Un monde pour nous
Été 1978
Ellen concentra toute son énergie sur le bloc en métal devant elle. Celui-ci tangua un peu avant de se soulever de plusieurs centimètres au dessus du sol pendant 5 secondes avant de retomber avec fracas. Ellen tomba à genoux complètement vidée et essuya le sang qui coulait de son nez. Un geste devenu machinal.
- Bravo ma chérie. L'applaudit son père en entrant dans la pièce.
Ellen se releva et lissa les plis de sa robe blanche.
- Je peux faire mieux, j'en suis sûre.
- N'essaye pas d'en faire trop Ellie chérie. Lui répondit son père en la prenant par les épaules.
- Le Dr Brenner a raison Ellie. Ménage-toi.
Henry entra à son tour dans la pièce.
- Henry tu es là !
Ellen courut vers lui, oubliant la présence de son père et lui sauta au cou. Brenner fronça les sourcils, mécontent. Il ne voyait pas d'un bon œil cette relation. Henry était dangereux et il ne voulait pas que sa fille soit mêlée à un être comme lui. Mais cette dernière pouvait se montrer obstinée. Pour elle, Henry était son ami le plus cher, celui qui lui avait sauvé la vie.
- Tu t'es bien débrouillée Ellie.
- Tu m'observais ? Lui demanda-t-elle, un sourire taquin aux lèvres.
Ellie avait bien changé depuis leur première rencontre. À 14ans elle commençait à devenir une femme et il était indéniable que d'ici quelques temps, elle ferait chavirer bien des cœurs. Ses cheveux blonds lui caressaient les reins en une cascade de boucles, qu'elle avait relevé en une queue de cheval ce jour-là. Sans être grosse, elle avait de jolies courbes, la rendant plus mature pour son âge. Seul son regard émeraude n'avait pas changé. Un regard qui vous transperçait et semblait lire en vous. C'était désarmant. Savait-elle au moins à quel point elle était belle ? Henry en doutait. Ellie était toujours gênée quand on la regardait. Ce qui la rendait encore plus adorable.
- Ellie il est l'heure de rentrer. L'informa son père, interrompant leur échange.
- Mais papa je viens juste d'arriver ! Protesta la jeune fille.
- Pas de discussion Ellie chérie. J'ai du travail et ton entraînement est terminé. Alors rentre à la maison. Tout de suite.
Malgré sa voix douce, son ton dur ne laissait pas de place à la négociation. Ellen baissa la tête, visiblement déçue mais garda le silence. Elle salua Henry puis sortit sans même un regard pour son père. Brenner attendit que la porte se soit refermée et se tourna vers Henry, l'attrapant violemment par le col. Son regard était glacial.
- Ne t'approche plus d'elle, comprit ?
Il resserra sa poigne autour du col du jeune homme. Henry lui sourit. Un sourire provocateur. Brenner perdit son sang froid et lui asséna un coup de poing dans la mâchoire. La lèvre de Henry se fendit.
- Me suis-je bien fais comprendre 001 ? Répéta Brenner, crachant chacun de ses mots.
Henry perdit son sourire et acquiesça. Brenner le lâcha et le garçon s'affala parterre. Du sang gouttait sur son uniforme blanc.
- Bien.
Brenner tourna les talons et quitta la pièce à son tour, laissant Henry seul. Celui-ci essuya sa lèvre fendue d'un revers de manche rageur, le regard toujours fixé sur la porte par laquelle Brenner était sorti. Il le haïssait. Il les haïssait tous. Et sans cette maudite puce qu'ils lui avaient implanté dans le cou, celui aurait fait longtemps qu'ils seraient tous morts.
Se levant péniblement, il rejoignit sa chambre. Et quelle ne fut pas sa surprise quand il découvrit Ellen assise sur son lit, les mains croisées sur ses cuisses. Quand il entra elle se leva d'un bond et accourut vers lui. À la vue du sang sur sa chemise elle s'affola.
-Henry tu es blessé ? Elle passa un doigt tremblant sur la lèvre coupée de Henry. Qui t'a fait ça ?
Ses yeux étaient emplis de larmes. Elle s'inquiétait. Henry dégagea gentiment la main de la jeune fille et la rassura d'un sourire. Sourire qui rouvrit sa plaie qui se remit à saigner. Ellen fouilla dans son minuscule sac à main et en sortit un mouchoir en tissus blanc. Henry eut un mouvement de recul mais elle ne se laissa pas décourager pour si peu et pressa le mouchoir sur la lèvre du jeune homme. Ce contact fit frissonner Henry. Pourtant il avait l'habitude qu'Ellen le touche. Elle avait toujours eu le contact facile avec lui. Mais cette fois-ci c'était différent. Plus intense, presque électrisant.
Tandis qu'elle tamponnait le tissus sur sa plaie, son regard ne se détachait pas du sien. Mais il devait mettre fin à ce contact, même si il n'en avait pas envie, avant que les choses n'échappent à son contrôle. Elle n'avait que 14ans et lui 21. Cela n'était pas convenable et il le savait. Et pourtant tout son être la réclamait.
- C'est papa qui t'a fait ça ?
Henry fut brusquement sortit de ses pensées. Il repoussa Ellen, qui fut surprise.
- Tu ne sais rien Ellen.
Son ton était tranchant. Elle ne le reconnaissait pas. Lui qui était toujours si doux avec elle. Elle fit un pas vers lui mais il recula.
-Alors explique-moi Henry, je t'en pris. L'implora-t-elle. Sa voix se brisa. Elle s'en voulut de se montrer si faible.
- Laisse-moi Ellen.
-Henry ...
Les larmes coulaient le long de ses joues. Elle esquissa un geste vers lui mais le regard qu'il lui lança la stoppa net.
- Je t'ai demandé de me laisser.
Elle ne put retenir un hoquet de stupeur. Elle plaqua sa main contre sa bouche pour le retenir puis fit demi tour pour quitter la chambre de son ami. Henry fixa longuement la porte avant de s'effondrer sur son matelas. Repensant aux yeux emplis de larmes de la jeune fille, il poussa un hurlement. Mon Dieu il haïssait Brenner.