Le Keltor
La place centrale du village était illuminée par des centaines de lanternes suspendues aux branches des arbres. Des musiciens, installés sur une estrade de bois, jouaient une mélodie entraînante tandis que les habitants se pressaient autour des longues tables dressées pour l'occasion.
La mission de SG-1 sur P3X-619 avait été une réussite. Après plusieurs semaines de négociations, un accord de coopération scientifique et commerciale venait d'être signé entre la Terre et le peuple des Arvaniens.
Le chef du village, Ralvek, avait tenu à organiser une grande réception en l'honneur de ses invités.
Et particulièrement en l'honneur du général O'Neill.
— Général O'Neill ! lança-t-il en levant sa coupe. Ce soir, notre peuple célèbre une nouvelle alliance. Votre peuple est désormais notre peuple ami !
Jack leva son verre.
— À cette nouvelle amitié. Et à votre excellente cuisine !
Ralvek éclata de rire.
— Vous avez l'esprit d'un homme sage, général !
Daniel se pencha vers Sam.
— Je crois que Jack vient de gagner un allié pour la vie.
— À condition qu'il continue à bien manger, répondit-elle.
Jack, qui avait entendu, lui adressa un sourire.
— Vous voyez, Carter ? La diplomatie passe aussi par l'estomac.
— Je n'en doute pas, mon général.
Le repas se poursuivit dans une ambiance particulièrement chaleureuse. Les Arvaniens semblaient ravis de recevoir leurs invités. Les conversations allaient bon train et les musiciens alternaient les mélodies traditionnelles et les chants populaires.
Puis Ralvek se leva.
Il frappa deux fois dans ses mains.
Les musiciens s'interrompirent.
— Mes amis ! Ce soir est un soir exceptionnel. Nous accueillons parmi nous un homme qui a conduit son peuple avec courage et sagesse. Un homme qui a su écouter nos paroles et respecter nos traditions.
Jack cessa de mâcher.
Daniel tourna la tête vers lui.
— Je crois que c'est toi.
— J'avais un doute, merci de confirmer.
Ralvek poursuivit :
— Général O'Neill, vous avez honoré notre peuple. Nous souhaitons maintenant vous honorer à notre tour.
Il fit un signe aux musiciens.
Une nouvelle mélodie s'éleva. Plus lente, plus rythmée aussi, accompagnée par des percussions profondes.
Une dizaine de femmes apparurent à l'entrée de la place.
Elles portaient de longues robes colorées, ornées de bijoux métalliques qui tintaient au rythme de leurs pas. Certaines robes étaient particulièrement courtes, laissant apparaître leurs jambes et leurs épaules dénudées.
— Qu'est-ce que c'est ? demanda Jack.
Daniel observa la scène avec curiosité.
— Une danse traditionnelle, apparemment.
— Apparemment ?
— Je ne connais pas encore toutes leurs coutumes.
Ralvek s'approcha du général.
— Voici le Veyran, notre danse d'honneur. Elle est réservée aux invités auxquels nous souhaitons témoigner notre plus grand respect.
Jack sourit.
— Je suis touché.
— Vous le serez davantage lorsque vous aurez reçu toutes les attentions que notre peuple vous réserve.
Jack fronça légèrement les sourcils.
— Toutes les attentions ?
Mais le chef s'était déjà éloigné.
La première danseuse s'avança.
Elle était grande, brune, et portait un sourire particulièrement assuré.
Elle s'arrêta devant Jack, inclina légèrement la tête, puis commença à tourner autour de lui au rythme de la musique.
Ses mouvements étaient fluides, précis, et volontairement suggestifs. Elle s'approcha du général, fit glisser ses doigts le long de son épaule et termina sa chorégraphie en s'inclinant devant lui, laissant entrevoir sa généreuse poitrine.
Les applaudissements fusèrent.
Jack observa la scène avec un sourire amusé.
— Eh bien, murmura-t-il. Ils ne font pas les choses à moitié.
