Stargate Arcadia : Toutes les étoiles par

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Crossover / Aventure / Action

13 Chapitre 10

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Chapitre 10

 

O’Neill s’était éclipsé quelques minutes de la tente d’état-major. Il avait réussi à trouver une ration de café lyophilisé, de l’eau chaude, et la mixture obtenue s’était même révélée buvable.

Il observait l’Arcadia.

Depuis qu’Emeraldas était revenue avec Ba’al, les pirates s’étaient tous retranchés à l’intérieur. Le colonel aurait aimé revoir dans le camp la petite amie de Daniel. Ou le gnome à lunettes.

Il s’inquiétait pour Harlock. Le gamin avait l’air à moitié mort. D’après Teal’c, son symbiote devait être blessé, et une contamination par du sang goa’uld trop importante ne pouvait avoir qu’une issue fatale.

— Vous semblez soucieux, colonel O’Neill, déclara une voix rauque, à peu près à hauteur de son thorax.

— Un ami se trouve dans ce vaisseau. Il est grièvement blessé.

Il se demanda si Harlock considérait cette amitié comme réciproque. « Se lancer des piques » était-il un critère suffisant pour définir un ami ?

D’un autre côté, le colonel considérait également Thor comme un ami sans qu’il soit totalement sûr des sentiments de l’Asgard à son sujet. Un jour ou l’autre, il devrait demander franchement à Thor s’il faisait bien la différence entre « ami » et « animal de compagnie exotique ».

O’Neill regarda l’Asgard dans les yeux.

— Vous ne pouvez pas faire quelque chose pour lui ? poursuivit-il.

Le petit homme gris eut un plissement d’yeux caractéristique. Comme à chaque fois que le colonel lui soumettait une requête inattendue. Bah, s’il le prenait parfois de haut, au moins Thor étudiait-il avec sérieux ses propositions, même les plus saugrenues. Il faisait toujours tout avec sérieux, de toute façon. À croire qu’il n’avait jamais vu une plaisanterie de sa vie.

— Ce vaisseau possède un dispositif de brouillage actif très efficace, répondit Thor après quelques secondes de réflexion. Mes senseurs ne sont pas capables de déterminer avec précision le nombre et la position des formes de vie à l’intérieur. Si vous pensiez à une téléportation, colonel O’Neill, je crains fort que cela ne soit trop… hasardeux.

— Mmm. Tant pis.

O’Neill finit son café d’un trait, puis entreprit de broyer le gobelet en plastique. En fin de compte, ce breuvage ne méritait même pas le nom de café.

— Sinon… À propos de ce que vous avez dit tout à l’heure… reprit-il. Vous êtes bien sûr de ce que vous avancez ?

— Il existe un satellite en orbite géostationnaire au-dessus de la capitale, répondit Thor. Je l’ai réactivé dès mon arrivée. Il envoie vers l’ordinateur de mon vaisseau des photographies à très haute résolution toutes les quatre minutes. Un drone de reconnaissance survolait également la zone à ce moment. Il n’y a aucun doute possible, cependant je peux vous montrer les images si vous désirez une confirmation.

— Je vous remercie, mais Carter s’en occupe déjà.

O’Neill soupira. Il avait pensé que Thor leur apporterait de bonnes nouvelles, comme « j’ai entendu dire que vous aviez des soucis avec votre porte des étoiles, je suis venu la réparer » ou « les Asgards ont décidé que les Goa’ulds sont par trop menaçants, j’ai donc décidé de détruire définitivement Ba’al et sa flotte ».

Mais non. Au lieu de cela, Thor avait tout d’abord annoncé que l’arme de P4X-48C, de conception autochtone modifiée asgard, s’était emballée et devait être détruite, opération qui impliquait forcément la destruction de la planète entière par le feu combiné des trois vaisseaux asgards en orbite.

Et comme si cela ne suffisait pas, il leur avait ensuite appris qu’un scientifique asgard en reconnaissance sur la planète avait été abattu. Bien sûr, les satellites et autres drones asgards ne pouvaient pas fournir une description de son agresseur très précise, même avec leur degré de résolution, mais les éléments que Thor possédait avaient amplement suffi aux membres du SG-C.

Il n’existait pas beaucoup de femmes rousses sur cette planète.

— Il y a forcément une bonne explication, pour votre compatriote, avança le colonel.

— Mmm… Je l’espère, répondit Thor. Les enregistrements que j’ai visionnés me laissent penser à une agression gratuite.

O’Neill n’en souffla mot, mais l’état-major terrien n’était pas loin de penser la même chose. Il se demanda comment sortir de la crise. Cela l’embêtait quelque peu, mais tous, humains, Jaffas, Asgards, étaient près de considérer l’équipage de l’Arcadia comme potentiellement ennemi. Même Daniel, qui était pourtant d’habitude le dernier à vouloir continuer le dialogue, avait cessé d’intercéder pour eux.

Il semblait bien être le seul à croire encore possible d’arranger la situation. Peut-être à cause du gamin.

Il avait aussi très envie de voir comment ce vaisseau se pilotait… Et comment il combattait.

— Ce sont des Terriens, eux aussi, renchérit-il en une nouvelle tentative pour les défendre. Même s’ils viennent du futur. Il doit s’agit d’un malentendu, peut-être lié au décalage temporel. Il faut prendre le temps de s’expliquer calmement.

— Pour le moment, je ne leur ai pas trouvé de volonté de « s’expliquer calmement », rétorqua Thor. Et il me semble que le général Hammond non plus. Par contre, ils ont l’air de s’être découvert des affinités avec les Goa’ulds…

— Il ne faut pas généraliser, fit le colonel. Il ne s’agit après tout que de la fille, Emeraldas. Nous ignorons ce que pense réellement le reste de l’équipage.

— Je constate qu’ils l’ont suivi sans discuter.

— Ils avaient sans doute besoin de faire le point entre eux…

O’Neill espérait cependant que le contact avec l’Arcadia serait rétabli très vite. Thor n’était pas franchement disposé à attendre un signe de coopération de pirates pour bombarder la planète.

Et quelque part, il ne faudrait pas que l’Asgard oublie que les membres du SG-C n’avaient pour l’instant aucun moyen de quitter P4X-48C.

Les sédatifs qu’on lui avait injectés donnaient à Harlock l’impression d’avoir été plongé dans un banc de brouillard. Il distinguait bien les contours de son lit, mais le reste de la pièce se nimbait d’une atmosphère ouateuse.

