Stargate Arcadia : Toutes les étoiles par

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Crossover / Aventure / Action

5 Chapitre 2

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Chapitre 2

 

Le défilé des voitures à la sortie de Cheyenne Mountain était le meilleur indicateur de la fin d’une journée de travail.

Cinq niveaux plus bas, Sam Carter faisait une pause en attendant que l’ordinateur ait fini de digérer son programme. Ces derniers jours, elle avait récupéré minutieusement toutes les données possibles des consoles endommagées. Elle espérait maintenant obtenir des informations exploitables sur l’anomalie énergétique en compilant l’ensemble des fragments de chaîne de calcul que les capteurs de la porte des étoiles avaient envoyé aux consoles de contrôle avant de griller complètement.

Carter s’adossa à sa chaise en tapotant nerveusement le clavier. Elle était convaincue que n’importe quel résultat cohérent lui fournirait une mine de renseignements susceptibles de lui en apprendre plus sur le fonctionnement de la porte. Leur connaissance de la technologie propre à la porte était tellement minime. Les scientifiques du SG-C avaient déjà du mal à comprendre les bases de la technologie des Goa’ulds alors qu’eux-mêmes n’étaient que des utilisateurs du réseau de portes.

Les premières lignes de code s’affichaient sur son écran. Carter lança aussitôt une simulation à partir d’un autre terminal, afin de visualiser la synthèse des résultats.

Incroyable.

Son programme était conçu pour remettre en ordre les fragments, et combler les lacunes dues aux dommages subis. Elle avait été forcée d’introduire certaines hypothèses de base, en partant de la connaissance que les scientifiques terriens avaient accumulée sur la porte. La simulation aurait dû suivre les schémas habituels.

C’était loin d’être le cas : la décharge d’énergie avait été bien supérieure à ce qu’elle avait estimé en premier lieu. Et ce n’était assurément pas un phénomène naturel.

Carter enregistra rapidement son travail et contacta un de ses assistants. Il fallait impérativement que l’équipe de scientifiques du SG-C fasse des analyses plus poussées. Aucune des courbes qui venaient de s’afficher sur son écran ne ressemblait à une ouverture de vortex de routine. En tout cas, à la première lecture, les courbes ne faisaient que confirmer ce qu’elle avait déjà pu constater de ses propres yeux : il y avait bien eu deux vortex ouverts sur une même porte. C’était tout simplement impossible. Le réseau de portes possédait tout un tas de sécurités. Pourquoi y aurait-il eu un problème lors de cette traversée ?

Carter se plongea plus attentivement dans le détail des résultats. En particulier, le pic d’énergie l’intriguait. Il ne correspondait pas à ce que le programme de simulation assimilait au deuxième vortex. En fait, la décharge aurait eu lieu au moment de la première explosion et la deuxième ouverture, lors de la suivante. Si elle en croyait les chiffres, ce vortex surnuméraire ne serait que la conséquence de cette décharge, une réaction de la porte pour évacuer l’énergie. Mais tout ceci la ramenait toujours à la même question : qu’est-ce qui avait pu générer une quantité d’énergie si importante en une seule fois ?

D’une certaine manière, son programme lui permettait cepen­dant d’avancer sur un point : si cette hypothèse de deuxième vortex était juste, cela expliquait pourquoi aucun membre de SG-1 n’ait vu qui que ce soit se préparant à franchir la porte derrière eux sur P4X-48C. Leurs inconnus pouvaient très bien venir de n’importe où. Et surtout, elle pouvait maintenant affirmer qu’ils étaient plus que probablement liés au phénomène énergétique.

Elle avait assisté au compte-rendu du colonel, quelques jours plus tôt. Bon, la seule information qu’il avait retirée de sa conversation avec le blessé était son nom – et aussi le fait qu’il parle visiblement l’anglais avec difficulté. Mais elle avait discuté avec Janet dans la matinée et, si la femme était toujours dans le coma, ils allaient pouvoir interroger cet Harlock dès demain. Ce qui était une bonne nouvelle : ils avaient tous un certain nombre de questions à lui poser.

Sam se demandait surtout pourquoi il avait paru troublé de se trouver sur une planète nommée « Terre ». Il avait quand même bien dû entrer sa destination…

Carter stoppa la simulation. Son programme l’avait accaparée durant toute la journée. Elle méritait un casse-croûte avant de s’occuper de synthétiser toutes les données avec son équipe. Elle espérait présenter quelques pistes au colonel O’Neill avant qu’il ne reprenne l’interrogation. Ce serait à Daniel de s’occuper des questions culturelles, mais elle préférait pouvoir briefer le colonel sur le pic d’énergie. Si un peuple de cette galaxie était capable de créer ça, il fallait absolument conclure une alliance et étudier leur technologie.

Elle n’avait plus qu’à faire un résumé d’une compilation de données qui avait duré une bonne semaine suffisamment simplifié pour le colonel, mais toujours convaincant… Ce ne serait pas sa première nuit au département informatique du SG-C.

L’équipe de quart en salle de contrôle comptait les minutes la séparant de la relève. Un des soldats tentait de prendre des paris sur l’activité la plus marquante du quart, sans rencontrer beaucoup de succès. Depuis l’accident, près d’une semaine auparavant, la porte des étoiles n’avait pas refonctionné ; les équipes SG sur le terrain avaient dû suivre la procédure et se replier sur le site Alpha. En dépit des assurances du major Carter, l’installation semblait bien loin de retrouver sa pleine capacité opérationnelle. Des échafaudages entouraient l’anneau, et des boîtiers électroniques étaient ouverts un peu partout. La principale menace, une activation extérieure, paraissait plutôt improbable à l’équipe de garde.

Le soldat ne renonçait pas à parier, mais finit par admettre qu’aucun de ses collègues ne se risquerait à miser sur une attaque venant de la porte ce soir.

— Bon, les gars, qui parie sur la date de la prochaine ouverture de vortex ?

La question donna lieu à une discussion animée entre les soldats. Peu d’informations avaient filtré de l’état-major au sujet de l’accident, et les rumeurs allaient bon train parmi les hommes.

Tout à leur conversation, ils ne remarquèrent pas un des chevrons de la porte s’allumer. Il ne s’agissait pas d’une activa­tion ordinaire – pas d’enclenchement mécanique accompagné de la rotation habituelle de l’anneau – uniquement de l’illumination du symbole.

Ce ne fut que lorsque l’un des boîtiers électroniques se mit à grésiller que les soldats s’interrompirent et fixèrent la porte.

Trois des sept chevrons étaient activés.

— Bon sang, fit l’un des hommes, je croyais que ce truc était hors service !

Moins d’une minute plus tard, l’officier de garde – un lieutenant-colonel du service logistique – arrivait en salle de contrôle. Un seul technicien y était de quart, et il était pour l’instant en train de taper frénétiquement des lignes de code sur un clavier.

— Je n’y comprends rien ! Tout est débranché, la porte ne devrait pas être capable de s’activer… Le problème, mon colonel, ajouta-t-il à l’intention de l’officier, est que nous n’avons plus aucune commande sur la porte d’ici. Et par conséquent, aucun moyen de fermer l’iris…

— Passez la base en alerte rouge, fit celui-ci. Je préviens tout de suite le général.

