Stargate Humanity (Partie 1/4)
Chapitre II
Trois jours plus tard
Daniel Jackson avançait dans les couloirs du SGC, engoncé dans un uniforme militaire qu’il n’avait plus porté depuis bien longtemps. Le poids de l’équipement lui semblait beaucoup plus lourd que lors de ses missions avec SG-1. À ses côtés, Samantha Carter marchait d’un pas assuré, tandis que Richard Woolsey les suivait, visiblement nerveux.
- Professeur Jackson, insista Woolsey d’une voix tendue, je vous rappelle que vous n’êtes pas autorisé à engager le moindre conflit avec une espèce hostile. Si vous rencontrez une menace, les ordres sont très clairs : vous alimentez la porte avec le nouvel E2PZ du docteur McKay et vous revenez immédiatement. Est-ce bien compris ?
Daniel leva les yeux au ciel, exaspéré. Pour la centième fois, il hocha la tête.
- Oui, Richard...
- Je crois qu’il a compris, intervint Sam avec un sourire en coin, avant que Woolsey ne puisse ajouter quoi que ce soit.
Ils approchaient déjà de la salle de la porte, où le bourdonnement familier des systèmes résonnait dans l’air.
Autour de la porte des étoiles, l’agitation battait son plein. Techniciens et militaires s’affairaient à finaliser les préparatifs de la mission de reconnaissance. Deux MALP, déjà lourdement chargés de matériel, de vivres et de munitions, attendaient près de la rampe.
Lorsque Daniel et Carter entrèrent dans la salle, quatre soldats présents se redressèrent aussitôt et se mirent au garde-à-vous.
- SG-2 est prêt à partir, mon général, annonça le colonel d’un ton assuré.
Sam lui rendit son salut, un sourire sincère éclairant son visage lorsqu’elle reconnut le commandant de l’équipe.
- Repos, colonel Hammond.
- Hammond ? répéta Woolsey, surpris.
- Oui, confirma Sam. Voici le colonel Irvin Hammond, le petit-fils de notre regretté commandant en chef. Lui et son équipe se sont portés volontaires pour cette mission.
Irvin Hammond s’avança, droit comme un I, mais visiblement honoré.
- C’est un honneur pour nous de partir en exploration avec le docteur Jackson. Mon grand-père parlait toujours de vous avec le plus grand respect.
- L’honneur est partagé, Irvin, répondit Daniel avec chaleur.
- Je vous présente le major Telenric, et les sergents Johnson et Stuart, ajouta Hammond.
- Enchanté, fit Daniel en leur serrant la main.
Soudain, une jeune femme déboula dans la salle, l’air paniquée, un sac à dos sur l’épaule et son casque à la main. Petite, mince, les cheveux noirs tirés en arrière, les yeux noisette vifs malgré son stress. Juste derrière elle, McKay arrivait en roulant des yeux.
- Ah ! Voilà, lança-t-il. Désolé pour le retard. C’est la première fois que mon assistante part en mission… Elle panique un peu.
- Pas du tout, fit la jeune femme. Je suis très excitée, surtout !
- Jade Raven, dit Daniel en la reconnaissant. D’après McKay, vous êtes la meilleure scientifique… après lui, évidemment.
- Évidemment, répéta Rodney avec sa suffisance habituelle.
Il se tourna vers Sam.
- Quoique… le quotient intellectuel de Sam est équivalent au mien.
- Bien sûr, répondit-elle en soupirant, habituée à ses fanfaronnades.
Elle se tourna ensuite vers Jade.
- Vous êtes prête ?
- Fin prête, mon général ! Rodney m’a briefé sur tous les cas de figure, y compris sur le logiciel qui devra trouver l’adresse de retour au cas où les symboles de la porte nous sont inconnus.
- Parfait. Votre mission est de brancher l’E2PZ à la porte et de procéder à des analyses scientifiques nous permettant d’en savoir plus sur l’endroit que nous allons explorer.
Jade acquiesça avec sérieux.
Sam inspira profondément.
- Bon, fit-elle. Dans ce cas, nous allons lancer la séquence d’ouverture de la porte.
Le général Carter et Richard Woolsey s’éloignèrent du groupe en leur souhaitant bonne chance, puis gagnèrent la salle de contrôle. Derrière la vitre blindée, le général Lorne, désormais à la tête du SGC, les attendait déjà. D’un signe de tête, il donna l’ordre au sergent Siler de lancer la procédure.
- À tout le personnel présent dans la salle d’embarquement : évacuez immédiatement. Séquence d’activation imminente.
