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Chapitre 2 – Un petit ami
Le temps était devenu relatif au fond de cette prison étouffante. Les jours s’écoulaient, glissant comme des étoiles filantes dans l’immensité du cosmos. La prisonnière n’avait aucun moyen de savoir combien de temps elle passait ici. Seule, au fond de sa cage dorée… Ne recevant que de rares visites d’un garde pour lui apporter de quoi se rafraîchir. À se demander si elle n’avait pas été oubliée. Un jour, puis deux, peut-être trois ou quatre même. L’humaine perdait cette notion du temps alors que la solitude se faisait de plus en plus ressentir dans cette partie isolée du château maléfique. La chaleur suffocante n’aidait pas non plus à rester lucide tandis que des formes commençaient peu à peu à envahir les bords de sa vision jusqu’à la rendre trouble. Par moments, elle croyait apercevoir des silhouettes danser dans la chaleur tremblante, disparaissant dès qu’elle tentait de les fixer.
Ces conditions extrêmes allaient finir par la rendre folle !
Affalée dans sa cellule en suspension, la jeune femme laissa paresseusement tomber ses bras à travers les barreaux pour faire des dessins imaginaires dans le vide au-dessus du feu. Ses doigts décrivaient de lentes arabesques dans l’air brûlant, comme si elle tentait d’attraper quelque chose d’invisible… Bien qu’elle trouvât la lave très jolie à regarder, cela devenait lassant de constamment voir le même paysage. Du gris, du noir, du rouge, du jaune… Par moments, une bulle de magma éclatait dans un bruit sourd, projetant une gerbe incandescente qui illuminait les parois sombres de sa prison. Puis tout redevenait identique. L’herbe chatoyante lui manquait. Les petites fleurs roses et blanches du printemps aussi, tout comme la beauté de la galaxie et ses sublimes couleurs à n’importe quel moment de la journée. Des aurores au crépuscule, le ciel offrait une harmonie incomparable, à en couper le souffle. Une palette de couleur qui ne connaissait aucune limite, tout autant que ce sentiment de liberté écourté par sa récente capture par la créature au mauvais caractère. Qu’avait-elle de si spécial pour autant titiller son intérêt ? Une question dont la réponse lui semblait évidente depuis qu’elle avait appris à comprendre son don.
Ses longs cheveux bouclés se faufilaient entre les barreaux épais et encadraient son joli visage pâle pendant qu’elle poursuivait ses dessins avec ennui. Certaines mèches ondulaient doucement sous la chaleur montante, caressées par les courants d’air qui remontaient de la lave en contrebas. Inconsciemment, perdue dans ses pensées, elle se mit à fredonner un chant qu’elle avait baptisé «le Luma parmi les étoiles». Une chanson qui exprimait sa tristesse mais aussi ses espoirs de revoir un jour le merveilleux monde de l’extérieur, qu’elle n’avait que brièvement aperçu. Lentement, les nuances de sa voix s’élevèrent dans la prison souterraine délaissée. Chaque note était parfaite, unique, vibrante d’une émotion sincère. Elle chantait doucement pour apaiser son esprit tourmenté… Sans se rendre compte qu’elle attirait l’attention de quelqu’un. Sa voix résonnait, pure et cristalline, faisant écho jusque dans les escaliers en colimaçon, s’élevant bien au-delà de sa cellule suspendue. Exprimant sa profonde mélancolie par le chant, la jeune femme aux cheveux rougeoyants regarda comment les bulles se formaient à la surface de la lave, jusqu’à ce qu’elle entende une petite voix aigüe s’exprimer.
«Pourquoi tu chantes s’il n’y a personne pour t’écouter ?» Demanda l’inconnu sur sa gauche.
Prise au dépourvu, la prisonnière sursauta avant de se lever d’un bond en découvrant l’auteur de cette question inattendue. Il s’agissait d’un petit Koopa. Un enfant, plus exactement. Il ne possédait pas tout à fait les mêmes traits que les tortues qui peuplaient le château. Il était plus petit, plus rond… Et malgré lui, bien moins intimidant. Deux petits yeux noirs la fixaient avec une curiosité mêlée de confusion tandis qu’un sourcil rouge, épais et désordonné, se haussait face à son silence. Sa tête ronde était surmontée d’une courte queue de cheval qui se dressait fièrement, accentuant son air à la fois sérieux et enfantin. À ses poignets, deux bracelets métalliques tintaient légèrement à chacun de ses mouvements, semblables à ceux de son ravisseur… Mais dépourvus de pointes, probablement pour des raisons de sécurité, étant donné son jeune âge. Un corps écailleux jaune, deux minuscules cornes et une large carapace verte hérissée de pointes se dressait dans son dos. Effectivement, il ressemblait comme deux gouttes d’eau à la créature qui l’avait enlevée !
