Stargate Arcadia : Toutes les étoiles par

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Crossover / Aventure / Action

4 Chapitre 1

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Chapitre 1

 

Harlock entendait des voix discuter de façon plutôt animée, mais ne parvenait pas à saisir un mot de ce qui se disait. Une chose était sûre, il ne s’agissait d’aucun membre de son équipage. D’aucune personne de sa connaissance, à vrai dire. Quelque chose clochait, mais il avait un tel mal de tête qu’aligner deux idées cohérentes à la suite relevait du défi. Il lui semblait que la flotte entière des Illuminas s’était donnée rendez-vous à l’intérieur de son crâne.

La discussion continuait. Il essaya d’accommoder sa vision, mais ne percevait pour l’instant que des silhouettes floues. La lumière crue des néons le fit renoncer. Il se concentra sur les voix.

— Je ne peux pas établir les causes de leurs blessures avec certitude pour le moment, mon général, énonçait une voix de femme. Tout ce que je peux dire, c’est qu’ils n’ont été blessés par aucune des armes qu’utilisent les Jaffas.

— Peut-être un des grands maîtres est-il en train d’expérimen­ter une nouvelle arme ? Major Carter, où en êtes-vous de l’analyse des enregistrements ?

— J’ai presque terminé, mon général, répondit une autre femme. Malheureusement, la majorité des données que nous avons pu récupérer sont fragmentaires et inutilisables. Je suis en train de tester un programme de restauration pour essayer d’obtenir quelque chose de cohérent, mais cela risque de prendre du temps.

Harlock cherchait à trouver un sens à cette conversation. La prononciation était étrange, mais les mots pris séparément avaient quelque chose de familier.

Une autre voix prenait part au dialogue.

— Pensez-vous qu’ils vont reprendre conscience bientôt, docteur ?

— Je ne sais pas. Vu le choc qu’ils ont subi, il est impossible de prévoir quand ils sortiront du coma. De toute façon, je leur ai administré un sédatif, qui devrait faire effet pendant encore deux ou trois heures.

Il arrivait presque à comprendre… Si seulement il réussissait à se souvenir…

Réfléchis un peu ! Où as-tu déjà entendu cette langue ?

Non. Pas entendu… Mais je l’ai déjà lue.

— Jack ! Je crois qu’il se réveille.

— Pas avant deux ou trois heures, docteur ? Vous êtes bien sûre d’avoir utilisé la bonne seringue ?

C’est ça. De l’anglais ?

Il sentit que les personnes qu’il écoutait parler se rappro­chaient. Il voulut bouger les bras, sans succès. Apparemment, des sangles maintenaient ses poignets.

— Pourquoi diable est-il attaché, docteur ? Ne me dites pas qu’il a essayé de se sauver dans son état !

— Je n’ai pas encore les résultats du scanner. Pour ce que nous en savons, c’est peut-être un Goa’uld.

— Si c’est le cas, ce n’est pas avec ça que vous le retiendrez.

On le détachait. Il tenta une nouvelle fois de regarder autour de lui. Il arrivait à mieux voir.

Okay… Il était en présence de formes de vie humanoïdes qui ressemblaient beaucoup à des êtres humains. Mais pourquoi donc s’obstinaient-ils à s’exprimer en anglais ? Et même en ancien anglais, pour être exact. Il redressa la tête pour leur poser la question, mais la pièce se mit à tourner, et tout devint noir.

Le colonel O’Neill sortit de l’ascenseur en trombe pour se rendre en salle de conférence. S’il en croyait sa montre, la réunion devait être commencée depuis deux bonnes minutes. Au bout de la coursive, il aperçut le professeur Daniel Jackson qui avançait à allure réduite. O’Neill allongea le pas.

— Daniel ! Vous allez être en retard au débriefing !

— Très drôle, Jack, mais si vous pensez aller plus vite que moi avec ceci, je vous les laisse volontiers.

Daniel agita une de ses béquilles pour ponctuer ses propos.

— Allons, Daniel, le taquina le colonel, assez de cynisme. Cette mission ne s’est pas si mal passée en fin de compte.

— Parlez pour vous, répondit le scientifique, qui ne put s’empêcher de sourire.

O’Neill ralentit pour se caler à la vitesse de son ami.

 — C’est quand même bête d’échapper à tout un bataillon de Jaffas pour se faire une entorse en passant la porte. Je trouve que ça… hmm… manque de panache.

— Ce n’est pas vous qui devez parcourir tous les niveaux du SG-C à la force des bras !

— Vous exagérez toujours. On ne vous demande pas d’arpenter toute la base, juste d’aller en salle de réunion… Et il vous reste une jambe !

Jack ouvrit la porte de la salle de conférence et laissa passer le blessé. Les autres membres de l’équipe étaient déjà installés. Le docteur Frasier était également présente, ainsi que le général Hammond.

— Puisque nous sommes enfin au complet, fit ce dernier, nous vous écoutons, major.

Le major Samantha Carter, le bras droit en écharpe, se leva et afficha une série de courbes sur l’écran de projection.

— Comme vous pouvez le voir sur ces relevés, mon général, la puissance en surplus reçue par la porte des étoiles est très largement supérieure à tout ce que nous avons pu enregistrer auparavant. En fait, les capteurs montrent que la quantité d’énergie accumulée a augmenté de façon exponentielle dès le moment où le vortex s’est formé. Les condensateurs ont été saturés au bout de quelques secondes seulement. La surcharge s’est ensuite repartie en deux vagues énergétiques qui ont en quelque sorte permis d’évacuer le trop plein.

O’Neill, qui avait perdu le fil de l’exposé de Carter juste après le mot « général », faisait mentalement le bilan de la mission.

SG-1 était parti en reconnaissance sur P4X-48C, une planète de type standard et, d’après les premiers rapports du module d’exploration, inhabitée. L’équipe avait cependant trouvé à quelques kilomètres de l’anneau les vestiges d’une ancienne ville, qui avait dû accueillir il y avait des millénaires une civilisation inconnue. Daniel, quant à lui, avait découvert – et activé – un artefact qui, a posteriori, devait servir d’alarme en cas d’intrusion.

Toujours est-il qu’ils avaient rapidement dû faire face à une escouade de Jaffas plutôt agressifs. Il devait y avoir un QG goa’uld sur cette planète… Peut-être un camp d’entraînement.

Je me demande où ils étaient. On n’avait pourtant détecté aucun signe d’activité.

La manœuvre de repli qui avait suivi s’était parfaitement bien déroulée, malgré la disproportion des forces en présence. Ils étaient au moins une centaine là-bas ! Comment avaient-ils fait pour les manquer en arrivant ?

Le colonel sortit de ses pensées pour revenir au débriefing. Tout le monde le fixait.

— Oui ?

— Vous êtes avec nous, mon colonel ? lui demanda Sam Carter.

— Je vous écoute, Carter, continuez…

L’air à moitié convaincu, le major reprit son exposé.

— J’ai effectué plusieurs simulations, mais même toute une armée de Jaffas tirant à pleine puissance sur la porte ne peut expliquer un tel pic d’énergie. Anubis lui-même n’avait pas réussi à atteindre un tel niveau de puissance lorsqu’il avait tenté de faire exploser notre porte. Les calculs réalisés sur les ordinateurs du laboratoire scientifique, et les mesures qui ont été faites au cours des différentes missions montrent que la porte n’est théoriquement pas capable d’emmagasiner tant d’énergie. En fait, le naquadah agirait comme un bouclier pour empêcher trop d’énergie de passer par le vortex, et donc d’arriver au niveau de la porte de sortie.