En quelques secondes, la pièce se vida. Les chevrons de la porte commencèrent à s’illuminer un à un, résonnant dans toute la salle tandis que le vortex se préparait à jaillir.
Le professeur McKay rejoignit Carter et Woolsey dans la salle de contrôle, les bras croisés, l’air nerveux.
- Espérons que Daniel ne se soit pas trompé dans l’adresse à huit symboles…, murmura Sam.
- Le simple fait qu’elle soit présente à la fois dans la base de données du Destinée et dans celle d’Atlantis est déjà surprenant, ajouta Woolsey. Surtout pour une galaxie aussi lointaine… et que le Destinée n’a jamais visitée. Cela mérite qu’on s’y intéresse.
McKay leva les yeux au ciel.
- Oui, enfin… à chaque fois qu’il fait une “nouvelle découverte”, ça finit en catastrophe. Dois-je vous rappeler ce qui s’est passé la première fois qu’on a ouvert la porte ? Ou Atlantis ? Ou les Oris ?
Carter et Woolsey lui lancèrent un regard assassin.
- Quoi ? protesta-t-il. Je constate, c’est tout.
- Sur la rampe, les quatre membres de SG‑2, le colonel Hammond, le major Telenric et les sergents Johnson et Stuart, attendaient immobiles, concentrés. Derrière eux, Daniel Jackson et Jade Raven trépignaient d’impatience.
- Huitième chevron enclenché ! annonça Siler dans les haut-parleurs.
Un grondement sourd emplit la salle. Le vortex jaillit dans une explosion de lumière bleutée, se projetant vers l’avant avant de se stabiliser dans son ondulation familière.
- Très bien, envoyez le drone de reconnaissance, ordonna le général Lorne.
Quelques secondes plus tard, le petit engin bardé de capteurs s’élança et traversa la surface miroitante de la porte.
Les premières images apparurent aussitôt sur les écrans : un environnement plongé dans une obscurité presque totale, mais une atmosphère respirable, sans trace de toxines.
Lorne échangea un regard avec Carter et hocha la tête. Elle attrapa le micro, la voix ferme.
- Feu vert! En avant !
Le colonel Hammond et son équipe ne perdirent pas une seconde. Ils s’engagèrent sur la rampe et franchirent le portail d’un pas décidé. Juste avant de disparaître dans le vortex, Daniel se retourna. Son regard croisa celui de Sam, derrière la vitre.
- Bonne chance, Daniel ! lança-t-elle.
Il esquissa un sourire avant d’être avalé par la lumière bleutée.
*
Daniel émergea dans un environnement presque entièrement plongé dans l’obscurité, seulement éclairé par la lueur de la porte des étoiles derrière lui. Le sol froid, l’écho sourd de ses pas et l’absence totale de lumière naturelle ne laissaient guère de doute : ils se trouvaient dans un bâtiment… probablement souterrain.
Les deux MALP franchirent le vortex à leur tour, leurs phares balayant l’espace tandis qu’ils transportaient vivres et matériel.
- Daniel. Colonel Hammond, appela la voix de Sam dans les radios.
- Je vous reçois, générale, répondit Hammond.
- Nous reprendrons contact dans deux heures. Je veux un rapport complet sur l’environnement, les structures, et surtout une évaluation de la menace. N’oubliez pas que la priorité absolue reste la sécurité. J’insiste !
- Bien compris, générale.
- Bonne chance. SGC terminé.
Le vortex s’éteignit, plongeant l’équipe dans une obscurité presque totale. Seules les phares des MALP et quelques barres phosphorescentes, dispersées au sol par SG‑2, dessinaient des halos verdâtres autour d’eux.
- Bon, lança le colonel Hammond en se tournant vers son équipe. Vous avez entendu la générale. On sécurise les lieux. Major Telenric, sergent Stuart, établissez le camp de base. Professeure Raven, branchez l’E2PZ à la porte et le logiciel de Mc Kay pour trouver l’adresse de retour, je veux une extraction rapide si ça tourne mal. Sergent Johnson et le docteur Jackson, vous m’accompagnez pour explorer cet endroit.
Daniel ne répondit pas. Il fixait la porte des étoiles, comme hypnotisé par sa silhouette.
Hammond s’approcha, baissant légèrement la voix.
- Tout va bien, docteur ?
- Oui… oui, murmura Daniel sans le regarder. Mais cette porte… elle est vraiment très ancienne. Elle ne correspond ni aux modèles de la Voie lactée, ni à ceux de Pégase.
