Stargate Arcadia : Toutes les étoiles par

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Crossover / Aventure / Action

9 Chapitre 6

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Chapitre 6

 

La patrouille passa devant l’amas rocheux sans remarquer l’anfractuosité dissimulée par la végétation. Un renfoncement suffisamment grand pour abriter un homme.

Teal’c s’extirpa prudemment de son abri. La voie était libre. Prenant soin de rester le plus possible dans les zones d’ombres du sous-bois, il courut dans la direction d’où venait la patrouille.

Il avait perdu trop de temps. Blessé et poursuivi par un groupe de Jaffas, il n’avait pas pu retrouver O’Neill et les autres lorsqu’ils avaient été attaqués. Il n’avait eu d’autre choix que de s’éloigner autant qu’il pouvait de la porte des étoiles. Ses poursuivants n’avaient abandonné que lorsque, acculé, il s’était volontairement jeté dans les flots bouillonnants d’un torrent. Il avait manqué de peu la noyade.

Il s’arrêta juste avant d’être en vue du ha’tak de Ba’al et rejoignit en rampant un point d’observation légèrement en surplomb de l’entrée. Il avait déjà passé là plusieurs heures à observer le va-et-vient des patrouilles.

Il savait qu’il avait peu de chances de réussir à passer inaperçu une fois qu’il serait entré dans la forteresse, mais il lui était inconcevable de ne pas tenter de secourir ses amis.

Il attendit, guettant le moment propice.

— Hého ? Il y a quelqu’un ?

— C’est inutile, mon colonel, vous voyez bien que c’est désert… Et les parois sont insonorisées, ajouta Carter alors que le colonel, frustré, donnait des coups de poings rageurs dans les murs.

— Je veux parler au responsable ! s’obstina O’Neill. J’aurais des réclamations à faire au sujet du service d’étage… Aïeuh !

Il s’était approché trop près de la porte de la cellule et venait de prendre une décharge. La grille était renforcée d’un champ de force, rendant impossible toute tentative de forcer la serrure.

— Mon colonel ? s’inquiéta Carter.

O’Neill massa sa main engourdie par le choc pour tenter de rétablir la circulation sanguine.

— Ça va, répondit-il, bougon. Je…

Le bourdonnement caractéristique d’un tir de zat, suivi du bruit sourd d’un corps qui tombe au sol, l’interrompit.

Teal’c franchit la porte d’un bond, prêt à tirer.

— Teal’c ! s’écria O’Neill. Vous ne pouvez pas savoir à quel point je suis content de vous voir !

— Colonel O’Neill, major Carter, je suis moi aussi heureux de vous voir sains et saufs, répondit Teal’c.

D’un coup bien ajusté, le Jaffa fit sauter la serrure.

— Ne traînons pas, ajouta-t-il.

— Vous avez mis le temps pour venir, le taquina O’Neill.

— J’ai eu quelques difficultés à semer mes poursuivants, répondit Teal’c sans sourciller.

— Et pour entrer ici ?

Teal’c se renfrogna.

— Il n’y a presque pas de patrouilles… Et à part le garde à l’entrée des cellules, je n’ai croisé personne à l’intérieur.

O’Neill attrapa deux zats sur un râtelier, et en tendit un à Carter. Teal’c les entraîna au pas de course dans le dédale de couloirs, prenant à peine le temps de s’arrêter à chaque intersection pour vérifier que la voie était libre.

À bout de souffle, Carter stoppa alors qu’ils traversaient un vaste entrepôt vide.

— Est-ce qu’on ne pourrait pas ralentir un peu ? demanda-t-elle. Je crois… que je n’ai pas totalement récupéré de l’interrogatoire de Ba’al.

— Il faut sortir d’ici le plus vite possible, déclara Teal’c. Nous ne sommes pas en sécurité. J’ai un mauvais pressentiment.

— Vous avez raison, c’est trop calme, renchérit O’Neill. Je n’aime pas ça.

— Et Harlock ? fit Carter. Vous comptez le laisser ici ?

Harlock…

Il avait failli l’oublier.

— Il faut trouver un terminal informatique, dit-il. Ça devrait nous permettre de savoir où il a été emmené.

— Nous allons devoir monter aux niveaux supérieurs, colonel O’Neill, fit Teal’c.

— Je ne partirai pas en laissant un membre de mon équipe derrière moi ! s’emporta O’Neill d’un ton théâtral… Même s’il ne s’agit que d’un membre honoraire, continua-t-il comme Teal’c lui jetait un regard dubitatif.

Carter retint un sourire.

— Ne faites pas comme si son sort vous laissait insensible, mon colonel, ironisa-t-elle. Avouez que vous l’appréciez comme un membre de SG-1 à part entière.

— Quoi ? Ce gamin insupportable ? Je préférais encore Jonas !

Mais bon, même s’il lui tapait sur les nerfs, le colonel savait qu’il ne pouvait pas l’abandonner entre les mains de Ba’al.

Le petit groupe se faufila prudemment jusqu’à l’étage du dessus. Teal’c y repéra rapidement un terminal – dans un local technique discret –, sur lequel Carter, après un bref coup d’œil à ses circuits, fit s’afficher un plan complet du ha’tak.

— J’y suis, mon colonel, déclara-t-elle. Il ne me reste plus qu’à trouver les fichiers concernant le personnel.

— Parfait. Faites vite.

O’Neill commençait à se sentir nerveux. Ils n’avaient rencontré personne. Ça n’était pas normal. Ba’al ne laisserait jamais son vaisseau sans surveillance. Quoi qu’il puisse fabriquer dans les ruines, il devait bien rester ici quelques escouades de Jaffas. Mais les couloirs étaient déserts. Mortellement déserts.

— Mon colonel, fit Carter avec une pointe d’angoisse. Il n’y a aucune trace de lui dans le système informatique du vaisseau.

— Ba’al a dû l’emmener ailleurs… Ne restons pas là. Plus le temps passe et plus nous courons le risque de tomber sur une patrouille.

— Que fait-on pour Harlock ?

— Il faut trouver un abri à proximité des ruines… Ensuite, nous essayerons de déterminer où il peut être. Pour l’instant, la priorité est de sortir d’ici.

Il s’apprêtait à rebrousser chemin, lorsqu’une silhouette armée d’une lance jaffa se découpa dans l’encadrure de la porte.

