Ce que le temps n'efface pas.

Chapitre 13 : Enfin !

Par enyae

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La nuit était tombée depuis longtemps.

Le barbecue avait laissé place au brasero, dont les flammes éclairaient doucement les visages.

L'air s'était rafraîchi.

Jack avait sorti plusieurs couvertures.

Cassie s'était immédiatement installée contre Sam, lovée sous la sienne, la tête posée sur son épaule.

— Je pourrais m'habituer à ça, murmura-t-elle.

Sam sourit.

— À quoi ?

— Aux soirées comme celle-ci.

Elle resserra la couverture autour d'elles.

— Et au fait que tu sois rentrée.

Sam passa un bras autour de ses épaules.

— Moi aussi.

Elle sentit la tête de Cassie contre son épaule et ferma brièvement les yeux.

Oui. Moi aussi.

Elle avait oublié à quel point ces moments lui avaient manqué. Les rires. Les discussions sans importance. La chaleur d'une soirée passée avec des gens qui n'avaient pas besoin qu'elle soit Samantha Carter, lieutenant-colonel, scientifique ou militaire.

Ici, elle pouvait simplement être Sam.

À quelques mètres, Jack les observait discrètement.

Sam avait retrouvé ses couleurs.

Son rire avait animé toute la soirée.

Et maintenant, assise près du feu, une couverture sur les épaules, elle semblait enfin reposée.

Il aurait voulu arrêter le temps.

Elle est vraiment là.

Il avait passé tellement de semaines à la voir uniquement sur un écran, à scruter son visage pour essayer de deviner si elle allait bien, qu'il avait presque oublié ce que cela faisait de l'avoir simplement à quelques mètres de lui.

Il détourna les yeux lorsque Sam tourna légèrement la tête.

Daniel racontait une anecdote dont la véracité était manifestement douteuse.

— Je vous assure que c'était exactement comme ça !

— DanielJackson, vous avez déjà raconté cette histoire à trois reprises, fit remarquer Teal'c.

— Et jamais de la même façon.

Jack leva sa bière.

— C'est ce qu'on appelle améliorer son récit.

Sam rit.

— Vous êtes mal placé pour parler, mon Général.

— Moi ?

— Vous avez raconté pendant dix ans la même histoire sur votre barbecue.

— Elle était vraie.

Teal'c intervint :

— La viande était effectivement carbonisée.

Tout le monde éclata de rire.

Jack regarda Teal'c.

— Je croyais qu'on avait décidé de ne plus en parler.

— Je n'ai pris aucun engagement de cette nature.

Cassie se redressa contre Sam.

— Moi, je trouve que Jack s'est amélioré.

Jack prit un air faussement vexé.

— Merci, Cassie.

— Je parle de la viande.

— Ah.

Sam sourit.

— Vous voyez ? Même Cassie reconnaît vos progrès.

Jack regarda Sam.

— J'ai fait beaucoup d'efforts aujourd'hui.

Leurs regards se croisèrent.

Un peu plus longtemps que nécessaire.

Sam sentit son sourire s'effacer légèrement.

Pourquoi est-ce que ce simple regard me fait toujours autant d'effet ?

Elle aurait voulu détourner les yeux immédiatement.

Mais quelque chose l'en empêcha.

Jack n'avait pas son habituel sourire en coin.

Il la regardait simplement.

Sans plaisanter.

Sans son masque de général.

Pendant une seconde, Sam eut l'impression de retrouver l'homme qu'elle avait essayé d'oublier.

Celui qui lui manquait.

Celui pour lequel elle était partie.

Son cœur se serra.

Elle détourna finalement les yeux.

Jack la regarda faire.

Il connaissait ce geste.

Elle venait de se protéger.

Et, étrangement, il comprit qu'il en faisait exactement autant.

On est vraiment doués pour ça.

Se cacher.

Faire semblant.

Attendre le bon moment.

Alors qu'au fond, aucun des deux ne savait vraiment combien de temps encore ils pourraient continuer ainsi.

