Stargate Arcadia : Toutes les étoiles par

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Crossover / Aventure / Action

6 Chapitre 3

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Chapitre 3

 

L’Arcadia s’était réfugiée dans une ceinture d’astéroïdes, en bordure d’un système à quelques parsecs de son point de sortie d’hyperespace. Le vaisseau pirate avait retrouvé sa pleine capacité opérationnelle quelques heures à peine après son voyage désastreux en dimension warp. Tochiro avait piloté l’Arcadia jusqu’à une orbite sûre, au cœur de la ceinture d’astéroïdes. Avec le dispositif de camouflage et les planétoïdes qui brouillaient les radars, aucun Illuminas ne les trouverait.

Il surveillait quand même attentivement les deux vaisseaux ennemis qui finissaient leur patrouille dans la zone.

— Ils s’éloignent, fit l’opérateur radar.

— Je n’ai capté aucune transmission en partance des vaisseaux Illuminas qui indiquerait qu’on ait été repéré, annonça Mimee depuis la console d’interception électronique.

— Parfait, déclara Tochiro. Fin de l’alerte.

— Est-ce qu’on va tenter à nouveau de passer en hyperespace ? demanda l’opérateur.

Tochiro nota l’infime trace d’angoisse dans le ton que l’homme avait employé. Bah, il ne pouvait pas lui en vouloir. Amorcer un saut warp dans cette zone leur laissait autant de chances de survie que tenter de jongler avec des grenades à plasma.

— Pas tout de suite, répondit Tochiro. Je dois finir les analyses de notre saut précédent.

Il avait étudié les enregistrements de l’accident et était parvenu à reconstituer plus ou moins les événements. Aussi bizarre que cela puisse paraître, pendant le court laps de temps où elle s’était trouvée en dimension warp, l’Arcadia avait croisé et percuté un autre appareil qui utilisait le même mode de navigation. La poisse. Une chance sur un million de rencontrer quelqu’un, et il avait fallu que ça tombe sur eux… Les zones interdites devaient être plus propices aux collisions.

Son seul souci était qu’il n’arrivait pas à déterminer précisément le type d’appareil auquel ils avaient eu affaire. Ses senseurs lui indiquaient obstinément une masse transportée inférieure à cinq cents kilos. Bien trop léger pour un vaisseau capable de naviguer en hyperespace…

Il avait enregistré le point de sortie de l’autre appareil, et essayé de le suivre avec l’Arcadia, mais au moment du saut, l’ordinateur de navigation lui avait répondu « données erronées ». Malgré tous ses efforts, il n’avait pu passer outre les sécurités du vaisseau, et le système warp du bord n’avait pas pu créer de vortex suffisamment stable pour sauter.

Enfin… Il espérait que le capitaine et Kei étaient en un seul morceau. Ils avaient manifestement été « aspirés » par le deuxième couloir de navigation – une erreur d’aiguillage, en quelque sorte. Mais il ne savait pas quels pouvaient en être les effets sur des corps humains.

Le professeur s’aperçut qu’il venait de faire défiler plusieurs pages de données sans vraiment les regarder. Il revint en arrière en se morigénant. Plus vite il aurait trouvé un moyen de contourner les sécurités qui avaient empêché le saut, plus vite il pourrait porter secours au capitaine.

— Vous pensez qu’on va retrouver le capitaine, professeur ? demanda le mousse du bord, Tadashi.

Tochiro ferma les yeux. Il aurait préféré travailler tranquillement chez lui, ou au moins à un endroit où il ne serait pas dérangé toutes les cinq minutes, mais en l’absence du capitaine, c’était lui qui assurait l’intérim. Même s’il quittait la passerelle, il avait neuf chances sur dix de se faire diffuser avant d’avoir pu commencer quoi que ce soit. Incroyable le nombre de questions que l’équipage pouvait avoir à poser au capitaine.

Il aimait le travail en solitaire, sans contraintes. Avec ses nouvelles responsabilités, c’était impossible de s’enfermer pendant une journée pour résoudre un problème particulièrement ardu. Il était pourtant certain qu’Harlock arrivait à le faire, lui.

Vivement qu’il revienne. J’ai horreur de ça.

— Professeur ? insista Tadashi.

— Aucune chance si je suis interrompu sans arrêt, répondit-il un peu sèchement.

Il était sûr qu’Harlock n’avait pas non plus à répondre à autant de questions. Décidément, le commandement n’était pas fait pour lui. Ça lui mettait les nerfs en pelote.

Tadashi fit une moue boudeuse, puis se défoula sur Tori-san. L’oiseau se percha sur le fauteuil du capitaine et protesta avec des cris perçants.

— Bon sang ! cria Tochiro. Vous ne pouvez pas arrêter ne serait-ce qu’une minute ? J’ai besoin de calme pour faire mes calculs !

— Mais, professeur, c’est pas ma faute, se défendit Tadashi. C’est cet oiseau stupide…

— Je ne veux pas le savoir ! Déguerpis de cette passerelle !

Des nerfs d’acier, voilà ce qu’il fallait.

Le personnel de quart plongea son nez dans ses consoles. Le calme, enfin. Tochiro se replongea dans ses calculs. Il fallait qu’il termine avant le lendemain. Si les Illuminas se tenaient tranquilles, il programmerait un saut en milieu de journée.