La sonnerie stridente de l’alarme réveilla le docteur Jackson.

Où suis-je ?

Ah, oui. Le SG-C. Apparemment, il s’était endormi à son bureau alors qu’il travaillait sur une traduction particulièrement récalci­trante. Ces derniers jours, il avait été complètement absorbé par l’étude de la civilisation dont SG-1 avait exploré les ruines sur P4X-48C. Les films qu’il avait réussis à ramener de cette mission étaient vraiment fascinants : les symboles gravés sur les ruines n’étaient pas goa’ulds. Il s’agissait d’un dérivé de la langue des Anciens.

Ses premières ébauches de traduction faisaient état d’artefacts censés éloigner les… il n’était pas encore certain de la significa­tion du symbole complexe à cet endroit, mais ne pouvait s’empêcher de lui trouver une ressemblance avec un serpent. De là à supposer que cette planète recelait une arme contre les Goa’ulds…

Daniel jeta un coup d’œil à l’horloge. Trois heures du matin. Quel était le sadique qui déclenchait des alarmes à une heure pareille ? Ce ne pouvait pas être la porte, Sam lui avait confié au dîner de la veille les soucis que l’équipe scientifique rencontrait pour la remonter.

— Activation extérieure de la porte non programmée. Tout le personnel de renfort est demandé d’urgence en salle d’embarquement.

Comment avaient-ils fait pour la réparer pendant la nuit ? se demanda Daniel en attrapant ses béquilles pour se rendre en salle de contrôle. Sur le chemin, il se fit doubler par un groupe de soldats, armes au poing. Si les Goa’ulds avaient activé la porte, et qu’ils se rendaient comptent que l’iris de protection n’existait plus, l’archéologue ne donnait pas cher de leur peau.

Daniel arriva en salle de contrôle en un temps record compte tenu de son handicap. Sam était déjà là et discutait technique avec le personnel présent. Curieusement, aucun vortex n’était encore activé.

— Que se passe-t-il ? demanda Daniel. Je croyais qu’il y avait eu une activation de la porte.

— Elle est en cours, répondit Sam en faisant un signe de tête vers l’anneau en contrebas. Mais ce n’est pas… conventionnel.

En effet, cinq chevrons étaient illuminés, mais rien d’autre ne ressemblait à une activation. Le plus déroutant était de regarder cette porte s’allumer toute seule alors qu’elle était visiblement débranchée de toute source d’alimentation.

— Tous les enregistrements se recoupent, major, annonça l’un des techniciens. Les chevrons reçoivent un apport d’énergie extérieur.

— C’est impossible, répliqua Sam. Notre porte n’est pas raccordée aux générateurs. Elle ne devrait pas pouvoir recevoir d’informations d’une autre porte ! À moins qu’il ne s’agisse d’une source différente…

L’officier de garde était revenu du bureau du général, où il avait passé les dernières minutes à téléphoner à l’ensemble de l’état-major. Il avait l’air un peu perdu devant les explications de Sam.

— Je ne comprends pas, demanda-t-il. Comment peut-il y avoir une source extérieure si la porte n’est pas branchée ?

— Toutes les portes sont reliées entre elles et communiquent par un réseau subspatial, répondit le major. Je pense que même débranchée, notre porte reste connectée à ce réseau d’une manière ou d’une autre. Cependant la source d’énergie nécessaire pour activer l’anneau en passant par le subespace est bien supérieure à celle d’une porte ordinaire, où il ne s’agit que d’un échange d’informations.

L’officier se contenta de hocher la tête, bien que les explications de Sam n’aient pas paru l’éclairer davantage. Le sixième chevron était à présent activé, et tout le personnel essayait toujours frénétiquement de reprendre quelque contrôle sur la porte.

— Activation du septième chevron ! annonça un technicien.

Daniel s’attendait presque à voir un bataillon de Jaffas franchir la porte en faisant feu dès que le vortex se serait formé, mais rien de tel ne se passa. Des arcs lumineux se mirent à courir le long de l’anneau, quelques-uns s’enroulèrent autour de la rampe d’embarquement, d’autres frappèrent le matériel électronique alentours. La luminosité des chevrons oscilla puis faiblit sensiblement, et tout fut fini.

En salle de contrôle, plusieurs minutes s’écoulèrent avant que quelqu’un ne bouge. Daniel finit par lâcher un soupir. L’invasion de la Terre ne serait pas encore pour cette fois.

— Diffusez la fin de l’alerte, ordonna l’officier de garde. Major Carter, je compte sur vous pour le compte-rendu technique de ces événements.

Daniel resta encore quelques instants à observer le ballet de scientifiques qui s’affairaient, puis eut une pensée compatissante pour Sam. Assurément, elle risquait de devoir passer le reste de la nuit à analyser ce qui était arrivé.

Encore qu’il doutait que ce soit une corvée pour elle.

Un haut-parleur camouflé quelque part dans le plafond annonça la fin de l’alerte. Le bruit étouffé des klaxons de combat s’éteignit pour laisser place au bourdonnement léger des appareils médicaux en service. Harlock continua à fixer un point indéfini situé à peu près entre son lit et la sortie. Il avait été prêt de se lever lorsque l’alarme avait retenti, en partie parce qu’il en avait assez d’être couché, mais surtout parce qu’il était curieux d’en savoir plus sur cette base militaire étrange.

Depuis sa tentative d’évasion, et les quelques mots échangés avec le colonel O’Neill, il avait pris soin de rester le plus calme possible, afin d’en apprendre un maximum sur la base et la planète sans éveiller de soupçons. Et, de fait, les mesures de sécurité qui l’entouraient s’étaient un peu relâchées lorsque le personnel avait noté qu’il ne montrait aucun signe de s’enfuir. Il était à nouveau détaché, et il arrivait au garde en faction de s’absenter. Mais la plupart des conversations qu’il entendait étaient dénuées de sens. Ou alors, il lui manquait une information cruciale.

Harlock essaya de retrouver le sommeil, sans succès. Il se redressa sur un coude pour lire les chiffres de l’horloge posée sur le bureau, à l’autre bout de la pièce. 03:26. L’infirmerie ne s’animerait pas avant plusieurs heures.

Même si personne ne semblait décidé à reprendre un interrogatoire, le capitaine préférait encore leur forcer un peu la main plutôt que rester là à attendre qu’il se passe quelque chose. En particulier, il était curieux de savoir à quoi ces gens pensaient quand ils parlaient de porte des étoiles.

Toute l’activité de cette base avait l’air de graviter autour de l’activation d’une, ou plusieurs, « portes ». Des équipes franchissaient ces portes, dans les deux sens et à intervalles plus ou moins réguliers. Lui-même, s’il en croyait le colonel O’Neill et les infirmiers ou médecins qui lui avaient parlé, serait arrivé par une porte… Il supposait que Kei avait dû suivre le même chemin.

… Il ne lui restait donc qu’à trouver une porte. Il doutait qu’il s’agisse du morceau de métal qui sert à séparer deux pièces entre elles. Peut-être un astroport, ou un point d’embarquement vers une base orbitale… Aucune des hypothèses qu’il avait envisagées ne lui paraissait satisfaisante.