— Où croyez-vous donc aller, colonel O’Neill ? demanda une voix connue.

— Harlock ! s’exclama O’Neill, soulagé. Nous vous cherchions, en vérité, mais je vois que vous vous en tirez bien tout seul.

— Vous ne croyez pas si bien dire, sourit Harlock.

Le jeune homme s’écarta pour les laisser sortir de la pièce. O’Neill sentit que quelque chose n’allait pas au moment où il passait devant lui : une patrouille de Jaffas – huit en tout – les attendait dans la coursive. Et puis il y avait ce picotement caractéristique, comme un frisson qui lui parcourait l’échine…

— Mon colonel… souffla Carter. Je crois qu’il y a un problème…

Elle avait senti, elle aussi…

Le colonel se retourna vers Harlock. Celui-ci pointait sa lance sur eux, un demi-sourire moqueur aux lèvres.

— Jetez vos armes, ordonna-t-il. Comme vous pouvez le constater, toute résistance est inutile.

— Gamin ? interrogea O’Neill faiblement. Ba’al t’a…

— Votre arme, colonel… insista Harlock.

O’Neill laissa tomber son zat.

— Harlock ?

Il essaya de saisir dans son regard la plus petite trace d’humanité, un signe quelconque qui aurait montré le conflit de deux personnalités.

Harlock sourit sans répondre. Il fit un geste à l’attention des Jaffas, qui se placèrent de part et d’autre de leurs prisonniers.

Contre toute attente, ils ne reprirent pas le chemin des cellules.

— Je peux savoir où nous allons ? demanda O’Neill.

— Le seigneur Ba’al m’a accordé l’honneur de me charger de vous soutirer toute information exploitable, répondit Harlock d’un ton égal. Il est exclu pour moi de le décevoir sur ce point.

O’Neill tenta une nouvelle fois de sonder le jeune homme. Il était incapable de dire pourquoi, mais la situation le rendait franchement mal à l’aise. Et ce n’était pas parce qu’il était en train de parler à un Goa’uld. D’ailleurs, à ce propos…

— Au fait, lâcha-t-il d’un ton qu’il espérait désinvolte, qu’avez-vous fait du décorum habituel ?

— Hmm ?

— Ben oui, vous savez… pour avoir l’air, euh, comment dire… plus divin.

— Oh. Et bien je supervise un chantier de fouilles, pas un atelier de couture. Les armes ornementales et les grandes pièces d’étoffes précieuses, c’est joli, mais ce n’est pas très pratique pour inspecter des galeries… À vrai dire, quand je suis sûr que le chef n’est pas dans les parages, je préfère laisser la quincaillerie de côté, termina Harlock, tout en balançant nonchalamment sa lance sur son épaule.

O’Neill haussa les sourcils. Voilà qui n’était pas banal.

— Euh… Je pensais plutôt à de petits détails physiques… Comme la voix, ou les yeux qui brillent. Pour bien fixer la hiérarchie dès le départ…

— Ah, oui… Je sais faire aussi.

Il s’interrompit brièvement, le temps de désactiver le verrouillage d’une porte en plaquant sa paume contre le dispositif de reconnaissance digitale.

— Jaffas ! Shal’ke ! ordonna-t-il ensuite.

Et si le colonel avait douté des sensations fugaces qu’il avait eues, ce n’était à présent plus le cas.

D’autant plus que, comme les Jaffas tardaient un peu à obéir, Harlock illumina son œil de la façon caractéristique que le colonel interprétait comme voulant dire « attention, Goa’uld en colère ».

— Si vous voulez vous donner la peine d’entrer, fit Harlock en revenant à une voix humaine une fois que les Jaffas furent partis.

— À trois contre un, déclara O’Neill, vous pensez que nous n’allons rien tenter ?

— Ne dites pas n’importe quoi, colonel, rétorqua Harlock. Vous n’auriez déjà eu aucune chance contre moi en temps normal, alors avec le serpent…

O’Neill ne savait plus trop quoi penser. Il avait déjà rencontré des Goa’ulds qui se faisaient passer pour des humains ou des Jaffas, mais c’était la première fois qu’il en croisait un qui parlait de lui à la troisième personne. Surtout en se qualifiant de « serpent ». C’était déstabilisant.

Il consulta du regard Teal’c et Carter, qui avaient l’air aussi désarçonné que lui. Quant au gamin, il semblait s’amuser de la situation.

— C’est peut-être idiot, mais… à qui suis-je en train de parler ? demanda O’Neill.

— C’est à vous de voir, lui répondit Harlock.

— Vous vous foutez de moi ?

— Non… Simplement je pense que je n’arriverais jamais à vous convaincre que c’est ma personnalité humaine qui a pris le dessus, soupira le jeune homme. C’est le contraire qui se produit d’habitude, je crois…

O’Neill mit quelques secondes avant d’assimiler l’information.

— Vous avez raison, finit-il par répondre. Je ne vous crois pas.

— Généralement, les hôtes résistent avec plus ou moins de force, renchérit Carter, mais je n’ai jamais entendu parler d’un hôte qui aurait repris totalement le contrôle.

Harlock haussa les épaules et s’installa confortablement dans le seul fauteuil de la pièce.

— Je n’ai jamais dit que je contrôlais totalement mon Goa’uld.

— Et vous voulez qu’on vous fasse confiance avec une réponse pareille ?

— Je n’ai jamais dit ça non plus… En fait, il me semble que la seule chose que j’ai dite était qu’il me fallait des informations pour Ba’al.

— Vraiment ?

— Oui… C’est même assez urgent. Voyez-vous, Ba’al ne me fait pas encore entièrement confiance, et j’aimerais bien augmenter mon potentiel de crédibilité rapidement… Histoire de me conserver une bonne marge de manœuvre…

— Ben voyons. Et vous pensez qu’après avoir entendu tout ça, je vais être plus enclin à vous parler ?

— Vous n’avez pas le choix.

Le colonel ne répondit pas. Quelle que soit la personne à laquelle il était en train de parler, elle semblait prendre un malin plaisir à brouiller les pistes. Et le pire, c’était qu’Harlock pouvait très bien dire la vérité.

Je ne sais pas ce qui me fait le plus peur. Qu’on se retrouve devant un Goa’uld très persuasif, ou que l’esprit du gamin soit effectivement capable de dominer celui de ce serpent.