Un ha’tak finissait sa manœuvre d’atterrissage à proximité des ruines de P4X-48C. L’imposant vaisseau pyramidal enflamma une bonne partie de la forêt en enclenchant ses rétrofusées, mais le pilote, un Jaffa, n’en avait cure. Il transpirait à grosses gouttes tandis qu’il s’efforçait de poser le vaisseau le plus délicatement possible.

— La manœuvre est terminée, seigneur Ba’al, annonça-t-il enfin, se tournant vers le fauteuil de commandement plongé dans l’ombre.

— Parfait, répondit son occupant avec la voix caractéristique des Goa’ulds. Mel’tek !

— Mon seigneur ?

La silhouette qui s’avança possédait les signes distinctifs du primat. Le Jaffa se mit au garde à vous, dans l’attente des ordres.

— Envoyez des patrouilles à proximité du Chaapa’aï, mais hors de vue, déclara Ba’al. Si les Tauris passent la porte, je veux en être averti immédiatement.

— Bien, mon seigneur. Dois-je faire ouvrir le feu sur eux ?

— Non. Ils ne doivent pas se douter de votre présence. C’était une erreur que de les attaquer lors de leur première visite.

Le Jaffa déglutit. Il n’avait obtenu ce poste que très récemment, après l’exécution de son prédécesseur par Ba’al lui-même. Leur seigneur n’avait pas apprécié les choix stratégiques du primat, qui avait lancé toutes les forces Jaffas stationnées sur cette planète dans l’espoir de capturer les Tauris – qui plus est l’équipe SG-1. Présenter des prisonniers tels que le colonel O’Neill ou le shol’va Teal’c l’aurait couvert d’honneurs… Mauvais calcul.

Mel’tek chassa ces pensées et salua raidement son maître, qui le congédia d’un geste. Le Jaffa s’empressa de transmettre les ordres à ses lieutenants. Il contrôlerait la mise en place des patrouilles en personne dans la soirée.

Ailleurs dans l’espace, une sonde transmettait ses observations au vaisseau asgard de Thor, à plusieurs milliers d’années-lumière de là. Le petit homme gris assimilait le compte-rendu sans effort, connecté à l’interface de son ordinateur. Il était soucieux. O’Neill de la Terre l’avait contacté récemment pour lui faire part d’un problème non conforme survenu sur la porte des étoiles terrienne. Il avait dissimulé à O’Neill son inquiétude, mais doutait que l’humain ait été dupe.

Le phénomène n’avait rien de naturel mais, malgré ses recherches, la technologie asgard ne disposait pas des compétences nécessaires pour le reproduire à l’identique. Il avait cependant acquis la certitude qu’il ne s’agissait pas d’une démonstration d’hostilité. Tout au plus d’une manifestation énergétique hyperspatiale, qui se serait répercutée jusqu’à la porte des étoiles par le vortex. D’une puissance impossible à générer avec le matériel asgard.

Thor programma une nouvelle trajectoire pour son vaisseau. Il allait se rapprocher de la Terre, tant pis pour la campagne d’observations astronomiques des scientifiques asgards. Le conseil comprendrait aisément la nécessité de se tenir au courant des activités terriennes en ce moment. Les humains étaient toujours à la recherche de nouvelles technologies. S’ils entraient en contact avec les auteurs de cette explosion d’énergie, ils trouveraient le moyen de conclure un accord profitable pour eux. Et Thor savait que ses compatriotes préféraient que la Terre n’acquière pas une technologie trop avancée trop vite.

— Ne la brusquez pas. Elle sort à peine du coma, et elle est encore très faible. Vous ne pourrez rester que quelques minutes… Je viendrai vous chercher.

Le médecin quitta silencieusement la pièce. Harlock s’avança vers le lit. Le colonel O’Neill et Teal’c se placèrent en retrait, à proximité de la fenêtre. Malgré le soleil éclatant qui régnait dehors, la chambre restait froide et grise. Et la jeune femme sur le lit était aussi pâle que les draps.

— Kei ?

L’hôpital était situé en bordure d’une grande ville, que le capitaine avait traversée en voiture. Une ville animée. Insouciante. Ignorante de son futur.

— Kei…

La jeune femme remua faiblement. Elle était entourée d’appareils médicaux qui avaient l’air plus sophistiqués que ceux du SG-C.

— Capitaine ?

— Je suis là…

— Où sommes-nous ?… Je ne reconnais pas cet endroit… Je ne comprends pas ce qu’ils me disent…

— Tout va bien…

Harlock regarda furtivement O’Neill. Le colonel s’intéressait aux motifs du papier peint avec une concentration trop intense pour être honnête. Tout ce qu’Harlock allait dire était probable­ment enregistré pour être disséqué par des experts.

Mais bon, quelle importance de toute façon, puisqu’ils ne parlaient pas la même langue.

— Il semblerait que nous ayons fait un voyage temporel non programmé, dit-il à Kei. Apparemment, on est revenu sur Terre au début du vingt-et-unième siècle… Les autochtones ont l’air coopératif pour le moment, ajouta-il avec un sourire.