Pour couronner le tout, un infirmier lui avait confirmé pas plus tard que la veille qu’il se trouvait bien sur la planète Terre. Il avait même ajouté un luxe de détails qui interdisait toute confusion avec une planète jumelle située ailleurs dans la galaxie.

N’y tenant plus, Harlock rejeta les couvertures et se mit debout. Il fallait qu’il en ait le cœur net. D’autant plus que le garde avait disparu dès le début de l’alerte, probablement appelé en renfort dans un autre poste.

Les coursives étaient désertes et l’éclairage réduit. Harlock préféra quand même éviter l’ascenseur. Inutile de se faire reprendre tout de suite. Il retrouva facilement le conduit qu’il avait emprunté la dernière fois. D’après ce qu’il avait compris, les niveaux intéressants se trouvaient dessous. Il ne lui restait plus qu’à les explorer discrètement. Il allait bien finir par trouver des réponses.

Pour la troisième fois, Daniel étouffa un bâillement. Plus rien d’anormal ne semblait devoir arriver à la porte des étoiles cette nuit. Il hésitait entre retourner travailler sa traduction ou faire un petit somme en attendant que le jour se lève. Même si la deuxième option le tentait bien, il ne se faisait guère d’illusions sur sa faisabilité. Tout le personnel de la base avait été prévenu, le général Hammond était en route et Jack… il serait certainement de mauvaise humeur d’avoir été réveillé si tôt, mais il ne devrait pas tarder à arriver lui non plus.

Daniel étouffa un nouveau bâillement. Il n’était d’aucune utilité ici. Il n’avait rien compris à ce qui s’était passé et apparemment, les scientifiques allaient cogiter pendant un moment avant d’émettre la moindre hypothèse. Autant aller dormir.

Un téléphone sonna près de lui.

— Daniel Jackson.

Un infirmier paniqué se trouvait à l’autre bout du fil. À moitié endormi, Daniel essaya de remettre de l’ordre dans le flot de paroles. Des bribes de phrases telles que « croyais qu’il dormait » et « juste le temps de prendre un café » se frayèrent un chemin jusqu’à son esprit. Il eut d’un coup l’impression désagréable de prendre une douche glacée.

— Un instant, interrompit-il. Vous voulez dire que votre patient s’est encore sauvé ? Je croyais qu’il y avait un factionnaire en permanence à l’infirmerie ?

— Il est parti renforcer les équipes en salle d’embarquement lors de l’alerte, répondit l’infirmier. Mais je pensais… enfin…

Bon sang, il ne manquait plus que ça !

Daniel se sentait complètement réveillé à présent. Il prit le temps de rassurer l’infirmier en quelques mots – le pauvre voyait déjà sa carrière brisée – puis lui dit qu’il transmettrait l’information avant de raccrocher.

Daniel mit un moment avant de trouver l’officier de garde. L’activité en salle de contrôle était plus intense qu’en plein jour. Le fait que toutes les consoles soient démontées n’arrangeait pas l’impression de désordre ambiant. Une fois la nouvelle transmise, Daniel ne s’attarda pas. Il communiqua au passage qu’il serait dans son bureau en cas de besoin – ce qui n’atténua pas l’expression de décomposition de l’officier de garde, au contraire – et se hâta de gagner une zone plus calme.

Deux niveaux sous l’infirmerie, Harlock explorait un énième local technique. Pour l’instant, il n’avait rien trouvé de bien palpitant. Évidemment. Les locaux sensibles étaient sûrement verrouillés ou gardés. Ou les deux. Et comme il prenait soin d’éviter toute zone où il semblait y avoir un tant soit peu d’activité…

En revanche, il aurait apprécié tomber sur un vestiaire ou quelque chose du même genre. Il commençait à en avoir assez de se balader pieds nus et en pyjama. En plus, ce n’était pas tellement discret.

Le contenu du local suivant était plutôt incongru dans une base militaire. Le genre de matériel que le capitaine se serait attendu à trouver dans l’arrière-boutique d’un antiquaire, voire dans un musée. La pièce était remplie de classeurs, et des statuettes et autres objets d’origine inconnue (mais manifestement anciens) étaient entassés pèle-mêle sur des étagères. Le tout était vaguement poussiéreux.

Harlock passa dans la pièce à côté. L’endroit était un peu mieux rangé mais tout aussi insolite. Pourquoi donc un conservateur de musée viendrait-il travailler chez les militaires ?

Il se rapprocha du bureau. La montagne de notes qui jonchaient la table lui indiqua que l’occupant des lieux était en train de travailler à une traduction assez ardue. Les symboles qui étaient reproduits un peu partout lui étaient inconnus, mais en soulevant quelques feuilles, il trouva une plaque gravée au nom du propriétaire : Dr Daniel Jackson. C’était lui qui accompagnait le colonel O’Neill.

Après examen, il s’avéra que le docteur Jackson était parti sans éteindre son ordinateur. Et sans le verrouiller non plus. Harlock s’assit au bureau et pianota quelques lignes sur le clavier : hors de question qu’il laisse passer une aubaine pareille.

Voyons voir à quoi ressemble leur réseau informatique.

La programmation était relativement simple et ne différait pas beaucoup de ce qu’il connaissait. D’ici, il pouvait accéder à l’ensemble des ordinateurs de la base. Aucun des systèmes de sécuri­té n’égalait la complexité de ceux qui étaient utilisés sur l’Arcadia. C’était même assez étonnant qu’une base militaire ne soit pas mieux protégée.

Sans s’attarder davantage sur cette bizarrerie supplémentaire, le capitaine poursuivit sa navigation. Il venait de trouver un programme intitulé « système de contrôle de la porte des étoiles ». Cette partie du réseau était plus sécurisée que tout le reste, même si cela ne relevait pas encore du casse-tête informatique.

Quelqu’un ouvrit la porte du bureau. Daniel Jackson entra à cloche-pied dans la pièce, tenant ses béquilles d’une main et la poignée de la porte de l’autre. Il n’avait pas encore remarqué le capitaine, lequel songea à lui jeter une horrible statuette en forme de crocodile avant de s’enfuir… Ou à lui arracher ses béquilles.

Mmm. De toute façon, il ne pourrait pas aller très loin une fois que l’alerte serait donnée. Harlock décida donc de rester assis. Ce ne serait pas un conservateur de musée à béquilles qui allait lui faire peur.

Du coin de l’œil, il vit que son programme d’intrusion dans le système de contrôle de la porte avait abouti. Jackson avait l’air paralysé par la surprise. Harlock en profita pour taper de nouvelles lignes sur le clavier.

— Un instant, fit Jackson. Je croyais que vous ne compreniez pas l’anglais ?

Il allongea une béquille et l’écran de l’ordinateur s’éteignit.

— Je ne comprends pas quand vous parlez, répondit le capitaine. Mais je le lis très bien.

— Apparemment, vous avez fait des progrès depuis la dernière fois.

— J’apprends très vite.

Harlock donna une petite tape à l’écran, qui resta obstinément noir. Daniel Jackson souleva sa béquille et lui montra l’extrémité du cordon d’alimentation de l’ordinateur avec un sourire.