Il finit par considérer que statistiquement, le Goa’uld avait plus de chances de l’emporter.

— Jamais je ne me soumettrai à un faux dieu, quelles que soient les ruses qu’il emploie ! s’écria Teal’c.

Apparemment, Teal’c était du même avis que lui.

— Je ne veux pas vous soumettre, lui rétorqua Harlock. Je veux négocier.

— Depuis quand les Goa’ulds négocient-ils ? fit O’Neill.

— Depuis qu’ils s’installent dans des humains qui viennent du futur. Écoutez, le temps m’est compté. Je propose que vous en restiez là sur les spéculations et que vous vous intéressiez plutôt à ce que je vais vous montrer.

Harlock se leva et se dirigea vers le fond de la pièce. Il fit coulisser un mécanisme quelconque, et la paroi s’escamota, révélant un espace de stockage assez conséquent.

— Alors quoi ? Vous venez ? demanda-t-il comme ni O’Neill, ni ses deux équipiers ne faisaient mine de bouger.

— Ça ne m’inspire pas confiance, souffla Carter.

— À moi non plus, confirma O’Neill. Mais comme l’a très justement fait remarquer notre ami, nous n’avons pas vraiment le choix.

— Je propose de profiter qu’il est seul pour tenter de le maîtriser, avança Teal’c.

C’était tentant. Mais d’un autre côté, le colonel était curieux de savoir ce que ce Goa’uld avait trouvé de suffisamment intéressant pour risquer la colère de Ba’al en lui dissimulant.

Et il y avait toujours ce problème du « qui contrôle qui ».

— Donnons-lui le bénéfice du doute… déclara O’Neill. Pour passer outre les ordres de ton seigneur, gamin, lança-il à Harlock, tu as au moins dû dénicher quelque chose qui te permette de prendre sa place !

— Pire que ça, répondit Harlock sombrement.

Kei écoutait Tochiro détailler le bilan des dégâts : ce n’était pas brillant. Emeraldas, elle, donnait l’impression de s’ennuyer royale­ment. C’était vrai que l’anglais laborieux de l’ingénieur en chef de l’Arcadia ne rendait pas l’exposé très attrayant. Et probablement la pirate rousse avait-elle déjà entendu le même discours auparavant.

Les principaux responsables du programme « porte des étoiles », ainsi que Kei, Tochiro et Emeraldas, s’étaient réunis pour décider d’un plan d’action. Le plus difficile, une fois qu’on avait surmonté le problème de la langue, était de s’accorder sur les priorités – et en deuxième lieu de supporter la lenteur de l’élocution de Tochiro, et son accent à couper au couteau.

Kei se demanda combien de temps Emeraldas allait tenir avant de tuer tout le monde dans la pièce.

Elle remarqua qu’un colonel à l’autre bout de la table de réunion montrait lui aussi des signes d’impatience.

— Mon général ! interrompit-il alors que Tochiro tentait – vainement – d’expliquer son problème de réacteur à MacKay. Nous perdons du temps ! Il faut envoyer une expédition de sauvetage sur P4X-48C. Nous ne pouvons pas abandonner SG-1 !

— Excellente idée ! répondit Emeraldas en se levant, avant même que le général Hammond ait eu le temps d’ouvrir la bouche. Préparez vos hommes, je vous accompagne.

— Madame, tenta de protester Hammond, je suis seul responsable de la sécurité de mes hommes et…

— Cela implique d’aller chercher ceux qui sont restés sur cette planète, coupa sèchement Emeraldas. Tochiro, combien de temps te faut-il pour que l’Arcadia soit capable d’effectuer un saut jusque là-bas ?

— Euh… Il y a bien quinze heures de travail, mais…

— Je t’en donne cinq. Je pars d’ici une heure. Dès que le vaisseau est prêt, rejoins-moi.

La jeune femme rousse quitta la pièce sans se retourner, sans laisser à quiconque la possibilité de réagir.

Tochiro rassembla ses notes nerveusement.

— Il faut que je répare le réacteur de toute urgence, fit-il. J’aurais besoin de faire le tour de toutes vos installations pour voir ce que je peux récupérer.

— Nous n’allons tout de même pas laisser des pirates dicter leur loi ici ! rugit Fields. Général Hammond, c’est à vous de décider de l’envoi d’équipes sur le terrain, pas à cette… femme…

— Emeraldas partira même s’il n’y a personne avec elle, intervint Kei.

— Et elle va certainement ouvrir la porte d’un claquement de doigts ? ironisa Fields.

— Ce n’est pas un problème, répondit Tochiro. Je peux faire ça à distance.

Kei soupira. Chaque seconde perdue dans cette pièce diminuait les chances de retrouver le capitaine sain et sauf.

— Mon général, dit-elle. Nous avons le même objectif. Il faut que nous unissions nos forces pour secourir le capitaine et l’équipe du colonel O’Neill. L’Arcadia est notre meilleur atout contre ces Goa’ulds. Une fois que ses moteurs seront réparés, le professeur pourra remettre en état votre porte des étoiles.

— Vous pourriez faire ça ? demanda MacKay. Identifier et ré­parer une panne sur laquelle tout un département de scientifiques chevronnés se casse les dents depuis plus d’une semaine ?

— Je construis des moteurs warp, répondit Tochiro. Je ne sais pas comment fonctionne votre truc, mais le principe de base est forcément le même… Mais avant, il faut s’occuper de mon réacteur.

— De quoi avez-vous besoin ? fit Hammond.

— Mon général, vous n’allez pas écouter ces…

— Ces gens nous offrent leur aide, interrompit le général. Alors ?

— Les cristaux sont morts, déclara Tochiro.

Hammond interrogea MacKay du regard. Celui-ci haussa les yeux au plafond et eut un geste d’impuissance.

— Ça ne m’avance pas à grand-chose.

— Nous avons seulement besoin d’un peu de trinium, lui expliqua Kei.

— J’ai bien peur de ne pas pouvoir accéder à votre requête.

— Mais… le métal de votre porte…

— Désolé, mais ce n’est pas du… trinium, fit MacKay.

— Vous devez lui donner un autre nom, intervint Tochiro.

— Euh… F3Z-P ? Tr-I8 ? proposa Kei.

