~ Chapitre 2 ~
Entre les lignes…
Le laboratoire de Sam était étonnamment calme comparé au reste du SGC, situé dans les étages supérieurs, plus proche de la surface, bien à l’écart de ses quartiers, de la salle des opérations, des sonneries et alarmes quasiment omniprésentes dans la base.
La pièce grise et sombre donnait l’impression d'être à la fois dans un garage mal rangé et un bureau bien ordonné. Des câbles s’entremêlaient entre les consoles ouvertes, des outils électroniques reposaient au milieu de piles de rapports soigneusement classées. Près d’un mur, un tableau blanc était recouvert d’équations à moitié effacées et de schémas incompréhensibles sauf peut-être pour un œil initié. Sur la paillasse centrale, tout juste éclairée par une lampe de bureau, un ordinateur ouvert, attendant qu’on s’occupe enfin de lui, côtoyait une tasse de café oubliée depuis des heures.
L’air sentait légèrement l’ozone chaud, le métal, l’électronique en surcharge et un léger parfum floral rappelant une présence féminine.
Sam adorait s’isoler dans cet endroit, se plonger dans ses notes, ses calculs, chercher, comprendre, découvrir… et oublier, l’espace de quelques instants, le poids de ses responsabilités et l’impressionnante charge qui reposait sur ses épaules.
Lorsque la porte sécurisée s’ouvrit dans un léger “bip”, Sam posa machinalement sa main sur l'interrupteur et une vive lumière éclaira immédiatement la pièce. Daniel ne leva pas les yeux de ses notes et s'avança comme un automate vers la paillasse centrale.
« Ce motif-là revient plusieurs fois. » murmura-t-il. « Je suis presque sûr qu’il s’agit d’un système de protection. Ou d’avertissement. »
« Tu as une traduction ? »
« Pas encore. Mais je crois reconnaître une structure grammaticale proche de certains dialectes pré-goa’ulds. »
Sam lui adressa un regard admiratif. « Vous savez que la plupart des gens auraient besoin d’un dictionnaire entier pour voir ce genre de détail
Daniel eut un léger haussement d’épaules, presque gêné par le compliment.
« Oui enfin… après avoir passé des années à comparer des variantes de langues mortes créées par des parasites mégalomanes, on finit par remarquer certains schémas. »
Sam ne put s’empêcher de sourire en allumant une dernière lampe illuminant alors la source de leur recherche. L’objet cylindrique reposait innocemment sur son socle, branché à des pinces et des capteurs de toutes sortes reliées les unes aux autres à diverses machines tout autour. La scène aurait presque pu faire penser à un mauvais film de science-fiction dans le laboratoire d’un savant fou.
S’installant devant son ordinateur, Sam pressa un bouton qui fit instantanément vibrer l’une de ses machines.
« J’ai lancé plusieurs scans avant le briefing. Même partiellement détruit, il reste une source d’énergie à l’intérieur mais elle est extrêmement faible. »
Elle fit défiler une série d’image sur l’écran de son ordinateur. « Regarde ça. »
Elle agrandit plusieurs courbes énergétiques instables, et pointa son doigt sur l’écran.
« Cette courbe-là, indique un rayonnement qui traverse tout le pourtour du cylindre et vient disparaître dans ces minuscules encoches de part et d’autre. »
Daniel s’approcha aussitôt.
« Un transmetteur ? »
« Peut-être. Mais transmetteur de quoi ? » répondit-elle en fronçant les sourcils. « Ce qui m’intrigue surtout, c’est la provenance de cette source d’énergie. Il ne ressemble ni à une technologie goa’uld classique, ni à quelque chose d’ancien. »
Sam regarda Daniel un instant, essayant de percevoir chez le jeune archéologue un quelconque signe qui pourrait l’aider dans son raisonnement.
« Et j’ai remarqué une chose étrange aussi. Regarde. »
Elle tapa rapidement quelques instructions sur son ordinateur et la courbe s’agita légèrement.
« Lorsque l’on reproduit les fréquences d’une activité cérébrale humaine…. Et qu’on la connecte au cylindre… Le rayonnement augmente et oscille plus rapidement. Comme si l’objet essayait de… »
Sam hésita une seconde.
