Stargate Arcadia : Toutes les étoiles par

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Crossover / Aventure / Action

16 Chapitre 13

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Chapitre 13

 

— Commandant ! Nos radars de tir ne parviennent plus à accrocher le vaisseau ennemi ! Il semble avoir mis en fonction un dispositif de camouflage qui brouille ses ondes…

— Poursuivez-le à l’optique ! ordonna le commandant asgard. Et tirez manuellement s’il le faut !

Le vaisseau-nef amorça une rotation sur lui-même pour obtenir un meilleur angle de tir. Son commandant commençait à se demander s’il réussirait à infliger des dégâts suffisants au vaisseau terrien pour l’immobiliser et le détruire. Même si sa mobilité semblait quelque peu réduite, celui-ci continuait d’éviter tirs lasers et missiles avec des manœuvres d’une redoutable efficacité. Mais au moins ne ripostait-il pas…

L’Asgard jura dans sa propre langue.

— L’énergie de ses boucliers n’est tout de même pas illimitée, enragea-t-il.

Il se rapprocha de l’écran tactique.

— Concentrez le feu en un point précis. Visez les réacteurs en priorité !

Tout à la préparation de la phrase de tir suivante, aucun des trois vaisseaux asgards ne prit garde au faible écho radar qui venait de se matérialiser sur leurs écrans…

— Ils n’ont pas l’air de nous avoir repérés, mon seigneur, annonça un Jaffa, les yeux rivés à la console d’interception.

— Bien, répondit Ba’al. Où sont les Tauris ?

— Leur vaisseau est sous le feu des Asgards, mon seigneur. Et les perturbations magnétiques nous empêchent de savoir s’il reste certains d’entre eux sur la planète.

Ba’al s’assit derrière la console de tir.

— Je veux le maximum de puissance dès la première salve, ordonna-t-il en ajustant la visée sur l’ordinateur.

Il hésita un instant, puis se tourna vers le Jaffa au poste de navigation.

— Commencez également la programmation d’une trajectoire d’évasion par l’hyperespace, finit-il.

— Baisse de pression en tranche India ! reporta un opérateur.

— Probablement une rupture de la coque trop légère pour déclencher les alarmes, répondit Emeraldas. Envoyez les équipes d’investigation sur place !

— Euh… Tous les gars sont mobilisés pour lutter contre l’incendie en machine, Ma’am, fit l’homme, embarrassé.

— Appelez Hammond ! rétorqua-t-elle. Je suis sûre que les équipes du SG-C ne sont pas utilisées !

O’Neill sentit le regard de la jeune femme rousse vriller sa nuque, mais fit mine de ne rien remarquer. Il ne tenait absolument pas à manquer la moindre minute de ce qui se passerait en passerelle.

— Je me rends immédiatement sur les lieux du sinistre, proposa Teal’c. Mais j’aurais besoin d’un guide.

Emeraldas fit un signe à l’intention de l’opérateur, lequel s’empressa de quitter la passerelle, Teal’c sur ses talons.

L’Arcadia entama une série d’embardées pour éviter les salves asgards. O’Neill faillit traverser la passerelle de part en part. Il se rattrapa de justesse au dossier du fauteuil sur lequel était installé Thor.

— Ils ont répondu ? interrogea le colonel.

— Toujours pas, colonel O’Neill, lui répondit Thor.

— Nous sommes sortis de la zone d’influence du brouillage magnétique, renchérit Tochiro. Nous avons retrouvé la disponibi­lité de nos communications, et d’après les senseurs, c’est aussi le cas des vaisseaux ashs.

— Pourquoi diable feraient-ils la sourde oreille ? demanda O’Neill.

— Je crains fort que mon suppléant n’ait décidé que ce vaisseau représentait une menace à éliminer, soupira Thor.

— Eh ! Je croyais que nous étions alliés ?

L’Asgard hésita.

— Vous m’avez déjà fait remarquer à juste titre que mon peuple est un peu réticent à vous laisser acquérir des technologies avancées, colonel O’Neill, finit-il par dire. La majorité des membres du Conseil estiment que vous n’êtes pas prêts à vous retrouver à un rang de grande puissance galactique.

— Et donc ils seraient d’accord pour nous brider en détruisant l’Arcadia, même s’il est évident que vous êtes à bord ? s’étonna O’Neill.

— Certains de mes compatriotes ont une vision très radicale de la façon dont il faut maintenir l’équilibre dans cette galaxie.

— Si seulement ils pouvaient l’appliquer aux Goa’ulds, philosopha le colonel.

Thor eut un semblant de haussement d’épaules et se concentra de nouveau vers sa console. O’Neill se retourna vers Emeraldas.

— Combien de temps pensez-vous pouvoir tenir ?

— Je peux tenir autant de temps qu’il faudra, répondit-elle, vaguement énervée. Je pourrais même les semer si je le voulais, mais je dois rester à proximité de cette foutue planète si je veux avoir une chance d’empêcher son explosion !

— Vous ne devez pas aussi disposer d’un téléporteur, pour ça ? fit O’Neill perfidement.

— Un problème à la fois, voulez-vous ?

Sur l’écran tactique, un point rouge se mit à clignoter avec insistance.

— Nouvel écho au zéro huit trois ! annonça l’opérateur radar. Distance sept point cinq, en rapprochement rapide !

— En visuel, agrandissement maximal !

L’image tactique fut remplacée par un fond étoilé sur lequel se découpaient nettement les trois vaisseaux asgards. En arrière-plan, on distinguait les contours flous d’un quatrième appareil.

— Le vaisseau inconnu vient d’ouvrir le feu !

— Ce n’est pas sur nous qu’il tire, déclara Emeraldas sans quitter l’écran des yeux.

Des impacts lumineux constellèrent les boucliers des vaisseaux asgards.

— J’ai un contact sur la fréquence ! annonça le radio.

La vidéo de la transmission s’afficha simultanément sur l’écran. Ba’al leur décrocha un large sourire.

— Besoin d’aide ? demanda-t-il.

O’Neill en oublia de respirer.

Quand ai-je manqué un épisode ?

— Les vaisseaux ashs changent de cible, reprit l’opérateur radar.

L’image de Ba’al se brouilla. Le Goa’uld fit une moue contrariée puis disparut hors champ. O’Neill eut encore le temps d’apercevoir l’intérieur du ha’tak parcouru de gerbes d’étincelles avant que la communication ne soit coupée. De toute évidence, le vaisseau de Ba’al résistait bien moins aux impacts asgards que l’Arcadia.

Emeraldas jura. Ou du moins, aux oreilles du colonel, elle lâcha une phrase dans une langue incompréhensible sur un ton qui laissait peu de place au doute.

— Basculez la puissance des boucliers sur l’avant ! ordonna-t-elle. Rétablissez l’alimentation des tourelles et soyez prêts pour un tir en salve !