Non, en fait, ce n’était pas tout à fait la vérité. Il distinguait également parfaitement bien les deux personnes qui étaient à son chevet. Il préférait simplement ne pas les regarder en face. Autant qu’elles le croient encore drogué.

— Je constate que le niveau de votre médecin est exceptionnel, disait Ba’al. Je ne pensais pas qu’il resterait en vie aussi longtemps. À vrai dire, cela m’ouvre certaines autres perspectives vous concernant.

— Et vous croyez que je vais accepter cela indéfiniment ? rétorqua Emeraldas.

— Oh, il ne tiendra pas indéfiniment… Mais je le crois, oui… Tant que je possède ce qui peut le guérir.

— Le docteur cherche un contrepoison.

— Il cherche, en effet. Mais la question est de savoir s’il va trouver… C’est une toxine qui vous est complètement inconnue. Votre médecin part de rien. Aucune base de travail…

Le regard d’Harlock papillota. Bon sang ! Pourquoi le docteur Zero lui administrait-il toujours des doses d’anesthésiant capables d’assommer au moins la moitié de l’équipage ?

Le capitaine secoua la tête pour s’éviter de retomber dans l’inconscience, et en profita pour essayer d’arracher son respirateur.

Raté. L’appareil poursuivit son fonctionnement mécanique. Harlock tenta de respirer en désynchronisé, mais la machine continua à lui envoyer de l’air avec la même régularité monotone.

Il renonça.

— Il est en train de se réveiller, constata Emeraldas.

— Il est du genre combatif, n’est-ce pas ? fit Ba’al. Presque autant que vous…

Il avait rêvé, ou Ba’al venait d’arracher un sourire à Emeraldas ?

Aïe. Ce devait plutôt être l’effet du sédatif.

— Je ne comprends pas pourquoi nous n’avons pas encore décollé, reprit Ba’al. Vous ne m’aviez pas dit que vous vouliez quitter cette planète au plus vite ?

— Il me semble que c’est aussi votre souhait, répondit Emeraldas. Figurez-vous que ce vaisseau n’est pas au mieux de ses capacités opérationnelles en ce moment. Il y a un petit délai. Rien de grave, mais si vous êtes pressé, vous pouvez toujours décoller avec votre propre appareil…

— Je préfère disposer d’une escorte conséquente.

— C’est ce que j’avais compris…

— D’autant plus que votre compagnie est bien plus plaisante que celle de mes Jaffas.

Ba’al se fendit d’un sourire charmeur. Quelque chose avait dû déraper à un moment ou à un autre. Cela n’aurait pas dû se passer de cette manière.

Il la fait… rougir ?

Tout bien considéré, la situation n’avait pas dérapé. C’était pire.

— Je suis sûr que j’ai beaucoup à apprendre de vous, continua Ba’al. Je suis très intéressé par l’ensemble des systèmes d’armes de votre vaisseau.

— Ce n’est pas mon vaisseau…

— Mais il vous est cependant familier. Montrez-moi les principes de base, vous verrez, malgré mon… retard temporel, je suis un excellent élève.

— Mmm… C’est donnant-donnant.

— J’ai remarqué que vous n’utilisez pas certaines des technologies que je possède. Peut-être y en a-t-il quelques-unes unes qui vous sont inconnues.

— Je suis intéressée, sourit Emeraldas.

— Et donc vous allez m’apprendre le fonctionnement de ce vaisseau ?

— C’est possible.

Eh ! Non ! Ce n’est pas possible !

Harlock chercha à accrocher le regard d’Emeraldas. À quoi jouait-elle ? Malheureusement, elle ne remarqua pas sa question muette… Ou alors, elle fit semblant de ne rien remarquer.

— Venez, déclara-t-elle à Ba’al. Je vais voir où ils en sont avec les moteurs.

Elle sortit sans un regard en arrière. Ba’al la suivit des yeux, mais s’attarda près du lit.

— Je sais que tu m’entends, fit-il. Bientôt ton amie sera plus intéressée par ce que j’ai à lui offrir que par ta vie…

Le Goa’uld eut un sourire sarcastique et plissa les yeux. Il sembla attendre quelques secondes que le capitaine ait une quelconque réaction, puis quitta la pièce à la suite d’Emeraldas.

Harlock resta plusieurs minutes à fixer le plafond de l’infirmerie. Enfin, fixer… Le fait que la paroi métallique ondulait était plutôt mauvais signe quant à son état de santé. Mais il devait faire quelque chose. Comme c’était parti, l’Arcadia allait bientôt devenir le nouveau vaisseau amiral de Ba’al.

Il devait absolument prévenir Tochiro.

Il fit un nouveau mouvement de tête pour se débarrasser du respirateur, sans succès. Le docteur Zero avait acquis une expérience certaine pour fixer ses appareils d’assistance sur son patient le plus récalcitrant.

Bon. Tant pis.

Ses poignets étaient entravés, mais les liens n’étaient pas assez serrés pour l’empêcher de basculer sur le côté. Il dut s’y reprendre à deux fois avant que son élan soit suffisant pour l’entraîner hors du lit. Les sangles au niveau de ses avant-bras le maintenaient dans une position fort inconfortable, suspendu à quelques centimètres du sol. À force de contorsions, il réussit à prendre appui sur les pieds. Les sangles finirent par lâcher. L’impulsion qu’il donna pour se dégager des tuyaux du système d’assistance acheva de déséquilibrer les deux consoles médicales de contrôle… Tout s’effondra sur lui avec fracas.

Au moins, il était parfaitement réveillé à présent.

Le docteur fit irruption dans la pièce, l’air exaspéré.

— Bordel, capitaine ! Vous savez que je déteste quand vous faites ça !

Tout en grommelant, le docteur redressa les consoles et vérifia rapidement leur fonctionnement. Puis, secouant la tête d’un air désolé, il considéra le capitaine, affalé par terre, qui tentait de se démêler des tuyaux d’assistance.

— Vous ne pouvez pas vous tenir tranquille deux minutes, non ? le sermonna-t-il. Il suffit que j’aie le dos tourné pour que vous fassiez l’imbécile ! Vous savez que vous êtes gravement empoisonné ?

— Mmm…

— Ne faites pas comme si vous n’entendiez pas ! Je ne peux pas vous guérir pour l’instant. Plus vous remuez, et plus le poison se répand rapidement dans vos veines. Alors occupez-vous d’augmenter vos chances de survie et arrêtez de bouger !

— Il faut que… je voie Tochiro… réussit à articuler Harlock.

Le docteur saisit un brancard gravitationnel et entreprit de réinstaller Harlock sur son lit. Rien dans son expression ne pouvait laisser croire qu’il avait pris en compte la requête du capitaine.

