Révélations

Chapitre 1 : Révélations

Chapitre final

19665 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 20/01/2026 22:31

  Mike referma doucement la porte comme on referme la couverture d’un livre précieux. 


Il ferma les yeux un instant et pris une profonde inspiration, comme s’il tentait de combler avec de l’air le vide abyssal que le départ de Elfe avait laissé en lui. 


- Mike ?  

Appela une voie grave et familière. 


Une larme coula sur le visage de Mike. 

Il ignorait pourquoi mais cette voix venait de déclencher en lui un sentiment étrange, qu’il n’avait encore jamais éprouvé jusqu'ici.  

Un mélange de joie et de tristesse, une tristesse profonde bordée de colère.

  

Il s’approcha doucement et contempla son père, Ted Wheeler, tel qu’il l’avait toujours été.  

Monsieur Wheeler l’observa à son tour et avec le même ton sarcastique qu’il avait l’habitude d’employer, il lui dit en reposant la cuillère dans le plat. 

-Dépêche toi de manger quelques choses… Avant que tes amis aient tout engloutis ! 


Sans parvenir à quitter son père du regard Mike vint s’assoir à son tour au tour de la table. 

Il eut soudain une dérangeante impression comme si quelque chose n’était pas à sa place… mais il ne parvenait pas à se souvenir. 

-Y’a pas comme un truc… bizarre ? 

Lança Max.  


-Dans les lasagnes ? 

Lui répondit Ted Wheeler tout en machant.

 

Lucas, Dustin, Will, Max et Mike échangèrent un rapide regard mais étrangement aucun d’entre eux ne parvenait à comprendre ou à exprimer ce qu’ils ressentaient à cet instant.  

Il se contentèrent de diner, comme si la soirée suivait un déroulement précis. 


Le repas touchait à sa fin quand Madame Wheeler, un lege sourire aux lèvres annonça.  

-Je crois qu’on est venu te chercher Maxine ! 


Max fronça les sourcils, elle avait beau chercher pourtant, elle ne parvenait plus à se rappeler de l’endroit où elle devait se rendre. 

Malgré tout au milieu du brouillard de son esprit elle avait une certitude, personne ne devait venir la chercher. 

Un clackson retentit à l’extérieur . 


Les cinq amis s’approchèrent ensemble de la fenêtre et découvrirent au travers Billy. 

Assis au volant de sa Chevrolet Camaro de soixante-dix-neuf, il fit un signe de la main puis ajouta.  

-Bonsoir Madame Wheeler. Max tu t’bouges ? Ton p'tit copain vient avec nous ? 

-Billy ? 

Murmura Max.  


Elle resta immobile un instant. 


Il était là, juste sous ses yeux mais pourquoi était-il là ? Et pourquoi ne devait-il pas l’être.  

Max fut soudain envahit par une certitude, quelque chose d’étrange se produisait.  

Ni elle ni les autres ne parvenait à définir ce mal être et chacun d’eux continuait mécaniquement d’agir normalement sans pouvoir influer sur quoi que ce soit réellement. 

 

-Billy est… en retard…  


En même temps qu’il surprit le groupe Lucas se surpris lui-même.  


Il savait en son for intérieur qu’il n’avait jamais eu l’intention de prononcer les mots “en retard”.  

C’était comme s’il venait d’oublier les mots qu’il s’apprêtait à prononcer. 

Il grimaça pourtant il sortit de la maison, accompagné de Max et tous deux montèrent dans la Camaro conduite par Billy et disparurent à toute vitesse plus loin dans la rue. 


-Bon nous aussi on y va mec ? 

Demanda Dustin à Will qui acquiesça d’un signe de tête. 

 

Le matin suivant Mike ouvrit les yeux, tiré du sommeil par les tintements hystériques du réveille de Holly. 

 

A son réveil il fut immédiatement assaillit par la même sensation désagréable qu’il avait éprouvé la veille.  

Il chassa la désagréable sensation avec la tristesse de souvenir de onze.  

Un autre jour sans elle venait de naitre et cette seule idée était pour lui bien plus difficile à supporter que n’importe qu’elle autre émotion existante ou nouvelle. 


Mik se redressa et entama la journée comme il avait toujours eu l’habitude de le faire.  

Une fois prêt, il enfila son manteau et sortit.  


Une fois dehors, sans réfléchir il enfourcha sa bicyclette et se mit à pédaler le plus vite qu’il le pouvait.  

Ses yeux pleins de larmes l’empêchaient de voir correctement la route néanmoins a cet instant il s’en moquait.  

Il n’avait aucune destination en tête mais donnait l’impression de s’enfuire, comme s’il fuyait l’instant présent pour tenter d’en retrouver un autre perdu à jamais.  

Sans doute aurait-il choisi de revenir au jour où tout avait commencé ce six novembre de l’année mille neuf cent quatre-vingt trois ou peut être à cette nuit sombre et pluvieuse ou il avait fait la rencontre de s’elle qui en partant avait emporté tout son monde avec elle.  

Il s’arrêta et essuya ses larmes du revers de sa manche.  

Il prit un moment pour reprendre ses esprits toujours noyé dans ses angoisses et constata quelques choses de curieux.  

 

Sans chercher à aller nulle part, il c’était rendu ici.  


Au lycée de Hawkins.  


Et ce qui le frappa immédiatement, c’est qu’il ne semblait pas être le seul à avoir eu cette idée.  

De part et d’autres de la rue, Mike aperçu à tour de rôle, Jonathan, Nancy et Robin qui saluait au loin Steeve, Dustin, Lucas et Max.  

 

-Hey gamin ? Qu’est ce qui se passe ici ? 

L’interpella la voie de Jim Hopper qui se tenait non loin de lui accompagner de Will et Joyce Byers.

 

-Non, je comprends rien mais j’crois vraiment qui a un truc qui cloche, je sais pas comment l’expliquer... 

- Comme si on avait oublié quelques choses… 

Ajouta Hopper. 


-Et qu’on n'arrivait pas à se rappeler quoi. 

Surenchéris Joyce. 


Ils échangèrent des regards incertains, maintenant ils savaient qu’ils ressentaient tous la même chose mais aucuns d’eux ne semblait parvenir à percer le mystère qui planait au tour d’eux.  

La bande se regroupa devant le lycée et si personne ne pouvait expliquer ce qui se passait tous en connaissait pourtant la cause.  

Vecna.  


Ce pouvait-il qu’il ait survécu ?  


Joyce rappela avec fermeté qu’elle avait elle-même mit fin à ses jours d’une manière que personne ne pouvait oublier.  

Will quant à lui affirma ne plus sentir sa présence mais Lucas lui rappela qu’il avait déjà appris à ses dépens que Vecna savait se faire oublier. 

-Et y’a Billy aussi…  

Max s’interrompu.  


Elle ignorait pourquoi elle ressentait de la culpabilité à penser ce qu’elle s’apprêtait à dire.  

  • Vous allez vous dire que je suis devenue folle… c’est bizarre… mais… Billy… j’ai l’impression qu’il ne devrait pas être là… j’sais pas pourquoi… mais… Ça vous parait pas étrange à vous ? C'est comme si il était partit... et revenu… mais j’ai vraiment cette impression bizarre … qu’il ne devrait pas être là… 

Elle tenta d’essuyer une larme mais un torrent se déversa subitement de ses grands yeux verts.  

Lucas l’étreignis et tenta de la rassurer, tandis que le reste du groupe les regardaient à présent inquiet.  

 

-ANDERSON 


Hurla une voie devant le lycée. 

 

Dustin leva la tête et aperçu Eddy les bras ouverts qui marchait dans sa direction.  

-Ed...Eddy…

  

La voix de Dustin trembla à peine son regarde se posa sur Eddy, sa disparition encore fraiche si bien dans l’esprit que dans le cœur du jeune homme.  


Il fondit en larmes ce qui fit reculer Eddy d’un pas avant qu’ils n’accélèrent le pas pour les rejoindre.  


- Woooaw mec… Qu’est ce qui t’arrive ? T’es sérieux? J’te fais cet effet là? 

- Eddy…. Eddy …  

Se lamentait encore le pauvre Dustin qui demeurait inconsolable, il s’écroula sous le poids de son chagrin tandis que les autres au tour de lui contemplait la scène sans voix.  


- Hé mec… y’a un truc qui va pas ?

  

Demanda Eddy avec toute la bien vaillance qui le caractérisait.  

Il se pencha sur Dustin et lui tendit une main amicale pour l’aider à se relever.  

Dustin attrapa fermement sa main et il l’a serra comme on serre la main d’un ami qu’on sait ne jamais revoir. 

Il lui adressa un regard profondément triste et d’une voix tremblante il répondit. 

 

-Ouai mec… Y’a un truc qui va pas… T’es morts mec… et plus rien n’est allé…

 

Eddy regardait toujours Dustin comme s’il cherchait à comprendre les mots qu’il venait de prononcé mais rapidement il lui adressa un sourire. 

Un des sourire dont Eddy avait le secret et qu’il savait souvent plus parlant que de grands discours.  

Un courant d’air s’éleva et s’engouffra doucement dans le cercle imparfait formé par la bande emportant avec lui l’image d’Eddy qui sembla doucement s’évaporer dans le décor.

 

-Billy aussi pas vrai ? Lui aussi il devrait pas être ici… Il devrait pas être ici parce qu’il est mort…

 

Max compris ce qui n’étais pas à sa place dans ce monde à son tour. 


Les disparus dont ils avaient dû faire le deuil marchaient de nouveau parmi eux comme si aucun d’eux ne s’était jamais éteins. 


-Mon père ? Vous croyez que lui aussi il est… enfin j’veux dire… quelqu’un s’en souviens ?  

Mike se rappela l’étrange malaise qu’il avait ressenti lorsque son père l’avait appelé a table la veuille juste avant le soulagement que la vue de son père avait provoqué chez lui.  

Nancy elle aussi avait éprouvé la même sensation mais alors qu’elle s’apprêtait à son tour à partager son ressentis une vision vint l’interrompre. 

 

-Barbara...  

Murmura-t-elle, les yeux rivés sur un coins de la bâtisse.  


Tous adressèrent un regard au point qu’elle semblait fixer et tous la virent entrer dans le lycée.  

Barbara Holland, elle qui de son vivant avait été la meilleure amie de Nancy Wheeler.  

Elle qui avait été tragiquement arraché à ses proches par une des abominations contrôlées par Vecna.  

Elle qui s’était éteinte seule dans les couloirs froids des galeries souterraine du monde à l’envers foulait elle aussi de nouveaux les pavés d’Hawkins. 


-Bon j’crois qu’on en a assez vu... On bouge ! Pas besoins de vous donner l’adresse du rancart... vous savez ou on se retrouve ! 


La bande se divisa en trois groupes, tous montèrent dans les véhicules qui les attendaient plus loin. 

Sur le chemin qui les séparaient de la cabane de Hopper tous restèrent silencieux.  

Ils avaient réellement cru en finir avec le monde à l’envers mais à présent tout ce qu’ils croyaient savoir semblait être remis en question.

 

Dustin peinait à reprendre ses esprits encore torturé par la vision d’Eddy se tenant devant lui.  

Cette douleur il la connaissait bien. 

Il l’avait longtemps porté.  

Elle était née de ses entrailles alors qu’il tenait Eddy dans ses bras.  

Ce jour maudit ou en héro, il avait laissé s’échapper son dernier souffle de vie, l’obscurité c’était emparée de lui pourtant ses yeux demeuraient grand ouvert. 

Cette image avait hanté Dustin Anderson si bien qu’il n’avait pu contempler le visage d’Eddy sans qu’une vague de souvenir mêlée d’émotion ne déborde en lui.  

C’était le cri d’un cœur désespéré qui avait fait échos à ce souvenir d’Eddy et ce cri avait été si perçant qu’il les avait tous libéré de la malédiction. 


Tous restèrent silencieux et sans en avoir conscience chacun d’entre eux espérait être à présent libéré.   

Ils leurs fallait comprendre et pour ça, ils devaient pouvoir se souvenir. 



Holly Wheeler assise en salle de classe attendait impatiemment l’arrivée du nouveau professeur.  

Elle avait toujours aimé les rentrées scolaires mais c’elle ci était certainement de loin sa préférée.  