Ah. D’accord.

Jackson extirpa un téléphone d’une boîte derrière la statuette crocodile et composa un numéro, sans quitter Harlock des yeux.

— Ici Jackson. Ne cherchez plus, je l’ai trouvé… Oui, je suis à mon bureau… Très bien.

— Vous pensez que je vais attendre tranquillement que vos amis arrivent ? demanda le capitaine une fois que Jackson eut raccroché.

— Je préférerais, oui. Voyez-vous, je suis déjà blessé et je n’ai pas du tout envie que ça s’aggrave.

Harlock ne répondit rien. Lui non plus n’avait pas envie que la situation s’aggrave. Il allait mieux, mais pas au point de vouloir reprendre un coup de paralyseur.

— Par contre, continua Jackson, je suis prêt à discuter avec vous. Vous aviez certainement un but en venant jusqu’ici, et nous sommes prêts à vous aider dans la limite de nos capacités, bien sûr.

Voilà que ça le reprenait. Pourquoi pensaient-ils tous qu’il était venu ici volontairement ?

Bon, il tirerait ça au clair plus tard. Pour le moment, un détachement de soldats venait de faire irruption dans la pièce.

— Tout va bien, docteur Jackson ? demanda l’un d’entre eux.

— Parfaitement bien, sergent, répondit Jackson.

Le sergent se rapprocha du bureau, l’arme au poing.

— Il n’opposera pas de résistance, continua Jackson… N’est-ce pas ? ajouta-t-il avec un regard appuyé à Harlock, qui était toujours assis derrière le bureau.

— Je ne vois pas trop ce que je pourrais faire, grommela Harlock.

Il se laissa entraîner par les soldats. Il avait fini par admettre que personne dans cette base n’était déterminé à le torturer pour lui arracher des renseignements sur l’Arcadia ou l’une ou l’autre de ses bases de ravitaillement. Non, que ce soit Jackson, O’Neill ou même les médecins, tous semblaient le considérer comme un allié potentiel. Si seulement ils ne posaient pas des questions aussi stupides…

— Attendez ! fit-il avant de quitter le bureau.

Lui aussi avait des questions, mais l’une d’entre elles était plus importante que les autres.

— Où est Kei ?

— Je vous demande pardon ?

— La jeune femme qui était avec moi… Où est-elle ?

— Ah… Son état était plus préoccupant que le vôtre. Elle a été transférée dans un hôpital militaire mieux équipé que notre infirmerie… Je demanderai à ce que vous puissiez lui rendre visite, termina Jackson.

Harlock soutint le regard de Daniel Jackson pendant quelques secondes. Il avait l’air sincère.

— Doit-on le reconduire à l’infirmerie ou le mettre en cellule, docteur Jackson ? demanda le sergent.

— Et bien… Je suppose que le colonel O’Neill voudra l’interroger dès que la situation se sera un peu apaisée, répondit Jackson. En attendant, vous n’avez qu’à l’installer dans une des chambres du niveau vingt… Vous n’aurez qu’à laisser un de vos hommes devant la porte, ajouta-t-il. J’irai le voir dès que j’aurai pris un peu de repos.

— Très bien. Je rendrai compte au colonel dès qu’il arrivera.

Le sergent fit signe à ses hommes, et Harlock fut poussé dans la coursive. Les soldats l’escortèrent jusqu’à l’ascenseur. Ils croisèrent des groupes de soldats et de techniciens qui se hâtaient dans des directions variées. Harlock ignorait ce qui s’était passé exactement, mais la base avait l’air en effervescence.

Le groupe se sépara avant d’entrer dans l’ascenseur. Un seul soldat accompagna le sergent pour conduire Harlock aux niveaux supérieurs. Les trois hommes s’arrêtèrent devant une petite chambre, meublée au minimum, apparemment destinée à accueillir le personnel de passage. Le sergent fit rapidement le tour de la pièce avant de faire entrer Harlock. Il donna ensuite quelques consignes au soldat que le capitaine ne put entendre, puis les deux hommes ressortirent.

Le colonel O’Neill arriva au SG-C en même temps que le général Hammond. Un nombre non négligeable de scientifiques s’était rassemblé en salle de conférence afin de présenter leurs premières conclusions au général. O’Neill repéra Carter à l’autre bout de la pièce et tenta d’attirer son attention. Il aurait préféré être mis plus précisément au courant de la situation avant d’avoir à subir une suite d’exposés scientifiques tous plus assommants les uns que les autres. Mais le major était en train de mettre en ordre ses notes et ne semblait pas disposée à le rejoindre.

Alors qu’il s’apprêtait à prendre place, un sergent de la sécurité l’informa des événements qui avaient eu lieu en parallèle – à l’infirmerie. L’homme avait été rattrapé rapidement sans opposer de résistance, et placé sous surveillance dans une chambre d’invité du niveau vingt selon les ordres du docteur Jackson. Le colonel fit mine de ne pas remarquer le ton désapprobateur du sergent, qui aurait apparemment préféré que cet hôte trop remuant soit placé en cellule.

O’Neill hésita un instant. Son instinct lui disait qu’il apprendrait davantage en interrogeant cet Harlock qu’en restant en salle de conférence. D’un autre côté, la disponibilité de la porte le concernait directement…

Au diable le briefing ! Carter pourrait toujours lui faire un résumé des grandes lignes. O’Neill suivit le sergent dans la coursive.

— Prévenez le docteur Jackson que je m’occupe de l’interrogatoire, fit O’Neill. Il voudra certainement y assister.

— À vos ordres, mon colonel.

Le sergent s’éloigna aussitôt. O’Neill jeta un dernier coup d’œil dans la salle de conférence.

Personne n’avait l’air décidé à le poursuivre pour l’obliger à rester. Comme le diagramme animé qu’un assistant venait d’afficher sur l’écran ne lui évoquait rien sinon un commentaire du genre « c’est joli, toutes ces couleurs qui tournent », il tourna les talons sans regrets.

Harlock avait examiné la chambre minutieusement sans trouver la moindre issue. Il n’y avait pas de fenêtres – normal, pour une base souterraine – et la porte était fermée de l’extérieur. La serrure ne l’aurait pas arrêté plus de cinq minutes, mais il entendait un soldat faire les cent pas de l’autre côté. Sortir était une mauvaise idée.

La pièce était vide, à l’exception du lit et d’un bureau. Une salle de bain minuscule – et archaïque – était attenante et séparée du reste de la pièce par un simple rideau. Si cette chambre était destinée aux invités, ce n’était certainement pas pour les hôtes de marque.

Harlock avait ouvert les tiroirs du bureau – on ne savait jamais, l’occupant précédent avait pu oublier son fusil laser à l’intérieur – et vérifié la présence de micros ou de caméras – il y avait un machin, dans le coin, qui pouvait éventuellement correspondre à cette défini­tion. Finalement, il s’était allongé et pour l’heure était occupé à compter les fissures du plafond.

Une clé tourna dans la serrure. Le colonel O’Neill entra et s’assit sur la seule chaise de la pièce.

— Bonjour, lui dit-il. Je vois que vous êtes suffisamment remis pour vous permettre de quitter l’infirmerie au beau milieu de la nuit.