— Doc… insista Harlock. C’est urgent…

Zero soupira.

— C’est bon. Je vais le prévenir, finit-il par répondre.

Il hésita.

— Si vous voulez lui parler, alors je ne vous redonne pas de sédatif… Promettez-moi simplement de rester couché.

— D’accord.

Le docteur disparut après un dernier coup d’œil inquiet à son patient. Resté seul, Harlock tenta de remettre ses idées en place. Il ne pouvait pas croire qu’Emeraldas se soit alliée avec Ba’al. Il imaginait bien quel pouvait être son ressentiment envers les trois vaisseaux en orbite, mais elle devait bien avoir remarqué également quel était le pouvoir de nuisance des Goa’ulds.

Elle ne pouvait pas ignorer la position de la Terre et des humains. Même s’il savait que les événements qui avaient lieu la concernaient de beaucoup plus près qu’elle ne voulait bien le dire.

Tochiro tapotait sans grande conviction sur le clavier du simula­teur de champ. Les réparations du réacteur avaient tenu pendant la durée du saut warp qui les avait amenés sur P4X-48C, mais la chambre de combustion montrait des signes de fragilité inquiétants. Si le moteur lâchait à cet endroit, les dégâts seraient irréversibles. En tout cas, c’était ce que disaient toutes les simulations qu’il avait pu faire. Il faudrait passer en cale sèche et changer tout le corps du moteur, voir même la structure du réacteur… Ce qui serait relative­ment difficile à mettre en œuvre au vingt-et-unième siècle.

Et voilà qu’Emeraldas lui demandait de décoller au plus vite pour dieu sait quelle mission. Elle en avait apparemment contre les vaisseaux qu’ils avaient détectés en orbite près de la lune de la planète, lorsqu’ils étaient arrivés. Logique.

Quant à l’alien, le Goa’uld, il avait semblait-il requis la protection de l’Arcadia contre ces mêmes vaisseaux. Tochiro ne lui faisait pas confiance. Il posait trop de questions sur les systèmes de commandes de l’Arcadia. Il ne faudrait pas qu’il perde de vue qu’il n’était qu’un passager.

Sans oublier qu’il était directement responsable de l’état du capitaine.

— Professeur ?

— Qu’est-ce que vous faites ici, doc ? s’étonna Tochiro. Je croyais que le capitaine exigeait une surveillance constante ?

— Il veut vous parler, répondit le docteur. Il a dit que c’était urgent.

Tochiro lança un regard interrogatif au médecin par-dessus ses lunettes.

— Il n’était pas sous sédatif ?

— Si. Mais vous savez comment il est, fit le docteur avec un haussement d’épaules fataliste.

— Je vois, sourit Tochiro. Vous voulez dire que si je ne vous suis pas maintenant, il viendra me chercher lui-même ?

— Il essaiera, tout du moins.

Tochiro consulta une dernière fois les diagrammes de simulation. Il avait déjà tourné le problème dans tous les sens. Le chef machine réparerait du mieux qu’il pouvait, et il prierait pour que cela tienne jusqu’à ce qu’ils retournent dans leur siècle. Il ne pouvait rien faire de plus de toute façon sans pièces de rechange.

— Quel est votre diagnostic pour le capitaine ? demanda-t-il.

— Si je ne trouve rien, deux jours, peut-être trois en étant vraiment très optimiste. J’ai entendu l’alien dire qu’il ne pensait pas le voir survivre aussi longtemps…

Le docteur avait les traits tirés. Il n’avait quasiment pas pris de repos depuis qu’ils avaient récupéré le capitaine. Son inquiétude devenait franchement palpable.

Tochiro entra dans l’infirmerie en premier. Harlock était toujours allongé sur son lit et tourna la tête vers lui lorsqu’il l’entendit arriver. Les ordinateurs médicaux, éteints, avaient été rassemblés dans un coin de la pièce. L’un d’entre eux avait l’écran fêlé.

— Tu voulais me voir… commença Tochiro.

— Oui… Tu as été plutôt rapide…

— J’ai l’impression que le doc ne tenait pas à te laisser tout seul trop longtemps.

L’intéressé fit mine de ne rien entendre, et examina l’ordinateur endommagé avec concentration.

— Alors ? reprit Tochiro.

Harlock fixa un moment le docteur, puis passa la langue sur ses lèvres comme pour mettre de l’ordre dans ce qu’il avait à dire.

— Il faut que tu te méfies de Ba’al, répondit-il enfin. Il n’a pas du tout l’intention de vous aider.

— Je m’en suis aperçu, fit Tochiro. Et j’ai également noté qu’il essaie de comprendre comment fonctionne le système de navigation… Entre autres.

— Il va vouloir se servir de l’Arcadia à son propre profit. Peut-être même tenter de l’intégrer dans sa flotte.

— Rassure-toi. Les gars le surveillent de près. Je ne le laisserai pas faire. Pour l’instant, il a demandé à être protégé, et Emeraldas a donné sa parole. Mais je te jure que ça n’ira pas plus loin.

Tochiro surprit la lueur dubitative dans l’œil de son ami.

— Il fait du charme à Emeraldas, déclara Harlock. Et ça ne lui déplaît pas.

— Tu plaisantes ?

— J’ai l’air ?

— La fièvre te fait croire n’importe quoi, rétorqua Tochiro plus sèchement qu’il n’aurait voulu.

Mais bon, Harlock était bien placé pour savoir qu’il était assez susceptible sur tout ce qui touchait de près ou de loin la pirate rousse.

— Ils étaient ici tout à l’heure, reprit Harlock. Je les ai entendus. Ils parlaient d’échanges de technologies.

— Impossible ! Ce n’est pas du tout le genre d’Emeraldas !

— Quoi donc ? Divulguer les technologies de l’Arcadia ou se faire conter fleurette par un alien de type parasitaire ?

Harlock lui fit un pâle sourire, mais cela ne suffit pas à masquer la douleur persistante au fond de son regard.

Deux jours… Peut-être trois.

Tochiro savait que son ami en était parfaitement conscient.

— Je vais m’en occuper, déclara-t-il en tournant les talons. Je vais avoir une discussion franche avec Emeraldas. Je suis certain que tu te trompes. Elle ne ferait pas ça.

— Attends… le retint Harlock dans un souffle.

Sa respiration était hachée. Trempé de sueur, il luttait visiblement pour rester conscient.

— Il y a autre chose ? demanda Tochiro.

