Stargate Arcadia : Toutes les étoiles par

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Crossover / Aventure / Action

10 Chapitre 7

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Chapitre 7

 

Harlock épousseta distraitement la poussière qui s’était déposée sur ses épaules.

— Eh bien ? fit-il. Qu’en pensez-vous ?

— C’est une jolie couleur, mais ce n’est pas très destructeur, non ? répondit O’Neill.

Il jeta un coup d’œil au centre de la carrière. Tout était encore en place, intact. Les seuls effets notables avaient été le flash initial, aussitôt suivi d’une onde de choc de faible amplitude qui avait néanmoins soulevé la poussière alentours.

— Je pense que nous n’avons assisté qu’au premier niveau de la réaction, mon colonel, intervint Carter. J’ai remarqué qu’il y a un temps de latence entre le moment où la roche réagit et celui du flash.

— Euh… Oui, et alors ? demanda O’Neill.

— Alors, continua Carter, c’est exactement ce qui est arrivé à notre porte des étoiles. L’énergie s’accumule à l’intérieur comme dans un condensateur, pour être brusquement libérée lorsqu’il y a saturation.

— Soit, fit le colonel. Lorsque le réservoir est plein, on obtient un éclair. Bleu. Et c’est tout. Pas vraiment impressionnant.

— Je ne crois pas, mon colonel, reprit Carter. Je crois qu’on peut continuer à injecter de l’énergie dans le réseau de filaments pour augmenter la puissance de la réponse… N’est-ce pas ? demanda-t-elle à Harlock.

— Il semblerait.

O’Neill médita un instant ces derniers mots. Même la simple intensité lumineuse de la réaction pourrait avoir un effet dévastateur si elle avait lieu au beau milieu d’une armée jaffa, pour ne prendre que cet exemple.

Et il essaya également d’imaginer un éclair plus lumineux. C’était difficile, en fait.

— Avez-vous tenté d’obtenir une réaction plus puissante ? demanda Teal’c.

— Non. Je me suis arrêté là dans le stade des expérimentations. Cela me suffit.

— Ah ?

— J’ai vu tout ce que je voulais. Et je connais déjà les effets à long terme de cette chose…

— À long terme comment ? fit O’Neill.

— Neuf siècles, colonel.

Le regard d’Harlock se perdit dans le vague. Il ne fallait pas oublier que le gamin possédait une bonne visibilité sur leur futur, songea O’Neill.

Le bruit d’un bâtiment qui s’effondrait se répercuta dans l’ancienne carrière.

— On dirait que vos effets à long terme sont plus rapides que prévus, déclara O’Neill.

— Je ne crois pas que ce soit lié… Une coïncidence…

Harlock observa pensivement le panache de fumée qui s’élevait des ruines.

— Dans ce cas, c’est la cavalerie qui arrive, fit O’Neill.

— Cela ne ressemble pas au général Hammond de s’annoncer de cette manière, rétorqua Carter. Peut-être une rébellion locale.

— Il n’y a pas suffisamment de rebelles dans les rangs de l’armée de Ba’al pour provoquer ça, déclara Harlock en fixant Mel’tek.

— Je vais sur le champ voir de quoi il s’agit, seigneur Syssend’har, répondit celui-ci, vexé.

Mel’tek s’éloigna aussitôt à grands pas en direction de l’ancienne ville. Harlock le suivit du regard, un léger sourire aux lèvres.

— C’est tout de même bizarre, cette fumée, dit O’Neill. Ça a l’air artificiel…

— Oh. Vous trouvez ? répondit Harlock d’un ton sarcastique.

Le jeune homme eut un geste désinvolte, mais n’ajouta rien.

— Il y a quelque chose que nous ignorons dont vous voudriez nous faire part ? demanda le colonel.

— Non, pas que je sache.

O’Neill se planta devant Harlock.

— D’accord, insista O’Neill. C’est vous qui avez manigancé tout ça ?

— Non… Inutile de me regarder avec cet air de reproche, protesta Harlock. Ça ne vient pas de moi… Mais cette fumée… a une couleur intéressante.

Curieusement, la brise qui soufflait ne semblait pas parvenir à la disperser. Le panache était gris foncé, et paraissait se concen­trer en un gros nuage compact. O’Neill estima qu’il devait bien s’élever à une centaine de mètres d’altitude… Et aussi qu’il devait avoir sa source plus près de la porte des étoiles que de la ville.

— Vous avez raison, colonel, lâcha finalement Harlock en s’arrachant à la contemplation du nuage. Ce doit être la cavalerie. Mais pas la vôtre.

— Comment ça, pas la mienne ?

— Vous connaissez quelqu’un capable de construire des fumigènes de cette puissance ?… Moi, oui… Et ils ont la même couleur, en plus…

— Votre vaisseau aurait réussi à rejoindre notre époque ? C’est la meilleure nouvelle de la journée !

Harlock secoua la tête.

— Par contre, d’un point de vue stratégique, ce n’est pas du tout le genre de Tochiro… S’il a fait ce à quoi je pense, il vaut mieux se rendre sur place. Je préférerais éviter des dommages inutiles…

Emeraldas franchit le vortex sans se soucier de savoir si les Terriens la suivaient. Le voyage en dimension warp ne dura que quelques secondes, puis elle se retrouva de l’autre côté, légèrement déséquilibrée.

La porte se dressait à l’extrémité d’une esplanade pavée, encadrée de colonnes. En face d’elle, à moins de cent mètres, un immeuble isolé achevait de s’effondrer. Le bâtiment avait pris à bout portant les deux projectiles qui avaient été tirés de la Terre. Les volutes caractéristiques des fumigènes de Tochiro s’échappaient déjà de ses ruines.

Une sentinelle avait remarqué sa présence, mais elle n’eut pas le temps de donner l’alerte. Emeraldas fit quelques pas pour l’examiner. C’était un alien d’une race qu’elle n’avait jamais rencontrée auparavant, vêtu d’une cotte de maille et armé d’un fusil laser primitif – plutôt une lance, à vrai dire. Un prototype du sabre qu’elle avait dégainé pour l’abattre.

Le brouillard artificiel s’épaississait.

Elle entendit derrière elle les hommes du colonel Norton se mettre en position de défense autour de la porte.

Le vortex se dématérialisa.

— Madame, protesta Norton, il faut coordonner notre action si nous voulons avoir une chance de réussir.