Harlock ne releva pas le sarcasme. Quelque chose lui disait que le colonel allait recommencer à parler de Goa’ulds et de portes, mais ce n’était pas sa préoccupation première. Mieux valait prendre les devants.

— Je souhaite voir Kei, demanda-t-il.

Le colonel leva un sourcil.

— La jeune femme, continua Harlock. Le docteur Jackson a dit que je pourrais la voir.

— Le docteur Jackson dit beaucoup de choses, répondit O’Neill. Ce n’est pas aussi simple.

— Il a dit que vous étiez prêts à nous aider, insista Harlock.

Autant juger le plus vite possible à quel point ces gens pouvaient être coopératifs. Le capitaine n’aimait pas du tout cette sensation d’incertitude qui pesait sur les événements en cours. Il préférait que les rôles soient définis clairement dès le départ. Qui combattre, et à qui faire confiance. C’était loin d’être évident ici.

— C’est exact, concéda le colonel. Mais j’espère qu’il a eu le bon sens d’ajouter « dans la mesure du possible ».

— Presque mot pour mot.

— Formidable. Il faut rester conscient que nos moyens technologiques ne valent pas ceux des Goa’ulds… Même si on arrive à leur causer pas mal d’ennuis.

Décidément, toute la culture locale semblait tourner autour de cette guerre contre les Goa’ulds. Il ne lui restait plus qu’à se renseigner avant que le colonel ne commence à évoquer le deuxième point culturel du coin – les « portes ».

— Je n’ai jamais entendu parler d’un peuple nommé « Goa’uld », déclara Harlock. Savez-vous s’ils sont connus sous un autre nom ?

— Ils se font passer pour des dieux, mais en réalité, ce sont des espèces de parasites qui réduisent les humains en esclavage, expliqua O’Neill. Leur système de gouvernement est de type féodal, ce qui veut dire que la plupart du temps, ils se battent entre eux – ou plutôt, ils se battent par l’intermédiaire de leurs armées de Jaffas. Mais globalement, ils contrôlent de nombreux systèmes et bénéficient ainsi d’un réseau de portes des étoiles très étendu.

Et voilà !

Daniel Jackson entra au moment où le colonel finissait son petit exposé.

— J’ai raté quelque chose d’important ? demanda Jackson.

— Non, pas vraiment, fit le colonel. Je présentais les Goa’ulds à notre invité… Ça vous rappelle des souvenirs ? continua-t-il en regardant Harlock.

— Rien du tout.

Un peuple alien qui régnait sur un empire de plusieurs systèmes ne devait pourtant pas passer inaperçu !

— Et je n’ai jamais entendu parler de portes des étoiles non plus, ajouta-t-il.

O’Neill et Jackson écarquillèrent les yeux.

— De Chaapa’aï, peut-être ? avança Jackson. Ou de cercle de pierre ?

— Un grand anneau, avec des symboles gravés dessus, dit O’Neill.

Harlock secoua la tête négativement.

— Comment avez-vous fait pour venir, alors ? demanda le colonel, perplexe.

— Je ne suis pas venu ici, répondit posément Harlock. C’est vous qui m’avez amené.

— On n’a rien fait ! protesta O’Neill. Je constate simplement que nous avons ouvert un vortex pour rentrer, et que vous êtes arrivés derrière nous.

— Comment ça, vous avez ouvert un vortex ?

— Ben oui, entre deux portes. C’est ainsi que nous voyageons de planète en planète.

O’Neill avait l’air d’énoncer des évidences, mais Harlock se sentait de plus en plus perdu.

— Et vous utilisez quel genre de vaisseau ? demanda-t-il en désespoir de cause.

— On n’en a pas besoin puisqu’il y a les portes, répondit O’Neill. S’il ne s’agit que d’un effectif réduit, c’est beaucoup plus rapide et moins coûteux en carburant de voyager par la porte des étoiles. Le trajet est presque instantané… Quelques secondes pour se rendre sur un autre monde.

— Montrez-moi.

— Quoi donc ? fit le colonel.

— Une porte. Je ne vois pas du tout ce que c’est… Vous dites qu’il y en a sur plusieurs planètes ?

— Sur la quasi-totalité des planètes de la galaxie, oui. Bien sûr, certaines portes ont été détruites ou ne sont plus accessibles, mais cela fait quand même des dizaines de milliers de planètes à explorer.

Harlock n’avait rien rencontré de tel sur aucune des planètes qu’il avait visitées. À sa connaissance, personne n’avait jamais utilisé de portes pour voyager dans la galaxie.

O’Neill consulta du regard le docteur Jackson. Celui-ci haussa les épaules.

— Bon, très bien, céda le colonel. Je vous emmène en salle de briefing. J’en profiterai pour vous présenter le général, s’il est disponible.

O’Neill se leva et Harlock lui emboîta le pas. Il était toujours en pyjama, mais n’osa pas le faire remarquer.

Le colonel avançait à grands pas dans la coursive, sans se soucier du docteur Jackson qui peinait à suivre le rythme. Finalement, O’Neill se retourna. Il eut une moue indéchiffrable en regardant Jackson, puis considéra Harlock de la tête aux pieds. Le capitaine soutint l’examen sans ciller, un sourire ironique aux lèvres.

— J’espère que votre général ne se formalisera pas si je me présente à lui pieds nus, fit Harlock. J’avais des bottes, dans le temps, mais je n’ai pas réussi à remettre la main dessus…

— Ça doit pouvoir s’arranger, sourit O’Neill. Vous aurez même le temps d’en essayer plusieurs paires avant que ce lambin arrive à destination.

— Je vais aussi vite que possible, Jack, protesta le docteur Jackson, l’air outré.

— Continuez sans nous, Daniel, répliqua O’Neill. On va faire un crochet par le salon d’habillement. Mettez le général au courant quand vous arriverez !

Harlock suivit le colonel, qui bifurqua dans un couloir annexe tandis que Jackson prenait le chemin de l’ascenseur. Il commençait à trouver l’homme plutôt sympathique. Un brin impulsif, peut-être…

Lorsque Daniel arriva en salle de briefing, il ne restait sur place que le vidéo projecteur et quelques gobelets de café. Il aperçut Sam en grande conversation avec le général, dans son bureau, et faillit faire un infarctus quand Teal’c surgit de nulle part près de lui.

— Daniel Jackson, fit le Jaffa. Le général Hammond souhaite s’entretenir avec l’ensemble de l’équipe SG-1.

— Quelle coïncidence ! répondit Daniel. Jack arrive justement pour le voir.

Son cœur battait la chamade. La fatigue, probablement… Il se rapprocha de la cafetière, mais les scientifiques l’avaient déjà vidée pendant le briefing. Il aurait dû s’en douter en voyant le nombre de gobelets abandonnés sur la table.

Teal’c s’était assis à sa place habituelle. Sam gesticulait toujours dans le bureau du général. Daniel se demandait s’il aurait le temps de prendre un petit déjeuner avant le soir. La journée promettait d’être longue.

Finalement, Hammond parut remarquer leur présence et interrompit Sam.