 


L'heure passa sans que personne ne s'en aperçoive vraiment.

Puis Daniel regarda sa montre.

— Il faudrait peut-être y aller.

Cassie protesta immédiatement.

— Déjà ?

— Il est presque minuit.

— Justement.

Daniel sourit.

— Demain, tu as cours.

Cassie soupira.

Teal'c se leva.

— Il est effectivement temps de partir.

Jack se leva à son tour.

— Je vais vous raccompagner.

Sam se redressa.

— Je vais aider à ranger.

Jack la regarda.

— Vous êtes sûre ?

— Absolument.

Cassie retira la couverture de ses épaules.

Elle se leva et embrassa Sam.

— Je suis contente que tu sois rentrée.

— Moi aussi.

Puis elle se tourna vers Jack.

— Merci pour la soirée.

— Avec plaisir.

Cassie lui adressa un petit sourire.

Un peu trop innocent.

Puis elle prit la main de Daniel.

— On y va.

Daniel lança un regard amusé à Jack.

Puis, après une brève pause :

— Bonne fin de soirée.

Jack fronça légèrement les sourcils.

— Merci.

Teal'c suivit Daniel et Cassie vers la voiture.

Cassie se retourna une dernière fois.

Sam était déjà occupée à ramasser les verres.

Jack la regardait.

Cassie sourit.

Puis elle monta dans la voiture.



Quelques instants plus tard, les phares disparurent au bout de la rue.

Le silence retomba sur le jardin.

Sam ramassa une assiette.

Jack prit le plateau.

— Je peux faire ça.

— Je sais.

Elle lui sourit.

— Mais je suis restée pour aider.

Jack acquiesça.

Ils commencèrent à débarrasser la table.

Sans se presser.

 

 

Le brasero crépitait encore derrière eux.

Sam revint s’assoir près du feu, une tasse entre les mains.

Jack vint s'asseoir à côté d'elle.

Pas trop près.

Juste assez pour que leurs épaules puissent presque se toucher.

Pendant quelques minutes, aucun des deux ne parla.

Puis Jack demanda, d'un ton parfaitement détaché :

— J'ai appris votre séparation avec Pete. C'est Daniel qui me l'a dit.

Sam regarda les flammes.

— Oui.

— Pourquoi avez-vous rompu ? Si ce n'est pas indiscret.

Elle haussa légèrement les épaules.

— Pour plein de raisons.

— Votre travail ?

— Entre autres...

Jack eut un petit sourire.

— Surtout quand on est un bourreau de travail comme vous.

— Oui. Certainement.

Il attendit.

Puis, comme s'il lançait la question la plus innocente du monde :

--et quelles sont les autres raisons ? 

Vous, vous et toujours vous pensa Sam

— il y a peut-être toujours un autre homme dans votre tête ?

Sam resta silencieuse.

Jack regarda son profil.

— Carter ?

Elle tourna finalement les yeux vers lui.

— Pourquoi cette question ?

— Curiosité.

— Bien sûr.

Elle reprit son café.

— Et vous ?

— Moi ?

— Vous avez quelqu'un dans votre vie ?

Jack réfléchit quelques secondes.

— Peut-être.

Sam haussa un sourcil.

— Peut-être? 

— Oui.

--- comment peut on répondre " peut-être" à une telle question ?

--- parce que je doute qu'elle veuille actuellement faire partie de ma vie.

Sam ne savait pas où menait cette conversation. Elle sentit qu'il fallait aller jusqu'au bout, même si cela signifiait voir son coeur s'éclater contre un mur. Elle en avait marre de faire semblant. Et la pointe de jalousie qu'elle ressentait, la poussait à en apprendre plus...

Après quelques minutes de silence.

— Elle est comment ?

Un sourire apparut au coin des lèvres de Jack.

— Très intelligente.

-- Évidemment dit elle avec une pointe de jalousie

-- pourquoi évidemment ?

-- pour rien..

Sam secoua la tête.

— c'est une vraie Scientifique reprit Jack.

Elle tourna lentement la tête vers lui.

