Une question de volonté

Chapitre 2 : On parie sur quoi ?

2946 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 14/09/2026 13:20

~ Chapitre 1 ~

On parie sur quoi ?


Le complexe du SGC bourdonnait déjà d’activité lorsque l’ascenseur s’ouvrit sur le niveau principal.

Si la Montagne semblait déserte et tranquille vue de l’extérieur, abritant seulement quelques gardes, des bureaux et un ballet irrégulier de véhicules militaires, à l’intérieur, cela ressemblait à une véritable fourmilière. Militaires, techniciens et scientifiques se croisaient dans une chorégraphie parfaitement rodée, rythmée par les annonces de sécurité, les rapports urgents et le bruit familier des portes blindées qui s’ouvraient et se refermaient à intervalles réguliers.

Pour n’importe quel quidam, l’endroit aurait donné le vertige, mais pour SG-1 ? C’était tout simplement le début d’une journée tout à fait ordinaire.


Traversant les couloirs d’un pas rapide, une tasse de café à moitié vide dans une main, une pile de dossier coincé sous le bras, un carnet ouvert dans l’autre main, Daniel Jackson avait soigneusement évité, dès son arrivée au SGC de tomber sur l’un ou l’autre de ses coéquipiers masculins.

Il ne savait pas pourquoi, mais il avait la ferme intuition que son histoire de panne de voiture avait déjà fait le tour de la base, du parking jusqu’à la salle d’embarquement. Il était d’ailleurs persuadé que même le sergent Harriman était déjà au courant.

Il l’avait vu, dès qu’il était descendu de la voiture de Janet. Il avait son petit sourire qui valait mille mots. Son silence qui voulait tout dire.

Jack était déjà au courant.

Et si Jack était au courant… alors toute la base l’était aussi.


Grimpant l’escalier qui menait jusqu’à la salle de briefing, Daniel tenta de reprendre un minimum de dignité jusqu’à ce que….

« Alors Danny-boy ? » lança Jack en se versant une tasse de café. « Cette voiture… elle démarre souvent après un petit-déjeuner avec Janet ou c’était une première ? »


Daniel poussa un long soupir désespéré. La journée risquait d’être longue… Vraiment longue.

« Je te déteste. » marmonna-t-il en prenant place en face de Jack.

« Par contre, il faudra que je te donne quelque conseil quand même. Parce que le coup de la panne, il vaut mieux le faire sans Carter. Ça marche mieux. »

« Jack ! »

Teal’c, déjà assis à la table de briefing, inclina légèrement la tête. « En effet. »

Jack étouffa un rire et Daniel posa lourdement ses dossiers sur la table. « Ma voiture était vraiment en panne. »

« Bien sûr. » répondit Jack avec un sourire beaucoup trop innocent.


Mais avant que Daniel ne puisse répliquer une nouvelle fois, la porte du bureau s’ouvrit laissant entrer le Général Hammond et Samantha Carter.

« Messieurs. » salua Hammond avec son flegme habituel en prenant place en bout de table.

Sam adressa un rapide signe de tête aux hommes déjà présents, notant au passage le sourire trop innocent de Jack, l’air gêné de Daniel et le sourire invisible de Teal’c.

Elle savait.

Elle comprenait.

Et à quelques kilomètres de la base, une jeune fille n’avait aucune idée des conséquences de sa plaisanterie.

Sam se demandait comment Janet vivait la situation, elle n’avait malheureusement pas eu le temps de passer la voir entre cet instant où ils avaient quitté le parking du SGC et… Maintenant. Et à voir la tête de Daniel, elle imaginait très bien celle du médecin général.

Elle lui adressa tout de même un regard compatissant avant de prendre place à côté du colonel.


« Très bien. » Hammond activa l’écran principal. « Parlons de ce que SG-12 a découvert et rapporté du P3X-736 ».

L’image d’un objet cylindrique, d’apparence métallique apparut immédiatement à l’écran. L’objet tournoya sur lui-même, d’une circonférence d’environ 40 cm, d’un noir profond, presque mat, présentant quelques inscriptions gravée sur le pourtour, ou du moins sur ce qu’il restait. Une autre image apparut alors, révélant une tablette, comportant toute une série d'inscriptions, de signes et de caractères rappelant vaguement une ancienne écriture.