S’accrochant aux barreaux, elle observa attentivement l’enfant au bord du précipice puis pencha la tête quand ce dernier se gratta le menton en signe de réflexion.
«C’est parce que tu es triste ? C’est ça ? Pourtant elle est géniale cette prison ! On peut y mettre tout un tas de prisonniers de guerre !» S’enchanta-t-il d’un claquement de doigts suivi par un sourire espiègle. Toutefois, au regard sceptique de l’humaine enfermée, la jeune tortue ramassa un long crochet sur le sol pour ensuite attraper les barreaux afin de ramener la cage jusqu’à lui sur le rebord. Insérant aisément sa petite griffe dans la serrure, il réussit à la déverrouiller pour ouvrir la porte de la cage.
«Viens avec moi ! Je vais te montrer ma chambre.» Indiqua ce dernier ravi tout en faisant des gestes précipités à l’humaine pour qu’elle le suive jusqu’aux escaliers en colimaçon, qu’il gravit ensuite deux par deux.
D’abord hésitante, la jeune femme n’eut d’autre choix que de suivre l’enfant débordant d’énergie. De toute façon, où pouvait-elle bien aller ? Elle ne savait même pas où elle était… Ni combien de gardes se trouveraient sur sa route. D’autant plus qu’elle ne connaissait rien de ce monde. Alors elle souleva sa robe plus aussi blanche qu’autrefois pour tenter de suivre le petit Koopa bien plus rapide qu’elle, qui avait déjà atteint le haut des marches. Celles-ci étaient nombreuses jusqu’au sommet ! Elle manqua presque de souffle lorsqu’ils arrivèrent dans un couloir puis que l’enfant s’empressa de passer par une autre porte sans même jeter un regard en arrière. Décidément, il était pressé ! Toujours sur ses traces, l’humaine se retrouva soudainement dans un grand hall majestueux avec un long tapis rouge, des peintures, des chandeliers, des statues de pierre et des armures de chevalier soigneusement exposées. Le plafond était si haut qu’elle n’en voyait pas la fin.
«C’est le couloir préféré de papa ! Et le mien aussi !» Déclara la petite tortue surexcitée, déjà loin devant. Émerveillée par cette architecture singulière, la jeune femme tourna doucement sur elle-même pour contempler les immenses peintures qui représentaient toutes, sans exception, la créature terrifiante qui l’avait kidnappée sur sa planète.
Représentée dans plusieurs positions, systématiquement menaçantes ou avantageuses, comme si chaque toile cherchait à glorifier sa puissance et à imposer sa domination. Certaines fresques semblaient presque vivantes, leurs couleurs intenses capturant des scènes de conquête, de bataille ou de triomphe. Le regard du souverain semblait la suivre, peu importe l’angle sous lequel elle les observait, ce qui lui arracha un léger frisson. Ces peintures étaient impressionnantes mais pas autant que les statuettes en pierre grise à l’effigie de la même tortue épineuse aux sourcils rouges épais et au sourire effrayant. Apparemment, il s’agissait d’un monarque très respecté, à en juger par les ornements fastueux qui peuplaient le hall. Elle s’approcha lentement d’une grande statue proche des escaliers que le petit Koopa venait tout juste d’emprunter. Ses grands yeux verts fascinés examinèrent l’imposante statue de ce roi redoutable qui prenait la pose pour montrer ses muscles, s’attardant un instant sur le petit écriteau à la base du socle.
Bowser, roi des Koopas
«Bowser…» Chuchota cette dernière qui voulait essayer de prononcer le prénom avec sa propre voix.
«Eh oh ! Tu viens ? On n’a pas que ça à faire ! Dépêche-toi ! Je veux jouer !» S’impatienta l’enfant identique à ce Bowser d’une pointe d’exaspération.