— J’aurais davantage de chances en n’ayant pas à vous supporter avec votre équipe, rétorqua Emeraldas.

— Je…

— J’ai l’habitude de travailler seule, coupa-t-elle.

Elle ferma les yeux, compta mentalement jusqu’à cinq.

Allez, fais un effort pour cette fois…

— Les fumigènes ne vont faire effet que pendant une dizaine de minutes, reprit-elle plus calmement. Il faut en profiter pour s’éloigner… dans une direction qui ne nous jette pas dans les bras de ses collègues, termina-t-elle en désignant la sentinelle étendue au sol.

— D’après le rapport de SG-1, la ville se trouve à trois kilomètres devant la porte. Il y a une route derrière le temple qui fait face à l’anneau… Enfin, ce qu’il en reste, déclara Norton en plissant les yeux pour distinguer les gravats à travers les volutes de brouillard.

— Parfait, répondit Emeraldas.

Elle hésita, mais décida qu’un peu plus de diplomatie ne ferait pas de mal. Après tout, ce colonel était le chef de la mission. Hammond le lui avait assez répété.

— Qu’est-ce que vous proposez ? demanda-t-elle.

— Euh… dit Norton qui avait l’air de ne pas en croire ses oreilles. La porte et la ville sont construites dans des cuvettes entou­rées de forêt. Nous allons progresser à couvert et gagner un bon point d’observation sur une de ces collines.

— Je vous suis.

Sur un signe de Norton, le groupe se dirigea vers le sous-bois le plus proche, à gauche du temple détruit. La fumée grise avait à présent envahi la cuvette, et la visibilité était réduite à quelques mètres.

— Mon colonel ? demanda un homme anxieusement. Ce brouillard… Ce n’est pas naturel…

— De la fumée colorée, intervint Emeraldas. Beaucoup de fumée. Inoffensif.

Le groupe s’enfonça entre les arbres.

— Je ne pense pas que nous ayons été repérés, déclara le colonel une fois qu’ils eurent parcouru une centaine de mètres sous les frondaisons.

— Faut pas se faire d’illusions, répliqua Emeraldas. Ils vont vite comprendre que le but de la manœuvre était de faire passer des troupes… Surtout quand ils vont trouver le garde que j’ai descendu. Notre seul avantage est qu’ils ne savent pas combien nous sommes, ce qui devrait les obliger à certaines précautions.

Norton hocha la tête pour acquiescer. Puis il fit un geste de la main, et le groupe reprit sa progression silencieuse.

O’Neill en avait assez de crapahuter derrière ce… enfin, derrière lui.

— C’est encore loin ?

— Silence !

Ils étaient à nouveau accompagnés par les Jaffas de Mel’tek. Le primat les avait rejoints avec son bataillon alors qu’ils étaient à mi-chemin entre la carrière et la ville. Harlock avait patiemment écouté son compte-rendu – qui lui demandait en particulier de retourner au plus vite auprès de Ba’al –, puis avait bifurqué pour s’enfoncer à travers bois. Et ils se rapprochaient davantage de la porte des étoiles que du QG de Ba’al.

O’Neill allongea le pas pour remonter à hauteur d’Harlock.

— Quelles sont vos intentions exactement ? demanda-t-il.

— Quelqu’un a franchi le Chaapa’aï. Probablement plusieurs personnes, d’ailleurs. Ils vont vouloir rejoindre les ruines. Ils ne vont pas passer par la route, et ils ne vont pas non plus tracer leur chemin tout droit…

— Et vous pensez qu’ils vont passer par ici ?

— Le terrain est vallonné. C’est ce qu’il y a de plus logique, répondit Harlock.

— Mouais… Mais vous n’avez pas répondu à ma question. Quelles sont vos intentions envers eux, si vous les trouvez ?

— Tout dépend de qui il s’agit, colonel… fit Harlock avec un demi-sourire.

Le Jaffa qui les précédait stoppa brusquement.

— Des mouvements suspects à environ cent mètres, seigneur Syssend’har, annonça-t-il quand Harlock arriva à son niveau.

Le jeune homme plaqua violemment O’Neill contre un pan de mur recouvert de végétation, faisant taire ses protestations d’un geste éloquent. Les Jaffas se camouflèrent derrière les fougères ou d’autres vestiges de maisons.

— Qu’est-ce que vous faites ? s’indigna O’Neill. Vous n’allez tout de même pas ouvrir le feu ?

— Taisez-vous ! siffla Harlock.

Le silence s’installa pendant quelques minutes qui parurent interminables au colonel. Puis des craquements se firent entendre distinctement. Un groupe s’approchait d’eux avec précaution. O’Neill scruta les frondaisons avec une pointe de panique. Bon sang ! S’il s’agissait d’une équipe SG, elle allait se faire canarder sous ses yeux parce qu’il était en train de faire confiance à un Goa’uld !

Le colonel s’apprêtait à avertir les autres de leur présence, mais Harlock le maintint contre le mur d’une main, l’étranglant presque. Il vit que Teal’c et Carter étaient tenus en joue par deux des Jaffas. Teal’c lui lança un regard de reproche. O’Neill haussa les sourcils en guise d’excuses – d’accord, il avait eu tort de croire que le jeune homme était de leur côté…

Un Jaffa bougea, agitant légèrement les branches du bosquet qui le dissimulait aux regards.

Un tir laser d’une redoutable précision traversa la végétation.

Le Jaffa s’abattit au sol.

— Jaffas ! cria Harlock. Arey’kree ! Misal’ta !

Harlock libéra sa prise du cou du colonel et dégaina un zat.

— Vous allez m’expliquer ce qui ce passe, à la fin ! fit O’Neill en tentant de reprendre son souffle.

— Bougez pas, répondit seulement Harlock.

Les Jaffas baissèrent leurs armes, l’air interdit. Quelques secondes s’écoulèrent.

Une branche craqua.

— Emeraldas ? appela Harlock.

Quelqu’un se dépêtra bruyamment de fougères géantes et autres plantes locales.

— Harlock ? Sors de là ! fit une voix de femme en retour.

L’intéressé sortit prudemment de l’abri du mur. O’Neill risqua un coup d’œil : ce n’étaient pas des soldats de Ba’al. Ça portait l’uniforme des forces terriennes. O’Neill reconnut les hommes de SG-6 (le colonel Norton ne devait pas être loin).

