Stargate Arcadia : Toutes les étoiles par

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Crossover / Aventure / Action

12 Chapitre 9

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Chapitre 9

 

Sam Carter avait vainement tenté d’échapper à MacKay, mais le Canadien dirigeait l’équipe scientifique, et comme il était exclu qu’elle ne se tienne pas au courant des détails de l’arrivée du vaisseau d’Harlock…

Elle avait bien essayé d’entraîner un assistant à l’écart pour qu’il lui fasse un rapide compte-rendu, mais MacKay semblait avoir des yeux partout. Bon, elle n’allait pas se plaindre du contenu scientifique de l’exposé de MacKay, c’était juste que… le personnage était insupportable, voilà tout. Elle soupira.

C’est vrai qu’il y a de quoi être exalté.

Elle-même, tout à l’heure… Elle espéra qu’elle ne se comportait pas de manière aussi égocentrique lorsqu’elle avait la possibilité d’étudier de près une technologie aussi avancée.

Mmm, non. Impossible.

À en juger par la façon dont geignait MacKay cependant, l’Arcadia n’était pas un vaisseau facile à étudier. Évidemment. Carter se doutait bien que des pirates arrivant juste du futur pour secourir leur capitaine aient vu d’un mauvais œil l’intrusion de militaires et de scientifiques terriens sur leur vaisseau. En particulier si l’un d’entre eux les avait harcelés pour qu’ils démontent leurs installa­tions. Parfois, elle se demandait si MacKay faisait bien la différence entre son laboratoire de recherche et une opération sur le terrain.

Le scientifique n’avait pas encore mentionné la porte des étoiles. Elle allait le lui rappeler lorsqu’elle fut interrompue par le colonel O’Neill.

— Suivez-moi, major, fit-il. Nous sommes attendus chez le général… Et vous aussi, MacKay, ajouta le colonel alors qu’il repartait.

Finalement soulagée de couper court aux tirades de MacKay, Carter emboîta le pas au colonel aussitôt, après un rapide signe de tête au Canadien qui pourrait éventuellement passer pour un geste d’excuse.

— Il s’agit de la porte des étoiles, mon colonel ? demanda-t-elle.

— Oui. D’après ce que j’ai compris, il y aurait un ingénieur, sur l’Arcadia, qui serait disposé à réparer la porte… Apparemment, la panne ne se limiterait pas au DHD, expliqua O’Neill comme Carter s’apprêtait à protester. Ils sont intervenus directement sur la porte en zone 51, et ils veulent faire la même chose ici.

— Pff… renifla MacKay, qui les suivait de peu. Je serais surpris que ces pirates le fassent gratuitement.

— C’est justement ce qu’on va définir, MacKay, répondit O’Neill.

Le colonel avait l’air ennuyé. Probablement de devoir traîner MacKay. À moins que cette expression chagrine ne soit due à la présence des pirates. Connaissant le goût du chef de SG-1 pour les méandres diplomatiques, Carter se doutait qu’il devait éprouver quelque sympathie pour les tactiques proposées par les hommes d’Harlock – à coup sûr à l’opposé de celles préconisées par le SG-C.

À proximité de la tente de commandement, Teal’c était en grande discussion avec le groupe des Jaffas. Teal’c plaidait la cause de la rébellion, et expliquait les termes de l’alliance avec la Terre. Le débat avait l’air houleux.

Daniel se trouvait un peu plus loin, accompagné par une jeune femme blonde que Sam n’avait vue que sur les photos qui étaient jointes au dossier « Harlock ». Elle semblait remise de son passage mouvementé par le vortex. Aux sourires qu’elle échangeait avec Daniel, leur conversation ne devait pas avoir grand-chose à voir avec les problèmes actuels.

— On dirait que Daniel ne s’est pas ennuyé pendant notre absence, commenta simplement le colonel.

À l’écart, Emeraldas les observait froidement. Lorsque le tas de vêtements surmonté d’un chapeau posé à côté d’elle bougea, Carter se rendit compte qu’il y avait quelque chose de vivant à l’intérieur.

Oups, j’ai failli commettre un impair. Ça a l’air humain, en plus.

— Jack, enfin !

Phil Norton surgit de nulle part et les entraîna d’autorité vers la tente d’Hammond. Il affichait une expression soulagée.

— Nous n’attendions plus que vous. On va pouvoir commencer.

— Pas trop tôt, grommela Emeraldas, suffisamment fort pour être entendue.

Un tic nerveux crispa la bouche de Norton.

Les principaux protagonistes s’installèrent tant bien que mal à l’intérieur de la tente. L’équipe SG-1 au complet – Daniel toujours avec sa nouvelle amie –, Hammond, MacKay et Norton prirent place autour de la table de briefing de campagne qui y avait été installée. Mel’tek choisit de rester debout près de l’entrée. Emeraldas fit de même, mais libéra une place en foudroyant Norton du regard. Celui-ci s’empressa de se lever, cédant son siège au petit bonhomme au poncho et au chapeau qui le faisaient ressembler à un gros champignon.

— Messieurs, commença le général une fois que les va-et-vient de chaises et de personnel furent un peu calmés, le professeur Oyama ici présent – il fit un geste en direction du champignon – va nous exposer les réparations à effectuer sur la porte des étoiles de cette planète. Nous déterminerons ensuite la meilleure stratégie pour approcher la porte… Je rappelle que cette opération est notre priorité, insista Hammond.

— Général… commença Emeraldas.

— Je n’oublie pas votre capitaine, miss, coupa le général. Mais le récupérer présente plus de paramètres inconnus que la réparation de la porte. Je préfère traiter les problèmes par ordre de difficulté… D’après votre propre rapport, continua Hammond devant la moue sceptique d’Emeraldas, il est passé du côté de Ba’al. Je ne crois pas qu’il se montre très… coopérant.

— Ce n’est pas son genre, intervint Oyama.

— C’est un Goa’uld ! Vous ignorez ce dont ils sont capables…

— Mais je pense savoir ce dont est capable Harlock.

— Le Goa’uld est un parasite intelligent, rétorqua Hammond. Une entité avec son propre esprit. Il ne s’agit pas d’une altération de la personnalité, ou d’une quelconque forme de démence. Tant que le symbiote ne sera pas enlevé du corps de votre capitaine, vous devrez le considérer comme une autre personne. Un ennemi.