Sortant de sa rêverie passagère à ce cri indigné, l’humaine reprit ses jupons en mains pour courir derrière le Koopa qui avait d’ores et déjà atteint le sommet des nouvelles marches. Il se montrait très impatient, mais semblait sincèrement excité à l’idée d’avoir un compagnon de jeu. Rattrapant finalement celui qui l’avait libérée dans un souffle d’épuisement, elle n’eut cependant pas le temps de se reposer. Car il s’engouffra aussitôt dans un autre couloir, un peu moins large que le précédent, l’obligeant à reprendre sa course sans répit. Toujours avec ces grands chandeliers en fer forgé accrochés au mur de pierre noir, son guide finit par brusquement bifurquer à droite avant de s’arrêter net devant une grande porte en bois sombre. Sur le dessus était inscrit, dans un gribouillage coloré et maladroit, «Bowser Jr». L’enfant ne perdit pas une seule seconde. Il ouvrit les portes avec empressement et pénétra dans son sanctuaire ou plutôt sa chambre faisant aussi office de salle de jeu. Un espace à son image, débordant d’énergie et de désordre organisé.
«Tada ! Voici mon antre ! Mon repère ! Ici, tu me dois obéissance et respect. Sinon, retour à la case départ et je le dirais à papa que tu n’es pas gentille avec moi.» Menaça l’enfant à la voix criarde tout en invitant la jeune femme à entrer d’un geste ample et théâtral, le bras tendu vers l’intérieur de la pièce.
À nouveau émerveillée par cette immense salle regorgeant de jouets et de babioles en tout genre, l’humaine s’avança lentement jusqu’au centre de la chambre. Elle constata une fois de plus qu’elle paraissait minuscule face aux meubles gigantesques qui l’entouraient, perdue dans un univers conçu pour un autre monde que le sien. Des cubes empilés comme des bâtiments, des tubes de peinture renversés ici et là, des chevalets gigantesques dressés comme des tours, et une multitude de jouets éparpillés sans logique apparente… De hautes peluches, des robots aux formes improbables, des créations originales semblant tout droit sorties d’un esprit trop agité… L’ensemble donnait à la pièce des allures de monde miniature chaotique. Mais parmi ce désordre se trouvaient aussi un grand lit à baldaquin rouge et or défait, deux grandes commodes en bois qui ne servaient apparemment pas à grand-chose parce que les tiroirs débordaient de tissus. Il y avait aussi un superbe plafonnier avec des bougies et des tapis bariolés rouges sous les dizaines de jouets qui jonchaient le sol en pierre de lave.
Surexcité, Bowser Junior sautilla sur place avant de se jeter dans son amas de peluches pour en extirper un lapin qui semblait avoir déjà survécu à une bataille. Un de ses yeux noirs pendait lamentablement au bout d’un fil, et la créature pelucheuse fut secouée dans tous les sens par le jeune Koopa, peu familier avec la délicatesse et encore moins du soin à apporter à ses jouets. Il se mit ensuite à tournoyer autour de l’humaine en faisant l’avion, bras écartés et rire léger, son lapin malmené dans les pattes jusqu’à ce qu’il s’arrête brusquement derrière elle dans un petit «oh !» chargé de fascination. Elle se retourna pour lui faire face et constata qu’il admirait ses cheveux rouge foncé en cascade dans son dos, le museau formant toujours ce petit Ô de surprise. Lui esquissant un sourire timide, elle cligna des yeux de surprise lorsqu’il jeta son lapin de côté comme s’il s’agissait d’une vieille chaussette avant de se pencher vers elle pour l’inspecter sous toutes les coutures.
«J’aime tes cheveux ! Ils sont jolis. Je veux les toucher !» Bowser Jr n’attendit pas l’autorisation pour passer ses quatre doigts griffus dans sa chevelure soyeuse, s’y glissant sans retenue. La texture était si douce… Il avait l’impression de toucher de l’eau ! Ravi, le jeune Koopa sautilla sur place, incapable de contenir son enthousiasme, visiblement émerveillé par cette découverte.
«J’en veux une mèche !» S’écria-t-il tout à coup avant de détaler vers son bureau en désordre. Il fouilla frénétiquement parmi ses affaires à la recherche d’un outil capable de lui permettre de s’approprier cette fameuse mèche de cheveux.