Cette fois, elle commençait l’année bien entourée ce qui n’avait pas toujours été le cas.  

L’incroyable histoire qu’ils avaient vécue ensemble avait tissé entre Holly et les autres enfants choisit par Henri des liens solide. 

Depuis cet événement il était rare de les croiser les us sans les autres comme cela avait été le cas pour Mike son frère ainé et ses inséparables copains. 


La porte de la classe s’ouvrit et avec elle les bavardages cessèrent.  

Un grand homme mince et élancé entra dans la pièce qu’il traversa sans même adresser un regard aux élèves assis à leurs places.  

L’homme s’arrêta devant le bureau du professeur, déposa son cartable au pied et tout en retirant son chapeau qu’il vint déposer sur le bureau il sourit.  

Son sourire illumina son visage, ses grand yeux bleu aimable observant les visages curieux qui l’observait eux aussi.  

Il poussa un lege soupire amusé puis se présenta. 


-Bonjour, je suis Monsieur Creel et je serais votre professeur principal ainsi que votre professeur d’Histoire cette année. 

Il demanda aux élèves de remplir leurs feuilles de renseignement. 

Tous s’appliquèrent à le faire, seuls les quelques enfants dont Holly Wheeler faisait partie le fixait encore comme absorbé.  

Son visage leurs semblait à tous familier pourtant aucun d’entre eux ne se souvenait de l’endroit où il l’avait vue au paravent. 

Il y’avait quelques choses de profondément malaisant chez ce professeur. 


Holly regarda à tour de rôle Derek puis Mary et remarqua immédiatement qu’eux aussi semblait intrigué par ce nouvel enseignant.  

-  Il a l’air bizarre vous trouvez pas ? 

-Sa tête me dit quelque chose mais j’arrive pas a me souvenir d’où je l’ai vue! 


Lui répondit Derek, Mary quant à elle se contenta de baisser les yeux sur sa feuille, tout son corps semblait crispé. 

Elle était terrorisée mais comme les autres, elle ignorait pourquoi pourtant elle ne pouvait s’empêcher d’éprouver cette peur qui la paralysait subitement. 

Holly posa doucement sa main sur son épaule.  

Mary se redressa légèrement puis expira longuement comme pour se défaire d’un poids.

  

L’heure s’acheva et la sonnerie de fin de cours retentis.  

Un son assourdissant de cloches s’échappait des haut-parleur.  

Le bruit semblable au tintement d’une vieille horloge resonnait à tout rompre dans les couloirs du lycée.  

Les trois amis s’échangèrent des regards inquiets mais rapidement ils constatèrent que leurs camarades au tour d’eux ne semblaient pas y prêter attention. 

 

Rapidement ils réunir leurs affaires et alors qu’il s’apprêtaient à quitter la classe le professeur interpela Holly.  

-Au revoir, Mademoiselle Wheeler à demain.  

-Au revoir, Monsieur Creel. 


Un frisson remonta doucement le long de sa colonne vertébrale comme si son corps lui envoyait un signe. 

Une sorte d’inexplicable reflex de survie qui lui hurlait intérieurement de s’enfuir. 

Maintenant. 

-Il faut qu’on trouve Nancy ou Mike. 

Tous avaient l’étrange impression d’avoir déjà rencontré ce monsieur Creel. 

Ce n’était pas l’oubli qui les troublait le plus. 

C’était cette certitude muette. 

Profondément ancrée. 

Que ce sourire n’était qu’un masque.  

Holly n’attendit pas qu’on lui pose la question. 


-On ne rentre pas chez nous ! 


Dit-elle à voix basse. 

Derek hocha la tête aussitôt, comme si la réponse s’était imposée à lui avant même qu’elle ne parle. 


-Chez moi. Ma mère n’est pas là. Il y’a le téléphone. 

Marie releva enfin les yeux. 

Elle ne demanda pas pourquoi. 

Elle savait. 

A Hawkins, quand quelque chose d’anormal surgissait, il y avait toujours un moment précis où l’on comprenait que ça ne concernait plus seulement un professeur, une salle de classe ou une peur passagère. 


Et ce moment venait d’arriver. 

L’instant d’après.  

Quelqu’un, quelque part venait d’ouvrir les yeux. 

 

 

 

 

 

 

Onze ouvrit les yeux. 

La lumière blanche au plafond l’aveuglait pour elle n’eut pas besoin de voir pour savoir où elle se trouvait. 


L’odeur la frappa avant tout le reste.  

Métallique. 

Chargée. 

Un mélange de désinfectant, d’ozone et de quelque chose de plus lourd, plus sombre. 

Une odeur de laboratoire... et de mort. 

Hawkins. 


La salle commune. 

Son cœur se serra avant même que son esprit n’essaie de comprendre.  

Les néons, leurs bourdonnement sourd. 

Le sol froid sous la paume. 

Tout lui était familier, trop familier.  

Son corps reconnaissait l’endroit comme on reconnait une cage déjà fermée. 

Mais sa mémoire, elle, refusait de suivre. 

Elle ne savait pas comment elle était arrivée là. 


Le dernier souvenir clair s’imposa à elle comme une image figée : le van. 

Mike, les autres autour d’elle. 

Le moteur, la route puis après elle, le portail du monde à l’envers. 

La sensation d’accomplissement, de joie. 

 

Puis… rien. 


Pour elle, pas d’explosion, pas de sacrifice.  

Pas d’échappée belle non plus.  


Il n’y avait ni paix ni cascade ici. 


Seulement les murs froids d’une prison qu’elle ne connaissait que trop. 


Elle avait non seulement reconnu l’endroit mais aussi le moment où elle s’y trouvait.  

Le décore rappelait celui de ses pires cauchemars. 

Les corps de ses anciens camarade jonchés le sol.  

Leurs visages ensanglantés marqué d’une affreuse grimace morbide. 

C’était le jour ou Henry les avaient massacrés. 

Cette pensé lui traversa l’esprit et la seconde d’après il était là. 


Face à elle.

 

Le premier de la fratrie.  


Henry. 

Où peut être Vecna. 


Une vague de colère monta rapidement elle. 

Elle pouvait sentir sa puissance se décupler sous son effet.  

Cette vague de rage la submergea entièrement.  

Emportant dans son esprit le moindre fragment de raison. 

Ses yeux, devenus noir ne voyait plus ni les corps ni les lumières vacillantes de la pièce. 

Non, à présent il n’y avait plus que lui. 


Henry.  


Les odeurs elles aussi avaient disparus.  

Désormais, l’atmosphère était électrique.  

Une électricité qui émanait abondamment de tout son être.  

Tandis que devant elle, son adversaire demeurait immobile, imperturbable et silencieux.  

Elle n’attendit pas une seconde de plus.

  

Onze tendit le bras.  

Main ouverte.  

Comme elle avait l’habitude de le faire lorsqu’elle utilisait ses pouvoir.  

Elle saisit fermement Henry à distance. 

 

Il n’opposa pas la moindre résistance mais Elfe ne le remarqua même pas.  

Aveuglée par la haine qu’elle ressentait.  

Une seule pensé occupait son esprit. 

“Je dois en finir”. 

 


Le vent s’engouffra doucement entre les arbres, soulevant leurs feuilles dans un bruit naturel si fin qui s’engouffrait à peine au travers des murs de la cabane de Jim Hopper. 

La maison était bien trop silencieuse pour contenir autant de questions. 

Personne ne parlait. 


Ils étaient là, éparpillés dans le salon, certains encore debout, d’autres assis les jambes scier. 

Comme si personne ne parvenait à trouver sa place dans ce qui était en train de se passer.

 

-Bon... de quoi est ce qu’on est sure ? 

Lança Mike pour remotiver les troupes. 


Tous l’observèrent un moment.  

Il essayèrent de dresser la liste. 

Pas longtemps. 

Eddy était mort. 

Billy aussi.  


Quelques chose à Hawkins avait changé… 

Où peut- être était ce eux qui étaient différents. 

Le reste demeurait flou. 


Dix-huit mois. 

C’était le temps qu’ils avaient passé à essayer d’avancer, à continuer de vire, à tenter de se reconstruire dans un endroit qu’il croyait être redevenu sure. 

Pourtant, rien à quoi se raccrocher. 


Comme si ces dix-huit derniers mois n’avaient pas été réellement vécu. 

- Ok, Votre copain Eddy est mort et le frère de Max aussi mais appart ça… appart ça on sait kedal! C’est vrai… écoutez… de quoi vous vous souvenez dans ces derniers dix-huit mois ?  

Voyons, la remise des diplômes tout ça...on s’en souvient tous c’est le reste qui coince et j’crois que ça coince parce que rien de tout ça n’est arrivé…  

Vous deux, les tourtereaux, vous venez de prendre un appartement je crois… vous l’avez visité ? Est-ce l’un de vous sauriez nous dire à quel étage il se situe ? Le nom de la rue ?  

Vous, les Wheeler, j’veux pas vous inquiétez mais est ce que l’un de vous se souviens du jour ou votre père est sorti de l’hôpital ? Parce que moi non et pourtant je ne me souviens pas non plus avoir assister à son enterrement ! 


Ce pavé lancé par Hopper dans cette marre de confusion dissipa brièvement la brumes qui avait envahi les esprits.  

Max et Lucas ne cesserait de s’interrogé du regard, chacun comprenait ce que l’autre attendait de lui mais aucuns ne parvenait à se rappeler le moindre détail de ce premier nid d’amour.  


Dustin réalisa à son tour que s'il visualisait clairement la bibliothèque de la fac dans la quel il allait, il était incapable de décrire l’établissement.  

Ni l’entrée, ni les couloirs, ni le réfectoire...et ni même la chambre ou il dormait. 


Il en fut de même pour Will. 


Et pour Jonathan.  


Pour Nancy qui n’osait plus regarder Mike de peur de ce qu’elle pourrait lire dans au travers d’un regard. 

 

Pour Steeve. 


Pour Robin. 


Mais aussi pour Joyce qui voyait cette nouvelle vie idyllique au pré de Hopper ne devenir rien d’autre qu’une illusion.  

 

  Alors que tous s’épuisaient à vouloir se souvenir, Mike avait déjà compris que la mémoire ne les sauverait pas ; s’ils voulaient que tout cela s’arrête, il leur fallait trouver une issue. 

Hawkins n’était peut-être qu’un décor, et ce décor avait forcément une sortie. 

Une sortie qui débouchait sur un espoir.  

Onze.  

 

-Non, attendez. On réfléchit mal. La question c’est pas pourquoi on se souvient de rien...Si ici c’est pas la réalité… Qu’il y ait une raison ou pas, ça change rien… On est coincés… Et on doit trouer comment sortir...Parce que si tout ce dont on se souvient est faux… Alors elfe est peut-être encore là… quelque part…  

- Une sortie… Mais oui ! Vous ne comprenez pas ? Si Mike a raison… Il doit y’avoir une brèche ! C’est toujours par là qu’on est entré et sortie du monde à l’envers… Si on est coincé… C’est ce qu’on doit trouver… Y’en a forcément une… 


Le regard de Dustin avait retrouvé son éclaire de géni.  

Ils n’avaient plus besoin de parler pour se mettre d’accord.  

Les pièces du puzzle s’étaient enfin alignées.  


Si des failles existaient encore elles laisseraient forcément des traces. 

Ils se répartirent les zones, chacun chargé d’inspecter les endroits où le monde s’était fissuré. 

Les plus pragmatiques partirent chercher du matériel. 

Ils savaient maintenant par habitude qu’ils allaient leur falloir des lampes, des armes mais surtout leurs Talkie Walkies. 

Afin de garder un contact.  

Afin de ne pas avancer à l’aveugle.  

Afin de pouvoir appeler à l’aide.  


Pendant qu’ils s’affairaient, convaincus qu’il restait peut-être une chance, qu’Onze respirait encore, elle se battait déjà… 

Quelques part, dans l’ombre d’un mauvais souvenir elle combattait depuis des heures ce qui aurait dû les attendre. 


Son visage été marqué par la fatigue.  


Il y’avait maintenant long temps que cette bataille avait débuté.  

Et depuis longtemps déjà elle aurait dû s’achever.  


Comme à l’origine, Elfe saisissait Henry et le plaquait fermement contre le mur. 