Emeraldas bougea, et sembla un instant prête à contre-attaquer. À son expression, la même que celle des deux autres pirates présents – à la fois dubitative et légèrement ennuyée –, ce n’était pas la première fois qu’on leur assénait cette tirade. Et visiblement, la sentence recevait le même accueil buté à chaque fois.

— Le SG-C affronte les Goa’ulds depuis quelques années maintenant, reprit le général. Nous avons amassé une bonne quantité d’informations sur eux…

Seul le pincement de ses lèvres trahissait l’exaspération du général.

— C’est d’accord, lâcha finalement Emeraldas. De toute façon, il faut avancer… Tochiro ?

Le professeur Oyama sortit un cube métallique des replis de son poncho et l’activa. Une figure en trois dimensions d’une porte des étoiles se matérialisa au-dessus.

— Voici une représentation schématique du générateur warp que vous appelez « porte des étoiles », dit-il.

« Schématique ? » songea Sam, abasourdie. « C’est le plan le plus détaillé que j’ai pu voir de la porte jusqu’à présent ! »

— Les circuits endommagés apparaissent ici en rouge, continuait le professeur. Le travail de réparation n’est pas très complexe en soi, mais nécessite une grande précision.

— À combien de temps estimez-vous l’opération ? demanda le général.

Le professeur répondit par une grimace désolée.

— Difficile à dire… Une demi-heure, si les conditions extérieures sont optimales.

— Par « optimales », vous entendez « si personne ne nous tire dessus » ? intervint O’Neill.

— C’est ça.

— L’Arcadia peut fournir un appui feu aérien pour couvrir la zone, renchérit Emeraldas. Cela permettra au moins d’éviter une opération de reconquête au sol qui est bien partie pour être un désastre.

— Pas question ! trancha Hammond. Que faites-vous du ha’tak de Ba’al ?

— Il sera facile de le neutraliser dès le décollage.

— Vous oubliez qu’Harlock est certainement à l’intérieur, rétorqua le général.

La jeune femme rousse croisa les bras, visiblement agacée.

— C’est pour cette raison qu’il faudrait d’abord le récupérer, marmonna-t-elle.

Cependant, elle n’insista pas davantage lorsque le général exposa sa propre stratégie pour reprendre la porte des étoiles.

Globalement plus élaborée… Moins binaire.

Ba’al était en train de terroriser le chef de la dernière patrouille qu’il avait envoyé en reconnaissance du côté du campement Tauri. Le Jaffa faisait de son mieux pour rester stoïque.

Ba’al caressa un instant l’idée de poursuivre son interrogatoire. Le garde semblait sur le point de craquer psychologiquement. À l’évidence, il ne convenait pas du tout à ce poste ; autant le briser définitivement.

Non.

Le Goa’uld eut une moue dégoûtée, et congédia le Jaffa d’un simple geste. Il n’avait pas le temps de s’amuser.

— Tu as une brillante idée à me soumettre pour passer leurs lignes de défense ? demanda-t-il en se retournant.

Aucune réponse. L’intéressé lui lança un regard mauvais, tentant une fois de plus de se dégager des liens qui l’entravaient.

— Tu te rends bien compte que tu te condamnes à mort ? fit Ba’al en saisissant son ex-vassal par les cheveux.

— Vous avez encore besoin de moi, siffla l’autre entre ses dents, sans toutefois laisser échapper le moindre gémissement de douleur.

— Je n’en suis pas certain, répondit doucement Ba’al. Tu as eu accès à des informations sensibles et je n’arrive pas à être fixé précisément sur ta position à mon égard… Pour faire simple, tu es bien trop dangereux pour que je puisse courir le risque de te laisser me fausser compagnie.

Ba’al observa avec une joie cruelle l’expression fugitive de panique qui traversa le regard de l’humain. C’était trop rare pour ne pas en profiter.

— Tu n’as pas du tout envie de mourir de cette manière, n’est-ce pas ?

Harlock baissa la tête.

— Il faut contacter directement l’Arcadia, répondit-il à contrecœur. Ils enverront une navette.

— Vraiment ? Et je suppose que les Tauris ne tenteront rien ?

— Votre petite guerre avec le SG-C ne m’intéresse pas, rétorqua Harlock sèchement. Ce que je veux, c’est rentrer chez moi, à mon époque… Et sans ce foutu parasite, ajouta-t-il en secouant la tête.

— Et pour ça, tu es prêt à me permettre de marquer des points contre la Terre ? Ta propre planète ?

— Je connais mes ennemis, répliqua l’humain.

Ba’al leva un sourcil étonné. Cela voulait-il dire qu’il n’était pas considéré comme un ennemi ?

Il savait qu’il prenait des risques lorsqu’il avait neutralisé Syssend’har, l’empêchant de reprendre le contrôle de son hôte. S’il avait facilement percé à jour les motivations typiquement goa’uld de son ex-vassal – prendre le pouvoir –, il n’arrivait toujours pas à cerner les objectifs d’Harlock. Depuis le début, l’humain avait agi de telle sorte qu’aucun des deux camps ne puisse déterminer précisément sa position.

— Je ne doute pas que les Tauris t’aient briefé en détail sur leurs adversaires, reprit Ba’al.

Harlock sourit.

— Le grand seigneur Ba’al a peur qu’un vaisseau du futur ne mette fin à son règne ? fit-il, sarcastique.

— Tu ignores l’étendue de ma puissance, répondit Ba’al d’un ton méprisant. Ma flotte pourrait écraser ton vaisseau si j’en donnais l’ordre.

Le Goa’uld ne reçut en retour qu’un regard sceptique.

— À condition qu’elle soit à proximité, lâcha Harlock.

— Comment…

— Votre système de protection informatique est très… archaïque.

Ba’al rumina l’information sans répondre. S’entendre dire que le système de sécurité dernier cri qui lui avait coûté une petite fortune – sans compter les ingénieurs qu’il avait fallu abattre une fois les travaux terminés – était archaïque !

C’était plutôt vexant.

— Quoi qu’il en soit, reprit Harlock, l’Arcadia possède la puissance de feu nécessaire pour détruire ce ha’tak… Et sans forcer, en plus. Si ce n’est pas déjà fait, c’est que nous n’avons aucun intérêt à le faire.

Ou qu’ils tiennent à te récupérer intact. Je ne te ferai pas confiance si facilement. Je ne suis pas le colonel O’Neill.

