, le mercenaire s'approcha de Chi'ta, s'agenouilla près d'elle, et lui caressa la tête.

- Pauvre petite puce…

- Ne vous en faites pas pour moi… Canderous. Vous allez avoir… d'autres préoccupations… prochainement.

- Peut-être pas. Liam est au courant ?

- C'est lui… qui m'a… emmenée ici.

- Je sens que Morgreed va faire la tronche quand il le saura.

- Je vous assure… tout ira bien. Dans quelques jours, je serai guérie, et je vous rejoindrai sur Procopia.

Canderous déposa une petite bise sur le front de l'adolescente.

- Repose-toi. Je ne serai pas loin.

- Merci, Canderous…

Le mercenaire quitta l'infirmerie. Quelques minutes plus tard, Ezra franchit à son tour la porte – sa mission reprenait.

- Alors, Maître Horn, à votre avis, que pouvons-nous faire ?

- Eh bien, padawan Kincaid, d'après les recherches que vous avez dernièrement effectué, il semblerait que ce Niklas Veiler, le premier à avoir utilisé ouvertement la technologie DarkStryder sur Procopia à notre connaissance, ait été retrouvé mort dans sa geôle. L'infirmier qui le nourrissait gagne une grosse somme d'argent avant d'être victime d'un malheureux accident domestique, il y a des falsifications de comptes… avez-vous songé à procéder à vous rendre chez Veiler ?

- Euh… non, Maître, un droïd Mecetti ne nous en a pas laissé le temps.

- Oui, en effet, cette sombre histoire chez les Hejaran. Et d'ailleurs, je dois vous féliciter pour avoir tenu tête au Côté Obscur.

Liam eut un petit pincement à la gorge quand il se remémora les traits délicats de Brigta déformés par la rage.

- Donc, je vous conseille d'aller voir chez Niklas Veiler. Peut-être que vous y trouverez quelque chose de concret ?

- C'est une bonne idée, approuva Ezra. Nous allons retourner sur Procopia, et aller y jeter un œil.

Tout en parlant, ils étaient arrivés dans la grande cour entre les différents bâtiments, non loin de la piste de décollage. Canderous était dehors, attendant le petit groupe. Corran Horn donna congé à Liam, Grennan, Damara et Ezra avant de repartir dans le temple.

- Déjà là, Canderous ?

- C'est pas drôle ce qui est arrivé à Chi'ta.

- Tu peux le dire, répliqua Grennan. Bon, on y va ?

- Sans moi, les gars. Je vais rester ici.

Liam eut un petit sursaut.

- Mais pourquoi ? Alors qu'on va passer à l'action ?

- Ce sont tes profs, ils ont encore envie de faire quelques tests.

- Ah… désolé que ça te coince ici.

- T'inquiète, on a eu raison de leur en parler. Ils vont doubler ma prime pour le dérangement. Et puis comme ça, vous pourrez partir peinards.

Le mercenaire tapota paternellement l'épaule de l'adolescent.

- Fiston, je te promets de bien veiller sur la petite puce.

- Ce temple n'est quand même pas l'endroit le plus dangereux de l'univers… observa Grennan en haussant les épaules.

- Possible, mais y a qu'à moi que je fais confiance, ici.

Le Chiss alluma un joint, regarda sa montre, et dit simplement :

- Bon, on va y aller, mec.

- Faites gaffe où vous mettez les pieds, surtout.

Grennan et Canderous se serrèrent virilement le poignet, puis le mercenaire disparut vers l'infirmerie. Liam, Damara, Grennan et Ezra longèrent les bâtiments jusqu'au hangar où la navette de transit les attendait. Une série de tonalités aiguës interpella alors les quatre personnes. L'adolescent reconnut le petit droïd brillant, qu'il croisait régulièrement quand il était sur Yavin IV. C'était R2-D2. Intrigué, Liam s'avança.

- Tiens ? Qu'est-ce que tu veux ?

Le droïd brandit un ordinateur portatif du bout de deux de ses pinces. L'écran s'alluma, et transmit en direct l'image de Chi'ta, toujours au lit. Les yeux tournés vers la caméra, elle articula avec un sourire d'encouragement :

- Que la Force soit avec vous… les amis.

La petite Drall eut un petit rire joyeux en voyant sur l'écran du bloc de données posé sur la table de nuit les quatre compères lui répondre joyeusement, en faisant les clowns devant la caméra. Elle rit plus encore en voyant Ezra embrasser l'objectif.

- Te fais pas de souci, Liam ! disait Damara en le secouant par les épaules. L'opération a été une réussite sur toute la ligne. Dans quelques jours, tout cela ne sera plus qu'un mauvais souvenir.

- Sans doute, mais j'ai un peu mal pour elle…

La jeune chasseresse soupira.

- Si Don Nycator de Mecetti m'accordait au moins le quart de l'attention que tu as pour Chi'ta, ma vie serait sans doute bien plus ensoleillée.

- T'as des vues sur Don Nycator ? ricana Grennan.

- Disons que je suis une de ses maîtresses régulières.

- J'espère que ça ne va pas te faire jalouser au point de menacer la vie de Dame Liryl, espéra Ezra avec fermeté.

- Pour qui tu me prends, Ezra ? Bien sûr, j'aimerais bien occuper une place plus importante dans le cœur de Don Nycator de Mecetti, mais je reste réaliste. Il semble éprouver de véritables sentiments envers Dame Liryl.

- Y aura bien un moment où tu rencontreras un vrai mec ! la rassura Liam.

- Possible, mais tu es peut-être un peu dur avec Nycator. Contrairement à ce que vous croyez, il a tout de même quelques qualités. C'est un homme qui reste attaché à ses valeurs, qui voit toujours la vie du bon côté, qui est généreux…

Liam et Ezra firent ensemble une grimace de dégoût.

Une fois rentrés sur Procopia, ils donnèrent congé à Damara Decrilla, et passèrent à l'action. Quand ils franchirent les grilles du parc Ganza, situé au sur de l'île d'Estalle, la matinée venait de débuter. Les trois amis attendirent d'être à l'abri des oreilles indiscrètes pour élaborer une stratégie.

- Bien, nous sommes donc d'accord, commença Ezra. Notre cible, c'est l'appartement de Niklas Veiler. J'ai effectué quelques recherches sur lui. Il habitait au dernier étage d'un immeuble non loin du Q.G. de la Guilde Minière, dans le centre ville. Tout l'étage lui appartenait.

- D'accord. On agit quand ?

- Je préférerais en fin d'après-midi. On va pouvoir se préparer d'ici là.

- Si on doit fouiller chez un Cadriaan, j'aimerais qu'on ait quelque chose d'officiel de la part des Cadriaan, grogna Grennan. Je vais demander un mandat auprès de la Maison Cadriaan.

- Si tu y tiens…

- Va donc voir le chef Maleek Stern de ma part, suggéra alors Liam. Il me connaît, et a confiance.

- Moi, de mon côté, je vais avoir besoin d'un peu de matériel, reprit Ezra. Je vais nous trouver un véhicule banalisé – l'ambassade pourra bien nous en fournir un – ainsi qu'un senseur un peu plus balaise que celui que j'ai déjà.

- T'as pas envie de voir un troupeau de Defels se jeter sur nous, c'est ça ? plaisanta ironiquement Liam.

- Non, en effet.

Liam ne quitta pas l'ambassade de la journée. Mû par une intuition comme quoi il n'en aurait peut-être pas d'autre occasion avant un bout de temps, il travailla seul à la bibliothèque. Il se concentra sur l'histoire du secteur Procopia, et principalement des familles Pelagia et Mecetti. Il se posa la question : lui qui était plutôt un homme d'action, pourquoi changer son programme habituel ? Était-ce pour en connaître davantage sur les gens qu'il fréquentait ? Ou plutôt pour être plus instruit, et faire de son mieux pour ne plus être un gosse inculte ? En effet, il avait compris dernièrement pourquoi les Maîtres du Praxeum l'avaient mis au même niveau que Chi'ta Koskaya. Lui avait été formé pendant des années par Duncan Blackstorm dont trois à mi-temps à l'Académie, et l'école de la rue lui avait déjà enseigné un certain nombre de choses, tandis qu'elle n'était padawan que depuis seulement un an… et pourtant le Conseil en avait fait des camarades de promotion. Au tout début, quand le Conseil lui avait demandé de retrouver la jeune Drall, il avait l'esprit bien trop tourmenté pour se poser la question. Et maintenant qu'il s'en était remis, il n'était pas gêné par cette idée, et ce constat le surprit.

Avant la mort de Duncan, j'étais quand même un jeune coq ! J'aurais pas apprécié qu'on me voie comme quelqu'un d'égal à une fille avec seulement six mois de formation ! Mais maintenant… ça ne me fait aucun effet d'y penser. Si le Conseil m'a mis au même rang que Chi'ta, c'est parce qu'elle a la même expérience que moi, quelque part. Autant j'ai appris à me battre, autant elle a fait des études pendant ces années. Et donc, pourquoi j'étudie à mon tour ? Pour me mettre à son niveau sur le plan culturel. Elle s'est bien entraînée au sabre-laser une fois ou deux pour pouvoir se défendre. Mais est-ce que je fais ça pour être dans les normes des Jedi, ou pour qu'elle me considère bien ?

Cette pensée tarauda un long moment l'adolescent jusqu'à ce qu'il se dise fermement :

Parce que ce que j'apprends m'intéresse vraiment.

Et cette troisième raison lui parut bien meilleure que les deux autres réunies.

Grennan était seul devant le chef Stern. Celui-ci le considérait d'un air neutre.

- Vous savez à quoi vous vous exposez si vous êtes pris ?

- Non, mais j'ai des doutes, chef.

- Liam Kincaid m'a contacté avant que vous ne veniez. Il dit que je peux me fier à vous, mais je ne suis pas un petit gamin vivant à fond l'aventure. Je sais reconnaître un homme dangereux, monsieur Grennan. M'étonnerait pas que votre taux de primes « vivantes » soit au plus égal à votre taux de primes « mortes ».

Le Chiss ne répondit rien. Stern continua en marchant de long en large dans le bureau.

- Officiellement, la Maison Cadriaan et la Maison Calipsa n'ont pas des relations au beau fixe, vous le savez.

- Je ne suis pas un Calipsa, chef.

- Non, mais vous assurez la protection du docteur Ezra Lohrn de la Maison Calipsa. Cela vous affilie à eux, que vous le vouliez ou non. Sur vos fiches de paie, il y a le blason Calipsa. Si les Cadriaan apprennent qu'un Calipsa a fouillé chez un Cadriaan, même criminel et clamsé, ça risque de faire du vilain. Surtout pour vous.

- Le docteur Lohrn fait son possible pour que les Calipsa se rapprochent des Pelagia, qui sont vos alliés, il me semble.

- C'est exactement pour cette raison que j'ai accepté de vous recevoir, et que je vais accéder à votre requête, maintenant. Je l'ai préparé à votre attention.

Stern posa un formulaire signé de sa main sur le bureau.

- La voilà, votre autorisation. Vous savez, Veiler a été enfermé il y a six mois. Tout ce que vous trouverez, c'est six mois de poussière.

- Je peux être très perceptif quand je veux, chef…

- Une dernière chose : pas de conneries ou l'ambassade Calipsa en fera les frais.

Grennan se leva tranquillement, rangea le papier dans une de ses poches, et quitta l'ambassade sans un mot.

Le soleil était en train de se coucher, dorant le ciel tout entier. La voiture aux vitres teintées conduite par Grennan se déplaçait lentement dans le quartier des affaires, avant de s'arrêter à quelques mètres d'une grande tour carrée de verre blanc d'une quarantaine d'étages. Le Chiss sortit, ouvrit la porte et les deux Humains sortirent. Le docteur Ezra Lohrn ouvrit le coffre et en sortit un gros appareil, ressemblant à un sac à dos du côté duquel sortait un tuyau muni d'une extrémité conique. Liam éclata de rire.