Néanmoins, malgré ses vêtements, la femme qui pointait un genre de sabre futuriste sur Harlock ne faisait assurément pas partie du SG-C. Non, O’Neill l’aurait forcément repérée : elle avait les cheveux d’un roux flamboyant qui lui descendaient jusqu’aux genoux, accrochant au passage quelques feuilles mortes.

Pas du tout militaire, comme coiffure…

— Une amie à vous ? demanda le colonel à Harlock.

Après tout, il l’avait appelée par son nom, et elle en avait fait de même. Le seul problème était qu’elle pointait toujours son sabre sur lui, et qu’Harlock la visait de son zat.

— Je la connais, oui… répondit Harlock en baissant légèrement sa garde.

— Et bien moi, je ne vous connais pas, rétorqua la femme froidement. Et je veux parler au véritable propriétaire de ce corps !

O’Neill haussa un sourcil. Harlock, lui, gratifia la femme d’un large sourire.

— Démasqué au premier coup d’œil, hein…

— Parfaitement. Alors ?

— Il est indisponible pour le moment. Faudra vous contenter de moi.

— Je ne pense pas que ce soit possible…

La femme avança son sabre, forçant Harlock à reculer.

— Lâche cette arme tout de suite, ordonna-t-elle.

Harlock baissa lentement son zat.

Puis il fit un signe aux Jaffas, qui s’étaient rapprochés et menaçaient les hommes de Norton, lesquels pointaient leurs armes en retour. Si quelqu’un éternuait, ce serait un carnage.

— Posez vos armes, fit Harlock à ses Jaffas.

— Mais, mon seigneur… tenta de protester l’un d’eux.

— Kol’chak ! coupa le jeune homme sèchement, de sa plus belle voix de Goa’uld.

Tous les Jaffas se raidirent au garde-à-vous et laissèrent aussitôt tomber leurs lances. La femme haussa les sourcils, mais baissa également son sabre.

— C’est plus grave que je ne pensais, déclara-t-elle.

— Je vais très bien, rétorqua Harlock d’un ton qui n’admettait pas de réplique.

Norton se rapprocha d’eux.

— Colonel… commença-t-il.

— Je ne compte pas vous livrer à Ba’al, ni vous tuer maintenant, coupa Harlock. Il faut d’abord s’occuper de cette planète… Le major Carter va vous expliquer, ajouta le jeune homme comme Norton le fixait d’un air ahuri.

Sur ces mots, Harlock entraîna Mel’tek avec lui à l’écart – suffisamment loin pour que ni O’Neill, ni aucun autre Terrien ne puisse entendre ce qu’il lui disait.

— Colonel O’Neill, reprit Norton, cet homme est un Goa’uld !

— J’avais remarqué, répondit O’Neill.

— Mais, Jack…

— Qu’est-ce qu’il aurait fallu que je fasse ? fit O’Neill en montrant les Jaffas qui les entouraient. C’est lui qui est du bon côté, question rapport de forces, je te signale…

— Goa’uld, c’est le mot que vous utilisez pour désigner cette possession du corps ? demanda la femme rousse.

— En effet, madame…

— Vous pouvez m’appeler Emeraldas, fit-elle.

— Colonel Jack O’Neill, se présenta celui-ci en retour. Les Goa’ulds sont une espèce parasite qui s’installe à l’intérieur du corps de leur hôte, continua-t-il… au niveau des premières vertèbres.

— C’était donc ça… dit-elle pensivement. Il y a quelque chose à l’intérieur de lui…

— Oui… Je suis surprise que vous l’ayez senti aussi vite, intervint Carter. Il faut avoir soi-même été l’hôte d’un Goa’uld pour posséder cette faculté.

— Il n’est pas vraiment dans son état normal, vous n’avez pas remarqué ? répondit Emeraldas avec une pointe d’ironie.

— J’avais remarqué qu’il était insupportable et qu’il n’en faisait qu’à sa tête, fit O’Neill. Et je n’ai pas trouvé qu’il y avait du changement depuis qu’il héberge un de ces serpents…

Thor et Vigrid s’étaient d’abord téléportés à la surface de la planète. L’endroit grouillait de Jaffas, mais ils avaient pu atteindre l’ancienne usine sans se faire repérer.

Le mur qui camouflait l’entrée s’était effondré, probablement à la suite d’une secousse sismique – et il y avait des traces de passage récentes. De nombreuses empreintes de pas s’étaient imprimées dans la poussière des couloirs.

Les deux Asgards avancèrent rapidement vers le centre du complexe. Les galeries avaient été explorées méthodiquement en partant de l’entrée. Certaines s’étaient effondrées, d’autres avaient été déblayées, mais les couloirs principaux étaient encore intacts.

Thor parvint enfin dans une vaste salle circulaire. Un large puits, condamné par une plaque métallique, avait été construit au centre de la pièce. Il était entouré de générateurs, des modèles asgards, qui tournaient encore au ralenti et emplissaient la salle d’un bourdonnement continu.

Il n’y avait plus d’empreintes à cet endroit.

— Le dispositif s’est étendu, commandant suprême, annonça Vigrid en consultant un petit analyseur qu’il portait en bandoulière.

— C’est ce que je craignais, répondit Thor. Les barrières énergé­tiques n’ont pas dû résister au temps, et la propagation a repris.

Thor soupira. À l’époque, lorsqu’il avait enfin compris comment fonctionnait cette chose, il avait essayé de minimiser les consé­quences. Il avait menti à tout le monde ici, y compris à lui-même. Il aurait dû empêcher tout cela. Mais il n’avait rien fait. Jusqu’à l’irrémédiable.

— Je vais me téléporter à proximité du cœur, dit-il à Vigrid. Tu n’es pas obligé de m’accompagner.

— Je ne vois aucune raison de ne pas vous suivre, commandant, protesta celui-ci.

— Nous ne savons pas comment a évolué la matrice initiale dans le cœur, répondit Thor. Les ondes énergétiques brouillent nos instruments, et il est possible qu’elles perturbent également le téléporteur. Je préfère que tu restes à la surface. Tu prendras le commandement de cette mission si jamais les choses tournent mal pour moi.

— À vos ordres, fit Vigrid à contrecœur.

— Mon général ! La communication téléphonique que vous avez demandée est dans votre bureau.