O’Neill avait réussi à tenir jusque « calculs ». Il se replongea dans ses souvenirs. La traversée du vortex avait été particulièrement désagréable. Il avait le sentiment que le voyage avait duré plus longtemps que d’habitude, et surtout qu’ils avaient croisé « quelque chose ». Il pensa à la sensation d’accélération brutale qu’il avait ressentie. Elle n’avait aucune commune mesure avec celle qu’il avait eue lorsque la porte l’avait expédié en Antarctique avec le major Carter.

Effectivement, tous les Jaffas qu’ils avaient vus ne suffisaient pas à provoquer une explosion comme celle-ci. Le colonel avait regardé les enregistrements des caméras de surveillance, mais rien sur les films ne permettait de déterminer pourquoi la porte s’était comportée aussi anormalement. Visiblement, aucun des brillants scientifiques de la base n’en savait davantage.

Carter était en train de terminer son étalage de termes techniques.

— … En résumé, ni la Tok’ra, ni les rebelles jaffas n’ont connaissance d’une arme à aussi forte densité d’énergie. Cependant, il est tout à fait possible qu’il s’agisse d’une expérimentation, et si la porte n’a pas été détruite grâce aux propriétés du naquadah que j’ai mentionnées, plus de quatre-vingts pour cent des cartes mémoires ont grillé, ainsi que les stabilisateurs, le mécanisme de l’iris et la totalité du système de contrôle d’ouverture.

— Dans combien de temps pensez-vous être à nouveau opérationnels ? interrogea Hammond.

— Environ une semaine, mon général, le temps de vérifier tous les circuits.

— Et lorsque nous rouvrirons la porte des étoiles, y a-t-il un risque pour que ce phénomène se reproduise ?

— Sans informations supplémentaires, reconnut la scientifique, oui.

Daniel Jackson se redressa raidement. En plus de son entorse, il arborait un superbe œil au beurre noir, résultat de sa rencontre musclée avec la rampe métallique. Le professeur avait en outre eu la douloureuse expérience de recevoir un Jaffa lancé à pleine vitesse dans le dos. Teal’c, le quatrième membre de SG-1, était en effet originaire de Chulak où il servait Apophis comme primat avant de croiser la route de l’équipe du colonel O’Neill.

— Sam, je ne crois pas que les Goa’ulds possèdent la technologie suffisante pour concevoir ce type d’arme, déclara Daniel. Ne peut-on pas trouver une explication plus… naturelle ? Si le vortex avait traversé une supernova, par exemple ?

— Je suis d’accord avec Daniel Jackson, renchérit Teal’c. Si un grand maître possédait une telle puissance, il se serait empressé de l’utiliser contre ses ennemis.

— L’ennui, c’est qu’aucun phénomène spatial connu ne pourrait provoquer ça, répondit Sam. J’ai vérifié.

O’Neill laissa l’archéologue et la scientifique débattre pendant quelques instants de la probabilité d’existence de civilisations avancées ou de corps spatiaux inconnus.

Si un peuple possédait réellement une telle technologie, leur combat contre les Goa’ulds était gagné, songea-t-il. En tout cas, il ne s’agissait pas des Asgards : il avait personnellement contacté Thor la veille, qui lui avait avoué son ignorance.

Je ne suis même pas sûr qu’ils soient capables de le faire eux-mêmes.

Les Asgards avaient eu l’air de privilégier la thèse de la « catastrophe naturelle spatiale », sans pour autant leur donner de piste de recherche. Ce qui était certain, c’est que Thor avait été véri­tablement impressionné par les films de l’accident. Yep. Personne n’avait jamais seulement osé imaginer qu’une porte pourrait s’ouvrir trois fois sur le même vortex.

Le colonel se tourna vers le docteur Frasier, silencieuse depuis le début de la réunion. Il leur restait encore une énigme à résoudre.

— Je ne sais pas si vous avez la même impression que moi, fit-il à la cantonade, mais je trouve que nous n’avançons pas. Peut-être le docteur Frasier a-t-elle des renseignements inédits à nous fournir ?

La discussion s’arrêta.

— Vous pensez que les deux événements sont liés, colonel ? lui demanda Hammond.

— Je n’en ai aucune idée, mon général. Je constate simplement que la porte des étoiles a une sorte d’éruption d’énergie et qu’au final, on se retrouve avec deux inconnus à l’infirmerie.

— Le fait de passer la porte ne suffit pas à provoquer une surcharge, mon colonel, répondit Carter.

— Je suis convaincu qu’ils n’étaient pas derrière nous quand nous sommes passés. À moins d’être des sprinteurs hors normes et d’être invisibles aux Jaffas, je ne vois pas comment ils auraient pu nous suivre.

Le général Hammond fit signe à Frasier de commencer son exposé. Le docteur sortit une série de radiographies et les disposa sur la table.

— Je crains fort de ne pouvoir qu’ajouter une nouvelle série de questions sans réponses à toutes celles que le major Carter a déjà énoncées, commença-t-elle.

Elle prit la place de Carter au pupitre et remplaça les graphiques scientifiques de l’écran par d’autres courbes tout aussi hermétiques aux yeux du colonel.

— Voici les résultats des tests médicaux de nos deux blessés. Vous pouvez constater qu’il ne s’agit ni de Jaffas, ni de Goa’ulds.

— Donc ils sont humains, l’interrompit O’Neill.

— Si je m’en tenais aux analyses habituelles que nous effectuons pour dépister la présence de larves goa’ulds, je dirais oui sans hésiter, répondit le docteur.

— Mais vous avez fait d’autres analyses, et vous hésitez.

— En effet.

— Pourtant, à première vue, ils ont l’air humain, non ? interrogea Daniel.

— Je n’ai pas dit qu’ils n’étaient pas humains, corrigea Frasier. Cependant, ils possèdent tous les deux des capacités de récupération qui sont à peu près à mi-chemin entre celle d’un humain normal et d’un Jaffa. De plus, les analyses sanguines ont révélé une concentra­tion de toxines bien supérieure au taux acceptable.

— En clair, docteur ? fit O’Neill.

— En clair, mon colonel, répondit le médecin, si vous aviez un taux comparable de toxines dans le sang, je ne vous donnerais que quelques heures à vivre.

Le docteur Frasier fit une pause, le temps de laisser son auditoire assimiler l’information. O’Neill croisa les bras.

— Leur arrivée date de presque quatre jours.

— C’est exact, mon colonel. Vous comprenez maintenant pourquoi j’hésitais à vous donner une réponse franche.

Le général referma le dossier médical qu’il compulsait depuis plusieurs minutes.

— Quelles sont vos hypothèses, docteur ? demanda-t-il.

— Que nous avons affaire à des humains ayant évolué sur une planète possédant des conditions environnementales plus rudes que ce que nous avons rencontré jusqu’à maintenant : en particulier une atmosphère moins riche en oxygène et comportant plus d’agents polluants. Par conséquent, une planète différente de P4X-48C. Mais ce n’est pas le principal problème.

— En effet, approuva le général. Le problème est de découvrir comment ils sont arrivés ici. Et pourquoi.

Le docteur fit un geste d’impuissance.