Kei saisit sa main. Le capitaine soupira. Il retint la réaction qui était devenue presque un réflexe dans ce genre de situation et répondit à la pression des doigts de la jeune femme. Il pouvait imaginer la souffrance que Kei ressentait. Blessée, entourée d’inconnus et branchée à des appareils barbares. Ils se regardèrent intensément pendant quelques secondes, puis Kei laissa échapper un gémissement de douleur.

— L’Arcadia ? demanda-t-elle dans un souffle.

— Elle va bientôt arriver, mentit Harlock.

Kei ferma les yeux. Un spasme de douleur tordit un instant ses traits. Harlock sentit qu’elle s’accrochait plus fermement à son poignet.

— Je ne veux pas… rester ici.

— C’est ce qu’il y a de mieux pour toi. Ils vont te soigner… Tu vas guérir.

Enfin… Il l’espérait. Une main se posa sur son épaule.

— Je pense que c’est suffisant. Elle a besoin de repos maintenant. Ne vous en faites pas pour elle, elle est hors de danger.

Le médecin tourna vers lui un des écrans des appareils qui entouraient le lit, l’air préoccupé. O’Neill fit un pas vers la porte et un signe de tête à l’intention d’Harlock.

— On va y aller, fit-il.

— J’arrive, acquiesça le capitaine.

Il repoussa gentiment la main de Kei, qui n’avait pas lâché prise bien qu’elle eut perdu conscience. Après un dernier regard, il suivit le colonel dans le couloir, où Teal’c les attendait déjà.

— Satisfait ? lui demanda O’Neill, alors qu’ils rejoignaient la voiture.

— Ce serait mieux si vous n’utilisiez pas ce matériel rétrograde, répondit Harlock.

— Allons, vous avez entendu le docteur ! Elle va s’en tirer…Votre petite amie sera bientôt sur pied !

— Ce n’est pas ma petite amie, fit Harlock, boudeur. C’est mon opérateur radar.

Le colonel eut une expression indéfinissable, mais n’ajouta rien. Le trajet en voiture fut silencieux jusqu’au retour à la base de Cheyenne Mountain.

L’anneau se dressait sur un vaste espace dégagé, à proximité des bâtiments de la zone 51. Carter espérait seulement qu’il était suffi­samment masqué par les hangars pour ne pas être vu par un civil armé d’un télescope, posté à l’extérieur de la zone.

— Toutes les consoles sont branchées, major, lui annonça Walter depuis la tente où ils avaient installé l’essentiel du matériel de la salle de contrôle. Nous attendons votre feu vert pour faire un essai.

— Tenez-vous prêt à entrer les coordonnées du site Alpha. Nous lancerons la procédure dès que j’aurai obtenu les rapports des patrouilles.

Par mesure de sécurité et pour minimiser les risques d’interférences avec des observateurs non autorisés, des patrouilles terrestres et aériennes quadrillaient les alentours. Le responsable vint bientôt avertir Carter que la situation était claire.

— Allez-y, sergent, fit-elle.

Pourvu que tous les circuits aient résisté au traitement qu’ils leur avaient fait subir. Les équipes de maintenance avaient réalisé un travail de vérification minutieux en un temps record, mais Carter savait que l’ensemble des circuits n’avait pas été testé. Sans compter les mécanismes internes à la porte, qui leur étaient inconnus.

— Initialisation de la séquence, déclara le sergent dans un micro. Évacuation du personnel à proximité de la porte des étoiles.

L’anneau entama sa rotation. Sam rejoignit la console de contrôle pour superviser le bon déroulement de l’opération par-dessus l’épaule de Walter.

— Chevron un, enclenché.

Tous les voyants étaient au vert. Carter envisagea plusieurs scénarios catastrophes, allant de l’emballement de la porte non maîtrisé à l’explosion inopinée et dévastatrice, mais les chevrons continuèrent de s’enclencher sans accroc. L’attitude des scientifiques alentours se détendit sensiblement.

— … Chevron sept, enclenché !

Le tourbillon habituel se forma à l’intérieur de l’anneau, mais ne se stabilisa pas en la surface d’apparence vaguement aqueuse qui indiquait que le vortex était prêt à transporter des passagers. Au contraire, il continua d’osciller de part et d’autre de l’anneau.

Carter écarta violemment le sergent et se pencha sur les relevés de l’écran.

— Que se passe-t-il, major ? demanda une voix derrière elle.

Le général Hammond, accompagné du commandant de la zone 51 – un certain Fields –, approchait à grands pas.

— Le vortex ne se stabilise pas, mon général, répondit la scientifique. Impossible d’établir la connexion avec le site Alpha.

— Avez-vous déterminé les causes de cette avarie ? fit Hammond.

— Malheureusement, je pense qu’il s’agit d’un problème au niveau des composants de la porte.

— Que voulez-vous dire ?

— Avec tout ce qui s’est passé, je crains que la porte n’ait été endommagée à l’intérieur de sa structure.

Sur l’aire où était installée la porte, le vortex éructa une dernière fois, puis s’immobilisa.

— Vortex stabilisé, major, annonça Walter.

— Avez-vous un contact radio avec le site Alpha ? interrogea aussitôt le général.

