La Trilogie de l'Expansion par

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Continuation / Aventure / Action

9 L'Evénement de la Saison

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(Flash d'informations. Le présentateur, Obi-Dil Yastard, présente une nouvelle qu'il dit « sensationnelle ».)

« Une vidéo qui circule en boucle sur les chaînes publiques, privées, et depuis les plus hautes sphères de Procopia jusque dans ses quartiers les plus reculés. »

(Sur le grand écran, en arrière-plan, l'image présente une scène singulièrement spectaculaire : un croiseur impérial de classe Interdictor est amarré à une station bâtie sur un astéroïde géant, quand un geyser de flammes sort de son flanc, et illumine toute la station. Le présentateur reprend :)

« Ces images montrent le Gantelet, le croiseur personnel du Seigneur Daymon Thorn, le redoutable commandant impérial, dernièrement aperçu sur Lemuir IV. Lui-même a été mêlé à de nombreux incidents dans cet astroport, d'aucuns pensent qu'il pourrait être la cause de tous les problèmes qui ont éclaté ce jour-là, à savoir les nombreux cadavres retrouvés un peu partout, les pannes de courant, et les dégâts matériels. De forts soupçons pèsent sur le Réseau d'Action de Justice, bien que ses membres n'aient pas encore revendiqué cet acte de sabotage. Les autorités recherchent… »

Le chef Stern éteignit l'écran d'holovision, et se tourna vers Canderous Tal.

- Et vous dites que c'est vous qui avez fait ça ?

- Ouais, et j'ai des amis qui pourront confirmer.

- Quand je pense que je vous ai engagé comme portier, à l'anniversaire… Si j'avais su que j'avais devant moi un gars aussi barjo, je vous aurais refoulé… ou je vous aurais engagé dans les commandos « suicide » des Cadriaan !

- Et encore, chef, ce n'est qu'un début. Maintenant, préparez-vous à avoir un scoop de première auprès de notre petit PDG cachottier.

- J'espère sincèrement que vous savez ce que vous faites, messieurs dames. Monsieur Sprax est un poids décisif dans l'économie de notre secteur.

- J'ai confiance, Dame Bathos. Vous avez entendu le message, nos témoignages, il y a le cadavre du type qui a tenté de nous buter chez Niklas Veiler. Beaucoup de choses que ce Nalroni de malheur sera bien obligé de reconnaître.

- Il vaudrait mieux que vous ayez raison. Pour le bien de toute la Maison Cadriaan.

Ayant dit, Stern se leva, et passa dans la petite pièce d'à côté, suivi de Dame Bathos, Canderous, Dankin et Ezra Lohrn de Calipsa. Quatre gardes braquaient leurs armes vers un siège sur lequel était solidement menotté Sprax, le PDG de la firme Xizor Transports System. Le Nalroni ne semblait ni surpris, ni effrayé, encore moins indigné. Il se contentait de sourire, comme s'il venait de perdre une partie de sabacc à laquelle il avait pris beaucoup de plaisir à jouer. Les quatre Humains s'assirent à leur tour sur des sièges en face, tandis que Dankin s'appuya contre le mur. Ce fut Stern qui commença la discussion.

- Bien. Monsieur Sprax… vous savez pourquoi vous êtes ici ?

- J'ai des doutes, mais j'aimerais l'entendre de votre bouche, chef, répondit d'une voix mielleuse l'homme-chien.

- J'ai un témoignage comme quoi vous êtes un ancien collaborateur du Prince Xizor, le numéro un du syndicat criminel interplanétaire connu sous le nom de « Soleil Noir ». Et j'ai ici des documents pour le prouver.

Stern présenta des copies d'avis de recherche édités par la Nouvelle République. Le Nalroni se fit encore plus narquois.

- J'avais dit à Xizor de se méfier de Skywalker. Aujourd'hui, encore, il constitue un obstacle de poids pour les criminels. Mais vous me montrez des documents vieux de plus de dix ans, chef. Je reconnais avoir collaboré avec Xizor, mais il est mort depuis longtemps. D'après ce que stipule la loi, il y a prescription. En outre, les… déviations que j'ai pu commettre n'ont pas eu lieu dans ce secteur, à ce que je sache. Il n'y a donc rien que vous puissiez me reprocher.

- Que vous dites, Sprax, répondit alors Dame Bathos. On dirait que le passé n'a pas voulu vous lâcher si facilement… à moins que ce ne fût vous qui n'ayez pas voulu lâcher votre passé. C'est vous, et vous seulement, qui allez causer votre perte. Écoutez plutôt. Chef Stern ?

Le chef appuya sur le bouton d'une télécommande. Aussitôt, deux voix résonnèrent par le haut-parleur niché dans un coin de la pièce. Bien qu'aucun nom ne fût énoncé, on reconnaissait clairement la voix de Sprax, qui parlait de « perturbations dans le secteur Tapani », de « mettre le feu au tas de poudre entre Cadriaan et Mecetti… » Ezra était nerveuse.

Quitte ou double. Ou il joue franc jeu, ou il nie.

Quand l'enregistrement cessa, Dame Bathos inspira profondément, et demanda :

- Pouvez-vous nous expliquer comment nous avons votre voix et celle de Gorak Khzam, criminel notoire du Soleil Noir, sur ce fichier audio datant d'il y a environ sept mois ?

- Compliments. J'ignore comment vous avez trouvé cet enregistrement, après tout ce que nous avons fait pour en faire disparaître l'auteur.

- Donc vous reconnaissez les faits ? Ou alors, vous avez autre chose à répondre ?

- Qu'y a-t-il à répondre ? Il semblerait que les marionnettes se soient libérées de leurs fils.

Canderous se leva d'un bond.

- Sprax, espèce de rat gluant ! C'était toi, enfoiré ! Klytus, et ces nettoyeurs sur Lemuir IV, tout ce merdier dans lequel on a été plongés depuis cet anniversaire ! Donne-moi une bonne raison de ne pas te saigner comme un mouton !

- Ho, du calme !

Stern avait posé sa main sur l'épaule du Mandalorien, qui se décrispa. Le sourire de Sprax s'allongea insolemment.

- Cela me paraît une excellente raison, monsieur Tal. D'accord, j'ai perdu pour aujourd'hui, vous m'avez eu. Le coup de l'appât avec un module DarkStryder, c'était un piège vraiment primitif, mais plus c'est simple, mieux ça marche.

Le chef de la sécurité Cadriaan se craqua les doigts.

- J'ai l'impression que vous n'êtes pas tellement conscient de la situation dans laquelle vous vous trouvez, Sprax, observa Stern. Quand vos actionnaires n'auront plus de nouvelles de vous, ils se rendront compte de votre disparition. Très vite, le mot se répandra comme quoi vous avez été fait prisonnier pour collaboration avec un réseau de malfaiteurs. Non, pas « collaboration », mais bien « direction », car je suppose qu'une fois Xizor disparu, personne n'a été à la hauteur pour le remplacer, et le Soleil Noir s'est divisé en petites comètes indépendantes.

- Vous nous connaissez mal, chef Stern ! Les Humains sont les plus enclins à la trahison, et aucun Humain ne siège comme vigo depuis la tentative de trahison de l'un d'entre nous, le vigo Green – tentative qui lui a coûté la vie, cela dit en passant. Mais les autres vigos sont restés solidaires entre eux.

- Cela n'arrange pas votre cas, Sprax ! coupa Dame Bathos. Au contraire, si vous êtes resté attaché à vos collègues, ils vont sans doute prendre peur. Un grand professionnel de l'intrigue comme vous a sans doute énormément d'informations sur son entourage direct, ainsi que sur les plus grandes puissances du secteur, et d'autres.

- C'est possible, susurra le Nalroni avec ironie.

Le chef Stern ne souriait pas, lui.

- Et donc… beaucoup de gens souhaiteront que vous ne puissiez pas faire quelques « révélations » pendant votre incarcération. Des gens puissants, probablement hauts placés dans le réseau politique du secteur Tapani. Des dirigeants des Maisons nobles, à n'en pas douter. Qui sait quelles têtes un individu tel que vous serait susceptible de faire tomber ?

- Sûr, beaucoup doivent se ronger les ongles à l'heure qu'il est, approuva Sprax avec un petit rire.

Canderous grommela.

On est en train de le clouer au pilori, et il continue à se foutre de nous… c'est pas drôle !

- Écoutez, nous sommes entre adultes civilisés. Tous autant que nous sommes, nous savons qu'il y a moyen de s'arranger pour que tout le monde y gagne dans cette conversation. Monsieur Stern, voyez les choses en face : si vous me livrez à la justice du secteur Tapani, nous savons très bien ce qui va se passer je vais être accusé, puis mis en cellule en attendant de passer devant un tribunal, mais même si j'arrive devant le juge qui me condamnera sans doute à la prison à perpétuité, je n'y survivrai pas une semaine. Il m'arrivera probablement un « regrettable accident », à moins que je ne décide de « mettre fin à mes jours »… Qu'est-ce que ça vous rapportera ? La satisfaction d'avoir coincé l'une des pièces du puzzle, mais vous éprouverez sans doute un petit arrière-goût amer : celui qu'un pêcheur ressentirait en voyant passer un requin baleine après avoir saisi dans ses filets un poisson-pilote. Vous aurez saisi l'ombre, mais la proie vous aura échappé. Moi, j'ai un accord à vous proposer :

Nous y voilà, songea Ezra.

- Nous vous écoutons avec attention, répondit le chef Stern.

- Comme vous l'avez dit, toutes les principales Maisons du Secteur Tapani vont se mettre d'accord pour me liquider en moins de deux une fois que la nouvelle de mon arrestation sera passée. Toutes les Maisons, pratiquement, sont clientes de XTS. Je suis au courant de pas mal de choses dans leurs comptabilités. Personne ne souhaiterait me voir parler… y compris vous, Dame Bathos, j'imagine.

- Très amusant, monsieur Sprax. Plus le temps passe et moins vous m'êtes sympathique. Nous pourrions effectivement vous réduire au silence.

- Oui, mais le Soleil Noir, même s'il ne pleurera pas ma perte, ne laissera pas cette punition sans conséquence. N'oubliez pas l'influence de XTS sur l'économie du secteur Tapani. Ce qui pourrait arriver serait quelque chose comme un krach économique sans précédent accompagné d'actes de sabotage et de blocus. Beaucoup de victimes parmi les civils, riches et pauvres, seront à déplorer. Ce serait dommage d'en arriver là simplement parce que nous ne sommes pas d'accord, vous ne pensez pas ?

- Et donc, qu'avez-vous à proposer ?

- Laissez-moi partir. Dans une demi-heure, j'aurai quitté cette planète. Dans une semaine, j'aurai quitté le secteur. Dans un mois, j'aurai refait ma vie ailleurs. Comme vous avez des copies de l'enregistrement de cette conversation avec le vigo Khzam, je sais que vous pourrez vous en servir contre moi si le Soleil Noir menaçait votre vie. Il y a de quoi lancer un avis de recherche intersystémique dans cet enregistrement, et je ne couperai pas à la prison s'il venait à être diffusé, où que j'aille. Donc, je file, et je vous donne ma parole d'honneur, orale et écrite, que je m'occuperai personnellement d'effacer toutes les données que le Soleil Noir a sur vous, et la prime sur vos têtes.

- Trop aimable, maugréa Canderous. Et c'est tout ce que tu serais prêt à donner en échange de ta liberté ? Seulement ton absolution ?

- L'annulation d'un contrat du Soleil Noir est un privilège rarissime, monsieur Tal. À ma connaissance, une seule personne a pu en bénéficier, le chasseur de primes Boba Fett. Lui aussi avait des documents très compromettants à nous rendre. Mais je me doute que Dame Bathos n'y voit pas son intérêt, elle, aussi j'ai autre chose à lui proposer : des preuves.

- Des preuves ?

- Des preuves comme quoi le R.A.J. n'est pas responsable de l'attaque dont on l'accuse, l'attaque sur Bethal, dans le secteur Calipsa, celle qui a fait tomber Vaskel Savill et Annora Calandra. Des documents falsifiés incriminant les Melantha, les Mecetti et les Calipsa de viles actions. De quoi vous faire beaucoup d'amis. Imaginez un peu ce que diraient les différents meneurs de ces Maisons en voyant que vous avez de quoi les laver de vilains soupçons tout en délogeant les membres du Soleil Noir. Et pour ce qui est de la Maison Cadriaan, je vous remettrai les documents que vous pourriez trouver « gênants ».

- Vous seriez prêt à vendre vos collègues ? Vous n'avez pas peur qu'ils vous rendent la monnaie ? s'enquit Grennan.

- Non, monsieur. Je ne suis pas né de la dernière pluie. Contrairement à feu le prince Xizor, j'ai une porte de sortie connue de moi seul, porte que je claquerai derrière moi et que personne d'autre ne pourra jamais franchir. Et puisqu'on en est à vendre les collègues, en prime, je vous donne Klytus.

- Ah ouais ?

- Oui, car ce crétin en sait trop, et n'osera jamais s'en servir. L'adresse de sa planque est avec le reste de mes données, qui sont dans mon coffre-fort personnel à la banque indépendante de Tallaan. Quand je serai sorti, libre comme l'air, je vous enverrai un message codé qui se déverrouillera une heure plus tard, un message qui vous indiquera le nom de la banque ainsi que le numéro de compte et tous les codes d'accès.

Dame Bathos hésita.

- On dit qu'un « tien » vaut mieux que deux « tu l'auras », Sprax. Je prends le risque de laisser partir un menteur professionnel qui nous aura servi une dernière duperie avant de s'évanouir dans le néant.

- Ah, oui… Mais vous prenez aussi le risque de laisser le R.A.J. faire de nombreuses victimes dans moins de trente-six heures.

- De quoi parlez-vous ?

- Du Gala de la Réunification, voyons, monsieur Grennan ! Le R.A.J. compte sur les quelques faiblesses des réseaux de surveillance pour frapper.

- Quelles faiblesses ? demanda Canderous.

- Vous les connaissez, monsieur Tal. Allons, ne croyez pas que votre amie Wroonienne soit la seule à avoir obtenu ces informations !

Pris d'un coup de sang, le Mandalorien saisit Sprax au col, le soulevant avec la chaise et le plaquant contre le mur. Les quatre gardes relevèrent leurs armes, prêts à tirer.

- Je te préviens : tu lui fais du mal, je te fais très mal !

- Oh, je vous en prie ! Quel intérêt aurais-je à lui faire du mal ? Je ne suis pas un boucher sadique, monsieur Tal.

Sprax ne s'était pas démonté devant le Mandalorien. Ezra reprit alors la parole :

- Monsieur Sprax, je vous en conjure, épargnez aussi la vie d'Ari Quayle. Elle ne sait rien de cette sombre histoire, et vit désormais dans la peur permanente de subir le même sort que son mari.

- Ce petit vermisseau de Jackee Quayle… Il travaillait comme videur au club Failey. Le soir où Khzam est venu me trouver, dans ce club, il l'a reconnu. Khzam et lui ont travaillé dans le même réseau d'esclavagistes par le passé, le réseau Sabiador, sauf que Quayle avait déserté ce réseau, il était trop scrupuleux. Il s'est douté que nous allions parler de choses intéressantes, et a enregistré discrètement notre conversation. J'ignore s'il comptait me dénoncer ou me faire chanter, mais Khzam l'a aussi reconnu, et je me suis arrangé pour faire d'une pierre deux coups le jour de l'anniversaire : j'ai ordonné à Klytus de demander au droïd d'abattre Quayle et de faire semblant de tirer sur Dame Bathos. Du coup, on a cru qu'elle était la cible, ce qui était le plus plausible, et la tension avec les Mecetti a pu être provoquée.

Canderous jura en son for intérieur.

Dire que si nous avions pensé tout de suite à récupérer toute la mémoire de ce droïd, on aurait su dès le début que la cible était Jackee !

- Après quoi, vous vous êtes arrangé pour que Don Nycator offre l'artefact DarkStryder, et l'avez fait récupérer par Niklas Veiler ! compléta la jeune doctoresse.

- Veiler voulait le pouvoir, il a essayé, mais il était trop peu fiable. L'essentiel était de mettre la main sur cet artefact, ce que j'ai fait, avec la bénédiction de Dame Bathos. Quant à Veiler, je l'ai laissé moisir quelques mois dans sa cellule, puis j'ai décidé de l'éliminer, au cas où les médicaments commenceraient à faire leur effet. Ses paroles devenaient de plus en plus cohérentes. Allez ! Je suis bon prince : allez donc voir au 527 quartier nord de la commune de Zhulia sur la planète Tavya. Vous y trouverez Klytus. Ce n'est pas une preuve de bonne foi ?

Dame Bathos fit signe à Stern et aux autres de la suivre hors de la salle d'interrogatoire. Une fois sortis :

- Alors, que décidons-nous ?

- On ne peut pas le laisser fuir, à tous les coups il va nous gruger, grommela Grennan.

- Non, il faut le faire parler, répondit Canderous.

- Comment ? Ca m'a tout l'air d'être un dur à cuire !

- Chef, ici, vous ne pouvez pas tout vous permettre, car il y a un protocole à respecter. Moi, par contre, je peux en faire ce que je veux. Prêtez-nous un petit vaisseau, on va faire un petit tour dans l'espace avec lui, Et quand il redescendra, je peux vous assurer qu'il vous crachera jusqu'à son premier vol à l'étalage !

Dame Bathos et le chef Stern se regardèrent, peu rassurés. C'est la dirigeante Cadriaan qui eut le dernier mot.

- Espérons que je n'aie pas à le regretter.

- Comme c'est amusant ! J'ai toujours aimé les voyages interplanétaires.

- Il ne s'agit pas de ça, mon bonhomme !

Ezra, Canderous et Grennan étaient en orbite autour de Procopia, à bord d'une navette de transport Cadriaan. Sprax était menotté à des barres d'appui au fond de la soute. Canderous commença :

- Bon, tu vas nous donner le numéro du compte et la banque où tu as planqué tes documents.

- Quand je serai libre, pas avant.

- Dites-moi, enchaîna alors Ezra, et si vous faisiez un petit tour en capsule de sauvetage jusqu'au soleil ?

- Vous oubliez que j'ai une formation d'ingénieur en aérospatiale. Peu de vaisseaux me sont inconnus. Vu la qualité du zinc dans lequel nous voyageons, si vous voulez vraiment faire ça, vous devrez vous rapprocher, à tel point que tout l'appareil fondra. Vous en voudriez pas finir grillés avec moi, n'est-ce pas ?

Le Nalroni n'avait pas cillé. Cela énerva le Mandalorien.

Il a vraiment les nerfs solides.

- Sprax, Sprax… Je n'ai pas l'intention de te tuer. Mais pense un peu à ce que ta perte pourrait provoquer. Tu as sans doute des proches, non ? Des gens qui comptent sur toi, qui n'aimeraient pas te voir disparaître ?

- Non. C'est l'une des conditions pour être vigo, monsieur Tal. N'avoir rien d'autre à défendre que sa peau.

Ezra trépigna.

- Bon, ça suffit ! Il est clair que le système nerveux de notre ami Sprax est à l'épreuve de la guerre psychologique. Il va donc falloir utiliser d'autres moyens !

- À quoi tu penses ? demanda Grennan.

Sans dire un mot, la jeune Humaine sortit son blaster, et tira une décharge d'énergie paralysante sur le prisonnier. Elle rata lamentablement sa cible, ce qui fit rire le Nalroni. Frustrée, elle pressa trois fois la gâchette, l'étendant net sur le métal. Puis elle tira de sa mallette une seringue, y introduisit une petite pastille qu'elle broya et mélangea à du sérum, et profita de l'état comateux de sa victime pour lui injecter sa solution.

- Hé, c'est quoi, ça ?

- Tu te rappelles de mon petit cachet pour le directeur d'Industrial Automaton sur Amphor IV ? J'ai amélioré la formule. Quand il se réveillera, il nous suppliera de le laisser embrasser nos chaussures.

- Hé, une minute ! T'as déjà essayé ça sur un non-Humain ?

La jeune femme n'eut pas le temps de répondre. Brusquement, Sprax se redressa d'un bond, les yeux exorbités, la bouche écumante d'une mousse jaunâtre. Puis il se convulsa sur le plancher métallique avec un grand cri. Canderous plaqua son oreille sur la poitrine du Nalroni.

- Le cœur ne bat plus… On va le perdre ! Fais quelque chose !

Ezra détacha le Nalroni, lui écarta les bras, et fit un massage cardiaque. Puis elle lui administra un antipoison avant de recommencer. Il y eut un long silence. Sprax cligna des yeux.

- Il est sauvé…

- On a eu chaud !

- Sprax ? Hé, ça va ?

Le Nalroni bougea à peine. Il fit un petit signe du bout des doigts à l'attention de la jeune femme. Méfiante, elle s'approcha. Il gargouilla juste :

- Pauvre idiote…

Ezra grimaça, piquée au vif.

- D'accord ! Si vous le prenez comme ça…

- Hé, tu fais quoi ?

- Il me reste une dose de « Spécial K ».

- T'es malade ? Tu vas l'achever !

- Je vais diluer ma solution.

La doctoresse Calipsa s'appliqua à couper sa concoction, et fit une autre piqûre au Nalroni. Celui-ci ouvrit grand la bouche, et ses yeux se révulsèrent.

- Oh non !

Derechef, la jeune femme tenta de faire repartir le cœur… mais le système nerveux et les neurones avaient été trop endommagés par la surdose de drogue. Ce fut dans ces conditions misérables que le vigo Sprax quitta définitivement l'univers.

- Bravo, félicitations ! Alors là, j'applaudis !

Le chef Stern était furieux.

- Des révélations sur d'éventuels complots, des noms d'espions infiltrés, peut-être encore d'autres renseignements, et vous avez tout flanqué en l'air en jouant au petit chimiste !

Grennan ne répondit rien, trop contrarié. Mais Ezra se sentit culottée en disant :

- Dites, je vais pousser le vice un peu loin… vous me laisserez faire l'autopsie ?

- Mais vous êtes une vraie psychopathe ! Et vous, Canderous, vous n'avez rien fait pour l'arrêter ?

- J'ai cru que ça marcherait, chef.

- Eh bien je suis sûr que vos deux amis Jedi seront fous de joie en apprenant que vous avez abattu leur unique chance d'être amnistiés aux yeux du Soleil Noir ! Et encore davantage quand ils verront le nombre de victimes au Gala de la Réunification dans les infos d'après-demain !

- Bah, le Soleil Noir… maintenant que leur boss est mort, même s'ils voudront effectivement le venger, il leur faudra du temps pour se réorganiser.

Maleek Stern ne semblait pas convaincu.

- Quand toute cette histoire sera finie, je ne vous conseillerai que trop de prendre vos cliques et vos claques et de quitter ce secteur, y compris vous, docteur Lohrn. Ce sera toujours mieux pour vos vies, et sans doute bien d'autres encore ! Et je dis quoi, moi, à la patronne, maintenant ?

- Que nous n'aurons plus jamais à craindre Sprax.

- Ah, c'est malin ! Je parle de ce qu'il disait, moi ! Ces informations sur le Gala !

- C'était peut-être du bluff, chef !

- Oui, mais si c'était vrai, Grennan ? Même le Maître Skywalker a confirmé que c'était un type dangereux ! J'espère pour vous que vous allez trouver une solution de secours, et vite !

- Voyons les choses du bon côté, chef, rétorqua Ezra. Nous avons filmé l'entretien que Sprax a eu avec nous tous ici, au moins nous avons la preuve qu'il exerçait des activités illégales et qu'il représentait une menace. Comme ça, nous allons pouvoir convaincre les autres Maisons de faire attention.

- Ouais, peut-être… mais autant vous le dire tout de suite, docteur Lohrn. Si jamais vous décidez de diffuser l'autre partie du témoignage avec sa conclusion, on ne vous connaît pas, et vous serez immédiatement sous les verrous !

- Pour avoir fait parler un criminel ? s'indigna Grennan.

- Pour avoir assassiné un important témoin, répondit calmement Dame Bathos qui venait d'entrer dans le bureau, sans un bruit.

Le crépuscule tombait sur Procopia. Le parc de l'ambassade de la Maison Pelagia était éclairé artistiquement par des projecteurs dissimulés, faisant apparaître sur les arbres, les statues et les fontaines des reflets multicolores. Il était désert… pratiquement. Un homme en combinaison souple s'avançait lentement entre les buissons. Son masque d'or visible sous sa cagoule était sculpté de manière à présenter un visage serein, au regard vide. Il se déplaçait silencieusement, avec la souplesse d'un félin. Vint le moment où il arriva sur une petite place pavée. Il vit une petite silhouette agenouillée sur les pavés. C'était une petite jeune fille Drall en robe de Jedi, plongée en profonde méditation. L'homme masqué s'approcha sur la pointe des pieds. Il porta la main à sa ceinture, sortant délicatement un fleuret-laser. Il leva très doucement le bras, et l'abattit sans hésiter sur sa cible. Mais à peine avait-il fait jaillir la lame violacée que la petite forme velue disparut pratiquement en un instant. Un bruit d'étincelles, un choc violent qui dévia son fleuret dont la pointe s'enfonça dans le sol. Il resta immobile, surpris de voir la jeune Drall à un mètre de lui, qui le regardait tranquillement, orientant le fleuret pourpre vers le sol de son sabre-laser vert. L'homme masqué dégagea son épée.

- Jolie manœuvre, jeune fille.

Il s'élança en avant, l'arme fine et élancée projetait des reflets sur tout l'espace. Mais chaque fois qu'il attaquait, qu'il fendît, qu'il feintât ou qu'il tentât un puissant assaut, il n'atteignait jamais sa cible. Soit la petite Drall faisait un saut ou une roulade de côté, soit elle déviait la dangereuse arme laser de l'Humain sans jamais la contrer directement, consciente qu'elle n'avait pas la force physique suffisante pour cela. L'assaut dura quelques longues minutes, puis la non-Humaine décida de passer à un autre style. Elle éteignit son sabre-laser, et fit un bond en arrière, disparaissant derrière les buissons.

- Ah ha ! Voilà qui va rendre les choses plus intéressantes ! se réjouit l'Humain à haute voix.

Il rangea à son tour son arme laser, et fléchit les jambes, prêt à bondir. Il marcha de plus en plus lentement, poings levés. Il s'enfonça dans le petit bois, tous sens aux aguets. Un craquement sec retentit sur sa gauche. L'homme pivota sur ses talons, mains tendues en avant, et tomba à la renverse, sous le faible poids de la jeune fille qui s'était cachée dans un arbre. L'Humain prit appui sur ses bras, et se releva d'un coup sec. Au passage, il agrippa la Drall, la plaqua au sol, posa un genou sur sa poitrine.

- Un point pour moi, on dirait !

Un gloussement aigu hystérique répondit à cette constatation. L'homme se retourna, interloqué. Il n'y avait personne. Il ne comprit que trop tard qu'il avait été le jouet d'une illusion. Quand il regarda de nouveau sa victime, celle-ci lui écrasa une motte de terre en plein visage, et profita de sa confusion pour lui échapper, se contorsionnant nerveusement avant de glisser entre ses mains et roula sur elle-même, se mettant hors de portée. Elle ressortit son sabre, et quelques animaux effrayés par la lueur verte se sauvèrent. L'homme tira son fleuret-laser, se mit en garde, mais hésita. La jeune Drall attendait l'attaque, tranquille, sereine. L'homme comprit qu'il avait peu de chances de continuer sans que quelqu'un ne fût sérieusement blessé, et leva la main.