— Les vaisseaux, en orbite…

— C’est pour cela qu’Emeraldas a accepté que ce Ba’al vienne à bord. Il veut qu’on les protège contre eux. Et Emeraldas a l’intention d’en découdre dès qu’on aura décollé.

— Je… Je m’en doute, répondit Harlock péniblement.

— Je vais devoir vous rebrancher au système d’assistance, capitaine, interrompit le docteur. Et vous remettre sous sédatif…

— Non… Pas tout de suite… protesta celui-ci en serrant les dents.

Le capitaine laissa échapper un gémissement de douleur. Il s’arqua sur son lit, crispant les mains sur le matelas comme s’il voulait passer à travers.

— Donnez-lui encore quelques minutes, docteur, intercéda Tochiro.

Il posa la main sur l’épaule de son ami, ce qui eut pour effet de le faire tressaillir violemment.

— Je t’écoute, dit-il.

— Les vaisseaux… répéta Harlock. Ils sont alliés au SG-C…

— Non ! fit Tochiro, abasourdi. Jamais la Terre ne se serait alliée avec eux ! Pas après ce qui s’est passé !

— Ça n’est pas encore arrivé… Pas encore… C’est ici, le point zéro… Pour l’instant, ce sont des alliés. Ba’al le sait mais… ce n’était pas dans son intérêt de vous l’apprendre…

— Ce n’est pas possible ! continua Tochiro. Nous les avons identifiés en arrivant… Ce sont des vaisseaux ash, Harlock !

— Je sais… Mais je sais aussi qu’ils se battent aux côtés de la Terre… contre les Goa’ulds. Dis à Emeraldas que ce qu’elle veut faire… c’est s’opposer aux Terriens.

— Je t’assure que ce n’est pas son intention… Tu es vraiment certain de ce que tu avances ? Comment est-ce que tu l’as appris ?

— Syssend’har le savait, répondit Harlock en faisant convulsive­ment un mouvement machinal de la main vers sa nuque. Et O’Neill… Il en a parlé, mais je n’avais pas fait le rapprochement… Il les appelle Asgards, je crois…

— Asgards ?

Harlock tenta vainement d’articuler autre chose. Sa main agrippa le poignet de Tochiro et serra, de toutes ses forces.

— Tiens le coup, fit Tochiro. Je t’en prie, tiens le coup.

Son ami ne l’entendait plus. Un filet de sang coulait de son nez. Les mèches de cheveux collées sur le front par la fièvre, il regardait quelque chose qu’il était seul à voir, à présent.

Tochiro laissa le docteur Zero remettre en place les appareils médicaux sans mot dire. Avec le respirateur, et une fois la perfusion d’anesthésiant effective, le capitaine avait l’air plus serein. Mais il ne fallait pas se faire d’illusions.

— Vous ne pouvez pas au moins retirer le parasite ? demanda Tochiro au docteur quand il eut terminé.

— Kei m’a déjà posé la même question, soupira Zero. Pour faire simple, si j’interviens maintenant, je risque d’enlever en même temps un morceau de sa colonne vertébrale… Je ne pense pas que le capitaine ait envie de finir tétraplégique…

— Et le poison ?

— J’attendrai jusqu’au dernier moment. Je ne l’opérerai qu’en dernier recours, parce que je n’ai que peu de chances de réussir… Je n’ai pas de matériel médical suffisamment sophistiqué à bord…

Le chef machine dansait d’un pied sur l’autre en faisant son rapport à Emeraldas, les bras croisés, impassible. Un peu en retrait, Ba’al observait la scène en connaisseur.

Fasciné, à vrai dire.

— Pourquoi n’avons-nous pas encore décollé ? disait Emeraldas. Tochiro m’a affirmé que l’Arcadia était opérationnelle !

— C’est la fuite du réacteur numéro deux, Ma’am, répondit le chef machine, visiblement avec l’envie de se trouver ailleurs.

— Elle devait être réparée avant que vous me rejoigniez ici !

— Exact. C’est ce qui a été fait.

— Mais ?…

— Mais c’est une réparation de fortune, continua le chef. Elle ne tiendra qu’un temps, et cela nécessite également de ménager les moteurs.

— Mais vous pouvez décoller ! insista Emeraldas.

— Oui, en effet…

— Alors pourquoi n’est-ce pas déjà fait ? interrogea-t-elle, glaciale.

— Le professeur a donné des consignes particulières… C’est le réchauffage ! s’empressa de répondre le chef comme Emeraldas fronçait les sourcils.

— Le réchauffage ?

— Nous avons augmenté les temps de montée en température des moteurs pour ne pas fatiguer les soudures, expliqua l’homme. Nous serons prêts à décoller d’ici une heure, Ma’am.

Emeraldas lâcha un soupir exaspéré et tourna le dos au chef machine sans rien ajouter. Ba’al la suivit avec un sourire. Il laissa ses pensées vagabonder pendant qu’il parcourait les coursives.

Voyons… Des planètes conquises, des ha’taks ennemis écrasés, la soumission de certains Grands Maîtres particulièrement imbus de leur puissance… Une jolie rousse à la tête de ses légions de Jaffas…

Lorsque le deuxième humain qu’il croisa lui retourna un regard bizarre, il se rendit compte qu’il n’avait pas cessé de sourire.

Zut. Pourvu qu’elle ne s’en soit pas aperçue…

— Vous n’avez jamais pensé prendre le commandement d’une armée ? lança-t-il, l’air de rien.

— Je tiens à ma liberté, répondit Emeraldas.

À lui de décoder la réponse. Cela voulait-il dire « oui » ou « non » ? … Va pour « oui ».

— D’ordinaire, mes commandants de flotte ont une large marge de manœuvre, reprit Ba’al. Je ne leur donne que des directives générales, et ils ont toute latitude pour agir comme bon leur semble.

— Pourvu qu’ils remplissent leur mission, rétorqua la fille.

— Évidemment. Mais les meilleurs d’entre eux, ceux en qui j’ai toute confiance, élaborent leur propre plan de bataille… Je ne peux pas diriger un empire seul, il me faut forcément des collaborateurs sur qui m’appuyer.

Emeraldas lui lança un regard perçant.

— Dois-je comprendre que vous me considérez comme une telle personne ? fit-elle froidement.

— J’apprécierais.

— Et bien vous faites erreur.

— Je…

— Ne vous bercez pas d’illusions, coupa-t-elle. Je me bats seule, selon mes choix, et je ne m’allie avec personne.

— Vous oubliez de prendre en compte ce vaisseau et ses occupants, répliqua Ba’al.