- Wouaouh ! C'est ça, ton senseur ?

- Exactement, répondit-elle en passant les courroies de l'appareil.

De la main droite, Ezra empoigna le senseur, et saisit un cadran de l'autre. Elle programma le senseur, et orienta le cône vers le dernier étage. La tour apparut en images de synthèse sur le petit écran du cadran, puis un zoom vers le dernier étage révéla un secteur vide de toute forme de vie.

- Bon, il n'y a rien. On entre !

Ezra rangea dans le coffre son énorme senseur, puis rajusta son gilet antiblast et son casque. Les deux Humains et le Chiss franchirent la porte automatique grinçante, et se présentèrent au comptoir bien ciré du portier qui lisait un journal.

- Oui ?

- Nous souhaiterions aller à l'appartement de Niklas Veiler.

- Pardon ?

- Tout de suite, insista Grennan en posant le mandat du chef Stern sur le papier de mauvaise qualité.

Le portier regarda drôlement le document, puis poussa un profond soupir. Il ouvrit un tiroir, en sortit un passe magnétique.

- L'ascenseur mène au dernier étage quand on met cette carte dans la fente prévue, c'est le seul qui soit équipé de cette manière.

- Et s'il est en panne ?

- On a de bons ascenseurs, ici, gamin. Et je peux savoir ce que vous voulez faire chez Niklas Veiler ?

- Une enquête qui ne vous regarde pas ! répondit Ezra avec agacement.

- Ah oui ? À votre place, je ne me ferais pas de faux espoirs, les huissiers ont fait le ménage il y a quelques jours.

Mais les trois compères étaient déjà dans l'ascenseur. Le portier dit encore :

- En cas de problème, y a l'interphone près de l'ascenseur pour me contacter.

- Pourriez-vous bloquer l'ascenseur une fois qu'on sera en haut ?

- Pourquoi ? Vous craignez des squatters ? ironisa le concierge.

- Gardez ce genre de commentaire pour les blaireaux que ça amuse ! rétorqua méchamment Grennan. Tout ce qu'on vous demande, au nom de la Maison Cadriaan, c'est de nous faciliter la tâche. Alors c'est oui ou c'est non ?

Le petit homme fit un geste d'apaisement des mains.

- Bon, bon, ne vous énervez pas. Je couperai le courant quand il sera arrivé au quarantième. Vous me rappellerez avec l'interphone quand vous aurez fini.

Quelques secondes plus tard, les portes s'ouvrirent sur le hall d'entrée de l'appartement du cousin de Dame Bathos. Grennan, disrupteur en joue, vérifia qu'il n'y avait personne avant de mettre un pied sur le carrelage. Le hall était à lui seul un signe extérieur de richesse. Carrelé de marbre noir et blanc, brillant comme un miroir, ses murs portaient encore les traces évidentes de la présence de tableaux, mais par le travail des huissiers, il n'y avait rien d'autre que du tissu précieux. Trois portes se présentaient : une au nord, une à l'ouest et une au sud. Grennan ouvrit d'abord la porte nord, et ne vit qu'un placard à balais avec un petit droïd de nettoyage. Laissant la porte sud de côté, Ezra ouvrit celle qui donnait à l'ouest.

La nouvelle pièce comprenait une porte par point cardinal, en comptant celle qu'ils venaient de franchir. Cette grande salle avait sans doute connu des jours de grande richesse, au vu du nombre d'espaces clairs qui trouaient la poussière accumulée sur les murs. Il restait quelques résidus de moquette blanche sur le sol froid. Une fois encore, Grennan ouvrit la porte nord, et constata qu'elle donnait sur la salle de bain, une grande salle de bain avec jacuzzi.

- Il ne se refusait rien, le petit cousin, ironisa Ezra en regardant derrière la porte ouest, derrière laquelle elle vit des toilettes à la mesure de la salle de bain.

Prudemment, Liam ouvrit la porte sud, la dernière. Il entra dans une immense salle dont la superficie recouvrait le quart de la surface totale de l'étage. La pièce était conçue de manière particulière : le long des murs, le plancher était à la même hauteur que dans le reste de l'appartement, mais au-delà de quelques mètres, il se dénivelait à deux reprises, laissant près des fenêtres un espace sous élevé où six fauteuils étaient réunis en cercle. Ces six fauteuils, en forme d'œufs évidés, étaient bien le seul mobilier qui restait visible dans ce salon. L'adolescent pouvait voir le soleil se coucher sur la capitale par les multiples fenêtres qui donnaient sur l'extérieur. Ezra et Grennan le rejoignirent.

- Il devait probablement recevoir ses amis, ici.

- Tu crois qu'il avait des amis ?

Liam s'approcha des fauteuils.

- Pourquoi les huissiers n'ont-ils pas enlevé les fauteuils ?

- Pour ça ! répondit le Chiss en flanquant un coup de crosse dans l'un des dossiers.

Le siège pivotant tourna sur lui-même, mais resta vissé au sol. Le Chiss montra du doigt le sol près des socles des sièges.

- Hé, regardez, la peinture blanche de ces sièges est bien écaillée au niveau des jointures.

- Ouais, et tout est abîmé, comme si on avait essayé de les arracher avec un pied de biche ou quelque chose comme ça.

- Les huissiers ont dû essayer de les enlever et n'ont pas insisté.

- Hé, et s'il y avait quelque chose planqué dedans ? réalisa soudain Liam. On peut vérifier facilement.

Ayant dit, l'adolescent s'éloigna des deux autres et sortit son sabre-laser. La lame bleutée vrombit gracieusement et coupa net le fauteuil juste à la jointure du socle. Pris d'une soudaine inspiration, le padawan s'élança et galopa autour des cinq autres sièges, balayant l'air au passage, et leur faisant subir rapidement le même sort.

- Bon, t'as coupé court, maintenant faut voir s'il n'y a rien dedans.

Ezra prit l'un des sièges à bras le corps. Mais le meuble était lourd, plus qu'elle ne l'avait estimé. Grennan rangea son disrupteur et voulut l'aider, il réussit seulement à la faire trébucher. Elle tomba en arrière, et se retrouva sous le lourd fauteuil. Sa veste antiblast amortit le choc, mais elle n'était pas contente du tout en voyant rire les deux autres.

- Dites, vous vous marrez ou vous m'aidez ?

Encore riants, les deux hommes la dégagèrent de sous le fauteuil. Puis ils regardèrent tous les trois dans le socle évidé… il n'y avait rien. L'examen des quatre fauteuils suivants ne donna rien de plus, mais quand ils se penchèrent sur le sixième…

- Hé, c'est quoi, ça ?

La doctoresse glissa la main dans l'ouverture, en extirpa un petit bout de papier plié.

- C'est un reçu. Enfin, disons plutôt un formulaire, le genre de formulaire dont on garde un duplicata lorsqu'on atterrit sur une planète.

- Quelle destination ?

- Voyons voir… Lemuir IV.

- Tu connais, Ezra ?

La jeune femme réfléchit quelques instants.

- Non, pour le coup, ça ne me dit rien.

- Attends ! réalisa le Chiss en claquant du doigt. C'est pas cet astroport géant qui occupe tout un astéroïde ?

- Ah oui ! C'est une zone neutre qui a son propre système de lois !

- Autrement dit, c'est un nid à pirates ! ironisa Liam

- Bon, rangeons ça et passons à la partie sud-est de l'appartement !

Ils retournèrent au hall d'entrée où se trouvait l'ascenseur, et empruntèrent la porte sur qu'ils avaient délaissée jusqu'alors. Cette porte conduisait à une autre grande pièce carrée, toute aussi nue que les autres. Une porte menait à l'est, l'autre menait au sud. Grennan dit alors :

- Prenez la porte en face, je prends celle à gauche.

- D'accord.

Le Chiss franchit ladite porte. Il se retrouva dans une pièce allongée, avec une baie vitrée donnant sur la ville. Le soleil était couché, et le chasseur de primes pouvait voir un tapis de mille lumières à ses pieds Procopia ne dormait jamais. Il resta en contemplation quelques instants, puis regarda autour de lui. Il remarqua des crochets fixés le long du mur.

Des crochets pour ranger des armes blanches…

Il y avait également un gros appareil de musculation fixé dans le sol.

Ouais, ça devait être sa salle d'entraînement.

Pivotant sur ses talons, il allait sortir pour rejoindre les autres, lorsque quelque chose le retint. Il s'arrêta, se retourna lentement vers l'extérieur… et ses sourcils se froncèrent quand il fut convaincu d'avoir entendu quelque chose de très gênant. Ses soupçons trouvèrent confirmation lorsqu'il distingua une ombre à la fenêtre.

Pendant ce temps, les deux Humains s'étaient rendus dans la dernière pièce. Si l'on en croyait le meuble encastré dans le sol, ils devaient se trouver dans le bureau de Veiler. L'immense bloc blanc enchâssé dans le carrelage marbré était vide. Tous ses tiroirs avaient été ouverts et consciencieusement fouillés.

- Le portier avait raison, Liam. Ils ont tout pris.

- J'aimerais quand même vérifier quelque chose…

Liam se mit à quatre pattes et regarda sous le bureau. Il fit un faux mouvement et le sommet de son crâne heurta la dure surface lisse. En pestant, il se frotta la tête d'une main en essayant d'atténuer la douleur, mais s'arrêta quand il sentit un petit relief sous les doigts de son autre main. Il colla son nez sur le sol, et repéra une rainure entre deux carreaux.

- Hé, regarde ça !

La jeune femme fouilla dans sa trousse, et en sortit un petit instrument métallique, l'un de ceux dont elle se servait pour ses opérations sur des non-Humains à peau épaisse. Elle gratta, dégagea, souffla pour évacuer la poussière. Pas de doute, l'une des dalles était descellée. Ils parvinrent à la retirer, et virent dessous une petite cache juste de la taille d'une boîte à chaussures. Un petit objet sommeillait au fond : une cartouche mémorielle.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Attends, j'ai mon bloc de données.

La doctoresse sortit son ordinateur portable, analysa la cartouche, puis ouvrit le seul petit dossier qu'elle contenait – un simple message écrit.

« J'ai entendu dire que le sieur Don Nycator de Mecetti possédait un petit objet très, très intéressant pour mes employeurs. Vous voulez vous joindre à nous ? Alors suivez bien ces instructions simples : dans quelques heures, une petite délégation va se rendre chez le Moff Laird Gustavu. Elle reviendra avec un petit coffret – ce sera une certitude, l'un de nos agents infiltrés chez les Mecetti a conseillé à Don Nycator d'offrir à Dame Bathos cet artefact. Arrangez-vous pour vous procurer cet objet, et vous serez des nôtres. »

« Quand vous aurez l'objet, vous me retrouverez au grand astroport de Lemuir IV, et vous direz à l'opérateur de la tour de contrôle la phrase suivante : « Perdu dans l'ombre solaire, je suis à la recherche de l'Espoir Éternel. » Il s'agit de notre signal de communication. L'un de nos contacts transmettra le message, et vous amènera ainsi à mon intermédiaire. Une fois que celui-ci aura vérifié que vous êtes digne de confiance, il m'amènera à vous. »

« Une dernière chose : mes employeurs ont été dernièrement écoutés par un petit fouineur. Quelqu'un qui s'est imaginé qu'on ne l'a pas repéré. Soyez sans crainte, nous nous occuperons de son cas, mais prenez garde à vous, et aux oreilles indiscrètes. »

- Voilà qui est net et sans bavure… observa la jeune femme.

- De quand date ce message ?

- Voyons voir… ce fichier a été enregistré le satunda 8 kelona 5427… le jour où l'on a tenté de tuer Dame Bathos, je crois ?