— Je ne peux guère en dire plus tant qu’ils n’ont pas repris conscience. Mais je rejoins l’avis du colonel O’Neill.

— C’est-à-dire ?

— Il me paraît impossible qu’ils aient pu traverser la porte derrière SG-1. Les blessures qu’ils ont reçues sont trop importantes pour qu’ils aient pu atteindre la porte par eux-mêmes. Leur corps est couvert de brûlures, et quantité de petits vaisseaux sanguins, en particulier au niveau des poumons, ont éclaté. Par ailleurs, j’ai relevé un pourcentage conséquent de cellules qui semblent avoir été soumises au vide. En fait, c’est comme s’ils avaient été soumis à une pression et une accélération très supérieures à ce que peut supporter un corps humain, mais sur une durée suffisamment courte pour que les dommages ne soient pas irrémédiables.

O’Neill réfléchissait à tous les mystères de cette mission.

D’abord, on rencontre des Jaffas, trop de Jaffas, sur une planète isolée sans intérêt et censée être déserte. Ensuite, on se retrouve avec deux humains qui ne peuvent pas avoir traversé la porte depuis P4X-48C. À moins qu’ils n’aient été envoyés par les Jaffas. Mais dans ce cas, pourquoi auraient-ils été blessés ?

Daniel était apparemment parvenu à la même conclusion de son côté.

— Est-il envisageable, demandait-il, que ce soit des espions envoyés par Anubis ou n’importe quel autre grand maître Goa’uld, et qu’ils aient été blessés pendant le trajet ?

— Rigoureusement impossible, répondit Sam Carter. Comme vous le savez, durant le trajet entre deux portes des étoiles, le corps est déstructuré et voyage sous forme de particules élémentaires. Nous-mêmes avons traversé pendant l’anomalie énergétique, et aucun d’entre nous n’a été affecté.

— Je vous rappelle que vous avez une épaule démise, major, ironisa O’Neill.

— Je voulais dire pendant le voyage dans le vortex, mon colonel, répliqua-t-elle. La surcharge a provoqué cette accélération qui n’a pas été compensée par la porte de sortie, ce qui explique nos blessures après le voyage.

Carter regarda le colonel, d’un air le mettant au défi d’ajouter quoi que ce soit. Celui-ci se garda bien de continuer : il n’avait pas la moindre envie de subir à nouveau tout un tas d’explications techniques. Il se demandait parfois si Carter ne prenait pas un malin plaisir à l’assommer de charabia scientifique.

Le général Hammond se leva, aussitôt imité par SG-1.

— Messieurs, cette réunion est terminée. Major, je compte sur vous pour remettre la porte en état le plus vite possible. Docteur Jackson, il me faut des informations sur cette civilisation que vous avez découverte sur P4X-48C, et des hypothèses sur la présence de Jaffas à cet endroit. Et vous colonel, je vous charge d’interroger les blessés dès qu’ils reprendront conscience. Il faut résoudre cette énigme au plus vite. Rompez.

Harlock était perplexe. Il se trouvait dans une infirmerie, qui, pour ce qu’il pouvait en voir, n’était équipée que de matériel obsolète. Il devait être tombé sur une de ces colonies rétrogrades qui coupaient tout contact avec les autres systèmes et tentaient de vivre comme leurs ancêtres. Ça devait expliquer pourquoi il n’avait pas encore été confronté à un officier Illuminas chargé de lui soutirer des renseignements à n’importe quel prix.

S’ils me font subir un de leurs interrogatoires maintenant, je ne suis pas sûr de pouvoir tenir longtemps.

D’un autre côté, peut-être que la situation actuelle était destinée à l’affaiblir moralement. Il trouvait particulièrement désagréable que les médecins utilisent systématiquement des seringues pour lui injecter dieu sait quoi. Si ça se trouvait, ils se servaient encore de scalpels ou dieu sait quel instrument antédiluvien.

Le capitaine n’avait aucune nouvelle de Kei depuis qu’ils avaient été absorbés par le flux énergétique qui avait traversé sa passerelle. Il espérait que sa situation était meilleure que la sienne. Il espérait surtout que Tochiro avait localisé leur position. Toutes les planètes du quadrant étaient contrôlées par les Illuminas : c’était de mauvais augure, généralement… Même si le capitaine ignorait que l’une d’entre elles abritait une telle colonie.

Il commençait à s’habituer à entendre les infirmiers autour de lui parler en anglais. Cependant, la technologie qui l’entourait ne cadrait pas avec le phénomène qui l’avait conduit ici. De toute évidence, ces gens maîtrisaient à peine le concept du laser. Autant dire qu’un transfert d’énergie pure en dimension warp devait leur être complète­ment inconnu.

Tout ceci le ramenait forcément à son principal sujet de préoccupation : pourquoi n’avait-il pas encore vu un seul Illuminas ? Qu’attendait leur amiral pour venir l’arrêter en jubilant ? Même s’il avait été projeté dans cette infirmerie par erreur, seuls les Illuminas pouvaient à sa connaissance construire une arme de ce genre. Et s’ils l’avaient essayée sur l’Arcadia, cela paraissait étonnant qu’ils ne prennent pas la peine de vérifier qu’elle avait fonctionné.

Encore plus étonnant, aucune mesure particulière de sécurité ne semblait être appliquée. Il n’était plus attaché, et avait été installé dans une partie reculée de l’infirmerie.

Je pourrais quitter cette pièce sans que personne ne s’en aperçoive. Bon sang ! Tous les systèmes planétaires avec un minimum de technologie doivent pourtant avoir reçu mon signalement.

Il se sentait suffisamment vaillant pour se lever. Il décida de tenter une petite escapade. Tous ses muscles le faisaient souffrir comme s’il était passé dans une lessiveuse géante, mais il n’avait aucune fracture. Il enleva avec précaution les deux aiguilles plantées dans son avant-bras, et beaucoup moins délicatement les électrodes et autres tubes qui le reliaient aux systèmes médicaux. Après quelques secondes, aucune alarme ne s’étant déclenchée, il se mit debout et gagna le rideau qui l’isolait du reste de l’infirmerie.

La pièce était vide, à l’exception d’une infirmière qui lui tournait le dos, occupée à quelque tâche administrative. C’était le moment ou jamais. Harlock retint sa respiration et marcha jusqu’à la jeune femme.

Désolé.

Il appuya les pouces sur les carotides de l’infirmière, qui s’effondra sans un cri. Harlock inspecta rapidement la pièce, à la recherche de vêtements moins voyants que le pyjama type hôpital dont il était vêtu. Son regard s’arrêta sur une table roulante.

Des scalpels ? Je suis peut-être dans une salle de torture finalement.

Il attrapa une blouse sur une patère et glissa un scalpel dans sa poche, puis il quitta l’infirmerie.

Le colonel O’Neill prenait quelques instants de détente en salle de sport, et en profitait pour expliquer à Teal’c les règles de base du ping-pong – un sport sans danger, avec lequel il aurait davantage de chances de gagner contre Teal’c.

O’Neill avait plusieurs fois commis l’erreur de proposer au Jaffa des combats amicaux en boxe, mais après avoir reçu un coup qui l’avait contraint à manger de la purée pendant deux jours, il s’était juré de ne plus recommencer. Teal’c avait une définition du combat amical qui différait quelque peu de la sienne.