« … transmettre quelque chose. »
Daniel releva immédiatement la tête vers elle.
« Une technologie capable d’apprentissage ? »
« Peut-être pas d’apprentissage au sens strict. » corrigea Sam. « Mais une forme d’ajustement dynamique. »
Daniel reposa lentement sa tablette sur la table métallique.
« Les inscriptions pourraient confirmer ça. Il y a plusieurs références à… quelque chose comme une “reconnaissance du porteur”. »
Sam tourna immédiatement sa chaise vers lui. « Porteur ? Comme une clé génétique ? »
« Ou culturelle. Ou spirituelle. » répondit Daniel. « Honnêtement les traductions sont encore très incomplètes. Certains symboles ressemblent à des racines goa’ulds archaïques mais la syntaxe n’a rien de cohérent. C’est presque comme si plusieurs langues avaient été fusionnées volontairement. »
Sam observa l’objet avec davantage d’attention.
« Une technologie conçue pour empêcher quelqu’un de comprendre son fonctionnement. »
« Sans doute. »
Un silence pensif s’installa quelques secondes, uniquement perturbé par le bourdonnement discret des appareils d’analyse.
Puis Daniel reprit d’un ton beaucoup plus léger :
« Donc… En résumé… soit c’est une arme antique incroyablement dangereuse… »
« …soit un réducteur de tête extraterrestre. » termina Sam.
Ils échangèrent un sourire amusé.
« N’allons pas donner raison à Jack, Sam, sinon je crois qu’on va l’entendre pendant au moins un millénaire… »
Sam ne put s'empêcher de laisser échapper un petit rire, les yeux pétillants de cette complicité naturelle qu’elle rencontrait lorsqu’elle partageait ce genre de moment avec Daniel. Sans pression, sans protocole, sans grade, juste… normal.
Daniel récupéra ensuite l’une des tablettes couvertes de notes avant de reprendre, faussement distrait :
« Au fait… en parlant de réactions un peu… inhabituelles… »
Sam leva immédiatement un sourcil méfiant, interrompant sa lecture sur son écran.
« Hm ? »
« Janet... elle avait l’air particulièrement silencieuse ce matin, après la remarque de Cassie. Tu ne trouves pas ? »
Sentant le piège arriver, Sam posa un regard suspicieux sur son coéquipier. Elle croisa les bras, ajustant mentalement sa stratégie face à cette curiosité soudaine.
« Daniel… »
« Non, non ! Simple curiosité scientifique ! » se défendit-il aussitôt, les mains levées en signe d'innocence. « J’observe juste un comportement humain en milieu social, potentiellement… révélateur. » Sa plaidoirie manquait cruellement de conviction.
« Évidemment », répliqua Sam, un brin ironique.
Daniel ajusta ses lunettes d'un coup de doigt nerveux et tenta de remettre de l’ordre dans ses notes, avec un sérieux quasi professionnel.
« Je veux dire… Janet n’est pas du genre à perdre ses moyens, surtout quand Cassie fait des plaisanteries. » Il toussota avant de dire la suite un peu trop rapidement. « Et pourtant ce matin, elle avait clairement l’air… embarrassée. »
Sam mordit l'intérieur de sa joue pour cacher le sourire qui menaçait d'apparaître, puis se tourna à nouveau vers son ordinateur.
« Tu analyses beaucoup les réactions de Janet ces derniers temps ? » demanda-t-elle à son tour, innocemment. S’il était donc décidé à aller sur ce terrain-là, elle allait l’y emmener, ses risques et périls.
En tant que soldat de terrain et scientifique, Sam avait cette faculté d’observer et d’analyser rapidement, quelle que soit la situation, et derrière son calme rigoureux d'officier de l'Air Force, elle avait parfaitement deviné, depuis des semaines, que les sentiments du jeune archéologue envers sa meilleure amie avaient dépassé le cadre d'une simple camaraderie.
Mais comme souvent dans ce genre de situation, les principaux intéressés étaient toujours les derniers à ouvrir les yeux.