Trop accaparée par tous ces incroyables objets qui l’entouraient, l’humaine ne fit pas attention au Koopa un peu plus petit qu’elle qui cherchait une paire de ciseaux dans ses tiroirs débordants d’affaires en tout genre. Elle n’en revenait pas de tout ce qui se trouvait dans cette chambre ! Il y avait également des carcasses de prototypes de vaisseaux qui croupissaient dans un coin, à côté de peintures déchirées et gribouillées de toute part comme si quelqu’un y avait déversé sa frustration. Sur l’une d’elles, elle distingua encore des traces de rose et de jaune mais les formes étaient devenues trop indistinctes pour être comprises... Peut-être une silhouette féminine ? Mais soudain, elle se figea. Ses yeux vert pomme s’accrochèrent à une grande horloge comtoise en bois sombre, dressée près des portes. Elle ne l’avait pas remarquée en entrant dans la pièce, mais désormais elle ne pouvait décrocher son regard effrayé de cette dernière. Une simple horloge, d’apparence banale… Et pourtant, quelque chose dans sa présence la glaça sur place.
«Qu’est-ce qu’il y a ? Tu as la trouille de l’horloge ? Pwah, c’est ridicule d’avoir peur de ça ! Moi, je n’ai peur de rien ni de personne !» Assura Junior dans son dos après avoir enfin retrouvé ses ciseaux au terme de deux longues minutes de recherches frénétiques. Il les lança aussitôt au sol sans la moindre précaution. Puis il attendit que l’humaine se retourne, avant de grogner et de prendre une pose identique à celle de son père en statue… Sauf qu’il était bien trop mignon pour produire le même effet intimidant, ce qui déclencha un léger rire chez l’humaine.
«Arrête de rire ! Je n’aime pas ça !» S’agaça le jeune Koopa, les sourcils froncés et les poings serrés. Lorsqu’il parlait ou faisait la grimace, une petite canine dépassait sur le côté gauche de sa bouche, le rendant encore plus adorable qu’il ne l’était déjà en essayant de paraître menaçant.
Adorable, cependant bien mal élevé…
«D’ailleurs, moi aussi je peux chanter ! Et je chante beaucoup mieux que toi. Regarde.» À défaut d’avoir dit “regarde” au lieu de “écoute”, l’humaine se mit à grimacer d’inconfort à toutes ces fausses notes qui sortirent aussitôt de sa bouche.
«Do ré mi fa sol la si do !» Le poing sur son petit torse bombé, Bowser Junior récita cette partition plusieurs fois d’affilée, jusqu’à ce qu’il s’en lasse d’un soupir d’ennui. Au plus grand soulagement de sa spectatrice et de ses oreilles douloureuses. Dorénavant assis au milieu de ses jouets, la tortue présenta certains d’entre eux à la fille qui prit place juste en face de lui afin de faire plus ample connaissance. À l’écoute de ses histoires pour la plupart complètement farfelues, à l’image d’un enfant de son âge, elle remarqua vite qu’il était distrait par son apparence.
«Comment tu t’appelles ?» Lui demanda-t-il soudainement.
«Je n’ai pas de nom.» Répondit timidement son interlocutrice après quelques secondes d’hésitation, les mains nouées sur sa robe crasseuse.
«D’où tu viens ?» Vint la prochaine question. Cette fois-ci, elle lui répondit d’un petit haussement d’épaules indécis, ce simple geste faisant tomber ses longs cheveux sur sa poitrine. Honteuse, elle baissa les yeux sur les jouets au regard perplexe de l’enfant faisant preuve de beaucoup de curiosité.
«Tu as la mémoire courte, on dirait… Mhmm, laisse-moi réfléchir.» Bowser Jr tapota son doigt contre son museau puis leva les yeux vers le plafond trop haut tandis qu’il réfléchissait à un prénom qui lui irait bien. Depuis tout à l’heure, la jolie chanson de l’humaine résonnait dans sa tête, ce qui l’amena à prendre sa décision.
«Je vais t’appeler… Solfège !» Dévoila-t-il victorieusement d’un claquement de doigts après lui avoir fait un immense sourire, fier de son choix.
«C’est joli.» Accorda l’humaine portant désormais le prénom Solfège, quelque chose qui collait bien à sa personnalité. Elle devait le reconnaître.