Ces Jaffas… Ils prennent toujours tout trop à cœur.

Le colonel ne désespérait pas de rendre son ami un peu plus humain… Un peu moins coincé, pour être franc.

Le téléphone sonna.

— O’Neill.

— Mon colonel, ici Carter. Je suis à l’infirmerie avec Janet.

— Il y a un problème ?

— Nous venons de retrouver l’infirmière de service inconsciente. Et notre pensionnaire masculin doit être en train de visiter le SG-C.

— J’arrive. Faites sécuriser les niveaux et envoyez toutes les équipes disponibles fouiller la base.

— À vos ordres.

Le colonel raccrocha et se tourna vers Teal’c. Celui-ci haussa un sourcil.

— Que se passe-t-il, colonel O’Neill ?

— Il va falloir remettre notre match à plus tard, j’en ai peur. Suivez-moi, il semblerait qu’il y ait eu une évasion à l’infirmerie.

Les deux hommes se hâtèrent en direction de l’ascenseur.

Le major Carter donnait ses dernières instructions aux chefs des différentes équipes de recherche.

— Ne tirez qu’en cas de légitime défense. Il est probablement simplement effrayé de se retrouver dans un environnement inconnu. Au besoin, utilisez les zats.

— Je vous le déconseille, Sam, intervint le docteur Frasier. Le choc pourrait aggraver ses lésions internes. Je ne pense pas qu’il soit dangereux, ajouta-t-elle à l’intention des soldats rassemblés. Il est gravement blessé, et la priorité est de le ramener à l’infirmerie le plus vite possible. À mon avis, il n’a pas changé de niveau.

Les portes s’ouvrirent pour laisser entrer le colonel O’Neill et Teal’c.

— Au rapport, major.

— J’allais justement envoyer les équipes de recherche, mon colonel. Le docteur Frasier pense qu’il n’a pas pu aller bien loin.

— Très bien. Rendez-moi compte dès que vous l’aurez trouvé, fit O’Neill aux chefs d’équipe. Je suis sur la fréquence P1. Commencez par une fouille approfondie de ce secteur.

Le colonel fit signe aux soldats de rompre. Carter rejoignit Frasier, en train d’écouter le diagnostic qu’un des médecins effectuait sur l’infirmière inconsciente.

— Je n’ai décelé aucune trace de choc, et aucune blessure apparente.

— Elle n’a pas non plus été touchée par un zat ou une arme similaire, ajouta un infirmier muni d’un calepin électronique. On ne trouve pas les résidus d’électricité statique typiques de ce genre d’arme.

— À mon avis, c’est une pression sur les carotides qui a provoqué l’inconscience. Qu’en pensez-vous, Sam ?

— Qu’il s’agit d’une technique de combat très pointue et surtout très difficile à maîtriser. La pression doit être suffisante pour rendre inconscient, mais dosée de façon à ne pas tuer la victime. Quoi qu’il en soit, notre homme est probablement plus dangereux que ce que nous avons estimé.

Et même si ses blessures étaient sérieuses, il devait être parfaitement capable de tuer quelqu’un à mains nues…

Ça n’allait pas plaire au colonel.

Harlock cherchait à reprendre son souffle dans l’obscurité d’un local technique. Il avait un goût amer dans la bouche, et saignait du nez.

J’ai surestimé mes forces… Je dois avoir une hémorragie au niveau des poumons.

Et ce voile rouge qui obscurcissait sa vision ne présageait rien de bon.

Il entendait des hommes courir dans la coursive. Les équipes de recherche se mettaient en place. Sa découverte n’était qu’une question de minutes. Il était coincé. La meilleure option était de rester tranquillement où il se trouvait en attendant qu’un soldat ouvre la porte – le type recevrait une médaille et lui ne répandrait pas son sang partout en cherchant une sortie qui ne soit pas gardée.

Il avait malgré tout eu le temps de parcourir quelques couloirs avant que l’alerte ne soit donnée. Il semblait que le seul moyen de sortir de cet endroit était d’emprunter l’ascenseur (celui par lequel tous les soldats arrivaient en renfort). Cette base était manifestement un complexe militaire de grande envergure. Vu l’absence de fenêtres, il était soit dans un bunker totalement isolé de l’extérieur, soit dans une base souterraine. Il penchait plutôt pour la deuxième option, et s’il en croyait les chiffres peints sur les portes de l’ascenseur, il se trouvait au vingt-deuxième niveau. Beaucoup plus grand que ce qu’il avait imaginé au premier abord. Il allait avoir du mal à retrouver Kei.

Les bruits de passage derrière la porte s’étaient atténués. Oubliant sa résolution de ne pas bouger, Harlock risqua un coup d’œil dehors.

Tout dispositif militaire avait ses faiblesses. Il devait bien exister un réseau de ventilation pour alimenter en air tous les niveaux… Et des accès pour assurer la maintenance. Une grille de l’autre côté du couloir convenait parfaitement à cette définition.

La coursive était déserte. Ignorant la douleur qui lui oppressait la poitrine, le capitaine alla examiner la grille de plus près.

Bingo. Un conduit de maintenance muni d’échelons. Pas de verrouillage manuel, ni électronique. Un jeu d’enfant…

Harlock se faufila dans le conduit et entreprit de monter à l’étage supérieur.

Les premiers rapports des équipes de recherche faisaient retour au colonel O’Neill, mais aucun ne lui apportait la nouvelle qu’il attendait.

— Bernique ! fit-il d’un air dépité.

— En quoi l’invocation d’un pseudopode marin peut-elle nous aider, colonel O’Neill ? demanda Teal’c, curieux.

— C’est juste une expression, Teal’c, expliqua Carter. Cela signifie que nous n’avons rien trouvé.

— En attendant, il va falloir m’expliquer comment quelqu’un qui n’a jamais mis les pieds ici peut échapper à une trentaine de personnes connaissant parfaitement les lieux, s’emporta le colonel. Sans oublier qu’il est censé être à moitié mort !

Le colonel tournait en rond, agacé. Il allait finir par croire à la thèse de l’espion goa’uld. Si ça se trouvait, ces foutus serpents avaient réussi à se rendre indécelables, s’étaient blessés eux-mêmes pour ne pas éveiller leurs soupçons et maintenant, ils étaient en train de saboter tout le SG-C.

Jack, mon vieux, si tu continues dans cette voie, tu vas devenir complètement paranoïaque.

Le major Carter communiquait par téléphone au général Hammond les dernières informations qu’ils avaient reçues. Janet Frasier s’occupait de l’infirmière, qui avait repris conscience. Apparemment, celle-ci ne se souvenait de rien : elle s’était de toute évidence fait attaquer par-derrière et n’avait rien vu venir. Aucune information à tirer de ce côté.

Carter avait fini son compte-rendu.

— Le général fait passer la base au niveau d’alerte supérieur. Il estime que le risque de sabotage devient plus que probable.

O’Neill hocha la tête. Il n’était donc pas le seul à devenir paranoïaque. Mais il devait reconnaître que la situation s’y prêtait bien.

Il se repassa mentalement toutes les données dont il disposait. Le fugitif était en vadrouille dans la base mais gravement blessé, les docteurs ne lui donnant que quelques heures à vivre depuis quatre jours. Il était passé par la porte de sortie sans avoir pu atteindre celle d’entrée… Rien de tout cela n’était logique.

— Carter !

— Mon colonel ?