— Négatif, mon général. Je vais effectuer un balayage de toutes les fréquences utilisées.

— Ce silence ne présage rien de bon, dit Hammond, l’air soucieux.

— Vous pensez à une attaque ? demanda le commandant Fields.

— Nous ne pourrons pas être sûrs tant que nous ne serons pas allés voir, répondit Hammond. Sergent ?

— Toujours rien, mon général.

Hammond se tourna vers Carter, occupée à rassembler les données de l’ouverture sur l’ordinateur voisin de la console de contrôle.

— Envoyez un module de reconnaissance, major, ordonna Hammond. Et qu’une équipe se tienne prête à franchir la porte pour rejoindre le site Alpha.

— Attendez mon général, répondit Carter. Il y a quelque chose qui cloche.

Le général haussa un sourcil et se rapprocha du fauteuil de Carter.

— Regardez, fit-elle. La trajectoire du vortex n’est pas cohérente avec les coordonnées que nous avons entrées.

— Vous voulez dire que vous avez ouvert un vortex sur une autre porte que le site Alpha ? demanda Hammond.

— En effet. J’essaie de déterminer précisément sur quelle planète nous avons atterri.

Le programme informatique de localisation produisit une série de symboles. Sam les observa un instant, puis relança le système. Après quelques secondes, l’écran afficha le même résultat.

— Alors, major ? s’impatienta Hammond.

— C’est… ce sont les coordonnées de P4X-48C, répondit-elle, abasourdie.

— Je croyais que vous deviez m’emmener dans une autre base ! s’emportait Harlock. Et on est toujours sous cette montagne !

— Du calme, mon garçon, répondit O’Neill. Nous sommes reve­nus ici, parce que la zone 51 est trop loin pour s’y rendre en voiture. Et, par un heureux concours de circonstances, nous disposons au SG-C d’un hélicoptère en parfait état de marche.

— Quand partons-nous ?

— Je sens comme une pointe d’impatience dans votre voix, fit le colonel. Vous n’appréciez pas notre hospitalité ?

Harlock lança au colonel un regard noir. Celui-ci lui fit un grand sourire.

— À propos… Qui est cette « Arcadia » ? demanda-t-il innocemment.

— Tiens, vous me comprenez, maintenant ?

— Si vous parlez du charabia que vous avez utilisé avec votre amie, alors non. Mais je suis capable de reconnaître un nom propre s’il est pris isolément.

— C’est le nom de mon vaisseau, répondit Harlock avant de se rendre compte qu’il faisait une erreur.

— Votre vaisseau ?

Le colonel eut un regard entendu avec Teal’c.

— Il me semblait bien que cette charmante demoiselle vous avait appelé « capitaine ».

Harlock haussa les épaules, puis baissa le nez et contempla ses pieds. Le colonel n’était pas homme à être sous-estimé. En tout cas, sa stratégie pour obtenir des informations était des plus efficaces. Il avait l’art de poser les questions de la manière la plus désinvolte possible, de façon à laisser croire à son interlocuteur qu’il ne s’intéressait que modérément à la réponse.

Il faudrait qu’il fasse attention à ne pas s’emporter sur le détail de ses activités dans le seul but d’impressionner O’Neill.

— Vous ne reconnaissez pas uniquement les noms propres, hein ?

— Bah, en fin de compte, votre langue n’est que de l’anglais dégénéré. Avec un peu d’attention, on arrive à distinguer des mots.

— Quoi ? Je ne vous permets pas de me traiter de dégénéré, espèce de… de dinosaure en treillis !

— Un peu de respect envers tes ancêtres, gamin. On fait ce qu’on peut pour t’aider avec nos pauvres technologies du vingt-et-unième siècle. Je ne tolérerai pas ce ton méprisant avec moi !

Le colonel balaya ce dernier échange d’un geste.

— Maintenant suivez-moi, ordonna-t-il d’une voix plus calme. Nous avons du travail. Vous devez nous donner une fréquence de travail qui soit compatible avec nos appareils et qui puisse être captée par vos amis.

— Je n’ai pas d’ordres à recevoir de vous ! rétorqua Harlock, mâchoires serrées.

Le capitaine avait du mal à digérer le ton paternaliste du colonel O’Neill.

Gamin ? Attends un peu de voir mon CV, colonel !

— Et vous avez un problème avec l’autorité, aussi… continua O’Neill en souriant.

Harlock se demanda si O’Neill savait à quel point il était proche de la vérité.

Le colonel essayait plus ou moins adroitement de nouer des liens d’amitié. Harlock n’avait pas encore décidé si ce comportement relevait de la stratégie habituelle, préconisée avec les étrangers qui débarquaient dans cette base, ou si effectivement le colonel le trouvait digne de confiance. Il doutait que, en tant qu’officier de l’Air Force, O’Neill accueille avec enthousiasme une révélation du genre « au fait, dans le futur, je suis un hors-la-loi, et ma tête est mise à prix pour piraterie ». Tout le problème était de savoir s’il valait mieux lui dire maintenant ou attendre l’Arcadia et le mettre devant le fait accompli. La voix de la sagesse lui dictait que fanfaronner sur son statut de pirate au beau milieu d’un complexe militaire risquait de diminuer sérieusement son espérance de vie.