— Très bien, déclara Ba’al. Je vais te laisser les appeler. Mais rappelle-toi bien une chose : je n’ai pas l’intention de me faire piéger. C’est pour cette raison que j’ai mortellement blessé le symbiote que tu portes. Syssend’har est trop faible maintenant pour te contrôler ou même régénérer ses tissus. Il mourra lentement, en libérant petit à petit ses fluides dans ton organisme. Rassure-toi, je connais l’antidote à ce genre d’empoisonnement…

Ba’al détacha Harlock d’un coup sec. Le jeune homme tomba à genoux, puis se redressa en se massant les poignets.

— Par contre, si tu cherches à me doubler, finit Ba’al, tu mourras. C’est compris ?

— C’est parfaitement clair, répondit Harlock.

— Et bien sûr, cela va sans dire que si les Tauris me prennent, je serais dans l’impossibilité de te fournir le moindre antidote… Alors tu sais ce qu’il te reste à faire…

Le général Hammond coupa la communication et interrogea le chef de SG-1 du regard.

— Au moins, maintenant, nous avons un moyen de pousser Ba’al à négocier, commenta celui-ci.

— Mmm… Mais que pensez-vous de leur présence ici, colonel ? demanda le général.

— J’aimerais croire que Thor s’est déplacé en personne pour nous secourir… Mais de toute façon, ça n’explique pas comment il aurait été averti aussi vite. Les Asgards n’ont pas d’informateurs sur le terrain. Ils se tiennent au courant des mouvements goa’ulds en interceptant leurs communications.

L’équipe SG-1 avait rejoint le général au PC transmissions juste après le briefing. Thor les avait contactés. Il avait annoncé se trouver en orbite de P4X-48C. Avec trois vaisseaux asgards.

— Ils ne peuvent pas être là par hasard, intervint Carter. C’est un déploiement trop important pour une simple patrouille de routine.

— Ils sont venus à cause d’Harlock, déclara Teal’c.

— Comment ça ?

— Le colonel O’Neill a appelé Thor après l’incident avec la porte, lors de notre retour. Il lui a montré les vidéos de l’explosion du vortex.

— Exact, fit O’Neill. Il m’a d’ailleurs dit qu’il s’agissait d’une anomalie spatiale naturelle.

— Il me semble étrange que trois vaisseaux asgards se déplacent simultanément et aussi rapidement pour un simple phénomène naturel, continua Teal’c.

— Thor prétend qu’il s’agit d’une expédition scientifique, reprit O’Neill en haussant les épaules.

— Je trouve qu’une telle puissance de feu n’est pas appropriée pour ce genre de mission, rétorqua Teal’c.

Hammond opina. Les Asgards intervenaient rarement dans le conflit qui opposait humains et Goa’ulds, et uniquement dans les cas où le traité conclu entre les trois partis était violé.

Or P4X-48C n’entrait pas dans la liste des planètes protégées.

Et à sa connaissance, aucune action des Asgards n’avait jamais impliqué plus d’un vaisseau.

À l’intérieur de l’Arcadia, Emeraldas s’étira sur son fauteuil. Elle regarda le visiophone de la console de transmission, noir depuis quelques minutes.

— Qu’est-ce que tu en penses ? demanda-t-elle à Tochiro, debout derrière elle.

— Je ne sais pas trop, répondit-il. On devrait peut-être tenir compte des avertissements du SG-C.

— Je les ai écoutés, fit-elle, agacée. Je suis avertie. Mais ça ne m’empêchera pas d’aller le chercher.

Elle entendit Tochiro soupirer. Elle savait bien ce qu’il se préparait à dire. Mais parfois, il fallait cesser de tergiverser. Agir.

Elle fit pivoter son fauteuil et sourit à Tochiro.

— Je prendrai toutes les précautions nécessaires… Ne t’inquiète pas.

Harlock continuait à fixer, sans le voir vraiment, le panneau de contrôle sur lequel il s’appuyait. Il sentait nettement les effets de son empoisonnement, à présent. Des gouttes de sueur perlaient le long de ses tempes. Il passa machinalement la main sur sa nuque.

— Eh bien ? s’impatienta Ba’al.

— Ils vont venir, répondit-il.

Il avait la gorge sèche, et retint difficilement une quinte de toux.

— Où ? insista le Goa’uld.

— Ici.

Il y avait peu de risques que Tochiro n’ait pas appliqué la procédure normale. Il avait dû effectuer un scan de la planète dès que l’Arcadia était arrivée en orbite. Dans le cas contraire, ce ha’tak devait représenter la plus grosse masse métallique à la surface de cette planète. Et il ne possédait pas de dispositif de camouflage…

Ba’al lui saisit le poignet d’un geste impatient et lui tordit le bras derrière le dos.

— Aïe, lâcha Harlock dédaigneusement.

— Ne joue pas au plus malin avec moi, siffla Ba’al. Ça ne t’avantagera pas.

— Je sais.

Ba’al intensifia le mouvement de torsion, une lueur mauvaise dans les yeux. Il était contrarié, et Harlock en connaissait parfaitement la raison. Quelque part, le capitaine possédait encore un avantage sur Ba’al : le Goa’uld ne comprenait pas son « anglais dégénéré ».

Harlock eut soudain envie de se gifler.

Idiot ! Tu aurais pu leur dire n’importe quoi, cet alien ne s’en serait même pas aperçu !

Au lieu de cela, il avait fait exactement ce que lui avait demandé Ba’al. Ce devait être la fièvre.

Le Goa’uld le tira violemment en arrière.

— Est-ce qu’ils t’ont donné un délai ?

Harlock espéra que son équipage ne ferait pas preuve de trop d’enthousiasme et ne viendrait pas se jeter sans réfléchir dans les bras de Ba’al.

— Non… Mais ils n’ont aucune raison d’attendre.

Dans tous les cas, il faisait confiance à Emeraldas pour garder la tête froide. Contrairement aux autres, elle avait rencontré Syssend’har. Et il était quasiment sûr qu’elle en avait gardé un mauvais souvenir. Il avait tout fait pour ça.

Elle ne se ferait pas facilement piéger par un autre Goa’uld.

La porte latérale du hangar à navettes s’ouvrit avec un léger grincement de vérins, rappelant s’il y en avait besoin que la structure de l’Arcadia n’était pas encore totalement remise de son voyage temporel. La main sur la commande d’ouverture, Tochiro scruta la végétation qui s’offrait à ses yeux d’un air inquiet.