- Je peux pas dire, j'ai pas l'habitude des dates du secteur Tapani. Et le reçu, il date de quand ?

Ezra sortit le reçu de sa poche.

- Il a été signé à peu près trois semaines avant ce message. Veiler avait peut-être déjà rendu visite à ce commanditaire, genre un entretien d'embauche. Ca commence à faire pas mal de choses qui nous orientent vers Lemuir IV, Liam.

- Tu crois qu'on devrait…

C'est à ce moment que Grennan entra en trombe dans le bureau.

- Hé, remuez-vous ! On a de la compagnie !

Un vrombissement grave retentit alors, et une lumière éblouissante aveugla les trois compères. Liam eut à peine le temps d'apercevoir une masse sombre à la fenêtre avant qu'un déluge de rayons verts ne pulvérisât toutes les vitres. Ils eurent heureusement le réflexe de se jeter à terre et de se planquer derrière le bureau. Ezra s'écria :

- Grennan ! C'est quoi, ça ?

- Un véhicule à répulsion de classe militaire !

Le canon laser du véhicule cracha une nouvelle salve mortelle, et les parois du bureau tremblèrent. Grennan sortit de sa planque et tira en direction de l'appareil. Il frappa pile l'un des moteurs de suspension, et l'engin commença à dévier. Ezra enchaîna en lançant une grenade. Elle eut la main heureuse, car la petite balle d'acier se coinça pile entre le cockpit et l'un des ailerons de l'appareil. Une explosion de flammes illumina la nuit, et très vite la navette perdit de l'altitude, puis tomba comme une pierre pour s'écraser sur l'asphalte.

Liam sauta hors de sa cachette et cria de joie et d'excitation.

- Ouais ! Super ! Youhou ! Vous êtes de sacrés pros !

- Une minute, fiston ! Tais-toi !

- Hein ?

Tout le monde se tut. Alors, une voix sourde, modifiée par modulateur vocale, retentit à travers la porte fermée du bureau.

- Hover abattu. Cibles repérées.

Une deuxième voix toute aussi effrayante répondit.

- Confirmation. Appréhension. Contact.

- Cible prioritaire membre de l'Ordre Jedi. Action avec prudence.

- Confirmation.

Ezra décida de passer à l'action. Sans attendre, elle sortit son blaster, et tira au hasard plusieurs fois à travers la porte. Les rayons laser crevèrent le bois sculpté. Des rayons dorés aux reflets bleutés répondirent à cette salve. L'un d'eux frappa la jeune femme en pleine tête. Elle s'effondra.

- Ezra ! Non !

Grennan tira plusieurs coups avec son disrupteur qui faisait déjà des dégâts honorables si on ne prenait pas le temps de concentrer son rayon. Puis il jeta un coup d'œil furtif par l'un des trous dans la porte, et constata avec amertume que son attaque n'avait eu aucun effet. Il pesta mille injures, puis lança une grenade à travers le trou. L'une des voix rauques s'exclama :

- Attention, grenade !

Une explosion fit trembler le plancher, et la porte tomba lamentablement. Profitant du nuage de poussière, Ezra se releva. Miracle de la Force ou hasard extraordinaire, elle était indemne… mais son casque s'était brisé, et était désormais inutilisable. Avec un regard assassin, elle porta la main à sa ceinture pour prendre une nouvelle grenade. C'est alors qu'ils distinguèrent quelque chose à travers les volutes blanches. Liam eut un sursaut et se planqua contre le mur, à gauche de la porte.

Les deux individus qui se tenaient debout dans l'antichambre étaient plus impressionnants que ne l'avait escompté l'adolescent. Ils étaient vêtus d'une combinaison noire qui recouvrait intégralement leur corps. Un gilet antiblast vert sombre leur protégeait le torse jusqu'au cou. Ils portaient également un brassard rouge avec des symboles incompréhensibles, avec une petite étiquette identique cousue sur la clavicule droite. Il n'était pas possible de voir leur visage, car ils portaient un masque qui recouvrait intégralement leur tête. Ces masques couleur ivoire étaient sculptés en forme de crâne. Les orbites brillaient d'une lumière orangée, et des filtres à gaz recouvraient toute la partie inférieure du masque. Mais le pire était l'arme qu'ils serraient entre leurs mains gantées. Grennan, porte-flingues professionnel, n'arriva pas à identifier ces fusils blasters. Il vit seulement que c'était du gros calibre, sans doute plus que les fusils standard des soldats de choc de l'Empire. L'un des deux hommes prononça alors d'une voix désincarnée :

- Cible acquise. Protocole de nettoyage confirmé.

Ezra lança sa grenade. Une nouvelle explosion creusa encore le plancher. L'un des deux tueurs, projeté par le souffle de l'explosion, s'écrasa contre le mur et s'écroula. Le deuxième sauta à travers la porte de la salle d'armes. Simultanément, deux autres hommes en armure passèrent à leur tour la porte vers l'ascenseur. Grennan gronda :

- Ces mecs ont des armures solides ! Mon disrupteur n'a aucun effet sur eux !

Ezra tira une fois, deux fois, mais grogna de frustration en constatant que les armures amortissaient les salves d'énergie, et que les tueurs ne sursautaient même pas. Grennan se tourna alors vers Liam.

- Hé, fiston !

Toujours caché derrière le bureau, le chasseur de primes montra la paroi à droite de la porte, en traçant dans le vide un grand arc de cercle. L'adolescent comprit l'idée folle, qui impliquait de passer devant la porte pour se trouver dans le fond de la pièce. Bien décidé à se défendre, il sortit son blaster de sport, fonça en tirant au passage vers les deux silhouettes noires qu'il entrevit. Il glissa sur le carrelage, et manqua de se vautrer de tout son long, mais il avait réussi, et était contre la paroi à droite de la porte. Il rangea son blaster, et dégaina son sabre-laser pour creuser dans la paroi une ouverture qui allait donner directement dans la salle d'armes. Le plâtre crépita, les étincelles jaillirent, et rapidement le pan de cloison évidé tomba.

De son côté, le Chiss entendit avec satisfaction la petite sonnerie qui indiquait que son arme était maintenant chargée. Il bondit en arrière sur sa gauche. Au passage, il aperçut au loin dans l'angle entre la porte du bureau et la porte de la salle d'armes le tueur à la grenade qui reprenait son fusil blaster. Le rayon doré traversa la pièce carrée, et frappa l'homme en armure en pleine tête. Il fut projeté par la fenêtre et tomba sans bruit.

Il ne restait plus que deux hommes en armure noire, mais ils encaissaient encore et encore sans avoir l'air de fatiguer. C'est alors qu'une sonnerie de téléphone retentit derrière eux. Mus par un réflexe conditionné, ils se retournèrent et mitraillèrent à travers la porte qui donnait sur le hall. Profitant de leur confusion, Grennan lança une grenade, malheureusement il calcula mal son coup, et l'engin explosif rebondit sur l'encadrement de la porte avant de passer par la fenêtre et d'exploser en plein ciel. Le tueur de gauche répliqua d'une rafale qui frappa le Chiss en pleine poitrine. Sa veste se disloqua, il fut renversé par la violence du tir, et ne bougea plus.

- Salauds !

Ezra sortit encore une grenade et la jeta entre les deux tueurs. Quand elle explosa, celui de gauche perdit connaissance et tomba au sol. Piquée au vif, la jeune doctoresse agrippa son blaster, et s'apprêta à arroser copieusement son adversaire restant, le tueur appuyé contre le mur de droite. Son doigt se crispa sur la gâchette, mais rien ne se passa. Plus de munitions.

- C'est pas vrai !

Vite, elle sortit un chargeur de son ceinturon, l'inséra dans le blaster et ouvrit à nouveau le feu sur l'homme qui était toujours debout… trop tôt. Le tir brûla le plancher, déjà bien entamé par tous ces explosifs. Dans un terrible craquement, tout le centre de la pièce descendit d'un étage, avec le tueur neutralisé. Sous le choc, la jeune doctoresse tomba à genoux, et perdit son arme. Furieuse, elle releva la tête, et son sang ne fit qu'un tour.

Il ne restait plus qu'un seul guerrier en armure valide. Celui-ci visait Ezra, et la voix sourde dit encore :

- Procédure de nettoyage en cours.

Il y eut un éclat assourdissant comme une lame laser bleutée traversa le mur juste à la hauteur des côtes du tueur pour se planter dans son torse avant de se retirer. La jeune doctoresse ramassa prestement son arme et tira une fois, deux fois, trois fois. À la troisième, son adversaire, tressautant, croassa :

- Directive Terminus.

Aussitôt, il devint flasque, et s'étala de tout son long.

Le combat n'avait pas duré deux minutes, mais avait été d'une violence à laquelle Liam n'était pas coutumier. Son taux d'adrénaline chuta, il sentit toute son énergie se dissiper, et dut s'appuyer contre le mur. Le silence était revenu sur l'appartement de Niklas Veiler. Ni Ezra, ni Liam ne fit quoi que ce soit. La sonnerie de l'interphone les ramena à la raison.

- Blast ! Grennan ! Réponds, je vais m'occuper de lui !

Sortant de son état d'hébétude, l'adolescent se précipita sur le petit appareil blanc, et décrocha.

- Allô ?

- Alors quoi, c'est quoi, tout ce bazar ? cria la voix du concierge. On vous entend dans tout l'immeuble !

- Euh… Rien, ne vous en faites pas… un gros oiseau qui est passé par la fenêtre.

- Vous vous fichez de moi ?

- Pourriez-vous… pourriez-vous prévenir le chef Stern, je vous prie ?

- Et comment que je vais le prévenir ! Je vous promets que vous allez le sentir passer, aussi vrai que…

Liam raccrocha, ne voulant pas entendre la suite. Une petite tonalité résonnant au-dessus de la porte coulissante lui fit comprendre que l'ascenseur avait été remis en marche. Il revint vers Ezra. Celle-ci avait sorti une trousse de premiers soins, enlevé le gilet fondu du Chiss, et avait désinfecté puis pansé sa blessure. Grennan reprit connaissance et se releva, ne ressentant plus qu'un léger chatouillement grâce aux analgésiques.

- Bon sang, mais qui étaient ces mecs ?

- Bonne question, Grennan, et la seule réponse qui me vienne à l'esprit est « tout, sauf des rigolos ».

- Ils ne sont sûrement pas venus pour prendre un lum en passant, on a été suivis, déclara gravement le Chiss.

- Qui nous a donné, à votre avis ? se demanda Liam à voix haute.

La doctoresse Calipsa réfléchit quelques instants.

- Je ne vois que trois personnes, chacune étant difficilement soupçonnable. Trois personnes qui savaient qu'on allait venir ici. Il y a Corran Horn, le chef Maleek Stern de la Maison Cadriaan, et Dame Damara Decrilla de la Maison Mecetti.

- Oh non ! Tu penses que…

- Je ne pense rien, Liam, ce n'est sûrement pas aussi simple. Qu'est-ce que tu en penses, Grennan ? Grennan ?

Le Chiss était en train de manipuler avec délicatesse l'arme de l'un des agresseurs. C'était un fusil blaster en acier noir, avec trois gros chargeurs cylindriques montés en triangle autour de la base du canon, juste au-dessus de la crosse.

- Un système de rechargement assisté sur gyroscope : quand l'un des chargeurs est vide, le pivot tourne dans le sens des aiguilles d'une montre et le nouveau chargeur est inséré dans la chambre à plasma, et c'est reparti pour un tour. Quant au calibre… ce n'est pas un pétard à bouchon. C'est un fusil à impulsions énergétiques, du lourd, de quoi perforer n'importe quelle armure.

- Ca vaut ton disrupteur ?