— Je pense qu’il serait préférable de continuer lorsque SG-1 sera au complet, déclara le général en sortant de son bureau. Le colonel O’Neill a-t-il été prévenu ?

— Il est en chemin, mon général, répondit Daniel. Mais…

— Oui ?

— Rapport au blessé… euh… Harlock. Il a demandé des explications au sujet de la porte, et le colonel l’amène ici.

— Le major Davis m’a informé qu’il avait quitté l’infirmerie au moment de l’alerte, soupira le général. Mais qu’aucun sabotage n’avait été reporté.

— Apparemment, il a profité de l’absence simultanée du garde et de l’infirmier pour jouer les filles de l’air. Je l’ai retrouvé chez moi… En revanche, ajouta Daniel à l’attention de Sam, je le soupçonne fortement de s’être introduit dans notre réseau informatique. Vous n’avez rien remarqué ?

— Non, répondit le major. Il n’a pas dû entrer dans les zones sécurisées. Mais je ferai quand même changer tous les codes par précaution.

Sam soupira à son tour. La journée allait être longue pour tout le monde.

O’Neill martyrisait un trombone en attendant que le préposé à l’habillement déniche une tenue à la bonne taille dans le fouillis de treillis entassés qu’un obscur bureaucrate avait pompeusement appelé « salon d’habillement ». Il essayait de trouver une raison logique à l’ignorance flagrante d’Harlock au sujet des portes des étoiles. C’était idiot… Si son peuple maîtrisait le voyage spatial, il avait forcément dû entendre parler des portes. Quant aux Goa’ulds… Ils avaient été présents dans toute la galaxie, et sur les mondes qu’ils avaient abandonnés, les légendes se transmettaient d’une génération à l’autre. Et que penser lorsqu’il avait prétendu avoir été amené sur Terre…

Évoquer la Terre ramena le colonel vers une autre question. Il se retourna vers Harlock, qui finissait de s’habiller.

— Au fait, fit-il, sur le ton de la conversation, pourquoi semblez-vous surpris de vous trouver sur Terre ?

— Ma planète s’appelle comme ça aussi.

O’Neill attendit que l’autre s’étende sur le sujet, mais apparemment, Harlock considérait qu’il en avait assez dit.

Je vois. Pas le genre bavard.

Le colonel sentait qu’Harlock ne lui faisait qu’à moitié confiance, sans qu’il puisse s’expliquer pourquoi. Il ne s’agissait pas d’une méfiance naturelle entre deux peuples. Non, O’Neill avait l’impression qu’il ne le croyait pas lorsqu’il parlait de la Terre.

— C’est tout à fait possible que deux planètes possèdent le même nom, supposa le colonel.

— Le même satellite aussi ? répondit Harlock, l’air dubitatif. Et le même système planétaire ?

O’Neill ne trouva pas de réponse satisfaisante. Les seuls Terriens qui utilisaient la porte des étoiles appartenaient au SG-C. Et Harlock n’avait pas l’air d’appartenir au cercle restreint de Terriens au courant des activités réelles de la base de Cheyenne Mountain.

— Le NID ne vous évoque rien de particulier, par hasard ? avança le colonel.

— Non.

— Euh… Vous ne faites pas non plus partie du programme russe d’exploration de la porte des étoiles ?

— Non plus. Je vous ai dit que j’ignore ce qu’est une porte des étoiles, répondit Harlock, agacé.

Bon, d’accord. Ne restait plus que l’amnésie, alors.

— Très bien, lâcha le colonel, peut-être que lorsque vous l’aurez vue, vous aurez davantage de choses à raconter.

Malgré tout, son intuition lui disait qu’Harlock ne mentait pas. Il ne connaissait l’existence ni de la porte des étoiles, ni des Goa’ulds. Il devait vraiment habiter une planète paumée. … Mais Carter aurait bien une explication scientifique pour démêler cet écheveau.

La pièce dans laquelle O’Neill invita Harlock à entrer était occupée par quatre personnes. Le capitaine connaissait déjà l’une d’entre elles : le docteur Jackson lui fit un bref sourire et fit mine de se lever.

— Restez assis, Daniel, lui intima O’Neill. Je ne tiens pas à ce que vous fassiez une rechute.

Une femme blonde était installée en face de lui, ainsi qu’un grand type musclé à la peau foncée. Humanoïde, mais certainement pas humain. Harlock ne savait pas dire pourquoi, mais la vue de cet homme le mettait mal à l’aise (et ce n’était pas à cause de son étrange tatouage frontal). Quant au troisième homme, il était chauve et ne portait pas le treillis dont tous les autres, y compris lui-même, étaient vêtus. Sa chemisette était ornée d’une barrette de décoration et les étoiles sur ses épaulettes laissaient présager d’un haut gradé. Ce fut d’ailleurs à lui que le colonel s’adressa.

— Je me suis permis d’amener notre… invité jusqu’ici, mon général. Il dit qu’il n’a jamais vu de porte. Je n’ai trouvé aucune objection à lui montrer.

— De toute façon, j’ai cru comprendre qu’il était nécessaire de mettre certaines choses au point, répliqua le général. Autant le faire maintenant puisque vous êtes là.

Le général se tourna vers Harlock.

— Je vous souhaite la bienvenue, au nom de la Terre, fit-il. Je suis le général Hammond, et je suis responsable de cette base.

— Je ne vous présente pas Daniel, vous vous connaissez déjà, renchérit O’Neill. Voici les autres membres du SG-1 : le major Samantha Carter et Teal’c. Et voici notre porte des étoiles, déclara-t-il, théâtral, en montrant la baie vitrée au fond de la salle.

Harlock s’avança. En contrebas se trouvait un immense anneau. Une porte des étoiles. Et il y aurait des trucs pareils sur toutes les planètes ?

— Alors ? demanda O’Neill.

— Alors, rien. C’est la première fois que je vois une de ces choses, et je vous assure que cet endroit n’était pas ma destination.

— Pour le voyage, j’ai une explication, interrompit Carter. Les analyses ont montré que nous avons bien eu deux vortex superposés lors de… l’incident avec la porte. La destination que vous avez entrée était peut-être différente, mais lorsque les deux vortex ont interféré, vous avez dû… bifurquer.

— Sauf que je ne me suis pas servi d’un engin comme celui-ci au départ, rétorqua Harlock.

— Toutes les portes ne ressemblent pas à ça, intervint Jackson. Les Tollans avaient construit leur propre version selon des lignes plus épurées.

— Le principe des portes des étoiles est de créer un puits gravitationnel entre deux portes, continua Carter. En tapant une série de sept symboles, on entre dans le système les coordonnées spatiales du point d’arrivée, ainsi que le point de départ.

— Et vous pensez m’impressionner avec ça ? répondit Harlock. Vous me décrivez les bases du voyage en dimension warp. Mais c’est complètement suicidaire de traverser un vortex sans protection.

— C’est sans danger, fit Carter, qui avait tout de même l’air interloquée. Nos corps subissent une déstructuration moléculaire à l’entrée du vortex et sont restructurés à la sortie. Quant au vortex lui-même, il est éphémère mais suffisamment puissant pour traverser les obstacles sans encombre. Même si la traversée d’une étoile est bloquée par les sécurités internes de la porte, elle peut se faire sans dommages pour le personnel.