«C’est normal, c’est moi qui l’ai trouvé d’abord. Papa serait fier !» Se réjouit-il alors qu’il bondissait à ses petits pieds pour rejoindre deux carcasses de jouets pour les présenter à Solfège qui restait sagement assise sur le tapis.
Bowser Jr entama une discussion à sens unique pendant que l’humaine l’écoutait avec intérêt, captivée par l’histoire de ses deux premiers prototypes de robots. C’était un sujet qui lui tenait apparemment à cœur, au même titre que ses peintures enfantines. Certes naïves mais étonnamment soignées et colorées, dotées d’un réalisme parfois surprenant. Il était doué ! Il lui parla également de son père, Bowser, et de l’importance dévorante que représentait sa fierté à ses yeux, confiant à quel point il rêvait de pouvoir rejoindre son armée pour conquérir le monde à ses côtés. Mais bien sûr, il était encore trop petit pour partir à la conquête des royaumes… Une réalité qui semblait le toucher bien plus qu’il ne voulait le montrer. Son museau légèrement tombant, son regard fuyant, ces infimes détails trahissaient ce qu’il tentait de dissimuler. Solfège comprit alors que cet enfant était profondément solitaire, et que l’assurance qu’il affichait, fragile, n’était qu’un rempart contre cette solitude. N’avait-il donc aucun ami avec qui s’amuser ? Il n’y avait pas d’autres enfants ici ? Heureusement que non ! Car cet endroit regorgeait de dangers.
«Où est ta maman ?» Questionna Solfège, curieuse, lorsque le Bowser miniature partait dans une explication qui n’avait ni queue ni tête concernant un siège éjectable défectueux. Toutefois à cette question, il cligna des yeux de confusion puis il haussa les épaules avec nonchalance.
«Mama Peach ? Elle vient ici de temps en temps, mais ça fait longtemps que je ne l’ai plus vue.» Lui dit-il d’une pointe de tristesse dans sa petite voix fluette. Elle ressentit le besoin instinctif de le réconforter, mais le jeune Koopa à épines changea vite de sujet pour parler de sa robe sale qu’il pointa grossièrement du doigt d’un froncement de sourcils.
«Tu es toute cracra ! Tu aimes te rouler dans la boue ou quoi ? Attends-moi là, j’ai une idée ! Je reviens !» Aussitôt dit, Junior sautilla jusqu’à la sortie de la chambre en laissant la porte entre-ouverte le temps qu’il revienne.
Solfège resta assise là à attendre patiemment le retour du Koopa, n’ayant même pas eu l’idée de prendre cette occasion pour tenter de s’échapper. Où irait-elle, de toute façon ? Se demanda-t-elle encore pendant qu’elle attendait gentiment sur le sol avec les mains nouées sur ses genoux, son regard évasif s’attardant sur les nombreuses peintures au mur. Ses yeux glissaient d’une toile à l’autre sans vraiment les voir, perdus dans ses pensées, tandis que le silence de la pièce semblait s’étirer à l’infini. Il se passa plusieurs longues minutes, seulement troublées par le lointain grondement de la lave et quelques craquements sourds venant des profondeurs du château. Avant que son jeune ami, ou plutôt son mini ravisseur, ne repointe enfin le bout de son museau avec quelque chose de rose entre les mains. Il s’agissait d’une robe. Une jolie robe rose avec des gants blancs en soie que Bowser Jr s’empressa de donner à l’humaine qu’il avait trouvée dans la prison grâce à son chant mélodieux. Montrant un autre sourire à pleines dents, la tortue croisa ses mains dans son dos avant de se balancer sur ses pieds en attendant de recevoir des compliments de sa nouvelle amie, clairement surprise par son cadeau.
«Ça appartient à mama Peach ! Mais je suis sûr qu’elle ne sera pas contrariée si tu la portes. Comme ça, tu ne seras plus toute cracra ! Alors, tu aimes ? Dis, tu aimes ?» S’impatienta l’enfant quand il n’eut pas tout de suite de réaction, jouant nerveusement avec deux de ses griffes pendant que Solfège examinait la robe qu’il avait placée sur ses genoux.
«C’est très joli, oui. Mais je ne peux pas mettre cette robe… Elle ne m’appartient pas.» Refusa poliment cette dernière d’une secousse de sa tête, ses cheveux rouges rebondissants sur ses joues. Elle lui tendit la robe et les gants, mais ce refus exaspéra Bowser Jr.