— Faites-vous partie d’une rébellion ? demanda Teal’c à brûle-pourpoint.

— Ça ne vous regarde pas, répondit Harlock, dont la colère n’était pas retombée.

— Qu’est-ce qui vous fait dire ça, Teal’c ? interrogea O’Neill avec curiosité.

— Simplement que cette méfiance instinctive envers vous, colonel O’Neill, ne doit être que le reflet de ce qu’Harlock vit à son époque… Je pense que dans le futur, vous devez lutter contre un pouvoir bien plus puissant que les forces de la résistance, poursuivit Teal’c du même ton égal qui lui était habituel.

— Et vous, vous avez des pouvoirs télépathiques, ou quelque chose de semblable ? fit Harlock, amer.

Il n’appréciait pas trop être percé à jour de cette manière, qui plus est par cet alien bizarre.

— Pas du tout, répondit le Jaffa. Mais je comprends votre sentiment. Moi-même, lorsque j’étais primat d’Apophis, je me sentais impuissant contre les faux dieux et je ne pouvais faire confiance à personne, car je savais que nous étions très peu nombreux à penser à la rébellion.

Décidément, sous ses dehors impassibles, Teal’c était beaucoup trop perspicace.

Harlock ne répondit pas. Mais il pouvait peut-être envisager d’avoir une discussion franche avec Teal’c, qui serait certainement plus ouvert aux concepts de « lutte clandestine » ou de « tous les moyens sont bons » qu’un militaire régulier. Il aurait juste aimé en connaître un peu plus sur ce peuple, qui n’existait plus à son époque. Teal’c avait l’air humain. Il était parfaitement intégré à l’équipe du SG-C, et lorsqu’il était un peu dégelé, il était tout à fait disposé à décrire les particularités de la culture jaffa. Mais il y avait quelque chose… Une impression…

— Au fait, Teal’c, fit Harlock, embarrassé. Je voulais savoir…

Le Jaffa haussa un sourcil. Harlock cherchait une tournure de phrase polie pour demander à un extraterrestre de détailler ses différences de métabolisme par rapport aux humains.

Quelque part, son instinct lui disait que vexer un Jaffa risquait d’être plus dangereux que déclarer à O’Neill qu’il était un pirate.

— Euh… Je ne connais pas du tout votre peuple et je me disais que peut-être… enfin…

— Vous arrivez trop tard pour faire la connaissance de Junior, interrompit le colonel.

— Hein ?

— Les Jaffas abritent une larve de Goa’uld dans une poche ventrale, expliqua O’Neill devant l’air interdit du capitaine. Mais Teal’c utilise une drogue que nous avons découverte sur une des planètes que nous avons visitées.

Mmm… Pas très clair…

— Il faut que je rencontre un de ces Goa’ulds, déclara Harlock. Ils ont l’air d’être une espèce fascinante.

— Fascinant n’est pas le mot que j’emploierai, répliqua O’Neill. Croyez-moi, c’est mieux de les éviter autant que possible… Ce sont eux, les méchants, ajouta-t-il.

— Ah. Et ils sont si dangereux que ça ?

— Oui.

Le colonel sembla sur le point de rajouter quelque chose, mais se ravisa.

— Il va être temps de prendre notre vol, fit-il. Inutile de vous ennuyer avec nos soucis. Tout ça doit être terminé depuis des siècles pour vous.

Mel’tek se hâtait dans le hall menant aux appartements de son seigneur. Ba’al avait fait mener chez lui quelques-unes unes de ses plus belles esclaves. Il n’apprécierait sûrement pas d’être dérangé, mais sa colère serait plus grande encore s’il n’était pas averti au plus tôt. Le Jaffa prit une grande inspiration avant de frapper à la porte.

— Mon seigneur ? interrogea-t-il d’une voix qu’il espérait ferme, sans pour autant se risquer à ouvrir les lourds battants de bois.

— Tal’na ta’kaï, Mel’tek, répondit Ba’al après un silence suffisamment long pour que le Jaffa s’imagine plusieurs châtiments qui pourraient lui être infligés pour avoir interrompu les activités de son dieu.

Une chance qu’il n’ait pas attendu plus longtemps, il n’avait pas encore commencé à s’interroger à ce que Ba’al pouvait bien être en train de faire avec ses esclaves. Les rumeurs les plus étranges circulaient parmi les Jaffas sur les habitudes sexuelles du maître, d’autant plus que les esclaves se muraient farouchement dans le silence dès que le sujet était abordé.

Mel’tek entra dans la pièce et se prosterna aussitôt. Il eut à peine le temps de voir Ba’al, installé confortablement dans des coussins richement brodés, une esclave en train de lui masser les épaules. Il contempla fixement le sol de pierre, résistant à l’envie de regarder ce que faisaient les autres filles.

— Et bien ? demanda Ba’al.

— Mon seigneur, débita Mel’tek sans lever les yeux, le Chaapa’aï a été ouvert par les Tauris, mais ils n’ont envoyé qu’une de leurs machines en reconnaissance.

— Et c’est tout ?

— Euh, non, seigneur, déglutit le Jaffa. La délégation qui devait rejoindre le conseil des Grands Maîtres n’a pu passer la porte. En vérité, j’ai moi-même essayé quelques combinaisons de symboles de ma connaissance, mais aucune n’a ouvert de passage.