Comme à l’origine, elle sentait ses forces se décupler sous l’effet de la colère qu’elle éprouvait.  

Comme à l’origine, cette puissance jaillissait subitement du torse d’Henry sous la forme d’une vive lumière blanche qui consumait rapidement tout son être.  

Emportant des lambeaux de lui au fur et à mesure qu’elle grandissait à la manière d’un millier de livres dévorés par les flammes. 

Puis, comme à l’origine, Henry disparaissait ne laissant derrière lui que cette gigantesque brèche orangée. 


Pourtant en un battement de cil.  


L’instant d’après.  


La brèche avait disparue. 


Le mur était intact. 

 

Et Henry se tenait là, devant elle à nouveau. 

 

 Epuisée, Onze tomba à genoux sur le sol. 

Elle redressa la tête et constata alors quelque chose d’étrange. 

 

Si les autres fois, au cours de chacun de ses attaques Henry l’avait attaqué directement, cette fois –ci semblait différente.  

Se regard perçant de colère qu’elle sentait braqué sur elle semblait absent.  


Perdu soudainement dans le vide.  

Son bras toujours tendu mais à présent inoffensif.  


Onze se releva et s’approcha doucement de lui méfiante.  


Henry ne fit pas le moindre mouvement.  


Et tandis qu’elle n’attaquait même pas il fut tout de même projeté contre le mur. 

La boucle se répétait encore sans qu’elle n’est besoin d’y prendre part.  


La brèche naquit d’elle-même des entrailles de Henry et à cet instant précis, il tourna la tête vers elle qui se tenait toujours près de lui.  

Essayant de comprendre.  


Son visage était calme et son regard était à présent très doux.  


Cela ne s’était jamais produit et Elfe le savait.  


Cette étrange manifestation lui ôta tout doute. 

 

La brèche apparut, orange.  


Sans aucune hésitation Onze s’engouffra au travers. 

Cette fois n’était pas comme les autres.  

Cette faille était différente. 



 

Mike entra au pas de course dans la maison familiale Wheeler.  


Il savait pourquoi il était là et ne perdit pas une seule seconde en s’éparpillant.  

Il fonça droit vers le sous-sol ou il savait que se trouvait tout ce dont il avait besoin.  

Le problème c’est qu’il n’était plus sûre de savoir ou exactement.  

Rapidement il réussit à réunir lampe et boussole pourtant le talkie-walkie restait introuvable.  

Nerveusement il fouilla un peu partout dans le désordre environnant du sous-sol ou la buanderie devait cohabiter avec la salle de jeux des enfants.  

Tandis qu’il retournait une caisse de vieux jouet qu’il souhaitait garder un grésillement familier attira son attention. 

 

C’était le talkie, celui-là même qu’il ventait de trouver. 

“Mike” 

La vois avait été faible, déformée, mais il l’aurait reconnue entre mile.  

Quand il trouva enfin le talkie, il se figea.  


l’appareil était éteint. 

 

Il resta un instant immobile, le talkie dans la main, incapable de rationaliser ce qu’il venait d’entendre.  

Il n’avait pas imaginé ce son. 

C’était lui qui l’avait mené jusque-là. 


-Mike ? 

Holly se tenait derrière lui. 

Elle avait le regard inquiet.  


-Il se passe un truc bizarre.  

Il se retourna vers elle, sans vraiment la regarder.  

-On sait. 

Répondit-il.  


Ils commencèrent à remonter vers l’étage, Mike essayant déjà de mettre de l’ordre dans ce qu’ils venaient de comprendre, dans ce qu’ils allaient devoir faire ensuite. 

-Voilà le plan…  

Il n’eut pas le temps de finir.  


-Holly ? 

La voix de Ted Wheeler les stoppa net. 


Il venait d’entrer dans la maison et fixait sa fille, visiblement perplexe.  

-Tu n’es pas censée être à l’école ?  


Mike sentit son corps se tendre.  

il leva les yeux… et croisa le regard de Nancy. 

Elle se tenait juste derrière leur père. 

Elle venait d’arriver. 

Elle comprit immédiatement. 


Elle secoua la tête lentement.  

Non. 


Aucun mot ne fut échangé, mais tout était là. 


Ce n’était pas le moment. 

Ils ne savaient même pas s’il était vraiment censé être là. 


Vivant. 

Epargné.  


Ou juste… encore debout. 

Mike baissa les yeux. 

Il serra la mâchoire. 

Tout en lui criait de dire quelque chose, de poser une question, de briser ce silence absurde. 

Mais il comprit. 

Alors il s’avança. 

Et il prit son père dans ses bras. 


Ted sursauta, surpris, sans comprendre.  

Nancy s’approcha à son tour et l’enlaça dans le dos, presque en même temps.  


Holly se glissa entre eux, serrant fort. 

Trois enfants, accrochés à un père qui ne savait pas pourquoi. 


Personne ne parla. 

Puis ils se détachèrent, doucement. 


Et ils partirent. 


Ensemble.  

Ted resta là, immobile, le regard perdu, incapable de saisir ce qui venait de se passer. 


-Qu’est-ce qui leur prend… 

Mais déjà ils n’étaient plus là. 

Le lycée de Hawkins se dressait devant eux, immobile, presque rassurant. 


Holly s’arrêta devant lui. 

-Avant les failles… Il faut que vous voyiez quelque chose… 

Mike fronça les sourcils. 


-Quoi, quelque chose ?  


Holly hésita.  

Chercha ses mots. 

-Ce n’est pas un endroit… C’est… comme une sensation. 

Marie et Derek échangèrent un regard. 


-On a ressenti la même chose… 

Ajouta Marie. 

-Comme un malaise… 

Dit Derek, sans raison précise. 


-Exactement ! Et tout ça tourne autour d’un prof... 

Un silence s’installa. 

-Un prof ? 

Répéta Steeve, sceptique.  


-Je sais que ça parait idiot… Et j’sais pas comment l’expliquer… Mais quand je le vois… j’ai l’impression que quelque chose cloche… comme si… 

Elle s’interrompit brusquement. 


Son regard venait de se figer. 

-Il est là. 

Tous se retournèrent. 


Un homme sortait du bâtiment, un cartable sous le bras, discutant brièvement avec un collègue avant de descendre les marches. 

Rien d’anormal. 

Sourire poli. 

Démarche calme. 

-C’est lui, murmura Holly. 

Le groupe l’observa. 


Et pendant une fraction de seconde, personne ne comprit pourquoi ce visage leur paraissait si familier.  

Puis Will inspira brusquement. 

Comme si l’air venait de lui manquer. 

Sa main droit plaquée fermement contre sa nuque. 

Comme un reflex refaisant surface en même temps que sa mémoire.  

-Non... 

Mike se tourna vers lui. 

-Will ? 

Will ne quittait pas le home des yeux. 

Son autre main tremblait. 

-C’est lui. 

-Qui lui ? 

Demanda Lucas. 


Will avala difficilement sa salive. 


-C’est Henry. 


Le nom claque dans l’air.  

Il fut comme une décharge. 

Mike sentit un frisson violent lui parcourir l’échine. 

Des images confuses, floues, mais chargées de peur, remontèrent sans prévenir. 

-Attends... 

Dit Nancy, la voix soudain plus basse. 

Dustin cligna des yeux, figé.  

-Putain... 

-Oui...C’est lui… 

Murmura Max. 


Ils le regardèrent maintenant autrement. 

Le même homme, toujours aussi banal, qui rangeait tranquillement ses affaires dans sa voiture, comme si le monde n’était pas en train de se fissurer en partie par sa faute. 


Robin s’interrogeât.  

-Comment il peut être là ? Comme ça ?  

-Comme si rien ne s’était passé…  

Ajouta Lucas. 


Le silence qui suivit fut lourd. 

-Ça veut dire une chose… Les failles… les failles sont ouvertes… 

Tous se tournèrent vers lui. 

Will hocha la tête.  

 - Ou en train de s’ouvrir. 


Mike serra les poings. 


-Alors on n’a plus le choix. 

-Les failles, maintenant ! 

Dit Nancy. 


Personne ne discuta. 

Parce qu’ils venaient tous de comprendre que le temps ne s’accélérait pas. 


Il les avait rattrapés. 

Ils se dispersèrent rapidement. 

Chacun devant se rendre dans un lieu bien précis. 

Ou chacun savait ce qu’il venait trouver. 

Et ce à quoi ils devaient s’attendre. 



 


La cave était froide. 

Pas seulement à cause de l’air, mais à cause de ce qu’elle retenait.  

Les murs transpiraient une humidité ancienne, chargée de souvenirs qui ne lui appartenaient pas.  

Onze se redressa lentement, les muscles encore tendus, le cœur battant trop fort pour un espace aussi étroit.  

Elle n’avait jamais vu cette cave auparavant.  

Et pourtant, son corps savait. 

Au-dessus d’elle, une musique filtrait à travers le bois.  

Etouffée, déformée, presque noyée, mais immédiatement reconnaissable.  

Elle s’immobilisa. 

Cette mélodie, elle la connaissait, pas comme on connait une chanson entendue par hasard, mais comme on reconnait une pensée déjà traversée.  

Elle l’avait entendue avant, lorsqu’elle avait visité cet endroit par la pensée, bien avant d’y entrer réellement. 

La porte de la cave était ouverte. 


Alors elle comprit.  

La maison des Creel. 

La cave de Henry. 

Elle monta les marches sans bruit, chaque pas mesuré, chaque respiration retenue.  

Le rez-de-chaussée s’ouvrait devant elle, étrangement calme. 

Les meubles étaient là, intacts, figés dans une attente silencieuse.  

Une maison Habitée par l’absence.  

Pas une âme.  

Et pourtant quelque chose semblait l’observer. 

Le plancher craqua à l’étage.  


Un son sec, précis, impossible à ignorer. 

Onze leva la tête. 

Son corps se tendit aussitôt.  

Elle connaissait cette situation. 

Elle avait déjà monté des escalier semblables, poursuivant celui qu’elle tentait encore de débusquer aujourd’hui. 

Henry. 

Elle progressa à l’étage avec précaution, longeant les murs, l’esprit fermé, prête.  

La musique devenait plus nette à mesure qu’elle avançait, insistante, presque intime.  

Chaque porte représentait une menace possible.  

Chaque ombre pouvait dissimuler quelque chose. 

Un bruit derrière une porte.  


Elle s’arrêta.  


Elle le sentit immédiatement.  

Il était là. 

Elle n’eut pas besoin de réfléchir.  

Son corps réagit avant elle. 

Elle se plaça sur le côté, rassemble ce qui lui restait de sang-froid, puis ouvrit brusquement la porte et bondit. 

Elle s’arrêta net.  

Ce n’était pas le Henry qu’elle attendait.  


C’était un enfant. 

Trop petit.  

Trop maigre.  

Les épaules rentrées comme s’il cherchait à disparaitre dans son propre corps. 

Son regard était braqué sur elle, accroché par une peur brute, presque douloureuse à regarder. 

Pendant une fraction de seconde, Onze hésita.  

Puis le dote s’imposa.  

Henry savait faire ça.  

Il savait mentir.  

Tromper.  

Se glisser dans les failles. 

Se montrer sous des formes qui désarmaient, qui faisaient baisser la garde.  

Cette apparence pouvait n’être qu’une illusion. 

Un piège. 

Elle ne relâcha pas sa posture.  


Au contraire. 

Elle avança d’un pas, lente, menaçante, prête à frapper au moindre signe.  

L’expression dans ses yeux se durcit.  

-Tu crois que tu vas m’avoir comme ça ?  

L’enfant face à elle, ne bougea pas. 

Ses lèvre tremblèrent légèrement.  

Il la fixait sans comprendre, comme si les mots ne faisaient aucun sens. 

-Tu crois que prendre cette apparence va me faire hésiter mais... Je sais qui tu es. 

Elle sentit une tension monter en elle, prête à éclater.  

Une partie d’elle attendait une réaction.  

Un sourire.  

Un éclat de malice.  

Quelque chose... 

N’importe quoi qui trahirait Henry.  


Mais il n’y eut rien. 


Juste la peur. 

-C’est toi, Henry, non ? 

Dit-elle enfin. 


L’enfant hocha la tête, presque imperceptiblement. 

-Oui... c’est moi. 


Sa voix était faible. 

Mal assurée.  