— Tourelle une en commande secours, répondit l’artilleur. Les canons un et trois sont disponibles. Délai de mise de feu : quarante secondes à partir de la validation des paramètres de tir.

Thor se retourna posément.

— Sur quel vaisseau comptez-vous tirer ? demanda-t-il.

— Sur celui des trois qui commande les autres, répondit Emeraldas froidement. Si toutefois vous auriez l’obligeance de me le désigner… Sinon, je tirerai dans le tas.

Thor resta silencieux quelques secondes. Il eut ce plissement d’yeux caractéristique qu’il avait toujours lorsqu’il réfléchissait, puis secoua la tête d’un geste quelque peu résigné.

— Il s’agit de l’appareil qui a déjà été endommagé par votre vaisseau, fit-il. J’apprécierais toutefois que vous ne le détruisiez pas. Notre flotte est peu nombreuse et nos vaisseaux sont précieux…

Emeraldas acquiesça d’un sourire.

— C’est le moment de voir si nos archives ashs sont fiables… lâcha-t-elle entre ses dents. Tochiro ! reprit-elle plus fort. Calcule-moi les paramètres d’un tir d’immobilisation sur le vaisseau central !

Elle se tourna vers l’artilleur.

— Un coup par canon, dès que vous recevez les données du professeur sur votre console, ordonna-t-elle.

— Aye aye, Ma’am !

Les Asgards étaient à présent en train de pilonner le ha’tak de Ba’al de la même manière que l’Arcadia quelques minutes auparavant. Le vaisseau pyramidal ripostait tant bien que mal tout en battant en retraite, mais sa navigation hyperspatiale ne pourrait pas fonctionner tant que les boucliers restaient actifs.

O’Neill nota tout de même que grâce à son attaque surprise, Ba’al avait réussi à toucher assez sérieusement les trois vaisseaux-nefs… Un exploit qui risquait de lui coûter cher.

Le colonel spéculait toujours sur les raisons qui avaient poussé Ba’al à revenir sur le champ de bataille alors même qu’il était certain de ne pas faire le poids… D’un autre côté, il pouvait également spéculer sur les raisons qui poussaient Emeraldas à couvrir un ha’tak goa’uld…

Bon, en fait, non, je ne veux pas le savoir…

Tiens, il allait plutôt se concentrer sur la phase de tir. Après tout, ne rêvait-il pas de voir comment fonctionnait l’armement de l’Arcadia ?

— Paramètres de tir validés ! déclara l’artilleur.

O’Neill se surprit à compter les secondes mentalement.

— C’est plus rapide quand le matériel n’est pas en dégradé, colonel, lui jeta Emeraldas.

Trente-deux, trente-trois, trente-qua…

— Feu tourelle une !

Deux coups successifs s’échappèrent des immenses canons et traversèrent l’espace entre l’Arcadia et le vaisseau asgard.

O’Neill se demanda fugitivement si l’aéronef asgard n’avait pas tout à coup été métamorphosé en maquette de papier : les tirs avaient tout bonnement ignoré le bouclier et étaient passés au travers du vaisseau comme s’il s’agissait d’un vulgaire décor en carton-pâte.

— Deux coups au but, annonça Tochiro comme s’il s’agissait de quelque chose de tout à fait normal.

Wow.

D’ailleurs, a priori, c’était tout à fait normal pour ces pirates.

D’accord. On a encore des progrès à faire.

— Leur propulsion est inopérante, continua le petit homme à lunettes après avoir consulté de près son écran. Et ils n’ont plus de boucliers.

— Bien. Les missiles seront suffisants pour détruire leur artillerie.

— C’est parti !

L’Arcadia cracha une série de petits missiles qui filèrent vers les Asgards. Quelques secondes plus tard, le vaisseau visé fut nimbé d’un halo de lumière vive.

— Les deux autres vaisseaux continuent leurs tirs, Ma’am, annonça le radar.

— Interceptez le maximum avec la DCA, et transmettez sur toutes les fréquences possibles que s’ils ne cessent pas le feu immédiatement, ils subiront le même sort que leur collègue, répondit Emeraldas.

L’espace fut strié de traits de lasers comme l’Arcadia interceptait les salves asgards les unes après les autres avec une précision et une efficacité diaboliques. Thor reprit place à la console de transmissions et entreprit une conversation animée en asgard.

Il est en train de les injurier copieusement, là…

Les tirs stoppèrent abruptement.

— Le commandant du deuxième vaisseau-nef s’excuse de nous avoir agressés et demande pourquoi nous ne l’autorisons pas à achever le Goa’uld, déclara Thor.

— Il s’excuse ? Oh, je vois. « Désolé, c’est une méprise, je ne savais pas que vous étiez à bord… » C’est une plaisanterie, j’espère ?

Emeraldas avait l’air bien décidée à déverser tout son ressentiment sur Thor, mais elle s’interrompit lorsque l’image de Ba’al s’afficha de nouveau sur l’écran central.

— J’aurai finalement eu l’occasion de vous voir en action, fit celui-ci. Je ne peux que constater que vous n’êtes pas des adversaires à prendre à la légère.

— Ne restez pas ici, imbécile ! répliqua Emeraldas. L’Arcadia peut tenir tête à tous ces vaisseaux minables, mais certainement pas vous. Et je ne garantis pas pouvoir intercepter tous les tirs qui vous seront destinés s’ils décident de reprendre !

Thor tiqua au moment où Emeraldas qualifia ses vaisseaux de « minables ». Quant à Ba’al… Logiquement, il aurait dû montrer quelques signes de colère d’être traité avec autant d’irrespect. Si, si… ç’aurait été un comportement normal pour un Goa’uld…

Décidément, il y a quelque chose qui m’a échappé.

Ba’al sourit à Emeraldas et lui fit un signe de tête courtois en guise de salut.

— Ce fut un plaisir, déclara-t-il avant de couper la communication.

Daniel tira discrètement la manche du colonel.

— Ce n’est plus le même Goa’uld, là, chuchota-t-il. Quelqu’un l’a remplacé pendant que je regardais ailleurs ?

— J’ai l’impression qu’il a un faible pour les rousses, répondit O’Neill sur le même ton en jetant un coup d’œil furtif à Emeraldas.

Elle n’avait pas l’air de l’avoir entendu.

Le ha’tak bascula sur le côté, vira sur l’aile et accéléra pour passer juste devant l’Arcadia.

Je rêve… Si ça continue, il va faire des loopings pour nous impressionner.

Ba’al ne s’attarda cependant pas davantage.

Le continuum se déchira en un vortex bleuté lorsque le ha’tak passa dans l’hyperespace et disparut.