— Ce sont des amis. Ce n’est pas pareil. D’un point de vue strictement militaire, je mène mes combats seule. Et s’il arrive que d’autres se battent pour la même cause, et se retrouvent à mes côtés, cela ne veut pas dire pour autant que je considérerai qu’il y a alliance.

— Je n’ai plus qu’à me faire accepter comme ami, alors.

— Ce n’est pas gagné, répondit la rousse avec scepticisme.

— Non, non et non ! Je vous dis que c’est impossible ! Toutes leurs fréquences de travail sont brouillées, et la structure même du vaisseau augmente ce brouillage. Je ne peux rien faire avec ce matériel de campagne ! Et si j’avais disposé de tout mon matériel, je n’aurais rien pu faire non plus !

O’Neill laissa MacKay tempêter sans rien dire. Avec Carter, ils avaient tenté de pénétrer de force dans le réseau de communication de l’Arcadia, en vain. Le vaisseau était resté muet. Le colonel interrogea Carter du regard.

— C’est peine perdue, mon colonel, répondit-elle. À mon avis, ils nous reçoivent parfaitement depuis le début. Simplement, ils ne veulent pas nous répondre.

— Nous devrions essayer de pénétrer à l’intérieur du vaisseau, suggéra Teal’c.

— À condition de trouver une entrée, fit O’Neill. Qui ne soit pas sécurisée avec un cryptage de fou. Vous avez une idée, Daniel ?

— Je ne comprends pas pourquoi tout le monde s’imagine que je suis un expert au sujet de ce vaisseau, rétorqua celui-ci.

— Mmm… Peut-être parce que vous avez noué des liens particuliers avec un des membres d’équipage ? ironisa le colonel.

— Pff… N’importe quoi.

Daniel prit l’air offusqué de circonstance, tandis que Carter faisait de son mieux pour ne pas s’esclaffer.

— Mon colonel ! interrompit un soldat. Vous avez de la visite.

O’Neill jeta un coup d’œil à l’extérieur de la tente.

— Votre petite amie, Daniel, déclara-t-il.

— Vous voulez bien arrêter avec ça, Jack ?

Kei était accompagnée du professeur Tochiro Oyama.

— Professeur ! s’exclama O’Neill. Vous êtes venus nous annoncer que vous allez réparer la porte ?

— C’est la moindre des choses, répondit le petit homme. Tant qu’à faire, et au vu de ce qui se passe à bord de l’Arcadia, je suppose que vous préférez pouvoir rentrer sur Terre sans encombre.

— Merci de nous soucier de nous… enfin, fit le colonel avec une pointe d’aigreur.

— Nous avons quelques petits problèmes internes à régler en ce moment, répliqua Tochiro.

— C’est Ba’al que vous traitez de « petit problème interne » ? intervint MacKay. Personnellement, je n’aurais pas utilisé ces termes…

Kei et Tochiro échangèrent un regard sombre.

— Nous pouvons nous en occuper seuls, déclara Kei. Mais d’un autre côté, je refuse de vous laisser tomber.

Tochiro haussa les épaules.

— C’est aussi l’avis d’Harlock.

— Harlock ? s’inquiéta le colonel. Comment va-t-il ?

— Pas très bien, répondit Tochiro évasivement.

— Pas très bien ? s’emporta Kei. Il est en train de mourir ! Seul Ba’al possède un contrepoison et il s’en sert pour nous faire du chantage. Et maintenant, nous sommes dans une impasse à cause de ce… ces…

Le professeur coupa Kei d’un geste.

— En fait, colonel, je ne suis pas venu pour la porte des étoiles, dit-il. Harlock m’a dit que vous étiez en relation avec des Ashs.

— Des quoi ?

— Ah, c’est vrai. Il a parlé d’un autre nom… Des Asgards, termina-t-il. Ils ont trois de leurs vaisseaux en orbite.

— Les Asgards ? Oui mais… Comment le savez vous ?

— L’Arcadia les a détectés dès son arrivée, expliqua Kei.

Le colonel réfléchit un instant à la réponse.

— Je comprends que vous saviez qu’il y avait trois vaisseaux en orbite, vous aviez déterminé leur identité, et vous ne nous avez pas avertis ?

— C’est exact, répondit Tochiro.

— Nous étions censés partager nos informations, fit Daniel tout en jetant un regard lourd de reproche à Kei.

— Je sais, rétorqua-t-elle. Tout ce qui concernait la mission en cours. Nous avons estimé que les Ashs n’étaient pas directement impliqués.

— Les Asgards, corrigea Daniel.

— Peu importe.

O’Neill croisa les bras nerveusement. Il pouvait sentir le ressentiment de Kei, même s’il n’en saisissait pas la raison.

— Emeraldas compte décoller pour détruire ces vaisseaux, reprit Tochiro. Et pour être franc, personne à bord n’a l’intention de l’en dissuader. Pas même moi…

— Eh ! Ne vous trompez pas d’ennemi ! s’écria O’Neill. Les Asgards sont nos alliés ! Ce sont les Goa’ulds qu’il faut détruire !

— Dans ce cas, je pense que vous devriez leur dire de ne pas rester dans ce système planétaire. S’ils partent, je convaincrai Emeraldas de ne pas entamer de poursuite.

— Vous… quoi ? Ça, c’est la meilleure ! fit le colonel, pour une fois à court de repartie.

— Thor est venu dans un but bien précis, renchérit Carter. Ses vaisseaux sont ici dans le but de régler le problème que pose l’arme de cette planète.

— Oh, vraiment ? répondit Kei dédaigneusement. Vous en êtes sûr ?

— Évidemment ! répliqua le colonel.

Bon sang ! Pourquoi ces pirates étaient-ils aussi bornés ? Il fit demi-tour, provoquant un haussement de sourcils étonné de Carter.

— Mon colonel ?

— Je reviens, coupa-t-il. Vous n’avez qu’à expliquer à ces deux têtes de mule comment nos alliés envisagent de se débarrasser de la bombe à retardement qui se trouve sous nos pieds.

O’Neill s’éloigna rapidement du groupe. La dernière fois qu’il avait vu Thor, il discutait avec le général Hammond du modus operandi des vaisseaux asgards. Pour ce que le colonel en avait compris, Thor n’estimait pas utile de réparer la porte des étoiles de P4X-48C. Pour lui, le problème de « couloir résiduel » se réglerait de lui-même une fois la porte détruite avec la planète. Le colonel ne pouvait cependant pas s’empêcher de trouver la méthode un peu brutale.