Teal'c, assis à sa droite, suivait attentivement la danse.
— Il s'agit d'une démonstration de grâce et de séduction, O'Neill.
Jack tourna la tête vers lui.
— Ah.
— Les mouvements sont volontairement suggestifs.
— J'avais remarqué.
Daniel, lui, semblait particulièrement intéressé par les aspects culturels de la cérémonie.
Sam, de l'autre côté de la table, posa lentement son verre.
Elle n'avait pas perdu une miette de la scène.
— C'est intéressant, dit-elle.
Daniel se tourna vers elle.
— Quoi donc ?
— Cette démonstration culturelle.
Elle désigna discrètement la danseuse.
— Je ne savais pas que l'intérêt scientifique de découvrir une civilisation étrangère passait nécessairement par l'observation de femmes à moitié déshabillées.
Daniel pinça les lèvres.
— Sam…
— Quoi ? Je m'interroge sur la valeur anthropologique de la chose.
Jack, qui avait entendu, se retourna.
— Carter, ce n'est qu'une danse.
— Je vois ça, mon général.
Une deuxième danseuse prit le relais.
Puis une troisième.
Toutes semblaient rivaliser d'imagination pour attirer l'attention du général.
L'une effleura son menton du bout des doigts. Une autre fit tournoyer un long ruban autour de son bras avant de le laisser retomber sur ses genoux.
Jack commençait à trouver la situation franchement inhabituelle.
Mais il n'avait aucune raison d'offenser ses hôtes.
Il se contentait donc de sourire, de remercier et de laisser la cérémonie suivre son cours.
Sam, elle, commençait à perdre patience.
— Elles sont très talentueuses, observa Daniel.
— Effectivement, répondit-elle sèchement.
Une nouvelle danseuse s'avança au centre du cercle. Ses longs cheveux blonds clairs accompagnaient chacun de ses mouvements et ses yeux d’un bleu lumineux semblaient ne jamais quitter le général.
Une blonde aux yeux bleus… Attention danger, O’Neill.
Sam la regarda, puis regarda les femmes qui attendaient leur tour.
— Dites-moi, Daniel, vous savez combien de femmes vivent dans ce village ?
— Non. Pourquoi ?
— Parce que si elles doivent toutes défiler devant le général en petites tenues, nous risquons d'y passer la nuit.
Daniel toussota.
Jack se retourna vers elle.
— Vous avez quelque chose contre les spectacles, Carter ?
— Absolument pas, mon général. J'apprécie particulièrement les manifestations culturelles qui ne reposent pas sur l'exhibition des femmes.
— Je ne crois pas qu'elles soient contraintes de participer.
— Ah bon ? Vous avez vérifié ?
Jack haussa les épaules.
— Elles ont plutôt l'air de s'amuser.
Sam le fixa.
— C'est votre interprétation, monsieur.
Teal'c intervint calmement :
— Les danseuses semblent effectivement participer volontairement à la cérémonie.
Sam tourna la tête vers lui.
— Merci, Teal'c. Votre analyse est précieuse.
Le Jaffa inclina légèrement la tête.
Jack étouffa un sourire.
— Vous voyez, Carter ? Même Teal'c est d'accord avec moi.
— Je constate surtout que vous avez tous les deux une interprétation très sélective de la situation.
Daniel baissa la tête pour cacher son amusement.
La danse se poursuivait.
Une nouvelle femme s'approcha du général. Plus jeune que les précédentes, elle portait une robe rouge fendue sur le côté. Elle tourna lentement autour de Jack avant de s'accroupir devant lui, les yeux levés vers son visage.
Jack esquissa un sourire embarrassé.
— Eh bien…
Sam posa brutalement sa fourchette.
— Mon général, je pense que nous avons suffisamment assisté à cette démonstration.
Jack se tourna vers elle.
— Pourquoi ? Elle vient à peine de commencer.
Sam le regarda, incrédule.
— Pardon ?
— Je veux dire que la cérémonie n'est pas terminée.
— C'est précisément ce que je constate.