Il se tenait debout au milieu d’une lande désertique. Le ciel était entièrement noir, ainsi que la terre et les vestiges de végétation. Pourtant, il ne faisait pas sombre. Il marcha droit devant lui, au hasard. Il ne sentait pas la pression du sol sur ses pieds, comme s’il flottait au lieu de marcher. Curieusement, il en éprouvait un sentiment plutôt agréable.

Le terrain était désespérément plat, sans aucun point de repère.

« Harlock ? »

Il ne s’agissait pas d’une voix, plutôt d’un mot qui se serait matérialisé. Il se demanda quel sens lui donner.

« Harlock… »

Le mot éveilla en lui des souvenirs qui firent s’évanouir la sensation agréable qu’il avait ressentie. Il n’aurait pas dû être ici.

Le vent lui apportait comme un murmure qu’il ne pouvait déchiffrer.

— Qui est là ? appela-t-il.

Ses propres mots se cristallisèrent dans l’atmosphère et les échos retombèrent autour de lui en morceaux épars. Du givre se forma à ses pieds.

Il était seul.

— Qui est là ? Répondez ! insista-t-il.

Le froid le prit d’un coup, mordant ses chairs et s’insinuant jusqu’au plus profond de lui. Il devait quitter cet endroit. Il en avait la certitude à présent, même s’il ne savait pas pourquoi, ni comment il devait s’y prendre.

Un papillon rouge voleta devant lui. Il le suivit, parce qu’il n’avait pas de meilleure idée pour l’instant. Le vent forcit et siffla à ses oreilles. Chaque pas devenait plus difficile, comme si le flux voulait l’entraîner en arrière.

Il s’entêta.

Le papillon fut happé par une bourrasque et disparut de sa vue. Le vent glacé fouettait son visage et cherchait à le repousser.

Ses mains rencontrèrent soudain un obstacle solide.

La grille de métal noir semblait avoir surgi de nulle part. Aucun mur, aucune clôture ne la prolongeait. Il aurait pu en faire le tour, mais il s’agrippa aux barreaux de fer et tenta vainement de soulever le loquet.

— Laissez-moi sortir… fit-il.

Le vent rayonnait de ce point précis. Il s’acharna sur le loquet sans se soucier du vent qui modulait une longue plainte continue. Ses mains ripèrent sur le métal et ravivèrent la douleur dans son esprit. Si j’ai mal, c’est que je suis vivant, pensa-t-il.

La grille avait bougé.

Il martela les barreaux de ses poings et secoua la grille dans l’espoir qu’elle s’ouvre, mais le métal du loquet paraissait soudé.

Il hurla sa rage et sa frustration. Sa voix couvrait à peine le bruit du vent.

« Harlock… »

Le mot n’était qu’un chuchotement, mais il recouvrait tout. Le mot… Son nom, corrigea-t-il. Quelqu’un l’attendait de l’autre côté.

Il oubliait l’étrangeté des lieux, cette plaine sans vie, ce ciel sans étoiles… Seule comptait la grille. Cette porte fermée.

— Je veux sortir ! cria-t-il.

Son univers éclata brusquement en une blancheur éblouissante.

Kei s’était immobilisée à la porte de l’infirmerie. Elle avait assisté à la totalité de l’intervention que le médecin avait pratiquée sur le capitaine sans oser entrer dans la salle d’opérations. Le docteur Zero finissait de remettre en place des instruments chirurgicaux sur leur étagère. Il lui fit un sourire rassurant, bien que fatigué.

— J’ai terminé, lui dit-il. Tu peux aller le voir.

— Il est réveillé ?

Le docteur détourna le regard.

— Il a basculé en coma profond pendant que je l’opérais, répondit-il enfin. Je ne peux plus rien faire, ça dépend entièrement de lui, maintenant.

Non !

Harlock avait été installé dans la seule chambre isolée du petit hôpital du bord. Mimee était à son chevet. La chevelure de la jeune femme, habituellement bleue, était nimbée d’un halo doré. Elle tenait fermement une des mains du capitaine et la lumière qui se répandait par vagues dans la pièce semblait illuminer Harlock de l’intérieur.

Kei hésita. Lorsque Mimee brillait de cette manière, cela signifiait qu’elle faisait usage des capacités psychiques propres à son espèce. Et c’était généralement assez désagréable pour les humains qui s’approchaient trop près. Néanmoins, Mimee avait dû sentir sa présence car la lueur dorée déclina peu à peu jusqu’à s’éteindre tout à fait.

— Il ne me répond plus, dit-elle tristement en tournant son visage d’albâtre vers Kei. J’ai tenté de le retenir, mais j’ai senti son esprit glisser vers la mort… Il m’a échappé.

Des larmes perlaient au coin des yeux uniformément jaunes de Mimee. Kei s’assit à côté d’elle et posa un bras compatissant sur son épaule.

Le capitaine était étendu sur un simple lit d’hôpital. Tous les appareils d’assistance avaient disparu. Sa poitrine se soulevait cependant encore à un rythme régulier. Lent, mais régulier.

— Il n’est pas encore mort, fit Kei.

Elle se pencha pour remettre en place une mèche rebelle sur le front du capitaine.

— Harlock ?

— Il ne peut pas t’entendre, là où il est, dit Mimee.

Kei secoua la tête.

— Je ne peux pas croire que cela va se terminer de cette manière, après tout ce qui s’est passé, déclara-t-elle.

Elle frôla la joue du capitaine de ses doigts, s’interrompit, et laissa finalement retomber sa main avec un soupir.

— Harlock…

Les deux jeunes femmes se fixèrent en silence pendant quelques secondes.

— Il n’y a rien que tu n’aies pas encore tenté ? reprit Kei.

— Je ne peux plus atteindre son esprit… Il est en un lieu que je ne peux visiter sans dommages, répondit Mimee. Á cet endroit la frontière entre ce qui est et ce qui n’est plus est floue.

Elle passa machinalement la main dans ses cheveux.

— C’est dangereux, répéta-t-elle. Je ne peux rien faire…

— Même pour lui ? demanda Kei.

Mimee sourit à sa manière, en plissant les yeux et en inclinant légèrement la tête sur le côté.

— Même pour lui, oui… Mais je peux lui envoyer des signes, termina-t-elle.

Elle étendit les mains au-dessus du visage du capitaine et commença à rayonner.

— Par contre, ajouta-t-elle, je ne sais pas du tout comment il va le percevoir… C’est un genre… d’appel psychique, expliqua-t-elle. Mais vous, les humains, vous avez des réactions vraiment bizarres lorsqu’on essaie de communiquer avec vous de cette façon…

— Le cerveau humain n’est pas conçu pour faire de la télépathie, répondit Kei en reculant de quelques pas.

Elle faillit percuter le docteur Zero qui venait d’entrer dans la chambre. Les deux humains observèrent sans mot dire Mimee irradier de jaune la pièce.