La bonne nouvelle, c’est que Thor ne les avait pas oubliés. Il avait proposé au général d’embarquer tous les humains et les rebelles Jaffas sur son vaisseau, puis de les déposer sur une planète d’un système voisin munie d’une porte des étoiles.

Hammond et Thor sortaient de la tente de commandement lorsqu’il y arriva.

— Colonel O’Neill, déclara Thor en l’apercevant. Je retourne sur mon vaisseau afin de le positionner sur la meilleure orbite possible… Nous n’aurons droit qu’à un seul essai, il faut que j’affine au maximum les calculs des paramètres de la solution de tir.

— Avant cela, répondit O’Neill, j’apprécierais que vous nous aidiez à résoudre un problème diplomatique plutôt délicat… Qui vous concerne directement, d’ailleurs.

— Pourriez-vous être plus clair, colonel ? intervint Hammond.

— J’y venais, mon général… Nous venons d’avoir des nouvelles de l’Arcadia. Tochiro et Kei sont ici.

— Il se décide enfin à réparer la porte des étoiles ? fit le général aigrement. Dites-leur que nous nous sommes débrouillés sans eux.

— Il n’est pas venu pour ça…

— Est-ce que ces pirates se sont expliqués sur leur comportement envers un des membres de ma race, colonel O’Neill ? coupa Thor.

— Je regrette, non, répondit O’Neill. Mais j’ai au moins appris que c’est votre présence en orbite qui a provoqué la rupture du dialogue.

— Je ne comprends pas.

— Moi non plus. Ce qui est certain, c’est que si vous faites bouger vos vaisseaux maintenant, ils prendront ça comme une déclaration de guerre.

Thor plissa les yeux, interloqué.

— Je n’ai aucun grief contre ce vaisseau, déclara-t-il. Même s’il se livre à des activités illicites de piraterie, je ne vois aucune raison pour que mon peuple intervienne militairement.

— Vous leur avez bien rappelé que l’ennemi à abattre se trouve en ce moment même à bord de leur vaisseau ? renchérit Hammond.

— Il n’y a aucun souci de ce côté, fit le colonel. Je pense que ce qui est arrivé à Harlock le leur rappellera si jamais ils l’oublient. Non, le problème, c’est qu’ils ont l’air de considérer les Goa’ulds comme des ennemis avec qui on peut négocier, alors qu’ils parlent des Asgards comme des parasites nuisibles… Sans vouloir vous vexer, Thor.

— Vous désirez donc que je tente de dialoguer avec eux, O’Neill ? demanda Thor.

— Effectivement. L’Arcadia semble disposer d’une puissance qu’il ne faut pas négliger, même pour vous.

L’Asgard resta silencieux un instant.

— Vous avez raison, O’Neill, finit-il par répondre. Les relevés des senseurs de mon vaisseau indiquent un niveau de puissance supérieur au standard des vaisseaux asgards. Par ailleurs, j’ai étudié de près le phénomène énergétique que cet appareil a généré, ainsi que la façon dont il s’est servi du vortex entre deux portes pour effectuer son voyage temporel… En l’état actuel de nos connaissances, les Asgards ne sont pas capables de reproduire ceci.

— Hmm… sourit O’Neill. Les humains finiraient-ils donc par dépasser les races plus anciennes ? Tout espoir n’est pas perdu, mon général ! Dans moins d’un millénaire, les Terriens pourront se défendre pleinement contre les Goa’ulds !

— Ce serait encore mieux qu’ils ne se retournent pas contre leurs alliés, grommela Hammond.

Thor eut un plissement d’yeux qui pouvait aussi bien être interprété comme un sourire ou comme un signe de contrariété.

— Je vais les rencontrer, dit-il. Je pense qu’en effet il est préférable de connaître les motivations de ces pirates avant de commencer toute action de bombardement. Je transmets aux commandants des deux autres vaisseaux de maintenir leur position à l’abri de la lune, et je vous suis aussitôt après, colonel.

Daniel Jackson tentait vainement de raisonner Kei depuis plusieurs minutes.

— Rien de ce vous pourrez me dire ne me fera changer d’avis, répéta-t-elle, têtue.

Il avait détaillé les avantages de leur alliance avec les Asgards, le traité qui avait été signé et qui stipulait que la Terre était incluse dans le groupe des planètes protégées par les Asgards. Il avait reporté les différentes occasions où, sans l’intervention de Thor, le SG-C ne serait plus qu’un tas de cendres. Sans succès.

— Vous pourriez au moins m’expliquer pourquoi vous leur en voulez à ce point ! s’emporta-t-il.

— Je vais le faire, intervint Tochiro. Mais je vais attendre que le colonel O’Neill revienne. Et tant qu’à faire, si le général Hammond pouvait être présent lui aussi…

— Dans ce cas, je pense que vous allez être comblé, fit Carter.

Daniel aperçut O’Neill revenir. Le général le suivait.

— Qu’est-ce que j’ai manqué, Daniel ? demanda O’Neill.

— Oh, trois fois rien, Jack. De toute façon, il faut être armé d’une bonne dose de diplomatie pour espérer survivre à la conversation qui vient d’avoir lieu… Vous auriez craqué.

— Je vois.

— Nous pouvons commencer, colonel O’Neill, intervint quelqu’un que Daniel n’avait pas vu arriver.

Avec un bel ensemble, Kei et Tochiro se retournèrent en direction de la voix. Avant même que quiconque ait pu réagir, Thor se retrouva menacé des deux armes que les pirates avaient simultanément dégainées.

— Comment osez-vous venir ici… siffla Kei avec une haine perceptible.

— Eh ! Oh ! Du calme ! interrompit O’Neill. C’est un ami. Il est venu pour négocier.

Kei leva un sourcil, mais sans baisser sa visée.

— Pourquoi est-ce que je vous ferais confiance ?

— Kei… fit Tochiro en lui attrapant le bras doucement. Il faut tenir compte du facteur temps…

— Justement ! s’emporta-t-elle. Nous avons peut-être la possibilité d’éviter une catastrophe ! Il faut agir maintenant !

— Je trouve que le capitaine a tendance à déteindre de plus en plus sur toi, rétorqua Tochiro, ce qui la fit rougir violemment.

— C’est bon, soupira-t-elle. Je vais l’écouter. Mais il a intérêt être convaincant !

Daniel étouffa une exclamation de soulagement. Peut-être arriveraient-ils à démêler cet imbroglio avant que la planète n’explose, en fin de compte.

— Très bien, commença Thor. Je propose de traiter les questions diplomatiques plus tard. J’écouterai avec attention ce que vous me reprochez et, en accord avec le Conseil Suprême asgard, nous tenterons d’obtenir un arrangement. Pour l’instant, je vais vous faire part de mes intentions quant à cette planète : comme vous venez de le dire, Mademoiselle, il s’agit d’éviter une catastrophe.