- Mon disrupteur est plus efficace, mais pas de beaucoup. Et contrairement à celui-ci, cette arme est automatique. Je vais en garder une.

- Non, non, non ! Ce sont des pièces à conviction ! Le chef va vouloir les garder !

- Je tâcherai de le convaincre de m'en laisser au moins un. En attendant, on devrait ramasser tout ça. Tes supérieurs pourraient examiner l'un de ces gugusses.

Grennan, Ezra et Liam remontèrent péniblement le tueur qui était tombé à l'étage inférieur avec le plancher.

- On ne va pas se les trimballer toute la soirée !

- Je demanderai au chef de nous en laisser un.

Liam demanda alors :

- Hé, Grennan, toi qui t'y connais dans le milieu, est-ce que ça te parle, le nom de « Espoir Éternel » ?

- De quoi ?

- Tiens, regarde, répondit Ezra en lui tendant son bloc de données.

Le Chiss lut le message, et secoua la tête.

- 'Me dit rien. Tu crois que c'est quoi ?

- Je pense que c'est le nom d'un vaisseau. Mais j'aimerais vérifier quelque chose.

La jeune femme s'approcha de l'un des cadavres, le retourna, et lui retira doucement son masque. Liam déglutit lorsqu'il vit ce qu'il cachait. Une tête humaine dépourvue de toute pilosité, à la peau violacée comme les habitants des mondes très froids, avec un nez pointu et de petits yeux entièrement noirs, profondément enfoncés dans leurs orbites.

- Quelle tête ! Je me demande si…

Ezra s'accroupit près d'un autre personnage en armure, enleva le casque en forme de crâne… même apparence physique, même peau rosâtre, mais les traits n'étaient pas identiques.

- Ouais. Ces gars ne sont pas des clones.

- T'as vu ça ? demanda le Chiss en comparant les deux masques. Ces masques sont un peu différents, celui-ci est plus rond que celui-là. Ce ne sont peut-être pas des armures fabriquées en série.

- Du matériel sur mesure ? demanda Liam.

- Tu ne crois pas si bien dire, venez voir ça ! Attention, Liam, c'est un peu dégueu.

Les deux hommes rejoignirent la doctoresse.

- C'est le dernier sur qui j'ai tiré. J'ai remarqué deux choses. La première, c'est que ce n'est pas mon blaster qui l'a tué. Regardez sa bouche : ses lèvres sont bleuies, il a bavé de la salive écumante… le genre d'effet secondaire qui se produit quand on s'envoie en l'air pour de bon avec un poison violent.

- Ce mec devait avoir une pilule de cyanure ou un truc du genre.

- Probablement. Mais la deuxième chose est plus… perturbante. En examinant de plus près notre invité-surprise, j'ai trouvé ça.

Elle souleva délicatement la tête chauve de l'homme. Liam grinça de répulsion en voyant qu'une multitude de petits fils électriques étaient plantés dans la peau du tueur sur deux lignes parallèles tout le long de la nuque, sans doute sur toute la colonne vertébrale.

- Qu'est-ce que c'est que cette merde ?

- J'en sais rien, des implants cybernétiques, mais je ne peux rien dire d'autre. Les chercheurs du Conseil des Jedi pourront sans doute nous en dire plus. Bon, il est temps d'y aller, faut qu'on trouve le chef. Et n'oubliez pas : à moins qu'il ne nous fouille, pas un mot sur le message ni le reçu. On n'a rien trouvé. S'il est de mèche avec ces gens, vaut mieux ne pas lui donner en pâture nos indices.

Ils rempruntèrent l'ascenseur et tombèrent sur une houleuse discussion. Le chef Stern, accompagné d'agents de sécurité Cadriaan, écoutait avec patience le concierge, furieux, qui tonnait. Ce dernier, en voyant descendre les trois compères, se tourna vers eux et les montra du doigt en tempêtant :

- Ah, les voilà ! Ces voyous ont réveillé tout l'immeuble ! Chef, je vais porter plainte, soyez…

- Je sais, monsieur Badouz, je sais. Ne vous en faites pas, rentrez vous coucher, je vais m'occuper d'eux.

Le concierge foudroya une dernière fois du regard les trois compères avant de se retirer dans sa loge. Le chef Stern, manifestement mécontent, demanda avec autorité :

- Le concierge m'appelle pour parler de tapage, j'arrive, et je trouve coup sur coup un hover planté dans la rue, un guignol en armure aplati comme une crêpe, et quand je vois l'état de la façade du dernier étage, je suis prêt à parier un mois de solde que l'appartement de Veiler est sens dessus dessous. Alors ?

- On peut parler ailleurs que dans ce hall d'entrée ?

Un instant plus tard, le concierge les avait conduits dans un petit bureau au sous-sol. Là, ils racontèrent brièvement ce qui s'était passé. Stern se montra très soupçonneux envers les deux Calipsa qu'il ne connaissait que vaguement, et le fut davantage quand Grennan demanda l'autorisation de garder l'un des fusils à impulsions, mais il se radoucit quand Liam parla du Conseil des Jedi. Finalement, le chef se laissa convaincre de laisser partir les trois enquêteurs avec deux des armes et l'un des cadavres dans sa combinaison.

Une fois sortis de l'immeuble, Liam, Ezra et Grennan voulurent observer les restes calcinés de la carcasse du véhicule de transport. C'était un appareil de facture récente. Les quelques zones épargnées par les flammes étaient peintes en noir. Aucun écusson, aucun logo, aucun numéro d'immatriculation visible.

- Bon… et maintenant ?

- On va tous rentrer se coucher. Demain matin, avant qu'on parte, j'irai au bureau de la Guilde des Marchands Corelliens pour demander si cet « espoir éternel » ne serait pas un vaisseau.

- D'après toi, Ezra, qui c'est, la fouine dont parle le message ?

- Pourquoi tu penses à ça maintenant, Grennan ?

- Parce qu'à mon avis, on se met à fouiner à notre tour dans un gros tas de fumier radioactif, vu que des types avec un matériel pareil s'en prennent à nous. Alors ?

- Tu me fais penser à quelque chose que je me suis dit, dernièrement. Je me demande si ce n'est pas Jackee Quayle.

- Quayle ?

Liam avait sursauté en entendant le nom du défunt mari d'Ari, la jeune assistante de la bibliothécaire de l'ambassade Pelagia.

- Oui, Chi'ta m'a parlé de lui, et de sa malheureuse épouse. Il semblerait que du jour au lendemain, la vie de celle-ci ait basculé. Il y a de fortes chances pour que ces « incidents » qui se soient succédé contre elle ne soient pas le coup de la mauvaise fortune, mais plutôt des tentatives pour la faire taire. Elle sait peut-être quelque chose, même si elle n'en a pas conscience.

- Bon, on verra ça demain, Ezra, je commence à en avoir plein les bottes ! se plaignit le Chiss.

- Okay. On va…

- Heu… Ezra ? Est-ce que…

Liam avait l'air un peu gêné, un peu craintif.

- Après ça, je t'avouerai que je n'ai pas tellement envie de rentrer tout seul à l'ambassade Pelagia…Y a pas une chambre d'amis chez les Calipsa ?

La jeune femme acquiesça.

- Je comprends qu'après un plan de ce genre, t'aies un peu peur. Écoute, petit gars, les relations entre Calipsa et Pelagia sont très tendues. Moi, je m'en fiche, pour tout te dire, je fais partie des gens qui essaient de recoller les morceaux, mais ce ne sera pas le cas pour tout le monde. Alors je vais dire aux gardes que tu es avec moi, tu es un stagiaire potentiel, et ça devrait le faire. Mais tant que tu seras à l'intérieur, tu ne dis rien sur les Pelagia ou sur les Jedi. D'accord ?

- D'accord, répondit-il, trop soulagé par cette proposition.

Tous trois repartirent à l'intérieur du véhicule banalisé pour retourner à l'ambassade et prendre un repos bien mérité.

Les bureaux de la Guilde des Marchands Corelliens étaient bien nantis. Le personnel était un peu austère, mais compétent, et la jeune doctoresse n'eut pas de mal à trouver ce qu'elle cherchait. Elle retourna à l'ambassade Calipsa où attendaient Grennan et Liam, mais avant de les rejoindre, elle se dirigea vers la cabine de vidéophone longue distance à ligne sécurisée. Sortant de son portefeuille la carte au logo de Dukol-Yer Inc., elle composa le numéro d'Hamar Chaktak, le transporteur de bacta. L'énorme tête rose de cétacé du marchand apparut. Il se montra aussitôt jovial.

- Ah, ma cliente préférée ! Le bonjour amical, cher docteur Lohrn !

- Bonjour à vous, Hamar Chaktak ! Dites-moi, j'ai quelque chose à vous demander.

- Je vous écoute, chère amie.

- Connaissez-vous le navire de transport nommé Espoir Éternel ?

Le Herglic réfléchit quelques instants, puis secoua la tête.

- L'Espoir Éternel, dites-vous ? Non, ça ne me dit rien.

- C'est un transporteur de bacta, d'après la GMC. Il est amarré régulièrement sur Lemuir IV.

- La station Lemuir IV ? Oui, je m'y rends régulièrement.

- Justement, j'ai un service à vous demander, Hamar.

- Je vous écoute avec attention.

- Pouvez-vous surveiller ce vaisseau la prochaine fois que vous irez sur Lemuir IV ?

- Je devrais pouvoir… Justement, je vais effectuer une nouvelle livraison dans quelques jours. Je verrai rapidement ce que je peux y voir.

- Ne prenez pas de risques, surtout. Peut-être que ce vaisseau n'est pas aussi innocent qu'il en a l'air.

Ils se saluèrent, puis la jeune femme raccrocha. Elle retrouva les deux hommes.

- L'Espoir Éternel est bien un vaisseau de transport amarré sur Lemuir IV. Je suppose que nous devrons dire la phrase de code quand nous serons en approche de l'astroport.

- Nous devrions en parler au Conseil des Jedi, tu ne crois pas, Ezra ? J'ai pas tellement confiance en Stern.

- Je vais t'avouer une chose, petit : moi non plus. On retourne chez tes condisciples, avec une navette Calipsa. Le Baron Turel a accepté de nous en affréter une.

La journée allait se terminer quand la navette de transit se posa dans le hangar de l'académie de Yavin IV. Cette fois, il n'y avait que le droïd de maintenance pour les recevoir. Lorsque les trois compères arpentèrent les couloirs, ils furent désagréablement surpris. Les quelques élèves qu'ils pouvaient voir affichaient des mines contrariées, détournaient le regard… Un vent glacé sifflait dans les passages étroits aux murs de pierres anciennes. Liam décida de ne pas trop en tenir compte.

- Je vais voir comment va Chi'ta, on vous rejoint dans la salle de briefing.

Sans attendre la réponse, l'adolescent accéléra. Un instant plus tard, il était devant la porte de la cellule de la jeune fille. Il frappa.

- Entrez… répondit une voix étouffée.

Rayonnant, Liam ouvrit la porte et la franchit en sortant de derrière son dos un énorme bouquet de roses d'Estalle. Son sourire dégringola lorsqu'il vit la petite Drall. Assise en robe de chambre sur son lit, elle avait l'air d'aller mieux sur le plan physique, mais son moral semblait avoir pris un sacré coup. Elle était en train de s'essuyer les yeux qu'elle avait rougis. Elle accueillit le jeune Humain avec soulagement.

- Ah ! C'est toi ! Oh, quelles jolies fleurs ! dit-elle avec une conviction mitigée.

Elle se leva, prit le bouquet, le posa sur la table de nuit, et fit timidement l'accolade à l'adolescent. Celui-ci s'inquiéta.

- Chi'ta, mais que se passe-t-il ?

- C'est… Liam, il s'est passé quelque chose d'affreux.