— Le camp est de l’autre côté, fit Emeraldas depuis le fond du hangar. Ainsi que la porte des étoiles, le vaisseau alien et Harlock.

— Mmm… grogna Tochiro, peu convaincu. Je persiste à croire qu’il faudrait tout de même prévenir le général Hammond.

— Pas question ! trancha-t-elle. Pour encore s’entendre dire que c’est dangereux, il faut être prudent, ils savent s’y prendre mieux que nous, et bla, bla, bla ! J’en ai assez de perdre mon temps à discuter, surtout pour apprendre que je ne suis pas capable de me battre correctement !

— Je ne crois pas que quelqu’un t’ait dit ça, répliqua Tochiro doucement.

— Ça revient au même ! coupa Emeraldas.

Tochiro sourit. Elle ressemblait bien à Harlock sur ce point. L’un comme l’autre, une fois qu’ils avaient une idée en tête, c’était relativement difficile de les faire changer d’avis – voire impossible, d’ailleurs.

— Ce ne sera pas long, reprit Emeraldas. Je fais juste un aller-retour.

Il eut une moue dubitative.

— Un jeu d’enfant, continua-t-elle en lui souriant. Je te promets de ne pas sortir de la navette ni de couper les gaz. Je me pose, je stoppe le bouclier d’invisibilité, il monte, on repart… Facile !

N’empêche. Il n’était pas rassuré. Il ne savait pas dire pourquoi, peut-être parce que cela paraissait facile, justement.

— Tu as cru tout ce qu’il t’a dit ? demanda-t-il à la jeune femme.

Elle baissa les yeux.

— Non, pas vraiment, concéda-t-elle. Mais il n’avait pas l’air en forme. Je me fais du souci pour lui.

— Moi aussi.

Il soupira.

— Qu’est-ce que tu attends ? fit-il. Vas-y…

Elle fit demi-tour, et s’installa aux commandes de la navette. Elle décolla après un dernier signe de la main rassurant.

Elle activa le camouflage avant même d’avoir quitté le hangar. Tochiro suivit quelques secondes des yeux la légère perturbation atmosphérique qui trahissait la présence de l’appareil, mais la perdit bien vite. Il tenta de se persuader que c’était la bonne solution, mais il n’arrivait pas à se débarrasser de ce sentiment de malaise qui l’oppressait.

Il referma le hangar.

Emeraldas lui avait laissé le soin de prévenir l’équipage de l’Arcadia.

Bon. Soit il s’exécutait, et considérait le SG-C comme négli­geable et complètement inutile, soit il essayait d’insuffler un peu plus de transparence dans les relations avec leurs ancêtres du vingt-et-unième siècle.

Quand je pense qu’à bord de ce vaisseau, nous prônons la liberté et le dialogue entre les peuples.

Va pour la transparence. Parfois il avait vraiment l’impression d’être le dernier rempart de raison contre la piraterie brute.

Ça m’apprendra à confier mon vaisseau à n’importe qui.

Il ne lui restait plus qu’à convaincre le général Hammond que non, malgré les apparences, ils n’étaient pas décidés à faire exactement le contraire de ce qu’il demandait.

Jack O’Neill se repassait mentalement les différentes phases de l’opération à venir, penché sur les photographies aériennes du site de la porte des étoiles. Il ne devait pas se voiler la face. La mission était risquée : il s’apprêtait à attaquer un site parfaitement défendu, avec des adversaires conscients de l’imminence de leur arrivée. C’était d’autant plus frustrant qu’il avait à disposition, pour une fois, tout l’armement nécessaire pour nettoyer la zone.

Il soupira. Il savait bien que les Goa’ulds riposteraient à une attaque de grande ampleur avec une puissance proportionnelle, et même supérieure. Inutile de montrer aux pirates de l’Arcadia qu’il mourait d’envie d’appliquer leur méthode. Comment ferait-il, une fois que ceux-ci seraient repartis avec leur vaisseau ? Il y avait peu de chances qu’Harlock offre l’Arcadia au SG-C en remerciement. Il y avait peu de chances que le SG-C revoie Harlock, en y réfléchissant.

O’Neill releva la tête des photos. À propos, où donc restaient-ils, ces pirates ? Vu son impatience pendant le briefing, il aurait cru qu’Emeraldas serait la première à être prête, mais elle était curieusement absente.

Au grand soulagement de Norton, remarqua-t-il, qui était en train de passer en revue son équipe.

— Colonel O’Neill ?

Quand on parle du loup…

Le professeur Tochiro Oyama, et Kei. Toujours pas d’Emeraldas en vue.

Si seulement elle pouvait bouder dans son coin jusqu’à ce que tout soit fini.

— Oui ?

— Je crains qu’Emeraldas ait décidé de ne pas vous attendre, déclara Oyama.

Zut.

— Quoi ? intervint le général Hammond, qui se trouvait à portée de voix. Je croyais qu’elle avait fini par accepter notre point de vue !

— C’était le cas, répondit Kei. Mais nous avons reçu des éléments nouveaux depuis.

— Comment ça ?

— Harlock a appelé, fit Tochiro.

— Harlock ? s’étonna O’Neill. Bon sang ! On vous a pourtant dit…

— Je sais ce que vous avez dit, coupa Tochiro. C’est d’ailleurs pour ça que je suis venu vous prévenir pendant qu’Emeraldas fait un « petit aller-retour » jusqu’au vaisseau alien.

— Elle est partie ? s’effara le colonel. Les guetteurs n’ont rien vu !

— Il y a quelques minutes, confirma le petit ingénieur. Dans une navette et avec un bouclier d’invisibilité.

— Ah.

— Elle devrait déjà être arrivée, continua Tochiro. Et théoriquement, elle pourrait même être déjà revenue…

Il échangea un regard avec Kei, qui eut un haussement d’épaule impuissant.

— Je lui avais dit que c’était une mauvaise idée, finit-il, fataliste.

— Vous n’avez pas tenté de la retenir ?

— Vous savez, sourit Kei, ce n’est pas parce nous sommes ses contemporains que nous avons plus de succès que vous.

Intrigués, Teal’c et Norton s’étaient rapprochés du groupe.

— Que se passe-t-il, colonel O’Neill ? intervint Teal’c.

— Il semble que Mademoiselle Emeraldas soit partie en éclaireur, expliqua le général.

— Alors là, quelle surprise ! s’exclama Norton ironiquement.