- S'il vous plaît, restons-en là.

- Comme il plaira à votre Seigneurie.

La petite créature relâcha le bouton d'alimentation de son arme qui s'éteignit. L'humain fit de même, et enleva son masque, révélant un visage jeune et souriant.

- Je suis très honoré, jeune padawan. C'est la première fois que j'ai le privilège de me mesurer à un membre de l'Ordre, même à titre amical.

- Tout l'honneur est mien, votre Grandeur. J'espère ne pas vous avoir fait de mal.

- Pensez-vous, une poignée de terre… C'est à moi de m'excuser si j'ai été trop violent. J'ai perdu de vue que j'affrontais une frêle adolescente.

- Quelques contusions que la Force aura vite fait de dissiper. Ne vous en faites donc pas, Haut Seigneur.

Le Haut Seigneur Theus Paddox tendit la main, et serra le poignet de la jeune Drall qui finissait de rajuster sa robe.

- Pour quelqu'un qui n'a pas l'habitude de se battre, vous vous débrouillez bien !

- Votre Seigneurie est trop bonne. Je suis convaincue que vous l'auriez emporté si vous n'aviez pas retenu vos coups.

- Je n'en suis pas si sûr, jeune fille. La Force est un guide très puissant, et en le suivant, vous serez capable de percer sans difficulté les défenses de n'importe qui... du moins, n'importe qui n'ayant pas des pouvoirs tels que les vôtres. Et si la force brute n'est pas votre genre, vous disposez d'autres atouts tout aussi efficaces.

- Bravo ! C'était magnifique !

C'était Liam Kincaid qui arrivait en courant, suivi par le sergent Gill et Dame Jizabella de Cadriaan.

- C'était un bel échange !

- Vous avez tout vu ?

- Je n'en ai pas raté une miette, grâce à votre système de surveillance. Vraiment, c'est très agréable de voir quelqu'un se battre avec une telle grâce. Et toi, Chi'ta, tu as été super ! Tu as fait de gros progrès !

- Merci… mais je ne suis pas sûre de vouloir renouveler cette expérience.

- Moi, par contre, votre Seigneurie, c'est quand vous voulez ! s'exclama l'adolescent.

- Je ne préfère pas, répondit le jeune seigneur en riant, face à un Jedi Gardien, je sais que je n'ai aucune chance !

- Et puis, ajouta Chi'ta, je ne sais pas si le Conseil approuverait ce genre d'exercice.

Le sergent Gill sortit une bouteille de son sac, la donna au seigneur Paddox, puis en passa une autre à la jeune Drall. Le jeune seigneur répondit après quelques gorgées :

- Vous avez raison, je m'en voudrais de vous considérer comme de vulgaires mannequins d'entraînement. Mais c'était très important pour moi, je voulais croiser le fer – enfin, le laser – avec un Jedi depuis longtemps. Et j'ai été vraiment enchanté de vivre cette expérience avec vous.

- J'ose espérer que vous n'en revivrez pas d'autre, mon ami, intervint alors Dame Jizabella. Car si cela devait se produire, il y aurait deux explications : ou bien vous seriez devenu un être maléfique que les Jedi seraient chargés d'arrêter, ou bien vous auriez à affronter un Sith, et que ce soit l'une ou l'autre de ces deux hypothèses, croyez bien que j'en serais désolée.

- Ne vous en faites point, ma douce et tendre, cela n'arrivera pas. Mais il se fait tard. Jeunes membres de l'Ordre, le dîner sera servi dans une heure.

Une heure plus tard, en effet, tous les quatre étaient à table, seuls, ce qui surprit Liam et Chi'ta. Les deux padawans s'étaient habitués à ces repas mondains où les invités intéressés se bousculaient autour de Paddox, et cette intimité les interloqua. Ils n'eurent pas besoin de poser la question au Haut Seigneur Pelagia qui expliqua :

- Ce soir, j'ai décidé que nous serions entre nous. Nous avons à parler de choses importantes.

- C'est à propos de demain, n'est-ce pas ?

- Tout à fait, jeune fille.

- Le Gala de la Réunification… murmura Liam.

- Il s'agit de l'événement le plus important dans l'histoire du Secteur Tapani. Comme vous le savez sûrement déjà, il commémore la fondation de notre secteur, et de la répartition des systèmes par familles. Et, vous vous en doutez, ce sera sujet à bien des… rebondissements.

- D'après le plan que nous avons eu, ça ne va pas être triste.

- J'avoue que vous m'avez impressionné, jeunes gens. Comme quoi, les enfants ont parfois bien plus de sagesse que leurs aînés.

Quelques heures plus tôt, en effet, les deux padawans avaient été convoqués de toute urgence à l'ambassade Cadriaan. Là, ils avaient été mis au courant pour la tournure de la « séance de questions » du vigo. Ils n'avaient cependant pas perdu tous leurs moyens, et avaient eu une idée de génie : suggérer aux Maisons Pelagia, Calipsa et Cadriaan de conjuguer leurs forces pour faire des recherches draconiennes dans les principales banques de Tallaan, la capitale du secteur indépendant des Mondes Libres. Si les enquêteurs spéciaux déjà sur place n'avaient rien trouvé au domicile de Sprax ou dans son bureau au siège de XTS, ils avaient finalement trouvé le gros lot dans le coffre-fort de la Banque Ouvrière de Tallaan. Après de longues heures angoissantes, Stern avait reçu les infos par courrier hyperspatial. C'avait été un soulagement général quand Dankin, Canderous, Ezra, Grennan et les deux padawans avaient reçu confirmation comme quoi ils avaient obtenu ce qu'ils espéraient.

Chi'ta avait même suggéré de profiter de l'occasion pour tenter d'unir toutes les Maisons contre le danger commun que représentait le Soleil Noir. Et les autres, en se rendant compte que c'était peut-être une chance d'effacer le danger qui planait sur leurs têtes, avaient approuvé cette idée. Dame Bathos de Cadriaan, le Baron Turel de Calipsa et Theus Paddox de Pelagia avaient même signé une promesse comme premier pas.

- Soyons clairs, chers petits amis : je n'aurai sans doute aucune minute à vous consacrer. Malgré ce qui sera dit et redit, on ne sera pas là pour s'amuser. Nous, en tout cas, les grands dirigeants, devront nous occuper de politique intersystémique.

- Nous tâcherons d'être aussi discrets que des ombres.

- Je n'en doute pas, jeune Liam.

On frappa à la porte. Paddox demanda :

- Oui, qu'y a-t-il ?

- Haut Seigneur, sergent Gill au rapport ! répondit la voix du responsable de la sécurité de l'ambassade Pelagia à travers la porte.

- Entrez, sergent.

Le sergent, engoncé dans son armure, salua avec respect la tablée.

- Haut Seigneur, Dame Damara Decrilla de Mecetti désire vous parler, ainsi qu'aux padawans.

- Qu'elle vienne.

Le Haut Seigneur Paddox n'éprouvait pas spécialement de la sympathie envers la jeune chasseresse, mais avait confiance en le jugement de ses deux invités. Ceux-ci sourirent à l'unisson en voyant entrer la jeune Humaine blonde, son corps athlétique moulé dans sa combinaison de sport. Elle s'inclina profondément.

- Haut Seigneur Theus Paddox, mes respects.

- Mes respects, Dame Decrilla. Coupons court aux longs discours et allons à l'essentiel. Pourquoi être ici ?

- Je… c'est un peu difficile à croire. Disons que je « pressens » que quelque chose de grave risque de se produire pendant le Gala.

- Est-ce la Force qui vous aurait chuchoté cette impression ?

- Oui, Chi'ta, je crois bien. Un terrible pressentiment.

- Et donc ?

- J'imagine bien que vous et vos amis n'allez pas vous contenter de déguster les petits fours. Si vous tentez quelque chose pour empêcher tout malheur de se produire… j'en suis.

Paddox leva les sourcils.

- Voilà qui me paraît direct. Et pourquoi vous ferais-je confiance ?

- Parce qu'elle nous a prouvé sa loyauté, Haut Seigneur, répondit Chi'ta. Même le Conseil des Jedi n'a pas décelé de malice en elle.

- Oui, mais si en fait Nycator vous avait percé à jour, et vous faisait chanter pour nous attirer dans un piège ?

- Haut Seigneur, si c'était le cas, je serais sans doute assez inquiète pour que vos deux protégés me grillent.

- C'est vrai. Et puis, vous êtes toujours proche de Don Nycator de Mecetti, vous devriez pouvoir nous être utile.

- T'auras qu'à venir avec nous demain matin ! invita Liam. On va à l'ambassade Cadriaan. Mais fais gaffe à ce qu'on ne te suive pas !

- J'ai l'habitude, Liam. Et je vous remercie tous pour votre confiance.

Enfin, le grand jour vint. Le soleil répandait ses rayons sur tout le quartier des relations étrangères de Procopia, sans le moindre nuage pour obstruer le ciel. Toutes les ambassades étaient en effervescence, et le quartier général sur Procopia de la Maison Cadriaan ne faisait pas exception. Les préparatifs de dernière minute s'effectuaient dans une grande agitation, et les coursiers allaient et venaient.

Cependant, tout était plus calme dans les sous-sols. Il y avait une grande salle de briefing aux murs blindés et aux connexions extérieures sécurisées. S'y étaient rassemblés le Baron Turel de Calipsa, Theus Paddox de Pelagia, Dame Bathos de Cadriaan, Ezra Lohrn, Grennan, Canderous Tal, Dankin, Chi'ta Koskaya, Liam Kincaid et Damara Decrilla de Mecetti. Ce fut à Dame Bathos de commencer l'exposé.

- Bon, alors résumons-nous. En raison de ce… fâcheux problème avec Sprax, nous n'avons eu que quelques heures à peine pour décortiquer les informations que nous allons maintenant partager. Nos agents y ont travaillé toute la nuit, et de toute leur énergie, alors tâchons de faire confiance en leur travail. D'autres documents seront à venir, mais nous avons préféré nous occuper de ceux qui concernaient le Gala qui nous semblaient être les plus urgents. Sprax avait apparemment de très bons informateurs, ou de fieffés affabulateurs. Quoi qu'il en soit, voyez vous-même.

Un plan apparut sur l'écran géant de la salle de briefing. C'était une carte du dôme Crispos, une gigantesque salle de festivités située sur l'île du même nom. De forme circulaire, elle comprenait, outre l'espace central rond où était la grande salle réunissant scène, piste de danse et tables de banquet, plusieurs petites salles annexes sur toute sa périphérie. Plusieurs salles de jeu, des salles d'holovidéos, des suites plus intimes…Un véritable paradis des plaisirs. Dame Bathos reprit :

- Bien entendu, nous autres, des Maisons, avons déjà fréquenté plusieurs fois ces lieux. Mais ce ne sera pas forcément votre cas, j'imagine. C'est pourquoi je vais vous en faire un petit descriptif. L'île Crispos elle-même est située au milieu de l'océan équatorial. C'est une île isolée de tout, il faut environ une heure pour se rendre en navette du continent à cette île, et réciproquement – chaque Maison a son système de navettes. L'île elle-même est recouverte d'une épaisse jungle, a priori habitée par des animaux sauvages, qui n'osent cependant pas approcher de la civilisation. L'espace du Gala de la Réunification est le Dôme Crispos. C'est une construction établie au bord de la mer, près d'une plage. La défense extérieure est sans faille : des vedettes de quatre services de protection différents sillonneront la mer en permanence, des modules de défense voleront autour de l'île en sens inverse, et plusieurs satellites de défense quadrillent toute la zone sur plusieurs kilomètres. En outre, comme vous pouvez le voir sur ce plan, il y a six canons anti-spatiaux placés tout autour du dôme. Et ce ne sont pas de petits modèles à sièges externes, mais bien de véritables tourelles intégralement blindées. Voilà pour la défense extérieure.

- Très impressionnant, ma Dame, commenta Damara. Et pour l'intérieur ?

- J'y viens, Dame Decrilla. Plusieurs centaines de gardes travaillant pour les quatre mêmes services de sécurité patrouilleront les lieux pièce par pièce. Tous sont triés sur le volet. Aucun « petit nouveau arrivé en remplacement » qui serait en réalité un assassin infiltré… normalement. Que d'anciens employés fidèles au poste depuis au moins cinq ans, ce qui n'empêchera tout de même pas une faille, même très légère. Il faudra se tenir à l'affût du moindre mouvement suspect.

- Si j'en crois ce plan, il y a quelques petites modifications, ironisa Canderous.

- Et vous n'avez que trop raison, maître Tal.

En effet, sur le plan, des indications avaient été rajoutées en rouge. Le Baron Turel de Calipsa commenta :

- Chacun des six grands canons de défense a été entouré, et il y a la mention « ion ». J'imagine donc que quelqu'un de mal intentionné va tenter de les neutraliser, probablement en provoquant un dysfonctionnement.

- À votre avis, on vise aussi une cantatrice ? demanda Theus Paddox.

Il y avait une autre indication : « chanteuse – Trent ».

- Savons-nous qui est cette chanteuse ?

- Non, docteur Lohrn, le Seigneur Alec Lamere de Barnaba, l'organisateur, a tenu à nous faire la surprise.

- Espérons que ça ne veuille pas dire « chanteuse complice… » murmura pensivement Liam.

- « Trent » doit être le nom d'une personne, suggéra Chi'ta. Peut-être cette chanteuse ?

- Et c'est quoi, ça ? questionna le Chiss en montrant une autre mention. « Simulateur »…

Le Baron Turel se racla la gorge.

- Il s'agit probablement du simulateur de bataille.

- C'est-à-dire ?

- Chaque année, il y a une reconstitution de la Bataille du Voile de Shindra. Cette bataille a opposé Shey Tapani et ses troupes aux Maisons Renégates, et à l'issue de cette bataille, le secteur a été unifié, et les principales Maisons se sont partagé le secteur. Des invités sélectionnés au hasard montent dans des modules en forme de vaisseaux spatiaux, et se tirent dessus à coups de rayons laser virtuels.

- Mouais… Je me demande s'il ne risque pas d'y avoir des lasers réels, cette année, ironisa Liam.

- Il faudra donc faire attention aux commandes du simulateur. Ce qui m'inquiète le plus, je ne vous le cache pas, c'est ça !

Dame Bathos posa le doigt sur l'écran mural. Au milieu du dôme, une autre indication en gros indiquait « R.A.J. 00H30 ».

- Cela me paraît facile, commenta Grennan. Le Réseau d'Action de Justice a l'intention de frapper ici à cette heure. Et je mettrais ma main à couper qu'ils vont tenter de fracasser le dôme, de descendre en rappel, et de profiter de la confusion pour mettre la pagaille.

- Il y a de fortes chances. Et c'est pour ça que j'aimerais que nous décidions d'une stratégie. Vous allez assister à cette fête en tant que nos agents spéciaux. J'aimerais vous montrer un autre document qui nous est parvenu. Theus ?

Le Haut Seigneur Paddox prit alors la parole.

- Nous avons relevé quelques fichiers de présentation rassemblés par le Soleil Noir. Quelques invités allaient probablement bénéficier d'un traitement particulier de surveillance. Voici la liste :

Le Pelagia ouvrit de nouveaux fichiers. Plusieurs formulaires d'identité se succédèrent, avec des hologrammes. Paddox lut les différentes identités et notes.

« Haut Seigneur Theus Paddox, dirigeant de la Maison Pelagia »

« Haute Dame Bathos, dirigeante de la Maison Cadriaan »

« Haut Seigneur Weston Warsheld, dirigeant de la Maison Calipsa »

« Haut Seigneur Bodé Leobund XI, dirigeant de la Maison Mecetti »

« Haute Dame Varin Arabella, dirigeante de la Maison Barnaba »

« Seigneur Alec Lamere de Barnaba, organisateur de la soirée »

« Dame Liryl, indépendante, prochainement Mecetti »

« Don Nycator, seigneur Mecetti »

« Sire Ajax Wennel de Cadriaan, porte-sabre ouvertement pro-républicain »

« Adana Vermot, agent du Bureau de la Sécurité Impériale venue rencontrer un agent de la Nouvelle République pour lui remettre des documents sur les chantiers de Tallaan. »

« Colonel Dhoss Raibat : officiellement de la Maison Reena, officieusement colonel de l'Empire. Doit rejoindre les forces impériales à la Bordure Extérieure avant la fin de la saison. Tient sous haute surveillance Adana Vermot. »

« Sire Trevas Jotane : officiellement de la Maison Calipsa, officieusement agent infiltré du Réseau d'Action de Justice. »

Trevas Jotane était un Humain blond, avoisinant la trentaine. Sur le portrait, il était rasé de près, suivant la mode procopienne. Il avait l'air résolu. Canderous ricana en se craquant les doigts.

- Bon, il s'agit de prendre ce coyote la main dans le sac, n'est-ce pas ? Pas de problème !

- Attendez, maître Tal, ce n'est pas fini.

De nouveaux noms et portraits défilèrent. Chi'ta sentit son estomac faire un bond jusque dans sa gorge.

« Canderous Tal, mercenaire à la solde des Cadriaan »

« Dankin, mercenaire à la solde des Cadriaan »

« Grennan, chasseur de primes en partenariat avec Ezra Lohrn de la Maison Calipsa »

« Ezra Lohrn, médecin Calipsa »

« Hassla Morgreed, garde du corps de Dame Liryl »

« Liam Kincaid, Jedi »

« Chi'ta Koskaya, Jedi »

Sous ce violent coup de pression, l'épine dorsale de Liam s'humidifia aussitôt. Canderous trouva l'énergie pour plaisanter :

- Hé, ils vous considèrent déjà comme Jedi, c'est sympa de leur part, non ?

- Alors, c'est vrai… nous sommes dans leur collimateur… Blast ! Pourquoi vous avez tué Sprax !? Il allait annuler le contrat ! Je…

L'adolescent s'était levé, et frappé la table du plat de la main. Subitement, il réalisa ce qu'il était de faire, s'arrêta net, et se rassit, tout honteux en voyant les trois nobles le regarder.

- Pardonnez-moi…

- Il est normal que vous puissiez ressentir de la peur devant un tel danger, jeune homme, répondit Paddox. Mais votre condisciple a eu raison sur un point : nous avons des preuves par vidéo de la culpabilité de Sprax, et la suggestion de votre condisciple de l'Ordre n'a pas été prise à la légère.

- Après cette fête, nous prendrons contact en toute discrétion avec les Hauts Seigneurs de Mecetti, Reena, Melantha et Barnaba pour les mettre au courant. Nous sommes désormais tous concernés par cette menace.

- Sera-ce possible, Baron Turel ? osa Chi'ta. En cette période de crise où les Melantha et l'Empire sont les seules cibles des autres ?

- Ma chère enfant, c'est pour cela que nous nous réunirons demain. Il y a six mille ans, une sombre menace a été enrayée, et le secteur Tapani a été unifié. Peut-être qu'aujourd'hui, nous sommes à l'aube d'une situation similaire, et si c'est le cas, nous tâcherons de faire honneur à nos ancêtres en prenant les bonnes décisions, comme eux firent.

- Et pour commencer, cette soirée doit donc se dérouler dans les meilleures conditions, reprit Dame Bathos. Je vous invite à présent à me dire ce que vous êtes prêts à y faire.

Le plan fut ainsi décidé : Grennan avait son drone, un petit droïd volant équipé d'une caméra, et l'avait configuré sur le micro-ordinateur de poignet qui était intégré dans son gant gauche. Il se porta volontaire pour rester à l'extérieur du dôme Crispos, plus précisément sur le toit. Il surveillerait le côté est, vers la jungle, et resterait en communication permanente avec son drone qui patrouillerait à l'ouest, au-dessus de la plage. Canderous décida de rester à l'extérieur, devant la porte principale. L'un comme l'autre avaient soigneusement choisi leur emplacement : ils allaient pouvoir garder leurs armes, et même celles de leurs confrères – Canderous assura Dankin qu'il prendrait soin de son arbalète.

À l'intérieur, les autres occuperaient des postes stratégiques. Le docteur Lohrn repéra immédiatement sur la carte la cabine de régie d'où la plupart des « effets spéciaux » allaient être contrôlés. Cette salle, située en hauteur sous le dôme, offrait un excellent panorama sur l'ensemble de la grande salle des fêtes. Dankin se décida pour l'entrée principale, près de laquelle était installée l'unité centrale amovible qui contrôlait les appareils d'alimentation et de programmation du simulateur. Les deux padawans, eux se fondraient dans la foule et surveilleraient de leur mieux Dame Liryl, ainsi que toute émanation faisant des oscillations suspectes dans la Force. Enfin, Dame Decrilla allait étroitement surveiller Don Nycator. Il était d'ailleurs temps pour celle-ci de rejoindre les fiancés. Elle salua aimablement l'assistance et se retira. Le Baron Turel restait soupçonneux.

- C'est bien parce que deux Jedi lui accordent leur confiance que je l'ai laissée venir. Prions qu'elle n'ait pas d'idée de trahison, ce n'est vraiment pas le moment.

- J'ai confiance en sa loyauté, Baron, répondit Chi'ta.

- Espérons que votre confiance ne soit pas mal placée, jeune fille.

- Hé, si vous aviez affronté tout ce que cette petite a subi à ses côtés, vous ne douteriez pas en son jugement, Baron Turlute, rétorqua Canderous.

- Canderous ! C'est gentil, mais je suis capable de me défendre seule, répondit la jeune Drall d'une voix inhabituellement autoritaire.

Encore une fois, cette montée d'assurance de la jeune Drall en avait surpris plus d'un. Après un court silence étonné, Dame Bathos conclut la séance :

- Nous allons convenir d'une fréquence sécurisée par laquelle vous pourrez communiquer entre vous sans risque d'oreilles indiscrètes. Il y aura également une fréquence de secours, pour plus de sûreté. Et surtout, n'oubliez pas : agissez dans la plus grande discrétion. Aucun remous ne devra être fait, et aucun écart de conduite ne sera toléré ! dit-elle en regardant Ezra et Canderous avec insistance.

Le soleil avait transformé la mer en un gigantesque miroir d'or. L'astroport méridional de Procopia, situé en bord de mer, avait été exceptionnellement fermé pour la journée. Les navettes frappées aux écussons des sept principales Maisons de Procopia, et d'autres moins connues, décollaient les unes après les autres, cap au sud. Les services de sécurité commençaient leur action dès l'embarquement. Chaque passager devait passer par une petite cabine où il devait se déshabiller intégralement, passer au scanner pendant que ses vêtements étaient fouillés au millimètre, puis il passait dans un sas où il restait quelques instants sous un rideau de décontamination, récupérait ses vêtements impeccablement pliés, et enfin passait par quatre détecteurs de nano-métaux, chacun appartenant à une société de sécurité différente. Enfin, l'invité débouchait sur la piste, où des droïds indiquaient les emplacements des différentes navettes. Bien évidemment, aucune arme blanche ne franchissait ce dispositif, encore moins un blaster ou tout autre dispositif meurtrier. Seuls les fleurets-laser, et par extension les sabres-laser, considérés comme des symboles indissociables de leurs propriétaires, franchissaient le dispositif de sécurité. Canderous, Dankin et Grennan, munis d'autorisations spéciales pour garder leurs outils de travail, avaient été transportés ensemble dans une navette à part.

Le vent soufflait doucement sur la piste, alors que les deux padawans quittaient le dernier sas. Liam rajustait la boucle argentée de sa ceinture quand Chi'ta le rejoignit. Il la regarda avec des yeux émerveillés, se rappelant subitement comment elle avait choisi de s'habiller à la suite de leur journée de shopping.

- Oh, comme tu es belle !

- Je t'en prie, n'en rajoute pas. Je me sens un peu orgueilleuse… murmura-t-elle avec un petit sourire à la fois gêné et flatté.

- Pourquoi ? Tu es vraiment ravissante !

Et c'était vrai. La jeune Drall était resplendissante dans un superbe kimono aux motifs bariolés. Pour l'occasion, elle avait passé deux grands bracelets argentés incrustés de bijoux (qu'elle s'était promise de rendre à l'ambassade dès son retour). Une esthéticienne avait délicatement lissé son pelage en utilisant des essences parfumées. Elle avait même passé des anneaux d'or aux oreilles, et portait une petite couronne de fleurs.

- Et toi ? Tu n'aurais pas un peu grandi ?

- Comment ça ?

- J'ai l'impression que tu es plus grand, plus adulte. Tu as changé, Liam…

L'adolescent portait un costume à la dernière mode masculine procopienne. Pantalon noir, bottes cirées, veste rouge vif au col bordé de dentelle dorée et sillonnée d'idéogrammes complexes par-dessus une petite chemise de tissu blanc antitranspirant, lui aussi avait cédé à la tentation des bijoux, et ses doigts fins étincelaient de l'éclat de bagues. Comme sa condisciple, il avait opté pour un anneau doré dans le lobe de l'oreille, de taille cependant bien plus discrète. Et pour l'occasion, il avait noué ses cheveux en une longue tresse enroulée dans un ruban de tissu brun.

On leur avait confié des ceinturons assortis d'une petite lanière destinée à maintenir bien visible leurs sabres-laser. L'apanage des nobles des Maisons du secteur Tapani, qu'ils avaient été autorisés à conserver.

- Par les rubans de feu du blason Calipsa, j'y crois pas !

- Hey, salut Ezra !

La jeune femme, qui venait de sortir du sas de sécurité, rejoignit vite les padawans. Elle avait passé une longue robe orange sans manches, des gants qui remontaient le long de ses avant-bras délicats jusqu'aux coudes, et toute une panoplie de colliers de perles assortis à ses boucles d'oreilles ornementées de pierres précieuses. Son chignon était serti de deux baguettes argentées. Chi'ta n'en revint pas.

- Oh ! Vous êtes une vraie Dame, docteur Lohrn !

- J'aime aussi, Chi'ta. Je ne sais pas pour vous, mais moi qui suis du coin, je ne vois pas pourquoi je n'en profiterais pas pour rencontrer une baronne ou une duchesse avec qui faire connaissance !

- Je te reconnais bien là, Ezra !

- Il ne faudra pas en oublier la mission, docteur, rappela Chi'ta.

- Oui, bien sûr, mais à ce que je sache, rien ne m'interdit de concilier la mission pour le secteur et mon intérêt personnel.

- Puisque tu lances le sujet, Ezra, il faut qu'on parle.

Le visage fin de la doctoresse se plissa. Elle ne tourna pas autour du pot.

- Tu m'en veux pour Sprax ?

- Sprax était un bandit, et même si ç'a été très serré, on a quand même réussi à rattraper le coup. J'aurais cependant empêché que ça tourne comme ça si j'avais pu. Mais il s'agit d'autre chose dont tu as « oublié » de nous parler.

- Je t'écoute.