Ses connaissances en mécanique étaient assez limitées. Elle n’avait pas mémorisé toutes les dénominations techniques du métal énergétique qui permettait la navigation warp.

— Non… dit Tochiro. C’est trop récent… Il faut son appellation d’origine…

— Si vous voulez, tenta MacKay, nous possédons des cristaux asgards…

— Il me faut juste quelques grammes du métal de votre porte, répondit Tochiro distraitement. Bon sang, je l’ai sur le bout de la langue… Euh… Du naquadah ! énonça-t-il triomphalement.

— Vous avez besoin de naquadah ?

— Mais le naquadah désigne le minerai brut, dit Kei. La porte n’est pas faite en naquadah !

— Je vous assure que si, répondit MacKay.

— Non, rétorqua Tochiro. C’est du naquadah raffiné. Trois fois pour le trinium, et je ne suis même pas sûr que c’en soit… Peut-être du quadrinium…

Il secoua la tête.

— Peu importe ! reprit-il. Général Hammond ?

— Accordé, fit Hammond. Docteur MacKay, mettez-vous à disposition de Monsieur Oyama. Je veux que tout soit opérationnel le plus vite possible !

— Bien monsieur, répondit MacKay.

Il se leva et fit signe à Tochiro de le suivre.

— Du naquadah raffiné… Pouvez-vous me donner davantage de détails ? demanda-t-il alors qu’ils sortaient tous deux de la salle de réunion.

Kei resta sur place. Elle se rendit compte que tous ceux qui étaient encore présents la fixaient.

— Vous avez autre chose à nous demander, mademoiselle ? interrogea Hammond.

— Comptez-vous envoyer une de vos équipes sur P4X-48C ? répondit-elle sans se démonter.

— Ça dépend… Que pouvez-vous nous dire de plus sur votre amie… Emeraldas. À part le fait qu’elle passera la porte, même seule.

— Si elle y va seule, elle ira chercher le capitaine. Mais je ne suis pas sûre qu’elle se préoccupera des autres…

— Tu veux dire qu’elle abandonnerait Jack, Sam et Teal’c à leur sort ? intervint Daniel, silencieux depuis le début du briefing.

— Je ne sais pas… soupira Kei. C’est difficile de savoir ce qu’elle pense… Elle en est capable, termina-t-elle après quelques secondes de réflexion.

Et le capitaine doit en être capable aussi.

— Et Harlock ? demanda Daniel, comme s’il avait lu dans ses pensées.

Elle ne répondit pas, mais sentit qu’elle était en train de rougir et détourna la tête.

— Mon général, déclara le colonel du bout de table. Je demande la permission de me rendre sur P4X-48C avec SG-6 !

Hammond prit le temps de la réflexion, puis il se tourna vers Kei.

— Il y a de fortes probabilités pour que Ba’al en personne nous attende là-bas avec toute son armée, lui dit-il posément. Pensez-vous que votre amie ait des chances de réussir à s’introduire dans le vaisseau-mère, localiser SG-1, les délivrer et revenir sans se faire repérer ?

— Sans se faire repérer, non. Mais je pense qu’elle peut faire suffisamment de dégâts pour profiter de la confusion.

Tout le monde la fixa comme si elle venait d’annoncer que la Lune était composée de naquadah.

— Évidemment, ajouta-t-elle, il faudra dégager le passage avant… Je suppose qu’elle voudra utiliser un ou deux missiles de l’Arcadia pour sécuriser la zone…

— Vous supposez ? demanda Hammond.

— Euh… Elle l’a déjà fait…

L’expression de Fields signifiait clairement « je vous l’avais bien dit ».

— Notre politique est d’éviter autant que possible les frappes majeures, fit Hammond. Nous ne voulons pas que les Goa’ulds attaquent massivement la Terre en représailles… Nous n’avons pas les moyens de les repousser. Vous, peut-être, mais notre armement est bien insuffisant. Vous pouvez lui faire comprendre ça ?

— Je vais essayer, sourit Kei.

— Très bien. Le colonel Norton partira avec SG-6 et SG-12. Ne prenez pas de risques inconsidérés, et assurez-vous que Mademoiselle Emeraldas ne perdra pas de vue nos objectifs communs, termina Hammond.

— À vos ordres, répondit Norton.

— Quant à vous, reprit le général en s’adressant à Kei, je compte sur vous pour transmettre à vos amis les lignes directrices de l’action militaire au vingt-et-unième siècle. Je ne voudrais pas que vous vous rendiez responsable d’une guerre totale dans une époque qui n’est pas la vôtre.

Le général se leva.

— Messieurs, au travail ! conclut-il.

— C’est juste une petite partie, déclara Harlock. Je vais vous emmener voir le reste, mais je voudrais avoir votre avis sur ça avant… Surtout le vôtre, major.

Ils se trouvaient devant un fragment de bloc rocheux grossière­ment taillé, qui devait bien peser dans les deux cents kilos. Le chariot qui avait servi à l’amener jusqu’à son emplacement actuel était encore dans un coin de la pièce, rangé à la verticale.

Curieusement, le rocher était posé sur un coussin magnétique, et par conséquent lévitait à quelques centimètres du sol.

— C’est un gros bout de rocher, fit O’Neill.

— Merci de votre participation, colonel, répondit Harlock. Je suis sûr que ça va nous faire progresser. Major Carter ?

— Vous l’avez trouvé où ? demanda-t-elle.

— Un morceau de mur qui s’est effondré… Ba’al n’a pas tiqué quand je lui ai montré, et pourtant je suis certain que c’est quelque chose de ce genre qu’il cherche ici.

— Il ne vous l’a pas dit ? dit O’Neill.

— Non. Mais c’est le seul truc qui présente un tant soit peu d’intérêt dans le coin. Enfin, pour moi en tout cas.

— Lequel de vos moi ? rétorqua le colonel. Le gamin ou le serpent ?

— Le serpent s’appelle Syssend’har. Il supporte assez mal qu’on le traite de serpent. Et le gamin apprécierait que vous arrêtiez de l’appeler gamin, sinon il va finir par vous exploser la tête contre un mur.

— Vous parlez souvent de vous à la troisième personne ?

— J’ai de petits problèmes d’identité en ce moment.

Harlock reporta son attention sur Carter, qui s’était approchée du rocher et l’examinait soigneusement.