Thor produisit un diagramme holographique en trois dimensions de la planète. Des nervures colorées partaient d’un point central et se ramifiaient pour englober toute la surface. Daniel n’avait jamais vu cette représentation. Visiblement, Thor avait amassé toutes les données qu’il avait pu sur la planète. Il leur avait dit être déjà venu en mission ici. Sensiblement pour les mêmes raisons, d’ailleurs. Enfin, c’était ce qu’il prétendait. Il lui avait semblé que Thor éludait certaines des questions qu’avaient pu lui poser les membres de SG-1. La « mission » dont il avait parlé ne consistait pas seulement à neutraliser une arme planétaire qui s’était emballée, Daniel en aurait mis la main à couper. Sinon, pourquoi l’aurait-il laissée dans un état de veille susceptible de reproduire le même désastre ? Daniel soupçonnait l’Asgard de ne pas vouloir avouer un échec aux humains, quel qu’il soit. In fine, personne n’était réellement tout à fait transparent dans cette histoire…

Il écouta d’une oreille distraite Thor exposer la procédure de tir que les trois vaisseaux asgards allaient suivre. Il y avait déjà eu droit quelque temps auparavant. Il remarqua néanmoins que Thor ne prenait pas autant de précaution pour rendre son exposé intelligible. Il envoya un regard ironique à Jack quand Thor commença à énoncer une série d’équations censées décomposer la solution de tir. Le colonel se contenta de lever les yeux au ciel, avec un mouvement d’épaules impuissant. « Je n’y comprends rien moi non plus », articula Daniel silencieusement en secouant la tête.

Les deux hommes sourirent lorsque Carter et MacKay, qui s’étaient aperçus de leur manège, froncèrent les sourcils à leur intention. Les deux scientifiques affichaient tout de même un air de concentration intense qui prouvait à Daniel que ce que racontait Thor était d’un niveau vraiment ardu, même pour eux.

— Quel sera le niveau de puissance développé par les trois vaisseaux, en gigawatts ? demanda Tochiro. J’ai l’impression que la capacité de stockage des condensateurs de ces nanomachines est nettement supérieure. C’est en tout cas ce qui ressort de vos analyses.

Il y avait au moins une personne qui suivait parfaitement ce que racontait Thor.

— Leur temps de réaction est assez long, répondit Thor. C’est pour cela que la concentration des feux est importante. Cruciale, même.

Tochiro se rapprocha de l’hologramme.

— Cela a déjà été tenté ?

— Pas à cette échelle, répondit Thor.

Il hésita.

— L’opération avait échoué. J’avais volontairement négligé certains paramètres pour gagner du temps. Je ne reproduirai pas cette erreur.

— J’ai besoin de reprendre vos calculs, déclara Tochiro. J’aurai deux ou trois petites choses à vérifier.

— Tous mes calculs sont rigoureusement exacts, répondit Thor.

Ce n’était pas forcément évident, mais Daniel aurait juré que l’Asgard était vexé.

— Je ne mets pas en doute les calculs, rétorqua Tochiro, mais les hypothèses de départ et la méthode. Je ne la trouve pas très rigoureuse.

L’Asgard le considéra interdit. Cela devait être la première fois qu’un humain lui annonçait de but en blanc que ses méthodes scientifiques n’étaient pas rigoureuses…

— J’ai de bonnes raisons de me montrer circonspect, continua Tochiro. Mais avec ce que vous venez de montrer, je suis assuré que vos intentions sont louables.

Sans plus se préoccuper des autres humains, Tochiro saisit Thor par l’épaule et l’entraîna vers une des tentes.

— Je vais me raccorder à l’ordinateur principal de l’Arcadia, et nous reverrons ensemble toute la chronologie du développement de la surface planétaire… Je vous expliquerai en cours de route, finit-il comme Thor levait un bras pour protester.

Les autres se retrouvèrent plantés là, une expression perplexe sur le visage.

— À moi aussi, j’aimerais bien qu’on m’explique, lâcha O’Neill.

Daniel interrogea Kei des yeux.

— Le mieux, pour comprendre, c’est un petit cours d’histoire anticipé, fit-elle tristement.

— Attendez ! interrompit MacKay anxieusement. Vous ne craignez pas les paradoxes temporels, ou d’autres phénomènes non maîtrisés ?

— Oui, renchérit O’Neill. Si vous modifiez votre passé, vous risquez de disparaître. Comme dans « Retour vers le futur » !

MacKay roula des yeux d’exaspération, et le général gratifia O’Neill d’une moue sceptique.

— Ben quoi ? Personne n’a vu ce film ?

— Non, je suis désolée, sourit Kei. Mais rassurez-vous, la trame temporelle n’est pas affectée si facilement par les perturbations. Une des principales théories du voyage warp énonce que les modifications de temps sont impossibles. Et que ce que nous faisons maintenant contribue dans tous les cas à écrire le futur que nous connaissons. Notre présent.

— Quoi que vous fassiez ? intervint Carter.

— Ce n’est qu’une théorie. Rien ne nous empêche d’essayer.

Kei contempla pensivement la tente à l’intérieur de laquelle Tochiro et Thor avaient disparu.

— Au trentième siècle, continua-t-elle, cette planète a disparu… Ainsi que tout son système solaire. À la place, il y a une immense anomalie magnétique, très dangereuse pour la navigation. On appelle cet endroit le « point zéro ».

— Emeraldas compte donc stopper les Asgards avant qu’ils ne détruisent la planète ? demanda Daniel.

— Emeraldas… soupira Kei. Je pense que pour le moment, elle agit simplement par vengeance. Elle se penchera probablement sur le problème de la planète ensuite.

— Que vous ont fait les Asgards, exactement ? fit O’Neill. Ça devient inquiétant, un tel acharnement.

— Ils sont responsables de la destruction de nombreuses civilisations et à l’origine de la première guerre galactique, répondit Kei.

— Impossible… souffla Daniel.

Il s’agissait d’une méprise. Forcément. Les Asgards avaient été contemporains des Anciens. Ils avaient siégé au Conseil des Cinq Races. Ils avaient fait de leur mieux pour contrer l’influence néfaste des Goa’ulds, et s’étaient efforcés d’aider les jeunes races à se développer…

— Vous ne confondez pas avec d’autres aliens ? demanda-t-il.

— Non. Nous avons perdu beaucoup des données historiques de la Première Guerre Spatiale, mais pas celle-là.