« Ces objets ont été découverts dans des ruines situées à seulement trois kilomètres de la Portes des Étoiles, et à l'opposé du premier village » expliqua Sam. « Nous n’avons pour le moment aucune explication concernant cet objet, ni même ce qu’était ce lieu »

« En revanche, » poursuivit Daniel en retrouvant aussitôt son sérieux professionnel, « les inscriptions semblent mélanger plusieurs influences culturelles. J’ai reconnu certains motifs proches du vieux norrois, mais d’autres symboles ne correspondent à rien que je connaisse. »


Jack se pencha légèrement vers Teal’c. « Je mise toujours sur une arme apocalyptique. »

« Je pense davantage à une couronne cérémonielle. » répondit Teal’c avec le plus grand sérieux.

« Un réducteur de tête ? » proposa Jack.

« Une parure nuptiale. »

« Ça existe chez les Jaffa ?» demanda Jack faussement intéressé.

« Les Jaffa font des choses bien plus belles que cette relique » répondit Teal’c d’un signe de tête.

Sam leva lentement les yeux vers Jack. « Vous vous rendez compte qu’un jour on va réellement ouvrir un artefact extraterrestre et tomber sur quelque chose de totalement absurde ? »

« Carter… après tout ce qu’on a vu ? Franchement ce ne serait même plus surprenant. »

Il y eut un léger silence, une fraction de seconde, juste le temps à Jack de poser son regard sur l’objet avant de reprendre.

« Une machine à voyager dans le temps. »

« Une relique sacrée. »

« La dernière saison des Simpsons. »

Daniel pinça l’arête de son nez. « Je travaille avec des enfants. »

« Et pourtant Janet semble toujours t’apprécier. » répondit immédiatement Jack.


Daniel le fixa. Longuement.

“Finalement, je tiens le pari sur le réducteur de tête. Jack sera le premier à le tester.” répondit l'archéologue en posant ses lunettes sur la table.


Le Général Hammond toussota discrètement pour récupérer l’attention du groupe avant que Jack ne puisse en rajouter une couche.

« Docteur Jackson, Major Carter pouvez-vous poursuivre les analyses sur ces objets ? »

« Oui monsieur » répondit Sam après un regard entendu vers Daniel.

« SG-12 a pour mission de retourner sur P3X-736 pour fouiller les ruines et prendre contact avec les habitants de cette planète. Nous vous tiendrons informés de leur avancée. Pour le moment, aucune nouvelle mission n’est prévue pour SG-1. Vous restez donc assignés à la base. »


Jack prit un air faussement dramatique. « Coincé sous une montagne sans pouvoir sauver la galaxie. Quelle tragédie. »

« Vous survivrez Colonel. » répondit Hammond avec un sourire.

« Rien n’est moins sûr, Général. Carter va probablement me forcer à remplir de la paperasse. »

« Ce qui serait, pour une fois, parfaitement réglementaire mon Colonel, vous avez quelques rapports de retard »

Teal’c hocha lentement la tête. « En effet. Le Major Carter apprécie fortement les formulaires administratifs. »

Sam ouvrit la bouche, visiblement outrée. « Je n’apprécie pas les formulaires administratifs ! »

Jack échangea un regard avec Teal’c.

« Elle les classe par couleur. »

« Avec des intercalaires. » ajouta Teal’c.

« Vous êtes impossibles. »

Hammond secoua la tête avec amusement avant de se lever. « Rompez. »


o-O-o


L’équipe quitta la salle de briefing dans une atmosphère bien plus légère que celle qui y régnait une heure plus tôt. Les portes automatiques glissèrent derrière eux dans un souffle hydraulique tandis que les couloirs gris du SGC s’étiraient sous la lumière blanche des néons. L’air avait cette odeur familière de métal froid, de café réchauffé et d’électronique en surchauffe qui imprégnait chaque niveau de la base.


Jack avançait légèrement devant le groupe, les mains dans les poches de sa veste, démarche relâchée malgré la fatigue visible au coin de ses yeux. À côté de lui, Teal’c marchait avec son calme habituel, les mains derrière le dos, droit et impassible, comme si l’agitation permanente du SGC ne l’atteignait jamais vraiment. Derrière eux, Sam et Daniel s’étaient déjà replongés dans leur discussion comme s’ils n’avaient jamais vraiment quitté la salle de réunion.


« Si les symboles ne sont ni goa’ulds ni anciens, ça laisse quoi exactement ? » demanda Sam en fronçant légèrement les sourcils.

Elle tenait encore son dossier contre elle, l’esprit en ébullition songeant à cet objet mystérieux. Daniel remarqua immédiatement cette étincelle dans son regard — celle qu’elle avait chaque fois qu’un problème devenait suffisamment complexe pour l’obséder complètement.


Il ajusta distraitement ses lunettes.