— Voilà, dit-elle simplement une fois qu’elle eut fini.

Elle se tourna d’un air désolé vers Kei.

— Je ne peux même pas dire s’il l’a interprété correctement, soupira-t-elle.

Zero s’interposa avec un large sourire paternel.

— Allons, les filles… Vous ne pouvez pas rester là jusqu’à ce qu’il se réveille ! Il lui faut du calme maintenant. Je suis sûr qu’il va reprendre connaissance bientôt…

— Mais est-ce que vous savez quand ? interrogea Kei.

Le docteur eut une moue impuissante.

— Non, je l’ignore, avoua-t-il. Toutes ses blessures physiques sont en bonne voie de guérison, mais je ne sais pas quelles ont été les conséquences sur son cerveau… Apparemment il n’a pas de lésions au niveau cérébral, mais il est possible que l’empoisonnement ait causé des dommages que je ne suis pas capable d’identifier…

— Je n’ai pas senti d’altération de son esprit, intervint Mimee.

— Mais le psychisme humain est assez hermétique aux yeux des autres races, n’est-ce pas ? reprit le docteur. Il ne faut tout de même pas dramatiser, poursuivit-il après une hésitation. Mais il va falloir être patient. Il peut très bien se réveiller dans quelques jours, ou dans des semaines…

ou jamais.

Aucun des trois ne termina la phrase, mais le mot resta en suspens entre eux comme une menace sourde.

— Allez. Dehors, fit gentiment Zero en attrapant Kei par le coude.

Elle résista un peu, jeta un dernier coup d’œil en arrière.

— Harlock… murmura-t-elle.

C’était inutile de rester ici. Avec cette bataille et la planète qui allait exploser, il y avait à coup sûr beaucoup à faire en passerelle.

Elle se retourna à contrecœur.

— … Kei ?

La jeune fille ferma les yeux. Elle sentit son cœur s’emballer dans sa poitrine. Non, c’était impossible. Elle avait sûrement rêvé…

— Capitaine… souffla-t-elle.

— Kei ?… C’est toi ?

— Docteur ! s’exclama-t-elle en retournant au chevet d’Harlock.

Celui-ci essaya de lui sourire et lui fit un vague signe de la main.

— Ne bougez pas ! intervint Zero. Bon sang ! Pourquoi est-ce que vous me donnez toujours l’impression de faire exactement le contraire de ce que je viens de dire ?

Le docteur voulut prendre un air sévère, quelque peu gâché par ses yeux qui pétillaient de soulagement.

— Je suis heureuse que vous soyez de retour parmi nous, capitaine, déclara Kei.

— Je… t’ai entendu m’appeler, répondit Harlock.

Kei haussa un sourcil interrogatif, mais le capitaine ne donna pas davantage d’explications. Son regard chercha un point d’ancrage avant de s’arrêter sur Mimee. Tous deux se fixèrent en silence. Aucun mot ne fut prononcé, mais Kei sentit nettement que l’échange verbal était inutile – c’était simplement une autre forme de communication.

Ces télépathes…

— Je rejoins mon poste en passerelle, finit par dire la jeune fille aux cheveux bleus, plutôt abruptement.

— Mimee… la stoppa Harlock comme elle tournait les talons.

— … Oui ?

— Merci.

Kei resta encore un peu à l’infirmerie. Le docteur s’affairait autour du capitaine, consultant ses écrans, réglant son scanner portatif et auscultant son patient avec des instruments divers et variés, ce qui avait pour effet immédiat de faire protester l’intéressé. Encore faiblement, certes, mais c’était un signe évident qu’il allait mieux.

Kei tenta d’accrocher le regard d’Harlock, rougit quand elle y parvint et quitta la pièce après un dernier sourire timide.

— Les niveaux de radiations électromagnétiques sont stabilisés, annonça Thor depuis le poste scientifique. L’accalmie devrait durer vingt-huit point trois minutes environ, et permettre la téléportation des nanomachines.

— Vingt-huit point trois minutes environ ? fit O’Neill.

— En effet, colonel O’Neill. En conformité avec les graphiques de simulations, avec une marge d’erreur minime.

— Le brouillage faiblit. Le transpondeur du champ de force du cœur répond de nouveau, renchérit Tochiro. Nous pouvons commencer la dernière phase de l’opération.

— Quand tu veux, répondit Emeraldas.

Elle jeta un coup d’œil par-dessus l’épaule de l’artilleur dont les doigts étaient en train de voler sur le clavier de sa console.

— Paramètres de tir validés, énonça-t-il. Toutes sécurités enclenchées, ouverture du feu des tourelles une et trois sur ordre et en manuel. Puissance disponible soixante-quatre pour cent. J’ai transmis la position optimale de tir à la console de nav’, termina-t-il.

— Distance quatre quatre deux, temps de parcours sept minutes, continua son voisin. Pilote automatique en fonction.

Thor rejoignit le milieu de la passerelle et se planta devant Emeraldas.

— Ma contribution sera plus efficace si je suis à bord de mon propre vaisseau, déclara-t-il.

— C’est une façon polie de me demander un chauffeur pour vous reconduire ? ironisa Emeraldas.

— En effet, répondit Thor avec une pointe d’impatience. Je suis forcé d’utiliser une de vos navettes, car la structure de votre vaisseau brouille les ondes des téléporteurs.

— Les navettes comme les chasseurs sont indisponibles, rétorqua Emeraldas sèchement. Je vous rappelle que vos vaisseaux viennent de nous bombarder par erreur.

Elle croisa les bras, sentant monter son énervement. Si cet alien pensait qu’elle allait accepter ses excuses aussi facilement, il se trompait. O’Neill fronça les sourcils à son intention. Ah, bah. Il allait sûrement encore sortir quelque chose du genre « ce sont nos alliés, faites preuve d’un peu de bonne volonté ».

Mrf.

— Je prends les commandes en manuel ! ordonna-t-elle.

Elle orienta l’Arcadia de manière à intercepter la nef asgard la plus proche.

— Rendez-vous au sas d’abordage, dit-elle à Thor. Je vais vous déposer au passage.

Thor plissa les yeux, interloqué. Emeraldas pointa son doigt sur un opérateur au hasard.

— Toi, conduis-le !

— À vos ordres, Ma’am.

— Je vous reverrai avec plaisir dans des circonstances moins… tourmentées, colonel O’Neill, salua Thor avant de quitter la passerelle.

Il n’avait pas l’air de vouloir s’attarder…

Bon débarras.