— Mais l’étoile n’a pas survécu, lâcha O’Neill au passage.

Ah. Voilà qui expliquait le comportement de l’Arcadia en hyperespace. Ces anneaux généraient un vortex plus puissant que son vaisseau. Tochiro allait être jaloux.

Il laissa son regard dériver dans la salle de la porte. L’idée de voyager dans l’espace sans vaisseau spatial ne l’emballait guère. Il l’avait suffisamment parcouru dans tous les sens pour savoir que ce n’était pas un endroit très agréable à visiter sans scaphandre. Même en dimension warp.

Harlock revint à la salle de conférence. Une tâche colorée attira son attention.

L’emblème des États-Unis ?

— Et ça, c’est quoi ? demanda-t-il.

— Euh… ça n’a pas grand-chose à voir avec les voyages dans l’espace, répondit O’Neill. C’est notre pavillon national.

— Sans blague. Et moi, je suis le président des États-Unis.

— Je ne pense pas, non, rétorqua le colonel. Je l’ai déjà rencontré, et il ne vous ressemble pas. Il est plus vieux, aussi.

Cette conversation devenait complètement surréaliste.

— Il a dit ne pas connaître le NID, disait O’Neill au général. Et il n’a pas l’air russe.

— Je suis allemand, dit Harlock distraitement.

— Hein ?

— Je suis allemand, répéta Harlock. D’Heilligenstadt. Vous connaissez l’Allemagne ? Vous savez, en Europe ?

Les autres échangèrent des regards perplexes.

— Euh, oui… Mais vous, comment vous connaissez ? demanda O’Neill.

— Je suis là-bas.

Harlock avait le sentiment que la discussion tournait en rond.

Pourquoi avait-il l’impression qu’il était sur Terre ? Pourquoi avaient-ils l’air d’utiliser leur « porte des étoiles » sans savoir comment elle fonctionnait exactement ? Pourquoi croyaient-ils que les États-Unis existaient toujours ? Pourquoi les Illuminas n’avaient-ils pas encore débarqué, avec tout le temps qu’ils avaient eu ? Et pourquoi…

Le temps.

— En quelle année sommes-nous ? interrompit-il.

— Plaît-il ?

— L’année. Vous savez, le temps qu’il faut à la planète pour faire le tour du soleil…

— Merci, je ne suis pas stupide, bougonna O’Neill. On est en 2004. Le 21 mars. Et il est six heures et demie, précisa-t-il.

— Le vingt-et-unième siècle, fit Harlock.

— En effet, répondit O’Neill. Ça vous pose un problème ?

Ce n’était pas peu dire. Mais au moins, ça expliquait tout. Harlock savait les voyages temporels possibles. Il lui était même arrivé de faire des incursions dans le passé, plus ou moins loin, et plus ou moins volontairement, mais jamais sans son vaisseau.

Il se demanda brièvement comment Tochiro allait faire pour le récupérer cette fois-ci. Puis, l’éventualité de créer un paradoxe temporel en interférant avec cette époque l’effleura un instant.

Mais alors, juste un instant.

— À vrai dire, oui, répondit-il au colonel. Un problème d’environ neuf siècles.

— Expliquez-vous, demanda Carter.

— Je suis né sur Terre, fit-il. Cette planète… Mais plus tard.

— Vous voulez dire que vous venez du futur ? interrogea O’Neill.

— C’est ça, oui. De neuf siècles… Ce qui fait le trentième siècle, dit-il en regardant O’Neill.

Un ange passa. Tout le monde prenait le temps de digérer les informations reçues. Le colonel O’Neill avait l’air vexé.

— Pourriez-vous nous détailler ce qui s’est passé avant que vous n’arriviez ici, demanda finalement Carter. Nous avons enregistré des pics d’énergie incroyables lors de l’activation. Quelque chose qu’une porte ne peut pas générer.

— J’ai fait un saut en hyperespace qui a mal tourné, répondit Harlock. Nous étions en bordure d’une zone interdite… Maintenant, je sais pourquoi elles sont interdites, fit le capitaine pour lui-même. Je pense que le vaisseau a « croisé » votre puits gravitationnel en chemin.

— C’est ça ! s’exclama Carter. Votre vaisseau ne doit pas disposer des mêmes sécurités que les portes. Lorsque les deux couloirs se sont rencontrés, ils ont dû fusionner, ce qui explique l’apport anormal d’énergie et l’ouverture du deuxième vortex.

— Un instant, interrompit O’Neill. Si vous étiez dans un vaisseau spatial avant de croiser notre route, comment se fait-il que vous ne soyez pas arrivé avec lui ?

— C’est possible que le surplus d’énergie ait été trop important pour sa structure et qu’il ait été détruit, avança Carter.

— J’espère bien que non ! rétorqua Harlock. Je n’ai pas envie de rester ici toute ma vie.

Néanmoins, il était tout à fait conscient que le major Carter pouvait avoir raison. Il ignorait ce qui s’était passé après le passage du flux énergétique. Pour ce qu’il en savait, l’Arcadia n’avait pas résisté au choc, et Tochiro était éparpillé quelque part dans l’espace, entre la dimension warp et le trentième siècle.

Il préférait se persuader du contraire.

— Vous n’avez pas eu de… hum… tentative de contact inhabituelle depuis mon arrivée ? demanda-t-il. Je ne pense pas que cette « anomalie » de navigation ait suffit à détruire le vaisseau. Mon ami doit être en train de chercher à me rejoindre.

Et si ce n’était pas le cas, mieux valait s’accrocher à cet espoir le plus longtemps possible.

— Nous n’avons eu aucun contact par la porte des étoiles depuis que vous êtes là, répondit Carter. La décharge a endommagé le système et aucune activation n’est possible pour le moment.

— Dans ce cas, comment expliquez- vous ce qui s’est passé cette nuit, major Carter, fit Teal’c.

— Je ne l’explique pas. La porte est hors service. Théoriquement, elle ne peut pas recevoir d’informations extérieures. La seule hypothèse plausible est qu’il s’agissait d’un résidu de la décharge énergétique qui avait été conservé à l’intérieur de la porte à la manière d’un condensateur.

— À moins que nous nous trouvions face à une tentative de contact de nos amis du trentième siècle, déclara Jackson.

— Si bien sûr vous êtes capables d’ouvrir un vortex avec une porte défectueuse à l’autre bout, fit O’Neill.

— Personnellement, non, répondit Harlock. Ce n’est pas moi l’ingénieur à bord… Mais ça doit être possible sans trop de difficultés, continua-t-il en se remémorant les ressources de Tochiro dans ce domaine.

Harlock revint vers la baie vitrée et contempla pensivement la porte des étoiles. Le grand anneau était disposé au milieu d’une vaste salle située au cœur de la base militaire souterraine. Le capitaine essaya de s’imaginer l’Arcadia franchissant un vortex à cet endroit…

— En revanche, avoua-t-il en se retournant vers le général, il risque d’y avoir un problème si mon ami trouve le moyen de traverser votre porte avec notre vaisseau…

— Je comprends, répondit le général. Il serait regrettable que votre appareil s’écrase à son arrivée.