— Cela risque de compromettre notre action, déclara Teal’c.

— D’autant plus que la victoire était loin d’être acquise, renchérit Norton.

O’Neill croisa les bras, et fixa les deux pirates.

— L’objectif est de réparer la porte des étoiles, dit-il. Vous avez une autre solution pour y arriver ?

— Je ne peux pas le faire à distance, répondit Tochiro. Quant aux autres solutions…

Il fit un geste éloquent en direction des canons de l’Arcadia.

— … Je peux vous proposer quelque chose de rapide, efficace et définitif qui entraînera plus que probablement des représailles sévères que vous n’êtes pas en mesure de contenir avec votre armement actuel.

— Je vois que vous êtes conscient du problème, commenta O’Neill.

— Il faut bien qu’il y ait quelqu’un de sensé dans notre équipage.

— Eh ! protesta Kei.

Jack repensa aux vaisseaux asgards en orbite. Évidemment, la solution la plus facile serait de convaincre Thor de les aider. Il se demanda comment les pirates réagiraient s’il leur apprenait que trois autres vaisseaux aliens se trouvaient en orbite.

Au moins Tochiro ne semblait pas avoir envie de tirer sur tout ce qui bouge, lui. Peut-être était-ce le moment d’en parler.

Teal’c prit la parole avant qu’il n’ait eu le temps d’aborder la question.

— Il faut avancer l’attaque dès maintenant, général Hammond, déclara-t-il.

Hammond hésita visiblement. Le colonel savait qu’il pensait à la même chose que lui. Les Asgards…

— Ce ne sera pas nécessaire, répondit quelqu’un pour lui, derrière O’Neill.

Une voix connue. Non humaine. Ba’al.

— Nom de… ! jura Norton en saisissant son zat.

Le Goa’uld arborait un sourire sarcastique. Il tenait Harlock par le poignet et lui pointait une arme derrière l’oreille. Le jeune homme avait l’air plutôt… Hmm… Verdâtre était la couleur qui convenait. Apparemment, il semblait mal supporter son Goa’uld personnel.

Il semblait mal supporter le Goa’uld qui le tenait en respect, également. Comme Harlock faisait un mouvement plus violent pour se dégager de la poigne de Ba’al, celui-ci lui tordit le bras jusqu’à ce que le jeune homme tombe à genoux.

— Général Hammond, colonel O’Neill, Teal’c, salua Ba’al d’un ton faussement courtois.

Personne ne prit la peine de répondre. O’Neill aperçut du coin de l’œil les équipes SG se mettre en place en demi-cercle autour d’eux.

— Je suis venu vous annoncer que je ne vois aucun inconvénient à ce que vous interveniez sur le Chaapa’aï de cette planète, continua Ba’al. Aucun des Jaffas qui me sont restés fidèles ne vous opposera de résistance.

— Sans blagues, lâcha O’Neill. Vous nous laissez le contrôle de la planète ?

— Je vous laisse le contrôle de la porte, nuança Ba’al. Bien sûr, il y a une contrepartie…

— Je savais que ça ne serait pas si simple. Allez-y. Qu’est-ce vous voulez ?

— Oh… répondit le Goa’uld doucement. J’ai déjà obtenu ce que je voulais, colonel…

O’Neill eut soudain un frisson désagréable. Qu’avait tramé ce serpent ?

— Baissez vos armes, tous !

— Emeraldas ? s’étonna Kei.

La jeune femme ignora Kei. Elle était accompagnée de quatre autres pirates, tous armés de fusils d’un type inconnu du colonel.

Encore une de leurs armes futuristes. Du gros calibre, visible­ment. O’Neill avait pu apprécier le sabre laser d’Emeraldas : plus précis et nettement plus puissant que les lances jaffas, et pourtant beaucoup plus compact.

Il n’osait pas imaginer les dégâts que pourrait causer ce fusil.

D’autant plus que la pirate rousse ne pointait pas son arme en direction de Ba’al.

— Du calme, tenta d’intercéder Tochiro.

Il avait lui aussi l’air dépassé par la tournure des événements.

— Que se passe-t-il ? continua-t-il. Je croyais…

— La donne a changé, coupa Emeraldas. Nous partons. Maintenant.

Elle fit un signe de tête vers Ba’al.

— Avec lui… Et sans vous et vos hommes, général Hammond, finit-elle.

L’infirmerie de l’Arcadia.

À la limite de son champ de vision, Harlock pouvait entrevoir le docteur Zero, penché sur l’écran d’ordinateur de son bureau. Lui-même était allongé sur la table de diagnostic, dans une salle annexe au bureau du médecin.

Il avait mal à la tête… Il avait mal partout, en fait. Il se souvenait plus ou moins de son arrivée au camp de base SG, avec Ba’al, mais le reste était flou. Il avait dû perdre connaissance à un moment ou un autre.

Le capitaine s’assit, s’apprêta à se lever, et se rendit rapidement compte que c’était une erreur. À la douleur s’ajoutait maintenant une vague de nausées. À l’évidence, ce bon docteur ne lui avait encore administré aucun traitement contre le poison qui courait dans ses veines.

Refusant de s’avouer vaincu, il fit quelques pas hésitants pour sortir de la pièce. Il se demanda vaguement pourquoi la porte ne voulait pas rester en place avant que ses jambes ne se dérobent sous lui. Son organisme était en train de perdre le combat contre les toxines de Syssend’har.

Au moins Ba’al n’était plus dans les parages immédiats. Il allait peut-être mourir, mais il ne risquait plus de se faire arracher le bras. Il tenta de se relever une nouvelle fois, mais bizarrement, le plancher semblait s’escamoter sous ses mains à chaque fois qu’il essayait d’y prendre appui.

Entre deux flashs colorés qui lui donnaient l’impression d’avoir été transporté dans une discothèque à la mode, il aperçut le docteur Zero se diriger vers lui. Les lèvres du médecin bougeaient, mais les mots n’arrivèrent jamais jusqu’à ses oreilles.

Je dois être plus mal en point que je ne le pensais…

Sa tête dodelina en arrière lorsque le docteur le saisit par les épaules pour le redresser. Il essaya de prononcer quelques mots pour le rassurer, mais il ne parvint qu’à ouvrir et fermer la bouche comme un poisson rouge hors de son bocal.

Il aurait trouvé la situation risible s’il n’y avait pas eu cette douleur insoutenable.

Je vous assure que ça va aller…

Son corps n’avait pas l’air du même avis.