Pas celle d’un manipulateur.  

Pas celle de quelqu’un qui jouait un rôle.  

Il avait l’air sincère.  

Peut-être trop sincère. 


Onze fronça les sourcils. 

-Tu sais qui je suis ?  

Il secoua la tête, les yeux toujours rivés sur elle. 


-Non. 

Un silence lourd tomba entre eux.  

Elle le scruta, cherchant la moindre fissure, le moindre signe de duplicité.  

Mais plus elle le regardait, plus quelque chose clochait.  

Il ne comprenait pas ce qu’elle disait.  

Pas vraiment.  

Il répondait, oui, mais sans saisir l’enjeu, sans percevoir la menace réelle.  

Et c’est là que ça la frappa. 

Ce n’était pas un jeu.  


Ce n’était pas un piège.  


C’était Henry.  

Mais pas celui qu’elle connaissait... 

Henry avant. 


Avant qu’il sache. 

Avant qu’ils ne se rencontrent.  

Avant qu’il comprenne ce qu’il était.  

Avant que quelque chose en lui ne s’ouvre et le transforme.  

Il n’avait pas conscience de ce qu’il deviendrait.  

Pas encore.  

Onze sentis sa certitude vaciller.  

Elle se ravisa, sans pour autant baisser complétement sa garde.  

Elle n’était pas prête à agir.  

Pas encore.  

Elle devait être sûre. 

Absolument sûre.  

Onze resta immobile un instant, encore suspendue à ce qu’elle venait de comprendre.  

Son esprit cherchait à se réorganiser, à reprendre prise sur la situation, mais ses certitudes s’étaient effondrées trop vite.  

Elle était face à quelque chose qu’elle n’aurait pas dû voir.  

La voix de l’enfant la tira de ses pensées.  


-Est-ce que… est-ce que vous êtes là pour la caverne ?  

-Comment ça ?  

Il hésita, baissa légèrement les yeux, puis releva son visage innocent vers elle, comme s’il craignait de dire quelque chose de mal. 

-Enfin... La grotte. Je veux dire… est- ce que vous êtes là pour ça ? 

Un malaise diffus se glissa dans sa poitrine.  


-De quoi tu parles?  

Demanda Onze, plus sèchement qu’elle ne l’aurait voulu. 

Il haussa les épaules, maladroitement. 


-L’autre fille. 

Elle se figea.  


-Quelle autre fille ? 

Il fronça les sourcils, cherchant ses mots. 

-Je sais pas… Je ne connais pas son nom… Mais elle est déjà venue. Elle m’a dit que je ne devais pas sortir d’ici. 

Un silence s’installa. 


-Pourquoi ? 

Demanda Onze. 

Il avala sa salive.  


-Parce que si je sors… Il va se passer des choses horribles. 

Ses doigts se crispèrent légèrement sur le tissu de son pull, comme s’il s’accrochait à cette idée pour ne pas trembler. 

-Elle a dit que si je sors, j’irais dans la caverne… Dans la grotte… Et que là-bas… Il se passerait quelque chose… Qui ferait du mal. A tout le monde. 

Onze sentit un frisson lui parcourir l’échine. 


-Qu’est-ce que tu veux, “ça ferait du mal” ? 

Il secoua la tête. 


-Je sais pas exactement… Mais elle avait l’air de savoir… Elle m’a dit que c’était important. Que je devais rester ici. Toujours. Que si je sortais, ce serait ma faute. 

Il leva les yeux vers elle, inquiet.  

-Alors je reste. Je ne sors pas.  

Onze le regarda, incapable de répondre tout de suite.  

Ce n’était pas une imagination d’enfant.  

ce n’était pas un mensonge.  

Il répétait des mots qu’on avait planté dans son esprit, comme une consigne, comme une règle vitale. 

-Cette fille… Elle vient souvent ?  

Demanda doucement Onze.  

Il hocha la tête.  

-Parfois... Pas tout le temps…. Elle ne vient pas souvent me voir... Mais je l’ai aperçu plusieurs fois dehors par la fenêtre… Je crois qu’elle va dans la caverne… c’elle ou je n’ai pas le droit d’aller… 

Onze sentit la pièce se refermer autour d’elle.  


Henry ne sortait pas. 

Pas parce qu’il avait peur de lui-même.  

Mais parce que quelqu’un l’avait convaincu que le monde, dehors, ne survivrait pas à son pas.  

Et pour la première fois, elle comprit que ce qu’elle voyait n’était pas seulement un souvenir figé... 

Mais une prison soigneusement construite autour d’un enfant qui n’avait encore rien fait. 

Quelqu’un avait parlé à Henry avant elle. 


Et ce quelqu’un avait déjà choisi la peur.  

Les certitudes qu’elles cherchait venait de changer de forme dans son esprit.  

Car si elle ignorait toujours la raison de sa présence ici, elle savait à présent qu’elle y trouverai pourtant des réponses.  

Un millier de questions se bousculèrent dans sa tête mais seulement quelques-unes lui semblèrent prioritaire sur le reste.  

Qui était cette fille qui était venu rendre visite à Henry.  

Un nom résonna dans sa tête, pourtant elle refusa d’y croire.  

Puis à son tour l’idée qu’on avait caché quelque chose dans cette grotte s’imposa.  

Quelque chose qu’elle devait voir.  

Qu’elle devait découvrir.  

Et pour ça…  

Elle devait convaincre Henry d’accepter de sortir.  

Elle devait le convaincre de l’accompagner jusqu’à cette grotte.  

Jusqu’à cette caverne.  

Quoi qu’il en coute.  

Quoi qu’il se passe. 

C’était peut-être ça, la véritable raison de sa présence ici.  

Quelqu’un avait ouvert la porte d’une prison.  

C’elle de Henry.  

Peut-être devait-elle finalement l’en faire sortir. 

Mais une question demeurait et la hantait profondément.  

Qui s’apprêtait elle à libérer.  

Car, si un jour Henry avait été ce garçon apeuré.  

Aujourd’hui il ne l’était plus.  

Aujourd’hui Henry était un monstre. 

Un monstre qui commandait d’autres monstres tous aussi terrible. 

 

 




 

 Ils s’étaient dispersés depuis plusieurs minutes déjà.  

Chacun de leur côté, lampe ou talkie en main, ils inspectaient roche, la terre, les plafonds, le bitumes des murs, cherchant cette sensation familière. 

La faille, l’erreur dans le réel. 

Hopper grattait la pierre du poing, Joyce longeait les murs en murmurant des hypothèses à mi-voix, Dustin commentait tout ce qu’il voyait, trop vite, trop fort. 

Robin observait en silence, attentive aux détails, Steeve pas loin, plus nerveux qu’il ne voulait l’admettre. 

-Ici c’est rien… juste une fissure ! 

Annonça Jonathan dans le talkie. 

-Pareil de mon côté, une petite craquelure à peine visible ! 

Répondit Robin. 


-Même chose ici… 

Confirma Nancy.  

Les réponses se succédaient, toutes semblables.  

Des fissures fines, discrète, presque timides. 

Rien qui ne ressemble à une véritable brèche.  

Dans la zone de la grotte, pourtant, Max s’était arrêtée net. 

-Attendez...C’est pas pareil ici…  

Souffla t-elle.  


Will et Lucas s’étaient approchés.  

Là où la terre aurait dû être ouverte, vivante, rongée par une faille, il n’y avait qu’une croûte grisâtre, compacte, irrégulière.  

Comme une cicatrice mal refermée. 

La surface semblait dure, presque brulée, comme si y avait posé un fer chaud.  

-On dirait que ça a guéri… 

Murmura Lucas.  


-Je dirais plutôt cicatrisé…  

Ajouta Max, mal à l’aise. 

Dans le talkie, la voix de Dustin grésilla.  


-Nous, c’est vraiment juste une fissure. Fine. Rien de… Dégueu. 

Un silence suivit. 


-Ici, ce n’est pas une fissure… c’est autre chose… comme une croute… 

Sans vraiment y réfléchir, attiré par une impulsion familière et dangereuse, Will posa sa main sur la surface froide.  

La douleur fut immédiate.  


Un éclair brutal lui traversa la nuque, violent, brulant, comme un crochet ardent planté sous la peau.  

Sa respiration se coupa. 

Les images explosèrent dans son esprit, trop rapides, trop proches.  

Onze. 

Henry. 

Ils étaient là, prisonniers d’un mur vivant.  

Le même qui l’avait entravé lui aussi autrefois. 

Emmêlés dans la même masse de tentacules. 

Immobilisé une excroissance sombre s’enfonçant dans la bouche de Onze, la maintenant captive, étouffée.  

Henry était là aussi, figé dans la chair du mur, les yeux fermés, inconscient.  

Juste retenu.  

Pas vaincu ni par eux ni par ... 

Will recula en hurlant, la main arrachée de la croute, le souffle court, son autre main toujours crispées sur sa nuque.  

-Will !  

Cria Lucas, en le rattrapant. 

Il tremblait.  

Il savait. 

-Ils sont là…  

Lâcha t-il d’une voix brisée.  


Le talkie grésilla encore, mais pour une fois personne ne parla.  

Tous avaient compris la phrase.  

Tous avaient eu le même reflexe.  

Mais c’est Hopper qui fut le premier sur les lieux. 

L’espoir de revoir Jane. 

Sa fille, c’elle qu’il avait adopté.  

Qu’il chérissait aujourd’hui.  

Comme il avait chéri Sara.  

Cet espoir, l’avait poussé à peine avaient ils annoncé une différence à monter immédiatement en voiture pour les rejoindre.  

Tandis que Will touchait la cicatrice, il se dirigeait déjà vers eux.  



 


Assise prés de Henry, Onze regardait par la fenêtre.  

Cherchant ses mots pour ne pas heurter. 

Pour elle, l’époque où elle s’adressait à Henry avec douceur était révolu. 

Pourtant, devant tant de fragilité elle se sentait obligée d’y revenir. 

-Il faut que tu m’aide Henry… Je dois trouver cette fille… c’elle qui t’as dt de ne pas sortir d’ici… Je crois qu’il faut que je la retrouve… est ce que tu crois que tu pourrais m’aider ? 

Il ne répondit pas tout de suite.  

Ses doigts se crispaient à nouveau, cette fois sur le bord de la chaise.  

Son regard fuyait, oscillant entre elle et le sol.  

-Pourquoi moi ?  

Demanda-t-il enfin, d’une voix tremblotante. 


Onze se tourna vers lui, vraiment. 


-Parce que tu l’as vue. Parce que tu sais où se trouve cette grotte. Parce que tu sais des choses... 

Il secoua violemment la tête.  

-Non ! Je ne peux pas...J’ai… J’ai peur. Tout le temps…  

Il ferma les yeux une seconde.  

De grosses larmes coulaient sur ses joues. 

-Je veux juste… que ça s’arrête. Je veux voir mes parents…  

Onze sentit le poids de ces mots s’écraser contre elle.  

Il était terrorisé. 

Epuisé. 

-Je sais… 

Dit elle doucement, avant de reprendre plus fermement. 


-Et c’est pour ça que tu dois venir avec moi. Pour que tout ça finisse. 

-Venir où ? 

-A la grotte. 

Le mot sembla glacer l’air. 

-Non… je ne dois pas aller là-bas… 

-Henry, écoute moi. Là d’où je viens… ça s’est déjà produit… Tu es déjà allé dans la grotte… Et ça a fait énormément de mal. 

Il retint son souffle.

-On ne peut pas effacer ça... Et tu ne peux l’éviter en restant parce que c’est déjà arrivé. On ne peut pas revenir en arrière. 

Elle se pencha légèrement vers lui. 


-On ne peut pas empêcher que ça se produise... Mais on peut découvrir qui est à l’origine de ça... J’ai besoin de toi Henry... Maintenant. 

-Et si j’ai encore peur ?  

Demanda – t- il, presque suppliant. 

-Tu auras peur. 

Admit elle

Puis presque sans détour. 

-Mais tu ne seras pas seul. Je te protégerai. Je te le promets. 

Il la regarda longtemps.  

Pas rassuré. 

Pas courageux. 

Juste à bout.  

Et c’est précisément pour ça qu il finit par hocher la tête. 


Henry était fatigué d’avoir peur.  

Fatigué de se cacher.  