— Oh, je ne me fais pas trop de souci à ce sujet, fit Harlock en haussant les épaules. En fait, je m’inquiète surtout pour votre base. Si ce vaisseau arrive par ici et se fraye un chemin vers la surface, il ne va pas rester grand-chose de vos installations.

— Vous semblez avoir une confiance excessive en la solidité de votre appareil, dit soudain O’Neill, sarcastique. Il y a quand même toute une montagne au-dessus de nous.

— Et alors ? C’est juste des cailloux. Je ne vois pas où est le problème.

— Euh… les renforts blindés entre les niveaux ? Le matériel ultra sophistiqué ? Les gens qui travaillent ici ?

— Ben quoi, je vous ai prévenus ! Vous n’avez plus qu’à évacuer.

— Et quoi encore ? Vous trouvez que vous êtes en position de nous dicter vos conditions ?

Le colonel semblait prêt à rajouter encore quelque chose, mais Hammond lui fit signe de cesser.

— Nous devrions pouvoir remédier à cela plus simplement, déclara-t-il. Major Carter !

— Mon général ?

— Préparez-vous à transférer la porte vers la zone 51. Je m’occupe des autorisations nécessaires… C’est une zone militaire située en plein désert, expliqua le général à Harlock. Cela devrait limiter les dégâts.

— Nous courons le risque d’avoir des témoins non autorisés, intervint Jackson. Il y a toujours des cinglés qui campent en bordure de la zone 51 dans l’espoir d’apercevoir des ovnis.

Hammond balaya l’objection d’un geste.

— On s’occupera de ça plus tard.

— Dois-je comprendre que le Terrien lambda n’est pas au courant de l’existence d’extraterrestres ? demanda Harlock.

— Le programme « porte des étoiles » reste classé secret défense pour le moment, répondit O’Neill. Nous ne voulons pas d’une panique générale si le monde apprend que nous sommes sous la menace permanente d’une invasion alien.

— Ben voyons. Et vous êtes la seule ligne de défense terrienne contre les hordes de… comment les appelez-vous déjà ?… les Goa’ulds ?

— Les hordes de Jaffas, corrigea O’Neill. Les Goa’ulds ne sont pas si nombreux. Vous n’avez pas appris ça à l’école ? En cours d’histoire ?

— Ça ne m’a pas marqué. Mais je n’étais pas très intéressé par l’étude des âges archaïques.

— Eh ! Nous ne sommes pas si arriérés ! protesta le colonel.

— Ça ne m’a pas marqué non plus, lui renvoya Harlock.

Les deux hommes se jaugèrent du regard. Harlock retint un sourire. Visiblement, O’Neill cherchait une réplique bien sentie pour reprendre l’avantage de cette joute verbale.

— Colonel ! interrompit Hammond. Vous vous chargerez avec Teal’c de conduire Harlock jusqu’en zone 51. Et vous, jeune homme, fit-il à Harlock, cessez de provoquer le colonel. Je compte sur vous pour nous donner toute information qui nous permettrait de contacter le trentième siècle.

— Et moi, je fais quoi ? demanda Jackson.

— Vous restez au SG-C, docteur, répondit le général. Je vous rappelle que vous avez des ruines de civilisations à étudier. Vous ne m’avez pas dit que vous étiez sur le point de traduire un passage crucial des tablettes gravées que vous avez filmées sur P4X-48C ?

Le général se leva, aussitôt imité par tous ceux qui n’étaient pas déjà debout.

— Messieurs, cela va sans dire que la remise en état de la porte est notre priorité absolue. Il faut rétablir le contact avec le site Alpha et récupérer nos équipes encore sur le terrain avant toute expérimentation de voyage temporel.

Hammond les laissa sur ces mots pour retourner dans son bureau. Daniel Jackson s’étira en baillant.

— Pour l’instant, ma priorité absolue est de trouver un café, déclara-t-il en se dirigeant vers la porte.

— J’en prendrai un aussi, fit Carter en le suivant dans la coursive. Pourriez-vous me l’apporter en salle d’embarquement ? Je vais commencer à superviser le démontage de la porte.

Harlock resta face à la baie vitrée. Il pensait à Kei. Ils avaient eu de la chance. Le vortex généré par la porte les avait littéralement fait passer à travers les parois de l’Arcadia. Il se demandait comment il avait fait pour rester entier.

— Café ? fit le colonel.

— Hmm ?

— Je vous offre un café, répéta O’Neill. À moins que vous ne vouliez assister au spectacle fascinant d’un anneau métallique sortant par le plafond.

— Absolument pas, répondit Harlock. Je veux bien votre café.

O’Neill l’emmena jusqu’au mess. Quelques tables étaient occupées, mais l’endroit était encore calme. Teal’c s’installa avec eux.

— Vous voulez manger un morceau ? interrogea O’Neill qui revenait avec un plateau et trois tasses.

— Ça ira, fit Harlock.

Le café n’avait pas le même goût qu’à son époque. Il devait être fait avec des vrais caféiers et non avec ces plantes mutantes qui poussaient partout.

Le capitaine regarda Teal’c tout en sirotant sa tasse. Celui-ci l’observait silencieusement, l’air imperturbable.

— Vous n’êtes pas humain, n’est-ce pas ? finit par demander Harlock.

— En effet.

— Teal’c est un Jaffa, précisa O’Neill.

— Je suis loyal à la Tauri, continua Teal’c. Par mon combat, j’ai l’espoir qu’un jour, tous mes frères qui sont encore les esclaves des faux dieux seront libres.

— Je vois.

Combattre pour la liberté contre un ennemi plus puissant. Harlock ne put s’empêcher de ressentir une certaine affinité avec ce Jaffa.

— Est-ce que dans le futur, les Jaffas ont gagné leur liberté ? voulut savoir Teal’c.

— Je… ne pense pas qu’il soit judicieux de vous donner des informations sur votre futur, répondit Harlock, embarrassé.

Il ne connaissait aucun Jaffa vivant au trentième siècle. Aucun Goa’uld non plus. Ils avaient dû s’entretuer avant. Une chance. Il y avait déjà suffisamment à faire avec les aliens hostiles du trentième siècle. Harlock espéra qu’O’Neill et Teal’c prendraient son hésitation pour un souci de ne pas causer de paradoxes temporels. Il préférait éviter d’évoquer son époque autant que possible. Inutile que ces militaires apprennent la nature de ses activités. Ils s’en rendraient compte suffisamment tôt, lorsque l’Arcadia arriverait. Si elle arrivait, bien sûr.

Harlock chassa les pensées pessimistes qui tentaient de s’imposer. Autant changer de sujet avant qu’ils insistent.

— Si vous me faites quitter cette base pour une autre, demanda-t-il au colonel, pourra-t-on faire un crochet par l’hôpital ? … Pour voir Kei.

— Ça ne devrait pas poser de problème. Nous aurons bien le temps d’aller lui rendre visite. Le déménagement de toute l’installation risque de prendre un jour ou deux.

Le colonel se resservit une tasse de café.

— En espérant que vos amis ne tentent pas de passer avant que tout soit remonté, finit-il.

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