— Alors ?

— Ce n’est pas une formation naturelle, répondit Carter en se redressant. De près, on voit distinctement tout un réseau de filaments insérés dans la pierre. Ils ne font pas partie du rocher, ajouta-t-elle. On peut sentir les points d’injection en passant la main dessus.

— C’est évolutif, fit Harlock.

— Comment ça ?

— J’ai apporté ce machin ici il y a deux jours. Les filaments, comme vous les appelez, se sont étendus sur tout ce côté, et ils ont commencé à attaquer le sol. J’ai dû le mettre sur un dispositif d’antigravité.

— Ce caillou est vivant ? s’exclama O’Neill.

— Je n’en sais rien, répondit Harlock. Je n’ai aucune idée de ce que ça peut bien être. Ça se développe de façon autonome, mais ça n’a pas l’air vivant.

— Vous avez pensé à la nanotechnologie ? interrogea Carter.

— Non… Vous avez raison, cela pourrait être une possibilité.

Le jeune homme regarda le rocher d’un air concentré, mais celui-ci ne semblait pas disposé à lui livrer ses secrets, quels qu’ils soient.

— Bon ! s’impatienta O’Neill. On ne va pas passer la nuit ici. C’est un caillou, avec des nano-robots à l’intérieur, et je ne crois pas qu’ils vont se mettre à parler d’un coup pour nous dire à quoi ils servent.

— Je ne sais pas ce que c’est, répliqua Harlock, mais je sais comment ça marche… Par contre, je trouve que vous avez l’air plutôt pressé de me quitter, colonel.

— Il faut que je vous explique quelles sont les relations entre humains et Goa’ulds ?

— Oh, ce n’est pas la peine…

Harlock sourit franchement, tout en jouant avec la lance jaffa qu’il n’avait pas lâchée.

Effectivement, ce n’était pas la peine. Et le gamin n’était pas idiot. Ils ne risquaient pas de lui fausser compagnie.

— Qu’attendez-vous de nous, au juste ? demanda le colonel.

— Cela m’arrangerait que vous coopériez avec Ba’al…

— Vous me prenez pour qui ? s’indigna O’Neill. Il faut plus qu’un caillou et un Goa’uld bizarre pour me convaincre que Ba’al est de notre côté !

— Je pense que nous avons… des intérêts communs, fit Harlock.

— Vous avez des intérêts communs avec lui, cria O’Neill. Pas moi !

— Du calme. Je ne vous ai pas encore montré comment ça fonctionnait. J’ai fait quelques tests… discrètement, pour ne pas mettre la puce à l’oreille de l’autre, et j’ai obtenu des résultats… plutôt intéressants.

— Dans quel sens ? fit Carter, intriguée.

— Et bien… Daniel Jackson avait raison, répondit Harlock. C’est une arme, et c’est puissant… Mais je n’ai trouvé de mode d’emploi nulle part, et je pense que ce que j’ai vu n’est qu’une… pièce qui s’insère dans un mécanisme plus global. En tout cas, j’ai l’impression que c’est trop puissant pour être parfaitement contrôlable… Il ne faut pas chercher à le remettre en marche.

Harlock s’interrompit un instant et fixa O’Neill. Un regard qui le mettait au défi de le contredire.

— C’est ce que je crois, ajouta Harlock. Enfin… c’est ce que nous croyons tous les deux, précisa-t-il.

— Vous êtes vraiment bizarre, fit O’Neill.

— Lequel ?

— Ce n’est rien, laissez tomber.

Le jeune homme les fit revenir dans la première salle. Lui-même passa derrière un paravent en attrapant au passage une pile de vêtements sur une commode.

— Pour le reste, il faut sortir, continua-t-il alors qu’il se changeait. Je vous emmène d’abord sur le site de fouilles, puis j’irai rendre compte à Ba’al.

— Si vous lui dites que vous avez trouvé une arme, mais que, à votre avis, il ne faut pas l’utiliser, il ne vous écoutera pas, dit O’Neill.

— Il m’écoutera. Il n’est pas suicidaire.

Harlock ressortit de derrière le paravent et entreprit de déverrouiller la porte. Il avait passé un pantalon noir et un genre de perfecto, déniché dieu sait où, qui lui donnait l’air de Keanu Reeves dans Matrix.

— En revanche, si vous pouviez prendre l’air soumis une fois dehors, cela m’éviterait des ennuis avec les Jaffas.

— Wow, fit O’Neill. Vous vous êtes mis sur votre trente-et-un pour impressionner votre patron ? Vous savez que votre style vestimentaire ne colle pas tellement avec la mode goa’uld ?… À moins que vous ne vouliez lancer une nouvelle tendance…

— Pff… Pour votre gouverne, colonel, sachez que je possède aussi tous les accessoires, répondit Harlock en sortant un gantelet ouvragé de sa poche, sans toutefois l’enfiler.

— Je vois… La panoplie du parfait petit Goa’uld…

— Ne me cherchez pas… Le seigneur Ba’al avait mentionné votre tendance à être insolent. Vous vous comportez comme ça avec tous les Goa’ulds que vous rencontrez ?

— Non… Seulement avec ceux dans votre genre…

Harlock se contenta d’un grognement inaudible pour toute réponse.

Les trois vaisseaux asgards s’étaient mis en position d’attente derrière une des lunes de la planète, à l’abri des senseurs goa’ulds. Par mesure de précaution, Thor avait quand même fait activer les boucliers de camouflage. On ne savait jamais.

Il avait envoyé une sonde furtive dans la basse atmosphère. Elle avait peu de chances de se faire détecter, mais le risque existait. Il attendait avec appréhension son retour. S’il pouvait choisir, il préférait régler cette affaire discrètement.

Si sa présence était révélée, il craignait beaucoup plus la réaction des Terriens que celle des Goa’ulds. Ces derniers avaient un caractère fondamentalement guerrier. Ils prendraient cette ingérence comme une provocation et se débarrasseraient du problème par les armes – comme d’habitude. Mais les Terriens… Ils étaient trop curieux. Ils voudraient connaître le pourquoi de cette affaire. Ils lui poseraient forcément des questions embarrassantes.

Il ne regrettait pas ce qu’il avait fait ici par le passé. Il s’agissait de la survie de son propre peuple, mais il comprendrait parfaitement la réaction des Terriens s’ils venaient à l’apprendre.