—une scientifique ? Je pensais qu'elle était de la CIA.

— vous pensiez mal. 

Sam n'arrivait pas à comprendre. Kerry Johnson était bien agente de la CIA. Elle n'était pas absolument pas une femme de science...

Jack entendit toutes les questions dans la tête de Sam. C'est le moment.

-- Je ne suis pas avec Kerry, Samantha.

 

Il marqua une pause.

Il vient de m’appeler par mon prénom. Son prénom, dans sa voix, lui traversa le cœur avec une douceur presque douloureuse. Il n’est pas avec Kerry.

 

—Ce ne fut que très passager. Nous avions rompu le jour du décès de votre père.

Jack laissa le temps à Sam de digérer l'information. Lui aussi avait besoin d'un temps pour calmer les battements de son coeur. Il n'avait jamais été doué pour les conversations à cœur ouvert. Il avait fallu cette mission de 3 mois pour qu'il ait enfin le courage d' ouvrir son âme  à la femme assise à côté de lui. Et croyez moi c'est bien plus compliqué que de combattre un goa'uld ou une armée de Jaffas. 

 

Il rompit le silence après plusieurs minutes.

— Elle est aussi sacrément canon.

Sam releva les yeux.

— Qui ça ?

— La femme qui ne quitte pas mes pensées.

Sam baissa lentement les yeux vers sa tasse.

Son cœur venait de manquer un battement.

Une femme.

Elle aurait dû ressentir quelque chose qui ressemblait à de la jalousie. Mais ce qui lui faisait le plus mal, c'était l'espoir qui venait malgré elle de s'allumer.

Et si…

Elle s'interdit aussitôt de terminer sa pensée.

Jack observa son visage.

— Ça vous dérange ?

Elle releva immédiatement les yeux.

— Pourquoi ça me dérangerait ?

— Je ne sais pas.

Il haussa légèrement les épaules, comme s'il cherchait à donner à sa question un ton désinvolte.

Mais il attendait sa réponse.

Depuis des années, il savait lire Sam mieux qu'il ne voulait l'admettre. Et ce soir, il avait besoin de savoir.

Un silence.

Puis Sam demanda :

— Elle sait que vous l'aimez ?

Jack cessa de sourire.

Le mot était sorti.

Aimer.

Il aurait pu plaisanter. Faire marche arrière.

Mais il était fatigué de se cacher.

— Oui.

Sam sentit son cœur se serrer.

— Vous lui avez dit ?

— D'une certaine façon.

Elle fronça légèrement les sourcils.

— D'une certaine façon ? Ça veut dire quoi ?

— Je ne lui ai jamais dit en face. Rien qu'à elle.

Sam fixa quelques secondes les flammes.

Alors elle ne sait pas.

Une étrange sensation lui traversa la poitrine.

Elle ne savait pas pourquoi cette réponse lui faisait autant de bien.

Ou peut-être qu'elle le savait parfaitement.

— Et elle ?

— Elle ressent la même chose.

Sam releva brusquement les yeux.

— Elle vous l'a dit ?

Jack esquissa un sourire.

— D'une certaine façon aussi.

Sam eut presque envie de rire.

Évidemment.

Même lorsqu'il parlait de sentiments, Jack trouvait encore le moyen de rester vague.

— Alors comment pouvez-vous être sûr de vos sentiments si vous ne vous l'êtes pas dit mutuellement ?

Jack la regarda un instant.

Puis il répondit, plus doucement :

— Parce qu'on ne peut dire que la vérité à un détecteur de Zatarcs, Samantha.

Sam resta immobile.

Son cœur rata un battement.

Il vient de m'appeler Samantha.

Pas Carter.

Pas lieutenant-colonel.

Pas même Sam.

Samantha.

Son prénom, dans sa voix, lui fit quelque chose qu'elle ne sut pas nommer. Une émotion simple et profonde, presque douloureuse, qui lui traversa la poitrine.

Et soudain, tout devint évident.

La femme dont il parlait.

Celle qui ne quittait pas ses pensées.