«Met-là !» Il piqua une crise de colère, enfonçant son talon dans le sol d’un grognement.
«Bon, je vais la mettre pour te faire plaisir. Mais ensuite je te la rends, d’accord ?» Proposa ensuite Solfège qui leva les bras pour admirer la magnifique robe soyeuse au toucher. Une véritable robe de princesse… Elle ne se sentait pas digne de la porter ! Mais aux sautillements du jeune Bowser Jr qui ne tenait bientôt plus en place tant il était impatient, elle se leva pour aller se changer derrière le lit après lui avoir demandé de couvrir ses yeux, ce qu’il fit sans poser de questions.
«Maintenant tu peux les rouvrir.» Indiqua Solfège une fois la robe enfilée à la place de l’autre. Elle fit glisser ses mains sur le tissu doux sous les yeux ébahis du petit Koopa, qui l’observait avec admiration en poussant de petits bruits d’étonnement, le front légèrement plissé. Finalement, il haussa les épaules avant de se détourner pour revenir à ses jouets.
«Mouais, elle te va bien, mais elle va mieux à mama Peach. Il faudra trouver une autre couleur pour toi. Pourquoi pas du bleu ? Oh, j’ai une autre idée ! Hé hé hé !» Bowser Junior bondit d’un rire contagieux pour attraper la main de Solfège et avant même qu’elle ne puisse dire ou faire quoi que ce soit, il la tira jusqu’à la porte.
Pour l’ouvrir et dévoiler la silhouette menaçante de son père.
«Oups…» Gémit Bowser Jr qui se recroquevilla sur lui-même à côté de l’humaine figée par l’apparence colérique de Bowser, son ombre les recouvrant tous les deux.
La grande tortue les épia à tour de rôle, sans dire un mot. Il avait été sur le point d’ouvrir la porte de son fils pour lui demander quelque chose quand il les croisa tous les deux au même moment. Haussant un sourcil à Bowser Jr qui avait subitement perdu la parole, il passa ensuite à la jeune femme qu’il avait pourtant faite prisonnière il y avait de cela trois jours ! Alors pourquoi était-elle ici ? Mais son cœur manqua un battement douloureux quand il vit son apparence. Elle portait l’une des robes de rechange de Peach… Comment avait-elle fait pour mettre la main dessus ?! De la voir vêtue ainsi lui faisait du mal. Son visage perplexe se transforma vite en irritation, tandis qu’il la regardait de haut en bas avec des yeux plus rouges que la normale. Son regard se durcit instantanément. Elle se tenait timidement aux côtés de son fils désobéissant, les mains croisées sur la robe avec ses cheveux ondulés descendant sur ses bras. Elle n’osait pas croiser son regard fielleux, mais après quelques hésitations, elle finit par établir un contact visuel avec le roi des Koopas.
«Qu’est-ce qu’elle fiche ici, elle ? Et pourquoi elle est dans cette tenue ! Ce sont les affaires de Peach, pas des accessoires pour jouer à la poupée ! Combien de fois je vais encore devoir te le répéter !» Grogna Bowser à son fils en tendant une griffe en direction de l’humaine après l’avoir longuement dévisagée. Il fallait laisser les affaires de Peach intactes pour son prochain kidnapping ! Personne n’avait le droit de les utiliser, surtout pas une prisonnière ! Elle allait encore la salir.
«Elle, c’est Solfège ! C’est moi qui lui ai trouvé ce prénom. Et je voulais juste m’amuser un peu…» Admit le plus jeune tout en nouant ses mains entre elles sous le regard réprobateur de son paternel. L’expression de Bowser s’assombrit, la colère rayonnait hors de lui.
«Tu trouves que tu n’as pas déjà assez de jouets pour t’amuser ? Je t’avais pourtant défendu d’aller te servir dans mes prisonniers !» Gronda ce dernier entre ses dents, ce qui fit réagir Junior.
«Elle a chanté et-» Bégaya-t-il, mais son père intervint.
«Elle a chanté ?» Répéta lentement Bowser qui reporta son attention sur la fille muette aux côtés de son fils. Les sourcils froncés, il la fusilla du regard en laissant échapper un grondement mécontent, ses poings craquant à tel point il les serrait de rage. Alors comme ça, elle avait chanté pour son fils, mais pour lui elle refusait ? Se payait-elle de sa tête ? Comment osait-elle ! Il était sur le point de la faire rôtir pour son manque évident de respect, mais il n’allait certainement pas faire ça devant Junior. Voyons, il ne voulait pas brûler la jolie robe de Peach !