« Honnêtement ? Je n’en sais rien. » admit-il avec une grimace fatiguée. « Et c’est précisément ce qui m’inquiète. »


Le silence dura une seconde.


« Moi je vote toujours pour un réducteur de tête. » lança Jack sans même se retourner.

Sam leva les yeux au ciel aussitôt. Teal’c inclina légèrement la tête, parfaitement sérieux.

« O’Neill, il serait particulièrement étrange de vouloir réduire une tête. »

Jack ralentit juste assez pour lui jeter un regard faussement blessé.

« Mais enfin Teal’c. Pour la gloire ! Tu imagines le nombre de tête de Goa’uld que nous pourrions avoir en trophée ?

Anubis ?

Nirtti !

Baal !!! »

« La vraie victoire d’un guerrier ne se mesure pas au nombre de ses trophées, O’Neill. Mais à la valeur de son courage. »

Jack grimaça légèrement.

« Merci Teal’c. Tu viens de ruiner toute la poésie du concept. »


Daniel laissa échapper un souffle amusé malgré lui. Après toutes ces années, il ne savait toujours pas comment Jack parvenait à transformer la moindre mission potentiellement dangereuse en conversation absurde. Et honnêtement… il en avait parfois besoin.


« Au moins cet objet à l’air beaucoup moins dangereux que certaines de nos découvertes habituelles. »

À peine les mots sortis de sa bouche, Sam se tourna immédiatement la tête vers lui. « Ne dis jamais ça à voix haute. »

Son ton était si rapide, si sincèrement alarmé, que Daniel cligna des yeux.

« Sérieusement ? »

« Très sérieusement Daniel, » ajouta-t-elle en pointant un doigt vers lui, « après tout ce qu’on a vécu, tu devrais savoir que l’univers considère ce genre de phrase comme une invitation personnelle. »


Jack hocha gravement la tête comme s’ils abordaient un sujet scientifique capital.

« Un peu comme Cassie avec certaines blagues. »

Daniel soupira aussitôt, devinant exactement où cette conversation allait finir. Et il n’y tenait ab-so-lu-ment pas !

Pas ici.

Pas dans ce couloir.

Pas devant tout le monde.

Pas du tout en fait !


« Je refuse officiellement de reparler de cette histoire. »

Le sourire de Jack s’élargit immédiatement, ce qui était rarement bon signe.

« Pourtant personnellement… » reprit-il avec une satisfaction beaucoup trop visible, « je pense qu’utiliser l’expression “le coup de la panne” devant Janet était un coup de génie. »


Daniel ferma brièvement les yeux.


Le souvenir lui revint avec une netteté douloureuse : le coup de téléphone, l’air innocent de Cassandra, le sourire de Sam, le silence gênant de Janet, le regard de Jack et Teal’c sur le parking et lui regrettant instantanément de n’avoir pas appeler un taxi.

« C’était surtout un traumatisme. » marmonna-t-il.

« Je dois reconnaître que la réaction du docteur Fraiser était particulièrement intéressante. » observa Teal’c avec le même sérieux qu’il aurait utilisé pour commenter une bataille jaffa.


Sam étouffa un rire dans une quinte de toux peu convaincante. Daniel tourna immédiatement la tête vers elle.

« Oh non. Non, toi aussi ? »

Elle leva les mains avec innocence, même si ses lèvres tremblaient encore.

« Moi ? Je n’ai rien dit. »

« Tu penses quelque chose. C’est pire. »

Cette fois, elle éclata d’un rire discret avant de reprendre contenance.

« Disons simplement… que Cassie adore observer les réactions des gens. »

« Elle tient ça de Janet. » répondit Jack.

Daniel secoua la tête avec résignation.

« Je suis encore là vous savez. »

« Et c’est bien ce qui rend cette conversation intéressante. »


Quelques techniciens passèrent près d’eux dans le couloir, échangeant des salutations rapides avant de disparaître vers les ascenseurs. Plus loin, une alarme étouffée retentit brièvement quelque part dans un autre niveau avant de s’interrompre presque aussitôt — le genre de bruit auquel tout le monde au SGC finissait par s’habituer. Une routine presque rassurante finalement.


Teal’c tourna alors calmement la tête vers Jack.

« O’Neill, souhaitez-vous toujours maintenir votre théorie selon laquelle le docteur Jackson éprouve une attirance pour le docteur Fraiser ? »

Daniel s’arrêta net.

« Pardon ?! »

Jack, lui, eut immédiatement l’air d’un enfant venant de recevoir son cadeau préféré à Noël.