Celle qui ressentait la même chose.

C'était moi.

Elle sentit la chaleur lui monter aux joues.

Il me trouve sacrément canon…

Cette pensée lui arracha malgré elle un petit sourire.

À côté d'elle, Jack ne disait plus rien.

Il observait son profil, ses joues légèrement rosées, ses yeux qui évitaient les siens.

Elle a compris.

Pour la première fois depuis des années, il venait de lui dire quelque chose d'essentiel sans pouvoir se réfugier derrière une plaisanterie.

Il avait voulu lui dire la vérité.

Il venait peut-être de le faire.

Et il avait prononcé son prénom.

Samantha.

Il le répéta intérieurement.

Il l'avait tellement souvent pensé sans jamais oser le dire.

Et maintenant qu'il venait de le prononcer, il avait l'impression que ce simple mot avait changé quelque chose entre eux.

Il la regarda encore quelques secondes.

Bon sang…

Son prénom n'avait jamais eu cette sonorité-là.

Il détourna finalement les yeux, avant que son regard ne dise à sa place tout ce qu'il n'était pas encore capable de prononcer.

— Je comprends maintenant pourquoi la relation est compliquée, finit-elle par dire.

— Le règlement ?

— Entre autres.

— Et les conséquences.

— Oui.

Il soupira.

— Elle a une carrière à laquelle elle tient.

Sam murmura :

— Et lui aussi.

Jack tourna les yeux vers elle.

— Exactement.

Le silence retomba.

Sam fixa les flammes quelques instants.

Elle savait maintenant où cette conversation les menait.

Et une petite partie d'elle avait peur de poser la prochaine question.

Une autre en avait désespérément besoin.

— Elle a essayé d'avoir une relation avec un autre homme pour l'oublier.

Jack baissa légèrement les yeux.

Il n'avait pas besoin de demander de qui elle parlait.

— Ça a marché ?

Sam eut un sourire triste.

— Non.

Elle regarda le feu.

— C'est plus difficile quand on a quelqu'un d'autre dans sa tête.

Jack la regarda.

Cette fois, il ne chercha pas à dissimuler ce qu'il ressentait.

Sam sentit son cœur battre plus vite.

— Lui aussi a essayé de vivre d'autres histoires avec d'autres femmes, dit-il. Mais ça n'a pas fonctionné non plus.

Sam resta silencieuse quelques secondes.

Elle sentit une chaleur étrange lui envahir la poitrine.

Alors il avait essayé.

Elle ne savait pas si elle devait être rassurée ou bouleversée par cette révélation.

Peut-être les deux.

Jack ne bougea plus.

Il venait de lui donner une vérité qu'il n'avait jamais dite à personne.

Sam détourna les yeux.

— Vous savez… je crois que certaines personnes ont beau essayer de faire les choses correctement…

Elle hésita.

— Quand on a quelqu'un d'autre dans son cœur…

Jack attendit.

— Ça ne marche pas ?

Sam secoua doucement la tête.

— Non.

Il regarda leurs mains, posées à quelques centimètres l'une de l'autre.

Si peu de distance.

Et pourtant, dix années semblaient encore les séparer.

Il hésita.

Puis, presque imperceptiblement, sa main se rapprocha de la sienne.

Il ne la toucha pas.

Pas encore.

— Et si l'homme dont vous parlez décidait de ne plus essayer ?

Sam sentit son souffle se suspendre.

— De ne plus essayer quoi ?

Jack releva les yeux vers elle.

— De faire semblant.

Elle le regarda.

Son cœur battait si fort qu'elle était presque certaine qu'il pouvait l'entendre.

Il parle de nous.

Cette fois, elle ne pouvait plus se mentir.

— Alors il faudrait qu'il soit prêt à accepter les conséquences.

Jack soutint son regard.

— Il le serait.

Sam sentit quelque chose se fissurer en elle.

Toutes ces années à croire qu'elle devait renoncer.

À croire qu'elle avait fait le seul choix possible.

Et maintenant, il était là.

À quelques centimètres d'elle.