Le Jaffa risqua un coup d’œil vers son maître. Ba’al avait l’air contrarié. Il se leva, repoussant rudement l’esclave.

— Shal’me ! ordonna le Goa’uld. Combien de combinaisons as-tu essayé ?

— Une dizaine, mon seigneur, répondit Mel’tek en se redressant. J’ai préféré vous avertir avant de pousser mes investigations plus avant.

— C’est bien, lâcha Ba’al.

Le compliment était modeste, mais de bonne augure quant à l’espérance de vie du primat.

— Suis-moi, fit Ba’al sèchement.

Le Goa’uld sortit à grands pas de son vaisseau et traversa les ruines sans dire un mot. Mel’tek ignorait ce qui avait conduit son maître sur cette planète, et ce qu’il cherchait dans cette ville dévastée. Des équipes jaffas fouillaient divers points du site. Ba’al suivait de très près l’avancée de ces travaux, mais pour l’instant, personne n’avait rien trouvé de plus intéressant que quelques pièces de vaisselle en or.

Et ce n’était certainement pas la promesse de trésors enfouis qui avait mené l’essentiel de l’armée de Ba’al sur cette planète.

O’Neill mit quelques secondes pour se repérer dans le complexe militaire de la zone 51. Il ne venait pas souvent ici, et d’habitude il était toujours gratifié d’une escorte. Il fallait croire que le transfert de la porte depuis Cheyenne Mountain avait légèrement perturbé le fonctionnement de la base.

Des groupes de militaires affairés les croisaient, s’éloignant par toutes les issues possibles. Aucun indice ne pouvait laisser présager que la porte avait bien été déplacée sur ce site. Après avoir essayé vainement d’attirer l’attention de quelqu’un, O’Neill s’était résigné à trouver son chemin seul.

Voyons… Qu’avait dit le gradé à l’entrée ?… Ah. « Bloc Kilo, section 18. » La plaque apposée sur le mur du hangar le plus proche indiquait « Delta ». Il était donc à huit blocs de sa destination. Harlock l’observait sans mot dire, quelques pas en retrait, attendant sans aucun doute qu’il prenne la délicate décision de leur itinéraire.

Le colonel pouvait presque entendre le jeune homme formuler mentalement un commentaire sarcastique concernant le sens de l’orientation déplorable des humains du vingt-et-unième siècle. Sans compter le regard ironique de Teal’c, qui serait à coup sûr déjà près de la porte des étoiles lorsqu’il la trouverait enfin, et une petite phrase pince-sans-rire du genre « vous avez tardé, colonel O’Neill ». Il se demanda s’il pourrait le supporter.

Se dirigeant résolument vers une direction qu’il espérait être la bonne, O’Neill entraîna Harlock vers le bloc suivant.

— « Écho », lut celui-ci lorsqu’ils furent assez près. Vous êtes quelqu’un de chanceux, colonel. Nous allons dans le bon sens.

— Eh ! Je vous rappelle qu’il s’agit de mon époque, et de mes installations militaires ! Je les connais certainement mieux que vous.

— Allons donc. Vous n’avez pas la moindre idée de l’endroit où nous allons, je ne vous en voudrai pas si vous arrêtez quelqu’un pour demander votre chemin. Cependant, je pense…

— Stop ! interrompit O’Neill.

— Quoi ?

— Vous alliez dire quelque chose de désobligeant.

— Moi ? Pas du tout ! protesta Harlock.

Mais son air offusqué ne collait pas avec son sourire ironique.

— Vous auriez dû les prévenir avant, qu’ils balisent le trajet avec des pancartes, fit Harlock alors qu’ils dépassaient le bloc Golf.

— Pourquoi pas des panneaux explicatifs détaillant les découvertes des chercheurs ? répliqua O’Neill. C’est une base ultra-secrète où l’on étudie les technologies alien les plus avancées, pas un parc d’attraction… Et ce n’est pas un musée non plus ! ajouta-t-il comme Harlock ouvrait la bouche pour répondre.

Enfin, le colonel repéra un visage connu. Un des techniciens du SG-C, un scientifique qui travaillait souvent avec Carter. Celui-ci s’engouffra dans un passage étroit entre deux hangars. O’Neill le suivit sans hésiter.

— Vous me faites arriver par l’entrée de service ? demanda Harlock. Vous traitez tous vos visiteurs de la même manière, ou j’ai droit à un régime de faveur ?

— Vous avez le droit à un régime de faveur ! Je vous épargne toutes les rencontres protocolaires, et toutes les discussions assommantes avec les diplomates, qui auraient essayé de vous extorquer les secrets de nouvelles technologies…

— Dites-le, que vous êtes perdu ! Cela m’épargnera la visite en détail des recoins de cette base.

— Ce que vous voyez, aucun visiteur non-habilité ne l’a vu avant vous.

— Je n’en doute pas, répondit Harlock en regardant d’un œil critique les parois en zinc des hangars. C’est en effet des plus intéressants.

Le technicien venait de s’engager dans un passage transverse. O’Neill accéléra pour ne pas le perdre de vue.