Hammond se détourna de la montagne de papiers administratifs répandus en tas épars sur la table de la salle de conférence.

Il avait réussi à négocier son départ avec les équipes SG qui partaient sur l’Arcadia, non sans mal : le chef d’état-major, à Washington, et le pré­sident lui-même n’avaient pas montré beaucoup d’enthousiasme à la perspective de le voir embarquer à bord d’un vaisseau pirate, accompagné des meilleurs éléments du SG-C. Il avait toutefois réussi à être persuasif.

En fin de compte, ses supérieurs avaient admis que les membres du SG-C pourraient toujours prendre la place des hommes de l’Arcadia, si les choses tournaient mal. C’est pour cette raison qu’il devait emmener le personnel nécessaire pour composer un équipage complet.

— Allô ?

La voix de la petite fille, à l’autre bout du fil, lui fit oublier un instant ses soucis du moment.

— Je ne pourrai pas venir vous voir ce week-end, ma chérie, répondit-il une fois que l’enfant eut fini de lui raconter les péripéties de sa journée de classe. Je suis obligé de partir pendant quelque temps.

La fillette laissa échapper un soupir de déception. Hammond était sur le point de rejoindre sa voiture pour profiter de la compagnie de sa famille avant son départ, mais Walter lui fit des signes insistants de l’autre côté de la vitre de son bureau, le ramenant aux réalités du SG-C.

— Je promets d’être là pour ton anniversaire, termina-t-il avant de raccrocher.

Le général resta quelques secondes à contempler le téléphone, puis revint en salle de conférence. Le sentiment d’excitation supplanta bien vite le pincement au cœur qu’il avait ressenti.

Il partait trop peu souvent en mission extérieure. Mieux valait profiter à fond de cette aubaine.

Et surtout ne pas trop penser à la réaction des pirates de l’Arcadia si jamais il devait prendre le contrôle de leur vaisseau par la force.

Emeraldas écarta d’un geste irrité les deux Jaffas qui faisaient mine de lui retirer son sabre et foudroya leur chef du regard. Celui-ci se contenta de sourire. Il souriait beaucoup trop. Ça accentuait son côté psychopathe. Elle se demandait comment elle allait pouvoir expliquer ça à Tochiro… Bah, il s’en rendrait probablement compte bien assez vite.

Le Jaffa le plus jeune fit une nouvelle tentative pour la débarrasser de ses armes. Elle se dégagea d’un mouvement souple. Le garde se retrouva avec le canon d’un cosmodragon collé contre la tempe.

— Rappelle tes soldats, si tu ne veux pas qu’il y ait des morts, lança-t-elle.

Elle s’était exprimée en standard. Tous ceux qui étaient à portée de voix la dévisagèrent, interloqués. Sauf un.

— J’ai l’avantage, fit-il. Tu ferais mieux d’obtempérer.

— Plutôt mourir !

— Ça peut s’arranger…

Néanmoins, il n’esquissa pas l’ombre d’un geste pour l’obliger à se rendre.

Elle ignorait les capacités physiques de l’alien, mais connaissait très bien les faiblesses du corps qu’il avait emprunté. Il le savait, à coup sûr.

— Je propose une trêve, déclara-t-il.

— Cela veut-il dire que tu renonces à m’ôter ceci ? demanda-t-elle en agrippant la poignée de son sabre.

— Non. Cela veut dire que tu pourras te déplacer librement, sous réserve que tu aies toujours un de mes Jaffas avec toi… Je sais très bien que tu peux être dangereuse même sans cet attirail.

— Oh. Je vois, répondit-elle, sarcastique. Il y a eu partage des connaissances, n’est-ce pas ?

— En effet…

Il la fixa d’un air amusé.

— Content de ton petit effet ? demanda-t-elle.

— Assez.

Il semblait trouver la situation très drôle. Elle guetta un moment d’inattention de sa part, afin de prendre le dessus.

— Ça ne marchera pas, fit-il.

— Qu’en sais-tu ?

Il ne répondit rien, mais se tendit légèrement. Emeraldas observa un instant les soldats aliens – les Jaffas – et les Terriens. Tous s’étaient figés dans une sorte de statu quo, attendant l’issue du duel.

Elle bougea, dégainant son poignard d’un seul mouvement félin. Il ne recula pas. Il se contenta de saisir son bras, arrêtant la lame à quelques centimètres de lui.

— Je suis plus rapide.

— Fascinant. Et bon à savoir pour la prochaine fois, répondit-elle d’un ton neutre.

— Il n’y aura pas de prochaine fois.

Il lui broyait le poignet, la forçant à lâcher son poignard.

Elle ne pouvait pas riposter, et il la désarma facilement avant de la repousser violemment, la jetant au sol.

— Que les Terriens et le shol’va jettent leurs armes ! ordonna-t-il en brandissant le cosmodragon d’Emeraldas. Ou je fais ouvrir le feu !

— Nous n’avons aucune raison de vous obéir ! lui répondit le colonel O’Neill.

— Jaffas, kree !

Les Jaffas s’étaient positionnés de façon à encercler les humains, ne leur laissant que peu de chances de s’enfuir.

— Vous pensez pouvoir survivre à un tir croisé, colonel ?

— Et toi ? demanda Emeraldas. Tu crois que tu vas pouvoir t’en tirer comme ça ?

— Ne te fais pas d’illusions, répliqua-t-il. Je sais très bien que si tu es là, alors Tochiro ne devrait pas tarder… Et je doute fort que lui vienne à pied !

— Je ne te laisserai jamais l’Arcadia !

— Vraiment ? Et comment comptes-tu m’en empêcher ? Je suis quand même le capitaine de ce vaisseau.

— Non. Pas toi

— Cela ne devrait pas trop perturber l’équipage, à mon avis. Je ferai ce qu’ils attendent de leur capitaine, au début… La transition se fera en douceur.

— Ça m’étonnerait que tu aies compris toute la subtilité des rela­tions qu’Harlock entretient avec son équipage, rétorqua Emeraldas. L’Arcadia ne fonctionnera pas de cette manière.

Néanmoins, elle craignait que Tochiro et les autres ne remarquent pas immédiatement le problème… Tochiro risquait de se douter de quelque chose, bien sûr, mais il aurait probablement du mal à identifier la cause exacte. Les cas de parasitages comme celui-ci n’étaient pas très courants, à leur époque.