Elle désigna les danseuses qui attendaient encore.
— Vous pourriez peut-être demander à notre hôte de mettre fin à ce défilé.
Jack sourit.
— Carter, je ne vais pas interrompre une tradition locale simplement parce que vous n'appréciez pas le spectacle.
Le regard de Sam se durcit.
— Bien sûr, mon général.
Elle reprit son verre et but une longue gorgée.
Jack se retourna vers la danseuse suivante.
Il ne remarqua pas immédiatement l'expression de Sam.
Mais Daniel, lui, l'avait parfaitement vue.
Au bout de quelques minutes, Ralvek revint auprès du général.
— Alors, O'Neill ? Avez-vous fait votre Keltor ?
Jack regarda le chef avec perplexité.
— Mon quoi ?
Ralvek éclata de rire.
— Votre Keltor ! Votre choix !
— Mon choix ?
— Pas encore ? demanda-t-il, visiblement surpris.
Jack jeta un coup d'œil à Teal'c.
Le Jaffa haussa légèrement les sourcils.
— Je crois, O'Neill, que nous ne sommes pas encore au bout de nos découvertes culturelles.
Ralvek se pencha vers Jack.
— Prenez votre temps. Toutes nos femmes peuvent participer au Veyran. Celle qui retiendra votre attention sera honorée de votre choix.
Jack fronça les sourcils.
— Toutes vos femmes ?
— Bien entendu !
Le chef repartit, satisfait.
Jack se tourna lentement vers Daniel.
— Vous avez compris quelque chose ?
Daniel avait cessé de prendre des notes.
Il observait Ralvek avec une expression concentrée.
— Je crois que oui.
— Ça ne m'étonne pas. Vous avez cette tête.
— Quelle tête ?
— Celle qui annonce généralement une mauvaise nouvelle.
Daniel se pencha vers eux.
— Le Keltor signifie effectivement le choix. Mais je crois que nous avons mal interprété le sens de cette cérémonie.
Sam s'était rapprochée.
— Qu'est-ce que vous voulez dire ?
Daniel hésita.
— D'après ce que je viens de comprendre, le Veyran n'est pas simplement une danse d'honneur. C'est une sorte de présentation des femmes du village à un homme qu'ils souhaitent honorer particulièrement.
Jack le fixa.
— Présentation ?
— Oui.
Daniel marqua une pause.
— En vue d'une union....charnelle ou peut être d’un mariage.
Un silence.
Jack reposa lentement sa coupe.
— Pardon ?
— Le chef du village souhaite t'offrir une femme ou une épouse.
Jack passa une main sur son visage.
— Bon sang…
À côté de lui, Teal'c ne semblait nullement surpris.
— Cette coutume est assez cohérente avec certaines traditions anciennes, O'Neill.
Jack tourna la tête vers lui.
— Ne me dites pas que vous trouvez ça normal.
— Je ne porte aucun jugement sur leurs traditions.
— Formidable.
Sam, qui n'avait pas dit un mot depuis plusieurs minutes, se leva brusquement.
— Je vais prendre l'air.
Daniel leva les yeux vers elle.
— Sam ?
— Tout va bien, Daniel.
Elle adressa un regard rapide à Jack.
— Profitez bien de la réception, mon général.
Puis elle s'éloigna.
Jack la suivit du regard.
Son expression changea imperceptiblement.
Il resta silencieux quelques secondes avant de se tourner vers ses deux compagnons.
— Mais quelle mouche a piqué Carter ?
Teal'c le regarda.
— Je n'ai pas vu de mouche ni aucun autre insecte piquer Samantha Carter, O'Neill.
Jack soupira.
— C'est une expression, Teal'c.
Le Jaffa marqua une pause.
Puis il se pencha légèrement vers le général.
— Je vais vous donner un conseil, O'Neill. Parce que je vous considère comme un frère. Sur Chulak, on dit qu'il faut toujours se méfier d'une femme jalouse.
Jack haussa les sourcils.