— Pensez-vous qu’il soit possible que nous ayons affaire à un espion ?

— Tant que nous n’avons pas de preuves formelles, mon colonel, je dirais qu’il y a autant de chances qu’il soit en train de chercher à saboter nos installations qu’à gagner la sortie.

— Vous voulez dire que tant qu’il n’aura pas fait sauter quelque chose, vous ne saurez pas m’éclairer sur ses intentions ?

— Effectivement.

Génial. Il ne nous reste plus qu’à passer toute la base au peigne fin. Voyons… Si j’étais à sa place, qu’est-ce que je ferais ?

Le colonel réfléchit quelques instants. Décidément, il ne se faisait pas à l’idée que cet homme était en train de mettre en place un dispositif machiavélique pour détruire le SG-C. Il fallait se concentrer sur les moyens de sortir de la base.

Il aura forcément évité l’ascenseur. Ce qui ne lui laisse que les conduits d’aération.

O’Neill se tourna vers le major.

— Conservez une équipe pour finir de fouiller ce niveau, et envoyez les autres aux niveaux supérieurs. Je pense qu’il va tenter de quitter la base. Mais que tout le monde garde à l’esprit qu’il peut toujours s’introduire dans les locaux sensibles.

— À vos ordres.

— Docteur, je veux un bilan médical complet, quelles sont ses blessures et quelle distance il a pu parcourir depuis l’infirmerie.

— Comme je l’ai dit au débriefing, mon colonel, ses blessures sont réparties sur tout le corps. Il s’agit surtout de petites hémorragies qui, pour la plupart, ne portent pas à conséquence. J’ai surtout peur que ses lésions aux poumons ne s’aggravent.

— Est-ce que vous croyez qu’il a pu emprunter les conduits de maintenance de la ventilation ?

— C’est possible. Mais s’il fait des efforts trop importants et que sa respiration s’accélère, ses poumons risquent de se remplir de sang.

— Ce qui veut dire qu’il faut le retrouver très vite avant qu’il ne soit trop tard, conclut le colonel. Carter, vous restez ici et vous me prévenez s’il y a du nouveau. Je vais inspecter les conduits de ventilation avec Teal’c.

Si son intuition était juste, et si Janet ne s’était pas trompée dans son diagnostic, lorsque l’alerte avait été donnée, leur fugitif devait avoir trouvé refuge dans un local technique – à l’opposé de l’ascenseur. Ensuite, il avait dû remarquer une des grilles d’accès aux conduits… Le système de ventilation était le seul point faible de la base. Mais pour le savoir, il fallait encore comprendre la façon dont était construit le SG-C.

Ce qui voulait dire que leur inconnu ne venait pas d’une planète où la population vivait encore à l’âge de pierre.

Teal’c s’était arrêté un peu plus loin dans la coursive. Il examinait attentivement la porte d’un des locaux.

— Colonel O’Neill, je pense que ceci vous intéressera.

La poignée était tâchée de sang. O’Neill fit signe au Jaffa de se positionner sur le côté, et ouvrit la porte d’un coup sec. Le local était relativement petit, et n’offrait aucune cachette possible. Il était vide, mais avait visiblement servi d’abri temporaire à quelqu’un qui perdait pas mal de sang.

Il ne doit pas être parti depuis bien longtemps…Et il ne doit pas être parti bien loin.

O’Neill parcourut le couloir du regard.

Là-bas.

La grille n’était pas fermée. Le colonel s’introduisit à moitié dans le conduit. Il ne voyait rien, mais le rebord sur lequel il s’appuyait était recouvert d’un liquide poisseux.

— Vous voyez quelque chose, O’Neill ? demanda Teal’c.

— Non.

Le colonel revint dans la coursive. Sa main était ensanglantée.

— … Mais nous touchons au but. Dites à Carter d’envoyer des hommes à chaque sortie de ce conduit. Qu’ils cherchent des traces de sang.

— Et vous, que comptez-vous faire ?

— Je vais le suivre, répondit O’Neill en s’engageant de nouveau dans le conduit. Il faut l’empêcher de faire demi-tour.

… Et espérer qu’il était monté et non descendu.

Le colonel commença son ascension. Rapidement, d’autres gouttes de sang, sur les barreaux de l’échelle, confirmèrent son hypothèse. Rassuré, il entreprit de monter plus vite.

En tendant l’oreille, il pouvait entendre des échos métalliques. Quelqu’un gravissait les échelons au-dessus de lui… Plutôt laborieu­sement, d’ailleurs.

— Hey ! appela-t-il. Arrêtez, nous ne vous voulons aucun mal !

Pas de réponse.

— Vous êtes blessé ! insista le colonel. Il faut que vous retourniez à l’infirmerie, nous pouvons vous soigner !

Le bruit d’une grille que l’on ouvre violemment se répercuta dans le conduit. Trois ou quatre niveaux plus haut à l’oreille. Jack espéra que Teal’c avait bien passé le message à Carter.

Jack accéléra encore. Maintenant qu’il l’avait retrouvé, il était absolument hors de question de le perdre de vue. C’était la première fois qu’un des patients de Frasier le faisait courir comme ça.

— Attendez ! Je veux simplement vous parler !

Le colonel atteignit enfin le niveau où le fugitif était sorti du conduit. Des traînées de sang maculaient le mur en direction du gymnase.

Il n’y a aucune autre issue… On le tient.

O’Neill bascula sa radio sur le canal général.

— À toutes les équipes, il est au niveau 17. Il se dirige vers le gymnase. J’y vais et je vous le ramène.

— Faites attention mon colonel, répondit la voix de Carter. Nous ne savons pas quelle sera sa réaction. Je vous envoie des renforts.

— Ne vous en faites pas. O’Neill terminé.

Le colonel s’arrêta à l’extrémité de la coursive. Le blessé était adossé au mur, le souffle court. Il tenait un scalpel d’une main tremblante. O’Neill s’approcha avec précaution.

— N’ayez pas peur. Je suis là pour vous aider.

Il tendit doucement le bras pour reprendre le scalpel. Il pouvait lire la souffrance dans les yeux de l’homme – ou plutôt dans son œil. Ses cheveux bruns emmêlés ne cachaient que partiellement le bandeau qui couvrait son œil droit. O’Neill nota également la cicatrice qui barrait son visage et les traces d’anciennes blessures sur ses poignets. Quelles pouvaient être les épreuves qu’il avait endurées avant d’arriver jusqu’ici ?

O’Neill entendit derrière lui des bruits de course.

— Mon colonel ! Est-ce que tout va bien ? cria Carter.

— C’est bon, répondit-il. Transmettez à Frasier que je tiens son patient.

Il comprit en même temps qu’il faisait une erreur. Distrait par la question du major, il avait baissé son attention pendant un court laps de temps… Dangereux quand on fait face à un inconnu armé d’un scalpel.

Et m…

L’autre avait vu l’ouverture. O’Neill recula d’un bond, mais pas assez vite pour empêcher l’arme tranchante de s’enfoncer dans son avant-bras. Se dégageant d’un revers, il vit Teal’c s’avancer, un zat à la main.

— Teal’c ! Ne tirez pas ! Le docteur…

La décharge paralysante toucha de plein fouet son adversaire, qui s’affaissa.

— … a dit d’éviter les zats, pour ne pas aggraver ses blessures, termina O’Neill.