Liam prit son inspiration, et articula :

- Theus Paddox nous a conseillé de prendre garde à ce que tu pourrais faire à l'avenir. Lui n'a pas de reproches particuliers à te faire, mais il estime que tu risques de mettre nos vies en danger « de par tes collaborations spontanées ».

La Calipsa soupira de lassitude.

- Bon, fallait bien qu'il fasse allusion à « ça ».

- Ezra, je t'aime bien, mais si tu as agi à l'encontre de…

- Je n'ai rien fait à l'encontre des Pelagia, au contraire.

- Liam ne voulait pas parler des Pelagia, docteur Lohrn. Nous logeons chez eux, c'est tout.

- Tu fais allusion aux intérêts des Jedi, j'imagine.

- Non, nous faisons allusion aux intérêts des êtres vivants, quels qu'ils soient. Si vous avez compromis la vie de personnes innocentes par des actes allant à l'encontre des lois, nous n'avons pas le droit de rester sans agir en conséquence.

- Même si vous êtes dans un secteur où les Jedi n'ont pas une autorité reconnue ?

- Le Code nous dit de protéger la vie, aucun gouvernement n'est au-dessus de ça.

Liam avait parlé avec une détermination que la jeune Calipsa n'avait jamais remarquée.

- Plus le temps passe, plus tu es sûr de toi, Liam. Bon, autant que je vous dise la vérité. Vous vous souvenez du dossier Mecetti qu'on a déniché sur Lemuir IV ?

- Oui, eh bien ?

- Parmi les données, il y avait une liste d'agents Mecetti en mission d'espionnage. C'est très simple, j'ai transmis à l'ambassade Pelagia les noms et postes de ceux qui étaient dans leurs rangs, moyennant une petite compensation, évidemment.

- Tu as fait quoi ?

- J'ai vendu à Paddox la liste des agents infiltrés dans son ambassade.

- Oh, docteur Lohrn ! gémit Chi'ta sur un ton de reproche.

- Ce n'était pas bien méchant ! J'aurais pu garder ces informations uniquement pour mon ambassade, ou faire chanter tout le monde. Je suis allée trouver Paddox, et je lui ai donné cette liste, en échange d'un autre pas en avant vers la réconciliation entre Calipsa et Pelagia. Il m'a remis quelques crédits pour la peine, et j'en ai ensuite parlé à mon patron, le Baron Turel. Et lui, je peux dire qu'il m'a donné beaucoup plus qu'un simple petit pécule. Grâce à son soutien, nous devrions pouvoir redonner un coup de jeune à ce tas de ferraille que nous avons piqué au Soleil Noir.

- Tu parles de l'Espoir Éternel ? Tu veux dire qu'on va vraiment pouvoir le garder ?

- Oui, Liam, mais il faudra y faire quelques modifications. J'ai cependant commencé à y réfléchir avec Grennan et Canderous. Ca va demander du temps et de l'argent, mais on devrait en faire quelque chose de plus performant.

- Ezra, je ferai ce que je pourrai pour participer à l'amélioration de ce vaisseau ! déclara solennellement l'adolescent.

- Liam, nous ne devons pas oublier notre principal objectif.

- Tu n'as pas envie de voler dans un magnifique vaisseau, Chi'ta ?

- J'avoue que j'y prendrais aussi un certain plaisir, mais cela ne doit pas nous pousser à la cupidité.

Ezra sourit.

- Ne vous en faites pas, les enfants. Ce n'est pas à vous de mettre la main à la pâte pour ça. En attendant, j'ai une bonne nouvelle à vous annoncer. Le vaisseau a été officiellement enregistré hier matin au Bureau Officiel des Services Stellaires, ainsi qu'à la Guilde des Marchands Corelliens, on aura quelques petits avantages d'assurances. Je l'ai fait enregistrer sous un autre nom que vous connaîtrez le moment venu. Mais surtout, il ne dépend d'aucune Maison. Nous parlerons de cela plus tard. Voilà la navette Calipsa. Oui, Baron, j'arrive ! Bon, les enfants, on n'aura peut-être pas l'occasion de se parler de sitôt. Que la Force soit avec vous.

- Merci, Ezra.

- Que le Grand Fouisseur veille sur vous, docteur Lohrn.

La jeune Humaine embrassa les deux padawans l'un après l'autre, puis monta dans la navette Calipsa à la suite du Baron Turel. Grennan les suivit. Puis le vaisseau argenté décolla, et fila vers le large.

- Jeunes gens ? Il est temps d'y aller !

Docilement, Chi'ta et Liam suivirent le Haut Seigneur Theus Paddox et son épouse dans la navette jusqu'au vaisseau de transport Pelagia.

Le soleil était pratiquement couché quand, une heure plus tard, la navette de la Maison Cadriaan se posa sur l'île Crispos. Deux baroudeurs en descendirent, en compagnie de Dame Bathos de Cadriaan. Ils se dirigèrent tous les trois vers le grand portail d'entrée. Canderous était écoeuré. Il se trouvait au milieu d'un véritable défilé : des nobles de tous mondes, de toutes tailles, de toutes couleurs de peau… mais tous Humains ou Presqu'humains. Pas un seul non-Humain.

- Pff ! On se croirait dans un cirque d'Imps.

- Comme chez Gustavu.

- Exactement, mon vieux. Tiens, regarde-moi ça… Voilà l'autre vaurien de Mecetti.

- J'éviterais d'employer ce genre de vocabulaire à votre place, maître Tal, reprocha Dame Bathos.

- Et voilà Dame Liryl, répondit Dankin sans prendre garde à l'Humaine. Ho ! Regarde !

Dankin montra quelque chose du doigt au mercenaire. Canderous plissa les yeux, puis les écarquilla de surprise en voyant Hassla Morgreed à quelques pas derrière le couple formé par Don Nycator et Dame Liryl. Ni l'un ni l'autre ne savait s'il fallait éclater de rire ou compatir. Damara Decrilla de la Maison Mecetti arriva alors, et chuchota discrètement :

- Surtout ne lui dites rien de contrariant ! Quand le tailleur est arrivé ce matin et lui a ordonné de mettre ce costume, il a hurlé et grondé comme un animal enragé avant de briser un guéridon sur une statue. Ce n'est que l'intervention directe de Dame Liryl qui a pu lui faire accepter. Et quand l'esthéticien est arrivé avec ses pinceaux pour le maquillage décoratif, il a fallu appeler un proctologue.

Puis elle s'éclipsa en un éclair. Canderous resta pantois.

- Eh ben…

- Je approuve… Mecetti respectent rien.

- Hé, on dirait que votre basic s'améliore ! observa Dame Bathos.

- Je fais… mon mieux

- Bon, c'est là qu'on se sépare, moi je reste ici. Dankin, fais gaffe à Dame Bathos.

- Prends soin… mon arme.

- T'en fais pas. Allez, suis la patronne !

- Rappelez-vous, maître Tal : pas de pagaille ! précisa cette dernière par-dessus son épaule.

Chi'ta et Liam avaient rapidement repéré Morgreed, eux aussi, et avaient été purement et simplement choqués. Chi'ta se rapprocha discrètement de l'énorme Barabel. Quand il la sentit arriver, il tourna la tête, et son expression renfrognée s'illumina.

- Salut, petit chou.

- Maître Morgreed…

- T'es très en beauté, ce soir. Fais attention, y a plein d'Humaines qui vont te jalouser.

- Merci… je…

En regardant attentivement le Barabel des pieds à la tête, de plus en plus gênée, la jeune fille ne savait pas quoi dire. Pour l'occasion, Morgreed avait été habillé d'une manière très particulière. Il portait une toge rose sans manches, assortie de motifs bariolés, des sandalettes légères qui laissaient apparaître ses énormes orteils griffus et une chaîne argentée enroulée autour de la queue. Un plastron de bambous soigneusement reliés à l'horizontale ornait son torse. On lui avait passé, pour tranquilliser les invités en démontrant sa soumission, deux énormes bracelets de platine et un collier de la même matière, sur lesquels des petites diodes clignotaient doucement, indiquant la présence d'un système de sécurité censé envoyer de violentes décharges électriques en cas de rébellion. Il ne portait pas sa fidèle vibro-hache, encore moins son fusil laser de luxe. Chi'ta n'avait pas besoin de ses pouvoirs pour déceler le sentiment de rage qui bouillonnait dans les yeux topaze du gros garde du corps. Mais celui-ci le fit conciliant.

- Ne t'en fais pas pour moi, petit chou. J'ai l'air indescriptiblement crétin, mais personne n'a eu le culot de me le dire en face.

- Ce sale frimeur prend un malin plaisir à t'humilier… Franchement, je te plains.

- Bah, j'en ai vu d'autres, fiston. Le seul truc qui me gêne vraiment, c'est que je me sens tout nu sans mes armes. Enfin bon, c'est rien qu'une mauvaise soirée à passer. Et Don Nycator peut me rabaisser plus bas que terre, il ne prendra jamais ce que j'ai dans la poitrine. C'est le principal. Allez, ne pensez plus à moi, retournez auprès de Paddox et amusez-vous avec les nobliaux de votre âge. Moi, je ne m'éloigne pas de ma Maîtresse.

Les deux jeunes gens reculèrent, Liam serrant le poing. Bien décidée à ne pas en rester là comme avec l'esclave Twi'lek de Don Nycator, Chi'ta dit cependant une dernière fois avec détermination :

- Maître Morgreed, soyez sûr que le Conseil des Jedi sera très vite informé de la façon selon laquelle Don Nycator de Mecetti traite ses employés non-Humains.

- Merci, petit chou.

Puis ils se frayèrent un chemin vers la Dame de Sérénité. Malheureusement, elle était entourée de toute une basse-cour de la haute, et le sourire narquois qu'affichait sans retenue Don Nycator de Mecetti dissuada les deux padawans d'approcher. Découragé, Liam allait faire demi-tour, lorsque Chi'ta lui rattrapa prestement la main. Simultanément, il entendit un doux murmure, celui du Chant de la Sérénité. C'est alors que son regard croisa celui de Dame Liryl. Elle avait l'air calme, confiante. Il pensa alors de toutes ses forces :

Soyez prudente !

Elle fit un petit signe de tête, avec un petit sourire du coin des lèvres. Confiant, il s'éloigna pour avoir une vue d'ensemble, tenant toujours la jeune Drall par la main. Un peu plus loin, il murmura à son oreille :

- Je suis sûr qu'elle a entendu.

- Moi aussi.

Canderous et Grennan, toujours dehors, échangeaient leurs impressions sur la soirée à venir. Le Chiss conclut leur conversation :

- Bon, je dois y aller, mec. Fais gaffe à tes os.

- Tu vas pas m'apprendre mon métier, bonhomme !

Ils se séparèrent en ricanant, et Grennan se dirigea vers l'escalier de service. Quelques minutes plus tard, il était sur le toit du dôme Crispos, et dominait à la fois la jungle et l'océan. Il sortit de son paquetage une petit droïd qu'il mit en marche. Le drone, une caméra volante grande comme un ballon de nega-ball, prit son envol et se retrouva du côté de la mer, obéissant aux instructions transmises par son propriétaire. Grennan surveilla attentivement le parking à speeders.

À l'intérieur, un écran géant était allumé au-dessus de la scène. Tous les invités pouvaient voir un message vidéo en boucle où le Seigneur Alec Lamere de Barnaba remerciait ses invités pour leur déplacement, et souhaitait de passer une agréable soirée. Les deux padawans ne s'étaient pas quitté. Chi'ta faisait la grimace.

- Quand je pense que le secteur est au bord de la crise, que la guerre ravage des régions entières, et nous sommes là, à faire des ronds de jambe !

- Tu me surprends, Chi'ta !

- Et pourquoi donc ?

- Ben… la diplomatie, les négociations, c'est ton truc, non ? Tu es quand même plus à l'aise dans ce genre d'endroit qu'en plein milieu d'une baston générale, non ?

- Pas lorsque je sais pertinemment qu'il y a des innocents qui souffrent, et que ces gens pourraient y changer quelque chose s'ils acceptaient de sortir la tête du sable.

Tout en parlant, la jeune fille n'avait pas remarqué où elle marchait, et bouscula quelqu'un sans y prendre garde.

- Oh ! Je vous demande pardon !

- Ce n'est rien, mademoiselle.

Les deux padawans virent alors le visage de l'Humain qui venait de se retourner, et furent frappés de stupeur. Ils venaient de reconnaître le Haut Seigneur Bodé Leobund le Onzième, le dirigeant suprême de la Maison Mecetti. Liam déglutit.

Merde, il est encore plus impressionnant en vrai !

Le Haut Seigneur Mecetti était un grand homme au visage de pierre. Ses yeux bleu vif étincelaient au milieu de son teint clair, sous ses sourcils broussailleux. Ses cheveux argentés coupés en brosse brillaient au sommet de son crâne carré. Il portait de lourdes étoffes aux couleurs de la Maison Mecetti, dont on pouvait voir le blason sur la cape attachée sur ses épaules. Devant l'air éberlué des deux adolescents, il eut un petit sourire bienveillant, mais de petits plis interrogatifs apparurent aux coins de ses yeux.

- Vous ai-je déjà rencontré, mes enfants ?

- Je… je ne… crois pas… monsieur…

- « Haut Seigneur », Liam ! corrigea précipitamment Chi'ta à mi-voix.

- Euh, oui. Haut Seigneur, pardonnez-moi.

Liam se sentit soulagé en voyant arriver à la rescousse le Haut Seigneur Theus Paddox, son épouse à son bras. Il salua poliment, un peu pressement.

- Bonsoir, Haut Seigneur Bodé Leobund de Mecetti !

- Ah, cher Haut Seigneur Theus Paddox de Pelagia, quel plaisir ! Je n'espérais pas vous voir ici.

- Allons, vous savez que je ne manque jamais le Gala annuel.

- Je le sais bien, mais je sais aussi à quel point vous êtes proche du peuple, et je dois avouer qu'avec ces histoires de guerre contre l'Empire, les Mecetti ne sont pas toujours très bien considérés par tout le monde.

- Haut Seigneur Leobund, nous savons tous les deux que, malgré ce que nous nous efforçons de faire, nous ne pouvons représenter tous nos sujets. Il y a les canards boiteux qui nuisent à la réputation de nos familles. Or je sais que vous êtes un Haut Seigneur exemplaire.

La petite Drall fit rapidement un scan mental sur les deux hommes, en espérant qu'aucun Jedi ou télépathe à la solde d'une quelconque Maison ne surprendrait son geste. Elle ne perçut pas d'onde maligne. Soit les deux Hauts Seigneurs étaient d'excellents orateurs, habitués à employer une rhétorique trop trompeuse pour elle, soit ils pensaient vraiment à ce qu'ils disaient. Paddox reprit en posant amicalement une main sur l'épaule des deux padawans :

- Très cher, permettez-moi de vous présenter demoiselle Chi'ta Koskaya, et le jeune Liam Kincaid. Ils ont été envoyés par l'administration de Coruscant pour créer des échanges avec la Nouvelle République.

- Vraiment ? s'étonna le Mecetti en haussant les sourcils. Ils me paraissent très sympathiques, mais ne sont-ils pas un peu jeunes pour des ambassadeurs ?

- C'est-à-dire qu'en fait, ils sont stagiaires pour le compte de Maître Rabah-Sol, diplomate de la Nouvelle République, mais ce dernier n'a pas pu nous rejoindre ce soir. Il a… disons quelques petits imprévus.

- Je vois.

Bodé Leobund de Mecetti fixa avec insistance les deux adolescents, mais finalement cette explication parut le satisfaire. Il fit une petite moue et enchaîna sur un autre sujet de conversation sans plus porter attention aux deux padawans. Ceux-ci en profitèrent pour s'éclipser.

Canderous, mine de rien, surveillait l'entrée. Son front se creusa lorsqu'il vit un visage qui lui rappelait vaguement quelque chose : un homme âgé, au crâne dégarni, avec une barbe impeccablement taillée. Sur son costume, il y avait une broche de la Maison Reena, la principale partenaire de la Maison Mecetti. Soudain, il comprit.

Qu'est-ce qu'il fiche ici, celui-là ?

Il prit son communicateur.

- Dankin ? Ici Canderous. Je viens de voir entrer Quinn Sheffield de la Maison Reena. C'est le vieux gars qui t'a contrarié sur Vilhon.

- À quoi il ressemble ? demanda la voix d'Ezra.

- Cheveux blancs, barbe en collier, front dégagé, il a une babiole à l'effigie de Reena accrochée au col.

- Je le vois, répondit la jeune doctoresse qui continuait son avancée vers la petite porte dérobée qui menait vers la cabine technique. Hé, il n'a pas l'air très futé… qu'est-ce que Dankin a à lui reprocher ?

- On a participé à la partie de chasse annuelle du secteur, le Vor-Cal.

- Ah ouais ? Je me souviens, la maison Calipsa était représentée par le seigneur Corell Muntique. Et ?

- Disons qu'on a frôlé l'accident de chasse, Sheffield a failli blesser Dankin. Mais quand Dankin lui a expliqué son point de vue, il n'a pas failli l'abîmer, lui.

- D'accord. Je vais…

Ezra s'interrompit. Elle venait elle aussi de reconnaître quelqu'un qu'elle n'avait jamais vu en personne, mais qu'on lui avait présenté par fichier républicain.

- Restez en ligne.

Elle rangea son communicateur et s'approcha d'un invité. C'était un grand Humain, costaud, au regard profond. Front large, cheveux châtain tirés en arrière, il parlait vite et fort, mais ces paroles ne sonnaient pas franchement. Ezra entendait un mot par-ci par-là, comprenant que cet homme prétendait être archéologue. Mais elle savait que ce n'était pas vrai, car elle avait immédiatement reconnu le capitaine Keleman Ciro, le membre du Commando Page qui avait conduit l'Étoile Lointaine à travers la Faille de Kathol. Celui-ci la remarqua, et lui fit un grand sourire hypocrite. Il avait une voix exagérément exubérante.

- Bonjour, jolie dame !

- Monsieur…

- Comme vous êtes en beauté ! s'exclama Ciro. Comme ces pierreries à votre cou ont de la valeur ! Mais je vous demande pardon, j'oublie de me présenter. Jenos Idanian, archéologue.

- C'est ce que j'avais cru entendre en vous écoutant parler aux autres invités. En quoi êtes-vous spécialisé ?

- Les artefacts non-Humains anciens, ceux de la Bordure.

- Je vois.

Ciro fouilla dans sa poche, et lui tendit un petit bout de carton.

- Tenez, voici ma carte, n'hésitez pas à faire appel à moi en cas de besoin !

Ezra regarda la carte. En lettres dorées, il y avait juste marqué « Jenos Idanian, archéologue ». Elle releva les yeux, mais constata que Ciro s'était déjà éclipsé. Elle retourna la carte, et eut un sourire de satisfaction en voyant une courte série de chiffres. Une fréquence. Elle régla son communicateur.

- Docteur Ezra Lohrn ?

C'était bien la voix de « Jenos Idanian », mais il n'y avait plus la moindre emphase. Au contraire, elle était grave, lente, et décidée. Ezra répondit :

- Vous n'avez pas perdu de temps, Capitaine.

- Désolé d'avoir fait ce petit numéro de clown, mais je préfère être sûr de parler sans témoin indiscret. Cette ligne est sécurisée. Communiquez donc la fréquence à vos amis, j'ai à parler à tout le monde.

- Tout de suite.

Un instant plus tard, les six compères étaient à l'écoute de Ciro. Celui-ci expliqua :

- Bonsoir à tous. Je sais que la Présidente Leïa vous a expliqué qui je suis et ce que je suis venu faire ici. Je dois vous avertir qu'il y a une dizaine de personnes de mon commando parmi les employés de sécurité. Pour l'instant nous n'avons rien vu de suspect, mais nous restons sur nos gardes.

- Vous ne devriez pas être à Tavya, en train de botter le cul de Klytus ? demanda la voix de Canderous.

- Un gars de Page s'en occupe. J'ai reçu d'autres instructions à la dernière minute.

- Ouais, c'est pour ça que le Soleil Noir ne vous avait pas encore repéré, je suppose. Vous ne figuriez pas sur leur liste de gens à surveiller.

- Je suis au courant pour Sprax. Je ne dirai pas que je le regretterai, mais c'est quand même dommage qu'il n'ait pas pu parler plus que ça. Ma cible principale est Trevas Jotane, le type du R.A.J. À la moindre activité suspecte, je le choppe.

- Bien reçu.

- Monsieur Tal, monsieur Grennan, continuez à surveiller l'extérieur, il est probable que Jotane va avoir des complices, et que ceux-ci vont venir par dehors. À mon avis, ils sont cachés dans la jungle et vont arriver aux alentours de minuit et demie pour le feu d'artifice.

- Ca roule, répondit le Chiss.

- Okay, ajouta le Mandalorien.

- Bien reçu, Liam, terminé.

Puis, l'adolescent demanda à sa camarade :

- Et maintenant ?

- Eh bien… nous devons garder nos yeux et nos oreilles grands ouverts, je suppose.

- Je suis d'avis de profiter un peu de la soirée, tout de même.

- Ne perdons pas de vue nos objectifs, surtout. Au fait, quel est le programme ?

Liam sortit le petit dépliant qu'on lui avait remis à l'entrée.

- Voyons voir… Ah, ça va être l'heure de la reconstitution.

- Oh, c'est vrai !

La jeune fille saisit son communicateur et appela le Togorien.

- Maître Dankin ?

- Oui, petite puce ? gronda la voix rauque dans le micro.

- La simulation ne devrait pas tarder à commencer, faites bien attention !

- Pas de problème, répondit l'immense non-Humain.

Les lumières se tamisèrent, l'écran géant s'alluma derechef, affichant un calendrier évoluant à reculons sur fond sidéral tandis qu'une voix impétueuse faisait un résumé historique. Un badge apparut ensuite sur l'écran tandis qu'une dizaine de maquettes de vaisseaux grandeur nature montées sur système électromagnétique descendirent lentement du plafond.

- Et maintenant, chers invités, nous demandons aux personnes qui se sont vues remettre un badge rouge comme celui qui apparaît sur l'écran de se présenter à notre animateur, qui vous expliquera comment vivre en toute sécurité et en beauté le conflit qui connut une heureuse conclusion, celle de l'unification du Secteur.

Mais Dankin ne prêtait aucune attention au petit groupe qui se formait près des modules. En revanche, il remarqua dans la semi-obscurité une silhouette qui s'approchait discrètement. Le Togorien gronda, et son pelage se hérissa. C'était apparemment un garde de la sécurité en armure. Une personne non avertie n'y aurait sans doute pas prêté une grande attention, mais pas un professionnel comme Dankin qui avait remarqué deux choses : premièrement, un garde seul n'avait aucune raison de se promener près du terminal de mise en service automatique du simulateur, et deuxièmement celui-ci avait dans la main un petit objet qui ne ressemblait en rien au calibre réglementaire des agents de sécurité assermentés. C'est pourquoi Dankin n'hésita pas. Il s'avança vers le garde, l'air menaçant.

- Que fais-tu là ?

- Je fais mon travail, monsieur. Veuillez circuler.

- C'est quoi, ce truc ?

- De quel « truc » parlez-vous ?

- Tu es suspect.

- Bon, ça suffit, maintenant. Faites votre boulot et laissez-moi faire le mien !

- D'accord.

Aussitôt, le Togorien serra dans l'étau de sa grosse patte la main que l'homme avait mis dans sa poche, et le souleva par le bras. Le garde hurla.

- Mais qu'est-ce que vous faites ?

- Mon boulot.

Immédiatement, trois autres gardes accoururent.

- Hé, vous ! Que se passe-t-il ?

- Lâchez cet homme, ou je tire !

Dankin obéit, l'homme tomba à genoux, et se massa le poignet en geignant.

- Sombre brute ! Je vous ferai arrêter !

- Toi d'abord.

L'un des gardes demanda avec fermeté :

- Alors ? Pourquoi tant de violence ?

- Cet Humain avait ça, répondit Dankin en montrant quelque chose du doigt.

L'un des gardes ramassa l'objet. C'était un petit disque de données sans étiquette.

- Hé, c'est quoi, ça ?

- On dirait une cartouche à programmes, chef.

Le chef pointa alors son fusil vers le visage de l'homme à terre.

- C'est vous qui aviez ce disque ? Qu'est-ce que c'est ? Et pourquoi avoir quitté votre poste ?

L'autre ne répondit rien. Le Togorien murmura juste :

- Espion.

- C'est très possible. On va lui poser la question à la bonne façon. Quant à vous, si vous avez effectivement arrêté un saboteur, soyez remercié, mais veuillez rester discret, maintenant.

- Oui.

Les trois gardes emmenèrent l'homme hors de la salle.

Ezra avait tout vu de la cabine technique.

- Bien joué, mon grand lion ! Je parie que ce disque contenait un virus ou toute autre machin du genre qui aurait rendu fou le simulateur.

- Ezra, ici Canderous. Il s'est passé quoi ?

- Dankin a intercepté un type qui rôdait trop près de l'unité centrale du simulateur.

- Oh non ! C'est pas vrai, c'est pas une blague ? Y a vraiment des saboteurs dans cette salle ? demanda la voix inquiète de Liam.

- Hé oui. Désolée si tu n'en as pas l'habitude, mais dans un lieu pareil, faut bien s'attendre à ça.

- J'ai pas l'habitude, Ezra.

- Bien, la simulation devrait se dérouler sans anicroche. Gardez quand même un œil sur Ajax Wennel, le chevalier Cadriaan. Il monte aussi dans l'un des simulateurs.

Rien n'arriva pendant la simulation de la bataille. Tous les invités à l'intérieur du dôme eurent l'occasion d'admirer les effets spéciaux : le dôme était en réalité tapissé d'écrans qui projetaient des images programmées dans la cabine, et pouvait ainsi présenter un ciel étoilé, le décor d'une planète, ou l'espace intersidéral. Le spectacle éblouit tous les invités, en particulier Liam et Chi'ta qui n'avaient jamais rien vu de tel. Une fois la simulation terminée, les modules redescendirent, et les passagers mirent pied à terre, satisfaits et surexcités.

- Ici Grennan. Ciro, vous m'entendez ?

- Ciro, j'écoute.

- Dites, vous savez quelle est la suite ? J'ai pas eu le programme, moi.

- Dans quelques minutes, ça va être le concert. La sécurité va être renforcée le temps que Lamere monte sur scène.

- Notre hôte va se mettre en avant ?

- Oui, docteur Lohrn. Il va présenter les musiciens.

- On va enfin savoir qui est le groupe, alors ! observa Liam.

Assis à l'une des tables, l'adolescent se leva et entraîna Chi'ta.

- Allez, on n'aura pas deux fois ce genre d'occasion, autant en profiter !

- Euh… bon, d'accord.

Et les deux jeunes gens suivirent le mouvement de foule des gens de leur génération, et descendirent sur la piste. Ils entendaient encore les voix de Ciro et du docteur Lohrn.

- Et à votre avis, qu'est-ce qui va se passer avec la chanteuse ?

- Je n'en sais rien. J'espère juste qu'elle n'est pas complice du R.A.J.

Liam sauta sur l'occasion.

- Je peux peut-être voir ce qui se passe dans les loges ?

- Tu crois ?

- Ouais, avant qu'elle n'entre sur scène.