Daniel releva immédiatement la tête.
— Qui est jalouse ?
Personne ne répondit.
Daniel regarda Jack.
Puis Teal'c.
Puis la direction dans laquelle Sam avait disparu.
Un sourire apparut lentement sur son visage.
— Oh…
Jack lui lança un regard d'avertissement.
— Ne commencez pas.
— Je n'ai rien dit.
— Et vous allez continuer comme ça.
Daniel se mordit les lèvres.
Teal'c reprit tranquillement sa coupe.
— Je pense néanmoins que le général devrait prendre ce conseil au sérieux.
Jack se tourna vers lui.
— Pourquoi ?
— Parce que je vous considère comme un frère.
— Oui, ça, vous l'avez déjà dit.
— Et parce que Samantha Carter est une femme particulièrement déterminée.
Daniel éclata de rire.
Jack secoua la tête.
— Très bien. Assez plaisanté.
Il regarda autour de lui.
— Daniel, allez chercher Carter.
Daniel redevint sérieux.
— Pourquoi moi ?
— Parce que je ne veux pas qu'un membre de mon équipe se balade on ne sait où, seule, dans un village où tous les hommes sont ivres ou presque.
Teal'c inclina légèrement la tête.
— Au cas où on lui demanderait également de faire son Keltor.
Jack tourna brusquement la tête vers lui.
— Quoi ?
— Je disais simplement…
Mais Jack n'écoutait déjà plus.
L'idée contrariait le général beaucoup plus qu'il ne voulait l'admettre.
Exactement, pensa-t-il.
Il n'était pas question qu'un autre homme se mette en tête de choisir Carter.
Et cette pensée lui déplut encore davantage que le reste de la soirée.
Daniel retrouva Sam dans un petit jardin situé à l'écart de la place centrale.
Elle marchait lentement le long d'une allée bordée de fleurs.
— Sam ?
Elle se retourna.
— Daniel.
— Tu vas bien ?
— Très bien.
Il la regarda avec un sourire prudent.
— Tu sais que tu n'es pas obligée de me répondre ça.
Sam soupira.
— Daniel, je ne suis pas d'humeur.
— J'avais remarqué.
Elle reprit sa marche.
Daniel la suivit.
— Tu sais, je pense que tu as mal interprété certaines choses.
— Ah oui ?
— Oui. Les Arvaniens ne cherchent pas à humilier les femmes. Le Veyran est une cérémonie très ancienne. Les participantes sont libres de choisir d'y prendre part et le Keltor leur permet également de refuser la proposition d'un homme.
Sam s'arrêta.
— Je n'ai jamais dit qu'elles étaient toutes contraintes.
— Tu as pourtant suggéré que…
— Daniel, je sais ce que j'ai dit.
Il hocha la tête.
— D'accord.
Un silence.
Puis il ajouta :
— Et Jack n'a aucune intention d'accepter cette proposition.
Sam eut un petit rire.
— Je ne vois pas pourquoi tu me dis ça.
Daniel la regarda.
— Bien sûr.
Elle croisa les bras.
— Tu sais ce qui m'agace le plus ?
— Je crois que je peux deviner.
— Non, je ne crois pas. Ce n'est pas cette tradition en elle-même. C'est de voir le général prendre tout ça comme un divertissement. Il est censé être ici pour représenter notre pays, pas pour participer à un concours de séduction.
Daniel sourit.
— Je pense qu'il a surtout été surpris par la situation.
— Il avait pourtant l'air de bien apprécier.
Daniel préféra ne pas répondre.
Il connaissait suffisamment Sam pour savoir que certaines questions ne méritaient pas d'être approfondies.
— Tu viens ? Jack veut que tu retournes à la réception.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il ne veut pas qu'un membre de son équipe se promène seule dans le village.
Sam leva les yeux au ciel.
— Évidemment.
Elle reprit le chemin de la place.
Daniel la suivit avec un petit sourire.
Lorsque Sam et Daniel revinrent, la musique avait repris.