- Mince ! Quoi ? L'opération a…

- Non, ne t'inquiète pas, ça n'a rien à voir avec moi. Mais… le Maître Skywalker expliquera tout dans quelques instants, il a convoqué tous les élèves.

- Tu… tu es sûre que ça va ?

- Je ne suis plus sûre de grand-chose, Liam.

- Nous non plus, après ce qui s'est passé chez Niklas Veiler.

- Tu me raconteras ? Nous devons y aller, maintenant.

Tous les élèves étaient rassemblés dans le grand hall. Il y en avait une petite cinquantaine, la plupart des plus expérimentés étant partis en mission. Les quatre Maîtres Jedi du Conseil et d'autres Maîtres mineurs étaient gravement alignés sur l'estrade. Liam et Chi'ta étaient côte à côte. Grennan, Canderous et Ezra attendaient debout près de la porte, dans le fond de la salle. Le Maître Skywalker s'avança, et déclara avec gravité :

« Chers padawans, nous sommes tous très fiers des progrès que vous avez accomplis. Je parle spécialement pour les dix nouveaux venus originaires du Secteur Tapani qui ont su laisser de côté leurs appréhensions et se sont parfaitement intégrés à notre école. C'est pourquoi je sais que je peux compter sur vous tous pour être forts face à ce que je vais maintenant vous dire.

« Nous avons tous des moments d'assurance, des moments où l'explication des plus grands mystères de l'univers semble être à notre portée… mais il nous arrive également de douter, et personne n'est à l'abri de l'incertitude. Les plus grands Maîtres Jedi ont été confrontés à des situations qu'ils n'ont pas été en mesure d'expliquer sur le coup. Ils peuvent faire des erreurs. Ainsi, rappelez-vous qu'Obi-Wan Kenobi a fait une erreur en pensant former un apprenti exceptionnel, apprenti qui se révéla être le plus terrible des serviteurs du Côté Obscur, Dark Vador. »

Il y eut un court silence. Le chevalier Rosh Penin osa :

- Nous savons qu'il s'est bien rattrapé par la suite en vous formant, Maître.

- Je vous remercie, sire Penin, mais je n'ai pas encore atteint son niveau. Et aujourd'hui, je suis obligé de reconnaître que je me suis trompé. Et nous avons perdu un de nos disciples.

Une vive rumeur monta, les trois adultes insensibles à la Force eurent eux-mêmes des réactions de surprise.

« Quelques-uns d'entre vous sont déjà au courant, mais je tiens à ce que tout le monde sache maintenant. L'un de vos camarades a eu l'âme perturbée par le Côté Obscur de la Force. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour le raisonner, mais il s'est enfui, sans que je puisse faire quoi que ce soit pour le rattraper. Maintenant, il erre quelque part, peut-être a-t-il même déjà quitté le système de Yavin, voire le Noyau. »

Sur l'un des écrans géants derrière l'estrade apparut un portrait. Liam le reconnut aussitôt, et ne put réprimer un petit cri mêlant surprise et tristesse, comme quelques-uns de ses condisciples. Les trois autres purent voir un grand jeune homme blond, rasé de près, au regard sombre. Sur l'image, il portait un manteau rouge par-dessus sa tunique brune. Un nom était écrit en toutes lettres : Brakiss.

« Oui, mes chers amis. Votre camarade Brakiss a quitté le Praxeum, guidé par la rage et la peur. Soyez sûrs que nous sommes tous très tristes, et que je reconnais que mes enseignements n'ont pas porté leurs fruits comme nous l'espérions vis-à-vis de lui. Et maintenant, pour ceux qui ne le connaîtraient pas, retenez bien ces traits, gardez bien en mémoire ce visage. Et rappelez-vous bien : si vous deviez revoir Brakiss un jour ou l'autre, au cours d'un voyage sur une autre planète, surtout ne vous affolez pas, ne lui parlez pas, tâchez au contraire de ne pas vous faire voir, et prévenez immédiatement votre professeur. Et, je vous en conjure, surtout, ne perdez pas la foi en la Force, ne perdez pas la foi en Brakiss. Restez vigilants, et prenez garde au Côté Obscur. »

Luke Skywalker finit ainsi son discours, laissant une assemblée de padawans choqués. Chi'ta se blottit contre Liam. Celui-ci n'en revenait pas.

- C'est pas vrai… Brakiss !

- Si ça devait m'arriver un jour, tu ferais tout ce que tu pourrais pour me sauver, n'est-ce pas ? chuchota Chi'ta, les yeux brillants de larmes.

- Je ne ferai rien parce que ça ne t'arrivera jamais.

- Penses-tu ! Le Côté Obscur nous menace tous…

- Pas toi. Tu es la plus gentille fille que je connaisse.

Peu à peu, la salle se vida. Ezra Lohrn se dirigea vers les Jedi, sincèrement désolée.

- Voilà quelque chose qui ne doit pas être facile à vivre.

- Effectivement, docteur, répondit Jessa Halbret. Le moins triste de cette histoire est que cela nous est arrivé très rarement depuis la réouverture de l'Académie.

- Si vous êtes déjà rentrés, c'est que vous avez des choses à nous communiquer ? demanda Corran Horn.

- Et de toute urgence. Pour commencer, nous devons absolument confier un corps à votre droïd médical.

- Un corps… intelligent ? demanda Mara Jade.

- Oui, Maître Jade, répondit Grennan. Un type qui a tenté de nous dessouder. On l'a mis sous carbonite pour le transporter plus discrètement.

Les deux padawans avaient rejoint les trois adultes. Ezra dit à la jeune Drall :

- Il vaudrait peut-être mieux que tu ne le voies pas, ce n'est pas très joli à regarder.

- Fort bien, je n'avais pas envie de contempler un cadavre sous tous les angles, docteur Lohrn. Si vous le permettez, je vais m'aérer un peu dans le parc.

- Je vais rester avec toi, je te raconterai ce qui s'est passé chez Veiler, décida Liam.

Lentement, les deux adolescents quittèrent le hall bras dessus bras dessous. En les regardant s'éloigner, Jessa Halbret soupira.

- Pauvre petite. Parfois, je me demande combien de temps elle pourra tenir.

- Dites pas ça, Maître Halbret ! coupa Canderous d'une voix cassante. Cette mouflette nous a montré qu'elle a du cran, et plus d'une fois.

- Sa principale force est également sa plus grande faiblesse, répondit Skywalker. C'est son empathie exceptionnelle. L'humeur générale l'influence. J'aimerais qu'elle puisse s'entraîner à ne plus être dominée par les émotions des autres, mais à les maîtriser pour les chevaucher et entraîner son entourage avec elle. Je suis certain qu'à l'issue de sa formation, elle pourra soulever des foules entières.

- Bon, passons au bloc opératoire, si vous le voulez bien, suggéra Mara.

Au sous-sol du temple, dans une grande salle basse, le droïd médical était penché sur la dépouille de l'assassin en armure. Il avait retiré le masque, révélant la hideuse figure violacée. Skywalker, Mara Jade, Ezra, Grennan et Canderous, se rapprochèrent de la table d'opération. Le mercenaire siffla s'admiration.

- Eh bien ! Sacré matériel pour un simple technicien de surface.

- Je ne pense pas que ces mecs soient des troufions de base, man, répliqua Grennan. Ils étaient quatre, mais avaient la puissance de feu et la résistance d'une douzaine de soldats de choc de l'Empire.

Mara étudia de près l'armure noire, et le gilet vert sombre. Elle s'attarda sur le brassard, mais ne put rien déterminer.

- Cette armure est au top niveau. Les matériaux dans lesquels elle a été conçue sont très bien étudiés : légers, souples, mais très compacts. Je n'ai jamais vu une telle combinaison, même au sein des troupes d'élite de Palpatine.

- Vous n'avez pas vu le pire, Maître, regardez au niveau de la nuque.

Mara suivit le conseil de la doctoresse, et souleva doucement la tête. Elle réprima une grimace de dégoût en voyant les multiples câbles d'interface.

- Qu'est-ce que c'est que ça ?

Le droïd médical se tourna vers la femme rousse et répondit :

- Explication : d'après mes analyses, il s'agit d'un système de câblage électronique permettant une parfaite coordination entre l'armure et son porteur. De petits servomoteurs insérés dans les jointures de la combinaison aident l'utilisateur à se mouvoir sans être gêné par le poids ou l'encombrement de son matériel. Les informations entre ces servomoteurs et le système nerveux sont transmises par ce système de câblage.

- Je me demande si cet homme a suivi un quelconque traitement pour la porter ?

Voulant une réponse à sa question, Skywalker s'adressa au droïd médical.

- Avez-vous relevé une trace particulière de modification génétique ?

- Infirmation : cet individu est d'une constitution solide, a suivi un très rigoureux entraînement qui a développé son système musculaire, mais n'a subi aucune mutation ou manipulation. Son ADN est Humain à cent pour cent. Il a aussi un degré de pureté optimal, et n'est donc pas un clone.

Ezra regarda de plus près le visage carré de l'homme chauve.

- J'ai l'impression qu'il y a une histoire avec le bacta… l'Espoir Éternel est un vaisseau de transport de bacta, d'après nos recherches. Est-ce qu'il n'y aurait pas une teneur de bacta inhabituelle dans ce type ?

- Négation : aucun élément relatif au bacta n'apparaît dans le système sanguin de cet individu. Il n'y a pas non plus la moindre trace d'une quelconque drogue de combat. Cet Humain était en excellente condition physique avant de passer de vie à trépas.

Mara Jade demanda alors :

- Liam avait-il l'air de ressentir quelque chose de spécial par rapport à eux ? Grennan ?

- Non, m'dame. Évidemment, il était pris dans le feu de l'action, et moi aussi, j'ai pas vraiment fait gaffe, mais il ne m'a rien dit là-dessus.

- Que pouvez-vous nous dire sur son taux de midi-chloriens ? demanda Skywalker à l'adresse du droïd.

- Analyse : l'individu présente un taux de midi-chloriens correspondant à la moyenne interraciale. Aucune résonance particulière avec la Force.

Ezra se pencha sur la veste protectrice.

- Maître Jade, vous pensez qu'il y a un rapport entre ces armures et celles de la Garde spéciale de Don Nycator ?

- J'ai pas l'impression, beauté fatale, répliqua Canderous. J'ai étudié attentivement les schémas pendant votre absence, et ce ne sont ni les mêmes matières, ni les mêmes coupes. Les armures de la Garde de Nycator sont forgées dans un matériau issu de l'acier, c'est un style vieux jeu. Ces combinaisons me paraissent beaucoup plus modernes.

Plus tard, en présence de Luke Skywalker et Corran Horn…

- Ce message a l'air de confirmer nos craintes. Cette « petite délégation » dont parle l'auteur de cette communication, c'est sans doute la nôtre ! gémit Chi'ta. Quand nous sommes allés chez le Moff Gustavu avec Dame Liryl pour négocier une relaxation avec Don Nycator de Mecetti. Oui, ça ne peut être que ça !

- Je suis d'accord avec la petite puce, ajouta Canderous. On est en train de gêner.

- Et le pire, Maître Horn, c'est que ces gens-là vont recommencer ! J'ai l'intuition qu'ils vont à nouveau s'en prendre à nous.

- Je comprends votre inquiétude, padawan Kincaid.

- Maître, ne devrions-nous pas enquêter sur l'Espoir Éternel ?

- J'y ai pensé, padawan Koskaya, et je sais exactement qui envoyer. L'un de nos Jedi confirmés pourra le surveiller, et agir en conséquence. Cependant, j'aimerais… enfin, c'est un peu difficile à dire, jeunes gens.

- Allez-y toujours, invita Grennan en tirant une bouffée de son joint.