— Vous pensez qu’il s’agit d’un raccourci ? continua Harlock. On aurait mieux fait de rester sur l’artère principale et suivre les blocs. Ils vont mettre des jours à nous retrouver dans ce dédale.

— Très drôle. L’homme qui est devant fait partie du SG-C. Et par conséquent, il va nous conduire au bon endroit.

— Oh. J’espère pour vous qu’il ne va pas se chercher un sandwich. Vous auriez l’air fin, s’il vous conduisait à un distributeur de nourriture.

Cependant, le bruit caractéristique d’un vortex vint effacer les sarcasmes d’Harlock.

— Aha ! s’exclama O’Neill. Je viens d’entendre la porte.

— Fascinant. Vous communiquez souvent avec le mobilier ?

— Je viens d’entendre la fermeture du vortex de la porte des étoiles, répéta le colonel posément. Vous le faites exprès ou quoi ?

— Oui. C’est énervant, hein ?

Le colonel prit une grande inspiration. Il savait qu’il se faisait provoquer… ’fallait pas rentrer dans le jeu de son interlocuteur.

Fort heureusement pour les nerfs d’O’Neill, les deux hommes débouchèrent enfin face à la porte des étoiles.

— Eh bien ! déclara Harlock. J’ai l’impression que votre installation n’est pas encore très au point.

O’Neill ne pouvait pas le contredire à ce sujet. Le site était encombré d’ordinateurs, de machines de diagnostic et de techniciens. Sans compter les équipes de combat, chargées de protéger les accès à la porte, et dont les effectifs avaient été doublés. Carter se trouvait près du système de contrôle, en compagnie du général.

Il semblerait qu’ils soient malgré tout arrivés avant Teal’c… Tiens, non. Le Jaffa discutait avec le colonel Norton, de SG-6.

— Vous avez tardé, colonel O’Neill, dit Teal’c lorsqu’il les aperçut.

— Je savais que vous alliez dire ça, soupira O’Neill.

Il savait aussi qu’il était parfaitement inutile de se justifier devant Teal’c. Tout ce qu’il obtiendrait, ce serait une réponse neutre du genre « je vous crois, O’Neill » de la part de Teal’c – traduit en terrien : « cause toujours » – suivi d’une réflexion ironique du visiteur du futur au sujet de la visite guidée de la base, vraiment appréciable, une telle technologie, c’est à peine croyable…

À ce compte-là, il préférait encore subir le compte-rendu de Carter. Justement, la scientifique se dirigeait vers eux.

— Que se passe-t-il, major ? demanda O’Neill dès qu’elle fut à portée de voix.

— Il semblerait que des composants non identifiés de la porte aient été endommagés, répondit-elle. J’espère pouvoir localiser la panne au moyen des ordinateurs de diagnostic, mais pour l’instant, ce n’est toujours pas possible de contacter le site Alpha.

— Si votre anneau a subi une décharge supérieure à ses capacités de stockage lorsqu’il était activé, les relais de contrôle ont dû griller des deux côtés, intervint Harlock. Vous ne devez être capable d’ouvrir une fenêtre warp que vers la destination qui était entrée au moment de la surcharge.

— Euh… En effet, fit Carter.

— C’est la panne la plus classique des systèmes warp, continua Harlock, l’air blasé.

— Et vous savez réparer ? demanda O’Neill.

— Non.

— Alors taisez-vous et laissez travailler les experts.

Le groupe avait été rejoint par du personnel de la zone 51, lequel écoutait l’échange, l’air de ne pas trop savoir quoi en penser.

— Alors, Carter ? s’impatienta le colonel.

— Euh… J’étais effectivement parvenue à la même conclusion qu’Harlock, expliqua la scientifique. Les simulations que nous avons effectuées sur notre porte après les réparations n’ont montré aucun défaut interne. Je pense que la porte de P4X-48C a été endommagée elle aussi, et c’est ce qui perturbe le fonctionnement de l’anneau de notre côté.

— Il reste un couloir résiduel entre les deux planètes, renchérit Harlock. Les sécurités du système vont empêcher toute création d’un autre couloir avant que le logiciel de navigation ne soit entièrement reformaté.

— Donc selon vous, conclut O’Neill, sceptique, il suffirait de changer les fusibles et de formater le système de contrôle pour que tout fonctionne à nouveau ?

— Je n’ai pas dit ça.

— En effet, vous avez dit que vous ne saviez pas réparer…

O’Neill s’apprêtait à titiller Harlock sur ses connaissances scientifiques. Quoiqu’il puisse affirmer, le colonel était persuadé que ce gamin en savait beaucoup plus qu’il ne voulait bien leur dire. Et pas seulement sous prétexte de ne pas leur révéler leur futur.

Il nous cache la vérité, ou je ne suis pas colonel.

Il fut interrompu dans ses réflexions par Carter. Le major regardait fixement Harlock depuis quelques minutes, comme s’il allait d’un coup matérialiser des pièces de rechange entre ses mains.

— Bien sûr ! s’exclama-t-elle. Nous avons réinitialisé le système d’ici, mais il faut maintenant faire la même chose sur P4X-48C.

— Hein ?