Elle devait absolument éviter de se faire écarter.

— Il me faut ce vaisseau, fit-il en haussant les épaules.

— Très bien, céda-t-elle. Fais comme tu veux.

Il faudrait qu’elle prévienne Tochiro le plus vite possible, avant que tout l’équipage ne se soit fait débarquer… ou ait été abattu.

— Emmenez-les aux prisons de l’ancienne ville, ordonna-t-il aux Jaffas.

— C’est ta définition du mot « trêve » ? ironisa-t-elle.

Il se retourna vers elle. Toute trace d’amusement avait disparu de son regard.

— Écoute bien, répondit-il froidement. Je sais très bien ce que tu projettes. Je sais que votre technologie médicale est tout à fait ca­pable de libérer mon hôte de ma présence. Mais je te préviens. Je ne me laisserai pas faire…

Il s’approcha d’elle et lui serra le bras. Son œil s’illumina une fraction de seconde.

— Je ne pourrai peut-être pas vous empêcher de m’ôter de ce corps, lui souffla-t-il à l’oreille. Mais avant je m’assurerai d’y avoir fait suffisamment de dégâts pour qu’il soit définitivement irrécupérable…

— Tout le personnel à son poste. Décollage imminent… Je répète. Tout le personnel à son poste.

Daniel avançait à contre-courant. Les membres de l’équipage de l’Arcadia se hâtaient vers leurs postes respectifs, qui apparemment se trouvaient tous dans la direction opposée à celle qu’il voulait prendre.

Kei lui avait proposé de la rejoindre en passerelle. Elle avait simplement oublié de lui indiquer le chemin pour s’y rendre.

Il stoppa brusquement, et fut gratifié de plusieurs regards noirs et d’une bourrade peu amicale destinée à lui faire dégager le passage. En toute logique, la passerelle devait se situer en haut, songea-t-il. Mais où diable était l’ascenseur ?

Il avait tenté de se renseigner auprès des autochtones, en vain : ceux qui n’étaient pas trop pressés pour répondre lui retournaient un sourire d’incompréhension poli. Il fallait absolument qu’il se mette à cet anglais du futur.

— Allô ? Hé, jeune homme ! Je vous parle !

— Hein ? Euh, désolé, j’étais ailleurs… répondit Daniel machinalement.

Il baissa les yeux sur un petit bout de femme d’un certain âge qui tenait un couteau de cuisine de taille respectable dans chaque main. Il recula comme elle les agitait violemment sous son nez tout en lui posant une question.

— Excusez-moi, madame, mais je ne comprends pas votre langue…

— Ce vaurien de chat m’a encore volé un poisson, fit-elle plus lentement. Vous ne l’auriez pas vu, par hasard ?

Daniel ferma les yeux et compta mentalement jusqu’à trois en respirant profondément. Puis il regarda à nouveau devant lui.

La femme était toujours là. Ses couteaux aussi. Il devait avoir mal compris.

— Vous parlez anglais ? demanda-t-il, histoire de reprendre pied.

— Non, mais si j’enlève de mon vocabulaire tous les mots d’origine extraterrestre, je devrais obtenir quelque chose qui se rapproche assez de votre propre langue, vous ne croyez pas ?

— Euh…

— Le captain y arrive bien, lui, et je peux vous assurer que l’étude des langues anciennes ne fait pas partie de ses passe-temps.

— Euh…

— Alors, ce chat ? Vous l’avez vu ?

— Désolé, non, répondit Daniel, qui cherchait un moyen d’échapper au flot de paroles. Je cherche la passerelle…

— En haut.

— Ben, justement…

Son interlocutrice eut un sourire condescendant et pointa un de ses couteaux vers le plafond.

— Vous ne savez pas où se trouve le haut ? C’est par là.

Génial. Il ne restait plus qu’à passer à travers les cloisons.

— J’ai peur de m’être égaré. Pouvez-vous me montrer le chemin ? demanda-t-il.

Même si la perspective de se faire guider par cette folle armée de couteaux de cuisine ne l’emballait guère, cela valait mieux que d’errer au hasard dans les coursives. Tant qu’à faire, il préférerait assister au décollage depuis la passerelle.

— Je dois retourner en cuisine, sinon ce volatile de malheur va en profiter pour chaparder les meilleurs morceaux, rétorqua la femme.

— Je croyais que c’était un chat ?

— Ah, celui-là ! J’espère bien qu’il n’aura pas l’audace de revenir !

« C’est une vraie ménagerie, ce vaisseau ! », songea Daniel, qui s’interrogea un instant sur l’utilité d’héberger un chat et un oiseau dans un vaisseau spatial. Bah, peut-être possédaient-ils également des rats, ou des cafards. Il n’en était plus à une absurdité près.

Un cri strident interrompit le cours de ses pensées. Une bestiole non identifiée, mais néanmoins munie de plumes noires passa en rase-mottes au-dessus de sa tête et de celle de la cuisinière, qui brandit une lame menaçante dans sa direction.

Un vautour ?

— Qu’est-ce que c’est que ce truc ?

— Ce truuuc ! Ce truuuc ! répéta l’oiseau, comme s’il voulait le narguer.

Un perroquet ?

Ça ne ressemblait pas à un perroquet. Ça ne ressemblait à rien de connu. C’était un volatile entièrement noir, avec le corps et l’envergure d’un vautour, un coup maigre d’échassier et un long bec recourbé jaune orangé. Et de petits yeux vicieux.

C’était l’oiseau le plus moche que Daniel ait jamais vu.

— Il appartient au capitaine, fit la cuisinière. Il s’appelle Tori-san.

Ah. Daniel prit note de discuter avec Harlock de ses goûts esthétiques en matière d’animaux de compagnie.

— Quant à moi, je m’appelle Masu, continua la femme. J’essaye de fournir une nourriture équilibrée à cette bande d’alcooliques.

— Je suis Daniel Jackson, répondit celui-ci tout en se demandant si la cuisinière incluait le capitaine dans la description.

Masu soupira.

— Allez, venez, fit-elle en s’éloignant dans la coursive. Je ne vais pas vous laisser déambuler comme une âme en peine…

— Les moteurs sont parés à manœuvrer ! Tous les systèmes sont au vert !

— On décolle ! Ascension verticale, puissance réduite ! ordonna Tochiro.