- Je doute que le vigile vous laisse entrer, mais vous pouvez toujours poser la question. Vous savez où sont les coulisses ?

- Non.

- Attends, je vais te guider.

Suivant les instructions d'Ezra, les deux adolescents se faufilèrent entre les invités jusqu'à une porte en retrait près de la scène. Ils la franchirent sans façon, elle donnait sur un petit couloir bien éclairé, avec quatre portes, et un grand Humain à la peau sombre en costume noir, qui attendait d'un air menaçant bras croisés.

- Hé, les mioches, qu'est-ce que vous faites là ? C'est privé !

- Euh… nous devons voir la… la chanteuse.

- Qui êtes-vous ?

- Nous travaillons pour la revue Jeunes et branchés, et nous souhaitions interviewer…

- Ah ouais ? Madame Luba Luft ne reçoit personne sans rendez-vous, en tout cas pas avant le concert.

- Ah, mince. Écoutez, est-ce que vous pourriez dire à madame Luft que…

- Quoi ? Vous avez dit quoi ? coupa le vigile.

- Eh bien, Madame Luft doit avoir un agenda…

- Laisse tomber, petit fouineur ! Vous ne savez même pas qui est la chanteuse que vous êtes supposés interviewer ! Ce n'est pas Luba Luft. Maintenant, cassez-vous avant que je ne me fâche !

Les deux padawans ne se le firent pas répéter. Ils quittèrent aussitôt les coulisses. Une fois revenus sous le dôme :

- Sale fumier !

- Voyons, Liam, il fait seulement son travail.

- C'est vrai… Mais tout de même !

- Nous devrions revenir après le spectacle.

- Il va nous rembarrer une deuxième fois !

- Pas si je le lui demande gentiment, Liam. Je n'ai rien fait cette fois-ci pour éviter qu'on ne se fasse remarquer, mais je pourrai le « persuader » de nous laisser voir la chanteuse.

- Ah… d'accord. Je devrais apprendre, moi aussi.

- C'est facile, il suffit juste de parler à la personne avec conviction, en laissant circuler la Force, et ça va tout seul.

- Bon, en attendant, profitons du concert.

Alors que les lumières diminuèrent une fois de plus, les padawans descendirent vite dans la fosse. Enfin, une poursuite s'alluma sur la scène, sur laquelle était monté Sire Alec Lamere de Barnaba. Il présentait mieux en personne, pour sûr. Alec Lamere de Barnaba était un homme petit de taille, mais au corps d'athlète. Il avait de grands yeux bleus, une magnifique crinière châtain clair coiffée vers l'arrière, un nez aquilin, et un menton droit et énergique. Il s'approcha du micro, s'éclaircit la gorge, et annonça :

- Et maintenant, j'ai le très grand privilège de vous présenter notre orchestre de la soirée, un groupe de musiciens au succès reconnu depuis des décennies qui nous a fait l'honneur d'accepter notre invitation, le Max Rebo Band !

Il repartit dans les coulisses sous les applaudissements. Toujours dehors, mais ayant tout entendu, Canderous ouvrit des yeux admiratifs.

- Le Max Rebo Band ! Il ne s'embête pas, le petit Barnaba !

Quelques dizaines de mètres plus haut, le Chiss regardait aussi à travers la coupole. Sa voix résonna dans les communicateurs.

- C'est la première fois que je les vois en personne. Je n'ai jamais pu voir un de leurs concerts. Soit j'étais fauché, soit j'avais d'autres engagements.

- Et aujourd'hui, ton engagement est d'être payé pour les voir ! T'y aurais cru, si on te l'avait dit il y a six mois ?

- Non.

Un à un, les six musiciens qui composaient le Max Rebo Band s'installèrent. Ezra demanda, un peu interloquée :

- Curieux, ils sont plus nombreux que dans mon souvenir.

- Ben alors, Ezra, t'es pas branchée ? demanda la voix de Liam. Ils ont engagé d'autres musicos l'année dernière.

- Et où est la chanteuse à grande bouche ?

À la surprise de l'adolescent, Chi'ta aussi avait suivi les actualités people, elle répondit sans hésiter :

- Vous parlez de Sy Snootles ? C'est bien la femelle qu'on a surnommé « la plus belle voix de Lowick » ? Elle n'a jamais fait partie officiellement du groupe, elle y a été seulement en tant qu'invitée, occasionnellement.

- Ah ouais ? Ah bon. Le Seigneur Lamere a peut-être engagé une autre personne ?

Les lumières de la grande salle s'éteignirent complètement, et rapidement plus personne ne parla. Des projecteurs s'allumèrent et se braquèrent vers le plafond. Une plate-forme antigrav descendit lentement vers la scène. Dessus se tenait une femme Humaine. Grande, les cheveux platine, elle portait une combinaison qui moulait à la perfection son corps athlétique. Une rumeur monta du public, alors qu'elle sauta de la plate-forme sur la scène d'un magnifique salto arrière pour se recevoir pile devant le micro. À peine eut-elle commencé à susurrer sa complainte que l'adolescent se sentait comme hypnotisé. Comme la très grande majorité des Humains présents dans la salle, il avait immédiatement reconnu Rita Goodkiss, la plus célèbre des chanteuses de spatio-rock. Bien qu'elle accusait une soixantaine d'années, elle avait parfaitement conservé sa forme physique au moyen d'intenses séances de sport et de régimes à base de produits naturels. Elle articula juste quelques paroles, lentes, pesantes, puis le percussionniste se déchaîna, suivi par le reste du Max Rebo Band, et bientôt tous les jeunes spectateurs applaudirent et dansèrent avec passion au rythme de la musique. Même les moins jeunes, restés assis, battaient la mesure.

Les deux adolescents étaient enthousiastes. Chi'ta, envahie jusqu'au bout des moustaches par la bonne humeur générale, s'était rapidement laissée entraîner dans le rythme. Elle se concentrait de toutes ses forces pour ne pas relâcher son attention, cherchant la présence d'une quelconque menace qui aurait troublé la Force. Une sensation malsaine, une inquiétude, n'importe quoi, mais elle ne perçut rien.

Rita Goodkiss remercia l'assemblée d'un éclatant sourire, et chanta lentement, dans un silence religieux :

Je sens mon corps grandir.

Mes os commencent à luire.

L'heure est venue de s'amuser.

Joie que je vais partager !

Les plus jeunes applaudirent et crièrent de joie, et Liam fut le premier en reconnaissant le plus grand succès du Max Rebo Band, Lapti Nek, chanté pour l'occasion en basic. La chanteuse accéléra le rythme.

Mon corps est excité.

Mon âme synthétisée.

Tout mon être bondit.

Je m'éclate sans aucun répit !

Le groupe se déchaîna alors qu'elle entamait le refrain.

Comprenez ! Et sentez votre âme galoper !

Comprenez ! Laissez la chaleur vous embraser !

Comprenez ! Et sentez votre âme galoper !

Ouais !

Au plus fort de la chanson, emporté par le feu de l'action, Don Nycator de Mecetti ne se contint plus. Avec un hululement d'excitation, il bondit sur la table, et se lança dans un numéro de danse lascive, ondulant du bassin au rythme de la musique. Puis il attrapa le bras d'une femme en tenue provocante qui passait près de lui. Celle-ci monta sur la table, se cramponna au jeune seigneur, et tous deux dansèrent collés l'un à l'autre. Du haut de la cabine, Ezra s'en aperçut, et fut sciée par l'indécence du futur marié. Dame Liryl, toujours assise, restait de marbre. Mais quand la doctoresse jeta un petit coup d'œil vers Morgreed, elle devina quel pouvait être le fond de sa pensée à l'égard du fiancé. Il serrait les poings tellement fort que même de sa position surélevée, elle aurait sans doute pu entendre craquer ses phalanges écailleuses s'il n'y avait pas le bruit provoqué par le concert.

Chi'ta dansait avec de plus en plus d'entrain, quand soudain, il y eut un déclic dans son esprit. Elle s'arrêta net, et saisit Liam par la manche. Celui-ci chantait et criait avec le public.

- Liam !

- « Comprenez ! » Yeah !

- Liam, écoute !

- « Mon âme synthétisée ! »

- Liam !

Elle le secoua plus fort, attirant enfin son attention.

- Que se passe-t-il ?

- Nous devons retourner absolument dans les coulisses !

- Mais pourquoi ?

- Le vigile, il y a quelque chose ! Sur son badge ! Il faut y aller !

Devant l'air paniqué de la jeune fille, Liam ne discuta pas, et quitta tant bien que mal la fosse à ses côtés.

- Quoi ?

- Oui, docteur Lohrn, c'est une urgence ! Pouvez-vous faire faire cette vérification le plus vite possible, s'il vous plaît ?

- Attends, petite souris, surtout ne panique pas. Je vais faire des recherches dans les fichiers les moins… conventionnels.

- Faites vite, le concert ne va pas tarder à s'achever !

La jeune doctoresse lança alors les protocoles adéquats. Ses sourcils se froncèrent d'anxiété.

- Oups !

Trois petits coups résonnèrent sur le bois. Rita Goodkiss finissait de s'éponger le front, et but une gorgée d'eau à la bouteille avant de répondre :

- Oui, entrez !

Le garde ouvrit la porte, et laissa entrer deux adolescents, un Humain et une jeune fille Drall. Le vigile dit d'une voix légèrement traînante :

- Ces deux personnes sont ici pour une interview.

La chanteuse sourit en voyant immédiatement qu'ils étaient morts de timidité.

- Bonsoir… dame Goodkiss.

- Salut, m'dame…

- Bonsoir ! C'est drôle, vous êtes un peu jeunes pour des chargés de presse, non ?

- Ben… faut dire qu'on a eu une dérogation, articula timidement Liam en tapotant son ceinturon.

- Un sabre-laser ? Vous êtes des Jedi ? Dingue ! J'en avais pas vu depuis au moins trente-cinq ans !

Rita Goodkiss se leva, invita les deux enfants à entrer. Elle fit un petit signe à l'armoire à glace qui acquiesça et ferma la porte, les laissant tous les trois seuls.

- J'ai rencontré des Jedi, il y a très longtemps. Je commençais ma carrière au niveau interplanétaire. Mon vaisseau s'est écrasé sur une planète-jungle, et j'y serais restée sans l'intervention d'un petit groupe de stagiaires. Ils étaient menés par deux apprentis Jedi qui devaient avoir votre âge. Mais ça ne date pas d'hier, je n'étais pas beaucoup plus âgée que vous. Ce n'est pas comme maintenant.

- Qu'est-ce que vous racontez, m'dame ? Vous êtes superbe ! Et j'écoute vos disques depuis tout petit ! Pour moi, vous êtes encore dans le coup, et pour longtemps !

- Même sur Drall, on admire vos performances, dame Goodkiss, ajouta la jeune fille.

- En fait, on ne vous dérange pas longtemps, m'dame, je voulais juste dire que j'étais vraiment très... enfin, c'était vraiment plus qu'un concert, c'était de la bombe ! Vos meilleures chansons, une chorégraphie vraiment balaise…

Pendant que l'adolescent parlait, Chi'ta prit délicatement le crayon maquillant sur la coiffeuse, un prospectus qui traînait sur la coiffeuse, et écrivit au verso :

« Agresseur dans placard. »

La chanteuse n'était pas née de la dernière pluie, et garda son calme. Liam continuait :

- Et donc, cette initiative de jouer avec le Max Rebo Band, ça déchire ! On dira ce qu'on voudra, mais je le dis franchement : ce concert, c'était un rêve devenu réalité. Et toutes les petites minettes qui se prennent pour des stars, qui se pètent les cordes vocales et nos oreilles en bramant de la soupe, honnêtement, par rapport à une légende comme vous, elles valent que dalle !

- Vraiment, c'est très gentil à vous de me dire ça. Ca fait vraiment chaud au cœur de voir que votre génération n'oublie pas la mienne. Tenez, il faut que je vous donne quelque chose, je ne peux pas laisser partir deux petits admirateurs aussi cool les mains vides.

Rita Goodkiss prit son sac à main, farfouilla dedans quelques longues secondes, et en sortit un blaster lourd qu'elle brandit immédiatement vers les battants du fond de la loge. Elle poussa trois fois la gâchette, et trois ondes ovales paralysantes traversèrent la cloison. Il y eut un râle étranglé, et la porte s'ouvrit, laissant s'écrouler un Humain qui tenait un long vibro-couteau. Le garde rentra aussitôt.

- Rita, que se passe-t-il ?

- Un admirateur un peu trop collant. Heureusement que ces deux gosses m'ont prévenue à temps. J'ai pensé à vous, je ne l'ai pas tué, mais en d'autres circonstances, il y aurait eu droit.

L'agent de sécurité se pencha vers l'homme inconscient, s'agenouilla près de lui.

- Comment ce type a pu entrer ?

- Très simple, quelqu'un a soudoyé l'agent responsable de la protection de Dame Goodkiss pour le laisser passer pendant le concert. Ainsi, il a pu tenter de l'égorger par surprise.

Chi'ta avait calmement prononcé ses mots alors que Liam avait posé la poignée de son sabre-laser sur la nuque de l'agent.

- Mais… que…

- Alors, monsieur Trent, on a des soucis d'argent ? Quand on joue au casino, on s'assure qu'on a de quoi payer si on perd. Ca évite de se laisser embarquer dans des plans foireux.

Attirés par les bruits de blaster, d'autres gardes avaient accouru. Rita Goodkiss était furieuse.

- C'est pas vrai, Trent, je te faisais confiance ! Si t'avais besoin d'argent, fallait m'en demander !

L'agent de sécurité ne répondit pas. Il fut rapidement emmené hors du dôme par les gardes. La cantatrice se retourna vers les deux jeunes gens.

- Compliments, c'était du grand art ! Dans le rôle des jeunes fans émerveillés pour détourner son attention, vous avez été au top ! Ce rigolo n'a rien vu venir ! Merci !

- Sans doute, mais… j'étais sincère, m'dame Goodkiss.

- Et moi aussi, ma Dame.

Le sourire de la femme s'agrandit. Elle sortit de son sac une carte.

- Quand cette soirée sera terminée, appelez mon agent à ce numéro. Il vous enverra des invitations V.I.P. pour mon prochain concert qui aura lieu sur Mrlsst dans deux semaines. Je serai très heureuse de vous y voir.

- Ce sera… un grand honneur.

- Euh… nous devons cependant y aller, le travail…

- Oui, j'imagine que vous n'êtes pas venus en tant que simples invités. Allez, et encore merci.

Les deux jeunes gens allaient partir, mais Liam demanda encore :

- M'dame… est-ce que… je pourrais… vous faire une petite bise ?

Lentement, délicatement, la chanteuse posa ses lèvres sur la joue de l'adolescent, ne le relâchant que trois secondes plus tard. Il quitta la loge, une grosse trace de rouge à lèvres au visage, et riait béatement.

- J'ai été embrassé par Rita Goodkiss ! Wou-Hou !

Eh ben… il se fait pas chier, le petit Liam !

La nuit commençait à se rafraîchir. Grennan venait d'entendre le padawan dans son communicateur, et ne put s'empêcher de sourire. Il contrôlait régulièrement l'écran de son bracelet. Son drone patrouillait toujours du côté de la plage, et en dehors de quelques vaguelettes, il n'y avait absolument rien à signaler.

- Ezra ?

- Y a du nouveau ?

- Que dalle, pour l'instant. C'est quoi, la suite ?

- Le dîner, mais le bal va bientôt commencer.

- Ils dansent et ils bouffent à la fois ?

- Oui, c'est un dîner dansant.

Vraiment un truc de noblaillons… se dit le Chiss. Soudain, alors qu'il regardait encore à travers le dôme transparent, il aperçut de deux personnes à l'écart. Jugeant cette retraite suspecte, il tira ses macrojumelles de sa sacoche, et regarda de plus près.

Don Nycator de Mecetti… il parle avec quelqu'un en retrait, qui donc ? Allez, mon pote, retourne-toi que je vois ta jolie petite frimousse de crevette rose…

Comme répondant à cette sourde prière, l'interlocuteur se retourna.

Quinn Sheffield de la Maison Reena ? Oh ho ho ! Ca se précise !

Dans la cabine de régie, Ezra répéta :

- Avec Sheffield ?

- Ouais, alors gardez bien ces deux gusses à l'œil, vous autres.

- Ca ne va pas être très simple, le bal va commencer.

Le seigneur Alec Lamere de Barnaba était remonté sur scène.

- Chers amis, je vous invite maintenant à vous joindre à moi pour le bal. J'ai l'avantage de vous présenter cette année un divertissement totalement inédit dans ce secteur, et même au-delà. Voyez-vous les cercles peints sur la piste ?

Il y avait effectivement une trentaine de cercles peints à même le sol.

- Ces cercles sont en réalité les emplacements de petites plates-formes antigrav. Je demande maintenant aux couples volontaires de bien vouloir descendre et prendre place sur ces cercles.

Quelques invités plus audacieux, Don Nycator en tête, descendirent alors sur la piste de danse, et se positionnèrent sur les motifs. Le maître de cérémonie reprit :

- Une fois que tous nos danseurs seront en place, nous mettrons en marche le système antigrav. C'est une toute nouvelle technique avant-gardiste qui donne des sensations inédites à ceux qui l'expérimentent. Les deux partenaires sont englobés dans un champ de force irisé émis par la petite plate-forme en forme de disque. Les disques volent selon un schéma préprogrammé, évitant ainsi tout risque de collision. Ainsi, les deux danseurs n'ont qu'à se laisser porter par le rythme de la musique et par le mouvement de leur guide pédestre. Je tiens à rassurer les plus sceptiques, nous avons testé ce système pendant plusieurs centaines d'heures, et tout est fait pour que vous puissiez profiter de ce moment exceptionnel en toute sécurité. Et maintenant, mes Dames, mes Sires, je vous invite à suivre la plus enchanteresse des valses. Allons, n'hésitez pas, venez donc vous mettre par couples sur les cercles ! Il reste encore des places de libres !

La petite Chi'ta avait suivi l'exposé avec une attention mêlée à un enthousiasme grandissant. Avec un immense sourire enjoué, elle se tourna vers l'adolescent. Celui-ci, un peu surpris par un tel intérêt, savait déjà ce qu'elle allait répondre quand il demanda :

- Tu veux qu'on essaie ?

- Oh oui ! Oh oui ! Allons-y, Liam, allons-y ! s'écria-t-elle en battant des mains.

Sans même attendre sa réponse, elle l'attrapa par le poignet, et courut vers la piste, traînant derrière elle le padawan Gardien. Ce ne fut qu'une fois positionnés dans l'un des cercles que celui-ci avoua :

- Mais… je ne sais pas danser !

- Tu crois que je ne t'ai pas vu pendant que Dame Goodkiss chantait ? répondit-elle malicieusement.

- Oui, mais… ce n'est pas le même genre de danse !

- Justement, c'est une excellente façon d'élargir tes compétences en la matière. C'est très facile, tu vas voir ! Tout ce qu'on a à faire, c'est imiter les autres. Et pour commencer, le positionnement.

Elle se colla contre Liam, prit les mains de l'adolescent, et les plaça sur ses propres hanches avant de poser ses doigts duveteux sur les épaules de son partenaire. Le jeune Humain fut surpris.

Plus ça va, plus elle se décoince ! Enfin bon, tâchons d'être à la hauteur… ça va être le cas de le dire !

L'orchestre avait commencé à jouer, et les plates-formes s'étaient toutes simultanément élevées d'une cinquantaine de centimètres. Un globe irisé transparent apparut autour de chaque couple. Les sphères ainsi créées se mirent à voler, lentement, puis de plus en plus rapidement, sans pour autant trop accélérer. La musique, une valse enjouée, résonnait dans le dôme entier. L'atmosphère générale était plus sobre, voire plus solennelle, par rapport à des fêtes dont les participants étaient des gens plus simples, comme la veillée sur Fedrana, mais la petite Chi'ta continuait à apprécier la bonne humeur générale, et elle se sentait de plus en plus emportée par la valse.

- Quelle agréable sensation ! Nous voltigeons !

- Hé, c'est le but !

- Même sans cette sphère, j'aurais l'impression de voler !

Chi'ta était sur un petit nuage. Liam, de son côté, regarda rapidement autour de lui. Il vit en passant Damara, qui dansait avec le Seigneur Alec Lamere de Barnaba. Elle lui fit un clin d'œil au passage, confirmant qu'elle continuait sa surveillance. La voix de sa partenaire le ramena à elle.

- Quand j'étais petite, Liam, je croyais au mythe du « prince charmant ». Voir un jour un homme incarnant l'idéal masculin venir à moi et m'emporter dans un merveilleux pays où je n'aurais jamais connu le malheur.

- Ouais… mais je suppose que t'as un peu déchanté en grandissant, non ? Moi, je n'ai jamais cru aux contes de fée.

- C'est normal, ton enfance n'a pas été un conte de fée. Mais ce prince charmant que j'ai attendu, il n'est que poudre aux yeux... alors que toi, tu es bien réel.

L'adolescent se félicita d'avoir une chemise absorbant la sueur. Les grands yeux noirs de sa partenaire avaient étincelé comme deux comètes, et elle avait dit cela avec une telle passion, qu'il se sentit tout retourné. Mais il n'éprouvait ni gêne, ni crainte, seulement la chaleur de la joie. De son côté, la petite Drall était très heureuse de partager ce moment avec le padawan, et était persuadée qu'elle n'y aurait pas pris autant de plaisir avec un autre cavalier. Elle souriait de toutes ses incisives. Elle se rendit compte qu'elle avait attendu ce moment depuis cette soirée sur la Lune de l'Orbe de la Nuit où elle avait redouté que Brigta Hejaran fît des avances à Liam. Un moment où ils n'étaient que tous les deux, en parfaite communion, sans la moindre obscure pensée pour ombrager leur proximité. Pendant un bref instant, son esprit occulta la mission, et la menace des Précurseurs, et la guerre contre l'Empire, et les complots du Soleil Noir… elle ne voyait plus que Liam Kincaid, n'était plus concentrée que sur le rythme de la musique sur lesquelles battaient à l'unisson leurs cœurs, et ne sentait rien d'autre que le contact physique entre l'adolescent Humain et elle. Un petit détail la troubla, cependant. Son sinus commençait à la chatouiller. Elle n'y prit pas garde, jusqu'à ce que Liam la regardât en fronçant les sourcils.

- Hé ? Y a un souci ?

- Plaît-il ?

- Mais qu'est-ce que t'as au nez ?

- Au nez… ?

- Tu saignes !

Subitement, elle fut prise d'un vertige. Pendant une fraction de seconde, elle entendit une cacophonie de hurlements très forte et très brève, alors qu'elle crut voir des visages paniqués. La musique s'accentuait, les sphères tournaient plus vite. Une nouvelle fois, des cris et des figures terrifiées envahirent les sens de la jeune Drall. Liam semblait de plus en plus inquiet… et ce fut le chaos.

Chi'ta était debout au milieu d'un véritable champ de bataille. Tout autour d'elle, des Humains, et quelques Mrlssti, gisaient sur une route complètement défoncée par les explosions. Certains étaient déjà morts, mais d'autres criaient, pleuraient, se traînaient sur le ventre pour se mettre à l'abri. Paniquée, la jeune fille regarda aux alentours. Les bâtiments s'écroulaient sous l'impact des torpilles à protons crachées par des vaisseaux qu'elle n'eut aucun mal à reconnaître. Des bombardiers TIE, qui volaient en formation en larguant leurs mortels explosifs. Plus haut, dans le ciel, un croiseur était stationné entre les nuages, menaçant.

Le claquement de bottes attira l'attention de la petite Drall. Elle frémit davantage en voyant approcher des dizaines de soldats de choc en armure blanche. Ils avançaient au pas de course en tirant des rafales dans sa direction. Consciente qu'elle ne pouvait rien faire d'autre que fuir contre un tel nombre, elle tourna les talons et se mit à courir, aussi vite qu'elle pouvait. Soudain, quelque chose attira son attention. Sur le sol, coincé sous un petit morceau de plafond en contreplaqué, un jeune enfant Humain gémissait doucement. Aussitôt, elle changea de direction et obliqua vers lui. Elle se pencha devant l'enfant, et ferma les yeux, tentant de faire abstraction de la panique des alentours. Elle leva lentement les mains, espérant soulever la plaque en la faisant léviter, mais sa concentration fut brisée par une violente déflagration qui la catapulta plusieurs mètres plus loin.

Elle reprit péniblement ses esprits, allongée sur le ventre, et son ouïe revint peu à peu. En levant les yeux, elle vit une paire de bottes couvertes d'acier juste devant elle. En regardant plus haut, elle poussa un cri d'épouvante en sursautant, et retomba sur le dos. Devant elle se tenait Daymon Thorn, toujours plus effrayant. Avec un sourire mauvais, celui-ci faisait osciller la lame rouge de son sabre-laser tel un pendule. Elle recula prestement en se traînant sur les coudes, il la rattrapa calmement. Très vite, il était juste au-dessus d'elle. Dans un réflexe désespéré, la petite Drall porta la main à son arme, mais n'eut pas le temps de la sortir. Sans autre forme de procès, Daymon Thorn lui écrasa la tête d'un coup de talon.

- Hé ?! Blast !

- Liam…

- Comment ça s'arrête, ce truc-là ? Que… AAH !

- Liam !

L'adolescent se prit la tête à deux mains. La jeune fille sentit un étau de carbonite lui bloquer les poumons quand elle vit du sang suinter des glandes lacrymales de son condisciple alors qu'il avait les yeux exorbités de douleur. La musique cessa, la lumière se ralluma, et les plates-formes redescendirent à leur place. Il y eut quelques exclamations interloquées. Liam se concentra, et la douleur passa. Les deux padawans étaient dans les bras l'un l'autre, se soutenant mutuellement. Liam fut soulagé en voyant arriver deux infirmiers avec un brancard, mais sa joie fut de courte durée : ils ne ralentirent même pas en leur passant devant.

- Hé ! Qu'est-ce que…

- Par le Grand Fouisseur, Liam, regarde !

Les brancardiers s'étaient approchés de Dame Liryl. Celle-ci était aussi descendue de son globe, et avait le teint pâle. Elle n'avait cependant pas l'air vraiment malade, et ne saignait pas. Elle fut rapidement emmenée hors de la pièce sur la civière antigrav. Damara arriva heureusement bien vite, et conduisit rapidement les deux padawans à l'infirmerie.

Le sifflement aigu du communicateur tira Chi'ta de l'inconscience. Elle ouvrit les yeux, remarqua qu'elle était allongée sur une couchette, non loin de Liam qui revenait également à lui, mais aucune trace de Dame Liryl.

- Aïe… Ma tête.

- Qu'est-ce… qui s'est passé ?

- Je l'ignore, Liam. Attends, je dois répondre.

Elle sortit son communicateur de sa poche.

- Oui, ici Chi'ta…

- Chi'ta ? Ici Ezra. Qu'est-ce qui t'est arrivé ?

- J'ai eu… j'ai eu une vision.

- Une vision ? Et à quel propos ?

- Des explosions, des gens qui souffraient, qui mouraient… et Thorn !

- Thorn ?