- D’après ce que j’ai compris, les portes du Destinée sont les plus anciennes.
- C’est exact, répondit Daniel en posant la main sur la pierre froide. Mais celle-ci l’est encore davantage. Sa conception semble quelque peu rudimentaire. Les symboles sont… étranges. Ce ne sont ni des constellations, ni des chiffres.
Le seul symbole qu’il connaissait ressemblait à celui de la Terre. Une sorte de pyramide avec un rond sur le dessus. Daniel désigna un glyphe en forme de grande vague, puis un autre évoquant un obélisque élancé.
- Fascinant, souffla-t-il, pour lui-même.
- Docteur, nous n’avons que deux heures, insista Hammond. Nous prendrons des photos des symboles et des échantillons. Vous aurez tout le temps de les analyser une fois rentrés.
- Je vous suis, colonel.
Pendant une dizaine de minutes, Daniel, Hammond et le sergent Johnson avancèrent dans les méandres du souterrain, leurs lampes fixées aux armes découpant des faisceaux nets dans l’obscurité. Le couloir semblait interminable, sans la moindre pièce adjacente, comme si l’endroit avait été conçu pour mener droit vers un but précis.
À deux reprises, ils franchirent des portes en arc, massives, taillées dans la même pierre sombre que le reste de la structure. Au-dessus, on distinguait encore les vestiges d’un symbole de poisson, puis d’une sorte de corne de bélier, tous deux profondément érodés par le temps.
- Vous reconnaissez ces symboles, demanda Hammond en braquant sa torche vers l’arche.
- Pas vraiment… répondit Daniel. Ça évoque certaines civilisations mésopotamiennes très anciennes, mais je ne peux rien affirmer. On dirait que cet endroit a été abandonné il y a fort longtemps…
Les murs, eux, étaient faits de blocs lourds, patinés par le temps. Par endroits, des sections de briques glaçurées apparaissaient sous la poussière, révélant des fragments d’ornements et de peintures anciennes. Des couleurs éteintes, des motifs brisés… autant de traces d’un passé oublié.
Ils gravirent plusieurs escaliers avant de déboucher dans une vaste salle où plusieurs couloirs s’ouvraient dans différentes directions. Une lumière pâle filtrait depuis un trou béant dans un mur, éclairant faiblement les lieux.
- Cette structure est gigantesque, souffla Hammond.
- Regardez, fit remarquer le sergent Johnson. Il y a des symboles gravés au-dessus de chaque couloir… et une sorte d’écriture.
Daniel leva sa lampe.
- On dirait un candélabre à plusieurs branches.
- Ce n’est pas un symbole du judaïsme ? demanda Johnson.
- Si… mais le nombre de branches ne correspond pas, et l’écriture à côté m’est totalement inconnue.
Hammond se tourna vers un autre passage, dont les briques bleutées formaient encore un éclat discret sous la poussière.
- Et celui-là ? demanda-t-il. On dirait un lion. Ça me rappelle les grands lions qu’on voit dans les musées.
- En effet, répondit Daniel en s’approchant. Il y a clairement un lien avec les lions de Babylone.
- Cela voudrait dire que des humains ont vécu ici ? demanda Johnson.
- Nous savons que les Anciens ne sont pas originaires de la Terre, répondit Daniel. Les textes parlent d’un monde lointain qu’ils ont dû quitter avant de se réfugier sur Terre, il y a des millions d’années. Peut‑être que… nous venons de trouver leur planète d’origine…
Hammond hocha lentement la tête.
- Reste à savoir pourquoi ils l’ont quittée.
- Les archives d’Atlantis évoquent une grande destruction, ajouta Daniel. Une maladie, ou quelque chose d’encore pire, qui les aurait forcés à fuir.
Il reprit son exploration, glissant sa lampe le long des murs. Le faisceau révélait des briques fendillées, des fissures profondes, des fragments d’ornements presque effacés.
- Venez voir, lança soudain Johnson.
Daniel et Hammond le rejoignirent aussitôt. Le sergent désignait une grande dalle de pierre encastrée dans le mur, couverte de signes gravés.
- Vous connaissez cette écriture ? fit Hammond.
Daniel s’approcha, plissa les yeux, effleura les symboles du bout des doigts pour enlever la poussière.
- On dirait du babylonien… murmura-t-il, le visage soudain sérieux.
Puis il se redressa brusquement, comme frappé par ce qu’il venait de comprendre.
- Ça signifie : « Quittez cet endroit maudit ou subissez la colère d’Adam. »