Une nouvelle danseuse venait de terminer sa prestation devant Jack.
Le général était en pleine conversation avec Ralvek.
— Ah, colonel Carter ! s'exclama le chef en l'apercevant. Vous voilà de retour !
Sam inclina poliment la tête.
— Chef Ralvek.
Il désigna Jack.
— Votre général semble avoir beaucoup de succès ce soir.
Sam adressa un sourire parfaitement professionnel.
— J'ai cru le remarquer.
Jack lui lança un regard.
— Carter…
Ralvek poursuivit :
— Le Keltor est une tradition importante chez nous. Il permet à un homme de choisir celle avec laquelle il souhaite partager sa vie.
Sam tourna la tête vers Jack.
— Une tradition tout à fait fascinante.
— Vous voyez, Carter ? répondit Jack. Vous commencez à apprécier.
— Je n'irais pas jusque-là, monsieur.
Ralvek observa les deux officiers.
— Vous êtes également une guerrière ?
Sam acquiesça.
— Je suis scientifique et militaire.
— Une femme de grande valeur, alors.
Il se tourna vers Jack.
— Votre peuple a beaucoup de chance de vous avoir tous les deux.
Jack sourit.
— Nous faisons de notre mieux.
Le chef leva sa coupe.
— Que notre alliance dure de nombreuses années !
Les verres s'entrechoquèrent.
Puis Ralvek s'éloigna pour rejoindre ses invités.
Sam reprit sa place.
Elle ne regarda plus Jack.
La soirée continua.
Une nouvelle danse commença.
Jack suivait les mouvements avec une curiosité amusée. Teal'c semblait également apprécier la précision des chorégraphies.
— Ces danses sont remarquablement exécutées, observa le Jaffa.
Jack acquiesça.
— Je dois reconnaître qu'ils ont le sens du spectacle.
Daniel secoua la tête.
— Vous êtes désespérants tous les deux.
Sam posa son verre.
— Vous savez quoi ? Je crois que je vais rejoindre mes quartiers.
Jack se tourna vers elle.
— Déjà ?
— Oui, mon général. Je suis fatiguée.
Elle se leva.
— Carter, asseyez-vous et arrêtez d’être en colère.
— Je ne suis pas en colère
— Carter, je vous connais.
Elle détourna les yeux.
— Alors vous devriez savoir que je n'apprécie pas particulièrement les situations dans lesquelles les femmes sont transformées en objets de séduction pour honorer un homme
Jack observa Sam quelques secondes avant de répondre.
— Très bien, Carter. Je vous promets de me rattraper.
Elle fronça légèrement les sourcils.
— Vous rattraper, mon général ?
— Oui. La prochaine fois, je choisirai une planète où ce seront les hommes qui danseront pour vous. À moitié nus, si possible. Je ferai même en sorte qu'ils soient particulièrement… convaincants.
Sam le regarda, un peu surprise. Un sourire discret apparut au coin des lèvres de Sam.
— Je prends note de votre promesse, mon général.
Daniel, qui suivait l'échange avec un amusement grandissant, intervint :
— En fait, ce ne serait pas si compliqué. Il suffirait de trouver une planète peuplée d'Amazones. Une société matriarcale, où les hommes auraient précisément ce rôle cérémoniel.
Jack tourna lentement la tête vers lui.
— Vous voyez, Daniel a la solution !
Teal'c posa tranquillement son verre.
— Sur une telle planète, si les hommes manifestaient ouvertement leur intérêt pour le colonel Carter, vous vous retrouveriez, mon général, dans le même état de confusion que le colonel Carter ce soir.
Jack resta silencieux un instant. Il fixa Teal'c, les lèvres légèrement pincées, puis marmonna :
— Mouais…
Daniel baissa les yeux vers son verre, un large sourire aux lèvres.
Sam, en revanche, s'était tournée vers Teal'c. Son expression avait changé. Elle semblait très satisfaite et aussi particulièrement attentive à ce que le Jaffa venait de dire.