Daniel ouvrit la bouche pour protester… puis hésita une fraction de seconde de trop, il le savait. « Pas particulièrement. »
Sam eut un petit sourire discret. « Daniel, tu viens de faire exactement cette tête-là. »
« Quelle tête ? »
« Celle que tu fais quand tu réalises que quelqu’un a probablement raison et que tu détestes ça. »
Il soupira doucement et reposa son carnet sur la paillasse avant de se laisser tomber sur une chaise derrière lui.
« Non…. Enfin… Je ne sais pas… » admit-il finalement, perdant un peu de sa fausse assurance. « C’était juste étrange. »
Sam garda volontairement le silence, lui laissant l'espace nécessaire pour aller au bout de sa pensée. Daniel fixa un instant les symboles gravés sur la tablette face à lui, avant de reprendre, beaucoup plus bas : « Je crois surtout que… je n’aime pas l’idée de la mettre mal à l’aise. »
Cette fois, Sam releva franchement les yeux vers lui, touchée par son ton. Il n’y avait plus aucune tentative de diversion, plus aucun jeu. Juste cette sincérité brute et un peu maladroite qu’il s’efforçait d'ordinaire de dissimuler derrière des concepts académiques.
« Janet te connaît depuis des années Daniel. » répondit-elle doucement. « Si elle avait vraiment été mal à l’aise, elle te l’aurait dit immédiatement. »
« Oui mais justement… » Il passa une main nerveuse derrière sa nuque, ébouriffant ses cheveux. « Le problème c’est que je ne suis pas sûr que ce soit ça. »
Un petit bruit, mélange de surprise et de triomphe discret, échappa à Sam.
« Ah. »
Daniel la pointa aussitôt d’un doigt accusateur.
« Ne fais pas ce bruit-là. »
« Quel bruit ? »
« Ce petit “ah” de scientifique qui vient de valider une théorie dangereuse. »
Elle eut un rire étouffé avant de reporter son attention sur les lignes de données sur son ordinateur.
« Pour ce que ça vaut… Janet avait surtout l’air surprise ce matin. »
« Surprise comment ? »
Sam prit quelques secondes — beaucoup trop longues au goût de Daniel — avant d'abattre sa carte.
« …disons que Cassie a peut-être exprimé tout haut quelque chose que personne n’avait encore vraiment formulé. »
Daniel se figea instantanément, le regard fixe, assimilant l'implication des mots de son amie. Puis, dans un souffle : « Oh mon dieu. »
Sam se mordit la lèvre pour ne pas éclater de rire face à sa détresse.
« Je n’ai rien dit. »
« Si, si, tu as clairement dit quelque chose. »
« Techniquement, j’ai été extrêmement vague. »
Daniel passa ses mains sur son visage dans un profond soupir de détresse existentielle.
« Jack ne va jamais me laisser survivre à ça… »
« Non. » admit Sam avec une compassion toute relative. « Probablement pas. »
Un silence pesant, lourd de sens s’abattit dans le labo, tout juste interrompus par les bourdonnements des machines et le cliquetis du clavier de Sam.
Daniel poussa un long soupir dramatique avant de récupérer sa tablette et ses notes, bien décidé à se réfugier dans quelque chose de beaucoup plus sûr émotionnellement : les langues impossibles extraterrestres.
« hum… Je crois que je vais… »
Il n’acheva pas sa phrase en désignant la porte derrière lui d’un coup de pouce par-dessus son épaule.
« …bureau… »
Sam eut un léger rire tandis qu’il se dirigeait vers la porte avec cette maladresse familière qui le suivait partout, même après toutes ces années. Elle le regarda avec une tendresse particulière, celle que l’on éprouve pour ces personnes qui ont franchi depuis longtemps la barrière des collègues, des amis, presque fraternelle.
Elle connaissait Daniel.
Elle connaissait cette façon qu’il avait de détourner immédiatement son attention vers le travail dès qu’une émotion devenait trop réelle.
« Essaie de survivre au reste de la journée » lui lança-t-elle en souriant.
Daniel ne répondit pas mais leva simplement la main comme pour chasser un mauvais présage et disparu dans le couloir.