O’Neill donnait l’impression de préparer une tirade critique sur ses relations avec les représentants d’autres espèces. Elle le foudroya jusqu’à ce qu’il cède d’un sourire désinvolte, puis se concentra sur sa manœuvre. La phase d’approche était assez délicate. Tant qu’à faire, mieux valait ne pas s’encastrer dans l’aéronef de Thor…

O’Neill s’éloigna prudemment d’Emeraldas pour éviter une agression verbale. Les baies d’observation lui offraient une vue imprenable sur la proue de l’Arcadia, ainsi que sur la nef asgard, droit sur leur trajectoire. Le colonel s’abstint de tout commentaire et admira en connaisseur la manœuvre d’approche. Il ignorait de quelles aides à la navigation disposait Emeraldas, mais assurément il fallait faire preuve de dextérité et de précision pour amener un vaisseau de cette taille à en accoster un autre.

Et sans aucune tôle froissée, en plus.

Carter lui aurait certainement sorti les équations s’il lui avait demandé… C’était de la physique – un truc qui concernait la gravitation, s’il se souvenait bien.

Un sas mobile se déploya du flanc de l’Arcadia et alla se fixer sur le vaisseau asgard.

Tiens, c’est bizarre. Je ne me souviens pas avoir vu une porte d’entrée à cet endroit…

Daniel s’était apparemment posé la même question.

— Corrigez-moi si je me trompe, Jack, murmura-t-il, mais ils n’ont pas l’air de s’embêter à vouloir trouver une entrée.

— Il semblerait, répondit le colonel. Pourquoi passer par un sas déjà installé quand on peut faire un trou dans la coque, mmh ?

— C’est ce qui s’appelle un abordage, colonel, fit Emeraldas dans leur dos. Sans compter que vos dispositifs de sassage ne sont pas aux normes du trentième siècle.

Ah, zut. Il avait parlé trop fort. Emeraldas quitta sa position au centre de la passerelle pour rejoindre le colonel.

— Je viens d’avoir des nouvelles de l’infirmerie, lui annonça-t-elle. Harlock a repris conscience. Le Doc me dit qu’il est hors de danger à présent.

O’Neill soupira de soulagement. Alors… Il pouvait montrer son enthousiasme en prenant Emeraldas dans ses bras et en la faisant tournoyer sur le pont. Hmm. Peu approprié. La même chose avec Carter… Non plus.

Il préféra frapper virilement l’épaule de Daniel.

— Voilà une bonne nouvelle ! N’est-ce pas, Daniel ?

Vu le regard que lui lança Emeraldas et qui avait l’air de mettre en doute sa santé mentale, il en resta là dans ses démonstrations de joie.

— C’est possible de lui rendre visite ? demanda-t-il.

— Pont principal, sur votre gauche, lâcha Emeraldas.

Au ton qu’elle employa, O’Neill eut l’impression qu’elle était presque autant soulagée de se débarrasser de lui que de Thor. Mais bon, ce n’était peut-être qu’une impression.

Daniel secoua la tête négativement lorsqu’il lui fit signe de l’accompagner. Quant à Carter, elle était penchée sur une console, ses yeux brillaient à la lecture de lignes et de lignes de texte et il ne réussit même pas à capter son attention.

Lorsque les portes de l’ascenseur se refermèrent, l’isolant de la passerelle, il espéra que la position de l’infirmerie de l’Arcadia serait facilement repérable. Le panneau de contrôle de l’ascenseur comportait certes des boutons, mais ils n’étaient renseignés que par des numéros. Il n’y avait pas pris garde en montant – il était parti du principe que la passerelle se trouvait au plus haut niveau –, mais ça allait être une autre paire de manches pour descendre. Et il n’allait tout de même pas revenir en passerelle pour demander à Emeraldas comment fonctionnait son ascenseur.

— Quel est le niveau du pont principal ? s’interrogea-t-il tout haut.

— Destination enregistrée, pont principal, répondit l’ascenseur.

À gauche une fois arrivé dans la coursive, puis quelques pas guidés par l’odeur médicale caractéristique de tous les hôpitaux… Il n’avait pas osé penser que ce serait aussi simple.

Seul le bourdonnement de la ventilation troublait le silence de la chambre. Les tirs avaient cessé, et aucune diffusion qui aurait explicité les événements en cours n’était parvenue jusqu’à l’infirme­rie. Harlock plia et déplia ses doigts histoire de dégourdir un peu ses muscles, et surtout pour passer le temps.

Il soupira. Il avait senti Emeraldas reprendre le contrôle de l’Arcadia – son pilotage était beaucoup plus énergique que celui de Tochiro, et il n’avait rien à voir non plus avec la pré-programmation du pilote automatique.

Il aurait aimé savoir ce qui était arrivé aux Asgards.

— Alors ? Vous êtes de retour parmi nous ? lança joyeusement le colonel O’Neill en faisant irruption dans la pièce sans crier gare.

Harlock lui retourna un regard sceptique.

— Ne me fixez pas comme votre rousse amie, protesta O’Neill. Je ne suis pas fou, je suis simplement content de vous voir… Et je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas le montrer !

O’Neill s’adossa au coin d’une armoire médicale.

— Vous l’avez échappé belle, en tout cas, continua-t-il. Comment vous sentez-vous ?

— Mff, grogna Harlock. … mal partout.

— Satisfait de vous retrouver seul dans votre tête ?

Harlock le fixa un instant sans comprendre, puis il se rendit compte que le colonel faisait allusion au symbiote.

C’est vrai.

Il ne s’en était pas encore préoccupé. Il y réfléchit en détail, essayant d’analyser posément les sensations qu’il éprouvait.

Il ressentait… comme un vide. Ce devait certainement être un effet post-opératoire normal. Quand il avait pris possession de son hôte, le Goa’uld lui avait transmis certaines… particularités. Une plus grande résistance. De meilleurs réflexes. La capacité de concentrer de l’énergie psychique.

Il allait devoir s’habituer à être redevenu un humain ordinaire.

— C’est… plus calme, finit-il par répondre.

O’Neill ne comprendrait pas qu’il lui dise qu’il regrettait. Il préféra changer de sujet.

— Vous avez des nouvelles ? demanda-t-il.

— Nous entamons la dernière partie de notre opération de sauvegarde, répondit O’Neill.

Harlock leva un sourcil perplexe.

— Ah. Euh… Effectivement, vous avez peut-être manqué une partie de l’action.

— Je… C’est un peu confus, admit Harlock.

La dernière chose dont il se souvenait avec certitude, c’était d’avoir repris les commandes de l’Arcadia au moment où elle subissait une attaque en règle. Et encore, il ne s’était pas approfondi sur les questions « par qui » et « pourquoi »…

— … pouvez me donner un coup de main ?

— Vous êtes sûr ? Vous ne devez pas attendre l’autorisation de votre médecin pour quitter l’infirmerie ?

— Peu importe, répliqua Harlock en se redressant sur les coudes.

Aïe.

O’Neill le fixa d’un air soucieux, mais l’aida néanmoins à se lever.