- Thorn ? demanda à son tour Liam. Blast !

- Et comment tu te sens ?

- J'ai un peu le vertige, mais ça va aller. Mais où est Dame Liryl ? Je ne la vois pas !

- Elle est revenue dans la salle, apparemment, rien de grave pour elle non plus.

- Elle a sûrement senti quelque chose, elle aussi, supposa Liam. Bon, nous n'arriverons à rien si on reste là. Chi'ta, tu peux te lever ?

- Oui, attends.

L'adolescent quitta son matelas d'un bond, et aida la jeune Drall à quitter le sien. Puis il contacta Grennan.

- Grennan ?

- Ouais, petit ?

- Tu vois quelque chose de là où t'es ?

- Non, pas encore.

- Et… ça ne t'embête pas de rester au plafond ?

- Non, car ça me permet d'avoir la paix et de respirer, répliqua le Chiss en s'allumant un pétard.

Pour la énième fois, il regarda dans le petit écran incrusté dans son gant, et ne vit rien. Il sentait le vent frais et agréable souffler sur son visage. En levant les yeux, il eut tout de même une petite appréhension. S'il voyait parfaitement les constellations au-dessus de lui, il crut discerner une masse sombre dans le lointain.

Ah… le temps se couvre, on dirait.

Dans la cabine technique, Ezra décida de faire une petite vérification. Elle se rappela de la mention « ion » sur les canons de défense. Elle entra quelques instructions simples sur le clavier, et vit quelque chose qui ne lui plut pas.

Mince, qu'est-ce que c'est que ça ? Blast ! Des pics d'énergie !

En effet, les schémas indiquaient une montée anormale d'énergie sur les relais d'alimentation du système anti-aérien. La jeune femme décida de faire quelque chose. Comme à son habitude, elle préféra compter uniquement sur elle-même. Aussi prit-elle l'initiative de faire une déviation en changeant la configuration des flux d'énergie. Hélas, si elle pensait maîtriser les logiciels en théorie, la mise en pratique révéla un tout autre résultat.

Les deux padawans, revenus dans la salle de bal, assistèrent à un spectacle stupéfiant : les centaines d'écrans qui constituaient le dôme s'allumèrent, puis affichèrent le décor d'une grande plaine en plein jour, puis une montagne au coucher du soleil, puis un désert sous la lune, puis le fond d'un océan, puis le cratère d'un volcan, puis l'espace, et bien d'autres décors défilèrent de plus en plus rapidement, jusqu'à créer un maelstrom multicolore. Puis toutes les fenêtres s'éteignirent simultanément. Il y eut des exclamations effrayées, des interrogations émises avec vivacité, et même quelques rires amusés. Chi'ta prit son communicateur et appela :

- Docteur Lohrn ? Docteur ?

- Oui, j'écoute…

- Que s'est-il passé ?

- Bien… disons que j'ai dévié le surplus de courant qui allait démolir les canons, et il a bien fallu que je trouve un endroit où faire passer le courant.

- Ah je vois. Bon. Il n'y a pas eu de blessé, c'est tout ce qui compte.

- Je savais que tu le prendrais aussi bien.

Le Chiss n'avait rien raté de la scène. Même s'il n'avait pas vu avec précision la succession d'images, il avait discerné la multitude de changements.

Joli son et lumière… je me demande ce que les invités ont pensé de ça.

Il fut tiré de ses réflexions par un petit bruit. Un claquement de bottes sur l'asphalte du parking. Ses yeux rouges se plissèrent.

- Ici Grennan. Ciro ? Ezra ? Canderous ?

- Ciro, j'écoute.

- Ezra, je suis là.

- Ici Liam. Que se passe-t-il ?

Le Chiss sortit sa paire de jumelles, et balaya la zone du regard. Il eut seulement le temps de voir une silhouette dans la semi-obscurité monter dans l'un des répulseurs garés dans un coin du parking.

- Individu suspect sur le parking, il monte dans un speeder.

- Qu'est-ce que c'a de suspect ? interrogea Canderous.

- Il se dirige vers la jungle.

- Vers la jungle ? répéta Ezra.

- Affirmatif.

- Mais qu'est-ce qu'i voir dans la jungle ?

- Docteur Lohrn ? Ici Ciro.

- Oui, j'écoute ?

- Je crois savoir où va cette personne. Il y a dans la forêt un petit temple.

- Un… quoi ?

- Un ancien avant-poste construit il y a des centaines d'années, qui servait de pavillon de chasse. Il était consacré à une ancienne déesse de la nature, un culte qui a été aboli le siècle dernier. L'installation a été abandonnée, mais à ce que je sache, elle tient toujours debout.

- L'endroit idéal pour une petite entrevue, murmura Ezra.

- Hé, t'as pas vu qui c'était ?

- Non, Canderous, mais c'était peut-être Nycator.

La doctoresse Calipsa regarda vite vers les tables du banquet.

- Négatif, il est à sa place. Dame Liryl aussi… hé, une seconde ! Liam ?

- Oui ?

- Regarde, pas loin de toi il y a une place vide. Tu peux voir qui l'occupe, normalement ?

- C'est peut-être juste quelqu'un qui fait la grosse commission…

- Va quand même vérifier !

- Bon, bon.

À travers la grande fenêtre de la cabine de régie, la jeune femme vit le padawan se lever, et se diriger vers la place libre. Il échangea quelques mots avec l'un des invités, s'éloigna et reprit contact.

- J'ai fait parler le voisin, je lui ai demandé si c'était la place de Hor-Lando de Mecetti, il m'a dit que c'était là où était assis le baron Quinn Sheffield de Reena.

- Sheffield ? sursauta Canderous. Bon sang ! Il faut qu'on y aille. Tous sur le parking !

- Quoi ? Mais je ne peux pas quitter mon poste ! protesta Ezra. Et les agents du R.A.J. ?

Le Chiss serra les dents.

- L'idée ne me plaît pas, mais va falloir qu'on se sépare. D'un côté, on ne peut pas le laisser filer, de l'autre, faut qu'on soit là quand le R.A.J. compte foutre le bordel.

- D'accord. Dankin, viens avec moi !

- Je viens aussi ! s'écria Liam.

- Euh… est-ce raisonnable ?

- Faut qu'on y aille, Chi'ta ! La Force ne sera pas de trop !

- Bon… alors je viens avec vous.

Ezra siffla d'inquiétude.

- Hé, les enfants, vous êtes sûrs de vous ?

- J'avouerai que je ne suis pas sûre, docteur Lohrn, mais cela fait partie des attributions des Jedi.

- Ouais, Ezra, si les Kathols comptent mettre leur « étape suivante » a exécution, faut qu'on soit là pour les empêcher de blesser quelqu'un !

La Calipsa dit juste :

- Canderous, t'as intérêt à veiller sur ces enfants.

- Bah, ils peuvent bien le faire eux-mêmes, non ? À leur âge, je ne comptais que sur moi.

Sur le parking, Canderous rendit à Dankin sa chère arbalète Wookiee.

- Bon, les gars, il n'y a pas trente-six solutions. Il faut qu'on prenne une caisse et qu'on poursuive ce gars.

- Il a de l'avance, comment on va le rattraper ?

- Sois tranquille, à mon avis c'est un blaireau qui n'est pas capable de piloter comme un taré dans cette forêt la nuit… contrairement à moi.

- Mais… nous n'allons tout de même pas voler un de ces véhicules ?

- T'en fais pas, petite puce, ce sera juste un emprunt.

Le communicateur de Canderous bipa.

- Ici Canderous.

- Canderous, ici Ciro. Grennan m'a dit que vous comptiez suivre Sheffield ?

- Ouaip.

- Alors prenez directement mon appareil, c'est celui garé sur la place 49.

- Oui, je le vois.

- Le code de démarrage est 5-12-08. Il est équipé d'une balise de repérage et de senseurs qui vous permettront de retrouver facilement son speeder.

Pendant que Ciro parlait, les quatre compères embarquèrent dans le répulseur. Canderous mit le contact, repéra rapidement le speeder de Sheffield sur le petit écran, et conduisit le véhicule dans l'obscurité de la jungle.

Le parcours se produisit sans incident notable, la forêt n'était pas aussi luxuriante que celle de Vilhon. Canderous volait au-dessus de la cime des arbres, tous feux éteints – les deux lunes de Procopia étaient suffisamment pleines pour éclairer les alentours. Il leva la main, pointa quelque chose du doigt.

- Tu vois cette lumière, Liam ?

- Ouais, c'est quoi ? Sheffield ?

- Dans le mille, fiston ! Cet abruti n'a même pas coupé les feux de brouillard !

Ils volèrent ainsi pendant une bonne vingtaine de minutes. Puis lorsque le point lumineux s'enfonça au milieu des arbres, le mercenaire ralentit, et le répulseur descendit doucement dans la jungle à la verticale.

- On va faire les derniers mètres en poussant la bagnole, sans moteurs. Avec les cellules antigrav, Dankin et moi pourrons l'amener jusqu'à notre objectif sans difficulté. Comme ça, on pourra sauter dedans vite fait si l'on doit fuir.

- D'accord !

- J'espère… j'espère seulement que nous n'allons pas au-devant d'un danger trop menaçant pour nous.

Le Mandalorien fit un petit clin d'œil.

- Petite puce, je suis le danger. Ici, on est pile dans notre élément, Dankin et moi. Les missions de ce genre, c'est notre gagne-pain.

- Ca me rappelle l'opération Czerka… sur Kashyyyk, murmura pensivement Dankin en commençant à pousser le speeder sans le moindre effort.

Encore quelques minutes, et ils arrivèrent à une grande clairière au milieu de laquelle il y avait une antique construction. Cela correspondait bien à l'image que s'était fait Liam en écoutant les descriptions de Ciro : une sorte de temple grand comme un petit hangar à vaisseaux, de pierre rose pâle rendu livide par les décennies sans entretien. Il était envahi par la mousse et les plantes grimpantes, et un grand arbre avait même poussé, repoussant l'un des coins de la toiture. Le mercenaire reprit son communicateur.

- Grennan ? Ezra ? Ciro ? Ici Canderous. Nous approchons de la cible. Maintenez le silence radio jusqu'à nouvel ordre, au besoin utilisez l'autre fréquence pour parler entre vous. Ciro, vous avez l'autre fréquence ?

- Affirmatif, Canderous. Bon courage.

- Bien reçu, répondit Grennan.

- Je vous dis le mot de cinq lettres, les amis, ajouta Ezra.

Chi'ta regardait fixement l'édifice, pétrifiée. Inquiet, son condisciple demanda :

- Hé, ça ne va pas ?

- Tu ne sens rien, Liam ?

- Euh… pas enc…

Soudain, l'adolescent se raidit. Plus de doute, ses tympans étaient désagréablement titillés par un bourdonnement de plus en plus fort. En regardant en avant, il crut même distinguer une zone plus trouble vers l'intérieur de l'avant-poste.

- Tenez-vous prêts ! J'ai l'impression que ça sent le cafard !

Canderous posa la main sur la poignée de sa vibro-lame. Les quatre compères s'avancèrent prudemment. Une lumière tamisée laissait un rectangle clair sur les marches de marbre. Ils franchirent lentement les portes, Canderous en tête.

Chi'ta sentait son cœur battre à tout rompre. Elle entendait de plus en plus distinctement les grésillements caractéristiques émis par les créatures du secteur Kathol. Elle aussi porta doucement la main à son ceinturon. Le petit groupe entra.

L'intérieur n'était constitué que d'une immense salle haute. Des colonnes larges comme des chênes soutenaient la toiture. Ils se cachèrent vite derrière les cylindres de marbre. Un globe au-dessus du centre du hall produisait une étrange phosphorescence verdâtre. Sous le globe, ils pouvaient voir deux silhouettes, le baron Sheffield leur tournait le dos.

- Croyez bien que si je fais ça, ce n'est vraiment pas avec plaisir ! Je me contente de suivre les instructions. On risque de remarquer mon absence, alors finissons-en vite, je vous prie.

Canderous murmura à l'attention de la jeune Drall :

- On le tient. Prépare-toi.

Mais Chi'ta ne prêtait aucune attention à Sheffield, trop concentrée sur son interlocuteur… ou du moins ce qu'elle supposait être un interlocuteur. Il était difficile de se rendre de compte de qui ou de quoi il s'agissait vraiment. C'était une gigantesque silhouette, sans doute aussi grande que Dankin. Elle portait une ample robe longue de couleur pourpre, qui dissimulait intégralement son corps, ou presque. Elle était également très large d'épaules, sans doute de plus d'un mètre et demi. Sa capuche était rabattue sur sa tête, mais les quatre amis pouvaient distinguer deux braises ardentes dardées droit vers le Reena. Dankin crut même voir quelque chose bouger sous ces yeux, comme si les dents de ce personnage remuaient dans leurs gencives.

Sheffield sortit de la poche de sa veste un petit objet. L'autre tendit une main aux doigts démesurément longs et fins comme des brindilles, mais extraordinairement vifs. Il saisit l'objet entre le pouce et l'index, et le rangea lentement dans un pli de sa cape.

- C'est bon, nous en avons terminé ? Alors je vais prendre congé.

Et sans attendre la réponse, Quinn Sheffield fit demi-tour. La silhouette encapuchonnée le suivit du regard… et par malheur, croisa pile celui de Canderous. Aussitôt, elle tira d'un coup sec sa cagoule en arrière. Chi'ta ne put réprimer un cri de frayeur : l'être qui se tenait devant le petit groupe était un monstrueux humanoïde à tête de mante religieuse couleur de cendre, pourvue d'une paire de mandibules cliquetantes et suintantes de bave. La créature foudroya du regard les quatre compères d'un air méchant. Sheffield prit ses jambes à son cou et courut en direction de la double porte. La Mante renversa la tête en arrière, et poussa un long crissement épouvantable qui se répercuta dans le petit temple. Canderous fut surpris d'entendre un son aussi aigu jaillir d'un être aussi grand et large. Sheffield en tomba presque dans les bras de Dankin qui l'avait intercepté. Liam et Chi'ta sentirent leur ouie et leur vue perdre toute cohérence, mais distinguèrent les formes tortueuses de deux Krakraï qui s'étaient laissés tomber du plafond. L'adolescent gémit :

- Nous sommes perdus !

- Parle pour eux, fiston ! rétorqua Canderous qui se jeta sur le Krakraï qui avait atterri à la droite de la Mante, prêt à la trucider de sa vibro-lame double Jengardin.

Sans réfléchir, le Mandalorien frappa coup sur coup deux fois le Krakraï en poussant de terribles hurlements. La créature para les deux attaques de ses longues pinces. Dankin s'assura que Sheffield n'allait pas fuir en lui assénant une claque sur la nuque.

Les deux padawans avaient été les plus affectés par le cri de la Mante, sans parler des ondes de brouillage émises par les deux Krakraï. L'horrible créature en profita pour agir. Elle bondit en avant, et se jeta sur Chi'ta, la saisit à bras le corps et la souleva sans le moindre effort. La pauvrette écarquilla les yeux en voyant le cou de son agresseur s'allonger, s'allonger, et se courber dans sa direction. La bouche insectoïde se déploya tel un immonde parapluie de chair. Les deux mandibules agrippèrent la jeune fille par l'occiput, plongeant son visage directement dans sa bouche.

- Hiiiiiiiiiii !

Avec horreur, Chi'ta éprouva tout à coup une furieuse douleur qui traversa son système nerveux, alors qu'elle sentait quelque chose pénétrer entre ses dents, puis s'enfoncer dans sa trachée.

- Lâche-là !

Liam avait bondi en avant, et sans hésiter, planta son arme dans le cou de la créature. Celle-ci relâcha la malheureuse Drall avec un crissement de douleur insupportable. Chi'ta roula sur les pavés. Le Krakraï qui n'avait pas encore agi, celui à la gauche de la Mante, déploya ses ailes et sauta sur Dankin. Le Togorien intercepta la bête, serrant ses avant-bras entre l'étau de ses doigts, et la projeta contre une colonne. Après quoi, il brandit son arbalète et perfora le côté de la carapace du Krakraï, qui s'effondra, un grand trou fumant dans son flanc.

Canderous virevolta, violemment frappé par le Krakraï. Il ne fut pas blessé mais sa veste antiblast portait une nouvelle lacération. Liam commençait à paniquer. Les enseignements de Duncan Blackstorm ne l'avaient pas habitué à lutter contre un adversaire qui rendait fous ses sens. Il n'entendait plus grand-chose de distinct, et sa vision était floue. Il balaya maladroitement l'air de son sabre-laser, sans réussir à toucher la Mante.

Le mercenaire abattit sa lame verticalement sur la tête du Krakraï. L'énorme insecte s'apprêta à coincer l'arme blanche entre ses pinces, mais fut pris de court quand Canderous feinta, changea brutalement de position et frappa au niveau de l'abdomen. Dans un bourdonnement furieux, le Krakraï se retrouva coupé en deux. Devant son succès, le mercenaire jeta un bref coup d'œil à sa droite. Il vit Liam qui semblait frapper au hasard.

- Recule, petit ! Je m'en charge !

L'adolescent recula précipitamment, laissant à Canderous le champ libre. Le mercenaire sauta sur la Mante, vibro-lame en avant. Le monstre coinça pile entre ses longs doigts la lame, et la tint bien coincée au-dessus de sa tête. Les deux protagonistes luttaient de toutes leurs forces pour l'emporter. Canderous s'approcha lentement, poussant, concentrant son énergie dans ses bras. Il regarda fixement les deux pépites rougeoyantes, cherchant à attirer son attention… puis lorsqu'il jugea être suffisamment près, il envoya un solide coup de pied dans le ventre de la Mante. Il attaqua à nouveau, l'insecte dévia la vibro-lame dans un tintement sonore accompagné d'étincelles d'une main, et griffa la clavicule du mercenaire de l'autre. Les deux adversaires s'éloignèrent l'un de l'autre, prêts à renouveler leurs assauts, lorsque la monstrueuse tête d'insecte éclata dans un bruit flasque. Une fois encore, Dankin avait joué de l'arbalète.

Enfin le calme revint dans le temple. Peu à peu, le padawan gardien reprit le contrôle de ses sens. Il entendit alors une respiration sifflante, rauque, et comprit avec terreur que c'était Chi'ta, toujours par terre, qui soufflait ainsi. Canderous sortit son communicateur.

- Silence radio annulé, annonça Canderous. Ezra ?

- Ezra, j'écoute.

- Ezra, on a un gros souci.

Liam s'était précipité vers la jeune Drall, et l'aidait à se relever. Celle-ci tremblait. Elle jetait des coups d'œil furtifs aux alentours.

- L… Liam… Qu'est-ce… qu'est-ce qui m'arrive ? Je ne sens plus rien.

- Tu te sens engourdie ?

- Un peu… mais aussi… Je ne vois plus rien… Je ne ressens plus la Force…

- Quoi ?

- Je vois ton visage, mais je ne sens plus ta résonance.

- Qu'est-ce qu'il t'a fait, ce sale… ?

- Je me sens vraiment très mal…

Elle eut un hoquet, et tomba à nouveau à la renverse. Liam s'affola.

- C'est pas vrai ! Non ! Chi'ta !

- Qu'est-ce qui se passe, Liam ? demanda la voix du docteur Lohrn.

- Ce sont les Kathols !

- Les… Hein ?! s'écria la voix de Ciro. Ils sont ici ?

- Trois d'entre eux, en tout cas, expliqua Canderous. Deux Krakraï menés par un zigue énorme avec la caboche d'une mante.

- Ah ouais ? Connais pas.

- C'est pas tout, Ciro. Il a fait quelque chose à la petite. Je ne sais pas exactement quoi, mais ça n'a pas l'air de lui plaire.

- Quoi, quoi ? Liam ? Liam, tu m'entends ?

- Oui, Ezra ! Qu'est-ce que je dois faire ?

- Dans quel état est-elle ?

- Elle tremble, elle respire mal, elle ne peut plus me parler !

Dans la salle de régie, le docteur Lohrn essayait de tempérer l'inquiétude de l'adolescent.

- Pas de panique, on va trouver une solution. Est-ce que tu peux me dire précisément ce qui lui est arrivé ?

- C'est ce monstre à tête de mante, il lui a fait quelque chose, comme s'il l'avait… violée par la bouche !

Liam, réalisant ce qu'il venait de dire, semblait prêt à pleurer. Mais la jeune femme conserva son professionnalisme.

- Écoute, ne t'en fais pas, garde ton calme, et tu seras efficace. Le mieux à faire est de la ramener ici. Je vais prévenir le bloc médical qu'il y a un problème, ils vont se préparer à vous réceptionner. Rentrez vite au dôme !

- Mais si ça gêne le plan ? Si ça met la panique ?

- On s'en fout, Grennan ! Une vie est en danger, et c'est tout ce qui compte ! Les gars, vous avez entendu ? Revenez tout de suite et tâchez de ne pas la secouer !

Le petit groupe avait déjà quitté l'avant-poste, et regagnait le speeder de Ciro. Liam et Dankin allongèrent Chi'ta sur la banquette et l'attachèrent avant de se cramponner aux barres de sécurité. Canderous mit le contact… mais il eut une désagréable surprise en constatant que le moteur ne répondait pas. L'adolescent s'écria :

- Blast ! Mais qu'est-ce que…

- Attends, il y a une alarme. Oh, c'est pas vrai !

Canderous se précipita vers le capot, le souleva, et recula aussitôt. Le moteur avait été fracassé, éventré, les câbles arrachés crachotaient des étincelles. Vite, il courut vers le speeder de Sheffield, et ne prit pas le temps de le mettre en marche. Il ouvrit la trappe du moteur, et la referma en jurant. Il prit son communicateur.

- Ezra ? On est dans le caca jusqu'aux aisselles !

- Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ?

- Un petit rigolo a cisaillé tous les câbles, juste là où il ne fallait pas. C'est réparable, mais ça va nous prendre au moins une heure à réparer, peut-être deux. Et c'est la même chose sur l'autre véhicule, celui de Sheffield, je viens de vérifier.

Un coup de tonnerre ébranla alors le ciel, et ce fut un déluge. Une cascade céleste s'abattit sur toute la forêt. Sur ordre de Canderous, les trois compères poussèrent rapidement jusqu'à l'intérieur du petit temple leur véhicule, dont les systèmes antigrav étaient heureusement toujours fonctionnels. Dankin détacha Chi'ta, et la posa délicatement par terre, sur son manteau.

- Et voilà, manquait plus que ça, Ezra, il pleut !

- Je sais, j'y ai droit aussi, répondit Grennan à travers le réseau de communications. Je vais me mettre à l'abri.

- Ezra, tu m'entends ?

- Oui, Canderous.

- Ciro ? Ciro, répondez !

- Ciro, j'écoute.

- Ciro, il faut absolument que vous nous envoyiez de l'aide ! Y a pas un de vos petits soldats qui peut venir ?

- Négatif, on approche de l'horaire prévu par le R.A.J. ! Mes hommes ne peuvent quitter leurs positions maintenant !

- Bordel, y a une gamine qui risque de crever la gueule ouverte !

- Et ici, il y a des centaines de gens qui risquent de se faire exploser par une bombe !

Le mercenaire ne répondit pas. La voix de Ciro continuait :

- Entre votre amie et tous ces gens, je suis obligé d'obéir aux ordres et de protéger le maximum de personnes !

- S'il lui arrive quoi que ce soit, je veillerai personnellement à ce que ce soit vous qui alliez raconter ces conneries à sa famille ! gronda le docteur Lohrn.

- Ezra, c'est lourdingue, mais ce type a raison, intervint Grennan. Ils doivent rester là où ils sont, ou bien c'est peut-être tout le dôme qui va partir en fumée !

Liam avait entendu le Chiss. Il tourna la tête vers sa condisciple qui râlait sur le carrelage, soupira un grand coup, et déclara, résigné :

- Bon, alors il n'y a plus qu'une solution pour espérer faire quelque chose à temps.

- Quoi donc ?

- Je vais amener Chi'ta au dôme. À pied.

Canderous leva les bras au plafond.

- Tu es fou, fiston ! Dans ces conditions ? Il y a neuf chances sur dix pour que tu te paumes dans ce bois, ou que tu te fasses dévorer par une bestiole, ou que tu te noies dans un bourbier !

- Une chance sur dix, ça fait quand même une chance. Je refuse de la regarder mourir sans rien faire alors que je peux tenter le coup. Dankin ?

- Oui ?

- Tu peux réparer ce speeder ?

- Je… peux faire, gronda Dankin.

- Bon, alors répare-le. Moi, j'y vais, vous me rejoindrez !

- Alors un instant ! Je pars aussi !

Liam avait déjà doucement relevé Chi'ta en l'asseyant sur un banc, et lui avait passé une cape de protection climatique qu'il avait trouvé dans le coffre du répulseur.

- Canderous, j'apprécie le geste, mais ce n'est pas une bonne idée.

- Je ne peux pas te laisser partir seul avec elle sur le dos ! Et s'il y a encore ces saloperies d'insectes ?

- Moi, grâce à la Force pour me guider et mon agilité, je saurai traverser la forêt. Toi, en revanche, tu risquerais plutôt de nous retarder.

Au grand soulagement de l'adolescent, le Mandalorien ne protesta pas. Il sembla même bien le prendre.

- Tu es sûr de ce que tu dis ?

- Certain. Dankin me retarderait tout autant. Je pense me déplacer trop vite pour que vous puissiez me suivre. Tu seras plus utile ici en réparant les circuits du répulseur. Avec mes talents, je vous assure que je pourrai repérer à l'intuition le chemin le plus sûr.

- Liam… tu croire peux le faire ?

- Fais-moi confiance, Dankin. Et puis, sur Vilhon, je me suis bien débrouillé, non ?

Le Togorien approuva silencieusement du chef. Canderous soupira, se rapprocha de Liam, posa ses mains sur ses épaules et répondit :

- Écoute : tu vas me promettre d'être extrêmement prudent, de la ramener en lieu sûr le plus vite possible, de nous appeler immédiatement une fois qu'elle sera en sécurité et de rester près d'elle jusqu'à ce qu'on vous rejoigne.

- C'est promis.

Le mercenaire aida alors l'adolescent à attacher la jeune fille sur son dos, à l'aide de sangles de secours. Celle-ci, toujours inconsciente, sifflait plus qu'elle ne respirait, et son visage était crispé. Sans hésiter, Liam se jeta dans la jungle.

La pluie tombait à torrent, la nuit était sombre, et sillonnée d'éclairs, mais Liam n'y prêtait pas attention. Seule la respiration bruyante et accélérée de la petite Drall sur son dos lui parvenait. C'était son unique point de repère. Si ce bruit ralentissait, il pressait le pas. Si elle respirait trop vite, il devait freiner sa course pour ne pas trop l'affoler.

- Tiens bon, Chi'ta, je t'en prie !

Elle ne répondit pas, se contentant de serrer plus fort sa petite main sur son épaule. La voix du docteur Lohrn retentit alors dans le communicateur de l'adolescent. Il mit le petit récepteur dans son oreille.

- Liam ?

- Ezra ? Je ne t'entends pas bien.

- Attends… règle… canal. Là, ça va mieux ?

- Oui, c'est bon.

- Parfait. Liam, ça va aller ?