- Je suis persuadé que dans chacune des Maisons auxquelles vous êtes rattaché, il y a beaucoup de membres intègres et loyaux. Cependant, en ces temps troublés, les traîtres, les délateurs, et les agents infiltrés sont à craindre. Je comprendrai cependant que vous vouliez rester fidèle à votre Maison, docteur Lohrn.

- Maître Skywalker, répondit Ezra, j'ai bien peur que l'arrivée des Kathols dans le secteur Tapani ait changé beaucoup de choses, et en toute honnêteté, avec tout le respect que j'ai pour mes pairs, je pense que le Conseil des Jedi reste la seule autorité à laquelle je puisse faire confiance pour le moment. Je tiens à rester loyale aux Calipsa, mais j'ai peur de ne plus pouvoir me fier à beaucoup de gens. Si ma Maison est menacée de l'intérieur, j'ai le devoir de lui venir en aide.

- Une attitude qui vous honore, docteur.

- Mouais, je ne sais pas trop. La seule chose dont je sois certaine, Maître Skywalker, c'est que tout ceci commence à devenir très gros. Peut-être trop pour nous seuls… et pour le secteur Tapani.

Un petit silence suivit cette affirmation. Skywalker invita :

- Allez au bout de votre pensée, docteur Lohrn.

- Je souhaiterais que nous en parlions à une autorité compétente au sein de la Nouvelle République. Pour le moment, seul le secteur Tapani semble concerné par cette agitation autour des modules DarkStryder, mais ça peut changer. Si nous ne nous occupons pas du problème maintenant, il risque de prendre une ampleur telle que nous ne pourrons plus rien faire.

Les deux Jedi se regardèrent, puis Skywalker répondit :

- Vous avez probablement raison. Je peux vous arranger un rendez-vous avec la Présidente Organa Solo.

- Vous feriez ça pour nous ? Êtes-vous sûr qu'elle acceptera ?

- Bien entendu, Canderous. Vous l'ignorez peut-être, vous autres habitants du secteur Tapani, mais je suis son frère.

- Ah ? Bon. Sacrée famille…

- Je ne vous le fais pas dire, maître Grennan. La vraie question qui me préoccupe est « est-ce que vous seriez prêts à voir la présidente à l'insu de vos supérieurs ? » Pour les deux padawans, la question ne se pose pas. Mais pour vous autres ?

- Les Cadriaan ne sont que des employeurs, répondit le mercenaire. S'ils veulent me prendre à rebours, j'ai le droit, même l'obligation de les prendre de vitesse.

- Je suis prête à prendre le risque, Maître. Je suis une Calipsa, j'ai ça dans le sang.

Skywalker fit un petit signe de tête.

- Très bien. Je vais vous faire une lettre de recommandation, et vais prévenir la présidente de votre arrivée. Vous partirez vers Coruscant dès que vous serez prêts. On va vous réserver des places sur le prochain charter. Vous n'aurez qu'à renvoyer votre navette, je vais prendre contact avec le Baron Turel pour le rassurer.

Un peu plus tard, les cinq compères étaient de nouveau en train de circuler dans les couloirs de l'académie.

- Moi, de mon côté, je ne vais pas vous accompagner, déclara Canderous.

- C'est drôle, j'ai l'impression d'avoir déjà vécu cette scène, ironisa Liam.

- Je vais vous rejoindre directement sur Lemuir IV, après avoir récupéré Dankin.

- Bien… si tu préfères, répondit Ezra avec une petite moue.

Le mercenaire vit une petite inquiétude ombrager le minois de Chi'ta.

- T'embête pas, je serai bien sage en vous attendant.

- Je… j'en suis sûre. C'est juste que… moi aussi, je commence à tenir à vous.

- Arrête un peu, tu vas me faire rougir !

La rampe de sortie se déploya dans un sifflement de vapeur. Sur consigne de la Présidente, une navette du palais avait pu conduire directement les compères sur l'une des plates-formes du palais présidentiel. Main dans la main, Liam et Chi'ta furent les premiers à descendre, et à se retrouver à l'air libre. L'adolescent dut mettre sa main libre devant ses yeux éblouis par le soleil qui entamait tranquillement sa descente. La jeune fille n'avait jamais vu la capitale du Noyau, et était très impressionnée, à tel point qu'elle ne lâchait pas d'un iota sa pression. Juste derrière eux, Ezra sourit avec bienveillance.

Ils ont passé leur robe de Jedi pour l'occasion… ils font un joli petit duo !

C'était Chi'ta qui avait insisté pour qu'ils se présentassent devant la Présidente Leïa Organa Solo dans leur tenue traditionnelle, et c'était la première fois que la jeune doctoresse voyait l'adolescent porter la bure marron… et elle estimait que ça lui donnait fière allure.

Surpris par la force du vent qui soufflait par saccades, les deux padawans restaient près l'un de l'autre. Leurs yeux s'habituèrent à la lumière et ils purent profiter du spectacle. Ils se rapprochèrent de la rambarde. Chi'ta osa ouvrir les yeux en grand, et tomba en extase devant un spectacle auquel elle ne s'était pas attendue, même après une petite préparation psychologique. Elle resta bouche bée d'émerveillement.

Tout Coruscant s'étalait à leurs pieds. Une surface constellée de bâtiments de toutes les tailles, toutes les formes et toutes les couleurs. Les différents niveaux s'élevaient à des hauteurs dissemblables, créant ainsi des montagnes de chrome et des cavernes d'acier. Des milliers de speeders sillonnaient les routes atmosphériques. Plus haut, dans le ciel, des dizaines d'énormes vaisseaux allaient et venaient, partant vers d'autres systèmes ou se posant pour y déposer leurs passagers et leurs marchandises. En contrebas, ils pouvaient voir de grandes allées piétonnes où d'innombrables personnes de toutes races évoluaient, vivaient leur vie à toute vitesse. En tournant la tête vers sa voisine, Liam vit derrière elle l'imposante masse de pierres taillées qui constituait le palais où, il le savait, l'Empereur Palpatine avait séjourné après avoir dissous le Sénat, et où le Conseil des Jedi s'était auparavant tenu. La jeune fille était enchantée.

- Oh… Je crois… je crois que je n'avais jamais rien vu d'aussi beau.

- Moi non plus.

- Ah bon ? Avant de venir sur Yavin IV, tu ne vivais pas ici ?

- Si, mais au cas où tu ne le saurais pas, les habitations de Coruscant s'étendent sur des centaines de niveaux. Les premiers niveaux au-dessus du rez-de-chaussée sont mal fréquentés, et les niveaux inférieurs sont des zones de non-droit. Mes vieux habitaient le niveau soixante-dix-huit avant qu'Eldon ne les déménage au quatre cent cinquante-deuxième.

Ils restèrent encore quelques instants en extase devant la vue, quand le Chiss tapota l'épaule de Liam.

- Il faut y aller, maintenant, nous avons rendez-vous.

- Hein ? Oui, tu as raison.

- Vous êtes déjà venu ici, maître Grennan ?

- Non, fillette, mais cet endroit me rappelle un peu les hauteurs de Nar Shaddaa, en plus clair et moins bordélique.

Les quatre compères s'approchèrent de la grande porte ouvragée. Dès que le chuintement de fermeture retentit dans leur dos, ils n'entendirent plus rien. L'isolation sonore était parfaite. Les couloirs du palais présidentiel étaient très richement ornés : des lustres, des statues des héros de l'Ancienne République, des tapisseries représentant les blasons des principales planètes qui constituaient la Nouvelle République… Cette fois-ci, ce fut au tour de Grennan d'être impressionné.

- Jamais vu autant de pognon injecté dans la déco.

- Même la Nouvelle République a un statut à respecter, commenta simplement Ezra.

Rapidement, ils furent abordés par un groupe de gardes, à qui ils remirent leurs armes sans broncher, seuls les deux padawans conservèrent leurs sabres-laser. Plus loin, ils arrivèrent en vue d'une grande salle où s'alignaient plusieurs cabines de turbo-ascenseurs.

- On a encore une bonne trentaine d'étages à monter, le bureau présidentiel est au dernier, d'après Horn.

- C'est pas là où il y avait la salle du Conseil des Jedi, les enfants ?

- Ouah ! Hé, t'es fou, Grennan ! J'en sais rien, je n'étais pas né quand Palpatine a mis le grappin dessus !

- Je crois qu'elle a été reconvertie en petite salle de banquet, et que le bureau de la Présidente est de taille plus modeste. Enfin, c'est ce que m'avait dit le chevalier Penin quand il m'en a parlé après y être allé, répondit Chi'ta.

Ezra appuya sur le bouton indiquant le dernier étage. L'ascenseur monta à bonne vitesse, mais s'arrêta quatre étages plus loin. Les portes s'ouvrirent en grand.

- Messieurs dames…

Un Humain monta alors dans le turbo-ascenseur. Il avait une attitude calme, nonchalante, presque indifférente. Ce qui frappa le Chiss. Une telle désinvolture paraissait suspecte dans un lieu comme celui-là. Ezra fut interloquée par le fait qu'il n'était pas habillé précieusement, mais portait une tenue très banale de contrebandier. Il avait vraisemblablement franchi la barre de la quarantaine depuis déjà quelques années. Son visage était décontracté, ses yeux vifs. Il passa sa main dans ses cheveux châtain, dirigea son doigt vers le petit panneau de commande, puis voyant que le bouton du dernier étage avait déjà été enclenché, recula la main et attendit. Les portes se refermèrent, l'ascenseur redémarra.

Chi'ta avait une sensation bizarre. Plus elle réfléchissait, plus elle revoyait le visage de cet Humain dans d'autres circonstances tout à fait différentes. Elle remarqua alors les deux bandes rouges qui ornaient les coutures de son pantalon.

J'ai déjà vu ça… N'est-ce pas une distinction particulière ?

Cherchant au plus profond de ses souvenirs, elle se concentra… et tout à coup, visualisa une scène. Le hall d'un grand hôtel qu'elle connaissait bien… une réservation pour un ambassadeur, lui-même accompagné d'un guide qui portait les mêmes bandes rouges… elle comprit, et ne put retenir un petit cri de surprise.

- Oh ! Vous… vous êtes le général Yan Solo !

- Quoi ? Euh, je vous connais, mademoiselle ?

- Oh, je… je suppose que vous avez vu trop de visages pour vous rappeler du mien, Général, mais j'étais réceptionniste au Meccha Ducal, l'un des hôtels de la ville de Meccha, sur Drall, jusqu'à ce que vous y louassiez une chambre.

S'il ne fit rien pour le montrer, Grennan eut une petite pensée admirative envers le légendaire contrebandier. Yan Solo – car c'était bien lui – se gratta le crâne, songeur.

- Vous parlez d'un hôtel sur Drall, n'est-ce… une minute ! Ah oui ! Ca y est, je te remets ! La jeune Drall que mon beauf a enrôlé dans son académie, c'est bien ça ?

- Tout à fait, Général, répondit Chi'ta, enchantée d'avoir été reconnue par l'Humain.

- À ce que je vois, tu as l'air de bien te porter. Tu t'es faite au rythme de la maison ?

- Euh… je pense. Et j'ai rencontré ces quelques personnes, avec qui je parcours la galaxie, à présent.

Le regard du général tomba sur le ceinturon de Liam. Il eut un sourire ironique en voyant le petit cylindre argenté que l'adolescent portait au côté.

- Mouais. À voir vos tenues, j'aurais dû m'en rendre compte tout de suite. Un de tes petits camarades de classe, je suppose ?

Pour avoir passé une bonne partie de sa vie sur Coruscant, Liam avait déjà entendu parler plusieurs fois de Yan Solo, mais ne l'avait jamais vu en personne. C'est pourquoi il fut subitement pris d'un accès de timidité quand celui-ci lui adressa la parole.