— Capitaine ! finit-il par entendre. Tenez bon !

Les lumières de l’infirmerie s’étaient lancées dans un tourbillon éblouissant, de plus en plus rapide.

— Capitaine !

Le docteur le secouait comme un prunier.

Pourquoi est-ce que je ne sens rien ?

Il n’y avait plus rien autour de lui que ce tourbillon coloré.

Non… Je ne veux pas…

Il tombait…

Kei attendait anxieusement dans la salle d’attente de l’infirmerie. Derrière la vitre d’observation, le docteur terminait la programma­tion des appareils d’assistance qu’il venait de relier au capitaine.

Harlock respirait avec difficulté. Des tressaillements agitaient ses doigts. Il souffrait, c’était visible. N’y tenant plus, Kei entra dans la salle de soins.

— Docteur ? demanda-t-elle. Comment va-t-il ?

Elle savait qu’elle ne devrait pas montrer son angoisse aussi visiblement. Bah, tout l’équipage était au courant des sentiments qu’elle éprouvait, de toute façon.

Le docteur lui fit un sourire désolé.

— Comme tu vois, répondit-il en lui montrant le capitaine. Il est sous assistance cardiaque et respiratoire, et je lui ai administré tout ce que je pouvais comme antalgiques, mais ce n’est pas encore suffisant. Je ne peux rien de plus tant qu’il aura cette saleté de bestiole dans le cou.

— Vous allez lui retirer, n’est-ce pas ? fit-elle avec espoir.

— J’aurais aimé l’avoir déjà fait, soupira le docteur, mais cette chose s’est emmêlée autour de sa colonne vertébrale… Si j’interviens trop précipitamment, je risque de lui faire plus de mal que de bien. J’ai besoin des scans et d’une modélisation 3D pour pouvoir procéder à l’extraction avec le maximum d’informations.

— Avez-vous seulement le temps d’attendre ?

Le docteur secoua la tête en un geste d’impuissance.

— Même si j’arrive à ôter le parasite sans dommages, j’ignore si cela suffira… Tout l’organisme du capitaine est contaminé par un poison qui n’est pas répertorié dans mes banques de données médicales, expliqua-t-il comme Kei haussait les sourcils d’incompréhension. Pour l’instant, je lui ai injecté un antipoison générique à large spectre, mais cela ne fait que ralentir les effets des toxines. Je ne sais pas si je trouverai un antidote spécifique avant qu’il ne soit trop tard…

— L’antidote… Ba’al prétend qu’il le possède.

— Je n’ai pas du tout l’intention d’attendre son bon vouloir, rétorqua le docteur sèchement. Personnellement, je ne fais pas confiance à ce genre de chantage… Et toi non plus, il me semble.

Kei opina. Depuis que l’Arcadia avait atterri sur cette planète, elle ne comprenait plus le comportement d’Emeraldas. Les Terriens du vingt-et-unième siècle avaient beau être en retard au niveau technologique – ce qui était d’ailleurs parfaitement normal historiquement –, ils étaient pourtant leurs alliés.

Et voilà qu’Emeraldas amenait à bord celui que le SG-C avait défini comme un de ses pires ennemis… Sous prétexte d’un chantage sordide, ce Ba’al avait obtenu la protection de l’Arcadia ! Kei n’osait imaginer ce que l’alien demanderait ensuite en échange de la vie du capitaine.

— Ce que je trouve étrange, reprit-elle, c’est qu’Emeraldas ne se soit pas posé davantage de questions. D’habitude, elle ne fait pas confiance aux inconnus si facilement.

— Il faut croire que l’atmosphère du vingt-et-unième siècle a des effets insoupçonnés, répondit le docteur.

— Elle ne fait même pas confiance au général Hammond ! continua Kei. Il a pourtant montré à maintes reprises qu’il était de notre côté.

— Je dois reconnaître qu’il a surtout essayé de lui imposer son point de vue, temporisa le docteur. Connaissant le caractère d’Emeraldas, ça ne m’étonne qu’à moitié qu’elle se soit braquée… Je suis même surpris qu’Hammond ait une si bonne opinion de notre capitaine. S’il a suivi une ligne de conduite identique, ça n’a pas dû plaire à Harlock.

— Je ne sais pas, concéda Kei. Je ne l’ai vu qu’une fois depuis le début de notre voyage temporel forcé, et j’étais encore à l’hôpital. Il ne m’a pas dit grand-chose.

Elle soupira.

— J’espère qu’il va se remettre vite…

— Je ne perdrai pas espoir tant qu’il trouve la force d’arracher les tuyaux du système d’assistance pour se lever, répondit le docteur en souriant. Même si je suis à chaque fois obligé de le ramasser par terre.

Il posa une main paternelle sur le bras de Kei.

— Ne t’en fais pas, jeune fille. Il est de ceux qui se battent jusqu’au bout. Il ne se laissera pas mourir.

Du haut de la passerelle de l’Arcadia, Ba’al pouvait admirer une vue imprenable sur le camp des Tauris. D’ici, ils avaient l’air encore plus vulnérable.

— Je m’attendais à quelque chose de plus impressionnant, déclara-t-il. Finalement, je ne crois pas que ce vaisseau soit d’une puissance bien supérieure à mon ha’tak. La seule chose qui soit vraiment remarquable ici est votre arrogance.

— Oui, sur ce point nous devons être à peu près à égalité, lui renvoya la femme rousse d’un ton acide.

Les deux autres humains qui se trouvaient sur la passerelle avaient l’air concentré sur leurs consoles. Ba’al avait cependant surpris plus d’un regard agressif depuis qu’il avait mis le pied sur l’Arcadia. Apparemment, l’équipage du vaisseau ne semblait pas accepter les décisions de leur chef. Il avait au mieux rencontré une froide indifférence, et quelques fortes têtes lui avaient même opposé une franche hostilité. Sans compter le comportement d’Emeraldas, qui, il devait le reconnaître, le traitait sur un pied d’égalité avec les Tauris – avec le même dédain.

Patience. Ils apprendraient tous à le connaître bien assez tôt. Pour l’instant, il profitait du confort tout relatif d’une cabine passager et surtout de l’abri que les parois du vaisseau lui procuraient contre les Asgards. Car, malgré ses fanfaronnades, il s’était vite rendu compte que l’Arcadia était d’un niveau technologique très supérieur aux meilleurs vaisseaux goa’ulds. Et pour avoir tenté de pénétrer le système informatique du bord, il comprenait pourquoi Harlock avait qualifié ses propres systèmes de sécurité d’archaïques.