— Vous en êtes sûr ?

— Oui.

La réponse fut immédiate.

Sam baissa brièvement les yeux.

— Même si ça change tout ?

Jack réfléchit une seconde.

Puis un léger sourire apparut au coin de ses lèvres.

— Après dix ans, je pense qu'il a largement dépassé le délai raisonnable de réflexion.

Sam laissa échapper un petit rire.

Un rire nerveux, presque soulagé.

Jack le regarda.

Puis son expression redevint sérieuse.

Il hésita avant de poursuivre.

— Et peut-être que certaines personnes méritent qu'on prenne le risque.

Sam resta silencieuse.

Elle sentit ses yeux lui picoter légèrement.

Certaines personnes.

Elle savait parfaitement de qui il parlait.

Et, pour la première fois depuis longtemps, elle n'avait plus envie de fuir.

Sam resta silencieuse.

Le regard de Jack se fit plus ardent.

— Et si…

Il hésita.

— Si cet homme voulait embrasser cette femme ?

Sam sentit son cœur accélérer.

Cette fois, il n'y avait plus vraiment de détour possible.

Elle le regarda.

Puis murmura :

— Il pourrait peut-être lui demander.

Un sourire apparut sur les lèvres de Jack.

— Et si elle disait oui ?

Sam sentit un sourire lui échapper.

— Alors il aurait probablement attendu beaucoup trop longtemps.

Jack eut un petit rire.

Puis il s'approcha.

Lentement.

Sans précipitation.

Lui laissant tout le temps de reculer.

Sam ne bougea pas.

Elle aurait pu avoir peur.

Elle aurait pu penser au règlement, à leurs grades, à tout ce qui les avait séparés pendant des années.

Mais, pour la première fois, aucune de ces choses ne lui sembla importante.

Il était là.

Et il la regardait comme elle avait toujours rêvé qu'il la regarde.

Leurs lèvres se rencontrèrent.

Un baiser doux.

Simple.

Longtemps retenu.

Sam ferma les yeux.

Enfin.

Un seul mot.

Mais il contenait huit années d'attente, de doutes et de renoncements.

Lorsqu'ils se séparèrent, leurs fronts restèrent appuyés l'un contre l'autre.

Ils ne parlèrent pas tout de suite.

Comme s'ils avaient tous les deux besoin de quelques secondes pour comprendre que cela venait réellement d'arriver.

Jack murmura :

— Alors…

Sam ouvrit les yeux.

— Oui ?

Un sourire se dessina sur les lèvres de Jack.

— Pas trop déçue par ce premier baiser après huit ans d'attente ?

Sam le regarda quelques secondes.

Puis son sourire s'élargit.

— Je crois que j'aurais préféré ne pas attendre si longtemps.

Jack eut un petit rire.

— Moi aussi.

Il n'eut pas le temps d'en dire davantage.

Sam posa doucement sa main sur sa joue.

Et cette fois, ce fut elle qui se rapprocha.

Elle l'embrassa.

Sans hésitation.

Sans laisser à son cerveau le temps de lui rappeler le règlement, les grades ou toutes les raisons qui l'avaient retenue pendant des années.

Elle avait attendu assez longtemps.

Jack resta surpris une fraction de seconde.

Puis ses bras se refermèrent autour d'elle.

Sa main retrouva naturellement le bas de son dos et la rapprocha de lui.

Le baiser se fit plus profond.

Plus assuré.

Comme si huit années d'attente venaient soudain de disparaître.

Lorsqu'ils se séparèrent, Sam le regarda avec un sourire qu'il ne lui avait jamais vu.

— Jack…

Le prénom resta suspendu entre eux.

Jack ne bougea pas.

Pas de sourcil levé.

Pas de remarque.

Pas de « c'est mon colonel ».

Rien.

Il se contenta de la regarder.

Et son sourire s'élargit lentement.

Sam sentit son cœur se serrer.

Il ne m'a pas arrêtée.

Elle venait de prononcer son prénom.