Il se retourna au bruit des portes coulissantes. Masu avança vers le centre de la passerelle, accompagnée d’un des Terriens du vingt-et-unième siècle.

— Je vous amène un invité, annonça-t-elle.

— J’avais demandé à ce que tous les passagers restent dans les quartiers qui leur ont été assignés, lui reprocha Tochiro sèchement.

— Je…

— C’est moi qui lui ai proposé de venir, interrompit Kei… Vous arrivez juste à temps, Daniel, ajouta-t-elle à l’intention du visiteur.

Tochiro grogna. Le général Hammond lui avait demandé la permission d’embarquer avec un détachement du SG-C à bord de l’Arcadia à peine une heure après le départ d’Emeraldas. Tochiro se doutait bien de la raison qui avait poussé le général à attendre, mais il avait néanmoins accepté.

La situation le mettait cependant dans une position délicate. D’un côté, il comprenait Hammond et ses hommes, et admirait leur détermination à secourir une de leurs équipes, mais de l’autre, il savait qu’il allait contre l’avis d’Emeraldas — et contre celui d’Harlock.

Le général n’avait pas discuté lorsque Tochiro avait posé ses conditions à leur embarquement : aucune circulation de personnel dans le bord, et pas d’interférences dans les décisions de commandement jusqu’à ce qu’il les dépose sur la planète d’arrivée.

Il espérait simplement pouvoir garder le contrôle des événements. Hammond lui avait fait implicitement comprendre qu’il n’hésiterait pas à prendre le commandement si jamais cette opération de sauvetage ne se déroulait pas comme il le souhaitait.

Le dénommé Daniel s’était installé derrière la console de Kei. Tochiro sourit. Daniel laissait plus souvent ses yeux se poser sur la chevelure de Kei que sur la console de navigation dont elle devait être en train de lui expliquer le fonctionnement.

Il faudrait qu’il lui parle franchement avant de retrouver Harlock.

— Je comprends mal, déclara Norton une fois que Carter eut fini de lui résumer la situation. Vous dites que l’arme dont nous a parlé le professeur Jackson serait cette planète ?

— Apparemment, répondit O’Neill. Enfin, c’est ce que prétend notre… ami, ajouta-t-il en désignant Harlock.

L’intéressé se contenta de hausser les épaules. Les Jaffas les avaient désarmés et les escortaient à présent vers la ville.

O’Neill n’avait pas encore mentionné le fait qu’ils n’empruntaient pas le chemin le plus court. Teal’c et lui avaient échangé un regard éloquent lorsque le groupe s’était enfoncé dans le sous-bois, prenant un sentier à peine dessiné plutôt que la route qui, O’Neill le savait pour l’avoir fait dans l’autre sens, menait directement à ce qu’Harlock appelait « les prisons ».

Il avait renoncé à comprendre le comportement de ce Goa’uld – puisque visiblement la fille du futur affirmait qu’il s’agissait bien du Goa’uld. Même en supposant qu’il veuille faire cavalier seul et supplanter Ba’al, il n’arrivait pas à lui trouver de stratégie cohérente.

Ce n’était pas logique ! Il avait forcément une bonne raison d’agir de la sorte.

— À quoi ressemble cette arme, exactement ? intervint Emeraldas.

— C’est un système qui utilise la nanotechnologie, expliqua Carter. Je n’ai pas encore eu l’occasion de l’étudier en détail, mais je suppose que les nano-robots forment une sorte de « réseau synaptique » connecté à un centre névralgique contrôlant l’ensemble… et qui doit également jouer le rôle du détonateur.

— D’un point de vue extérieur, ajouta O’Neill, ça ressemble à n’importe quel rocher inoffensif, sauf que celui-là explose en bleu.

Carter lui jeta un regard de reproche qu’il fit mine d’ignorer. Il aimait assez résumer avec ses mots les tirades scientifiques de son major. Il savait que cela avait le don de l’exaspérer.

Emeraldas l’agrippa soudainement par la manche.

— Vous avez dit bleu ? demanda-t-elle.

— Euh… Oui, fit O’Neill. Harlock a fait exploser un échantillon devant nous. Pas de bruit. Juste une onde de choc accompagnée d’une lumière bleutée éblouissante.

La fille le fixa encore quelques secondes, puis eut une expression donnant à penser qu’elle venait de trouver une pièce maîtresse du puzzle.

— Eh, toi ! cria-t-elle à l’intention d’Harlock. Euh… Le parasite voleur de corps !

— Syssend’har, répondit celui-ci.

— Syssend’har. D’accord. Tu permets que je t’appelle Sen ?

— Non.

Emeraldas eut un sourire indéfinissable.

— Ça explose bleu ? fit-elle.

— Je savais que tu serais intéressée, répondit Harlock.

— Mmm… Mais c’est bleu… de quelle couleur précisément ?

— La bonne couleur, sourit Harlock.

Il regarda d’un air amusé O’Neill, qui suivait la conversation sans comprendre où Emeraldas voulait en venir. Si elle aussi se mettait à agir bizarrement, où allaient-ils…

Harlock reporta son attention sur Emeraldas, et son expression redevint sérieuse.

— J’ai fait plusieurs tests, et il n’y a aucun doute, déclara-t-il. C’est un système ash. Qui enveloppe toute la croûte planétaire.

— Impossible, rétorqua Emeraldas.

— Tu oublies que nous sommes neuf cents ans plus tôt, répondit Harlock. D’autre part, je me suis penché sur la position de cette planète dans la galaxie… C’est assez édifiant.

Emeraldas observa pensivement le sentier et la végétation qui l’entourait, laissant son regard se perdre entre les arbres.

— Nous sommes au point zéro, fit-elle.

— Il semblerait.

O’Neill se décida à interrompre l’échange.

— Temps mort ! intervint-il. Serait-il possible de décoder pour les pauvres humains de l’époque actuelle ?

Harlock prit le temps de considérer O’Neill de la tête aux pieds, comme s’il se demandait si cela valait la peine de répondre ou pas. Quelques longues secondes pendant lesquelles il se désintéressa d’Emeraldas, qui marchait à sa droite… Hors de son champ de vision.

Rapide comme l’éclair, la fille s’élança, arracha l’arme à la ceinture d’Harlock et se mit aussitôt hors de portée d’un bond en arrière.

— Ne bouge pas ! ordonna-t-elle tout en reculant. Un geste, un mot à l’intention de tes Jaffas et je tire.