— Vos hommes ne semblent pas m’apprécier, remarqua-t-il à l’intention d’Emeraldas.

— Ce ne sont pas mes hommes, corrigea-t-elle. Ce sont ceux d’Harlock.

Évidemment.

— N’oubliez pas notre arrangement à ce sujet, rappela-t-il.

— Soyez sans crainte… De mon côté je saurais vous rappeler votre part du marché en temps voulu.

Il en était certain. À vrai dire, il commençait d’ailleurs à s’inquiéter de la validité de son chantage. Le médecin de l’Arcadia n’était pas disposé à regarder son capitaine mourir sans rien faire, et Ba’al se demandait combien de temps il lui restait avant que les humains ne soient capables de produire un remède efficace. Ce n’était qu’une question de jours. Peut-être même d’heures. Une fois que la menace des Asgards serait écartée, s’il voulait prendre le contrôle du vaisseau, il devrait rapidement passer à l’action.

Ce n’était pas gagné d’avance. Il avait certes un libre accès à l’ensemble des locaux, mais les systèmes de commandes étaient tous sécurisés, et ceux qu’ils avaient pu voir fonctionner lui avaient parus totalement opaques. D’autre part, outre le fait que l’équipage le considérait ouvertement comme un indésirable, il restait la barrière du langage. Il ne comprenait rien à leur charabia. À l’exception d’Emeraldas, personne n’avait daigné lui adresser la parole dans une langue civilisée. Même lorsqu’il avait tenté une conversation anodine. Poliment. La plus longue réponse qu’il avait obtenue était « comprends pas, désolé ». Il était pourtant certain qu’il se faisait parfaitement comprendre. Les regards ne trompaient pas.

Il avait serré les poings et ravalé sa fierté. Pour le moment. Ils lui paieraient cet affront, mais s’il attaquait maintenant, il serait bien incapable de faire décoller le vaisseau seul.

Il reporta son attention sur Emeraldas. Avec sa froideur naturelle et son peu de considération pour les Tauris, elle aurait presque pu passer pour un Goa’uld. Et si cela avait été le cas, Ba’al en aurait volontiers fait sa reine. Peut-être avec un symbiote femelle…

Il écarta cependant l’idée d’aborder le sujet. Emeraldas risquait d’y réagir violemment, et l’Arcadia ne possédait pas de sarcophage… Mais il ne résista pas à la tentation d’une autre joute verbale.

— Vos hommes n’ont pas tort, reprit-il. Mon espèce considère les humains comme des insectes, tout juste bons à servir de main d’œuvre. Des esclaves, ou, pour certains élus, des hôtes.

Il avait volontairement insisté sur le possessif.

— Ce ne sont pas mes hommes, répéta-t-elle.

Il la trouva moins convaincante que la première fois. C’était sans doute son imagination.

— Je sais décider seule quels sont mes ennemis, continua la femme rousse.

Il haussa les sourcils. Voilà qui lui rappelait quelqu’un.

— Harlock m’a dit quasiment la même chose, fit-il.

— Ça ne m’étonne pas.

Tiens donc.

Comme il s’y attendait, Emeraldas ne donna pas davantage d’explications. De toute évidence, Harlock et elle avaient échangé des informations sans les partager avec leur équipage.

Restait à savoir quoi.

À l’intérieur de la nef asgard, Thor était concentré sur les derniers relevés planétaires de sa sonde-espion.

La situation était critique. Sa téléportation près du cœur avait perturbé l’équilibre délicat qui s’était installé lorsqu’il avait déclen­ché une réaction mineure du dispositif, des millénaires auparavant.

Une réaction mineure… Quelle hypocrisie !

C’était pourtant ce qu’il avait noté dans son rapport, que le Conseil avait approuvé. À l’époque, la totalité de la planète avait été brûlée par son propre soleil. La vague électromagnétique libérée par les nanomachines avait entraîné des éruptions solaires et des tempêtes magnétiques d’une ampleur sans précédent. Un effet secondaire inattendu. À l’origine, le dispositif avait été conçu pour n’être qu’un système de défense. Un bouclier. Thor secoua la tête.

Un bouclier doublé d’un répulsif…

Les Asgards n’en étaient même pas les inventeurs. À vrai dire, ils étaient plutôt destinés à en être les cibles.

Thor se souvenait encore du jour où le Conseil lui avait confié cette mission, une des premières qu’il avait effectuées en tant que commandant d’aéronef.

— Le Conseil Suprême vous charge d’une mission de contrôle sur la dix-neuvième planète du quadrant K, commandant Thor. La priorité du Conseil est de vérifier le bon déroulement du programme de renouvellement génétique qui a été mis en place là-bas.

— Quelle sera ma marge de manœuvre, Haut-Conseiller ?

— Vous n’avez pas à dépasser le stade de l’observation. Rencontrez les autorités en place, et estimez l’état d’esprit de la population. Officiellement, vous êtes envoyé en tant que premier adjoint de notre ambassadeur dans la capitale.

— Je ne comprends pas. Si nous avons une ambassade en place sur cette planète, pourquoi ne les chargez-vous pas du contrôle ? Ils sont certainement plus à même de juger le comportement des autochtones.

— Le Conseil Suprême a trouvé les derniers rapports diplomatiques très succincts, et d’un style incompatible avec le profil psychique de l’ambassadeur tel qu’il a été enregistré avant son départ. Nous suspectons une manipulation mentale. L’ambassadeur semble prendre parti pour la population et ne peut par conséquent plus être considéré comme fiable.

— Ma mission consiste donc à contrôler la population et notre ambassade, sans que l’ambassadeur en soit averti ?

— Nous nous sommes bien compris, commandant Thor.

En fonction du contenu des rapports qu’il enverrait, le Conseil devait envoyer ou non une flotte plus conséquente afin de préserver le bon déroulement du programme.

Le jeune commandant s’était pleinement investi dans sa mission. Trop. Ses questions avaient exacerbé les rancœurs accumulées par les humains, rompant le fragile équilibre diplomatique mis en place par l’ambassadeur.