« Ah ! Merci Teal’c. J’attendais le bon moment pour remettre ça sur la table. »

« Je vous hais tous les deux. »

« C’est faux. » répondit Teal’c avec sérénité. « Vous appréciez ma présence lors des traductions anciennes. »

Daniel ouvrit la bouche… puis la referma.

« …oui bon d’accord mais ce n’est pas le sujet ! »


Sam perdit définitivement le combat contre son fou rire. Elle dut s’arrêter quelques secondes, une main contre le mur métallique du couloir, tandis que Daniel la regardait avec une expression de trahison absolue.

« Sam… »


Jack savourait clairement chaque seconde de la scène.


« Très bien. » déclara-t-il finalement avec une satisfaction évidente. « Puisque Danny-boy refuse de parler de ses sentiments, je propose qu’on revienne à des sujets plus sérieux. »

« Comme l’objet ? » demanda Sam avec un intérêt non dissimulé.

« Comme la soirée pizza de ce soir chez Carter. »

L’expression de Sam changea immédiatement. Toute la tension liée à la mission sembla s’effacer un instant.

La fameuse soirée d’équipe ! Elle l’avait presque oubliée entre une chose et une autre. C'était pourtant ce genre de moment, en dehors des missions oppressantes, des recherches scientifiques inimaginables, que Sam avait le sentiment d’une vie à peu près normale. Les soirées d’équipes commençaient toujours par une bière et une pizza, et finissaient généralement par des défis absurdes ou une guerre ouverte autour de Mario Kart.


« Ah oui ! Janet doit passer avec Cassie après son service. Joan voulait te voir Daniel au sujet du documentaire que tu lui as conseillé sur… hum… voyons…. Ah oui ! Les civilisations précolombiennes.

C’est bien ça ? »

Daniel cligna des yeux, sincèrement surpris.

« Elle l’a vraiment regardé ? »

« Deux fois. Puis elle a pris des notes. »

Jack secoua lentement la tête avec une gravité presque comique.

« Cette gamine me fait peur. »

« Joan est extrêmement intelligente. » répondit Teal’c avec sérieux.

« Oui mais elle débat avec Carter de physique nucléaire avant le petit-déjeuner, Teal’c. Tu trouves ça normal ? »

Le jaffa sembla réfléchir quelques secondes.

« …non. »

Jack pointa aussitôt un doigt victorieux vers Sam. « Voilà. Même Teal’c le dit. »

Sam croisa les bras avec un sourire amusé.

« Vous êtes juste jaloux parce qu’à treize ans elle résout des équations plus vite que vous. »

Jack eut un soupir dramatique.

« Carter, mon grille-pain résout des équations plus vite que moi. Ce n’est pas un argument valable. C’est à se demander si cette gamine ne vient pas d’une autre planète. »

Sam eut un sourire amusé. « C’est marrant, Cassie lui a dit exactement la même chose ce matin. »

« Ah ! Voyez ! »


Ils atteignirent finalement l’embranchement principal du couloir. Des soldats traversaient la zone en cadence tandis qu’au loin, le bourdonnement sourd des générateurs vibrait dans les murs de la base comme un cœur mécanique gigantesque. Jack désigna la direction de la salle de sport d’un mouvement de tête.

« Bon. Teal’c et moi allons régler une question essentielle à l’équilibre de l’univers. »

« Un combat de boxe n’a rien d’essentiel. » répondit Sam.

« Faux. Ça entretient mon incroyable physique. »

« Et ton ego surdimensionné. » ajouta Daniel.

Jack posa son index sur la poitrine de Daniel.

« Tu devrais t’y mettre Daniel, ça plait beaucoup plus aux femmes que le coup de la panne. »


Et avant que Daniel ne riposte, Jack commença à reculer lentement dans le couloir, un sourire moqueur aux lèvres.

« On se voit ce soir Carter. Essayez de ne pas faire exploser le SGC d’ici là. »

Sam eut un léger sourire. « Aucune promesse Colonel. »

Teal’c salua brièvement ses coéquipiers avant de suivre Jack vers la salle de sport, sa silhouette disparaissant bientôt au détour du couloir.


Le silence retomba doucement.

Un silence confortable.

Reposant même.


Sam tourna alors la tête vers Daniel. Son expression s’était adoucie, mais cette curiosité scientifique presque fébrile brillait déjà de nouveau dans ses yeux.

« Laboratoire ? »

Daniel leva sa tablette couverte de notes et esquissa un sourire fatigué mais sincère.

« Laboratoire. »

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