Et, pour la première fois, il ne cherchait pas à remettre entre eux la distance imposée par le règlement.

Jack, lui, avait cessé de réfléchir.

Elle a dit mon prénom.

Pas « mon colonel ».

Pas « Colonel O'Neill ».

Jack.

Il avait rarement entendu son prénom dans sa voix.Et jamais comme ça.

Et, pour une fois, il n'avait aucune envie de remettre de la distance entre eux.

Il regarda Sam.

Elle souriait.

Ce sourire lui fit comprendre qu'il venait probablement de prendre la meilleure décision de toute sa vie.

Il avait passé huit ans à se convaincre qu'il devait attendre.

À se cacher derrière le règlement.

À prétendre que ce qu'il ressentait pouvait rester bien rangé quelque part, sans jamais être nommé.

Quelle erreur.

Il posa doucement sa main contre sa joue.

Huit ans pour arriver là…

Un sourire lui échappa.

Je suis fichu.

Et, pour la première fois, cette idée ne lui faisait absolument pas peur.

Il prit cet air faussement sérieux qu'elle connaissait si bien.

— tu sais que ça va sérieusement compliquer nos prochaines réunions au SGC ?

Sam eut un petit rire.

— Probablement.

— Et le règlement ?

Elle le regarda droit dans les yeux.

— On trouvera bien un moyen de survivre.

Jack sourit.

— J'aime ton optimisme, Sam.

Elle se rapprocha encore légèrement.

— Tu sais, Jack…

— Oui ?

— Pour quelqu'un qui prétend avoir attendu huit ans…

Elle posa un doigt sur sa poitrine.

— …tu n'as pas l'air particulièrement pressé de recommencer.

Jack éclata doucement de rire.

—Sam,…

Il la regarda quelques secondes, un sourire amusé au coin des lèvres.

— Disons que… contrairement à toi, je sais déjà ce que ça fait.

Sam fronça légèrement les sourcils.

— Pardon ?

Jack se mordit la lèvre pour retenir un sourire.

— Rien.

— Jack…

— Vraiment. Rien.

    Promis je t’expliquerai

Elle le fixa, visiblement intriguée.

Puis elle comprit qu'il se moquait d'elle.

— Tu es  impossible.

— Je sais.

Il se pencha légèrement vers elle.

— Mais je crois que tu viens de faire une erreur tactique majeure.

— Laquelle ?

Son sourire s'élargit.

— Me provoquer.

— Et tu comptes faire quoi ?

Jack haussa un sourcil.

— te montrer que j'ai de la mémoire.

Sam eut à peine le temps de comprendre.

Il l'embrassa de nouveau. Cette fois, elle sourit contre ses lèvres.

Et quelque part, dans un coin de sa mémoire, Jack eut une pensée fugace.

Si tu savais que je n’ai jamais pu oublier ce baiser…

Un souvenir vieux de plusieurs années.

Un baiser que personne, pas même elle, ne pouvait se rappeler.

Et cette fois, il n’y aurait pas de boucle temporelle pour effacer celui-ci.


Épilogue

Un mois plus tard, la mission sur P3X-774 prit fin.

Sam remit son rapport sur le gisement de naquadriah et quitta la planète, laissant, derrière elle, les trois mois qui avaient changé bien plus de choses que prévu.

Quelques jours plus tard, elle rejoignit la Zone 51.

Jack, lui, avait accepté le poste qu'on lui proposait au Pentagone. Il avait longuement hésité, puis demandé conseil au général Hammond.

— Vous pensez que c'est la bonne décision, mon général ?

Hammond le regarda quelques secondes avant de répondre.

— Si vous voulez vraiment lui préserver sa carrière, Jack… oui.

Jack hocha lentement la tête.

Il savait ce que cela signifiait. En quittant le SGC, il ne serait plus dans la chaîne de commandement de Carter.

Et si, un jour, Sam décidait de revenir au SGC…

Cette fois, rien ne les en empêcherait. Plus rien ne les empecherait de vivre une vie en dehors du SGC.

Début de la saison 9.


 




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