— Vraiment, Teal'c ? demanda-t-elle, avec un intérêt qu'elle ne prit même pas la peine de dissimuler.
— En effet, colonel Carter.
Daniel dut faire un effort pour ne pas éclater de rire.
Jack lança un regard silencieux à Sam tout en se demandant si Teal'c n'avait pas un peu trop bien compris certaines choses.
Quelques minutes plus tard, Ralvek vint à leur rencontre.
— Général O'Neill ! Colonel Carter ! Je suis heureux de vous retrouver.
Il sourit chaleureusement.
— La cérémonie approche de son terme.
Jack se racla la gorge.
— Ralvek, je suis profondément honoré par cette tradition et par l'attention que vous me témoignez.
Le chef sourit.
— Alors vous avez fait votre Keltor ?
Jack inspira.
— Je crois qu'il y a un malentendu.
Daniel intervint avec diplomatie :
— Dans notre culture, le mariage est une décision personnelle. Il ne peut pas être organisé simplement pour honorer un invité.
Ralvek parut surpris.
— Mais nous ne voulons contraindre personne ! Le Keltor est justement le choix de l'homme. Et la femme choisit également librement d'accepter ou de refuser.
Jack acquiesça.
— Je comprends. Et c'est une belle tradition.
Il marqua une pause.
— Mais je ne suis pas venu chercher une épouse sur votre planète.
Ralvek le dévisagea.
— Aucune de nos femmes ne vous a plu ? Même pour un accouplement ?
Jack eut un sourire embarrassé.
— Ce n'est pas la question.
— Alors vous avez déjà quelqu'un ?
Jack ne répondit pas immédiatement.
Sam observait la conversation sans intervenir.
Le regard du général resta posé sur elle une seconde de trop.
Puis il se retourna vers Ralvek.
— Disons que je ne suis pas aussi disponible que vous le pensez.
Ralvek qui avait suivi le regard du général, observa Sam.
Puis un sourire lent apparut sur son visage.
— Ah… Je comprends mieux.
Ralvek observa alternativement les deux officiers. Le chef semblait soudain très satisfait de sa découverte.
— Vous avez donc déjà fait votre Keltor !
Daniel toussota.
Teal'c baissa légèrement la tête.
Sam, elle, resta parfaitement immobile.
Jack se racla la gorge.
— Ralvek, le colonel Carter est une officier de mon équipe. Une scientifique remarquable. Et une amie.
Le chef hocha la tête.
— Je comprends.
Il regarda Sam avec un sourire chaleureux.
— Votre peuple a donc ses propres coutumes. Je vous souhaite beaucoup de bonheur dans votre choix, général.
Puis il s'éloigna pour rejoindre ses invités.
Un silence embarrassant s'installa.
Daniel regarda Jack.
Puis Sam.
Puis Teal'c.
— Je crois que je vais aller vérifier quelque chose avec notre hôte.
Il s'éloigna rapidement.
Teal'c le suivit.
— Je vais l'accompagner.
Jack suivit Daniel et Teal'c des yeux jusqu'à ce qu'ils disparaissent dans la foule.
— Traîtres.
Sam resta silencieuse.
Jack se tourna vers elle.
— Alors ?
— Alors quoi, mon général ?
— Vous avez l'air moins contrariée.
— Je ne vois pas de quoi vous parlez.
Jack esquissa un sourire.
Elle croisa les bras.
— Alors, mon général, vous n’avez pas été tenté par un ACCOUPLEMENT, ce soir, avec toutes ces femmes… dit-elle en mimant des guillemets avec ses doigts.
Jack la regarda un instant.
— Vous avez vraiment envie de connaître la réponse ?
— Je vous pose une question, mon général.
— Non, Carter. Je n'ai pas été tenté.
Sam détourna les yeux.
— Pourtant, elles semblaient particulièrement intéressées.
—Difficile de passer à côté.
Sam pinça les lèvres.
— Je vois.
Jack perdit son sourire.