— Vous avez été blessé, colonel O’Neill, répondit Teal’c.

— Juste une égratignure, fit O’Neill, qui s’efforça vaillamment de sourire à Carter.

Une égratignure jusqu’à l’os, mais une égratignure quand même. Il n’allait tout de même pas se rendre à l’infirmerie pour si peu…

Nom de dieu, ça fait un mal de chien…

Carter faisait signe aux infirmiers qui arrivaient. L’un d’eux se dirigea vers lui. Il se sentait détaché des événements, comme s’il n’était qu’un observateur extérieur. Sûrement l’adrénaline qui retombait.

Il était à présent convaincu que s’il ne s’était pas écarté aussi rapidement, Teal’c n’aurait pas pu tirer assez tôt pour lui éviter de se retrouver avec un scalpel planté dans la poitrine – voire entre les deux yeux. Il regarda l’homme sur le brancard. Celui-ci n’avait pas hésité une seule seconde. Il avait attaqué pour tuer. Malgré la fièvre. Malgré la douleur.

Quand je pense que je prenais toutes les précautions pour le ramener sans trop de dommages à Frasier.

Le colonel se laissa docilement emmener par l’infirmier. Il ne se souvenait plus si ce dernier lui avait injecté un calmant ou non. Il se sentait… cotonneux.

Il se rendit compte que Carter venait de lui poser une question qu’il n’avait pas entendue.

— Hmm ?

— Je demandais si vous pensiez qu’il fallait le placer en cellule, mon colonel.

— Pas la peine. Un garde à l’infirmerie suffira. Il…

O’Neill essaya de se remémorer les sentiments qu’il avait vus quand ils avaient croisé leurs regards.

Beaucoup de souffrance… Et de la peur aussi. Rien qui ne puisse faire penser au fanatisme d’un espion déterminé à tout faire sauter.

— Il n’avait pas l’intention de me blesser sérieusement. C’était un réflexe d’autodéfense… Vous avez dû lui faire peur quand vous êtes arrivés.

Carter le regarda d’un air dubitatif. Il se demanda s’il prenait la bonne décision.

Vous avez raison, mettez-le en cellule sous haute surveillance avec interdiction de communiquer avec l’extérieur…

Non. Ce que je veux, c’est le mettre en confiance. Après tout, on ne sait toujours pas ce qu’il fait ici.

Il était quasiment certain que cet homme n’avait rien à voir avec les Goa’ulds. Tout ce qui se passait ne ressemblait à aucune de leurs stratégies habituelles.

Il fuyait quelque chose, peut-être est-il venu demander de l’aide…

Il faudrait faire preuve de diplomatie pour le persuader de leurs bonnes intentions. Enfin… O’Neill savait quoi dire. « Nous cherchons à rétablir la paix dans notre galaxie, il faut nous unir contre la menace des Goa’ulds… » Tout le baratin habituel, n’est-ce pas ?

Le colonel prit tout de même mentalement note de ne pas s’approcher de trop près tant qu’il ne serait pas totalement sûr d’avoir convaincu son interlocuteur.

Il résista un instant à la pression de l’infirmier qui le poussait vers le bloc médical et se tourna vers Carter.

— Je veux être informé à l’instant même où il reprendra connaissance. Je tiens à être présent pour l’interroger.

— À vos ordres.

Un médecin arrivait pour le prendre en charge, et Carter fut écartée par les infirmiers qui l’entouraient. Elle resta immobile dans la coursive jusqu’à ce que les portes de l’infirmerie se referment sur lui.

L’ensemble de la zone médicale avait retrouvé une atmosphère plus calme. Laissant un assistant finir de remettre la pièce en ordre, Janet Frasier consultait les derniers rapports médicaux. Un de ses collègues s’était occupé du colonel O’Neill. Il lui avait fait huit points de suture et prescrit un arrêt de travail pour une semaine. Cependant, une note manuscrite à la fin du rapport indiquait à Janet que le patient était pour l’instant « trop choqué pour agir raisonnablement ».

En clair, le colonel avait envoyé ce cher docteur au diable quand il avait dû lui parler de prendre du repos.

Et comme son confrère lui avait remis la note à la fin de son service, en insistant sur le fait qu’il n’allait pas perdre de temps pour pouvoir assister au match de son petit dernier, cela ne voulait dire qu’une chose : c’était à elle de convaincre Jack O’Neill que les prescriptions médicales n’étaient pas seulement pour les autres.

Janet soupira. Il était de notoriété publique parmi le personnel médical que le colonel n’était pas un patient facile. Il avait probable­ment déjà quitté l’infirmerie. Elle espérait seulement que le colonel ne comptait pas repartir en mission tout de suite, sinon elle risquait de le revoir très vite.

Elle se dirigea vers la pièce où étaient installés les blessés dont l’état ne nécessitait pas de surveillance médicale constante. Contre toute attente, le colonel était toujours là.

— Je suis contente de voir que vous avez finalement décidé de suivre les conseils avisés de votre médecin, colonel, lança Frasier.

— Votre interne m’a planté là avant d’avoir fini, grogna O’Neill. Il a dit qu’il allait chercher de quoi terminer le bandage.

Le colonel secoua la tête.

— Je le soupçonne d’avoir fait ça uniquement pour me faire rester… Il aurait au moins pu terminer de recoudre avant de partir !

Janet sourit. Il faudrait qu’elle se renseigne sur le nom de l’interne qui avait imaginé cette ruse. Elle aurait dû y penser plus tôt de son côté. Même si ça ne risquait pas de retenir son patient aussi longtemps qu’elle l’aurait souhaité.

De toute évidence, le colonel semblait prêt à partir chercher l’interne, voire à se recoudre lui-même. Janet mit fin au supplice en prenant quelques bandes stériles dans une armoire, ce qui eu le don d’exaspérer davantage O’Neill.

— Je le savais ! s’exclama-t-il. Il l’a fait exprès !

— Tenez-vous tranquille si vous ne voulez pas que je vous laisse moi aussi, répliqua Janet.

O’Neill tendit docilement son bras au docteur, qui finit le travail en quelques minutes.

— Je sais que vous mourez d’envie de quitter cet endroit, fit-elle. Promettez-moi au moins que vous n’aurez aucune activité physique intense pendant une semaine. Et aucun voyage interplanétaire.

— De toute façon, SG-1 ne repartira pas en mission tant que Daniel n’est pas remis, répondit le colonel, l’air vexé. Et je pense que lui en a pour plus d’une semaine.

— En théorie, oui.

Janet leva les yeux au ciel.

— Mais en théorie, il devrait aussi rester allongé…

Convaincre Daniel de remettre à plus tard l’étude d’une nouvelle civilisation était à peu près aussi impossible que persuader Sam de renoncer à ses équations… Il faut dire que leur supérieur hiérarchique montrait assez peu l’exemple.

Enfin, elle avait au moins réussi à repousser le débriefing de la mission de quatre jours… et encore avait-il fallu qu’elle insiste auprès du général.

Tout le monde a envie d’obtenir des réponses… C’est le retour de mission le plus bizarre qu’il m’ait été donné d’assister.

Elle décida de devancer la question du colonel.

— Votre inconnu est en salle de réanimation. Il devrait reprendre conscience sous peu.

— Vous ne dites pas ça uniquement pour me faire rester à l’infirmerie ?