Fatiguer de tenir.  

Et pour la première fois depuis longtemps, quelqu’un était venu pour lui. 

Elle était là.  

Et elle le protégeait. 

Onze lui tendit la main. 


Henry hésita une fraction de seconde... puis la prit. 


Ensemble, ils descendirent le grand escalier de la maison des Creel.  

La bâtisse semblait retenir son souffle... elle aussi. 


Ils s’arrêtèrent sur le seuil de la porte d’entrée.  

Face à lumière.  

Face à l’extérieur.  

Ils étaient prêts... 

Prêts à sortir. 



 

Hopper s’arrêta net en entrant dans la caverne. 


La lumière de sa lampe glissa le long des parois... puis s’immobilisa. 

La faille. 


Ou plutôt, ce qu’il en restait. 


Ce n’était pas une fissure. 

Ce n’était pas une déchirure.  

C’était…. Une croûte. 

Une masse sombre, épaisse, comme une veine morte refermée sur elle-même.  

Hopper s’approcha lentement, sans la toucher. 

-Je.... Je suis sur place… la… la brèche… c’est pas comme les autres… Je crois qu’ils ont trouvés quelque chose… amenez- vous ! 

Lâche-t-il dans le talkie.  

Il observa encore.  

-On dirait que quelqu’un a essayé de… refermer le truc… de force. 

Joyce échangea un regard inquiet avec Will. 

Lucas, silencieux jusque-là, fixait encore lui aussi la gigantesque cicatrise sur la paroi. 

- Attendez… 

Tous se tournèrent vers lui. 

-Si Will a vu Vecna... s'il l’a senti… c’est qu’il est encore là non ? 

Personne ne répondit tout de suite. 


-Et s’il est encore là… alors son pourvoir aussi !  

Will releva la tête.  

Il sentit un frisson lui parcourir l’échine.  

-... Oui. 

Il s’approcha de la faille.  


-S’il est encore là… je peux peut-être… rouvrir la brèche. 

Joyce fronça les sourcils, elle s’apprêtait à répondre quand délicatement Hopper vint entrelacer ses doigts dans les siens.  

-Comment ça ?  

Will hésita.  


-Je… je peux sentir l’endroit. Mais je sais pas comment y aller… Enfin… j’veux dire… je pense pouvoir ouvrir la porte mais après… je ne connais pas le chemin dans son esprit. 

Max s’avança d’un pas.  

-Moi, je le connais… 

Will la regarda.  


-J’y suis déjà allée… J’aurais préféré ne pas y retourner mais… Je sais comment c’est là-dedans. J’ai déjà guidé Elfe… et… je peux venir avec toi… 

Un silence.  

Will acquiesça.  

Il posa une main sur la faille. 

Et l’autre… sur celle de Max.  

Au début, rien. 

Il ferma les yeux.  

Respira.  

Se concentra.  

Encore rien. 

Puis…  


Son corps se raidit brusquement.  

Ses yeux se révulsèrent.  

Au même instant, Max tressaillit.  

Même mouvement. 

Même regard vide.  

Et bien que leurs corps demeuraient au près des leurs... 

Leurs esprits furent comme aspirés.  

Ils ouvrirent les yeux.  


L’air était lourd. 

Humide.  

Silencieux.  

Will mit quelques secondes à comprendre où ils étaient.  


Puis il leva les yeux.  


Devant eux s’étendait une masse informe, immense, flasque.  

Une chose molle, affaissée, inanimée.  

Une vieille bourse de chaire, suspendue dans le vide.  


Will sentit son cœur se serrer. 

-... C’est ça… 

Murmura-t-il. 


-C’est le cœur… mais pas celui du monstre… 

-C’est le cœur du monde… 

Ils avancèrent et virent se placer sous cet énorme cœur qui avait cesser de battre.  

-Tu crois que les brèches sont fermées parce qu’il ne bat plus ?  

Demanda Max. 


  • Oui… c’est ce que je crois… et pour en être sure… on va devoir le faire repartir… 



 


Onze et Henry arrivèrent dans la grotte. 

A l’endroit précis.  


Là où tout avait commencé.  

Il n’y avait rien. 

Pas de lumière.  

Pas de passage.  

Juste la roche froide.  

Onze s’arrêta.  


-... c’est là.  

Henry retint son souffle, puis il hausa.  


-Mais... y’a rien ici. 

Elle n’écoutait déjà plus. 

Quelque chose l’attirait.  

Une certitude instinctive violente.  

Comme un écho du passé qu’elle était la seule à entendre.  

Elle leva la main.  

La posa exactement là.  

Et le monde bascula. 


La matière céda sous sa paume.  

Et la lumière la frappa de plein fouet.  

Un éclat brutal.  

Blanc.  

Total.  

Quand sa vision se stabilisa, une silhouette se tenait devant elle.  

Une fillette.  

De dos. 

Droite. 

Immobile.  

Les épaules rigides.  

De long cheveux noirs recouvrait son dos. 

Puis, un bruit.  

La fillette passa au travers de la brèche.  

Sans hésiter, Onze la suivit.  


Le sol sous ses pieds était encore souple, couver d’herbe.  

La végétation était dense, vivante, saturée de couleur.  

L’air vibrait.  

Face à elle, se tenait la fillette.  

Sa tête était basse et ses longs cheveux dissimulaient son visage. 

Dans ses mains, une pierre sombre pulsait, lourde d’une force qui semblait l’aspirer tout entière.  

Sous ses pieds, l’herbe noircit. 

Elle se recroquevilla, se flétrit, comme brulée de l’intérieur.  

La terre se contracta avec elle, se fissura, aspirée par quelque chose de plus fort qu’elle.  

La pierre s’ancra en elle.  


La douleur fut immédiate.  

Viscérale. Totale.  


Son corps se raidit, comme traversé de lames invisibles.  

La force la déchira intérieurement, s’enfonçant dans ses entrailles, dans sa chaire, dans ses os, dans quelques choses de plus profond encore.  

La fillette vacilla, ses genoux faillirent céder.  

Elle hurla.  


Un cri muet, arraché à son âme.  

La douleur était trop intense pour être contenue.  

Trop violente pour être supporté.  

Son corps trembla, secoué par des spasmes incontrôlables.  

Pendant un instant tout sembla prêt à céder.  

Elle allait mourir.  

Elles le surent.  


Elles le sentirent.  

La pierre continuait de s’enfoncer, d’absorber, de prendre.  

La fore la vidait, la consumait, la poussait au bord du néant.  

Son cœur manqua un battement.  

Puis un autre. 

Et pourtant… 

Elle tint.  


De justesse.  

Son corps résista là où il n’aurait pas dû. 

Elle si frêle, si fragile…  

La douleur ne disparut pas.  

Elle resta, brulante, insupportable, mais la mort recula.  

D’un pas.  

D’un souffle.  

Autour d’elle le monde s’effondrait.  

L’herbe mourut entièrement.  

Le sol se craquela, se dessécha, se vida de toute couleur.  

Le vert disparut, remplacé par un désert sec et craquelé.  

Tout avait commencé là.  

Avec elle.  

Onze pouvait le sentir.  

Le soleil du désert s’imposa alors, écrasant, aveuglant.  

Onze leva le bras pour se protéger les yeux. 

Et dans cet éclat, un son perça.  


Un cri.  

La voix d’Henry.  


D’abord lointaine.  

Puis déchirante. 

Elle comprit, sans qu’on ait besoin de lui dire.  

Ils avaient été frappés au même instant.  

Le même Flash.  

Mais pas le même chemin.  

Pas la même chute.  

Quand la lumière se brisa enfin, Henry était déjà là. 

A genoux.  

Au sol. 

La pierre s’enfonçait en lui.  

Son corps tremblait, secoué par une douleur qu’aucun cris n’exprimait.  

Onze tendit le bras, tenta de l’atteindre. 

Henry avait disparu. 


Son image se dissout comme une ombre balayée par le noir. 

La grotte revint d’un coup.  

Froide.  

Etouffante. 

Devant elle, la brèche s’illumina, orange vif, pulsante.  

 

Au même instant… 


Les mains de Will s’étaient levées dans les airs.  

Une impulsion avait jailli de lui.  

Comme une décharge invisible.  

Le cœur battit.  

Un choc sec.  


Les mains de Will tremblèrent, puis une seconde onde traversa l’espace.  


Le cœur était repartit. 

 


La lumière de la brèche pulsa une dernière fois, puis se stabilisa.  

Hopper était là.  

Joyce aussi.  

Autour d’eux, les autres venaient d’arriver.  

Will et Max reprirent conscience, haletants, comme arrachés à un gouffre invisible. 


Puis tout s’éteignit.  

Subitement.  


Hawkins plongea dans le noir.  

Les rues, les maisons.  

Les lumières. 

Tout s’effondra dans l’obscurité.  

   

Les lampadaires s’éteignirent les uns après les autres, suivie des vitrines et enseigne figée derrière le verre.  

Le grésillement d’une radio mourut au milieu d’un morceau inachevé.  

L’écran du cinéma s’éteignit d’un coup, plongeant la salle dans le noire complet. 

Au lycée, les couloirs furent envahis par la pénombre. 

Les néons s’arrêtèrent, les salles disparurent dans l’ombre. 

Un peu à l’écart, l’hôpital psychiatriques de Hawkins resta debout. 

A Pennhurst, les fenêtres étaient noires depuis longtemps déjà. 

Et rien ne se ralluma.  


Entre les murs, quelque chose avait cédé. 

Les couloirs de Pennhurst étaient plongés dans l’obscurité mais les portes, elles, ne retenaient plus rien. 

Les verrous électriques avaient relâché leur emprise dans un cliquetis sec, presque discret, comme si le bâtiment lui-même avait décidé de lâcher prise.  

Des silhouettes sortirent lentement des chambres. 

Des cellules.  

Des pas hésitants.  

Des voix basses.  

Des respirations trop proches.  

Il n’y avait pas de cris.  

Pas tout de suite.  

Seulement des patients qui avançaient sans comprendre, tâtonnant le long des murs, découvrant des portes ouvertes qui ne l’avaient jamais été.  

Des infirmiers cherchant des lampes, appelant des noms dans le noir. Des alarmes qui ne se déclenchaient pas.  

Au cœur de cette agitation sourde, Victor Creel resta assis. 


Il était habitué à l’enfermement.  

A l’attente.  

A l’immobilité.  

Il ne bougea pas quand les premières portes s’ouvrirent.  

Pas quand les pas se rapprochèrent.  

Pas même quand quelqu’un passa devant sa cellule sans le voir.  

Puis il sentit quelque chose.  

Un appel.  


Faible d’abord.  

Presque une réminiscence.  

Puis plus claire.  

Plus pressant. 

Une sensation qu’il n’avait pas ressentie depuis des années.  

Depuis... avant.  

Avant ce jour.  

Avant la condamnation.  

Avant le silence.  

Victor se redressa.  


Aveugle, il tourna lentement la tête, comme s’il cherchait une direction que ses yeux ne pouvaient plus lui donner.  

Quelque chose l’attirait.  

Le tirait hors de sa cellule.  

Hors de lui-même.  

Il se leva. 


Ses mains trouvèrent le mur.  

Puis l’encadrement de la porte... 

Elle était ouverte.  


Victor Creel avança.  

Il connaissait cet endroit. Il y avait vécu trop longtemps pour ne pas en avoir mémorisé chaque couloir, chaque virage, chaque odeur.  

Il progressa lentement, évitant les autres, glissant entre les corps, suivant ce qu’il ressentait plus que ce qu’il entendait.  

Dehors, Hawkins était plongée dans le noir.  


Victor sortit.  

Il respira l’air froid de la nuit, s’arrêta un instant, puis reprit sa marche.  

Ses pas le guidèrent à travers la ville silencieuse.  

Les rues qu’il avait arpentées toute sa vie.  

Les trottoirs, les croisements, les repères invisibles qu’il portait encore en lui. 

Il marcha longtemps.  


Jusqu’à s’arrêter. 

 

Il y était.  

Au 450 de la rue Old Cherry Lane.  

Devant sa maison. 

La ou tout avait commencé.   



 

Ils passèrent la brèche.  


La sensation fut brutale, comme une pression dans la poitrine, puis le sol se déroba sous leurs pieds.  