— Vous semblez souffrir d’une allergie aiguë aux hôpitaux, fit-il ironiquement.

— …

— Je sais ce que c’est… reprit le colonel. Je crois posséder le même petit défaut, voyez-vous…

O’Neill profita du trajet jusqu’à la passerelle pour lui narrer les événements qui avaient eu lieu en parallèle depuis qu’il était revenu sur l’Arcadia. Harlock, davantage concentré sur le fait de conserver son équilibre que sur les explications du colonel, finit par perdre le fil.

Passablement embrouillé, tout ça…

Apparemment, Ba’al les avait aidés à convaincre les Asgards que l’Arcadia ne leur était pas hostile en les attaquant à revers pour provoquer une diversion, ce qui avait incité Emeraldas à ouvrir le feu pour immobiliser un des trois vaisseaux-nefs…

Mff. Comprends rien.

Il reprendrait ça à tête reposée plus tard.

— Enfin, continuait le colonel, j’en retire tout de même que votre copine a l’air de trouver à son goût les extraterrestres du vingt-et-unième siècle…

— Hein ?

— Emeraldas, précisa O’Neill. Avec Ba’al.

— Ah, ça, fit Harlock en haussant les épaules.

— Vous semblez trouver cela normal.

— Elle fait ce qu’elle veut.

Le capitaine ne tenait pas à s’étendre sur le sujet. Qu’O’Neill s’imagine tous les scenarii qu’il voulait, ça lui était égal. Il nota toutefois de se réserver un peu de temps pour brancher Emeraldas sur cet épisode une fois que tout serait fini.

Je me demande ce qu’en pense Tochiro, tiens…

Fort heureusement, O’Neill n’insista pas. Peut-être était-ce dû au fait qu’ils venaient d’arriver en passerelle.

— Quel est le pourcentage gagné si l’on transfère la puissance des systèmes d’armes non utilisés sur les tourelles ? demandait Emeraldas depuis le fauteuil de commandement.

— Je calcule ça, Ma’am.

La jeune femme lança un regard exaspéré à O’Neill lorsqu’elle l’aperçut, presque aussitôt remplacé par une expression du genre « qu’est-ce que tu fiches ici, tu devrais être couché » à l’intention du capitaine.

Harlock préféra ne faire semblant de rien.

— Fin de la fenêtre dans onze point cinq minutes, annonça Kei, qui avait reprit sa place habituelle à la console radar. Nous sommes en position.

— Thor nous transmet qu’il terminera les opérations de téléportation dans quatre minutes, renchérit Sam Carter depuis le pupitre radio.

Sur l’écran tactique, la planète P4X-48C avait été habillée d’un quadrillage coloré matérialisant la zone de tir.

— Pousse-toi, fit Harlock à Emeraldas.

— Je peux terminer ma manœuvre, quand même ? demanda-t-elle en cédant sa place au capitaine.

— … m’a tout l’air d’être un peu trop complexe pour que je la prenne en cours de route, répondit Harlock. Je suis juste venu voir si tout se passait bien.

— Mmm.

Harlock se cala dans son fauteuil. Les hommes de quart lui jetèrent des regards furtifs. Il intercepta le clin d’œil complice de Tochiro, le sourire épanoui de Kei et quelques petits signes discrets de la part des autres opérateurs.

Quant à Mimee… Il ne savait pas trop ce qu’elle lui avait fait. Il se rappelait sa voix dans son esprit, quelques paysages illogiques et des flashs de lumière de couleur impossible… Toujours est-il qu’elle réussit à lui transmettre son soulagement. Non que la sensation soit désagréable, d’ailleurs…

— Toute la difficulté réside dans la coordination des actions, expliqua Emeraldas. Il faut séparer le cœur du réseau synaptique de nanomachines afin d’empêcher l’extension de l’explosion. Et comme le réseau en lui-même est évolutif et se reconstruit rapidement dans les zones nettoyées par le téléporteur, nous ne disposerons que d’un temps très court entre le moment où les Ashs auront fini d’extraire les nanomachines contaminées par le virus et celui où le réseau fera à nouveau la jonction avec le cœur.

Ah. Effectivement, c’est beaucoup plus clair maintenant…

— Si je comprends bien, déclara Harlock, vous isolez le détonateur des explosifs avant de le détruire ?

— En simplifiant à l’extrême, on peut dire ça, oui, sourit Emeraldas.

Sur l’écran tactique, le diagramme de tir se mit à clignoter, signe que le système d’arme était paré à faire feu. Harlock laissa Emeraldas effectuer les dernières vérifications.

Il jeta un coup d’œil à la console de tir. La puissance affichée était à peine plus faible qu’en configuration normale. Assurément, le chef machine avait encore fait des miracles avec des dérivations et des connexions de secours.

— Fin des téléportations, fit Carter. Les Asgards sont en liaison, et prêts à tirer sur ordre.

— Pour un tir en salve, tourelles une et trois, ordonna Emeraldas. Attention !

L’artilleur de quart enfonça un bouton de sa console. Harlock ne pouvait pas le voir de sa position, mais il savait qu’au même instant, les trois tourelles de l’Arcadia – neuf canons en tout – se verrouillaient sur leur cible. Le capitaine écouta le grincement des pièces mécaniques qui tournaient sur leur axe résonner à travers tout le vaisseau… Un son qui résumait à lui seul toute la puissance de l’Arcadia…

— Feu !

L’ordre fut simultanément transmis aux trois vaisseaux-nefs asgards. Les différents traits d’énergie fusionnèrent, puis convergèrent vers la surface de la planète.

Les secondes s’égrainaient, imperturbables. O’Neill observait la lueur au point d’impact décroître en intensité.

— Lecture des données en cours, énonçait une voix éthérée. Précision du tir de quatre-vingt-seize pour cent. Le champ de force semble toujours en place.

La propriétaire de la voix était installée devant un écran radar. Elle possédait de magnifiques cheveux d’un bleu outremer, une peau laiteuse et des yeux félins entièrement jaunes. Le colonel détourna les yeux lorsque la fille, sentant sans doute qu’elle était observée, releva la tête.

Comment diable fait-elle pour parler, elle n’a pas de bouche…

Gêné, O’Neill se replia vers une position plus en retrait.

— Les senseurs ne peuvent pas encore déterminer la profondeur atteinte par le tir, continuait Tochiro.

— D’après les informations de Thor, le cœur est enfoui à une trentaine de mètres, fit Carter.

— Et il fallait le détruire du premier coup ? s’étonna O’Neill.

— En effet, mon colonel, répondit Carter. Ce système a été conçu de telle sorte qu’il absorbe tout apport d’énergie avant de la restituer sous la forme d’une impulsion électromagnétique très courte… et très destructive.

— Je croyais que c’étaient les nanomachines qui se chargeaient de ça ?