— Non, rassurez-vous. Je ne lui ai pas donné de sédatif pour l’instant, et les effets du zat devraient s’être dissipés… Je tiens autant que vous à en savoir plus, ajouta-t-elle en suivant O’Neill. Mais je dois vous avertir que cet… incident n’a pas arrangé son état. Il ne sera peut-être pas capable de vous répondre.

— Il a intérêt à faire un effort, maugréa le colonel. Je vous garantis que s’il n’a pas une bonne explication, il va se retrouver en cellule de haute sécurité, espion Goa’uld ou pas !

La douleur avait fait place à un picotement diffus. Il était de retour à l’infirmerie. Et cette fois, ils l’avaient laissé attaché. Solidement. Harlock éprouva quand même les liens qui l’entravaient, pour la forme.

Aïe.

C’était la première fois qu’il voyait une arme de ce genre. Ça ressemblait à un paralyseur primitif qui produirait le même effet qu’une électrocution doublée d’une gueule de bois. La décharge ne devait cependant pas être d’une intensité trop importante, autrement il ne serait pas là pour y réfléchir.

Les paralyseurs qu’il avait l’habitude d’utiliser ne provo­quaient pas ces effets secondaires. Il se demanda si les autres armes, celles que portaient la majorité des soldats de cette base, relevaient du même niveau de technologie. Au fond de lui, il ne se faisait guère d’illusions. Après tout, ça ne dépareillait pas avec le matériel médical.

Harlock rassembla ses idées pour faire un point de situation. Il avait encore mal à la poitrine, et quelques difficultés à respirer. De toute évidence, il ne disposait pas des meilleurs atouts pour s’échapper à nouveau. En outre et après observation, un garde armé était posté à la porte. Ses geôliers ne semblaient pas enclins à faire deux fois la même erreur. S’il voulait recommencer, il faudrait tirer parti du plus petit avantage.

Il préféra ne pas tenir compte de l’éventualité que Tochiro vienne le secourir avec l’Arcadia. Après toutes ces années passées à traverser l’espace, le capitaine avait appris à ne compter que sur lui-même pour se tirer d’un mauvais pas. Et si Tochiro arrivait effectivement, et bien ça ne poserait pas de problème particulier s’il lui donnait un coup de main de son côté.

Tout plutôt que de rester ici sans rien tenter, en fait.

Harlock se débattit pour essayer de desserrer ses liens, ce qui eut pour effet immédiat de faire surgir un infirmier de nulle part. Celui-ci dit quelque chose, mais comme le capitaine était occupé à dégager sa main gauche, il ne comprit rien à la phrase qui était prononcée.

Oh non. Quand est-ce qu’ils vont se mettre à parler comme tout le monde ?

En tout cas, l’intonation était inquiète. Pas le genre du « tiens-toi tranquille, sale pirate, ou tu vas souffrir d’une manière que tu ne peux même pas imaginer » qu’il entendait généralement : celui-là ne faisait pas partie de l’équipe chargée des interrogatoires. Il avait plutôt l’air paniqué. Bon, à vrai dire, il lui demandait peut-être d’arrêter s’il ne voulait pas que des spécialistes se chargent de lui, ce qui revenait au même.

Harlock fit la moue. De toute façon, ce type pouvait dire n’importe quoi, il n’avait aucune chance de se faire comprendre tant qu’il ne détacherait pas un peu mieux ses mots.

Sa seule connaissance de l’anglais provenait des manuels techniques de Tochiro : son ami avait la manie de rédiger systémati­quement ses rapports dans cette langue, il avait donc fallu qu’il l’apprenne pour connaître toutes les spécificités de son vaisseau. En revanche, l’utiliser pour communiquer oralement demandait une concentration sans faille. Même si la plupart des mots ressemblaient au standard, l’accent rendait le tout incompréhensible.

Au pire, ils pourraient toujours communiquer par écrit : avec son alphabet de vingt-six lettres, ce n’était pas la langue la plus difficile qu’il avait rencontrée.

Des mouvements le firent interrompre ses tentatives de se détacher. Deux personnes venaient d’entrer : une femme en blouse blanche qui devait être médecin, et l’homme qu’il avait blessé juste avant de se faire assommer par le paralyseur. Un militaire. Probablement un officier, vu la façon dont le garde avait rectifié sa position à son arrivée. En tout cas, l’uniforme ne lui disait rien : ces gens ne faisaient pas partie des armées Illuminas, ni des forces de résistance. Les galons n’étaient même pas aux standards galactiques.

L’officier avait échangé quelques mots avec l’infirmier, puis s’était approché de lui. Harlock soutint son regard pendant quelques secondes. L’homme finit par détourner la tête, prit une chaise et lui posa une question.

Harlock décida de mettre les choses au point tout de suite. Si ces gens ne voulaient pas parler le standard, c’était leur problème, mais il n’allait pas leur faire le plaisir d’entrer dans leur jeu.

— Écoutez, je ne saisis pas le but de votre manège, mais je peux vous dire que ça ne m’incitera pas à être coopératif. Alors je propose que vous passiez aux choses sérieuses tout de suite, ça nous évitera à tous les deux de perdre du temps inutilement, d’accord ?

Une expression de totale incompréhension se peignit sur le visage de son interlocuteur. Ou c’était un excellent comédien, ou il ne comprenait vraiment pas.

L’officier avait recommencé à parler. Il était resté à l’anglais, mais s’exprimait plus lentement.

— Je suis… le colonel… Jack O’Neill, fit-il. Et vous ?

Comment ça, et moi ?

— Vous me comprenez ? ajouta O’Neill devant son absence de réponse.

Il s’adressa ensuite à la femme, qui était restée en retrait. Harlock parvint à saisir les mots « chercher » et « traduire ». Il se demandait toujours si la question du dénommé O’Neill relevait de la pure rhétorique, le genre que l’on pose pour mettre son interlocuteur à l’aise, ou si effectivement il ne le connaissait pas.

Bon sang, il était quand même le pirate le plus recherché de la galaxie ! S’il s’avérait que personne n’était au courant ici, il faudrait qu’il reconsidère la situation – bien que quitter une colonie arriérée complètement coupée de l’extérieur soit certainement aussi difficile que s’enfuir d’un QG Illuminas. D’un autre côté, il pouvait évidemment s’agir d’une ruse pour le mettre en confiance – auquel cas le capitaine était impatient de rencontrer l’esprit tordu qui avait imaginé ça.

Le colonel Jack O’Neill semblait déterminé à engager la conversation. Il répéta son identité, puis se lança dans… bah, c’était probablement destiné à le rassurer. Ce qui était sûr, c’était qu’il avait l’air de tenir à avoir son nom. Après tout, il ne risquait rien à lui dire.

— Vous pouvez m’appeler Harlock, lâcha-t-il en standard.

Le colonel haussa un sourcil interrogatif, puis eut une expression d’impuissance. Harlock avait guetté la plus petite lueur qui aurait pu signifier qu’il avait été reconnu, mais apparemment, l’information laissait le militaire de marbre.

Quelques minutes s’écoulèrent en silence. La femme médecin était sortie, et l’infirmier examinait le contenu de quelque éprouvette. O’Neill jouait distraitement avec un stylo. Il semblait attendre, sans que le capitaine puisse déterminer ce qu’il attendait exactement. En tout cas, quelles que soient ses intentions, il n’avait pas l’air de lui tenir rancune de sa blessure.