La lumière changea, plus froide, plus sourde.  

La caverne apparut.  

Immense, organique.  

Vivante.  

Les tentacules tapissaient les murs, pulsaient lentement, comme un cœur malade.  

Au centre suspendue, Onze.  

Seule.  


Un tuyau noir s’enfonçait dans sa gorge.  

Son, corps pendait, inerte, retenu par cette masse vivante qui la maintenait prisonnière.  

- Elfe !  


Ils se mirent à courir.  

Et c’est à ce moment-là qu’elle se réveilla.  


Ses yeux s’ouvrirent brusquement.  

Son corps se tendit dans un sursaut violent, comme si elle reprenait conscience après une chute interminable.  

Elle inspira brutalement, cherchant l’air.  

Ils s’arrêtèrent net.  


Personne n’avait touché au tuyau.  

Personne n’avait coupé quoi que ce soit.  

Pourtant elle était consciente.   

Elle se tenait la debout, entourée d’un mur de tentacules plus dense, plus serré, comme refermé sur elle.  

La chaire palpitait différemment. 

L’air était plus lourd.  

Plus étouffant.  

-Je... je suis passé à travers une brèche. 

Le silence tomba.  

Les regards se croisèrent.  


-On n’a rien fait…  

Murmura Robin. 

Ils comprirent alors. 


Elle ne s’était pas réveillée.  

Elle les avaient rejoints. 

-C’est pas normal… j’commence à croire que rien de tout ça non plus n’est réel.  

Lança Jim Hopper pour briser le silence.  

Il s’avança d’un pas, les yeux fixés sur Onze, puis sur le mur vivant derrière elle. Sans attendre, il attrapa une des tentacules gluantes qui ondulaient contre la paroi et tira de toutes ses forces.  

La matière résista.  

Elle vibra sous sa prise, comme une chaire encore consciente.  


Alors le mur derrière eux s’ouvrit. 

Pas dans un fracas.  

Pas violemment. 

La paroi se fendit lentement, les tentacules s’écartèrent, révélant une béance sombre, humide, pulsante. 

Une silhouette apparut dans l’ouverture.  


Vecna. 


Il avançait calmement, comme s’il avait toujours été là.  

Son regard se posa directement Hopper.  

Un sourire presque amusé étira ses traits déformés.  


-Mon cher Jim… Si vous commencez à douter que tout ceci soit réel… Commencez plutôt à vous demander si vous allez le rester encore longtemps. 

Derrière lui, l’ouverture s’élargit. 

Des créatures rampèrent hors du mur.  

Des démo-chiens les premiers, leurs corps maigres se tordant dans la pénombre.  

Puis une masse plus grande se dessina, respirant lourdement prêt à fondre. 

Personne ne parla.  

Les corps se mirent en tension.  

Les épaules se redressèrent.  

Les regards se fixèrent.  

Chacun prit instinctivement position. 

Ils avaient compris.  

L’illusion tenait encore... mais le combat, lui, allait être bien réel.  


 

Au même moment, Victor Creel rentrait chez lui. 


La maison était restée intacte.  


Pas propre.  

Pas vivante.  

Mais intacte.  

Les meubles étaient toujours là. 

Les cadres aussi. 

Les objets abandonnés au moment exact où tout s’était arrêté.  

Victoire entra lentement. 


Il n’avait pas besoin de voir. 

Il connaissait chaque pas, chaque angle. 

Chaque grincement de bois sous ses pieds.  

C’était les souvenir quille guidait cette fois encore.  


Il s’arrêta dans le salon.  


Puis, d’un geste sûr, il se dirigea vers le buffet.  

Ses doigts cherchèrent dans un tiroir, hésitèrent... puis trouvèrent.  

Rangé, à sa place.  


Le chapelet. 

Celui de sa femme. 


Il le sera dans ses mains. 

Les trous noirâtres de ses orbites se tournèrent lentement.  

Comme si ses yeux morts cherchaient à voir.  

Il sentit quelque chose.  

Pas une présence.  

Pas un bruit. 

Une pression.  

Une vibration, enfouie dans les murs.  

Victor inspira profondément. 


Il fit glisser les perles entre ses doigts. 


Doucement, une à une.  

-Notre père… 

Sa voix était basse.  

Rugueuse.  

Mais stable.  

Pas tremblante. 

Il avançait à tâtons, guidé non pas par la vue, mais ce qu’il sentait tirer sur sa poitrine. 


Il ne cherchait pas une sortie.  

Il ne cherchait pas une réponse. 

Il cherchait le démon.  


-... qua ta volonté sois faites… 

Chaque pas était un effort.  

Chaque souffle, une décision. 

Il savait… ou croyait savoir… que cela finirait ici.  


Et il l’acceptait.  

Ses doigts rencontrèrent soudain le mur.  


Le mur vibra sous sa paume. 


Victor s’immobilisa.  

Le chapelet s’arrêta de tourner.  


Un silence épais tomba sur la pièce. 

-...délivre nous du Mal. 

Il appuya un peu plus fort.  


Le monde se fissura. 


 

De l’autre côté.  


Il avait déjà terrassé les démochiens.  

Les corps gisaient au sol, brisé, disloqués. 

Plus loin le dernier démogorgon s’écoula à son tour.  

Sa mâchoire pendait, disjointe, comme si quelque chose l’avait forcée de l’intérieur.  

Will n’eut pas le temps de respirer.  

Une force invisible le saisit aussitôt.  


Son corps quitta le sol sans avertissement.  

Ses bras furent tirés en arrière, sa poitrine se contracta, l’air lui manqua.  

Il tenta de bouger, de se dégager, mais l’emprise se resserra.  

Autour de lui, les autres furent soulevés à leur tour. 


Suspendus.  

Onze cria. 


Toujours prisonnière des tentacules, elle se débattit violemment.  

Elle força, tendit le bras, chercha à frapper, à repousser, à faire appel de ses pouvoirs.  

Rien. 


Son bras sortit un instant de l’emprise.  

Elle ouvrit la main.  

Elle insista.  

Rien ne répondit.  


Son visage se figea.  

La panique la submergea. 

Alors les corps commencèrent à se tordre.  

D’abord un bras.  

Puis une jambe. 

Les membres se plièrent sous la pression prête à céder.  

Ils sentirent la force s’acharner, cherchant le point de rupture.  

Ils serrèrent les dents, tentèrent du lutter mais leurs corps ne semblaient plus leur appartenir.  

Leurs mâchoires commencèrent à se disloquer.  

Leurs têtes basculèrent en arrière.  


Il ne restait plus qu’une seconde. 

Un seul craquement de plus.  

Puis... 


Tout se dissipa.  


Le brouillard s’effondra d’un coup, comme aspiré.  

Les visions disparurent. 


Une seule s’imposa à eux.  

Victor Creel se tenait à présent là.  


Les orbites vides, noires, ouvertes sur rien.  

Ses mains étaient serrées autour de la gorge de kali.  

Elle suffoquait.  


Ses yeux toujours clos et agités.  


Ses poumons cherchaient quelques choses qui n’était plus là.  

L’air refusait d’entrer, comme si on lui maintenait la tête sous l’eau, comme si chaque tentative de respirer ne faisait que remplir sa poitrine de vide brulant.  

Ses yeux restaient clos, agités sous leurs paupières, secoués de spasmes incontrolables.  

Puis... 

Comme une dernière poussée, comme un instinct animal...  

Elle ouvrit les yeux.  


La sensation fut brutale.  

Comme lorsqu’on refait surface trop vite.  

Un choc, une brûlure, un monde qui revient d’un coup.  

Mais l’air n’arriva pas.  


Sa gorge commençait à bleuir sous les doigts de Creel.  

Elle tenta de le repousser, ses mains glissant inutilement sur ses poignets.  

Elle agita les bras, chercha à l’atteindre, à créer quelque chose... une illusion, une faille, n’importe quoi.  

Rien. 


Victor Creel ne voyait plus. 

Il s’était crevé les yeux.  

Car il le savait...  

S'il était incapable de les voir, ses peurs ne pouvaient plus se matérialiser.  

Elles ne pouvait plus l’affecter.  

Autour d’eux, le monde se recolla.  

La grotte redevint ce qu’elle était : humide, terreuse, étouffante.  

L’odeur de la pierre mouillée, de la boue et... du sang.  

Plus de distorsion.  

Plus de faux-semblants. 

Juste la réalité.  


Kali sentit la panique s’emparer d’elle.  

Primitive, pure... vrai. 

Elle allait mourir là.  

Alors elle cessa de lutter contre lui. 


Son regard glissa sous ses paupières.  

Puis... 

Elle fit un geste.  

Infime, presque imperceptible.  

Un signe de main.  


Vecna répondit…  


Son bras se tendit. 

Une tentacules en jaillit, noire, rapide...et perfora le corps de Victor. 

Son père… 


Son bras devenu inhumain l’avait traversé, sans hésitation, sans colère apparente... un geste mécanique, presque impersonnel.  

La chaire c’était rompue.  

Le souffle s’était éteint. 

Et alors… quelque chose s’était produit.  


Au moment précis où son corps avait pénétré celui qui l’avait engendré, une décharge l’avait traversé.  

Comme une mémoire génétique endormie jusque-là… venait de s’éveiller en lui.  

Pas une douleur.  

Pas une victoire.  

Une reconnaissance. 

Son cœur s’était arrêté une fraction de seconde... exactement en même temps que celui qu’il venait de briser.  


Vecna ou peut-être Henry, avait vacillé.  

Il s’était figé, comme si le monde venait de se fissurer sous ses pieds.  

Puis son bras s‘était retiré lentement, du corps inerte de son père encore chaud. 

Et Victor Creel s’était effondré au sol dans un bruit sourd.  

Le silence qui avait suivi avait été plus violent que n’importe quel cri. 

Le cruel Vecna avait reculé d’un pas.  

Puis Henry d’un autre.  

Et sans aucuns quiproquos… 

Ses jambes avaient cédé.  

Il s’était agenouillé.  

Un genou à terre, le corps tremblant, la tête basse, il avait fixé ce qu’il venait de faire.  

Ses doigts s’étaient crispés dans la terre humide, comme s’il cherchait à s’y accrocher pour ne pas être aspiré par ce qui remontait en lui. 

Ce n’était pas un souvenir isolé… 

Non. 

C’était tout. 

Tout s’était bousculé d’un seul coup... une avalanche brutale, incontrôlable.  

Des images, des sensations, des fragemenst de vie qu’il n’avait jamais compris, jamais reliés.  

Les silences. 

Les manipulations... toutes ses voix qui n’étaient pas les siennes. 

Les décisions qu’il n’avait jamais vraiment prises. 

Enfin il l’avait reconnu. 

C’était elle, la fille... depuis toujours... c’était elle.  

Il avait compris. 

Enfin.  


Depuis le commencement... il n’était pas le monstre qui tissait la toile. 

Il avait été le fil. 

Son souffle était devenu erratique.  

Sa poitrine se soulevait avec difficulté, comme si l’air refusait de rester en lui. 

Il avait relevé la tête, lentement, et son regard s’était à nouveau posé sur le corps sans vie de son père.  

Il n’y avait ni haine.  

Ni soulagement.  

Seulement cette vérité insoutenable :  


Sa vie tout entière n’était qu’une illusion... 

Et tout ce qu’il était devenu prenait racine ici même.  

Il s’était relevé.  


Le mouvement avait été lent mais déterminé.  

Autour de lui, tous étaient en alerte.  

Les corps tendus et les regards rivés sur lui.   

Onze s’était mise en garde.  


Prête.  


Vecna tendit brusquement le bras.  

Kali esquiva.  


Le geste avait été net, précis.  

Dans le même mouvement, elle avait levé la main et Onze c’était écroulée. 

Elle était tombée sur le sol, ses yeux révulsés dans leurs orbites... happée dans une illusion, isolée, mise à l’écart.  

Une danger neutralisé.  

Pas par peur, par stratégie.  

Kali s’était retourné.  


Droite, ancrée, prête à combattre.  

Une masse de pierre avait jailli vers elle. 

Elle l’avait déviée d’un geste sec, envoyant le bloc valdinguer contre la paroi dela grotte.  

  • T’as toujours pas compris ? C'est moi qui vous ai créés... vos pouvoir... c’est les miens... 