Et il savait également que ce qui avait eu lieu sur cette planète n’était pas qu’une expérience asgard isolée…

Le colonel Phil Norton finissait son briefing préparatoire, face aux deux équipes SG rassemblées devant lui.

— N’oubliez pas ! disait-il. Il s’agit de reconnaître le terrain, pour préparer l’exfiltration de SG-1. Notre but est d’éviter une confrontation directe avec les forces jaffas.

— Que faisons-nous s’ils nous attendent à la sortie de la porte, mon colonel ? demanda un des hommes.

Norton se tourna vers la pirate rousse. Après une discussion animée avec Kei, elle avait finalement consenti à revêtir une tenue de combat du SG-C, mais aucune des remarques plus ou moins directes des officiers de la base sur les coiffures réglementaires de l’armée n’avait eu d’effet. Les cheveux de la jeune femme lui tombaient presque jusqu’aux genoux, et le contraste avec l’uniforme vert SG donnait un résultat plutôt déconcertant.

— Madame…

— L’Arcadia enverra de quoi faire diversion, répondit-elle. Il faudra profiter de la confusion pour franchir la porte et s’en éloigner.

— Vous voulez dire que nous ne laisserons personne pour garder la porte ? fit le même soldat qui avait posé la première question. Dans ce cas, comment allons-nous faire pour revenir ?

Norton essaya de ne rien faire paraître de sa nervosité. À ce stade de l’opération, la réussite dépendait uniquement de la capacité des pirates à tenir leurs engagements. Ce n’était pas tant le risque de rester bloqués une fois sur place que la réaction de leurs nouveaux alliés qui l’inquiétait.

À vrai dire, le général Hammond avait passé un certain temps à exposer à Emeraldas les dangers qu’une réponse armée disproportionnée ferait courir à la Terre.

— L’Arcadia nous récupérera, lâcha Emeraldas d’un ton qui laissait clairement entendre qu’elle aurait aimé que le vaisseau bombarde au passage la planète entière.

Il avait fallu l’intervention de Kei, puis celle du nabot qui passait apparemment pour un authentique génie de la mécanique aux yeux de l’équipage de l’Arcadia, pour qu’Emeraldas se range enfin à l’avis du général… Avec une mauvaise grâce évidente.

Norton soupira. Ce n’était pas cela qui rassurerait ses hommes.

— Trois de nos équipes, ainsi qu’un état-major, vont embarquer à bord de l’Arcadia, qui nous rejoindra dès que sa navigation en hyperespace sera réparée, déclara-t-il. Les Goa’ulds ne s’attendent pas à l’arrivée d’un vaisseau terrien. Il faudra profiter de cet avantage.

Emeraldas s’était tournée brusquement vers lui. Norton tiqua. Apparemment, personne ne l’avait mise au courant de ce petit détail… Bah, il fallait bien que quelqu’un se lance.

Au moins avait-elle eu la présence d’esprit de ne pas protester ouvertement devant son équipe. « Elle sait commander des hommes, c’est sûr… » pensa le colonel. Il faudrait juste qu’elle n’oublie pas à qui ils appartiennent.

Les soldats se dispersèrent pour rassembler leur matériel devant la porte des étoiles. Le colonel Norton s’apprêtait à retourner chercher les dernières informations auprès du général Hammond, mais Emeraldas se planta devant lui et le foudroya du regard.

— Il n’a jamais été question de faire embarquer qui que ce soit à bord de l’Arcadia ! s’exclama-t-elle.

— Et bien comme il s’agit d’une mission de sauvetage, il semblait évident d’envoyer d’autres renforts, se défendit Norton.

— L’Arcadia ne prend pas de passagers. Faites passer vos renforts par votre porte.

— Cette décision n’est pas de mon ressort, répondit Norton. Vous n’avez qu’à faire part de vos objections au général Hammond.

— Nous avions trouvé un accord, trancha-t-elle. Je refuse de recommencer des négociations interminables avec votre général. Dites-lui que je m’en tiendrai à ce qui a été décidé, et que personne n’a jamais été autorisé à monter à bord !

Un homme débraillé, peut-être un mécanicien de l’Arcadia pour ce que Norton pouvait en juger, s’approcha d’Emeraldas et lui glissa quelques mots. Elle décrocha un regard furieux au colonel et s’éloigna rapidement sans lui laisser le temps de protester.

— Alors ? fit O’Neill. Qu’a-t-il dit ?

Il essaya de ne pas trop faire ressortir le sarcasme. Après tout, il ignorait quelle pourrait être la réaction du Goa’uld s’il continuait à le provoquer de la sorte, mais il était curieux de savoir si Harlock et son symbiote avaient convaincu le tout-puissant Ba’al de leur bonne foi.

— Rien d’intéressant, répondit Harlock laconiquement.

— Vraiment ?

Le jeune homme ne desserra pas les dents tandis qu’il les raccom­pagnait à l’extérieur du bâtiment dans lequel Ba’al s’était installé.

Un Jaffa était venu trouver Harlock pendant qu’il faisait visiter le site des fouilles à ses prisonniers perplexes, détaillant par le menu les artefacts qu’il avait découverts et ses suppositions quant à leur utilité. Le jeune homme n’avait rien laissé paraître de plus qu’un léger pincement de lèvres, mais il n’en avait pas moins interrompu ses explications pour se rendre aussitôt chez Ba’al.

Il les avait plantés au beau milieu d’une antichambre, sans aucun Jaffa pour les retenir. Les trois « prisonniers » auraient pu sortir tranquillement sans que personne ne s’en rende compte… Que croyait Harlock ? songea le colonel. Qu’ils allaient attendre que Ba’al s’intéresse à eux ? Qu’avait-il dans la tête ?

… Question idiote. Il avait un serpent de trente centimètres collé à la colonne vertébrale, une saloperie de bestiole gris vert avec une collerette qui crachait et sifflait contre l’univers entier.

L’entretien avec Ba’al avait duré une quinzaine de minutes, mais O’Neill avait convaincu Carter et Teal’c de rester en place : si c’était avec le Goa’uld qu’ils discutaient, il avait visiblement ten­dance à vouloir traiter avec eux, et il fallait l’encourager dans cette voie. Peut-être même lui parler des Tok’ras. Si c’était avec Harlock… Il ne valait mieux pas lui causer davantage d’ennuis qu’il n’en avait déjà avec Ba’al.