- Je… en effet. Je… enfin… c'est un grand honneur. J'ai vécu toute ma vie dans les bas-fonds de cette planète, et j'ai beaucoup entendu parler de vous. En bien !

- Bah, à mon avis, y a pas mal de trucs exagérés, mon gars. Je suis qu'un homme. C'est pas comme toi et ta copine, les futurs Jedi. Luke m'a parlé un peu de vous. D'après lui, vous êtes les premiers Jedi envoyés dans le Secteur de l'Expansion. Il paraîtrait que les choses commencent à sentir le brûlé, là-bas, non ?

- C'est justement pour ça que nous sommes là, Général, dit alors Ezra. Nous venons voir la Présidente Leïa Organa Solo.

- Ah ouais ?

L'ascenseur s'arrêta alors, arrivé au dernier étage. Sans se dépêtrer de son air désinvolte, Yan Solo quitta l'ascenseur le premier et cria comme si de rien n'était :

- Chérie ! T'as des invités !

Il n'y eut pas de réponse, mais les deux padawans, la jeune doctoresse et le chasseur de primes entendirent sur leur droite des éclats de voix, à travers une porte. Solo fit une grimace.

- Oh-ho ! On dirait que Madame la Présidente Leïa Organa Solo a encore quelques petits déboires avec un diplomate sans subtilité…

- Euh… on fait quoi, alors ? demanda Liam.

- Ben, très simple. Vous frappez et vous entrez !

Et sans dire un mot de plus, Solo frappa à la porte, l'entrouvrit, et s'en alla, plantant là les quatre compagnons. Les cris avaient cessé. Très timidement, Chi'ta appela :

- Madame la Présidente ?

- Oui, entrez ! répondit une voix claire et décidée.

Chi'ta, Ezra, Liam et Grennan pénétrèrent dans une grande salle à l'ameublement à la mesure du reste du palais. Sur leur droite, un grand écran mural s'éteignit à leur passage. Et sur leur gauche, la Présidente Leïa Organa Solo était assise derrière un solide bureau de bois verni décoré de multiples ornements. Aucun des quatre investigateurs n'avait rencontré la Présidente, bien que Chi'ta et Liam, originaires du Noyau, avaient déjà assisté à l'une ou l'autre de ses interventions à l'holovision. Aussi ce premier contact les impressionna grandement, d'autant plus volontiers qu'ils étaient les deux plus jeunes. Ils se sentaient minuscules devant cette femme, et s'empressèrent de profondément s'incliner. Ils savaient que la Présidente était elle-même sensible à la Force, mais même le plus récalcitrant des Hutts ne pouvait rester indifférent devant l'impression de puissance, de charisme et d'autorité qui émanait de toute sa personne. Le docteur Lohrn crut voir l'espace d'un instant la plus belle femme qui lui avait été donné de voir. Même Grennan eut parfaitement conscience qu'il n'aurait jamais pu lever la main ou pointer son disrupteur sur cette Humaine, y compris pour remplir un contrat d'un million de crédits.

Celle-ci dit avec un sourire engageant :

- Soyez les bienvenus sur Coruscant. Mon frère m'a prévenu de votre arrivée.

- On vous dérange pas en pleine savonnette, au moins ? demanda le Chiss.

- Non pas, monsieur… Grennan, je crois ? Vous devinez ce que c'est, parfois les négociations avec un délégué ne sont pas de tout repos. Installez-vous donc, je crois que vous avez un certain nombre de choses à me rapporter.

- C'est exact, Madame la Présidente, répondit la Drall, à moitié muette de timidité.

Les quatre compères s'assirent dans les fauteuils mis à disposition. Liam Kincaid se leva, et surmonta son appréhension en déclarant :

- Avant toute chose, Madame la Présidente, je souhaiterais faire les présentations.

- Je vous en prie, jeune homme.

L'adolescent se racla la gorge.

- Permettez-moi donc de vous présenter le docteur Ezra Lohrn. Elle fait partie de la Maison Calipsa.

- Je vous avouerai, docteur, que je ne connais pas encore tous les rouages de la politique du Secteur Tapani, mais – corrigez-moi si je me trompe – les Calipsa ont d'importantes ressources minières, n'est-ce pas ?

- Tout à fait, Madame la Présidente. Nous, les Calipsa, sommes les principaux dirigeants des planètes minières du secteur.

- D'accord. Poursuivez donc, Liam, je vous prie.

Liam toussota à nouveau, et fit un petit geste vers Grennan.

- Je ne connais pas encore grand-chose de Grennan, mais pour ce que j'ai pu en voir, c'est un combattant aguerri, sûr de lui à raison. Il ne rate jamais sa cible, et est un grand professionnel du disrupteur. Tant qu'on le paie, il est fidèle. Actuellement, son contrat consiste à protéger le docteur Lohrn, mais il ne se sent pas pour autant rattaché aux Calipsa.

- Je peux facilement reconnaître un chasseur de primes quand j'en vois un, mais je sais aussi distinguer un professionnel sobre d'un boucher psychopathe… et je n'ai pas l'impression de voir un boucher en vous regardant.

- Enfin, voici Chi'ta Koskaya, élève de Maître Corran Horn. C'est une padawan de la branche des Jedi Consulaires… et c'est la personne la plus sensible, la plus honnête et la plus gentille que je connaisse, Madame la Présidente.

La présidente Leïa sourit davantage en devinant que la jeune Drall serait probablement en train de rougir si c'eût été physiologiquement visible.

- Quant à vous, jeune homme, si j'en crois le dossier de mon frère que j'ai lu avant votre arrivée, vous êtes quelqu'un de peu ordinaire. Issu des niveaux inférieurs de cette planète, vous avez été recueilli par un certain Duncan Blackstorm, un Jedi bienveillant qui vous a présenté au Praxeum. Puis vous avez été envoyé sur Procopia, où vous avez commencé la mission sous l'égide de la Maison Pelagia, et vous êtes venus me parler à présent de vos découvertes. Et c'est pourquoi je suis maintenant disposée à vous entendre.

Ezra prit alors son inspiration, et demanda :

- Avec votre permission, les amis, j'aimerais exposer mon point de vue.

Personne ne répondit, et donc la jeune femme se lança :

- Ne tournons pas autour du pot, Madame la Présidente. Nous allons au devant d'une catastrophe à l'échelle galactique, si j'en juge par ce que j'ai pu voir de mes yeux ces dernières semaines.

- Voilà qui est plutôt direct, docteur Lohrn. Et si vous commenciez par le début ?

- Depuis quelques temps, d'étranges artefacts circulent dans le secteur Tapani. Des objets conçus selon une très ancienne mais très puissante technologie. Ces artefacts semblent provenir d'un secteur très éloigné, la Faille de Kathol.

- La Faille de Kathol, dites-vous ?

- Oui, c'est un secteur où un cataclysme a eu lieu il y a très longtemps, intervint Liam. Il y a quatre mille ans, à l'issue d'une bataille entre Jedi et Sith, il s'est passé quelque chose. Je ne sais pas quoi, précisément, mais ç'a été assez violent pour réduire tout le secteur Kathol sens dessus dessous.

- J'ai entendu parler de ce secteur. Il y a quelques années, la Nouvelle République a envoyé un équipage explorer cet endroit, à bord d'une corvette corellienne, l'Étoile Lointaine.

- Précisément, Madame la Présidente. Cette technologie s'appelle la technologie DarkStryder, enchaîna Chi'ta. C'est l'ancien membre d'escadron de l'Étoile Lointaine, Jayce Raynor, qui a prononcé ce nom devant nous pour la première fois.

- Bien. Donc, la technologie DarkStryder circule dans votre secteur. Jusqu'ici, tout est clair. Et donc ?

Grennan se craqua les os de la nuque avant de parler :

- Cette technologie est dangereuse. Elle a causé pas mal de dégâts.

- Je suppose que cette technologie est difficile, voire même impossible à contrôler ?

- Effectivement, Madame la Présidente. J'ai vu un Humain utiliser cette technologie sur Procopia, ça l'a rendu fou, murmura Chi'ta.

- Les seuls qui puissent s'en servir sans danger pour eux, c'est les gens qui l'ont créée, continua Liam. Les « Précurseurs », ou les « Kathols »… J'en ai affronté un, mais il s'est échappé.

La Présidente Leïa acquiesça d'une petite moue. Grennan reprit :

- Mais ce qui est encore plus emmerdant, c'est qu'il y a des gens que ça ne gêne pas. Au contraire, ils veulent cette technologie pour s'en mettre plein les poches.

- Cela ne m'étonne pas, de tous temps, il y a eu des gens qui n'hésitent pas à prendre des risques énormes pour le pouvoir. Pensez-vous à un individu en particulier ?

- Don Nycator de la Maison Mecetti, répondit le chasseur de primes.

- Qui est-ce, précisément ?

- Un petit rigolo qui semble vouloir peser de plus en plus lourd sur la balance politique du secteur. Il est en plein essor politique, Madame la Présidente. D'abord, il semble connaître beaucoup de choses par rapport à DarkStryder. Ensuite, il est en train de se constituer une nouvelle garde avec des Nazzars.

- Avez-vous quelque chose de concret sur ce sujet ?

Ezra sortit de sa sacoche deux cartouches de données. La Présidente put ainsi écouter la conversation rapportée par le droïd SE-2-4, puis regarder les diagrammes des armures de la Garde Astrale de Don Nycator de Mecetti sur l'écran géant du fond du bureau.

- Vous voyez, il prépare le grand jeu, commenta Ezra. Ce que j'aimerais savoir, précisément, c'est l'identité de la personne à qui il s'adresse sur le message audio.

- Quelqu'un qui est au courant pour la technologie DarkStryder, vraisemblablement, docteur Lohrn. Et qui vous a à l'œil.

- Mais il y a un autre protagoniste bien plus dangereux, Madame la Présidente : le seigneur Daymon Thorn.

- Que pouvez-vous me dire sur lui, jeune Chi'ta ?

- C'est un Humain terrible, qui a juré de succéder au Seigneur Noir Dark Vador. Il compte sur la technologie DarkStryder pour y parvenir ! Il est en train de construire une arme très puissante, une Sphère À Torpilles Améliorée. Elle est dans les chantiers spatiaux du système Tallaan. Cette station spatiale fonctionnerait avec la technologie DarkStryder, et serait sans doute assez puissante pour…

Chi'ta hésita avant de continuer. Elle sentit un léger souffle lui chatouiller le visage, et comprit que c'était une onde de peur qui émanait de la Présidente. C'est alors qu'elle se souvint d'un détail qui la plongea dans une furieuse gêne.

- Je… je suis désolée, Madame la Présidente.

- Ne vous en faites pas, jeune fille. J'ai toujours de la peine en pensant à Alderaan, mais j'ai fait mon deuil. Ce qui me fait peur, c'est qu'un être comme Daymon Thorn puisse reproduire une telle horreur. À votre avis, avec un superlaser alimenté avec cette technologie, jusqu'où ça pourrait aller ?

Personne n'osa répondre. La présidente reprit :

- Quoi qu'il en soit, malheureusement, pour ce coup-là, nous ne pouvons pas intervenir directement.

- Quoi ? Madame la Présidente, nous avons besoin d'une armée ! s'indigna Grennan.

- Tallaan n'est pas sous la juridiction de la Nouvelle République, et c'est à vos Maisons de s'occuper de cette affaire.

- Tallaan est dans le secteur des Mondes Libres, et ne dépend pas de l'une ou l'autre des Maisons, rétorqua Grennan.

- Madame la Présidente, intervint Ezra, je suis précisément en train de travailler en ce sens. Les Maisons Calipsa et Pelagia sont en train de renouer le dialogue, après des décennies de mésentente. Peut-être qu'au fur et à mesure du temps, nous ferons un effet boule de neige, et d'autres Maisons feront de même ?