Harlock ne répondit rien, mais il esquissa un demi-sourire. Emeraldas resta une fraction de seconde sur le qui-vive, puis elle tourna les talons brusquement et s’enfonça rapidement entre les arbres.

Un Jaffa la mit en joue, tache rousse encore visible dans la végétation.

— Kree Ol’na, fit Harlock.

Le Jaffa laissa retomber sa lance.

— Que fait-on, mon seigneur ? demanda Mel’tek.

— Rien. Elle sait tout ce qu’il faut qu’elle sache. Elle fera… exactement ce que je souhaite. Et rien qui puisse m’inquiéter.

Il fit un geste, et le groupe reprit sa marche, plus ou moins en direction des ruines de la ville.

— Vous l’avez laissée partir exprès ? demanda O’Neill.

— C’est possible.

Le colonel attendit que le Goa’uld développe le sujet, mais rien ne vint. Cela commençait à l’énerver sérieusement.

— Écoutez… reprit-il, en essayant de garder un ton calme. J’apprécierais que vous nous fournissiez quelques explications sur vos objectifs, plutôt que de nous balader d’un point à un autre comme du bétail !

— Ça ne vous plaît pas ?

— Non… Bon sang ! Dites-nous au moins ce que vous voulez, on pourra peut-être vous aider !

— Je n’ai pas besoin d’aide.

— Très bien… Mais est-ce que vous pourriez simplement clarifier les choses…

— Je ne vois pas pourquoi, coupa Harlock.

— Eh bien… J’aimerais savoir à quoi m’en tenir vous concernant.

Harlock soupira.

— Vous ne me faites pas confiance. Quoi que je puisse dire, cela ne servira à rien.

— Ça pourrait nous faire changer d’avis, tenta O’Neill.

— Je ne pense pas, non. Et dans le cas contraire, je me chargerais de vous rappeler que je suis Goa’uld… Vous savez, les ennemis de la Tauri, rétorqua Harlock, ironique.

— Je n’ai pas l’impression que vous le soyez tout le temps…

Le jeune homme le dévisagea d’un œil intéressé.

— Qu’est-ce qui vous fait croire ça ?

— L’instinct…

— Et vous vous fiez à votre instinct plutôt qu’à l’opinion d’Emeraldas ? Elle me connaît mieux que vous, pourtant…

— Mmm… Mais je connais mieux les Goa’ulds, répondit O’Neill évasivement.

À vrai dire, il s’agissait plus d’une sensation fugitive… et aussi le fait que ce Goa’uld ne se comportait vraiment pas comme ses congénères.

O’Neill avait rencontré un certain nombre de ces serpents. Chaque individu possédait la totalité de la mémoire de l’espèce, transmise génétiquement. Par essence, ils étaient plutôt du genre conservateur : le système féodal, les maîtres et les esclaves et tout le cérémonial qui allait avec. Généralement, ils ne jetaient pas tout ça aux orties sur un coup de tête… Surtout de cette façon cyclique qu’O’Neill avait pu observer avec Harlock.

Bien sûr, ils pouvaient être en présence d’un Goa’uld souffrant de troubles psychiques…

Mais mieux valait ne pas y penser.

Il fallait qu’elle contacte l’Arcadia dès sa sortie de l’hyperespace. Les Jaffas ne lui avaient pas ôté son communica­teur. Elle l’avait pro­grammé pour envoyer un message automa­tique en boucle.

Lorsque le vaisseau serait en orbite, Tochiro recevrait son message presque aussitôt. Elle espérait simplement que ce serait le premier message qu’il écouterait. Avec les moyens dont elle dispo­sait, elle ne pouvait pas faire plus rapide. Quant à l’autre, ce Syssend’har, il possédait probablement un système de détection avancé qui lui annoncerait tout vaisseau en approche…

Emeraldas s’adossa un instant contre un arbre pour reprendre son souffle. Elle avait zigzagué plusieurs minutes dans la forêt, s’appliquant à brouiller sa piste.

Personne ne l’avait suivie. Voilà qui confirmait sa première impression : il l’avait laissée partir. Il avait créé les conditions idéales pour qu’elle s’enfuie, en détournant volontairement son attention.

Elle ignorait pourquoi il avait fait ça. En tout cas, elle devrait prendre garde à ne pas agir selon les plans de cet alien.

Elle ferma les yeux, essaya de rassembler tous les éléments qu’elle possédait. Les mettre bout à bout pour obtenir une ligne directrice cohérente… Il y avait trop peu de données, et toutes venaient du Goa’uld. Il avait distillé ses informations au compte-gouttes, suffisamment pour la forcer à agir, mais bien peu pour lui permettre de deviner ses intentions.

Son communicateur bipa. L’appareil reprenait le message du début. Emeraldas vérifia que l’autonomie était suffisante avant de reprendre sa marche.

Voyons… D’après les cartographies de la planète qu’elle avait pu voir sur Terre, elle devrait trouver un terrain dégagé pour faire atterrir l’Arcadia au sud de la porte des étoiles.

La forêt se clairsema quelque peu. Elle entraperçut des bâtiments derrière les arbres. Elle avait atteint la ville sans le vouloir. Elle allait devoir faire demi-tour pour éviter les patrouilles ennemies.

Un mouvement attira son attention. Une silhouette se découpa fugitivement sur un pan de mur plus clair. Elle repensa à ce qu’avait dit le Goa’uld : « c’est un système ash. »

Elle avait ressenti la présence d’Harlock lorsqu’elle parlait avec Syssend’har. Il n’était pas bien loin derrière la personnalité de l’alien. Elle le connaissait suffisamment pour savoir qu’il ne devait pas laisser un parasite emprunter son corps aussi facilement.

Il était forcément en train de lutter pour reprendre le contrôle. Peut-être même arrivait-il à revenir en surface de façon éphémère…

« Toute la planète a été dégradée. » Harlock savait ce que cela impliquait pour elle. Il savait ce que cela impliquait pour le futur.

Le point zéro…

La silhouette se découpa à nouveau. Il n’y avait plus aucun doute.

Ash…

Tout le reste était secondaire. L’Arcadia, Harlock… Ils attendraient.

Elle avait un rendez-vous plus urgent.