— Il faut réinitialiser le DHD de P4X-48C, mon colonel, répéta Carter. Et probablement, comme vous l’avez dit, changer quelques… fusibles de la porte.

— Vous oubliez un petit détail, major. Nous avons été attaqués par des escouades jaffas lorsque nous nous somme rendus là-bas la première fois. Vous pensez qu’ils vont nous laisser nous installer tranquillement avec notre trousse à outils pour bidouiller sur leur porte des étoiles ?

Le vaisseau asgard sortit de l’hyperespace à quelques années-lumière du système solaire abritant la Tauri. Thor lança aussitôt une volée de sondes enregistreuses vers les différentes planètes. Le phénomène qui l’avait conduit ici ne devait pas l’empêcher de poursuivre les activités habituelles d’un vaisseau de reconnaissance comme le sien, et les données réactualisées qu’il enverrait au Conseil seraient de nature à adoucir la sanction si son voyage impromptu s’avérait sans intérêt. Mais sincèrement, il en doutait.

L’activité hyperspatiale ne correspondait pas aux données de son unité centrale. Même si la comparaison était totalement irrationnelle, Thor ne pouvait s’empêcher de penser qu’il avait essuyé une tempête d’une violence inouïe pendant les dernières minutes de navigation. Les instruments du bord auraient tendance à lui donner raison : deux de ses radars avaient proprement explosé, et la console de tir avait grillé au moment même où le vaisseau quittait l’hyperespace.

L’Asgard prépara un compte-rendu détaillé compilant toutes les aberrations qu’il avait constatées pendant son voyage. L’affaire était plus inquiétante qu’il ne l’avait estimé en premier lieu. Ce que son vaisseau avait subi n’était que la perturbation résiduelle engendrée par le phénomène. Et maintenant qu’il était à proximité, il pouvait juger plus précisément de la puissance initiale. Tout simplement inconcevable. Et par conséquent très dangereux.

Les empreintes énergétiques étaient brouillées, mais encore lisibles. Cependant, l’ordinateur central de son vaisseau ne parvenait pas à s’accorder sur l’objet qui les avait générées. Le calculateur cracha finalement sa conclusion.

Vaisseau spatial de type inconnu. Longueur estimée quatre cents mètres. Capacité de navigation autonome en hyperespace. Probablement armé.

L’ordinateur ne faisait aucune mention de l’équipage, mais Thor ne s’en formalisa pas. Les traces énergétiques d’organismes vivants s’effaçaient quelques heures seulement après le passage d’un vaisseau. Il était par contre beaucoup plus ennuyé par les hypothèses sur la provenance de cet appareil.

La Terre ?

Il n’y avait aucun doute à ce sujet. Son vaisseau était avant tout équipé pour cartographier les galaxies. Sa bibliothèque comprenait des milliards d’échantillons numérisés, provenant de dizaine de millions de planètes. En l’occurrence, le spectro­gramme relevait des traces de métaux, ainsi que des résidus de carburants qui étaient obstinément corrélés avec ceux collectés sur la Terre. Bien sûr, il y avait un taux d’erreur. Par exemple, l’ordinateur avait tenu compte de la proximité du système solaire pour effectuer son étude compara­tive. Mais tout de même, c’était troublant.

Thor envisagea la possibilité que les humains aient mis au point un nouvel appareil spatial sans qu’il soit au courant. C’était parfaitement plausible, et typique de la stratégie militaire terrienne, qui consistait à mettre ses alliés devant le fait accompli et trouver un arrangement diplomatique par la suite. Cependant, d’un point de vue technologique, c’était tout simplement impossible. Fallait-il en conséquence présager de la venue d’un nouvel adversaire, disposant d’une puissance capable de perturber durablement l’hyperespace ?

Thor lança une simulation du phénomène, à partir du peu de données qu’il avait collectées. Sans le savoir, il utilisa sensiblement le même programme informatique que le major Carter avait conçu quelques jours plus tôt. Il obtint également les mêmes résultats : un premier couloir créé entre une planète située huit quadrants plus loin, et la Terre. Puis un deuxième couloir, entre le vaisseau inconnu et la Terre. Ce qui n’avançait à rien. Le deuxième couloir avait été généré alors que le vaisseau se trouvait déjà en hyperespace. Le programme informatique ne pouvait donc pas lui révéler d’où venait le vaisseau.

Plus par curiosité que dans l’espoir d’apprendre quelque chose, Thor rechercha des informations supplémentaires sur la planète d’origine du premier couloir.

Lorsque la fiche de la planète s’afficha sur l’écran principal de la passerelle, il se passa encore quelques secondes avant que le commandant suprême de la flotte asgard se rende compte qu’il en connaissait déjà le contenu. Et pour cause. Il avait participé en personne à l’expédition qui avait été envoyée là-bas, au moment où la race dominante de la planète avait été éradiquée.

Ce n’était pas l’une de ses meilleures campagnes.

Il lui fallut encore quelques minutes avant d’interpréter les dernières lignes du rapport. Les données provenaient d’une sonde automatique que les Asgards avaient laissée sur place après leur départ, et que son vaisseau avait dû recevoir lorsqu’il était passé à portée des émissions.

Activité inhabituelle de la porte des étoiles. Des installations récentes… Oh non.

Des Goa’ulds.

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