Vecna s’était redressé complétement.  

Quelque chose en lui s’était refermé.  

Pas par peur ni compréhension mais par nécessité.  

Il s’était mis en position de combat.  

Et alors, derrière lui, une silhouette s’était avancée.  


Will.  

Silencieux, résolu... 

Présent. 

A cet instant, tout le monde avait compris. 

L’affrontement final ne serait pas celui qu’on attendait.  

Ce ne serait pas Vecna contre eux.  


Ce serait Vecna et Will, face à Kali. 


 

Onze était cernée par la noire.  

Ses pied baignaient dans l’eau jusqu’à ses chevilles.  

Elle connaissait bien cet endroit. 

L’espace autour d’elle s’était recomposée lentement, instable, comme un décor qui hésitait à se fixer.  

Elle avait compris presque immédiatement... elle était isolée, coupé du groupe. 

Inconsciente mais pas complètement absente. 

Prisonnière.  


Mais Kali avait commis une erreur.  

Même contenue, même entravée, Onze restait ce qu’elle avait toujours été... une exploratrice de l’esprit.  


D’abord, elle avait cherché une sortie.  

Un point de rupture, une faille.  

Instinctivement... comme elle l’avait toujours fait.  

Mais il n’y avait rien.  

Pas de murs nets.  

Pas de frontières claires. 

Alors elle avait suivi ce qui s’imposait à elle. 

Les images.  


Elles avaient surgi sans ordre, sans avertissement.  

Des fragments de vie qui n’étaient pas les siens... des souvenirs qu’elle n’avait jamais vécus, mais qu’elle ressentait avec une précision troublante. 

Elle avait exploré 

Kali.  


 Les premiers souvenirs étaient anciens. 

Très anciens... et ce n’était pas ceux qu’elle avait déjà vus dans le laboratoire. 

Pas encore. 

C’était autre chose.  

L'Amérique des année 1930. 


La faim partout... la misère incrustée dans les corps.  

Une mère, deux fillettes.  

Pas assez à manger... jamais assez.  

Des faveurs contre de l’argent... puis la maladie.  

Syphillis, lentement, salement. 

Sans aide ni pitié aucune. 

Puis plus rien.  

Personne n’avait voulu des filles de la prostituée.  

Personne n’avait ouvert sa porte à ces enfants.  

On les avait chassées.  

Alors elles avaient trouvé refuges dans la caverne.  

La même.  


Onze l’avait reconnu immédiatement.  


Kali et sa sœur y avaient grandi comme des animaux rejetés.  

Dans l’ombre, dans le froid... et dans la colère. 

La petite Kali n’était pas une enfant douce.  

Elle était déjà dure, méfiante.  

Habituée à perdre.  

Les images avaient glissé.  

Onze avait reconnu la scène suivante. Elle l’avait déjà vue plus tôt.  

Elle n’avait pas besoin qu’on la lui montre à nouveau.  

La pierre, la faille, la décharge... le pouvoir qui entrait dans Kali et manquait de la tuer. 

Puis la caverne, encore.  

Kali revenait.  


Et sa sœur était morte.  


Le corps était  

là, immobile, vide.  

Et sans aucune émotion, Kali repartie.  

A travers la faille. 


Les souvenirs avaient accéléré. 

Les saisons défilaient derrière elle.  

Les années passaient.  

Kali grandissait un peu... mais ne vieillissait pas vraiment. 

Son visage changeait... son apparence aussi. 

Elle prenait ce dont elle avait besoin pour survivre.... Pour manipuler.  

Pour passer.  

Toujours la même colère...toujours la même faim. 


Puis Henry.  

Onze l’avait vu, plus jeune.  

Amené jusqu’à la caverne... guidé sans le savoir.  

Observé, poussé... Kali était là, déjà.  

Toujours en retrait.  

Toujours présente. 

Et puis il y eut Papa.  

Elle avait vu Kali comprendre, apprendre, intégrer son équipe.  

Se fondre dans le système.  

Se laisser capturer en tant que Kali. 

Elle avait vu les tests.  

Elle avait participé aux calculs.  

Dréssé des listes.  

La préparation. 

Henry avait tout détruit. 


Mais kali n’était pas morte. 


C’était une illusion. 

Elle avait vu Henry croire qu’il la tuait. 

Elle avait vu Kali derrière lui, intacte, silencieuse, le regard fixé sur le chaos qu’il provoquait.  

Elle ne l’avait pas arrêté. 

Parce que tout cela allait dans son sens. 

Elle avait besoin de Henry. 

Elle voulait qu’il rencontre cette masse informe de puissance noire.  

Elle souhaitait qu’ils ne fassent qu’un.  

Pour pouvoir les contrôler discrètement tous les deux sans prendre le risque d’être corrompu par cette force obscure.  

Corrompu comme l’avait été Henry. 

Onze senti son cœur se fendre sous le poids d’autant de souffrance.  

Elle fut envahie par une tristesse sourde. 

Comme si elle réalisait que tou ce qu’elle construisait jusqu'ici était fait sur des ruines.  

Puis... une lueur.  

Faible, instable.  


Une voix.  


Des mots, répétés.  

Encore et encore.  

  • Respire... 

Immédiatement, elle reconu la voix.  

Ce n’était pas une voix si familière... pourtant elle était sûre de savoir à qui elle appartenait.  

  • Tournesol... Arc-en-ciel... trois à droite... quatre à gauche...450.   

Onze était encore prisonnière, mais l’espace autour d’elle avait commencé à se former.  

Un paysage flou. 

Jaune et lumineux. 

Un mouvement, comme un balancement.  

Quelque chose la bouscula.  

Puis quelqu’un s’arrêta soudainement devant elle.  

Une jeune femme.  

Qu’elle reconnut instinctivement comme Terry Ives.  

Elle était plus jeune mais c’était bien elle.  

Sa mère. 

Onze regarda par-dessus son épaule.  

Plus loin Kali tenait fermement une fillette par les épaules.  

L’enfant avait de longs cheveux noirs, bouclés.  

Sa peau était brune.  

Kali penché au-dessus d’elle donnait une impression malfaisante. 

Ses mains semblaient serrées de plus en plus fort.  

Le corps de la fille quant à lui semblait s’assécher, se flétrir... pour finir par se froisser comme du papier.  

Kali relâcha son emprise. 

Terry s’était élancé.  

La fillette gisait sur le sol. 

  • Respire !  

Hurla sa mère. 


Puis elle leva la tête et aperçu kali prenait la fuite.  

Terry se redressa.  


Elle se lança a la poursuite de Kali. 

Onze la suivit.  


Au travers de ce gigantesque champs de tournesol.  

Filant avec elle, l’arc en ciel cousu sur le dos de la veste en jean de Kali. 


  • Tournesol... arc en ciel... 

Continua la même voix.  

Puis elles tournèrent à droite... et bientôt, peut-être quatre rues plus loin à gauche.  

  • 450 

Lorsque à nouveau elle entendit la voix.  

La course venait de prendre fin. 

  • Arrêtez-vous! Qu’est-ce que vous lui avait fait ? Qu’est-ce que vous avez fait à Jane ? Qu’est-ce que vous avez fait à ma fille ? 

Onze comprit.  

Son cœur se serra... puis se brisa. 

Elle n’était Jane. 

Elle ne l’avait jamais été ailleurs que dans le plan de Kali. 

Sa vie tout entière n’était qu’un mensonge.  

Un mensonge savamment orchestré par l’une des personnes dont elle se sentait le plus proche.  

Ça aussi n’était qu’une illusion. 

Ce sentiment de sororité, se lien.  

Rien de tout cela n’avait jamais vraiment existé. 

Ce code qu’elle avait cru déchiffrer.  

Qu’elle avait suivi pour la trouver.  

Pour se trouver elle-même.  

Rien de tout ça n’était vrai. 

Elle le découvrait ici, maintenant. 

Au 450 de la rue Old Cherry Lane à Hawkins.  

Là où se tenait la résidence Creel. 

La colère la submergea.  

Le monde s’estompa d’un souffle.  

Sous la pression qu’elle dégageait.  

Une énergie brute. 

Qui semblait croitre en même temps que sa rage. 

Autour d’elle le monde obscure se fissura.  


 Kali faisait face à Vecna et Will. 

L’air vibrait autour d’eux.  


Les attaques se succédaient, brutales, presque animales.  

Des vagues de télékinésie fusaient dans un fracas sourd, invisible mais écrasante.  

Kali esquivait, reculait d’un pas, pivotait, se relevait aussitôt.  

eux aussi vacillaient sous ses attaques.  

Le combat n’avait rien ‘élégant :  

C’était un choc de volontés, une lutte à mort.  

Puis, dans un mouvement sec, elle contre-attaqua.  


Une décharge plus violente que lse autres les frappa de plein fouet.  

Vecna et Will furent projeté en arrière, leurs corps s’écrasant contre la roche dans un craquement sinistre. Le silence retomba un instant. 

Kali tourna la tête.  


Son regard se posa sur Wil.  

Sans hésiter, elle arracha une stalactite de la voute.  

La roche se détacha dans un bruit sec, apsirée par son pouvoir.  

Le projectile fusa à travers l’air... trop vite pour être évité.  

La stalactite transperça Will.  

Son corps se raidit sous l’impact.  

Le sans se mit à couler, sombre, épais, s’échapant lentement de la blessure.  

Il s’éffondra, inerte.  

Vecna gisait au sol, immobile.  

Inconscient... ou pire.  

Puis quelque chose se produisit.  


Au loin... ailleurs... 

Une explosion sourde déchira l’espace.  

Le monde obscure ou Onze était prisonnière s’était fissuré.  

Les paroi vibrèrent, la réalité elle-même sembla se craqueler.  

Et alors brusquement... 


Onze revint à elle.  

Ses yeux s’ouvrirent d’un coup.  

La colère la traversait comme une onde de choc.  

Elle était enragée. 

Plus qu’elle ne l’avait jamais été.  

Elle avait en elle cette sensation brutale... comme si quelque chose d’essentiel venait d’être arraché à l ‘intérieur, laissant en elle un vide qui brûlait tout le reste. 


Onze vit Will. 

Elle vit ce que Kali avait fait.  

Et son esprit céda lui aussi.  

Le son qui sortit de sa gorge ne ressemblait pas à un cri humain.  

C’était rauque, brisé, trop puissant pour son corps.  

un hurlement né d’un endroit plus ancien que la pensée.  

L’air au tour d’elle explosa.  

Le sol se souleva, se fendit comme une peau trop tendue.  

Les stalactites vibrèrent, puis se détachèrent les unes les autres, pulvérisée en plein vol.  

L’espace lui-même se tordit, incapable de contenir ce qui venait d’être libéré.  

Kali fut projetée en arrière sans avoir eu le temps de se défendre.  

Son corps heurta une paroi invisible, puis une autre, comme une poupée jetée contre les murs, d’un monde qui refusait désormais de lui obéir.  

Onze cria encore.  


Ses yeux étaient noirs.  

Pas habités. 

Vides. 

Elle avançait sans marcher vraiment, portée par cette force qui déferlait hors d’elle.  

Chaque pas faisait trembler le sol. 

Chaque respiration arrachait quelque chose au décor. 

Kali tenta de se relever.  

Ses illusions ne tenaient plus.  

Elles se désagrégeaient avant même de prendre forme, écrasées par la violence brute qui saturait l’espace.  

  • Arrête !  

  Cria-t-elle la voix fendue par la panique.  

Mais Onze n’entendait plus.  


Elle leva la main. 


Et cette fois, il n’y eut pas d’impact précis.  

Pas de geste maitrisé.  

Juste une onde, massive, incontrôlée, qui balaya tout sur son passage. 

Le monde hurla avec elle.  


Kali fut clouée au sol, plaquée par une pression écrasante, incapable de respirer, de penser, de mentir.  

Ses yeux croisèrent ceux de Onze... et elle comprit.  

Ce n’était pas une fille en colère.  


C’était quelque chose qui venait de naitre, au milieu des ruine de ce qu’elle avait détruit.  

Et pour la première fois depuis très longtemps... Kali eut peur de ce qu’elle avait créé. 


Kali trébucha en reculant.  

Son corps lâchait.  

Ses illusions ne ne renaient plus. 