- Je… je crois.

Mais l'adolescent n'était pas très rassuré. Autour de lui, ce n'était que le noir complet, crevé par endroits de quelques rayons de lune à moitié tamisés par les arbres. Le vent soufflait toujours aussi fort, l'orage grondait, heureusement il ne recevait que quelques gouttes de pluie à travers les feuillages. Son cœur accéléra quand il crut déceler un mouvement sur sa droite… juste un petit arbre secoué par la tempête. Il entendit alors au loin un hululement qui lui fit dresser les cheveux sur la tête. Sans doute un animal qui avait senti l'odeur de quelque chose de bon à manger.

- Il n'y a pas d'émotion, il y a la paix…

- Allô ? Liam, tu as dit quelque chose ?

- Ezra…

- Oui ?

- Parle-moi.

Dans la cabine de régie, la jeune doctoresse fut un peu surprise.

- Euh… de quoi ?

- Dis quelque chose, n'importe quoi.

- Fais-le, approuva Grennan, qui avait aussi entendu. S'il entend ta voix, ça pourra lui donner du cœur au ventre.

Ezra acquiesça et reprit le micro.

- D'accord. Écoute, je ne peux pas voir à quel point c'est difficile. D'ici, je ne peux pas me rendre compte. Je suis certaine que tu donnes tout ce que tu as pour arriver à sauver notre amie.

- Parle-moi de toi.

Liam devina à l'autre bout de la ligne la surprise de la jeune doctoresse.

- Moi ?

- Oui, genre est-ce que tu as des frères, des sœurs…

- Ah, ce genre de chose ? Si tu veux. Eh bien, je suis fille unique, et mes parents sont morts tous les deux quand j'étais très jeune, je ne les ai pas vraiment connus.

- Ah… j'en suis désolé.

- Ne t'en fais pas, j'ai été prise en charge par les tuteurs de l'ambassade Calipsa de Procopia. Ils se sont très bien occupés de moi. Mes parents avaient des fonctions importantes dans cette administration, alors j'ai bénéficié de pas mal d'avantages, entre autres une bourse pour mes études de médecine.

La voix rassurante d'Ezra redonnait le moral à Liam, qui sentait moins la douleur et la peur. Il continuait de courir avec résolution. Il profita d'un arrêt pour demander :

- Et… je crois savoir que tu as dans les vingt ans ?

- C'est vrai.

- Pour être déjà doctoresse à cet âge-là, tu dois avoir une sacrée grosse tête !

- Si on veut. Oui, je suis une des plus jeunes diplômées de Procopia. Mais tu sais, ce n'est pas toujours évident à assumer. Avant d'être affiliée à l'ambassade, j'ai quand même effectué quelques stages à droite à gauche, dans des hôpitaux publics. Ce qui était gênant, c'est qu'ils avaient tous l'air prêts à changer mes couches !

- Pas génial. Ca m'est arrivé de ressentir ça, sur cette planète.

- Et encore, c'est plus difficile quand on est une femme. Les médecins sont parfois de sacrés...

- Quoi ?

- … problème de…

- Ezra ? Ezra ?

- … parasi… … …metteur n'est… …issant !

- Blast ! Ezra ?!

Il n'y eut plus de réponse, rien que des grésillements.

- Liam ? Liam, est-ce que tu m'entends ? Liam ?! C'est pas vrai ! Saleté !

- Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qui se passe ? s'inquiéta Grennan.

- J'ai perdu le signal ! Son communicateur n'est pas fait pour papoter sous un orage à cette distance.

- Tu veux dire que maintenant, il est tout seul ? Chi'ta était toujours inconsciente, non ? Il est maintenant tout à fait seul dans cette forêt ?

- Hélas oui.

Dans le temple, le Mandalorien se leva avec un grondement énervé.

- Quel abruti ! J'aurais dû partir avec lui, même s'il n'était pas d'accord ! Et maintenant c'est trop tard !

- Canderous… calme-toi.

- Il faut que j'agisse ! Il faut !

Le mercenaire courait déjà vers la sortie, mais Dankin l'arrêta.

- Tu es fidèle, mais… imprudent. Forêt… trop dangereuse.

Canderous soupira, à la fois agacé et résigné.

- T'as raison. Bon, t'as besoin d'aide ?

- Pas encore.

- Bon… je vais en profiter pour jeter un œil sur cette disquette.

Et le mercenaire sortit de sa poche son petit bloc de données, et introduisit la cartouche. Il ne saisit pas immédiatement ce qu'il vit alors, mais quand il réalisa de quoi il s'agissait, son front se creusa.

- Qu'est-ce que c'est que ce truc ?

Pendant ce temps-là, Ezra essayait de garder son calme. Elle venait de regarder la pendule digitale qui indiquait 00H17. Si l'on s'en tenait au schéma de Sprax, le R.A.J. n'allait pas tarder à passer à l'action.

- Ici Ezra. Grennan ?

- Ouais ?

- Ouvre tes yeux de rubis, ils ne vont pas tarder, maintenant.

- T'inquiète, je ferai gaffe.

- De mon côté, je surveille Trevas Jotane.

- Tu l'as toujours en visuel ?

- Affirmatif.

Des hauteurs de la cabine technique, Ezra pouvait voir Trevas Jotane. Celui-ci consultait nerveusement sa montre. Elle focalisa son attention sur lui, lorsqu'elle entendit la voix de Grennan.

- Ciro, ici Grennan. Ciro, répondez !

- Ciro, j'écoute.

- Mon droïd vient de repérer un mouvement suspect dans les arbres.

Sur le toit, Grennan se dirigeait le plus silencieusement possible vers le nord-est, en direction de la forêt. Il se cacha derrière une des cheminées d'évacuation. Sortant ses macrojumelles, il scruta les alentours. Un petit bruit de ferraille titilla son tympan gauche. Quelqu'un venait d'accrocher un grappin sur l'une des tuyauteries. Le long câble épais comme un doigt de Barabel se perdait dans la cime des arbres. Le Chiss murmura :

- Ciro… ils passent par les branches.

- Vous les voyez ?

- Pas encore, mais je viens de les voir arrimer leur matos.

- Je préviens mes gars, on arrive dans une minute.

Le Chiss commençait à sentir perler la sueur en distinguant une silhouette humanoïde glisser le long du câble. Il marmonna entre ses dents serrées :

- Une minute, c'est déjà trop ! Grouillez !

La première personne avait posé le pied sur le toit, suivie d'une deuxième, puis d'une troisième, et enfin une quatrième. Quatre personnes en tenue noire à cagoule et épaisses lunettes. Chacune portait un sac à dos. Grennan les entendit murmurer :

- Okay les gars, tout le monde a le matériel ?

- Ouais. Ces crevards vont regretter d'être venus à cette surprise-partie !

- Je vous rends le compliments, saboteurs !

La voix amplifiée de Ciro avait éclaté au-dessus du dôme, faisant sursauter les quatre personnes. Aussitôt, deux énormes projecteurs s'allumèrent, éblouissant les conspirateurs, et deux petits vaisseaux de transports sortirent de la forêt, canons braqués sur le petit groupe. Grennan ricana.

Ils ne font pas les choses à moitié !

Sous le dôme, les invités avaient assisté à cette scène-choc. Tous avaient les yeux rivés vers le ciel, et suivaient l'arrestation des quatre infiltrés. Tous, sauf deux personnes : Ezra Lohrn et Trevas Jotane. Celui-ci, sentant que les choses se gâtaient pour lui, s'esquiva discrètement vers une porte dérobée. Ezra n'hésita pas. Elle quitta la cabine, courut sur la rambarde, et tira sur Jotane à coups de blaster paralysant. L'homme eut un furieux sursaut avant de perdre connaissance. Les invités paniquèrent et s'agitèrent en criant. La jeune doctoresse se mordit la lèvre, retourna vite dans la cabine et prit le micro général :

- Mes Dames, mes Seigneurs, nous sommes en train de subir l'attaque d'un commando du R.A.J., mais ne vous en faites pas, la situation est…

Elle n'entendait même plus sa propre voix, tellement la foule était devenue bruyante. L'un des autres techniciens se leva, et appela à l'aide.

- Elle en fait partie ! Elle en fait partie !

- Mais non ! Vous faites erreur !

Elle s'empressa de descendre dans le hall pour ramasser Trevas Jotane. Une fois près de lui, elle se retrouva entourée de gardes de sécurité.

- On ne bouge plus ! Mains en l'air !

- Mais attendez !

Les gardes armèrent leurs fusils. En maugréant, le docteur Lohrn leva les mains et se mit à genoux.

- Alors, vous créez un vent de panique pour mieux détourner l'attention et accomplir vos méfaits ?

- Je vous jure que je suis dans le camp des gentils !

- Alors pourquoi avoir tiré sur sire Trevas Jotane ?

- Parce que c'est lui, le complice infiltré du R.A.J. !

Elle fut soulagée en voyant arriver le Baron Turel.

- C'est vrai, cette jeune femme a raison.

- Ah bon ?

- Nous avons des preuves contre lui. Le docteur Lohrn n'a fait que son devoir.

Trevas Jotane revint peu à peu à lui, et fit la grimace en voyant les agents de sécurité l'entourer. Ezra eut un méchant sourire.

- On verra ce que ce rigolo va nous raconter quand on l'interrogera.

- On ne peut pas le laisser comme ça à n'importe qui !

C'était Alec Lamere de Barnaba, qui venait d'arriver.

- Que se passe-t-il ?

- Le docteur Lohrn a démasqué un terroriste infiltré.

Le Calipsa n'était peut-être pas d'un rang supérieur au seigneur Barnaba, mais il était bien plus mûr et plus assuré, et son calme impérieux eut vite fait de convaincre le jeune Barnaba.

- Vous avez laissé entrer un homme du R.A.J. ? Mais qu'ont fait les services de sécurité que vous avez choisis ?

- Euh…

- Est-ce un homme important, docteur Lohrn ?

- Tout à fait, Baron. Il devrait pouvoir nous donner des informations sur les futures actions de son réseau.

- Et c'est vous qui l'avez arrêté, docteur Lohrn ?

- Je n'y serais pas arrivée sans le professionnalisme de l'équipe du capitaine Ciro.

Le Baron Turel eut un petit sourire.

- Bien, alors donc c'est un prisonnier Calipsa.

- Euh… pensez-vous, Baron ?

- Écoutez, je vous propose un marché : oubliez que nous emmenons ce Trevas Jotane, et j'oublierai que les services de sécurité dont vous êtes responsables ont permis à un commando du R.A.J. de franchir le périmètre de sécurité de l'île.

- Très bien…

- Parfait. Embarquez cet homme dans ma navette.

- Baron Turel ?

- Oui, docteur Lohrn ?

- Si je puis me permettre… nous ferions mieux de laisser monsieur Ciro s'occuper de lui.

- Qui ça ?

Keleman Ciro avait discrètement rejoint le petit groupe, suivi par les quatre commandos du R.A.J., eux-mêmes entourés par une dizaine d'hommes et de femmes en combinaison dernier cri.

- Docteur Idanian ? demanda le Baron Turel, un peu surpris.

- En réalité, je suis le capitaine Keleman Ciro, membre du Commando Page.

Ciro montra son insigne au baron Turel. Celui-ci parut impressionné.

- Le Commando Page ? On m'a parlé de vous, mais je n'avais jamais vu vos hommes en action !

- Eh bien aujourd'hui, c'est chose faite, Baron.

- Vous voulez dire que ces agents qui ont arrêté les terroristes sur le toit n'étaient pas des agents de sécurité de l'île Crispos, mais vos hommes ?

- Absolument.

Turel n'eut pas besoin de réfléchir bien longtemps.

- J'aime autant laisser cet individu entre les mains de vrais professionnels. Je vous le laisse, capitaine.

- Je vous remercie, Baron. Soyez assuré que la Nouvelle République appréciera votre compréhension et votre collaboration à leur juste valeur.

Et le commando Page embarqua les quatre hommes en combinaison et Trevas Jotane hors du dôme.

Dans la nuit d'encre, le jeune padawan ne lambinait pas. Mais il commençait à ressentir quelques signes de fatigue. La petite Drall sur son dos pesait de plus en plus lourd, et ses poumons lui faisaient mal. Il ne voulut pas se laisser abattre, et décida de parler à Chi'ta, sans trop espérer qu'elle lui réponde. Il tourna la tête, regardant par-dessus son épaule.

- On va y arriver, je te le promets !

- Hum…

- Tiens bon, on va y arriver ! Il faut qu'on y arrive.

- …Keltan ?

- Hein ?

Chi'ta parlait d'une voix traînante.

- C'est toi, Keltan ?

- Qu'est-ce que tu racontes ? Oh, blast, tu es en train de délirer !

- J'ai mal…

- Tiens bon, Chi'ta ! Bats-toi ! Je sais que tu n'aimes pas ça, mais tu peux te battre !

Liam, donnant déjà tout ce qu'il pouvait, décida que ce n'était pas suffisant, et ferma les yeux. Il tenta alors de titiller ses glandes surrénales et augmenta ainsi encore son taux d'adrénaline. Son idée réussit, et bientôt son champ de vision devint rouge. Il sentait aussi la rage ébranler son système nerveux, mais pour ne pas penser au Côté Obscur, il se concentra sur les battements de cœur de la jeune Drall. Il cria de toutes ses forces, comme pour défier la forêt toute entière :

- Allez ! Je vais le faire !

Et il repartit au pas de course, bondissant au-dessus des troncs d'arbres effondrés, par-dessus les fossés, esquivant les branches basses. Il ne sut combien de temps il galopa comme un forcené, l'esprit obnubilé par l'idée de ramener Chi'ta à temps à l'infirmerie. Et le miracle se produisit : après avoir franchi une butte, l'adolescent eut un sourire de soulagement en distinguant quelque chose dans l'obscurité.

- Ca y est ! On y arrive ! Nous serons auprès du toubib dans quelques minutes !

Il pouvait voir la lumière du dôme, un peu plus loin, entre les arbres. Lui-même était à bout. Ses nerfs et ses muscles avaient été sérieusement mis à mal, et s'il n'y avait pas eu la crainte de voir mourir son amie, l'adolescent se serait sans doute laissé perdre connaissance. Enfin, il déboucha dans la plaine devant le castel. Plus que quelques centaines de mètres, et ils y parviendraient. À l'approche de la grande porte d'entrée, il appela de toutes ses faibles forces, comme un misérable. Sur le rempart, une sentinelle demanda :

- Qui vive ?

- Ouvrez vite ! C'est une urgence ! Y a une blessée !

En voyant l'adolescent porter quelqu'un sur son dos, les gardes le crurent et ouvrirent les portes sans discuter. À peine avait-il jugé avoir la place de passer entre les deux lourds panneaux d'acier qu'il était déjà entré. Il se précipita à l'intérieur du bâtiment.

- Vite ! Elle est au plus mal ! Où est l'infirmerie ?

Heureusement, les sentinelles avaient déjà prévenu l'équipe médicale, et deux brancardiers arrivèrent bien vite avec une couchette antigrav. Ils détachèrent la jeune fille du dos de Liam, et l'allongèrent sur le matelas, avant de la pousser. L'adolescent les suivit au pas de course.

- Qu'est-ce qui s'est passé ?

- J'en sais rien ! Elle a été attaquée par quelque chose qui lui a coupé la respiration !

- Quoi donc ? Une bête ?

- Un assassin masqué. Je crois qu'il l'a empoisonnée !

- On va chercher le docteur.

Ils arrivèrent dans une salle d'opération. Les infirmiers déposèrent la petite Drall sur la table d'opération, et l'un d'eux saisit un communicateur pour appeler le médecin pendant que l'autre la déshabilla. Chi'ta respirait toujours, mais de plus en plus faiblement. Liam restait près de la jeune fille, lui caressant doucement la main, sentant avec soulagement qu'elle la serrait par faibles à-coups. Le docteur Abbrix, un homme grisonnant au visage patient et au sourire apaisant, fut au chevet de la jeune fille un instant plus tard.

- Docteur…

- Alors, qu'est-ce qui ne va pas ?

- Je ne sais pas précisément, mais à mon avis, elle a été empoisonnée !

- Voyons ça…

Le médecin fit une rapide prise de sang, et mit la petite capsule dans l'emplacement de son bloc de données médicales. Au bout de quelques secondes, la réponse apparut sur le petit écran. L'homme écarquilla les yeux.

- Mais qu'est-ce que c'est que ça ?

- Quoi, quoi ?

- Il y a bien quelque chose, mais ce n'est pas du poison. On dirait qu'il y a comme une espèce de bactérie qui encombre son sang. Un corps étranger. Vous êtes sûr qu'elle a été empoisonnée ?

- Pour être franc, je n'ai pas vu grand-chose. J'ai juste vu que quelqu'un lui a enfoncé quelque chose dans la bouche.

- Vraiment ? C'est étrange, cela me fait penser à quelque chose… Attendez !

Le docteur sortit de sa mallette un autre instrument, une sorte de baguette d'acier avec un petit panneau de scanner sur la partie supérieure. Il l'alluma, et le passa doucement sur le tronc de la jeune fille. Un petit voyant bleu s'alluma. Le médecin fit une grimace.

- C'est bien ce que je craignais.

- Quoi, docteur ?

- Eh bien… d'habitude, je me sers de cet appareil pour confirmer les heureux événements. En fait, il repère la présence d'un être vivant en gestation dans un organisme.

- Autrement dit, ça repère le bébé d'une femme enceinte ?

- Exactement. Or, dans le cas de cette demoiselle, non seulement la forme de vie se trouve au niveau de l'estomac et non pas dans l'utérus, mais de plus, l'appareil me signale que sa physiologie ne correspond pas à celle d'une Drall. Nous avons affaire à un parasite.

- Bon sang ! Il faut le lui enlever !

- Sans doute, malheureusement, ce n'est pas possible, ici. Ce genre d'opération demande tout un matériel complexe que nous n'avons pas sur cette île.

- Mais alors que faire ?

- La seule solution est de prévenir sans tarder le continent, qu'ils nous envoient un vaisseau médical. Ils ne viendront pas avant une bonne demi-heure, et cette tempête ne va pas arranger les choses. Mais il faut essayer. Je vais contacter l'hôpital le plus proche.

- Docteur… qu'est-ce que je peux faire ?

Le docteur Abbrix regarda l'adolescent dans les yeux, et eut un sourire bienveillant.

- En attendant que le vaisseau arrive, restez près d'elle. Votre présence l'incitera sûrement à rester avec nous. Et si vous croyez en quelque chose, c'est le moment de lui demander un petit coup de pouce.

Le médecin quitta la pièce, laissant Liam seul avec la jeune fille. Il prit un tabouret et s'installa près de la table d'opération, continuait à caresser doucement les doigts de la petite Drall, mais sentait sa peur monter dangereusement. C'est alors qu'une puissante vague de chaleur dans la Force irradia son corps. Au loin, son oreille capta le Chant de la Sérénité, quand Dame Liryl entrait dans la chambre. Morgreed restait dans l'encadrement de la porte. Liam se leva, ses genoux tremblaient.

- Ma Dame…

- Liam, je vous ai entendu entrer. Qu'arrive-t-il ?

- C'est Chi'ta, ma Dame. Elle va très mal.

- Permettez…

La jeune femme s'installa à côté de Chi'ta. Elle ferma les yeux, inspira profondément, se pencha lentement sur la petite Drall, lui passa doucement la main sur le front.

- Je sens une présence malsaine, qui n'a pas sa place, qui perturbe l'harmonie naturelle… Liam, que s'est-il passé ?

- Elle a été agressée par quelque chose qui lui a collé un parasite dans l'estomac !

- Avez-vous vu précisément ce « quelque chose », Liam ?

- Je peux vous le dire, à vous, ma Dame. Je crois qu'il s'agissait d'une créature des Précurseurs ! Un horrible monstre à tête de mante !

Morgreed gémit doucement, furieux et gêné de ne pas avoir accompagné le petit groupe. Dame Liryl n'en parut pas plus perturbée que ça. Elle murmura à l'oreille de Chi'ta :

- La situation est très grave, mais pas désespérée.

- Le vaisseau médical devrait être en chemin.

- Notre amie risque de ne pas arriver à temps à l'hôpital. Mais il y a un autre moyen de lui venir en aide.

- Vous… pensez pouvoir…

La jeune femme fixa d'un air rassurant le jeune homme.

- Liam, je peux faire quelque chose pour elle. Ce n'est pas sans risque, mais j'ai une bonne chance. Tout ce que je vous demande, c'est votre confiance.

Liam sentait ses yeux brûler. Il eut du mal à croire que c'était bien sa voix qui parlait quand il entendit quelqu'un répondre :

- Ma Dame… demandez-moi de mourir à sa place, je le fais aussitôt.

- Personne, personne ne va mourir. Il n'y aura aucune contrepartie.

- D'accord… Puis-je me rendre utile ?

- Prenez cette bassine, et tenez-la prête.

L'adolescent obéit. Dame Liryl croisa ses mains sur la poitrine de la jeune Drall.

- Ageer m'a révélé bien des secrets, afin de résoudre de nombreux mystères. Il m'a parlé jadis des créatures qui perturbaient l'équilibre de la Force.

- Comme… ?

- Regardez, écoutez… et croyez.

Dame Liryl ferma les yeux, et poussa légèrement des mains. Elle murmura un « Om » qu'elle amplifia, encore et encore. Ses traits délicats se tendirent, ses doigts fins et gracieux se crispèrent, et Liam vit avec dégoût quelque chose sortir de la fourrure dorée de la jeune Drall avec un écœurant crépitement. Il en tomba sur un fauteuil. Dame Liryl avait extirpé de Chi'ta une sorte de larve semi-transparente, tremblotante, qui émit quelques couinements stridents avant de se dégonfler. Elle tendit la main. Liam se précipita vers elle, tenant son récipient devant lui. La jeune femme jeta prestement dans la cuvette ce qu'il restait de la créature. Liam ne put se retenir davantage et vomit dans un coin de la pièce. Morgreed n'osa pas regarder. La Dame de Sérénité murmura doucement à l'oreille de la jeune fille :

- Et voilà. Vous devriez aller mieux, à présent.

Liam avait posé la bassine sur le sol, traumatisé.

- Ma Dame… c'était quoi, cette… ?

- Je l'ignore. C'est la première fois que je vois une telle forme de vie.

- Alors que vous avez réussi à l'extraire de Chi'ta ?

- J'ai simplement suivi mon intuition.

Morgreed jeta un coup d'œil dans la bassine.

- On dirait… on dirait… Quand nous avons été capturés par Thorn, nous avions vu une espèce de méduse spatiale sur son vaisseau, vous vous souvenez ?

- Oui, vous m'en aviez parlé, une fois votre rapport effectué auprès du Grand Conseil de Procopia.

- Eh bien cette chose… on dirait une larve, une larve de cette créature.

- Quoi que ce soit, ce parasite est mort, maintenant.

- Où suis-je ?

C'était Chi'ta, qui était en train de reprendre connaissance. Liam se leva d'un bond, et se pencha vers elle.

- Chi'ta ?

- Je sens… que ça revient.

- Tu… tu es sûre ?

- Certaine, Liam… Je peux te sentir, maintenant que l'autre n'est plus là.

- Blast ! Cette petite horreur se nourrit avec la Force !

- Elle l’absorbe, et le malheureux récipiendaire ne peut donc plus ressentir cette énergie. Chi’ta, est-ce que vous vous portez mieux ?

- Oui, Dame Liryl… vous m'avez sauvée.

- J'ai retiré ce symbiote, mais c'est Liam qui vous a ramenée ici, bravant la tempête et les dangers de la nuit. Il était temps ! Au vu de la taille de cette larve, et la ténacité avec laquelle elle a résisté, une heure de plus, et je ne pouvais plus rien pour vous ! S'il ne vous avait pas ramenée, le pire aurait pu se produire.

- Qui sait… ce qui me serait arrivé… sans votre intervention…

Ayant dit, elle s'endormit paisiblement, un sourire bienheureux aux lèvres. Liam sentit un courant d'air ébouriffer ses cheveux alors que Morgreed soupira de soulagement. L'adolescent tomba à genoux, et leva les bras au plafond, réprimant un rire ému, larmes aux yeux.

- Dieux tout-puissants, merci, merci ! C'est un miracle ! gargouilla-t-il, la gorge écrasée par l'émotion.

- Vous êtes ce miracle, jeune Liam.

- Alors, au moins à cinquante/cinquante avec vous, sinon moins !

Dame Liryl eut un petit rire, alors que Liam se laissa tomber lourdement sur le carrelage en expirant bruyamment. Il sentit brusquement le contrecoup de toutes ces vives émotions et de son usage intensif de la Force, alors que son corps parut s'embraser de l'intérieur.

- Aïe ! Zut ! Il me faut de la morphine ! Un docteur ! Docteur Abbrix !

- Vous devez être épuisé, jeune Liam. Allez donc vous reposer, je veillerai sur elle jusqu'à demain matin.

Morgreed aida l'adolescent à se remettre debout. Le docteur Abbrix revint à ce moment. En quelques mots, Liam lui expliqua tout, et lui montra le parasite mort dans la bassine. Le médecin examina sommairement Chi'ta, et félicita la Dame de Sérénité pour cette intervention inattendue et efficace. Il appela les infirmiers qui déménagèrent la petite Drall dans une chambre plus confortable, et fit à l'adolescent une piqûre pour calmer ses douleurs. Puis il accompagna les jeunes gens jusqu'auprès du lit où Chi'ta dormait profondément.

- Je pense qu'elle est tirée d'affaire, mais je voudrais bien faire encore quelques vérifications à son réveil. Vous pourrez me prévenir quand elle sera visible ?

- Oui, docteur. Mais, pour le vaisseau ?

- Je vais leur dire de venir seulement demain matin, avec cette tempête, de toute manière, ça les arrangera.

- Docteur, je vous prie de prendre soin de ce courageux petit jeune homme. Il s'est beaucoup dépensé pour vous amener cette patiente, et je pense qu'il n'aura pas seulement à craindre quelques crampes.

Liam n'avait vraiment pas bonne mine. Son costume était trempé, déchiré par endroits, et maculé de boue. Son visage était strié de petites blessures, et l'on pouvait même voir une lacération sur son torse. Malgré son usage de la Force, il n'avait pas toujours évité tous les obstacles, et plus d'une fois il s'était étalé sur le sol, ou s'était agrippé dans des ronces ou des branches d'arbre, et sans sa concentration intensive, il n'aurait sans doute pas pu accomplir cette prouesse. Inquiet, le docteur lui demanda :

- Jeune homme, vous vous sentez comment ?

- Je… je crois que votre shoot commence… à agir…

- Ne bougez pas de là, je vais prévenir les infirmiers, ils vont faire le nécessaire, je ne peux pas vous laisser comme ça.

- J'ai… j'ai sommeil…

- Parfait, vous allez pouvoir vous reposer. Nous avons tous besoin de dormir.

Et le docteur Abbrix laissa là Liam et Dame Liryl.

- Je vais veiller sur elle.

- C'est à moi… de le faire, ma Dame…

- Je vous en prie, vous avez déjà donné plus encore que ce que vous pouviez pour elle, je suis certaine qu'elle vous en sera très reconnaissante. Vous devez accompagner les infirmiers et aller vous reposer, maintenant.