«Mais je l’ai pas cassée ! Enfin… Pas encore…» Bowser Jr grimaça, de toute évidence pris d’un doute. Allait-il avoir des ennuis pour avoir désobéi une énième fois ? Inquiet et déjà sous le poids du regard furieux de son père, il leva les yeux vers lui avant de marmonner ; «Je pensais pas que ça te mettrait en colère. Pardon papa.»
«Toi, file dans ta chambre !» Somma fermement Bowser à son fils d’une griffe pointée à l’intérieur de la pièce.
«Mais, je suis déjà dedans…» Rappela Bowser Junior d’une petite moue qui, effectivement, se trouvait toujours dans sa chambre depuis qu’il avait croisé son père à l’embrasure. Bowser gonfla ses joues au ridicule de la situation avant de prendre les poignées de porte puis de rapidement les fermer au nez de son fils.
Non mais oh, et puis quoi encore ?
«Quant à toi, le petit oiseau chanteur…» Bowser baissa sa voix d’une octave pour paraître plus menaçant alors qu’il soulevait le menton de l’humaine avec sa griffe pour l’obliger à le regarder. Il fut soudain frappé par ses grands yeux verts remplis de terreur, par cette expression effrayée quand elle rencontra son regard irrité. Il marqua une brève pause puis fronça légèrement les sourcils avant de reprendre, comme s’il chassait une pensée gênante.
«Sache que j’arrive toujours à mes fins… Et que tu n’en feras pas exception.» Il la fixa un instant, savourant son silence tendu.
«Tu comprends ce que ça veut dire ? Quand je veux quelque chose… Je l’obtiens. Toujours.» Continua-t-il plus bas, son regard ne quittant pas la silhouette immobile, sa voix devenue plus sombre. Un sourire en coin étira ses lèvres.
«Tu finiras par t’habituer à l’idée que ce royaume est le mien et que tout ce qu’il contient m’appartient. Tu devrais te sentir honorée et te prosternée devant le seul et unique souverain ! Mais si tu continues à me résister, eh bien, tu ne seras plus là pour en voir les conséquences.» Il observa sa réaction une seconde, puis son sourire satisfait s’élargit sur son visage. Sans attendre, il redressa la tête et fit un signe sec de la griffe à ses sbires.
«Gardes ! Ramenez la prisonnière dans sa cage et faites en sorte qu’elle y reste pour de bon cette fois-ci.» Ordonna-t-il sèchement aux deux Koopas ailés qui volèrent jusqu’à la fille pour la prendre par les bras et ainsi l’emmener de force avec eux.
Des larmes étaient sur le point d’envahir les yeux verts de Solfège alors qu’elle se faisait entraîner par les deux Koopas en armure dans les couloirs puis dans l’escalier en colimaçon menant tout droit à la prison. Elle ne voulait pas y retourner… Elle ne faisait rien de mal ! Elle voulait juste un peu de compagnie, rien de plus. Les gardes la lâchèrent pour lui permettre de marcher à son rythme une fois assez loin de Bowser, assez loin des potentielles représailles. Les deux tortues ailées escortèrent la jeune femme jusque devant la grille de sa cage dorée, mais cette dernière s’arrêta à la porte pour lisser la robe qu’elle portait toujours, n’ayant pas eu le temps de retourner dans son ancienne robe. Elle ne voulait surtout pas la froisser ! Elle était bien trop jolie. Se tournant vers les deux Koopas en attente, elle leur offrit une petite révérence polie.
«Merci.» Leur dit-elle d’un sourire avant de rentrer à l’intérieur de sa cage sans faire d’histoire.
«Euh, bah de rien ?» Hébétés, les tortues s’échangèrent un regard incrédule puis refermèrent le verrou de la cage d’un claquement brusque qui résonna dans la prison, avant de repartir par l’escalier d’un pas pressé.
Solfège se retrouva bien trop vite seule… De retour dans cette prison ennuyeuse sans personne avec qui parler. Cependant, contrairement à la première fois, un petit sourire ornait son visage tandis qu’une petite larme roula sur sa joue.
Car elle avait maintenant un ami.
À suivre…