Le monde autour d’elle portait à présent les cicatrices de la colère de Onze... fissuré, instable, prêt à rompre.  

Onze ne bougeait plus.  

Elle respirait fort.  

Pas de larmes, pas de mots.  

Juste cette présence écrasante.  


Kali leva les yeux vers elle.  

Elle avait peur.  

Pas de mourir.  

Peur de ce que Onze était devenue.  

  • Tu crois que c’est fini ?  

Souffla Kali, la voix tremblante, presque hystérique.  

Onze fit un pas. 


Le sol se fendit sous ses pieds.  

Alors Kali comprit.  

Si elle attendait une seconde de plus... 

Elle mourrait. 

Elle planta sa main dans le sol.  

Et elle ouvrit une faille.  


Pas avec élégance.  

Pas avec maitrise. 

Comme on déchire une plaie encore vive. 


L’air fut subitement aspiré.  

Un grondement profond traversa l’espace, faisant vibrer chaque os, chaque paroi.  

La déchirure s’ouvrit en grand.  


Trop grande.  


Trop instable.  

De l’autre côté, quelque chose bougeait déjà. 

Des silhouettes.  

Des griffes.  

Des gueules.  

Des créatures... bien réel cette fois ci.  


Le monde commença à glisser vers le vide.  

Des fragments de sol, de roche, de réalité entière étaient arrachés et happés par la faille béante.  

Kali éclata d’un rire nerveux, presque désespéré. 


  • Tu vois ? Ça... c’est réel. 

Elle désigna la faille qui grossissait encore.  

  • Chaque seconde où tu me gardes... ce monde meurt un peu plus. 

Onze se figea. 


Les créatures commencèrent à passer.  


Pas en masse.  

Pas encore.   

Mais assez pour comprendre.  


Kali reprit, la voix cassée mais provocante.  

  • Alors vas-y.... attrape-moi. 

Elle ouvrit les bras. 


  • Ou sauve-les.  

Le vent devint plus violent.  

L’aspiration tira sur tout.  

Au loin, on entendait déjà les autres lutter pour rester debout. 

  • Tu ne peux pas faire les deux... tu vas devoir choisir.  

Elle s’approcha d’un pas, chancelante, mais déterminée. 


  • Tu es toute seule Onze... alors qu’est-ce que tu vas choisir ? Tu veux être une héroïne ou finir ce que tu as commencé ?  

La faille hurla.  

Elle grossissait encore.  


Et pour la première fois depuis le début du combat... 

Onze hésita.  

Pas par peur.  


Par amour. 


Joyce luttait pour rester debout, agrippée à Jonathan.  

Hopper tenait Holly derrière lui, une main crispée sur son revolver.  


Un démogorgon surgit devant eux.  

Il avançait, implacable.  


Hopper tira.  

Une balle.  

Puis une autre. 

La créature vacilla... mais continua.  


  • Jim !  

Cria Joyce.  

Le monstre était déjà trop près. 


Plus loin, Steeve se plaça instinctivement devant Dustin, batte de baseball levée.  

Des démo-chiens approchaient.  


  • Barrez-vous! 

Hurla Steeve.  

Le premier chien bondit.  


Et alors... 

Un grondement. 

Une collision brutale.  


Une masse surgit sur le flanc.  

D’Artagnan.  


Plus grand.  

Plus massif.  

Un véritable monstre.  

Il se jeta sur les démochiens, les repoussant violemment, puis se plaça devant Dustin.  


En position de défense.  

Grognant.  


  • D’Art ! C’est toi mon grand ? 

Le démochien tourna légèrement la tête.  


Il l’avait reconnu. 

 


Le démogorgon leva la tête.  

Une pression invisible l’écrasa soudain. 


Son crâne explosa.  


Joyce leva les yeux.  

Will se redressait.  


Pas Vecna.  

Will.  


L’illusion se brisa.  

Au sol, à sa place... 

Vecna. 

Transpercé par la stalactite.  

Mortellement blessé. 

Mais vivant.  

Il leva lentement la main.  


Des démochiens furent projetés en arrière, pulvérisés contre la roche.  

Kali regardait.  


Elle ne comprenait pas.  

  • Non...  

Murmura-t-elle.  


Le démo-chien protégeant Dustin.  

Will debout.  

Vecna blessé.  

Ils n’étaient pas censés être ensemble.  


Ils n’étaient pas censés s’aider.  

Elle éclata à nouveau d’un rire nerveux, presque douloureux.  


  • Qu’est-ce que... 

Onze avançait vers elle.  


Chaque pas faisait trembler le monde.  

La faille grossissait encore. 


 - Regarde-les... se battre pour se monde pourri. 

Onze étendit le bras et la saisie de son pouvoir à la gorge.  


  • Tu as menti... Toute ma vie... Rien n’était réel.  

Sa voix tremblait.  

Elle parlait trop vite.  

  • Jane... ma mère...Henry... Et tous les autres. 

La pression autour du coup de Kali augmenta.  


La faille hurla plus fort. 


  • Tout ce qu’ils ont perdu... toute cette souffrance... c’est ta faute. 

Kali sourit.  

Un vrai sourire, cette fois.  


  • Oui... et alors ? 

La phrase c’était échappée.  

Avec légèreté.  

Preque avec amusement.  

Onze Hésita.  


  • Ce monde mérite ce qui lui arrive... ils détruisent tout... ils abandonnent... Ils rejettent... Depuis toujours... ils font comme si tout leur été du. 

Elle se tu un instant puis planta ses yeux dans ceux de Onze. 

  • Ils t’ont rejetée toi aussi. 

La faille vibra.  


  • Tu étais seule... comme moi. 

Onze serra les dents.  

  • Tu n’as jamais eu de vraie mère... personne ne t’a voulue.  

La pression monta encore.  


  • Tu n’as compté que sur toi. 

La failli aspirait désormais des morceaux entiers de réalité.  

  • C’est pour ça que je t’ai créé... tu es mon plus beau projet. 

 Elle écarta les bras.  

  • Balaye ce monde. 

Onze tremblait.  


Aveuglé par la colère, elle ne réalisait pas qu’elle allait dans son sens. 

  • Onze.  

Jim Hopper s’approchait.  


Il avançait malgré le vent. 


  • Tu ne dois pas l’écouter... regarde-moi... je suis la... tu n’es pas Sarah... mais ça ne change rien... tu es toi... et tu es aussi ma fille... c’elle qui m’a choisi... c’elle qui m’a sauvé... de moi-même...  
  • Moi aussi... 

Joyce Byers tenta de s’approcher à son tour mais le vent la déséquilibra quelque peu. 

  • Je t’aime Onze... comme j’aime mes fils... et... je me fiche de savoir qui t’a mise au monde... car je sais déjà que c’est moi maintenant... ta mère...et... je veux que tu sache... que j’en suis vraiment très fière.  
  • On est là nous aussi... on est une famille.  

Joyce, Jonathan et Will se tenait à présent derrière Hopper.  

A la manière d’une famille recomposé.  

Affrontant l’apocalypse ensemble. 

  • Tu es ma meilleure amie... tu comptes pour chacun d’entre nous. 

A son tour Max c’était exprimée.  

Ses grand yeux vert déversant sur ses joues un véritable torrent de larmes.  

Quelque chose, dans le flot continu de sa colère, s’ébrécha juste assez pour laisser passer leurs voix.  

Et elle les entendit vraiment. 

  • Elfe... je ne veux pas te perdre... pas encore... on peut mettre fin a tout ça... on peut partir tous les deux... tu te souviens ? Les cascades... 

La faille ralentit.  

Kali senti le changement.  

Elle grimaça.  

  • NON...  

Autour d’elle la pression n’avait pas disparu.  

Kali souriait encore.  

Mais cette fois... 

Il y’avait quelque chose qu’elle ne comprenait pas.  


Et elle aurait dû.  

Onze ne criait plus.  

Elle ne bougeait presque plus.  

Elle était immobile, les yeux fixés sur Kali, comme si tout le reste avait cessé d’exister.  


La faille hurlait toujours.  

Le monde continuait de se fissurer.  

Mais Onze... 

Se concentrait.  

Pas sur la colère.  

Pas sur la vengeance.  

Sur quelque chose de plus précis.  

De plus silencieux.  

Kali sentit la pression changer. 

  • Qu’est-ce que tu fais ?  

Murmura-t-elle soudain inquiète.  


Onze inspira lentement.  

Puis ferma les yeux.  

Elle se concentra encore.  


Encore.  

Encore.  


Le vacarme s’éteignit brutalement.  

Kali disparut.  

Pas aspirée.  

Pas détruite.  

Juste... plus là.  

Onze resta debout une seconde de trop.  


Puis ses jambes cédèrent.  

Elle s’écoula lourdement au sol.  


  • Elfe ! 

Ils accoururent.  


Hopper fut le premier à l’atteindre.  

Il la prit dans ses bras.  

  • Son cœur... je ne l’entends plus... 

Le chaos reprenait à la périphérie, mais quelque chose avait changé... plus encore en eux.  


Tandis qu’ils quittaient la grotte, Joyce s’arrêta.  

Un instant.  

Son regard venait de tomber sur le corps étendu un peu plus loin.  


Vecna.  

Ou ce qu’il restait d’Henry Creel.  


Monstrueux.  

Transpercé.  

Méconnaissable.  

Mais vivant.  

Epuisé, il tentait de ramper.  


Elle hésita une seconde.  

Puis elle revint sur ses pas.  

Elle s’agenouilla près de lui.  

Lui prit la main.  

Jonathan et Will s’approchèrent à leur tour. 

Sans un mot, ils l’aidèrent à avancer.  


Henry leva les yeux.  

Son regard était monstrueux...mais quelque chose, au fond, s’y rallumait.  


Victor creel était là. 


Henry le regarda.  

Il comprit.  

Il pleura.  

Et, à cet instant, ce n’était plus un monstre à l’agonie qui se tenait près de se corps froid. 

Ni même un homme... c’était un enfant. 

Celui qu’il avait été, ce gamin qui avait eu peur trop longtemps... celui qui avait attendu son père toute sa vie.  

Henry expira une dernière fois.  


Et s'éteignit.  


 

Le vent était doux.  


Le ciel était calme.  

Et le soleil brillait à nouveau sur Hawkins.  


Onze vint déposer un bouquet de fleur sur la pierre tombale de la famille Creel.  

Le nom de Henry avait rejoint les siens sur la pierre.  

Elle se redressa.  


Un peu plus loin, Max se tenait devant la tombe de Billy. 


Elles échangèrent un regard.  

Puis Onze tourna la tête.  


Dustin, Lucas, Mike et Will étaient devant la tombe de Eddie.  

Ils la rejoignirent.  


Ensemble, ils quittèrent le cimetière.  

Devant l’entrée, tout le monde les attendait.  


Hopper.  

Joyce.  

Nancy. 

Robbin. 

Steeve. 

Jonathan tendit les clés du van à Mike.  


  • Faits attention à vous. 
  • Promis... 

Répondit Mike en souriant.  

Ils montaient dans le mini van quand une voix les interpela en criant.  


Karen Wheeler arriva en courant. 


  •  Mike ! Attends !  

 Elle lui arrangea le col de son polo.  

  • Maman... on vient de se dire au revoir... ça va aller... j’suis plus un gamin.  

Une voix s’éleva derrière eux.  


  • T’es trop vieux pour embrasser ton père avant de partir fiston ? 

Ted Wheeler apparut.  

Bien vivant.  


Il serra Mike dans ses bras.  


  • Amusez-vous bien, les jeunes.  

Le van démarra.  

Ils s’éloignèrent sur la route.  


Joyce les regarda partir.  

  • Je m’inquiète déjà... 

Hopper sourit.  


  • Avec ce qu’ils viennent de traverser ? Je crois qu’on peut leur faire confiance.  

Joyce hésita.  

  • Et cette fille... Kali... qu’est ce qui lui est arrivé ?  

Il faxa la route.  


  • Quelque chose... je crois... quelque chose de bien pire que la mort. 

Et pendant que les autres retrouvaient la vie, dans un monde sec et sans horizon.  

Kali demeurait enfermée. 

Consciente, immuable mais prisonnière à son tour.  

La maison des Creel, close à jamais, serrait le seul lieu qu’elle connaitrait encore... pour toute l’éternité.  

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