- Il faut d'abord demander à Ezra de contacter les autres pour les rassurer.

- Je vais immédiatement en référer au docteur Lohrn.

- D'accord… Mais vous êtes sûre que… ?

- Soyez tranquille. Elle est tirée d'affaire. Tout va bien.

- Je vous en prie… ne laissez personne s'approcher d'elle ! Je ne sais pas qui s'acoquine avec qui, mais cette île semble farcie de gens peu recommandables !

- Bien entendu. Hassla, peux-tu veiller sur elle ?

- Personne ne franchira cette porte d'ici demain, je vous le promets, Maîtresse.

Même sans armes, le Barabel restait suffisamment persuasif.

Dankin pestait comme un charretier dans sa langue natale. Il était en train de ressouder le dernier câble, aidé de Canderous, lorsque le sifflement d'un biper retentit dans le haut-parleur du communicateur du speeder. Le mercenaire sauta aux commandes.

- Nous avons une communication ! Ca vient de l'ouest ! Le dôme !

- Liam !

Canderous alluma la radio et saisit le micro.

- Allo ? Allo ? Ici Canderous Tal. Allo ? Allo !?

- …m'entends ? Canderous ? Ici Ezra. Est-ce que tu me reçois ?

- Ezra, je te reçois ! Alors ?

- Comment va Chi'ta ? gronda le Togorien.

- Elle… elle…

Un temps d'arrêt. Un terrible silence plana. Chacun redoutait d'entendre le pire, ils n'eurent qu'à échanger leurs regards pour se mettre d'accord. Dankin fronçait les yeux. Canderous retenait leur souffle, attendant que la voix de la Calipsa leur…

- Elle est sauvée ! Sauvée ! Liam l'a amenée à temps, et Dame Liryl l'a guérie ! Elle est vivante ! Ha haaaaa ! Je ne sais pas quelles sont les forces qui régissent cette satanée galaxie, mais elles ont laissé vivre Chi'ta ! Ouaouuuuha ha haaaa ! Woooooouh ! Elle est sauvée !

Ezra n'avait pas fini ses exclamations que déjà, Dankin tapotait nerveusement l'épaule de Canderous, lui passait de plus en plus furieusement les mains dans les tresses, ce à quoi le mercenaire répondit par des claques sur le visage, et bientôt les deux compères se jetèrent l'un sur l'autre, se bousculèrent, se donnèrent quelques bourrades en criant, et leurs exclamations se mêlèrent aux rires de joie du docteur Lohrn.

- Tu nous as fait une de ces frayeurs, petit chou !

Tout bouleversé, l'énorme Barabel écrasa sur sa poitrine la petite Chi'ta, menaçant de la broyer entre ses deux battoirs. L'un après l'autre, les quatre autres camarades firent l'accolade à la jeune Drall à leur façon, même Dankin lui caressa amoureusement la tête entre les oreilles avec un léger ronronnement. La tempête s'était calmée, et la matinée s'annonçait magnifique. C'était la première fois que Chi'ta était aussi contente de voir le soleil se lever.

Quand Dame Liryl rejoignit le petit groupe, Morgreed posa genou à terre, comme à son habitude.

- Maîtresse, une fois de plus, vous nous avez montré votre immense pouvoir en sauvant une vie. Et une fois de plus, je mets mon existence entre vos mains.

- Je t'en prie, mon bon Hassla. Nous avons tous eu peur, mais maintenant, nous sommes tous soulagés. Je sais que tu aurais fait de même, si tu en avais eu les moyens.

- Bon, maintenant, on sait comment ces satanés Précurseurs se reproduisent, constata Canderous. Du moins, c'est apparemment la façon pour les « méduses », car je suppose que les Krakraï procèdent autrement.

- Les Krakraï brouillent vos sens, ceux-là sont attirés par la Force… apparemment, les Précurseurs ont vraiment quelque chose contre les manipulateurs de la Force ! observa Grennan. Il va falloir redoubler de prudence, Chi'ta.

- Je… mes amis, je suis très heureuse que le Grand Fouisseur m'ait permis d'être encore parmi vous aujourd'hui, murmura Chi'ta.

- Sois certaine qu'on est au moins aussi heureux, Chi'ta, répliqua Ezra.

- Je dois cependant vous laisser, le médecin m'a conseillé le repos complet, alors…

- Oui, bien sûr, va donc te reposer, répondit la doctoresse.

- C'est bon de te revoir, petite puce, ajouta Canderous.

La jeune fille s'inclina avec un petit sourire, et retourna dans sa chambre. C'est alors que le Chiss se rendit compte qu'il manquait quelqu'un.

- Hé, où est le petit ?

- Dans l'infirmerie, maître Grennan, répondit Dame Liryl. Sa performance héroïque a mis à rude épreuve son organisme, il est maintenant obligé de récupérer.

Grennan, Canderous et Ezra se dirigèrent vers le dortoir d'un pas pressé, tandis que Morgreed resta près de la belle fiancée.

Relié à une demi-douzaine de perfusions, plus crispé qu'allongé sur la couchette, Liam Kincaid n'était qu'à moitié conscient de son environnement. Il devinait plus qu'il ne vit les deux Humains et le Chiss entrer dans le dortoir.

- Ezra… Canderous… Grennan… vous êtes là.

La jeune femme s'assit sur le bord du lit.

- Si t'étais moins jeune et plus féminin, je te ferais un gros smack ! T'as assuré !

- Je tenais à te le dire, moi aussi… là, je suis bluffé, ajouta Canderous, en s'asseyant sur une chaise à côté de la table de nuit.

- Ouaip ! Tes balloches pourraient toucher le sol, sans ton caleçon ! confirma Grennan en s'allumant un joint, au mépris de la plus élémentaire hygiène médicale.

- Hé, je suis vraiment désolée de ne pas être venue te voir plus tôt, Liam. Le problème, c'est qu'au moment où tu es arrivé, les mecs du R.A.J. sont intervenus, et Grennan et moi avons aidé à les intercepter. Et quand Liryl m'a appris que vous étiez sauvés tous les deux, on a préféré vous laisser dormir.

- T'inquiète, je comprends. J'ai fait ce que j'avais à faire, j'ai ramené Chi'ta ici, c'est tout ce qui compte.

- De notre côté, ça nous a permis de faire le point à propos de Trevas Jotane.

- Alors c'est vrai ? Il fait bien partie du R.A.J. ?

- On l'a confié à Keleman Ciro. Nous le retrouverons un peu plus tard dans la journée, dans une planque de la Nouvelle République dans la capitale.

Le mercenaire reprit :

- Tu as sacrément changé depuis que tu nous fréquentes. En bien !

- Arrête… tu vas faire honte… à mes parents, ricana faiblement l'adolescent.

- Au début, continua le mercenaire, je te prenais pour un petit gamin sympa, mais inexpérimenté. Avec la capture sur le Gantelet, je t'ai considéré comme un traître potentiel. Puis, après Norphair, j'ai vu que tu ne pensais pas à mal, j'ai commencé à vraiment t'apprécier sur Fedrana, quand tu as résisté à Brigta je t'ai trouvé courageux, mais maintenant, tu n'as plus mon respect, mais mon admiration ! Ce que tu as fait pour aider la petite puce, je ne sais pas si j'en aurais été capable !

- Même pas… pour ton escort-girl ?

- Bon, peut-être bien, mais à ton âge, je n'étais pas audacieux à ce point-là !

Soudain, des agents de sécurité entrèrent dans le dortoir, laissant ensuite passer Don Nycator de Mecetti. Canderous le regarda d'un air menaçant, et le docteur Lohrn demanda en se levant :

- Êtes-vous venu vous régaler du spectacle de ce gamin à bout de forces ?

- Allons, allons, ma jeune amie, vous vous méprenez ! Je suis simplement venu exprimer ma sympathie au héros du jour !

- Trop aimable… murmura le padawan.

Don Nycator de Mecetti s'avança crânement.

- À présent je suis complètement rassuré. Je me disais bien que vous n'éprouviez rien pour ma fiancée. Il n'y a que dans les contes de fée désuets que la princesse belle et riche épouse le petit vaurien au grand cœur. Mais par contre, votre amie touffue peut vraiment s'estimer heureuse d'avoir un chevalier servant aussi dévoué ! Et, maître Tal, je vous dois aussi des remerciements pour l'avoir rattrapé.

Canderous ouvrit de grands yeux.

- Arrêtez votre char, Mecetti ! De quoi parlez-vous ?

- Je parle de Quinn Sheffield de Reena, bien évidemment.

- Vous faites allusion à quoi ? Au fait que Grennan l'ait vu discuter avec vous avant qu'il ne se casse, ou qu'on l'ait surpris à papoter avec un monstre-insecte ?

- Au fait que vous ayez arrêté un dangereux conspirateur, voyons ! Quinn Sheffield a comploté contre moi, et a tenté de transmettre à ses complices des documents secrets appartenant à la Maison Mecetti.

- Sur votre ordre !

- Nous parlions seulement affaires de famille, quand vous m'avez vu avec lui. Je ne pensais pas qu'il me ferait un coup pareil ! ajouta-t-il avec une moue méprisante, un peu trop exagérée pour être sincère. Et donc, vous m'avez retiré une sacrée épine du pied en prouvant sa collaboration avec des non-Humains hostiles. Merci beaucoup, vous mériteriez une médaille !

Ezra en avait assez de l'ironie du Mecetti.

- Bien, je suis sûre que Liam apprécie le compliment. Maintenant, Don Nycator de Mecetti, vous allez laisser mon patient se reposer, d'accord ? Votre fiancée doit vous attendre… à moins que vous n'alliez retrouver une autre de vos amies ?

- Oh, j'aurais tellement voulu rester encore un peu…

- Non, vraiment, il faut un repos complet, et votre présence risque de ralentir le processus de guérison !

- Bon, bon ! J'arrive à deviner quand ma présence n'est pas appréciée à sa juste valeur, d'accord ! Allez, rétablissez-vous bien, jeune chiot fidèle !

Un grand bruit éclata, le bruit d'une table de nuit, que Canderous venait de briser d'un coup de poing. Le Mecetti cessa de sourire, et se déplaça vers la sortie. Liam lui dit encore :

- Don Nycator de Mecetti ?

- Oui, mon jeune ami ?

- J'ignore si vous croyez en une quelconque divinité, mais j'aimerais simplement vous dire ceci : ma formation et l'éthique qui va avec m'ont empêché à plusieurs reprises d'exprimer clairement ce que je pouvais ressentir.

- Et… ?

- Je ne sais pas où tout ça va me mener. Peut-être qu'un jour, l'attrait du Côté Obscur sera irrésistible, et que je finirai comme Daymon Thorn. Mais pour votre bien-être, priez vos divinités pour que ça n'arrive jamais.

Le seigneur Mecetti se contenta de hausser des épaules avec un petit rire provocateur. Canderous se leva, fit un pas en avant, poing levé prêt à frapper. Les deux gardes braquèrent leurs fusils vers le mercenaire. Don Nycator se retira plus rapidement du dortoir. L'un des gardes cracha à Grennan :

- On ne fume jamais dans un hôpital, monsieur le chasseur de primes !

- T'es qui, toi ? Le chef des pompiers ?

- Non, mais je…

- Alors tu me lâches. Si t'es pas content, on peut s'expliquer dehors.

- Il a la permission de fumer près de moi, dit alors Liam.

- Vous avez la permission de fumer près de lui, répondit du tac au tac l'agent de sécurité avant de se retirer.

Un petit silence chargé d'admiration plana, jusqu'à ce que Liam constatât :

- Chi'ta avait raison… ça va tout seul.

- Eh ben ! Faudrait que tu viennes chez moi le jour où j'aurai un contrôle fiscal !

- C'est le genre de chose dont je ne dois pas abuser… mais pour le coup, j'ai pas eu envie qu'il y ait une prise de tronche… Mais j'y pense… Sheffield ?

- On l'a gardé au chaud dans la navette des Cadriaan. Il repart avec nous. On a besoin de le cuisiner, il a sans doute pas mal de jolies choses à nous raconter.

- Nycator risque de ne pas être d'accord.

- On l'emmerde, rétorqua le Mandalorien. S'il cherche les ennuis, il va les trouver, tout Mecetti qu'il est !

Le Chiss se leva, et s'étira.

- Je vais quand même sortir, l'odeur de l'éther m'empêche d'apprécier le goût de l'herbe.

- Je sors aussi, la vue de ce charlot me donne envie d'aller voir ailleurs. On te laisse aux bons soins du docteur Lohrn, fiston ?

- D'accord, je vais être ramené à l'ambassade Pelagia avec une navette médicale, vous n'aurez pas besoin de m'attendre pour vous en aller, si vous voulez partir.

- T'es sûr que tu peux rester seul ? Le coin doit être encore moins sûr que la forêt…

Liam jeta un petit coup d'œil vers l'horloge murale.

- Je rentre bientôt à l'ambassade avec Chi'ta et Paddox. Je risque de ne pas assister aux interrogatoires de Sheffield ou du mec du R.A.J… Écoutez, je sais que je ne pourrai pas vous empêcher d'en faire ce que vous voulez, mais je vous en prie, vous pouvez faire un effort et ne pas trop les secouer ?

- On fera juste le nécessaire, répondit le mercenaire.

Grennan acquiesça à son tour avec un petit claquement de langue, et les deux guerriers se retirèrent, laissant les deux jeunes Humains. Ezra répéta :

- Canderous a raison. Tu as bien changé depuis que je te connais.

- Tu ne me connais pas depuis longtemps, pourtant…

- C'est dire à quel point tu changes vite !

Liam et Ezra échangèrent un sourire complice. C'est alors qu'il y eut des éclats de voix dans le couloir. Deux personnes aux voix plutôt aiguës, la plus haut perchée parlait fort et rapidement, tandis que l'autre tentait de bégayer quelques syllabes sans succès. Les deux Humains furent surpris de voir entrer dans le dortoir un couple de Dralls. La femelle était presque plus grande que Liam, était bien en chair, avait sous sa longue robe blanche brodée de motifs rouges une poitrine opulente, portait plusieurs colliers étincelants et de nombreuses bagues, et l'autre, plus petit et plus maigre, était juste vêtu d'une vieille tunique brunie sans col. La femme tendit un doigt énergique vers Liam.

- C'est lui ! Tu le vois, Eden'cho ? Prends-en de la graine ! C'est ce petit Humain qui a failli périr dans cette affreuse jungle pour sauver notre petite souris !

- Oui, je le vois, Raïatea, je ne vois que lui !

- Vous êtes les parents de Chi'ta ? demanda la jeune doctoresse. Vous êtes arrivés drôlement vite !

- Oui, mademoiselle, c'est exact ! s'exclama la femelle. Ne soyez pas étonnée, c'est une coïncidence ! Nous voulions juste dire un petit bonjour à notre fille, et nous sommes venus sur Procopia pour lui faire la surprise ! À l'ambassade, ils nous ont dit qu'on la trouverait ici.

- Nous ne pensions pas venir dans des circonstances aussi dramatiques, ajouta le mâle. Et vous êtes le docteur Ezra Lohrn, n'est-ce pas ?

- À votre service, messieurs-dames.

- Notre fille nous a beaucoup parlé de vous dans ses lettres. Et de vous aussi, petit jeune Humain ! Alors, Eden'cho, t'en penses quoi, hein ? Ca, c'est se conduire comme un homme, un vrai ! Il est plutôt mignon, en plus, pour un Humain.

- Sans doute, chérie, mais je ne suis pas sûr de beaucoup aimer ce genre de fréquentations. C'est généralement les gens comme ça qui ne vivent pas vieux.

- Veux-tu te taire, Eden'cho ! Ces gens-là ont veillé sur notre enfant depuis qu'elle a quitté Meccha, le plus jeune d'entre eux a risqué sa vie pour elle, et tu oses parler d'eux de cette façon ?

- Écoute, ma musaraigne…

- Ta ta ta ! Il n'y a pas de « musaraigne » qui tienne ! Écoutez, jeune homme, je souhaite vraiment vous féliciter et vous remercier pour ce que vous avez fait. Voyez-vous, Chi'ta, c'est ma vie, c'est mon rayon de soleil ! Rends-toi compte, Eden'cho ! Que se serait-il passé si cette créature l'avait dévorée de l'intérieur ?

- Euh… je ne sais pas… il aurait fallu la nourrir avec une paille ?

La Drall flaqua une violente claque sur la nuque de son mari.

- Mais que le Grand Fouisseur me pardonne ! Qu'est-ce qui m'a fichu une chiffe pareille ?

- Ca suffit, femme ! Je ne vais pas me laisser casser les noix par ma bourgeoise devant des étrangers ! s'écria Eden'cho en se dressant courageusement devant son épouse.

- Et qu'est-ce que tu vas faire, dis-moi ? Allez, vas-y, fais-leur voir un peu ce que tu as dans le ventre !

- Je vais me gêner ! Tu vas voir ce que tu vas prendre, tu vas voir ce que tu vas prendre ! Tu vas voir ! Tu vas voir !

- S'il vous plaît, s'il vous plaît !

Les deux Dralls qui s'étaient déjà agrippé les vêtements s'arrêtèrent net, et regardèrent Ezra, non sans une profonde gêne. Celle-ci continua :

- Madame Koskaya, monsieur Koskaya, je suis certaine que votre fille sera très, très contente de vous voir, et que Liam est aussi content de la savoir en bonne voie de guérison. Seulement voilà, c'est maintenant à Liam de se reposer, il s'est particulièrement dépensé la nuit dernière, et pour le moment, il n'a pas encore eu l'occasion de vraiment récupérer.

Ils se séparèrent, et la femelle déclara :

- Oui, bien sûr, docteur, nous n'en n'avions que pour une minute. Nous ne pouvions pas partir sans vous exprimer notre gratitude, jeune Humain. Je souhaite de tout mon cœur que le Grand Fouisseur vous bénisse, et bénisse votre future portée !

Raïatea Koskaya se jeta presque sur la couchette, et écrasa l'adolescent contre ses généreuses mamelles. Celui-ci sentit à nouveau ses crampes lui lacérer le corps, et ne put étouffer un gémissement de douleur. Mais la Drall n'y prêta guère attention. Quand elle le relâcha enfin, il s'effondra sur le lit avec un râle caverneux. En voyant le petit mari approcher, il attendit les « remerciements » avec crainte, mais celui-ci se contenta de lui serrer doucement la main de ses deux pattes, avec un large sourire.

- Je donne raison à ma femme… vous êtes un vrai Jedi !

- Merci, m'sieur Koskaya.

- Bon, nous allons vous laisser, jeune héros.

- Je vais vous raccompagner, messieurs-dames. Je te recontacterai ce soir, Liam.

- Okay. Moi, je ne bouge pas d'ici.

Une fois les deux Dralls et la doctoresse partis, Liam ferma les yeux, espérant enfin avoir un peu de tranquillité.

D'abord ce connard de Mecetti, ensuite les parents de Chi'ta… Tu parles d'une convalescence !

Au bout d'un temps indéfinissable, mais encore trop court à son goût, l'adolescent entendit encore la porte s'ouvrir. Il sentait qu'il allait perdre patience, mais en rouvrant les yeux pour voir de qui il s'agissait, son visage s'illumina. La petite Drall était sur le pas de la porte, dans un pyjama blanc. Les yeux brillants, la respiration rendue un peu difficile par l'émotion, elle s'approcha lentement, et s'agenouilla à côté de la couchette où reposait l'adolescent.

- Je… je ne sais vraiment pas quoi dire.

- Eh ben dis rien ! répondit simplement Liam.

- Tu ne te rends pas compte ? demanda Chi'ta en prenant doucement la main de l'adolescent. Je viens peut-être de vivre le pire moment de toute ma vie.

- Moi aussi.

- C'est assez difficile à décrire. Quand cette créature m'a implanté cette graine, ça ne m'a pas fait mal seulement sur le plan physique.

- Comment ça ?

- Ce parasite devait être directement raccordé aux Précurseurs. Pendant qu'il se développait en moi, j'ai vu des choses que je n'ai pas pu comprendre. J'ai senti des émotions que je n'avais jamais appréhendées. J'ai traversé d'immenses cités d'or et d'émeraude, et croisé d'étranges créatures qui s'y promenaient.

- Ah ouais ? Moi aussi, ça m'est déjà arrivé !

- ?

- Genre quand Themion m'a blessé et que j'étais dans les vapes. La Force m'a envoyé une vision assez abracadabrante dans ce genre-là.

- Oui, mais il y a pire. Au début, c'était… beau, mais ces visions ont laissé place à des scènes particulièrement violentes. Je n'ai pas raté une seule larme, un seul cri, une seule souffrance. Un peuple entier qui criait au secours, qui était en train de mourir, à cause de la folie de la guerre entre Jedi et Sith… et j'étais au milieu, à chercher désespérément quelqu'un vers qui me tourner. C'était au moins quinze fois pire que « l'avertissement » que j'ai perçu pendant le bal.

- Mince…

- J'ai cru que j'allais complètement perdre la raison, à cause de toute cette douleur qui me collait à la peau, mettait à mal chacune de mes molécules. Mais au loin, j'entendais quelque chose qui m'évitait de me perdre complètement. C'était ta voix, Liam. Et enfin, quand le cauchemar a cessé, il n'y avait plus qu'un seul visage : le tien. Je comprends maintenant ce que tu as pu ressentir quand tu disais « c'est toi qui m'as guidé » sur la Lune de l'Orbe du Chanteur de la Nuit. Mais il y a une différence, Liam.

- Laquelle ?

- Je… pardonne-moi, Liam, mais je n'aurais pas été capable de te transporter à travers cette jungle. C'est pour ça que je ne sais pas quoi te dire. Tu m'as sauvé la vie, et je ne sais pas si je pourrai te rendre la pareille un jour.

Liam s'était assis sur le matelas.

- Tu raisonnes avec l'intelligence et l'humilité d'une Consulaire, mais je suis un Gardien, et je me fais pas chier avec toutes ces questions. T'as aucune dette envers moi. La seule chose qui compte, c'est que tu sois guérie. Je me fous du reste.

Laissant tomber les paroles, Chi'ta se blottit sur l'épaule de l'adolescent, et articula entre deux hoquets émus :

- Merci pour tout, Liam… merci, merci !

Tendrement, Liam enveloppa la jeune Drall de son bras. Puis, au bout d'une longue minute, celle-ci releva la tête, et demanda avec un petit sourire curieux :

- Alors, le docteur Lohrn m'a dit que tu avais rencontré mes parents ?

- Ouais. Ils forment un sacré couple !

- Ils ont leur caractère, et Maman s'énerve rapidement quand elle s'inquiète, mais ce sont de braves gens, tu peux me croire. D'ailleurs, je dois te dire : je ne repars pas à l'ambassade avec toi.

- Ah ?

- Je vais rester un peu avec eux. Ils sont venus à bord du vaisseau de l'hôpital qui est venu me chercher, et nous repartirons ensemble.

- Bon.

- Le docteur Abbrix m'a recommandé trois jours de repos. Je vais les passer à Procopia avec mes parents, pour qu'on se retrouve tous les trois en famille. Je ne les ai pas revus depuis mon arrivée sur Yavin IV. Est-ce que… ça ne te dérange pas, n'est-ce pas ?

- Non, tu as raison, reste un peu avec tes parents. Ils ont dû te manquer, tu as sûrement besoin de les voir. Surtout après une telle frousse. Pauvre Chi'ta ! À peine sortie de l'hosto, t'y retournes ! Décidément, t'as pas de chance !

- Et toi ? Entre Themion Hejaran et ce trekking forcé, tu as aussi eu ta part.

Une infirmière poussant un fauteuil antigrav se présenta à la porte. Avec un grand sourire, elle l'amena près du lit en disant :

- Jeune homme ?

- Ah, c'est pour moi, constata Liam.

- Oui, votre navette est sur le point de partir, vous retournez à l'ambassade Pelagia.

- Bien. Repose-toi bien, Chi'ta, le devoir m'appelle.

L'infirmière enleva les perfusions, et l'adolescent s'assit dans le fauteuil. La jeune fille quitta le dortoir à leur suite. Alors que l'infirmière allait s'engager dans le couloir, Liam lui dit juste :

- On se revoit dans trois jours, alors.

- Oui, Liam. Et…

Un court silence, durant lequel l'infirmière attendit patiemment. Avec un sourire mêlant respect et admiration, la petite Drall murmura :

- Duncan Blackstorm serait très, très fier de toi !

Alors que Liam montait dans la navette Pelagia, il vit quelque chose à l'autre bout de la piste qui l'inquiéta un peu : tout un groupe d'hommes en armure portant l'écusson Mecetti entourait le vaisseau de transit de Dame Bathos de Cadriaan. La voix du Haut Seigneur Paddox le fit sursauter.

- Eh bien, jeune homme ? Montez, ne faisons pas attendre le pilote.

- Bien, Monseigneur.

À contrecœur, il monta dans la navette, et quitta l'île Crispos, bien décidé à ne pas y remettre les pieds de sitôt.

Restés sur la piste, Ezra et Grennan étaient en pleine argumentation avec un groupe de soldats Mecetti menés par un officier. Le ton montait.

- Je vous demande d'être raisonnable, Mademoiselle Lohrn…

- « Docteur » Lohrn, je vous prie.

- Docteur, nous savons qu'à bord de cette navette, il y a un dangereux conspirateur dont les manœuvres ont porté préjudice à Don Nycator de Mecetti. Nous avons ordre de l'embarquer.

- Il est entre nos mains, il nous a aussi attiré des ennuis, il n'est pas question qu'on le relâche !

Ezra avait amèrement regretté de ne pas avoir eu l'occasion de parler à Klytus, l'intermédiaire de Sprax, et ne voulait pas laisser filer une autre pièce du puzzle.

- Nous allons au devant d'un incident diplomatique, docteur.

- En effet, lieutenant. Et c'est vous qui allez le déclencher !

Le seigneur Alec Lamere de Barnaba accourut, flanqué d'une demi-douzaine de gardes.

- Le chef de sécurité m'a prévenu, que se passe-t-il ?

- Seigneur Alec Lamere de Barnaba, ces personnes retiennent un prisonnier politique, et nous avons ordre de l'emmener sur Obulette pour l'interroger !

- Y a pas écrit « propriété de Nycator » sur sa tête, bon sang ! s'emporta Canderous. C'est nous qui l'avons capturé, c'est nous qui allons l'emmener !

- Écoutez, je conçois que ce soit une situation un tant soit peu délicate, mais quoi qu'il en soit…

Les tournures de phrase de Lamere finirent d'exaspérer le Mandalorien qui éclata.

- Et puis merde ! Y a pas à chier, je l'ai pris, il est à moi, point ! Allez vous faire voir, bande de Jawas crasseux !

D'un pas rageur, il fit mine de monter dans la navette, ignorant les cris du lieutenant Mecetti. Ce dernier attrapa Canderous par l'épaule et le força à se retourner. Erreur grave. Le mercenaire pivota sur ses talons et balança un coup de poing magistral au lieutenant qui s'écroula. Les Mecetti levèrent leurs armes vers Canderous, et les gardes Barnaba firent de même, en direction des Mecetti. Le seigneur Alec Lamere aida l'officier à se lever.