Harlock étudiait l’éventualité d’essayer de se faire comprendre avec le peu d’anglais oral qu’il maîtrisait, quand la femme revint, accompagnée d’un homme muni de béquilles. Le colonel s’empressa de proposer sa chaise à celui-ci. Harlock se demanda si cette prévenance était due aux béquilles ou au fait qu’il avait affaire à un officier plus gradé – impossible de savoir avec ces uniformes…

Le nouveau venu portait des lunettes, et aurait pu passer pour un professeur d’université s’il n’avait pas été vêtu du même treillis kaki que le colonel. Il ressemblait à un scientifique. C’était probablement le linguiste de la base.

La possibilité que cet homme-ci faisait partie d’une élite en contact avec l’extérieur s’évanouit lorsqu’il prit la parole. Il se présenta – Daniel Jackson – puis prononça quelques mots dans plusieurs langues qu’Harlock ne put identifier.

— Je suis désolé, dit le capitaine. Je ne connais pas tous les dialectes locaux de la galaxie… C’est pour ça qu’il existe une langue officielle commune, ajouta-t-il, plus pour lui-même que pour les deux hommes.

Malheureusement, que ce Jackson soit linguiste ne suffisait appa­remment pas. Il se lança dans une conversation avec O’Neill, trop rapidement pour que le capitaine puisse la suivre.

Zut. Ce n’est pas encore celui-là qui va pouvoir me fournir des explications.

Il n’avait plus qu’à se mettre à l’anglais.

Harlock attendit que les deux hommes aient fini.

— Je vous comprends… euh… seulement… si vous ne parlez pas trop vite, articula-t-il soigneusement.

Décidément, il préférait encore lire les notes de Tochiro.

Le colonel O’Neill se retourna vers lui.

— Dans ce cas, je propose qu’on reprenne tout du début… Dites-moi si je vais trop vite, ajouta-t-il avec un regard interrogatif.

Harlock acquiesça d’un signe de tête.

— Je m’appelle O’Neill, continua le colonel. Voici Daniel Jackson, et le docteur Janet Frasier, termina-t-il en montrant la femme.

— Harlock, répondit le capitaine.

O’Neill donna l’impression de ne pas savoir par où commencer.

— Alors… Harlock. Avant de vous poser quelques questions, je tiens à vous assurer que nos intentions ne sont pas hostiles. La Terre…

— La Tauri, corrigea Jackson.

— C’est ça, la Tauri, reprit le colonel. La Tauri s’oppose aux Goa’ulds et vous comprendrez que nous prenions les mesures de protection nécessaires pour tout nouvel arrivant.

Mais Harlock s’était arrêté à la première phrase.

— La Terre ?

— C’est comme ça que nous appelons notre planète, répondit Jackson. Les autres peuples de la galaxie connaissent davantage le nom de Tauri.

Le colonel continua son discours. Apparemment, ces gens étaient en guerre contre une race d’aliens qu’ils appelaient « Goa’uld », ce qui ne voulait absolument rien dire pour le capitaine. Mais bon, avec la barrière de la langue, il ne pouvait jurer de rien. Peut-être s’agissait-il d’extraterrestres communs ou, pour ce qu’il en savait, des habitants de la ville voisine. Non, ce qui l’embêtait le plus, c’était le nom que le colonel avait naturellement donné à sa planète.

La Terre ?

Il n’existait qu’une seule Terre dans toute la galaxie. Le berceau du genre humain. Présent dans les légendes de tous les mondes, même les plus reculés. Aucune autre planète ne portait ce nom. Et la Terre ne ressemblait pas à ça.

Harlock interrompit le colonel. La douleur était revenue, et le capitaine luttait contre l’inconscience. Mais il fallait qu’il sache.

— Parlez-moi… de votre planète, souffla-t-il.

Les deux hommes eurent l’air surpris.

— Que voulez-vous savoir ? interrogea O’Neill.

— Et bien… sa position dans la galaxie, sa taille… Enfin, tous ces détails d’ordre… euh… astronomique.

Tout devenait flou. Il lui était de plus en plus difficile de rester concentré. Ce serait tellement simple de se laisser aller, s’affranchir de la souffrance, partir… Avec effort, il revint aux paroles du colonel.

— La Terre, disait celui-ci, est la troisième planète de notre système solaire, qui en comporte neuf. Elle possède un satellite, que nous appelons la Lune, elle est recouverte aux trois quarts par des océans…

C’était impossible. O’Neill était effectivement en train de décrire la Terre – sa Terre.

— Les autres planètes… Comment s’appellent-elles ?

— Je ne vois pas trop à quoi cela va vous avancer… Il y a Mercure, Vénus, Mars, puis les géantes gazeuses…

— Non… C’est… ce n’est pas possible…

Les ténèbres gagnaient du terrain. Il avait encore une multitude de questions à poser, mais il se sentait à présent trop faible pour lutter davantage. La dernière chose qu’il vit avant de perdre conscience fut le docteur Frasier, qui écartait le colonel pour se rapprocher.

— Ça suffit ! Je vous avais prévenu qu’il ne serait peut-être pas en état de répondre !

Avec humeur, Janet Frasier s’interposa entre le colonel et le lit médical et se pencha sur le blessé.

— À partir de maintenant, continua-t-elle, interdiction formelle de s’approcher sans mon autorisation expresse ! Je serai particulière­ment attentive à ce que mon patient ne subisse aucune fatigue physique ni intellectuelle, et ce quelles que soient les questions que vous ayez à poser ! Ai-je été claire, colonel ?

O’Neill laissa passer l’orage sans se troubler. Il connaissait bien Janet, et savait qu’elle prenait très à cœur l’état de ses patients. Une qualité indéniable pour un médecin, mais qui parfois mettait ses nerfs à rude épreuve. C’était vrai que la patience n’était pas son fort. Il préférait l’action aux longs discours, et par-dessus tout il tenait à ce que les énigmes se résolvent rapidement.

— Très claire, répondit-il.

Il fallait qu’il laisse Carter traiter ce problème, elle adorait les énigmes. O’Neill caressa l’idée d’ordonner au major de s’occuper de tout démêler pendant qu’il partait à la pêche. Une petite semaine de vacances, loin de toute civilisation terrestre ou alien lui ferait le plus grand bien. Il était en train de passer en revue les avantages des différentes mouches qu’il possédait pour pêcher la truite, quand le docteur Frasier revint vers eux.

— Les dommages sont moins importants que je ne le craignais, annonça-t-elle. Ce qu’il lui faut à présent, c’est du repos.

— Quand pensez-vous que nous pourrons l’interroger de nouveau ? demanda prudemment O’Neill.

Il écarta résolument la perspective d’un congé. Il aimait la pêche, mais avait également horreur de laisser une affaire en plan. Et il était curieux, aussi.

— Je préférerais qu’il soit complètement remis, soupira Frasier, mais je suppose que ce serait trop demander.

— Je préférerais le réveiller tout de suite pour lui arracher des informations, répondit le colonel du tac au tac, mais je suppose qu’on peut trouver un compromis.

— Je promets de vous avertir dès que son état s’est suffisamment amélioré pour vous répondre, sourit Frasier.

— Il ne me reste plus qu’à rendre compte au général, fit O’Neill en se dirigeant vers la porte.

— Pas avant trois jours ! lui lança Janet une fois qu’il fut dans la coursive.

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