— Exact, colonel. Mais le cœur possède les mêmes propriétés. Les nanomachines jouaient seulement le rôle d’amplificateur…

O’Neill renonça à pousser plus avant. S’il continuait, il risquait de se voir asséner un ou deux théorèmes de physique – voire de physique quantique. Il connaissait suffisamment Carter pour savoir qu’elle en était parfaitement capable.

L’image de Thor s’afficha sur l’écran.

— Il semble que l’opération soit un succès, dit-il.

— Nous n’avons pas encore les résultats définitifs, rétorqua Emeraldas sèchement.

L’Asgard les gratifia de son fameux plissement d’yeux contrarié.

— Il n’y a pas eu de réaction au point d’impact, intervint Harlock. Si cela avait été le cas, elle ne serait pas passée inaperçue… c’est bleu, rappela-t-il.

Le jeune homme eut le droit simultanément à un clignement perplexe de la part de Thor et au regard glacial d’Emeraldas, ce qui ne sembla pas le troubler outre mesure.

— Votre apport de puissance a été appréciable, continua Harlock à l’intention de l’Asgard. Il est évident qu’un tir isolé de l’Arcadia n’aurait pas suffi.

Thor hésita. Il avait apparemment l’air de se demander s’il devait prendre ces derniers mots comme un remerciement ou pas.

Emeraldas hésita elle aussi, mais se contenta finalement d’un pincement de lèvres énervé.

— Fin du balayage, annonça Tochiro. La destruction s’est propagée à l’ensemble du dispositif souterrain. Le cœur a amorcé une réaction, mais elle est restée contenue par le champ de force.

— Tout s’est donc déroulé comme prévu, déclara Thor.

— J’ai quand même l’impression que l’explosion a surtout été étouffée par l’effondrement des étages sur la structure centrale, répondit Tochiro après un examen dubitatif de ses écrans. Je ne relève aucune indication qui prouverait que le champ de force ait servi à quelque chose.

— Nous ne possédions pas suffisamment d’éléments sur le fonctionnement de cette arme pour nous passer de cette protection, trancha Harlock.

Thor lui envoya un nouveau regard perplexe. O’Neill sourit : l’Asgard essayait sans y parvenir de cerner son nouvel interlocuteur. Un capitaine pirate sur lequel, O’Neill était forcé de le reconnaître, lui-même possédait bien peu d’informations.

— Il ne reste qu’à s’assurer que le dispositif a effectivement cessé son évolution, et démanteler les éventuelles parties encore intactes, reprit le jeune homme. Mais c’est une mission que vous pouvez aisément remplir avec vos propres moyens.

— Le fait qu’ils nous aient aidés ne change rien, siffla Emeraldas. Je refuse de leur faire confiance en les laissant finir le travail !

— Tout ceci ne nous concerne plus, rétorqua-t-il. C’est au SG-C de s’assurer de la bonne coopération de leurs alliés, à présent.

Harlock se leva, et le seul signe que le colonel put déceler qui trahissait ses récentes… mésaventures fut une légère crispation de ses doigts.

— Nous rentrons sur Terre, ordonna-t-il. Préparez la propulsion pour un saut warp !

Ce qui était certain en tout cas, c’est que l’Arcadia venait de retrouver son capitaine.

Emeraldas fixa intensément l’image de Thor, toujours en liaison sur l’écran central. O’Neill entraperçut l’éclair de haine qui brilla un instant dans ses yeux. Quel que soit le préjudice que lui avaient porté les Asgards, elle n’était visiblement pas disposée à leur pardonner dans l’immédiat.

La pirate rousse secoua la tête et laissa échapper un soupir de dépit. Elle se dirigea vers l’ascenseur sans un regard en arrière.

— C’est ton vaisseau, céda-t-elle. La passerelle est à toi.

— Oui, j’espère bien, répondit Harlock calmement.

Le klaxon de combat de l’Arcadia retentit à travers la salle commune, mais ne perturba pas beaucoup les quelques personnes qui s’y trouvaient.

— Navigation en espace normal, transmit la diffusion générale. Prochain saut warp dans deux point cinq heures.

La crise ayant été résolue, le trajet retour avait été fractionné en une série de petits trajets hyperspatiaux, moins éprouvants pour les machines. Et par conséquent, la durée du voyage s’était allongée, passant d’une poignée d’heures à un peu plus de trois jours.

Sam Carter contempla mélancoliquement son assiette. Cela lui permettait de découvrir les habitudes culinaires du trentième siècle… Elle n’avait pas cru possible de manger des plats plus insipides que ceux du mess du SG-C. D’accord, l’Arcadia possédait des synthéti­seurs capables de produire des rations avec tout ce qu’il fallait comme apports nutritionnels, mais un ensemble protéinique qui tentait vaguement de ressembler à quelque chose de connu ne remplaçait pas le plat original. Carter abandonna son assiette en essayant de ne pas penser au recyclage de son contenu.

— Vous allez le retrouver ce soir sous une autre forme, major ! lança O’Neill.

La scientifique soupira. Pourquoi avait-il fallu que le colonel s’intéresse justement au fonctionnement de cet appareil ?

— C’est un dispositif de recyclage efficace qui permet au vaisseau de naviguer sans ravitailler en vivres, mon colonel, rétorqua-t-elle.

— Mais mon petit doigt me dit que vous ne proposerez jamais d’inclure ce genre de système au programme Prométhée, la taquina O’Neill. J’ai bien vu votre air dégoûté quand vous avez appris comment il fonctionnait.

Le colonel regarda sa propre assiette, encore à moitié pleine de… machin.

— Mais bon, vous avez raison, avoua-t-il. C’est peut-être rempli de toutes les bonnes vitamines qu’il nous faut, mais ça a le goût de tout, sauf ce à quoi c’est censé ressembler.

Il jeta leur contenu des deux assiettes dans le vide-ordures.

— Pour tout vous dire, continua-t-il, j’ai même entendu certains de ces pirates se plaindre. Apparemment ils n’utilisent leur synthétiseur qu’en dernier recours. En temps normal, ils se ravitaillent en vivres comme tout le monde.

Carter suivit le colonel dans la coursive. Elle profitait de la traversée pour commencer la rédaction de son rapport de mission – lorsque MacKay ne l’inondait pas avec ses nouvelles hypothèses sur la navigation hyperspatiale.

Ce n’était cependant pas le chemin des quartiers où les équipes SG s’étaient installées.

— Ils ont suffisamment à faire avec leurs problèmes de moteurs, mon colonel, dit-elle. Je ne crois pas qu’ils aient en plus besoin de nos questions.