- Je prends ça comme une déclaration de guerre ! glapit ce dernier en se massant la mâchoire.

- Je regrette, lieutenant, mais nous avons plus d'une douzaine de témoins qui diront que vous avez porté la main le premier sur maître Tal. En outre, tant que les installations n'ont pas été évacuées, ce périmètre reste sous ma responsabilité.

Alec Lamere de Barnaba avait encore sur le cœur sa discussion de la veille avec le Baron Turel, il n'avait pas envie de perdre la face une deuxième fois. Quand le lieutenant fut debout, il était à nouveau face à Canderous. Les deux hommes s'affrontèrent du regard. Le mercenaire desserra les dents pour murmurer :

- On va s'occuper de Sheffield, et il vaut mieux pour ton chef qu'il ait conspiré contre lui, parce que si j'apprends qu'ils ont été de mèche sur ce coup-là…

- Vous allez menacer un lieutenant Mecetti ? Faites donc, comme l'a si bien dit le seigneur Alec Lamere de Barnaba, il y a des témoins.

Canderous se contenta de cracher par terre. Il posa un pied sur la rampe d'embarquement, s'apprêtant à monter dans la navette, mais se retourna une dernière fois pour dire :

- Qu'il touche encore à un poil de la Drall, et il va le sentir passer.

Et il disparut dans le sas sans attendre la réponse de l'officier, cramoisi de colère qui s'en prit à Ezra.

- Docteur Lohrn, ce comportement n'est pas tolérable !

- Je suis d'accord. Moi non plus, je n'ai pas apprécié ce que le complice de Sheffield a fait à la jeune Koskaya...

- Vous vous moquez de moi ! Je parle de ce voyou !

- …et je suis certaine que le Conseil des Jedi sera de mon avis, continua-t-elle sans se démonter.

Le lieutenant devint subitement blanc comme un linge.

- Le… le Conseil des Jedi ?

- Parfaitement. Le contact de Sheffield a porté atteinte à l'intégrité physique de l'un des élèves de l'Académie Jedi, la jeune fille Drall. Ses professeurs vont sans doute vouloir des explications. Je préfère ne pas imaginer ce qui se passerait si un lieutenant d'une armée dont le pouvoir est limité à ce secteur s'avisait de leur mettre des bâtons dans les roues.

Ezra avait parlé évasivement, espérant que cela mette l'officier assez mal à l'aise pour qu'il renonçât à exécuter ses ordres. L'arrivée de Dame Bathos rendit l'autre encore plus nerveux.

- Docteur Lohrn, que se passe-t-il ?

- Ma Dame, ces gens sont ici pour soustraire le baron Quinn Sheffield à la justice de votre Maison.

- J'ai des ordres, ma Dame ! se défendit le Mecetti. Don Nycator de Mecetti veut ce criminel pour le juger !

La Haute Dame réfléchit quelques instants, et se tourna vers l'officier.

- Lieutenant, vous direz à Don Nycator de Mecetti qu'il devra aller chercher cette personne lui-même, s'il tient tant à la récupérer, et quand je le lui permettrai. Pas avant. Où est le baron Sheffield, en ce moment ?

- À bord de cette navette, ma Dame.

- Alors il se trouve dans un espace Cadriaan. Vous voulez accomplir votre devoir, c'est tout à votre honneur, mais chacun se doit de connaître sa position et d'y rester, sans franchir les limites. Je ne vous permets pas de monter à bord de mon vaisseau, et l'autorité de Don Nycator de Mecetti ne suffira pas à faire changer les choses. Maintenant, je vous prie de nous laisser décoller. Dans le cas contraire, cela pourrait avoir une fâcheuse incidence sur les relations que la Maison Cadriaan peut entretenir vis-à-vis de la Maison Mecetti.

Devant une telle argumentation énoncée par la plus haute dirigeante de la Maison Cadriaan, le lieutenant céda, demanda à ses hommes de baisser leurs armes, et tous quittèrent la piste. L'officier jeta quand même un dernier regard à Ezra, un regard qui déconseillait fortement de renouveler une telle rencontre.

À bord de la navette, c'était le silence complet. Le baron Quinn Sheffield de Reena était attaché solidement à l'un des sièges. Canderous s'assit face à lui, et se craqua les doigts. Le Reena ne se faisait pas d'illusion sur son sort.

- Je… j'aimerais vous dire merci.

Hors de lui, le Mandalorien saisit le baron à la gorge.

- La ferme ! Écoute-moi bien, espèce de vieux fossile : cette mouche à merde géante a failli tuer une gamine à laquelle je commence à m'attacher. On l'a pulvérisée. Je te conseille de ne pas dire un mot de trop si tu ne veux pas subir le même sort !

Ezra s'écria :

- Canderous ! Ne fais pas l'idiot !

Canderous relâcha son étreinte, et s'éloigna du baron. Ezra reprit :

- Don Nycator vous accuse de l'avoir doublé en donnant des documents importants à cette créature.

- Non, c'est faux ! gémit Sheffield. C'est lui qui m'a…

- On pense qu'il ment, mais il y a bien une chose de concrète : on t'a surpris en train de causer avec cette bestiole ! On sait que Nycator a des liens avec eux, alors qui nous dit que tu n'es pas un complice de ton plein gré ? cracha Canderous.

- Surtout quand on sait que les Reena et les Mecetti entretiennent de bons rapports, ajouta Ezra.

- Non, je vous jure ! Je n'y suis pour rien ! Je ne savais pas qui étaient ces êtres ! Et je ne savais pas du tout ce qu'il y avait sur ce disque de données !

- Pourquoi l'avoir donné à cette créature ?

Le baron Sheffield reprit son souffle.

- En fait, je n'ai pas fait attention. Cela fait quelques années que je vois régulièrement Don Nycator de Mecetti. Et croyez-le ou non, mais il lui est arrivé à plusieurs reprises de me demander… des petits services.

La jeune femme haussa les sourcils.

- Des services ?

- Oui, mais ce n'est pas ce que vous croyez !

- Mais nous ne croyons rien, Baron. Et donc ?

- Vous savez que Don Nycator de Mecetti peut être un individu fantasque, avec des idées surprenantes. Une fois, il m'a demandé d'apporter un bouquet de sa part à une femme de chambre. Une autre fois, il m'a donné une forte somme d'argent pour que je lui achète une sculpture à une vente aux enchères, puis quand je la lui ai apporté, il l'a détruite à coups de masse… Je vous le dis, il a des éclairs de folie passagère. Jusqu'à présent, cependant, ça n'a jamais blessé personne !

Ezra ne répondit rien, mais hocha la tête avec une petite moue pensive. Dankin hasarda :

- Nycator dingue. Sheffield… peut-être dit vrai.

- Bon, je ne vous crois pas capable de faire alliance avec des monstres pareils sans faire dans votre froc. Le chef Stern et Dame Bathos vont probablement vous poser les mêmes questions. Peut-être qu'ils vous croiront, et peut-être pas.

Dame Bathos entra justement dans la soute.

- Nous arrivons au-dessus de la capitale. Nous allons vous déposer à l'adresse que le capitaine Ciro nous a donnée. Quant à vous, baron Quinn Sheffield…

- Ma Dame, je vous en supplie ! Je répondrai à toutes vos questions, je ferai tout ce que vous voulez, mais protégez-moi ! Je ne suis plus à l'abri nulle part ! Donnez-moi votre protection, et je serai à vous !

Sheffield était lamentable. Dame Bathos le regarda, impassible.

- Bon… nous réfléchirons à ce que vous pourrez nous apporter comme soutien.

- On devrait le faire passer au détecteur de mensonges Jedi, vous ne croyez pas ? demanda le docteur Lohrn.

Un silence gêné suivit cette suggestion.

Un quart d'heure plus tard, les quatre adultes avaient été déposés dans le quartier industriel. Ils se rendirent dans un petit bureau d'une usine désaffectée. Ciro les attendait, en train d'aiguiser tranquillement un couteau de chasse. Face à lui, Trevas Jotane était enchaîné en sous-vêtements au mur, l'air cynique. Ezra demanda tout de go :

- Alors ? Qu'est-ce que vous pouvez nous dire ?

- À quel propos ?

- Ne tournons pas autour du pot, Trevas Jotane. Nous savons que vous faites partie du Réseau d'Action de Justice. Nous savons que vous avez tenté de mettre le boxon au cours du Gala de la Réunification, et que vous avez essayé de fuir quand vous avez compris que ça tournait au vinaigre pour vos complices. Et pour votre information, c'est moi qui vous ai rattrapé.

L'homme ricana, et demanda cyniquement :

- Vous voulez peut-être que je vous félicite ?

- Pas nécessaire. Je veux que vous me disiez ce que vous comptiez faire.

- J'ai toute la journée devant moi, précisa Ciro. Mais je vous invite à ne pas perdre de temps. Tôt ou tard, si ce n'est pas vous qui parlez, vos complices le feront.

Trevas Jotane était plus rompu à ce genre de conversation que Quinn Sheffield, et ne se démonta pas. Son sourire cynique s'allongea.

- Vous avez raison, autant gagner du temps. Je voulais juste faire passer un message.

- Quel message ?

Jotane prit son inspiration.

- Annora Calandra a été injustement emprisonnée.

- Elle paie pour toutes les actions du R.A.J., Jotane, répliqua durement Canderous, et Vaskel Savill aussi.

- Savill n'est qu'un pauvre clown inoffensif. Quant à Calandra, elle n'y est pour rien dans l'attaque de Bethal, celle qui l'a fait mettre en taule. Tout ce qu'on voulait, c'était enlever quelques notables de cette soirée, notamment Adana Vermor et le colonel Dhoss Raibat. Comme ça, on aurait pu négocier la libération de Calandra.

- C'est tout ? demanda Ezra, presque déçue. Enfin bon, c'est un argument.

Grennan faisait les cent pas. Jotane demanda :

- Et maintenant ? Qu'est-ce que vous allez faire de moi ?

- Excellente question, répondit le Chiss.

- Je suis d'avis qu'on vous livre aux autorités compétentes, répondit Ciro.

- Non, capitaine ! répondit Ezra. Vous me surprenez ! Nous tenons un contact du R.A.J., nous devrions en profiter !

- Allez au bout de votre pensée…

- Je propose qu'on relâche ce type après qu'il ait balancé tout ce qu'il sait à vos supérieurs. Ensuite, il reste sous surveillance, et lui et ses petits copains travailleront désormais pour le compte de la Nouvelle République ! Plus aucune cible civile, plus aucun blocus au détriment d'innocents, ou de Maisons. Vos seules et uniques priorités seront désormais les cibles impériales !

- Cette proposition me convient, répondit Jotane.

- Oh là, une seconde, Jotane ! rétorqua Ciro. On ne s'emballe pas. C'est une possibilité à étudier, mais je n'ai pas l'autorité pour accepter ou non.

- Alors emmenez-moi devant votre chef. Je ferai tout pour que l'action du R.A.J. soit reconnue à sa juste valeur. Peut-être même qu'avec les moyens de la Nouvelle République, nos actions seront trois fois plus efficaces !

- Ne rêvez pas, Jotane. Mais le docteur Lohrn n'a pas eu une mauvaise idée. Je vais vous emmener à Coruscant, et là-bas, nous aviserons. Mais n'espérez quand même pas vous en tirer à si bon compte, Jotane. La Nouvelle République a également ses lois à respecter.

La conversation ne dura pas davantage, car le pager du docteur Lohrn siffla. La jeune femme lut le message, et son front se creusa.

- Les gars ? Nous sommes attendus à l'ambassade de la Maison Cadriaan, tout de suite. Je cite le chef Stern : « au pied ».

- Eh ben ça promet ! constata Grennan.

Les quatre compères prirent congé de Ciro et de son prisonnier.

Quand ils arrivèrent au bureau du chef Stern, ils constatèrent deux choses : Liam était également là, attendant anxieusement, et Maleek Stern n'avait pas l'air content du tout.

- Je vous attendais, grogna-t-il, visiblement fâché rien qu'en les regardant.

- Hé, chef, tout s'est bien passé ! On a réussi à coincer les méchants, et à empêcher les grosses catastrophes, alors pourquoi cette bobine ?

- Il ne s'agit pas du Gala, monsieur Tal. Asseyez-vous et fermez-la.

Avec réticence, le mercenaire obéit, et les trois autres firent de même. Stern entra quelques instructions sur l'ordinateur de son bureau. L'écran mural s'alluma.

- Voici l'enregistrement du journal holovisé qui a été diffusé il y a une quarantaine de minutes. Après analyses et recoupements, il m'a semblé nécessaire de tous vous faire venir ici pour vous le montrer.

Il y eut quelques parasites, et une image apparut. Liam fut pris d'un accès de douleur. En effet, le reporter se promenait au milieu d'un véritable champ de bataille. C'était une ville, mais tout avait été dévasté. Les véhicules étaient en flammes, les immeubles éventrés, et les corps des malheureux habitants gisaient ça et là. Une voix dramatique commentait :

- Et la planète Lynx a subi une attaque impériale particulièrement violente. La capitale, Katina, n'est plus que ruines fumantes. On n'a retrouvé qu'un seul survivant, Lombard Donnell, le gouverneur, qui errait dans les ruines. Celui-ci est actuellement dans un état avancé de traumatisme psychique.

L'image revint sur le présentateur principal.

- Les Maisons Cadriaan, Pelagia et Mecetti se mettent déjà d'accord pour envoyer des fonds de soutien aux victimes. Pour continuer… ah, une dépêche vient de nous arriver sous forme d'un message vidéo, nous vous le diffusons :

Le logo de l'Holo Vision Impériale apparut sur l'écran, puis s'effaça, remplacé par le visage du Moff Laird Gustavu. Celui-ci faisait gravement face à l'objectif de la caméra.

- Sa Haute Magnificence, le Seigneur Daymon Thorn, m'a chargé de transmettre un petit rappel à l'ordre. D'ordinaire, il n'aime pas perdre son temps et dilapider l'énergie de nos vaillants soldats dans de futiles démonstrations, mais il nous a semblé nécessaire de vous montrer qui représente l'Ordre dans le Secteur Tapani. Nous avons perdu sur Endor, puis à Bilbringi, mais nous ne perdrons pas à Tallaan. Contrairement à ce que prétend la propagande des Rebelles, toujours prêts à décrédibiliser l'étendue de nos forces, nous sommes parfaitement capables de résister face aux crapules du soi-disant « Réseau d'Action de Justice » et aux Maisons Nobles qui ont eu l'outrecuidance de nous déclarer la guerre. Il y a quelques jours, quelqu'un a osé insulter le Seigneur Thorn en sabotant son navire personnel. La méthode vile et lâche utilisée nous a laissé penser qu'il s'agissait d'un acte du R.A.J. Aussi notre Seigneur a-t-il décidé de rendre la pareille à ces terroristes. En punition, il a mené un exercice de nettoyage sur Lynx, qui se trouve être, d'après nos renseignements, la planète natale d'Annora Calandra, importante personnalité au sein du R.A.J. actuellement sous les verrous de la Maison Mecetti. Quant au gouverneur Donell, il pourra méditer sur le choix de ses relations. Nous aurions pu éliminer purement et simplement Calandra, mais nous avons tenu à lui faire comprendre qu'on ne plaisante pas avec l'Empire. Le Seigneur Thorn et moi-même espérons que le message soit clairement passé.

Le bulletin d'information reprit normalement. Le chef Stern éteignit l'écran. Tous les regards se tournèrent lentement vers Canderous Tal. Liam explosa.

- Voilà ! Voila ! Voilà ce qui l'a rendue malade pendant le bal ! Ce n'était pas seulement un avertissement ! Elle n'a rien raté du spectacle ! Elle était aux premières loges !

- De quoi tu parles, Liam ? demanda Grennan.

L'adolescent se tourna vers le chasseur de primes, et expliqua :

- Quand il y a un important bouleversement dans le cycle vital, comme un massacre à l'échelle d'une grande ville ou d'une planète, cela provoque une sorte d'onde de choc dans la Force, et les gens qui ont la résonance encaissent un contrecoup d'un tel choc, s'ils sont à portée, ou s'ils sont assez entraînés pour ressentir les flux de la Force à longues distances. Les plus grands Maîtres sont capables de percevoir un génocide à des milliers d'années-lumière. Nous n'avons pas encore un tel niveau, mais la planète Lynx n'est pas très éloignée de Procopia, et n'oublions pas que Chi'ta est exceptionnellement empathique. Elle m'a dit avoir eu une vision cataclysmique quand nous étions en train de danser. Pour ma part, j'ai les vaisseaux sanguins qui ont dansé la gigue. Je suis sûr qu'elle a perçu la détresse des habitants de cette planète ! Et je suis également sûr qu'il n'y aurait pas eu ce carnage si Canderous n'avait pas saboté le croiseur de Thorn !

Un grand silence étouffa le bureau. Tous attendaient, à l'affût de la réponse de Canderous. Mais le mercenaire ne laissa transpirer aucune émotion. Il se contenta de hausser des épaules.

- J'ai seulement fait mon boulot. Thorn aurait fait cette opération de nettoyage de toute façon. Il lui fallait juste une raison.

- Une raison, tu parles ! Encore heureux que je ne…

Liam entendit alors un sinistre tintement, comme si une vitre venait de se briser derrière lui. Il pivota sur lui-même, mais ne vit rien. Il sursauta, tout effrayé.

Le Côté Obscur ! Non !

Il se précipita dehors, sans même refermer la porte. Stern haussa un sourcil.

- Mais qu'est-ce qui lui prend ?

- Vous émettez trop d'ondes négatives, chef, et ça ébranle le calme de ce gamin. Et ça ébranle aussi le mien. Maintenant, si vous le permettez…

- Non, je n'ai pas fini !

- Avec moi, vous avez fini ! rétorqua Ezra en haussant la voix à son tour. Je collabore avec les Cadriaan, mais je suis une Calipsa, et je n'ai pas à vous obéir.

- Tant que vous êtes dans cette ambassade, vous êtes sous ma responsabilité, docteur Lohrn !

- Allons, vous n'avez pas besoin d'un incident diplomatique avec le baron Turel, n'est-ce pas ?

Stern se passa la main sur le visage, puis revint derrière son bureau. Il montra la porte d'un signe de tête et dit d'une voix désespérément lasse :

- Disparaissez… et ne revenez pas.

- Je n'y compte pas, chef, répondit la doctoresse.

- Moi non plus ! ajouta Grennan.

Tous les quatre se relevèrent. Stern leva les bras.

- Dankin, Tal, je n'en ai pas terminé avec vous deux. Vous êtes sous contrat avec les Cadriaan, vous allez m'écouter jusqu'au bout.

Les deux intéressés soupirèrent d'exaspération. Ezra et Grennan quittèrent le bureau. Canderous prit les devants :

- Avant de me traiter encore de tous les noms, souvenez-vous qu'un tyran a besoin de temps en temps de rappeler qui est le maître, selon son point de vue, et de tirer sur la bride. Mon seul tort est de lui avoir fourni la raison. Mais soyez certain que tout ce que je regrette, c'est de ne pas avoir fait cramer ce foutu croiseur en entier.

- Il ne s'agit pas seulement de ça, monsieur Tal. Je viens de recevoir une plainte en bonne et due forme de la part de Maître Yaqim de la Maison Mecetti. Selon ses dires, vous avez délibérément insulté et menacé un officier travaillant pour Don Nycator. Vous l'avez même frappé !

- Après qu'il ait tenté de m'empêcher de monter dans la navette, devant témoins !

- C'était pas une raison pour lui coller un pain ! Mais où donc aviez-vous la tête ?

- Je vais empoisonner votre nièce avec une saleté de méduse, on verra si vous aurez envie de me rouler une pelle ! Ce minable n'a eu que ce qu'il méritait. Et encore, vu qu'il n'était pas le plus responsable, je me suis retenu !

Le chef Stern poussa un profond soupir de lassitude.

- D'accord. J'ignore comment vous avez pu survivre aussi longtemps avec cette mentalité. Ou bien les démons d'outrespace veillent sur les leurs, ou bien vous avez vraiment une chance insolente. Dans les deux cas, je n'aimerais être à votre place pour rien au monde.

- Nous sommes deux, chef. Ce sera tout ?

- Non. Il est évident que vous ne partagez pas la politique de notre Maison. C'est pourquoi nous nous passerons désormais de vos services.

- Phrase compliquée… quoi voulez dire ?

Stern regarda le Togorien avec un air un peu navré.

- Bon, alors je vais être plus clair, monsieur Dankin : vous êtes virés. Tous les deux. Prenez vos affaires, quittez cette ambassade et allez vous faire pendre ailleurs. Et soyez heureux que je ne vous livre pas aux Mecetti !

Canderous, Dankin, Grennan et Ezra s'étaient retrouvés au bar du Théâtre Drake, situé dans le quartier le plus huppé de la ville. Confort, bonnes consommations et discrétion assurés. Tous les quatre étaient assis dans une alcôve isolée.

- Pauvre Chi'ta, soupira pensivement le Chiss. À mon avis, comme premier baiser, elle rêvait d'autre chose. Et pour ce qui est d'un premier enfant…

- Grennan, je te conseille d'arrêter là, coupa net le docteur Lohrn.

- C'est bon, je rigolais.

- Ca ne fait rire que toi, répliqua Canderous, encore de mauvaise humeur.

En sirotant son cocktail, Ezra railla le Mandalorien.

- Avoue que tu l'as cherché, Canderous.

- Peut-être. Mais il y a quelque chose dont il ne va pas profiter, tant pis pour lui.

Avec un sourire triomphant, Canderous sortit de sa poche la disquette qu'il avait ramassé sur la Mante.

- C'est quoi, ça ?

- Regarde toi-même ! répondit le Mandalorien en posant le disque sur la table.

La doctoresse sortit son bloc de données, introduisit la cartouche. Un diagramme apparut sur l'écran. C'était un plan comme celui de l'île Crispos, mais il présentait une toute autre structure.

- Une cathédrale, un palais, un grand escalier… Qu'est-ce que c'est que ça ?

- Ca me fait penser à un grand temple, observa Grennan. Et ça se trouve où ?

- D'après les notes, sur Obulette.

- Obulette ? C'est pas la capitale Mecetti ?

- Précisément ! triompha Canderous.

- Il y a écrit une date. Hé ! C'est la date du mariage de Liryl.

- Blast ! C'est le plan de la défense qui sera organisée pour la cérémonie ! Mais pourquoi Sheffield voulait donner ce plan aux Kathols ?

Canderous regarda aux alentours, s'assurant que personne ne les observât. Puis il se pencha en avant, et répondit à voix basse :

- Deux solutions : de Sheffield ou de Nycator, l'un des deux ment, c'est sûr. Si c'est Sheffield, il veut faire capoter le mariage pour affaiblir la Maison Mecetti. Si c'est Nycator, par contre, c'est plus troublant. Pourquoi voudrait-il faire entrer les Kathols à son propre mariage ?

- Peut-être qu'il veut que Bodé Leobund ait un regrettable accident ? proposa le Chiss. Mais Liryl va être dans une sacrée merde !

- À moins que ce ne soit ce qu'elle veut ! répondit Ezra en relevant la tête.

Dankin gronda d'étonnement.

- Réfléchissez, les hommes. Il est évident que Dame Liryl est une grande manipulatrice de la Force, il n'y a qu'à voir la manière dont elle a sauvé la petite. Je refuse de croire qu'elle ne se doute pas que les Kathols sont tout près. Alors pourquoi continuer à fréquenter Nycator ? Chi'ta m'a dit qu'elle voulait le tenir par le fond du slip. Moi, je pense qu'il y a autre chose. Peut-être qu'en fait, elle souhaite rencontrer les Kathols, et Nycator est son passeport.

- Pas bête. Mais j'espère dans ce cas qu'elle sait ce qu'elle fait.

Le nez plongé dans son livre, Liam releva la tête.

Il y a quelqu'un dans les alentours. Quelqu'un qui a la résonance…

Il tendit les doigts vers sa table de nuit, et son sabre-laser bondit pour se nicher dans le creux de sa main. C'était une présence qui émettait une légère fluctuation dans la Force, mais ce n'était pas une présence malsaine.

Oui, je crois savoir qui c'est.

En jetant un petit coup d'œil à la fenêtre, l'adolescent vit une silhouette drapée sur le balcon se diriger vers sa chambre. Il l'ouvrit, et fit un geste.

- Hé, Damara ! Entre !

- Salut, Liam !

La jeune femme Mecetti passa en souplesse par la fenêtre.

- Alors, ça va ?

- Tu parles ! T'es au courant pour Lynx ?

- Oui, Liam, je sais. Et je me suis sentie mal à l'aise devant les infos.

- Bon, ne parlons pas de ça. Tu avais quelque chose à me dire ?

- C'est important.

Il s'assit sur le lit, et elle sur le fauteuil.

- Tu m'avais parlé de la navette 1425-3120-1518 il n'y a pas longtemps, tu te souviens ?

- Oui, celle qui part de temps en temps à Talorande ? Eh bien ?

- J'avais des doutes, mais j'ai vérifié, et c'est confirmé. C'est la navette personnelle de Don Nycator de Mecetti.

- Ah ouais ? Oh, ça ne m'étonne pas. Et donc ?

- On pourrait en parler en présence de tes amis ?

Une demi-heure plus tard, Liam et Damara avaient rejoint les autres au Théâtre Drake. Damara s'expliqua.

- Voilà. Don Nycator de Mecetti prépare son mariage qui aura lieu dans deux semaines sur Obulette. Cependant, il m'a demandé de régler quelques derniers détails en déposant des actes de propriété dans son coffre personnel qui se trouve sur Talorande.

- Et ?

- Il a pleinement confiance en moi, les amis. J'aurai accès à ce coffre. C'est une excellente occasion d'y chercher quelque chose qui pourrait nous aider à y voir clair dans son jeu.

- D'accord. Et quand est-ce que vous partez ? demanda Grennan.

- Dans trois jours.

- Vous serez seule ?

- Non, docteur Lohrn. Il y aura un pilote. Mais j'aimerais que vous me suiviez. Vous tous.

- Si c'est un traquenard, vous n'aurez pas le temps de le regretter ! grogna Canderous.

- Non, je vous jure que ce n'est pas un traquenard ! J'ignore quelles sont les intentions de Don Nycator, mais nous avons des objectifs communs : vous voulez aider Dame Liryl, je veux aider Don Nycator. Si je peux vous aider à découvrir son jeu, vous l'empêcherez de faire une bêtise, j'en suis certaine.

- Elle dit la vérité, Canderous, appuya Liam.

Mais le mercenaire n'était pas convaincu.

- Une Mecetti… tu parles !

- Canderous, on t'a laissé faire ton sabotage. Tu sais ce qui s'est passé ensuite. Je ne crois pas que Damara nous tende un piège, et si nous pouvons sauver au moins autant de gens qu'il y a eu de victimes sur Lynx, alors ça vaut le coup de prendre le risque.

L'adolescent avait été catégorique. Ezra conclut juste :

- Ca tombe très bien, je connais un oiseau de chrome qui n'attend qu'une occasion de prendre son envol !

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