Une escouade complète de Jaffas commandés par le primat Mel’tek les rejoignit à l’extérieur. Harlock leur lança un regard mauvais.

— Nous avons droit à une escorte d’élite ? demanda O’Neill.

— Je suis… commença Mel’tek.

— Je n’ai pas besoin de vos explications, coupa Harlock sèchement. Vous êtes ici parce que votre maître vous a demandé de lui rapporter mes faits et gestes. Vous pourrez lui dire que je n’ai pas l’intention de voler son ha’tak personnel pour m’enfuir avec les prisonniers. Et aussi qu’il a tort de camper sur ses positions.

Apparemment, la discussion s’était plutôt mal passée. Ba’al devait pourtant l’écouter, non ?

O’Neill préféra ne pas formuler sa remarque tout haut. Le jeune homme avait l’air davantage goa’uld que lorsqu’il l’avait retrouvé. Ce serait un manque de tact que de souligner ses erreurs.

— Mel’tek est tout à fait disposé à entendre vos théories, intervint-il malgré tout. Je crois qu’il se pose… certaines questions…

— N’écoutez pas ce que dit ce Tauri, seigneur Syssend’har, protesta Mel’tek. Ma loyauté est sans faille…

— Calmez-vous, dit O’Neill. Le seigneur Syssend’har a lui aussi des envies de… comment dire… s’émanciper du giron de son maître.

L’intéressé fixa O’Neill d’un air exaspéré.

— Finalement, fit-il, je me demande si c’était une bonne idée de vous sortir de votre cellule. Vous semblez prendre plaisir à perturber les croyances des gens partout où vous passez.

— C’est possible, répondit le colonel. Mais j’ai l’impression que c’est aussi votre cas.

— Je vois.

Harlock posa sur Mel’tek un regard calculateur.

— Nous sommes prêts, mon général, déclara Norton. Mais, euh… hésita-t-il en jetant un coup d’œil par-dessus son épaule, au sujet de la mission de SG-14…

— Plus tard, interrompit Hammond.

Le général pouvait apercevoir Emeraldas qui supervisait l’installation d’un appareil inconnu devant la porte des étoiles.

— Je m’en occuperai dès que vous serez partis, ajouta-t-il tout de même. Apparemment, l’équipage de l’Arcadia ne serait pas opposé à ce que nous embarquions à bord… En tout cas, c’est ce qu’affirme Kei, et c’est ce qu’a laissé entendre Tochiro Oyama à MacKay.

— Je préférerais franchir le vortex avec des certitudes, répondit Norton. Pour ma tranquillité d’esprit et celle de mes hommes.

Hammond ne pouvait pas le lui reprocher. Mais il savait qu’il n’obtiendrait rien en négociant avec Emeraldas. Elle considérait qu’elle avait fait assez de concessions et lui avait dit clairement.

Le général emmena Norton à l’écart.

— Je pense que vous comprendrez que nous aurons davantage de certitudes lorsque vous serez partis avec elle, fit-il avec un regard éloquent dans la direction d’Emeraldas.

— Mais, mon général…

— Elle commande un autre vaisseau, coupa Hammond. À partir du moment où l’équipage de celui-ci est favorable à l’embarquement d’équipes SG, cela ne devrait pas poser de problèmes.

— Mmm, répondit Norton, sceptique. Je remarque que vous préférez quand même attendre qu’elle ait quitté la planète…

— C’est vrai, concéda le général. Simple mesure diplomatique. Ce n’est peut-être pas son vaisseau, mais elle assure l’intérim du commandement. D’après les contacts que j’ai pu avoir avec les hommes d’équipage, ils n’outrepasseront pas ses ordres tant qu’elle sera là.

— Je vois, déclara le colonel. Belle mentalité militaire. Je ne suis pas sûr d’être rassuré en sachant que notre sauvetage dépend de l’aptitude de ces pirates à désobéir à leurs supérieurs… Vous vous rendez compte de ce qui peut se passer, mon général ?

— J’en suis conscient. Ce vaisseau est un électron libre. Mais pour l’instant, leurs objectifs sont les mêmes que les nôtres, parce qu’un des leurs est avec SG-1. Et je ne pense pas qu’ils vont laisser tomber Harlock maintenant, après toutes les difficultés qu’ils ont eues pour parvenir jusqu’à notre époque.

— Si vous le dites…

— Ils ne seraient pas ici, s’ils avaient voulu l’abandonner, insista Hammond.

— Bah, ils sont peut-être venus pour la fille…

Hammond renonça à convaincre le colonel. Il avait déjà du mal à se persuader lui-même, mais l’Arcadia était le seul moyen d’intervention dont il disposait.

Il garda pour lui les commentaires désabusés de Kei et du professeur Oyama au sujet du caractère de leur capitaine – et ce, qu’il s’agisse de l’intérimaire ou du titulaire. S’il en croyait l’état-major de l’Arcadia, ou ce qui du moins en tenait lieu, Harlock n’accueillerait pas à bras ouverts une équipe SG qui débarquerait de son vaisseau. Et apparemment, la réaction d’Emeraldas n’était qu’un avant-goût de celle d’Harlock.

Il avait bien remarqué que le jeune homme qui avait traversé la porte des étoiles était doté d’un caractère bien trempé, mais il semblait qu’il était encore loin de la vérité. Le général se demanda comment il devait prendre des phrases telles que « euh… Vous êtes sûr qu’on parle de la même personne ? » ou « Vous trouvez qu’elle est invivable, mais vous savez, lui, c’est pire »…

Il ne devait pas se voiler la face. Harlock commandait l’Arcadia. Un vaisseau pirate. Et son équipage le décrivait comme allergique à toute forme d’autorité.

Enfin… Ils ont l’air de prendre ça avec philosophie…

— Surtout, restez à bonne distance… déclara Harlock.

— Qu’est-ce que vous entendez exactement par « bonne distance » ? interrogea O’Neill.

— Abritez-vous derrière ce mur.

— Qu’est-ce que vous comptez faire ? intervint Mel’tek.

Harlock avait demandé au primat de les accompagner jusqu’à une carrière abandonnée, à presque deux kilomètres de la ville en ruines. Pour être juste, il avait ordonné au primat de venir. Sans ses Jaffas.