— Carter…
— Quoi ?
—Je n'avais aucune intention de donner suite à leurs propositions, vous le savez ?
Pendant quelques secondes, aucun des deux ne parla.
Jack aurait voulu ajouter quelque chose. Quelque chose de plus personnel. Mais les mots restèrent coincés.
Finalement, il murmura :
— Je n'avais envie d'aucune d'entre elles, Sam.
Elle haussa légèrement les épaules.
— Vous êtes libre de vos choix, Monsieur. Votre vie privée ne me concerne pas.
Jack la fixa.
Puis, avec ce petit sourire qu'elle connaissait si bien :
— Vous êtes certaine ?
Sam soutint son regard.
— Absolument.
— Dommage.
Elle fronça les sourcils.
— Dommage ?
Jack baissa légèrement la voix.
— Parce que j'aurais bien aimé que ça vous concerne.
Le silence qui suivit fut tout sauf ordinaire.
Sam détourna les yeux. Son Cœur battait la chamade.
— Vous devriez faire attention à ce que vous dites, mon général.
— Je sais.
Il la regarda encore quelques secondes. Sam releva lentement les yeux vers lui.
Cette fois, il ne souriait plus.
Il y avait dans son regard quelque chose de plus sérieux. Quelque chose qu'elle connaissait, qu'elle avait parfois cru apercevoir avant de le voir disparaître derrière une plaisanterie ou une remarque militaire.
Elle aurait voulu répondre.
Mais une voix les interrompit.
— Général O'Neill !
Ralvek revenait vers eux, une coupe à la main.
Jack ferma brièvement les yeux.
— Je vais finir par demander une évacuation d'urgence.
Sam étouffa un rire.
Ralvek s'arrêta devant eux.
— Je voulais vous remercier encore une fois. Votre présence a honoré notre peuple. Et j'espère que vous avez apprécié notre Veyran.
Jack prit un air diplomatique.
— C'était… inoubliable.
Il leva sa coupe.
— À l'amitié entre nos peuples !
Jack leva la sienne.
— À l'amitié.
Sam fit de même.
Et, pour la première fois de la soirée, elle sourit franchement.
Le lendemain matin, dans la salle de briefing du SGC, Daniel terminait son rapport.
— Les Arvaniens ont confirmé qu'ils souhaitaient poursuivre les échanges scientifiques. Ils ont également envoyé une invitation pour notre prochaine visite.
— Formidable, répondit Jack. J'espère qu'ils auront oublié cette histoire de Keltor d'ici là.
Daniel sourit.
— Je ne crois pas. Ralvek semblait particulièrement satisfait de ton choix.
Jack lui lança un regard.
— Vous avez vraiment besoin de raconter ça ?
— Je trouve que c'est une belle histoire.
Teal'c prit la parole.
— Ralvek m'a également demandé si le général O'Neill aurait officialisé son épouse/guerrière la prochaine fois.
Jack ferma les yeux.
— Oh, non…
Sam, qui consultait son dossier, releva la tête.
— Son épouse ?
Teal'c tourna calmement son regard vers elle.
— Oui, colonel Carter. Il semble que le chef des Arvaniens ait interprété votre présence comme une confirmation du choix du général.
Daniel se mordit les lèvres.
Jack regarda Sam.
— Je suis désolé, Carter. Je n'avais pas prévu que cette histoire prendrait de telles proportions.
Elle haussa les épaules.
— Ce n'est pas grave, mon général.
Un sourire discret se dessina sur ses lèvres.
— Après tout, je crois que vous auriez pu tomber plus mal.
Jack resta silencieux une seconde.
Puis il sourit.
— C'est vrai.
Il referma son dossier.
— Et entre nous, Carter…
— Oui, monsieur ?
— Je crois que j'ai plutôt bon goût.
Sam baissa les yeux pour cacher son sourire.
Daniel regarda Teal'c.
Teal'c regarda Daniel.
Le Jaffa inclina légèrement la tête.
— Il semblerait que mon conseil ait été entendu.