Pour Râmétal…

Le général Hammond essayait d’oublier MacKay, qui se plaignait de ne pas pouvoir examiner les systèmes d’armes de l’Arcadia à sa guise depuis dix bonnes minutes. Il tenta de se concentrer sur autre chose, P4X-48C, SG-1, 6, 12, les chaises de la salle commune dans laquelle ils s’étaient installés, n’importe quoi…

En vain. Le monologue du scientifique canadien accaparait tout. Ce devait être sa stratégie pour parvenir à ses fins : saturer ses interlocuteurs jusqu’à ce qu’ils cèdent afin d’avoir la paix.

« Tiens bon », songea le général, « il finira par se lasser… »

Cela ne semblait pas être le cas. MacKay venait d’entamer un nouvel argumentaire – au sujet de la propulsion, cette fois.

— C’est une occasion unique, mon général, continuait-il. Ce vaisseau a été conçu sans l’appui des Asgards. Si je peux comprendre comment il fonctionne, je pourrais être en mesure de m’affranchir de la technologie asgard et développer un système de propulsion hyperspatiale spécifiquement humain ! Il faut absolument l’étudier pendant le voyage !

Il avait raison, évidemment. Mais la situation était déjà suffisamment tendue pour risquer de mettre le feu aux poudres.

— Le professeur Oyama m’a fait comprendre que ce sujet était assez sensible, lâcha Hammond en se morigénant intérieurement.

Il s’était juré de ne pas se laisser entraîner dans la conversation.

— Mais ce vaisseau est à la pointe de la technologie ! protesta MacKay.

— Justement, rétorqua le général. D’après ce qu’en dit son équipage, ce vaisseau semble déjà être d’un niveau de technologie supérieur aux standards du trentième siècle. Vous vous rendez certainement compte qu’il est normal de rencontrer un peu de… réticence… Ce qui est tout de même mieux qu’une franche hostilité.

— Mais… commença MacKay.

Il allait se lancer dans une nouvelle plaidoirie. Le général céda.

— Voyez avec le docteur Jackson, coupa-t-il. Il a de bons contacts avec la jeune fille. Peut-être pourra-t-il vous aider.

D’accord, ce n’était pas très fair-play de renvoyer cet enquiqui­neur vers Daniel Jackson, mais Hammond avait peur que MacKay continue à le harceler tant qu’il n’aurait pas obtenu satisfaction.

Il était certain de ne pas pouvoir le supporter.

Ba’al consultait l’écran de contrôle principal de son ha’tak, vaguement inquiet. Les relevés des sondes-espion qu’il avait laissées en bordure du système planétaire indiquaient l’arrivée d’au moins deux vaisseaux, peut-être trois.

Les sondes n’avaient pas pu suivre la trajectoire des vaisseaux à l’intérieur du système, pas plus qu’elles n’avaient pu déterminer leurs types avec précision, mais les informations transmises étaient cependant appréciables.

Ce n’étaient pas des ha’taks goa’ulds, ce qui ne laissait en fin de compte que peu de possibilités. Rares étaient les peuples qui possédaient une technologie capable de naviguer en hyperespace, et encore plus rares étaient ceux qui s’aventuraient très loin de leur planète d’origine, et aucune civilisation avancée ne s’était développée de ce côté-ci de la galaxie. C’était bien trop près des territoires contrôlés par les Goa’ulds.

Il ne restait plus qu’une solution. Les Asgards. Qu’est-ce que ces vermines grises venaient faire par ici ? Cette planète ne faisait pas partie de celles qu’ils protégeaient. En vertu du traité qui avait été signé des siècles auparavant, ils n’étaient pas censés interférer.

Néanmoins, depuis quelque temps, Ba’al avait observé une recrudescence des incursions asgards. À vrai dire, depuis que la Tauri avait pris contact avec eux. Cette situation avait engendré un nouveau traité, qui incluait la Terre dans la zone de protection asgard – mais qui ne couvrait pas les équipes d’exploration qui s’aventuraient sur d’autres planètes.

Les Asgards ne pouvaient pas se permettre de venir secourir les Tauris qui se trouvaient sur cette planète. Leur race dégénérée était faible et, s’ils rompaient le traité, ils ne pourraient jamais faire face aux flottes goa’ulds. D’autant plus que, d’après les sources de Ba’al, ils avaient déjà du mal à contenir la menace des réplicateurs dans leur zone d’influence.

Alors pourquoi étaient-ils venus à plusieurs autour de cette planète ? Ba’al n’avait jamais vu plus d’un vaisseau asgard – et un seul pilote à son bord – à la fois. Et voilà qu’au moins deux d’entre eux orbitaient à proximité. Ils devaient s’être dissimulés dans l’ombre du satellite. Une tactique standard, mais très efficace. Ba’al regarda à nouveau ses écrans. Aucun vaisseau détecté dans l’orbite planétaire. Évidemment. Il repensa à l’arme de Syssend’har.

Se pourrait-il que…

Vigrid analysait sans trop de conviction les ruines de l’an­cienne usine. Effectivement, il retrouvait des traces du dispositif partout dans les roches. La concentration diminuait au fur et à mesure qu’il s’éloignait du cœur, mais si celui-ci était activé acci­dentellement, le résultat serait assurément catastrophique.

Il ne comprenait pas bien pourquoi le commandant suprême Thor était aussi troublé. Il ne s’agissait après tout que d’un ancien dispositif de défense qui avait échappé au système de contrôle automatique. Il suffisait de déclencher l’activation du cœur pour l’empêcher de s’étendre davantage, et leurs vaisseaux étaient suffisamment rapides pour quitter la zone de déflagration lorsque la planète exploserait.

Il contourna un mur effondré et se rapprocha un peu plus de la limite de la ville. La végétation stoppait la progression des nanomachines. En toute logique, ses analyses devraient être négatives dans la forêt. Il allait déclencher un enregistrement une fois parvenu sous le couvert des arbres et prélever quelques échantillons avant de se téléporter à son vaisseau.

— Décélération en cours. Préparez-vous à la sortie de l’hyperespace. Attention pour un top… Top ! Rematérialisation. Système de camouflage enclenché. Calcul des paramètres pour une orbite géostationnaire. J’envoie des sondes pour un balayage global de la zone.

Seule une infime perturbation du continuum, et peut-être une ombre furtive au moment où le vaisseau vert passait dans l’espace réel, signala son arrivée au-dessus de la planète.

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