Le fait que Mel’tek ait obtempéré sans protester en disait long sur sa prétendue loyauté envers Ba’al.

— Je vais soumettre quelques grammes d’un des rochers que Ba’al considère comme sans intérêt à une température et une pression très élevées, répondit Harlock. L’équivalent d’un tir laser de grande intensité, en fait.

— Tiens ? ironisa O’Neill. Quand vous croisez une substance inconnue, votre première réaction est de tirer dessus à forte puissance ?

— L’expérience… rétorqua Harlock. Et, au passage, tu as oublié le « seigneur Syssend’har » dans ta phrase, Mel’tek.

— J’implore votre pardon, mon seigneur, fit celui-ci du tac au tac.

O’Neill soupira. Non seulement il supportait un Goa’uld qui semblait contrôlé par un humain apparemment de leur côté – ou l’inverse –, mais à présent le groupe s’était étoffé d’un Jaffa qui laissait filtrer des allusions à sa sympathie pour la rébellion, sans toutefois l’affirmer de vive voix.

De quoi s’y perdre.

— Mise à feu dans trente secondes, annonça Harlock.

— On peut regarder sans risque ?

— Ça dépend. Vous voulez devenir aveugle ?

— Oh.

— Quinze secondes. Vaut mieux pas regarder le flash en face, précisa tout de même Harlock.

La roche rougit, puis blanchit. Sa structure se modifia impercepti­blement, et des nervures bleuâtres apparurent. La matière sembla se concentrer, devint d’un bleu profond, se réduisit à un point…

Il y eut un bref, mais intense éclair à l’ouest des ruines.

— Commandant suprême, nous venons d’enregistrer un pic d’énergie caractéristique, et la sonde a relevé les traces de deux autres pics durant ces dernières heures… Ils ont trouvé.

Thor ne répondit pas immédiatement. Il savait ce qu’il avait à faire. C’était exactement ce qu’il aurait dû faire la première fois, plutôt que de préférer une solution moins définitive qui s’était révélée catastrophique. Le problème, c’était qu’il était trop proche des races inférieures. Il se laissait aller à des sentiments de sympathie, voire même d’amitié avec des habitants des planètes protégées. Aujourd’hui O’Neill, et autrefois…

Il n’était pas objectif dans ses missions. Il en était conscient, mais c’est ce qui créait la différence avec ses congénères. Qui le rendait plus efficace, aurait dit O’Neill.

— Commandant, insista la voix.

Elle appartenait à Vigrid, un scientifique plein d’avenir. Si tant est qu’on puisse parler d’avenir pour les Asgards.

— Commandant ? La procédure…

— Je connais la procédure, coupa Thor.

Il savait aussi qu’il ne pourrait jamais la respecter à la lettre.

— Préparez-vous à effectuer une reconnaissance sur le terrain, déclara-t-il. Je veux voir de mes propres yeux si le processus ne peut pas être stoppé à la base.

Et surtout sauver des vies, si possible.

— Serait-ce trop demander que de vouloir savoir ce que vous comptez envoyer par la porte avec cet engin, madame ? demanda Hammond.

La séquence d’activation avait débuté. L’équipe commandée par le colonel Norton attendait à proximité d’un hangar. Emeraldas donnait des consignes à toute vitesse à un des pirates qui… pour autant que le général puisse voir, était en train de « charger » le « canon » de l’appareil.

— Considérez que ce sont des genres de fumigènes, répondit Emeraldas sans se retourner.

— Donc, rien de dangereux.

— Je crée une diversion, fit Emeraldas, agacée. Vu la vitesse à laquelle les projectiles vont partir, il est possible qu’ils fassent un peu de dégâts, mais ça ne va pas exploser !

Elle secoua la tête, faisant voler ses cheveux roux.

— Bon sang, ajouta-t-elle. Je ne vais pas tirer à l’aveuglette à travers un vortex warp ! Je ne sais même pas ce qu’il y a derrière !

Le technicien leva le pouce à son intention. Emeraldas empoigna le bras du général et l’éloigna sans ménagement du dispositif.

— Écartez-vous. Il va faire feu dès que le vortex sera ouvert.

Le général regarda la porte. Six chevrons.

— Cela ne devrait plus tarder.

Ba’al scruta la cime des arbres qui lui masquait l’origine du flash. Il n’y avait eu aucun bruit. Juste cet éclair, d’une lueur étrange, presque bleutée. Quelques grammes, vraiment ?

D’après Syssend’har, la croûte planétaire entière était constituée de cette formation rocheuse. Il était debout sur une gigantesque bombe… Il y avait de quoi frémir.

La puissance demandée pour déclencher la réaction était énorme, mais pas insurmontable. Un bombardement orbital effectué par un simple ha’tak suffirait à déclencher… quoi exactement ? Un éclair bleu ? Syssend’har lui avait dit que la roche n’était pas détruite après un tel traitement. Selon lui, le flash n’était que la première étape d’un processus plus large qui finirait fatalement par aboutir à la destruction totale. Cependant, il ne s’agissait que d’une supposition. Ba’al était impatient de faire travailler ses chercheurs sur cette matière. Voilà qui lui donnerait un avantage certain sur tous les grands maîtres, et Anubis en particulier. Il repensa aux avertisse­ments de Syssend’har. Incontrôlable. Oui, peut-être que jadis, cette… arme était incontrôlable, ce qui expliquerait la disparition de la civilisation de cette planète, mais quoi que puisse en penser Syssend’har, la technologie goa’uld était parfaitement capable de maîtriser une telle puissance. Ba’al se détourna de la fenêtre.

Syssend’har… Lui aussi était incontrôlable. Il était venu lui exposer ses intentions. Il avait ignoré les ordres répétés et maintenu sa ligne de conduite, contre la volonté de Ba’al. Et pourtant il lui avait dit… tout ce qu’il avait fait ou découvert. Cette roche incrustée de supposés nano-robots. La libération des Tauris. Et même les velléités de rébellion de son primat. Il était visiblement influencé par son hôte humain, cet Harlock… À moins que ce ne soit l’inverse.

Mais cela aussi, il le lui avait dit. Comme s’il avait une autre carte en main. Un atout imparable.

Il y eut un choc sourd, et le ciel s’assombrit brusquement.

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