— Peut-être vos informations ont-elles été altérées par le temps ? avança MacKay.

Kei pinça les lèvres.

— Nous ignorons comment, et pourquoi, mais nous savons que les Ashs ont déclenché la guerre, reprit-elle. Nous savons à quoi ils ressemblaient, et quels étaient leurs types de vaisseaux. Nous le savons car l’humanité a mis près de trois siècles à les anéantir jusqu’au dernier. Trois siècles pendant lesquels les humains ont survécu plutôt que vécu. Les âges noirs. L’histoire qui nous est parvenue de cette période est fragmentaire. Trois siècles de souffrance…

Daniel jeta un coup d’œil à l’assemblée, pétrifiée par la tirade de la jeune fille.

— Ça ne leur ressemble pas du tout, fit-il. C’est un peuple pacifique, qui cherche avant tout à éviter les conflits.

— Leur race est en train de s’éteindre, rétorqua Kei. Ils ont cherché pendant des siècles à reprendre un nouveau souffle grâce aux humains. Ils ont disséminé le produit de leurs manipulations génétiques dans toute la galaxie, puis ils ont cessé leurs recherches à un moment donné. Après… je ne sais pas. Ils ont peut-être voulu faire un dernier baroud d’honneur avant de partir. Ou alors détruire ceux qu’ils avaient créés.

Daniel tenta de remettre en place l’ensemble des révélations que venait de faire Kei. Il ne devait pas perdre de vue qu’elle leur contait des événements vieux de huit siècles pour elle. Un passé lointain. Comme l’avait fait remarquer MacKay, d’un point de vue historique, il semblait quasi certain de trouver des altérations de la réalité. Cependant, il avait peut-être trouvé un début de réponse avec les derniers mots de Kei.

— Je peux vous fournir des explications quant aux expérimentations génétiques asgards, dit-il. Si elles ont cessé, c’est un peu grâce à nous.

— Le dernier Asgard à avoir effectué ces expériences, Loki, a été arrêté suite à une tentative de manipulation sur ma personne, expliqua O’Neill.

— Oh… Et sur les autres planètes ?

— Le Conseil Suprême asgard a voté une résolution condamnant toute expérience de ce genre… J’y étais, répondit O’Neill.

— Les Asgards se sont résignés à voir leur race disparaître, ajouta Daniel.

Kei soupira, et se tourna lentement vers l’Arcadia.

— Je n’avais pas autant de détails… – elle secoua la tête – … mais je sais que je suis sur une planète qui n’existera plus dans neuf siècles.

— Ce n’est peut-être pas lié.

— Il y a eu une sorte de… cataclysme électromagnétique, parti de ce point précis de l’espace. Une vague qui a balayé la galaxie. C’est ce qui a tout déclenché…

— L’explosion de la planète ! s’exclama MacKay.

— C’est ce que je crois.

— Mais comment ce phénomène pourrait-il se répercuter à travers toute la galaxie ? demanda le scientifique. Il faudrait qu’il soit d’une puissance incommensurable. D’après les chiffres qu’a montré Thor, cela devrait conserver un impact local !

— Je ne sais pas, concéda Kei. Tochiro doit déjà être en train d’étudier la question.

Elle sourit comme MacKay commençait à agiter les bras dans tous les sens. « Oh non », songea Daniel. « Il va encore nous sortir qu’il est un grand scientifique, et tout, et tout. »

— J’ai assimilé les équations de Thor, reprit MacKay avec excitation. Je suis certain de pouvoir faire quelque chose pour vous !

Gagné.

— Faites, MacKay, lâcha le général.

— Merci, général !

— Je vous accompagne, intervint Carter.

Les deux scientifiques quittèrent le groupe en discutant mathématiques.

— Tout va s’arranger, déclara Daniel.

— Je l’espère, répondit Kei.

Elle se laissa entraîner à l’écart. Daniel fit mine d’ignorer le sou­rire et le clin d’œil complices que lui lança O’Neill avant d’engager une conversation prétendument anodine avec le général Hammond.

— Vous savez… continua Kei, qui n’avait rien remarqué. Je ne me soucie guère de ce que modifier ou non notre futur. Ce que je souhaite plus que tout, c’est de voir un jour la fin de tous les combats. Vivre sur une planète en paix…

— C’est ce que nous souhaitons tous, fit Daniel.

— Au rapport !

— Tous systèmes opérationnels, Ma’am. Les moteurs sont disponibles à soixante-quatre pour cent.

— Cela suffira largement. Préparez-vous au décollage !

— L’opérateur se retourna brusquement.

— Mais Ma’am… Kei et le professeur sont encore à l’extérieur !

— C’est un ordre ! Nous les récupérerons ensuite par navette.

Emeraldas hésita un instant, agacée. Elle n’avait pas pris la peine d’expliquer dans le détail ce qu’elle comptait faire. Par voie de conséquence directe, elle sentait l’équipage se raidir un peu plus à chaque ordre qu’elle donnait. Ce qui la rendait chaque fois un peu plus glaciale. Elle n’avait pas l’habitude de composer avec un équipage. Son propre vaisseau était automatisé. Toujours vide. Elle n’avait pas à supporter des regards de reproche, des requêtes incessantes à propos de tout et de rien. Elle pouvait y faire ce qu’elle voulait. Elle marqua un temps d’arrêt, puis, tout en sachant très bien que cela ne ferait qu’aggraver ses relations avec l’équipage, elle s’assit dans le fauteuil de commandement.

L’opérateur qui s’était inquiété du sort de Tochiro et Kei eut une crispation nerveuse lorsqu’il s’en aperçut.

— Séquence de démarrage initiée à quatre-vingt-dix pour cent, déclara-t-il.

Ba’al vint se placer à côté d’elle. Il lui adressa un de ses sourires charmeurs dont il avait le secret. Emeraldas regretta une fois de plus de cohabiter avec tout un équipage. Si elle avait été seule, elle aurait facilement pu oublier Tochiro. Elle était en train de se demander quel était le mode de reproduction d’une race de larves parasitaires quand l’opérateur annonça qu’ils étaient parés au décollage.

— Ascension verticale, puissance minimale ! ordonna-t-elle.

Elle espérait que les renseignements de la banque de données de l’Arcadia sur les vaisseaux ashs étaient fiables. Elle savait que Tochiro avait glané le maximum de données au fur et à mesure de ses voyages, mais cela restait terriblement succinct.

Elle devrait prendre garde à user d’un minimum de stratégie si elle voulait sortir du combat à venir sans dommages.

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