Elle s’était rendue dans la salle des machines, histoire de proposer son aide, mais le chef ingénieur appréciait visiblement assez peu que des étrangers à l’équipage viennent mettre le nez dans ses moteurs. Tochiro avait été plus diplomate, mais il était concentré sur ses réparations et trop occupé pour lui expliquer le fonctionnement du système propulsif.

Elle avait appris que MacKay avait été rembarré avec beaucoup moins de subtilité.

Harlock logeait dans le château arrière de l’Arcadia. O’Neill frappa et entra sans attendre de réponse.

Tochiro et le chef machine exposaient un diagramme compli­qué à leur capitaine, assis derrière son bureau. Emeraldas était également présente, adossée au chambranle d’une immense baie vitrée donnant sur l’espace.

— J’ai remarqué que vos passages en hyperespace étaient de plus en plus espacés, annonça O’Neill de but en blanc. J’espère que vous ne comptez pas nous demander de descendre pour pousser !

— Vous êtes en retard d’une avarie, colonel, rétorqua Harlock. Nous sommes déjà passés au problème suivant.

Tochiro eut une mimique sceptique.

— Je n’affirmerai tout de même pas que les moteurs sont au mieux de leur forme.

— Rien qui ne soit insurmontable, trancha Harlock. Et de votre côté, colonel, je n’ai eu connaissance d’aucune urgence qui nécessiterait de forcer sur les moteurs pour vous ramener au SG-C.

— Oh, je ne me plains pas de ces quelques jours de congés… répondit O’Neill.

Carter étudia le diagramme tridimensionnel qui flottait toujours au milieu de la pièce. Ça ressemblait à un graphe de navigation hyperspatiale comme elle avait pu en voir sur les vaisseaux asgards, mais certains symboles ne lui évoquaient rien.

— Le voyage de retour, expliqua Tochiro. Nous avons modifié la trame temporelle, le saut qui nous ramènera à notre point exact de départ est assez complexe à exécuter.

— Vous avez modifié le temps ? fit O’Neill. Kei nous avait pourtant dit qu’on ne pouvait pas changer le futur, non ?

— C’est l’inverse, en fait, répondit Harlock. Nous ne pouvons pas changer notre passé. Mais ici et maintenant, nous pouvons changer le futur.

Le colonel prit son expression favorite quand il était confronté à des circonvolutions scientifiques délicates.

— Notre futur a changé, mais pas votre présent, comprit Carter. En empêchant l’explosion de P4X-48C, vous avez créé un univers alternatif.

— En effet. Et il existe probablement, au trentième siècle de cet univers, d’autres versions de nous… Ils vivent même peut-être sur une Terre en paix, qui sait ?

Un voile de tristesse passa fugitivement dans le regard d’Harlock. Ou peut-être était-ce seulement la fatigue, Carter n’aurait pas su le dire.

Le jeune homme se reprit rapidement.

— Quoi qu’il en soit, termina-t-il, vous serez au SG-C demain, comme prévu.

Le désert du Nevada était écrasé de soleil. O’Neill tentait de suivre des yeux à travers la brume de chaleur l’hélicoptère qui patrouillait en bordure de la zone 51.

— Notre dispositif de camouflage fonctionne parfaitement, colonel. Lorsque l’Arcadia décollera, vous ne pourrez voir qu’un nuage de poussière facilement explicable par un phénomène météorologique dû à la chaleur… Vos programmes top-secret ne seront pas compromis avec ça.

Harlock se tenait à l’ombre du hangar le plus proche.

— Vous ne deviez pas être à l’infirmerie ? releva O’Neill.

— Pourquoi croyez-vous que j’aie quitté mon vaisseau climatisé ?

— Si vous pensez échapper à votre médecin de cette manière, vous vous trompez. J’ai observé que le corps médical possède une compétence à retrouver ses patients qui approche le paranormal.

Le jeune homme sourit.

— La base de la stratégie consiste à poursuivre la partie de cache-cache jusqu’au commencement de l’action… Le décollage, en l’occurrence.

— Et ça empêchera votre médecin d’intervenir ?

— Une fois que j’aurai pris la manœuvre, je serai beaucoup plus difficile à déloger de ma passerelle…

O’Neill examina Harlock de la tête aux pieds. Le capitaine de l’Arcadia avait meilleure mine que lorsqu’il « hébergeait » un symbiote goa’uld agonisant, mais il était encore très pâle. Et le colonel savait que le jeune homme n’avait pas appliqué la prescription médicale « repos total » pendant les trois jours du trajet retour.

— Vous savez que vous n’avez pas l’air au mieux de votre forme ?

Harlock s’adossa au hangar.

— Je sais… soupira-t-il.

Il sourit à nouveau au colonel, sans chercher cette fois à dissimuler sa fatigue.

— J’ai promis au doc que je me rendrai après le saut temporel.

L’hélicoptère passa en vrombissant au-dessus d’eux. Temps de patrouille normal, pas d’alarme et aucun départ de groupe d’intervention motorisé… A priori, les touristes en mal d’ovnis n’étaient pas de sortie aujourd’hui. Ce devait être la chaleur.

O’Neill tendit la main à Harlock.

— Il va être temps d’y aller, fit-il. Vous ne voudriez tout de même pas manquer le départ ?

L’Arcadia s’était stabilisée en orbite géostationnaire au-dessus du continent américain.

— Paramètres de température normaux. Puissance à trente. Mise en pression du système normale. Nous sommes parés pour le saut, capitaine !

— En avant, en route au quatre huit deux !

— Nous atteindrons le point de saut dans cinq point trois minutes, captain.

Poussé par ses deux réacteurs principaux, le vaisseau vert s’arracha majestueusement à l’attraction terrestre.

— Paramètres du réacteur tribord à vingt points du seuil de tolérance, déclara Tochiro. On dirait que les réparations tiennent le coup.

— Je n’en ai pas douté une seule seconde, répliqua Harlock.

La baie d’observation de la passerelle donnait sur l’espace infini. L’écran tactique affichait encore une vue de la Terre.

— Nous sommes toujours en liaison avec le SG-C ? demanda le capitaine.

— Je les contacte sur leur fréquence, répondit Mimee.

Le visage du colonel O’Neill apparut sur l’écran central.

— Je me demandais si vous alliez vous décider à appeler pour dire au revoir, fit celui-ci.

— C’est la moindre des choses, répondit Harlock. Et je tenais à vous remercier encore une fois. Sans votre aide, j’ignore si j’aurais réussi à regagner mon époque.

Harlock salua le colonel de son sabre. O’Neill, un instant surpris par la solennité du geste, lui rendit son salut.

— Bonne chance, lança-t-il.

Harlock coupa la communication, puis fit accélérer le vaisseau pour atteindre la vitesse de saut.

— Ouverture de la fenêtre d’hyperespace dans cinq secondes, annonça Tochiro. Quatre, trois, deux, un…

L’Arcadia plongea en dimension warp.

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