Jack soupira.
— Je vous en prie, Teal'c. Pas devant tout le monde.
— Je pensais pourtant que vous apprécieriez les traditions de mon peuple, O'Neill.
Daniel éclata de rire.
Sam, elle, quitta la salle avec un sourire qu'elle ne chercha même plus à dissimuler.
Jack la suivit du regard.
Puis, très discrètement, il murmura :
— Franchement, elle n'a pas idée de ce qu'elle me fait subir.
Teal'c répondit sans hésiter :
— Je crois, O'Neill, qu'elle en a une idée assez précise.
Et pour une fois, Jack ne trouva rien à répondre.
Épilogue
Le soir était tombé sur Cheyenne Mountain. Au SGC, l'agitation de la journée s'était peu à peu dissipée, les derniers rapports rangés et les équipes rentrées chez elles. Le calme avait enfin repris ses droits dans les couloirs de la base. L'ascenseur venait de quitter le niveau de la salle de briefing. Sam, appuyée contre la paroi, jeta un regard amusé au général.
— Au fait, mon général, je vous rappelle que nous avons une planète à explorer.
Jack tourna la tête vers elle.
— Une planète ?
— Celle des Amazones. Vous aviez promis de m'y emmener. Une population exclusivement féminine, si je me souviens bien. Daniel avait même proposé de vérifier s'il existait une civilisation où les hommes étaient chargés de danser pour divertir les femmes.
— Je me souviens très bien de cette conversation, Carter.
— J'espère. Ce serait dommage que vous oubliiez vos promesses.
Jack esquissa un sourire, puis reporta son regard sur les chiffres qui défilaient au-dessus de la porte.
— Vous savez… Teal'c avait raison.
Sam tourna légèrement la tête.
— À propos de quoi ?
— De cette histoire de prétendants.
Elle attendit, intriguée.
Jack garda les mains dans les poches de son pantalon. Il semblait soudain trouver le tableau des étages particulièrement intéressant.
— Je crois que je ne survivrais pas à une horde de types charmants qui vous tourneraient autour.
Sam ne trouva rien à répondre. Son cœur s'était mis à battre beaucoup trop vite et elle sentit ses joues rosir.
Jack poursuivit, plus bas :
— Et surtout s'ils avaient la mauvaise idée de vous trouver aussi fascinante que je le pense.
Sam ne répondit pas tout de suite. Un sourire discret se dessina sur ses lèvres.
— Vous seriez jaloux, mon général ?
— Carter… je viens de vous expliquer que je ne survivrais pas. Je pense que le terme est assez proche.
Le silence retomba dans l'ascenseur.
Jack tourna enfin les yeux vers elle. Il avait toujours les mains dans les poches, mais son expression avait changé. Il fit un pas dans sa direction, puis un autre. Sam ne bougea pas.
— Et je suppose, ajouta-t-il à voix basse, que vous trouveriez ça amusant.
— Je n'ai pas dit ça.
— Non. Mais vous le pensez très fort.
Elle allait répondre, mais Jack était maintenant tout près d'elle. Il baissa légèrement la tête, cherchant son regard. Pendant une seconde, il sembla hésiter. Puis il se pencha et l'embrassa.
Ce ne fut ni précipité ni maladroit. Juste un baiser tendre, retenu depuis bien trop longtemps, auquel Sam répondit sans la moindre hésitation.
Quand il s'écarta, leurs visages restèrent proches.
— Alors ? murmura-t-il.
— Alors quoi ?
— Toujours envie de visiter cette planète ?
Sam sourit.
— Plus que jamais.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent.
Jack recula d'un pas, retrouvant son expression habituelle.
— Après vous, colonel.
Sam quitta l'ascenseur, le cœur encore battant, un sourire qu'elle ne parvenait pas à retenir aux lèvres, tandis qu'elle rejoignait la sortie de la base.
—Bonne soirée…mon Général
Jack la regarda s'éloigner.
— Daniel va encore être insupportable…