Rétrospectivement, Thor avait pris conscience du fait que le Conseil Suprême s’était tout simplement servi de lui comme déclen­cheur. Le Conseil connaissait parfaitement la situation sur la planète dix-neuf. La flotte avait quitté la planète-mère seulement quatre cycles après lui. Avant même qu’il ait envoyé son premier rapport. Avec des ordres parfaitement clairs : le maintien du programme à tout pris.

Les vaisseaux asgards n’avaient envoyé aucun ultimatum. Pas même à l’ambassade. La répression avait frappé aveuglément toutes les villes disséminées sur la planète, n’épargnant que la capitale. Il fallait préserver le programme. À ce moment, Thor avait compris que la survie du patrimoine génétique asgard comptait plus pour le conseil que les règles d’éthiques.

Les Hauts-Scientifiques étaient même prêts à sacrifier quelques-uns des leurs pour survivre.

Il avait appris beaucoup de choses pendant que ses compatriotes bombardaient la planète, et que lui et les autres diplomates de l’ambassade tentaient de venir en aide aux réfugiés qui affluaient dans la capitale. Comment, à force de vivre parmi eux, l’ambassa­deur avait fini par apprécier la race humaine, jeune et novatrice. Comment, déçu par le comportement colonisateur du Haut-Conseil et le regard purement expérimental que les scientifiques avaient envers les humains, il avait révélé au gouvernement autochtone les manipu­lations génétiques que les Asgards avaient programmées sur cette planète afin d’assurer leur propre survie. Comment il avait falsifié ses rapports pour dissimuler la situation au Conseil.

Le jeune commandant avait également appris la valeur de l’amitié. Auprès d’un humain. Un rebelle têtu.

Quel était son nom, déjà ?

— Arrête de prendre cet air supérieur avec moi ! Ce n’est pas parce que vous êtes plus évolués que vous devez nous considérer comme des moins que rien. Nous avons certainement des tas de choses à vous apprendre !

— Oh, vraiment ? Alors que nous avons vu naître votre espèce ?

— La jeunesse peut être un atout. Nous avons l’avantage de voir l’univers avec des yeux neufs. Nous avons la curiosité, la fougue et l’enthousiasme pour percer les mystères qui nous entourent.

— L’impétuosité n’a jamais été un atout.

— Et le conservatisme ? Crois-tu que ton peuple est encore capable d’avancer s’il ne fait que réutiliser des idées et des modes de pensée vieux de plusieurs millénaires ?

— Nous tentons de progresser pour nous sortir de l’impasse où nous sommes engagés.

— Si tu penses ça, alors tu n’es peut-être pas irrécupérable. C’est quoi, ton nom ?

— Thor.

— Et moi, Geaffry. Je suis de Gallan.

— Je suis honoré, Geaffry de Gallan.

— Et tu es aussi différent des autres. Tu es le premier qui accepte une conversation directe avec moi. Tous les scientifiques que j’ai vus se retranchaient derrière leurs secrétaires… Des humains, bien sûr.

— Je n’ai pas de secrétaire.

— Ah, c’est vrai. Tu es forcé de parler avec moi, alors…

— En effet. Je pensais que ce serait fastidieux, mais cette discussion est en réalité très intéressante. Je crois que je possède un peu de cette curiosité dont tu parlais.

— C’est sûr…

Malheureusement, il croyait encore à la sagesse des Asgards. Il pensait que les siens pouvaient guider les jeunes races sur le chemin de la raison. Il trouvait la plupart des humains trop turbulents et belliqueux. Il avait donc tenté une négociation entre humains et Asgards. Les revendications de la rébellion humaine étaient claires : les Asgards devaient cesser d’interférer dans le développement de leur civilisation. Les humains menacèrent de diffuser les plans de leur « bouclier » à travers tout le réseau de portes des étoiles. Leur invention était d’une redoutable simplicité. Il s’agissait de nanomachines auto génératrices qui, couplées les unes aux autres, créaient un champ magnétique sur une fréquence insupportable pour le métabolisme asgard.

Le Haut-Conseil jugea la menace suffisamment sérieuse pour suspendre leur précieux programme génétique. La flotte cessa ses bombardements et reçut l’ordre de se retirer. L’ambassadeur asgard fut rappelé sur la planète-mère, les scientifiques en poste durent démanteler leurs installations avant d’embarquer dans les vaisseaux d’évacuation.

Les Asgards n’en avaient cependant pas fini avec la planète dix-neuf. Le Haut-Conseil ne pouvait laisser une race émergente disposer d’un tel moyen de pression sur les Asgards. Les derniers scientifiques à évacuer, sous le commandement de Thor, mirent donc en place sous la capitale un cœur informatique hâtivement conçu, destiné à contrôler l’ensemble des nanomachines.

Trop de précipitation. Aucune simulation n’avait été effectuée avant de lancer le cœur. Les décharges énergétiques du système central n’eurent pas l’effet escompté. Le cœur devait normalement envoyer un champ opposé à celui des nanomachines dans le but de l’annihiler. Au contraire, les deux champs entrèrent en résonance, en­gendrant une série de vagues électromagnétiques désastreuses. Lorsque Thor s’était rendu compte des conséquences de la modifica­tion asgard, il avait passé outre ses ordres et prévenu aussitôt les humains.

— Nous avons essayé de neutraliser votre bouclier.

— C’est vrai ? Vous nous avez donc pris au sérieux ? vous avez peur de nous, pauvres insectes que nous sommes ?

— Ne dis pas ça… Votre idée était originale, inoffensive de part sa conception même. Sincèrement, je suis admiratif. Vous avez réussi à vous affranchir de notre colonisation par un moyen pacifique… Je ne peux pas en dire de même de nous.

— Et dire que c’est nous qui sommes censés être les sauvages… Arrête de broyer du noir, ça te rend tout gris.

— Euh…Oui, c’est ma couleur normale…

— Tu as toujours du mal avec l’humour, hein ?

Le diagnostic des scientifiques était sans appel. Pour stopper la réaction électromagnétique définitivement, il fallait détruire d’un coup le cœur et le réseau entier de nanomachines. Si la puissance de destruction n’était pas suffisante, le bouclier modifié réagirait à cet apport d’énergie par un autre choc électromagné­tique, propor­tionnel.

Autrement dit, pour éviter tout nouvel échec, le responsable scientifique préconisait purement et simplement de détruire totale­ment la planète. Mais les humains ne voulurent pas évacuer. Déchiré, Thor opta pour une solution alternative. Il enjoignit les humains à s’abriter hors de la capitale, et tenta une destruction ciblée…

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