- C'est possible, mais en ce qui nous concerne, je suis désolée, je ne puis rien faire à moins que les Maisons ne demandent ouvertement notre appui. Officiellement.

La déception se lut sur les visages des padawans, mais Grennan se calma, car il avait bien compris ce que la Présidente avait dit. Il articula :

- Et officieusement ?

- J'ai déjà réfléchi à ce que j'allais faire, en lisant les premiers rapports envoyés par mon frère. L'armée républicaine ne sera pas engagée, mais parfois il n'est pas nécessaire d'avoir recours à une armée entière quand un petit groupe suffit.

- Un petit groupe ? répéta Ezra.

- Oui, docteur Lohrn. Avez-vous déjà entendu parler du Commando Page ?

Le chasseur de primes eut un petit sifflement d'admiration.

- De sacrés professionnels, je crois.

- Je vais demander à un peloton de se rendre sur place pour tâter le terrain avant de décider quoi faire, exactement. Et voici l'homme qui sera à leur tête.

La présidente Leïa appuya sur l'une des touches du clavier intégré à son bureau. Un visage apparut sur l'écran. C'était un grand Humain, au juste milieu entre la trentaine et la quarantaine. Ses cheveux châtain tirés vers l'arrière révélaient un front large, il avait le nez légèrement épaté, et un regard dur, très dur, le regard de quelqu'un qui avait enduré bien des conflits.

- Voici Keleman Ciro. Il paraît être le mieux indiqué pour cette mission, car il se trouve que c'était le capitaine de l'Étoile Lointaine il y a sept ans. Il a bien failli perdre la vie au cours de la Campagne DarkStryder, mais a été sauvé par Jessa Halbret, et ses dons de guérisseuse alors récemment découverts.

- Impressionnant… murmura Liam.

Le docteur Lohrn sortit alors une petite cartouche mémorielle de sa sacoche.

- Il y a encore autre chose, Madame la Présidente. Un élément supplémentaire. Nous étions en train de faire notre enquête sur Niklas Veiler, le premier homme qui s'est servi d'un module DarkStryder sur Procopia.

- Celui dont parlait mademoiselle Chi'ta, je présume ?

- Oui, celui-là même. Pendant que nous explorions son appartement, nous avons été attaqués par des tueurs. Le droïd médical de l'académie Jedi a procédé à l'autopsie de l'un d'entre eux.

La présidente passa en revue les divers documents, photos et analyses de l'homme en combinaison noire.

- Qui sont ces gens, à votre avis ? demanda-t-elle. Quel lien avec ce Veiler ?

- Nous n'avons pas encore pu les identifier. Ils sont sans doute à la recherche des artefacts, à leur façon, et doivent vouloir faire le ménage.

- Et qui les a mis à votre poursuite ?

- Nous l'ignorons, Madame la Présidente, avoua Ezra. Les seules personnes qui savaient que nous nous rendions chez Niklas Veiler étaient le Maître Corran Horn, Maleek Stern, le chef de la sécurité de l'ambassade procopienne de la Maison Cadriaan, et Dame Damara Decrilla de la Maison Mecetti.

- Mecetti ? Comme ce Don Nycator ?

- Oui, mais le Maître Skywalker vous le confirmera, elle est aussi digne de confiance que Maître Horn, précisa Chi'ta.

- Ca fait longtemps que Horn est un Jedi ? demanda soudainement Grennan.

Cette question piqua au vif la petite Drall.

- Maître Grennan, voyons !

- Assez longtemps pour que je lui fasse confiance, répondit fermement la présidente.

Leïa Organa Solo tapota des doigts son bureau.

- Les Maisons, les Vestiges de l'Empire, de mystérieux nettoyeurs… le Commando Page va avoir un emploi du temps chargé !

- Madame la Présidente, il y a encore une chose : nous avons été attaqués à plusieurs reprises par des créatures inconnues.

- Allons bon ! À quoi ressemblaient-elles ?

- Plutôt insectoïdes, résistantes, et redoutables, répondit Ezra.

- Elles provoquent des parasites dans la Force. Chaque fois que Liam et moi nous trouvons en présence de ces êtres, nos sens sont brouillés.

- De mieux en mieux !

- Il est possible que ces créatures viennent de la Faille de Kathol, elles aussi.

Ezra confia alors à la présidente les données enregistrées par Akanseh. En les visionnant, celle-ci confirma :

- Effectivement, j'ai pu consulter ces rapports, il y a quelques années, au retour du capitaine Ciro.

- Elles veulent probablement récupérer ce qui leur appartient, Madame la Présidente. Comme quoi, c'est toute une machination dont le centre est ces mystérieux modules.

Leïa Organa Solo réfléchit quelques instants.

- Parfait, alors je récapitule : depuis quelques temps, des artefacts construits selon la technologie des Kathols, issus de la Faille de Kathol, apparaissent ça et là dans votre secteur, le secteur Tapani. D'après ce que vous avez pu voir ou entendre ces dernières semaines, plusieurs groupes distincts courent après ces artefacts. L'on peut au moins déterminer quatre groupes : certains membres peu scrupuleux des différentes Maisons, en particulier un seigneur de la Maison Mecetti, l'Empire, ces insectes géants et enfin ces mystérieux hommes en armures noires qui semblent œuvrer de leur côté, pour un commanditaire encore inconnu.

- C'est tout à fait ça, Madame la Présidente, approuva Liam.

La présidente soupira, soucieuse.

- Qu'est-ce que vous compter faire, maintenant ?

- Il apparaît que la suite des événements se déroulera sur Lemuir IV, l'astéroïde astroport, répondit Ezra. J'ai déjà un contact sur place, Hamar Chaktak. C'est un transporteur de bacta qui travaille pour une entreprise réputée, avec qui j'ai déjà accompli quelques transports.

- D'accord… je le signalerai au Commando Page.

- Le Conseil des Jedi a déjà l'intention d'envoyer quelqu'un sur place, Madame la Présidente, précisa Chi'ta.

- En ce cas, je demanderai à Ciro de concentrer ses efforts ailleurs.

- Si je puis me permettre, M'dame, le zigoto qu'il faudrait surveiller d'un peu plus près, c'est Don Nycator de Mecetti. Je parierais qu'il nous cache pas mal de trucs pas clairs. Il y aura deux grandes occasions où il va s'afficher : d'abord, le Gala de la Réunification qui aura lieu dans quelques jours sur l'île Crispos.

- Oui, celui évoqué dans la communication entre Don Nycator de Mecetti et la voix grave, je présume. Et l'autre événement, monsieur Grennan ?

- Son mariage, M'dame.

- Son mariage ?

Les oreilles de Chi'ta s'affaissèrent à l'évocation de cet événement. Elle trouva cependant la force de répondre :

- Oui, Madame la Présidente. Il compte épouser Dame Liryl, la Dame de Sérénité.

- Mon frère m'a parlé d'elle. Une personne exceptionnelle, à ce qu'il m'a dit.

- Les mots manquent pour décrire son abnégation, Madame la Présidente. Mais nous ne pourrons sans doute pas y assister. Les dirigeants des Maisons Pelagia, Cadriaan et Calipsa pourront nous procurer des invitations pour le Gala de la Réunification, mais nous n'avons pas encore été invités au mariage de manière officielle. Il nous en a parlé, mais peut-être qu'il changera d'avis s'il devine que nous sommes en train d'investiguer.

Leïa Organa Solo fit une petite moue pensive.

- Bon. Tout cela ne me dit rien qui vaille. Écoutez, comme je vous l'ai dit tantôt, je ne puis intervenir directement pour le moment, mais le Commando Page va me tenir au courant. Je vais tout de même prendre contact avec les dirigeants des trois Maisons auxquelles votre groupe est rattaché, pour leur parler de cette sphère à torpilles, cela me semble important de surveiller ces chantiers de plus près. Quant à vous, ne relâchez pas votre vigilance, continuez sur votre lancée, mais ne prenez pas non plus de risques inutiles. Ce serait dommage de perdre des agents efficaces.

Les quatre compères saluèrent, et prirent congé de la présidente. En attendant que le technicien eût fini de faire le plein, ils décidèrent de se détendre un peu au salon de thé du palais. Une fois installés, ils échangèrent encore quelques mots :

- Quelle frayeur vous avez dû avoir dans cet appartement ! Je suis bien contente de ne pas avoir pris part à cette bagarre ! Mais d'un autre côté… s'il vous était arrivé quelque chose, je ne me le serais jamais pardonné.

- Laisse tomber, répondit Grennan. Avec un bout de tuyauterie en moins et tout le reste du corps défoncé à la morphine, t'aurais pas changé grand-chose.

- Il parle un peu crûment, mais je le comprends, tu n'as pas à t'en faire.

- J'espère me rattraper. Où est-ce que nous allons aller ? À l'astroport géant ?

- C'est clair. La prochaine étape va nous amener sur Lemuir IV !

- Ne le prends pas mal, mais je ne sais pas si c'est intelligent que tu y ailles, Chi'ta.

- Pourquoi donc, docteur ? Vous…

Immédiatement, le visage de la jeune Drall se renfrogna.

- Oh, je vois. Je vous gênerais, n'est-ce pas ?

- En fait… hé, les gars, vous pouvez aller chercher la commande ?

Liam et Grennan comprirent le message sous-jacent de la jeune doctoresse. Ils se levèrent sans un mot et se dirigèrent vers le comptoir. Chi'ta semblait prête à pleurer. Une fois les deux femmes seules, Ezra posa doucement ses doigts sur la main duveteuse de la jeune fille et lui expliqua :

- Comprends bien, Chi'ta, je serais enchantée que tu nous accompagnes, ne serait-ce que parce que je ne serais pas la seule fille au milieu de tous ces machos bornés comme des banthas, mais on s'attend à ce que ce ne soit pas une investigation où ton sens de l'observation prévaudrait, encore moins une négociation paisible qui se déroulerait comme sur des roulettes grâce à tes talents de persuasion. Je dirais même qu'on est pratiquement sûrs de croiser encore ces bonshommes en armure noire, des Mecetti enragés, et avec un peu de malchance, des Impériaux. Or, soyons claires : pour ce qui est de raisonner les gens avec les mots, tu assures. Mais dans les situations de combat, tu n'es pas encore très à l'aise. Tu le reconnais, non ? Et puis, tu as encore quelques jours de convalescence à passer.

- Ou… oui, je dois bien l'admettre. Mais Liam, vous l'emmenez…

- Liam a une expérience plus approfondie du combat. Il a été formé par un Jedi Gardien, et quand il s'est battu contre les tueurs, il a su gérer tant bien que mal la situation, mais peut-être que toi, tu aurais été blessée. Je préfère avoir un Jedi avec nous, ses talents pourraient nous éviter des ennuis qu'on ne pourrait pas percevoir.

La petite Drall ne répondit rien, mais semblait accepter, plus ou moins résignée. Alors que les deux autres revenaient, la Calipsa posa sa main sur l'épaule de la jeune fille.

- Écoute, je te promets que je te le ramènerai en entier. Et puis, si c'est ça qui t'inquiète, souviens-toi que sur le plan sentimental, avec moi, il n'y a aucun risque.

- Oui, j'en suis sûre.

- Tu n'as pas à t'en faire, intervint alors Grennan en posant un plateau sur lequel étaient posés quatre tasses pleines. Avec Canderous, Dankin et Morgreed, il ne risque pas grand-chose, ton petit camarade.

- Pour sûr ! approuva Liam, qui encaissa en grimaçant la grande claque que le Chiss venait de lui coller dans le dos.

- Oh, vous… vous croyez ?

Le Chiss répondit par un sourire bienveillant. Mais il y avait autre chose dans son regard, quelque chose de bien moins amical.

- Ouaip. Je sens que sur Lemuir IV, d'ici un jour ou deux, il va y avoir du sport !

 

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